eso ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIEME SÉRIE ZOOLOGIE PALÉONTOLOGIE PAKIS. - IMPRIMERIE DE E. MAllTlMiT. UlE MIGNON. '1. Z-B. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES CINQUIÈME SÉRIE ZOOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE COMPRENANT L'ANATUMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIÉ SOLS LA DIRECTION DE M. MILNE EDWARDS TOME I ^"'■t?^, ^Q^'^'^:%&. <^\ PARIS VICTOR MASSON ET FILS PLACE UE l'école-de-médecine 1.8(3/1 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE ET PALEONTOLOGIE RECHERCHES SI K LA SICNIFICATION HOMOIwOrTlQUF. OUELQURS PIÈGES FACIALES DES POISSONS OSSEUX. Par n. 11. IIOI^LAUD, Professeur i'i la Facultr des sciences de Poitiers. On sait que chez les Poissons téléostéens le nombre des pièces faciales est plus considéraljle que dans aucun des autres groupes vertébrés. Lors([u'on a retiré du squelette céphalique de ces Pois- sons les plaques sous-orl)itaires, que l'on a vainement essayé d'y rattacher et qui appartiennent décidément au dermo-squelette, lorsqu'on en a distrait le battant operculaire, on compte encore ici dix pièces, que leurs connexions nous désignent comme appar- tenant au névro-squelette . Ces dix os se distribuent en deux groupes. Cinq d'entre eux se rattachent à l'ethmoïde et au vomer et forment le système de la mâchoire supérieure ou maxillo-palatin ; les cinq autres s'in- terposent entre les parties postorbitaires du crâne et la mâchoire inférieure. Les pièces du premier groupe trouvent facilement leurs homo- logues dans les autres classes vertébrées. En effet, les anatomistes s'accordent aujourd'hui assez généralement à reconnaître ici , non-seulement 1" intermaxillaire et le maxillaire supérieui', mais (> IIOIXARD. encore le palatin et les deux ptérygoïdiens ; car l'os que Cuvier a désigné sous le nom de iransverse^ d'abord dans son Ostéologie des Crocodiles (1), puis dans celle des Poissons (2), est indubita- ment un ptérygoïdien externe. Il est bien plus difficile de déterminer les homologies des élé- ments du deuxième groupe. Beaucoup d'anatomistes l'appellent tout simplement le suspenseur de la mâchoire inférieure ; mais cette désignation collective ne résout pas la question . On sait que Cuvier nommait temporal la pièce supérieure de cette série , celle qui suspend les quatre autres au crâne ; qu'il assimilait au jugal celle avec laquelle s'articule la mâchoire inférieure ; qu'il appelait tympanique la lame osseuse 'jetée entre le soi-disant temporal et l'arcade ptérygo-palatine, et qu'il regardait les deux autres pièces comme propres aux Poissons, leur donnant, en conséquence, les noms spéciaux de préopercule et de symplec- tique (3), Pour Etienne Geoffroy, le temporal de Cuvier, son symplecti- que et son préopercule représentent, sous les noms de serrial, uro-serrial et tympanal, les trois éléments que M. Serres compte dans la composition du cadre du tympan ; puis le tympanique et le jugal de Cuvier, qui s'appellent cette fois épicotyléal et hypoco- tyléal, compléteraient la caisse (k); en sorte que, pour Etienne Geoffroy, tout le groupe des cinq os qui nous occupent n'est que l'ensemble des éléments de la caisse et du cadre tympaniques, agrandis, déroulés et au complet, tandis que, chez les Oiseaux, ce même groupe se réduit à la pièce unique connue sous le nom d'os carré. (1) Ossements fossi/es. (2) Hist.no t. des: Poissons, t. 1. — Leçons i/'a/iotnmie roinjwire, t. U. (3) Hist. nat. des Poissons, t. I. (4) On peut se rappeler que rillustre nuteur do la Philosophie muitomique nom- mait cotijléa/ un os qu'il pensait avoir découvert dans la composition do l'i caisse chez les mammifères, et qui, selon lui, avait pour caractères constants : 1° do ser\ir de point d'attache au ptérygoïdien interne {hérisséal, [GeoK.); 2° dolfrir une partie de sa sur- ace pour l'articulation de la mâchoire inférieure; 3° do cou\rir on tout ou en partie les os tympaniques {Mém. du Muséum, t. Il, p. 437-38, et ,4;;/?. des sciences nat., 1" sér.,, t. m. p. 253). PIÈCES FACIALES DES POISSONS. 7 M. Owen propose des déterminations homologiques qui, sauf la différence de la nomenclature, reviennent à faire du groupe temporo-mandibulaire des Poissons, le préopercule excepté, un groupe tympanique et l'équivalent de l'os carré (1 ) . Meckel (2), et plus tard Koestlin (3), laissant aussi le préoper- cule à part, ont vu, dans ce même groupe, l'os carré, plus la por- tion articulaire du temporal. Un compatriote de ces derniers anatomistes, Hallmami (4), ua^i^ehii tympanique et n'assimilait, en conséquence, à l'os carré des Oiseaux ([ue le temporal de Cuvier, tandis que le tympanique de ce dernier était pour lui un plérygoïdien postérJ.ein\ et son jugal un os qui ne se rencontre que chez les ovipares, et que Nitsch (5) et plusieurs auteurs allemands nomment carré jugal (quadralo-juyale) pour indiquer les rela- tions de cette pièce avec le carré d'une part et le jugal de l'autre. Quant au préopercule et au symplectique, Hallmann leur laisse ces noms sans leur donner de signification homologique. Si nous consultons M. Agassiz, c'est le jugal de Cuvier qui représente l'os carré ; réuni au tympanique du même auteur, il correspond à la caisse des mammifères, tandis que le temporal de notre illustre ichthyologiste serait un mastoïdien, son symplec- tique une pièce en rapport de continuité avec le cartilage de Meckel, un tympano-malléal , suspenseur de la mâchoire infé- rieure , le préopercule enfin, un suspenseur hyo'idien qui repré- senterait l'apophyse styloïde du temporal (6). Je citerai enfin les déterminations de J. Mïiller, qui accepte le temporal de Cuvier comme tel, mais qui voit dans son jugal un carré jugal, dans sou tympanique et son symplectique des pièces (1) Priiicippi d'ostrologie (■ompfiri'i'. Paris, 1855. Prcmu'ro talilc des synonymes. (2) Si/stern der Vcrgleichcnden Anatomic,\. l et W. (3) Der Bail des kiioch. Kopfes in den vicr Klassen der Wirhclthi.cre, in-8, 18/i4. (â) Dii' l'PrgleirJiciide Osfeologie dc\- ScIiMfcn/jeins, in-4, 1837. (5) Archives de Meckel, t. 1_, p. 326. (6) Poissons fossiles, t. I. Voyez aussi les observations de M. Vogt à propos du mémoire de J. Miiller sur la classification des Poissons cl sur Tordre des fianoides en particulier {Ann. des sciences nat., 3« série, t. IV). La suite de cette étude prouvera que M. Vogt rattache très-gratuitement l'origine du symplectique à l'extrémité malléalc du cartilage de Meckel. (S ItOLIwtKU. surnuméraires ou intercalées, et dans le préoperciile un des éléments du suspenseur mandjlnilaire , c'est-îi-dire du système tympanique. Tous les anatomistes dont je viens de rappeler la manière de voir s'accordent en ceci, que la caisse des mammifères est repré- sentée, sinon par, du moins dans le groupe ostéologique à l'extré- mité duquel est suspendue la mâchoire inférieure des Poissons. Mais quand on voit G. Guvier ne reconnaître comme tympanique qu'une des pièces de ce groupe et désigner le suspenseur immé- diat comme un jugal ; M. Agassiz faire de ce jugal Thomologue du carré des Oiseaux, complété par le tynqjanique de Cuvier ; d'autres anatomistes vouloir que ce soit une pièce spéciale sous- zygomatique, sous le nom ambigu de carré jugal, appelée, chez les ovipares, tantôt à remplacer l'os carré dans s!i fonction arti- culaire, tantôt à se porter au-devant de la mâchoire supérieure ; quand l'os supérieur du groupe est un temporal pour les uns, pour d'autres un mastoïdien, pour d'autres encore un tympa- nique; lorsque enfin la détermination des autres pièces, celle du symplectique connue celle du préopercule, n'est pas moins débat- tue, il devient évident que ce point de l'ostéologie des Poissons réclame, non pas seulement une discussion nouvelle, mais de nouvelles informations, c'est-à-dire de nouvelles recherches. O que l'anatomie comparée n'a pu décider, il faut que l'embryo- génie nous le dise. Si j'en crois les faits que j'ai rencontrés sur cette voie et le résultat des rapprochements que j'ai pu établir entre les phases du développement des pièces faciales des Poissons et leur constitution définitive, la détermination de leurs homo- logies telle que je vais la donner aura tous les caractères d'une démonstration. Gomme je viens de le dire, nous avons ici deux ordres défaits à constater, et nous devons commencer par les faits embryogé- niques. Les dessins que je mets sous les yeux du lecteur dans la ))lanche ([ui se ratlachr à c(.' mémoire, re])i'oduisent exactement PIÈCES FACIALES DES POISSONS. 9 les premières phases du (léveloppement du g'roupe ostéob^gique qui nous occupe ici. Cette partie de la tète des Poissons osseux est primitivement représentée par deux cartilages parfaitement distincts et placés bord abord F un derrière l'autre. L'antérieur se présente, dans les très-jeunes embryons, sous la forme d'une lame étroite, allongée, légèrement arcpiée (1). L'une de ses extrémités, dirigée en avant et en bas, faiblement renflée, arrondie, atteint la portion terminale et élargie du carti- lage de Meckel, dont le bord supérieur se déprime ici pour rece- voir cette espèce de tète articulaire. L'extrémité opposée se porte en arrière et en haut, et s'arrête à une distance considérable du cartilage crânien. Atténuée dans les premiers âges embryon- naires, cette portion de notre premier cartilage rencontre en arrière le cartilage postérieur, tandis qu'en avant rien ne la limite encore ; aussi peut-elle se développer et s'étend-elle large- ment dans ce sens, au point que bientôt le cartilage antérieur devient, au-dessus de son extrémité articulaire, une large plaque faciale d'une forme irrégulièrement triangulaire (2). De plus, et par un effet de ce môme développement, il s'infléchit dans la direction de la région sous-orbitaire et des cartilages ptérygo- palatins, qu'il finit par atteindre. Notre deuxième cartilage (3) débute supérieurement par une partie très-large, qui est comme suspendue an crâne cartilagineux dans l'intervalle qui sépare la capsule auditive de l'orbite. Des- cendant de là dans nne direction plus ou moins voisine de la verticale, il s'infléchit bientôt assez brusquement et prend une direction très-oblique en avant, en même temps qu'il se rétrécit beaucoup ; cette seconde région représente une langue étroite, qui côtoie le cartilage antérieur et qui s'arrête avant d'atteindre l'extrémité inférieure ou articulaire de celui-ci. Le bord posté- rieur du deuxième cartilage offre deux saillies qu'il importe de (1) PI. 1, tig. 1. (2) Pi. 1, %. 2 l't :î. vw. (.S) It.iclom, Â'//. iO liOLLARU. signaler: l'une est l'angle très-prononcé qui résulte en arrière delà flexion du cartilage sur lui-même; c'est ici que s'attache, à l'état cartilagineux comme après son ossification, la pièce hyoï- dienne (pie Cuviei' a désignée sous le nom d'os stijldide, en un mot, c'est le point de suspension de la grande l^ranche de l'hyoïde. L'autre saillie, placée plus haut, est l'éhauche de l'apophyse destinée à l'articulation de l'opercule, dont le développement semble partir de ce point. Les deux cartilages que je viens de décrire représentent évi- demment deux éléments i)rimordiaux et distincts du squelette facial , en même temps que deux suspenseurs spéciaux, l'un de la mâchoire inférieure, l'autre de l'arc hyoïdien, qui porte les rayons branchiostéges. L'ossification substitue à chacun de ces éléments squelettiques primitifs, non pas un os, mais un groupe de pièces osseuses. Nous avons donc, comme résultat immédiat et manifeste de l'état ini- tial ou embryonnaire du squelette facial des Poissons osseux, et, pour les cinq pièces encore controversées qui nous occupent, la répartition de ces pièces, non pas en un groupe unique, mais en deux groupes; puis le fait que chacun de ces groupes remplit la fonction de suspenseur des pièces appendiciales, l'un pour la mâchoire inférieure, l'autre pour rattacher l'arc hyoïdien au crâne. A la place du cartilage antérieur, le squelette ossifié nous donne le tympanique de Cuvier et son soi-disant jugal, avec lequel s'articule la mâchoire inférieure (1). Au lieu du cartilage postérieur, nous trouvons les pièces que Cuvier a nommées tem- poral, symplectique et préopercule. L'angle de courbure en saillie auquel s'attache le cartilage de l'os styloïde marque, en effet, la région où commence l'ossification du préopercule et la limite primitive de cet os, du symplectique et du soi-disant tem- poral. M. Yogt regarde le préopercule comme le suspenseur (1) Le tympanique et le jugal (Guv.), nommés épi et hypocotyUal, par Et. Geoffroy, sont évidemment deux éléments d'un même tout. Leurs relations avec les ptéryg-oïdiens suffiraient pour ledémontrsr; elles nous scr\ iront liientôl à déterminer leurliomologio. PIÈCES FACIALES DES POISSONS. 11 hyoïdien, le symplectique comme le siispenseur maxillaire. Les faits qui précèdent lui donnent pleinement raison en ce qui con- cerne le premier de ces os, mais ils lui donnent doublement tort quant au symplectique, qui ftiit partie, on vient de le voir, du suspenseur hyoïdien, et qui ne procède nullement, comme ce même anatomiste l'a cru, du cartilage de Meckel. Nous venons' de voir que les feits embryogéniques nous con- duisent à former deux groupes des cinq pièces osseuses qui com- posent ce qu'on a nommé le suspenseur de la mâchoire infé- rieure. Cette distribution, qui donne deux de ces pièces à l'arc mandibulaire et les trois autres à l'arc hyoïdien (dont le développement n'est nulle part aussi considérable que chez les Poissons), nous prépare et nous achemine à la détermination des véritables homologies des os dont il s'agit. Elle nous dit et nous démontre, avant tout, que ce qui doit nous préoccuper ici, c'est le groupe lui-même et non chacun des os qui le composent, puis- que c'est le groupe qui représente l'élément squelettique primor- dial, et que les os ([ui se substituent à cet élément primitivemelit cartilagineux, n'en sont, en réalité, que des subdivisions, et n'ont pas plus de valeur individuelle que les pièces qui concourent à former la mâchoire inférieure chez les ovipares, et, en particu- lier, chez les Reptiles et les Poissons. Il ne s'agit donc pas, dans la recherche des homologies en général et dans celle qui va nous occuper, de trouver, dans la série des Vertébrés, l'équivalent de chaque pièce qui demeure distincte, mais celui de chaque groupe procédant du même élément primitif et qui le représente. Le nombre des pièces est d'une valeur très-secondaire, comme nous le voyons déjà pour les vertèbres, les phalanges et bien d'autres os qui ont la même signification, qui sont, comme on le dit, homo- types. Il pourra donc arriver que nous ne trouvions qu'un os dans certains vertébrés, là où nous en comptons plusieurs dans une autre classe, et nous n'en avons pas moins, dans cet os unique, l'équivalent du groupe qui occupera ailleurs la même région squelettique avec des connexions semblables. Si nous recherchons, dans les vertébrés supérieurs aux Poissons les représentants des pièces faciales de ces derniers, la question se J2 IIIOLIi4RI» posera à nous eu ces termes : Quels sont les équivalents de chacun des groupes issus du même élément j)rimordial, de celui auquel est suspendue la mâchoire inférieure, et de celui par l'in- termédiaire duquel l'arc hyoïdien se rattache à la tète? Cette fois, c'est à l'anatomie comparée à nous répondre. II A. — (ii'oiipe aiitorioiii' ou susponscin- niiindihiil.iiro. Etienne Geoffroy avait deviné la solidai'ité des deux os qui composent ce premier groupe lorsqu'il leur donna les noms d'épi et d hypocoiyléal. Non-seulement ils procèdent du même carti- lage, mais ils se rattachent l'un et l'autre aux ptérygoïdiens. Considérés comme un tout, nousles voyons aboutir k la mâchoire inférieure et lui fournir une tète aiticulaire il laquelle celle-ci oppose une cavité. Il s'agit de savoir s'il existe chez les autres classes vertébrées quelque os où quelque groupe d'os qui nous offre cette double connexion, d'une part avec les ptérygoïdiens, de l'autre avec la mandibule, (pielles que soient les modifications que puissent subir les formes, le développement et môme l'usage des os qui nous présenteront ces relations anatomiques. Or, chez tous les vertébrés ovipares supérieurs aux Poissons, depuis les Batraciens jusqu'aux Oiseaux inclusivement, la mâ- choire inférieure s'articule avec une pièce faciale, tantôt fixe et tantôt mobile, de forme très-variable, et qui, d'un autre côté, est en relation avec les ptérygoïdiens. La constance de cette double connexion n'aurait jamais dû en faire méconnaître l'identité. Partout elle offre une saillie articulaire à la mandibule, qui lui présente, de son côté, une surface creuse. Cette pièce est connue chez les Oiseaux sous le nom dos carré; elle fait plus ou moins l'office de caisse, ou tout au moins de cadre tynq^anique, et représente bien manifestement la partie de l'oreille (pii porte ces noms chez les mannnifères. Comme la caisse de ceux-ci, l'os carré on tympanique des ovipares s'appuie sur le temporal, mais avec une tendance très-prononcée à s'en détacher, ainsi qu'on le voit chez les Oiseaux, chez plusieurs Sauriens, chez les Ophidiens PIECES FACIALES DES POISSONS. 13 et les Batraciens, en sorte que ses connexions du côté du tempo- ral sont moins constantes que du côté de la màchoii-e et des ptérv- goïdiens. Cette môme pièce est parfois en relation médiate ou immédiate avec la mâchoire supérieure. Chez les Oiseaux, cette dernière connexion s'établit jiar une pièce zygomatique d'un caractère encore douteux, celle ({ui, interaiédiaire entre l'os carré et le vrai jugal, a reçu le nom de carré jugal (1). Chez les Batraciens, nous retrouvons une sorte de carré jugal que Du2:ès désignait sons le nom de tijmpano-malléal, le croyant en rapport avec le prolongement malléal du cartilage de Meckel (12) ; c'est tout simplement un os carré qui dirige une apophyse en avant vers la mâchoire supérieure ; cet os, étudié avec soin sur des tètes de Batraciens différents tant anoures (ju'urodèles, justifie encore moins la signification que lui donnait G. Cuvier, lorsque, ne con- sidérant que son apophyse antérieure, il en faisait un jugal pro- prement dit (3). Ainsi, l'osavec lequel s'articule la mandibule des ovipares est partout le même, soit qu'il s'appuie largement au temporal et présente une forme circulaire, comme chez les Tortues, soitc^u'il en prenne une plus ou moins allongée ou irrégulièrement qua- drilatère et tende à se détacher de l'écaillé temporale, comme chez beaucoup de Sauriens, chez les Ophidiens etlesAmphibiens, soit qu'il ait des relations avec le jugal et, par celui-ci. avec la mâchoire supérieure, soit enfin qu'il soit muni, comme chez les Batraciens, d'une sorte d'apophyse zygomatique, ({ui rejoint ou non la mâchoire supérieure. Ces différences de connexions et de formes n'afFectent en rien son identité, attendu ({u'elles n'ont rien de constîuit, tandis que ses relations avec la mâchoire inférieure (1) Ju ci'ois ((ue l'arcade grùlc dont cette pièce l'ait partie est l'oriiiée pav un \iiii jujîal, mais divise. Cliez les Perroquets, le temporal dirige \crs cette arcade une ajio- phjsc ijui l'atteint vers sa partie moyenne par un prolongement ligamenlen\. (2) Rechrichex sur l'osfi'olorjic et In iniioloyir flfs Batracwiis à h'Krx di/fvrciii^ ànri [Méin. de l'Arndétnù' des .■icie/icen, Savaids étraurfer/i, t. \'l, 1835). (3) G, Cuvier réservait le nom de tympauique cliez les Batraciens à la jjiéce en ('(U'iiie de marteau qui est surpcrposée à son jugal et dont le manclic s'approdic sans l'atteindre, de l'articulation niandibulaire. Cette pièce est le viai temporal |);n' se,-' connexions. (Owe?«'.v(/.v /o.v.sv'/cv, texte el planches.; ili nOLL.%KD et l'arcade ptérygo - palatine maintiennent et attestent cette identité. Dès lors, quand nous retrouvons, chez les Poissons, un petit groupe de deux os qui, représentantun même élément squelet- tique primitif, se caractérise par cette même connexion avec les ptérygoïdiens d'une part, et la mâchoire inférieure de l'autre, j'en conclus que ce groupe, ce tout ostéologique, ne peut être que l'homologue de l'os carré, qui lui-même est, par sa position, l'homologue de la caisse tympanique. Nous venons de démontrer l'homologie de notre cartilage anté- rieur et des deux os solidaires qui eu procèdent avec l'os carré des Oiseaux, qui se retrouve lui-même, chez les Reptiles et les Amphi])iens, dans la pièce à laquelle est suspendue la mâchoire inférieure. Nous avons dit, en passant, (jue ces os représentent, dans les ovipares, la caisse des mammifères, comme on l'a assez généralement admis pour les Oiseaux et les Reptiles, et contrai- rement aux opinions différentes proposées par Cuvier, Dugès et d'autres en ce qui touche les Amphibiens et, par suite, les Pois- sons. On pourrait objecter, à cette assimilation générale de la caisse au suspenseur mandibulaire des ovipares, i[ue, chez les mammifères, la mâchoire inférieure ne s'articule pas avec la pai'tie tympanique du teuqDoral, mais avec la partie squameuse sous-zygomatique de ce dernier; et cette objection peut sem- bler d'autant plus sérieuse que nous avons davantage insisté pour prouver l'identité de l'os carré dans la série des ovipares, sur ses relations avec la mandibule. Cette difficulté trouve sa solution dans un fait d'embryogénie. On sait que, chez les maumiifères, les branches du cartilage de Meckel se terminent par un bouton qui pénètre jusqu'à la région auriculaire et devient, en sossifiant, le marteau. La mâchoire osseuse se constitue et s'arrête à quelque distance, en avant de cette même région auriculaire tympanique. Là, elle se redresse et de sa branche montante donne un condyle arti- culaire, qui rencontre, au-dessus de lui, la région prétympa- niqueet zygomatique du temporal, laquelle lui offre une surface d'articulation généralement en creux. PIÈCES FACIALES DES POISSONS. 13 Chez les ovipares, comme Ratlike et d'autres aiiatomistes l'ont remarqué, et comme je lai moi-même observé en ce qui con- cerne les Poissons, le cai'tilage de Meckel, avec son bouton ter- minal, est enfermé tout entier dans la mâchoire osseuse, et l'on peut dire, par conséquent, ([ue celle-ci étend ses branches en arrière jusqu'à la région tynqjanique. Les pièces ([u'elle ren- contre ici et avec lesquelles elle s'articule sont donc des pièces tympaniques, et il suffit, après avoir constaté ce fait, de jeter les yeux sur ces pièces chez l'ovipare adulte pour reconnaître leur rapport avec la membrane et la cavité du tympan, et pour "se convaincre qu'on a sous les yeux la caisse des mammifères plus ou moins modifiée, tantôt annulaire, tantôt et plus souvent déroulée et étalée. L'articulation de la mandibule a donc passé ici du temporal à la caisse, parce que la mandibule elle-même s'est prolongée jusqu'à celle-ci. J'arrive maintenant à notre second cartilage et au groupe ostéo- logique qui en procède. B. — Groupe posléricur ou suspeusouf liyoulioii. Il est entendu que les trois pièces qui composent ce second groupe ne sauraient avoir qu'une même signification ostéolo- gique. Leur commune origine repousse d'avance et une fois pour toutes les diverses appréciations qui font de ces trois pièces des os spéciaux, tandis qu'elle nous les donne comme les divisions d'un tout, d'un même élément squelettique primordial, comme celles qui forment notre premier groupe, et comme celles qui se substituent au cartilage de Meckel pour constituer la mâchoire inférieure des Poissons. Ici encore, c'est aux connexions du groupe que nous deman- derons ses caractères homologiques, comme déterminant sa place et son rôle dans le plan du squelette vertébré. Parmi ces con- nexions, il en est de significatives et de secondaires. J'appelle significatives les connexions initiales et terminales du groupe, celles qui datent de son état cartilagineux. Par l'une d'elles, il 1^) UOLLtRD. lifiit au cràiiç; jKir laiilre, il atteint et rattache à la tète l'arc antérieui- de riivoïde. lionioloffiie de la urande corne de ce der- nier os devenu, chez les Poissons, un groupe important consacré aux fonctions respiratoires. Je regarde comme secondaires les connexions ([ui ne datent pas, comme les précédentes, de la phase cartilagineuse du groupe suspenscur de l'arc hyoïdien : telles sont celles ([uil contracte avec le groupe antérieur d'une part et avec l'aile operculaire de l'autre. Je demande si nous connaissons, chez les vertébrés supérieurs, un os qui serve à suspendre au crâne la grande corne de l'hyoïde, et quel est cet os? Dugès, dans ses recherches sur l'embryologie des Batraciens, a décrit et dessiné un cartilage qui ressemble sensiblement à notre cartilage suspenseur de l'hyoïde ; cette pièce, qui se divise plus tard, se rattache si intimement au crâne chez le Crapaud brun, en même temps ({u'elle tient à Ihyoïde, que le savant physiolo- giste de Montpellier inclinait à la considérer comme l'apophyse styloïde des mammifères. C'est qu'en effet, l'os plus ou moins saillant ou effacé qui porte ce nom et qui est si prononcé dans l'espèce humaine est tout spécialement dévolu au rôle de sus- penseur hyoïdien. Quand MM. Agassi z et Vogtont demandé à l'anatomie des mammifères la signification du préopercule, qui seul, dans leui' manière de voir, remplit ce même rôle, ils n'ont trouvé que l'apophyse styloïde à laquelle ils pussent assimiler ce dernier os. Je pense, connue ces auteui-s, que la piècequi se pré- sente chez l'honnne comme une apophyse du tenqjoral, mais qui. en réalité, est distincte de celui-ci, nous donne la signification homologique que nous cherchons. Seulement je la crois repré- sentée chez les Poissons par le groupe entier des trois os qui pro- cèdent de notre cartilage facial postérieur. Je conviens que l'apophyse styloïde des Poissons acquiert un développement qui est sans exemple dans les autres classes verté- brées, et qui pourrait d'autant plus surprendre au premier abord, ([ue chez les Oiseaux et les Reptiles rien ne la rappelle. Mais ce développei'nent extraordinaire est tout à fait en harmonie avec celui du système hyoïdien et avec les besoins d»^ l'appareil l)i'aiH PIÈCES FACIALES DES POISSONS. 17 chial qui constitue ce même système. Non-seulement nous avons ici un suspenseur hyoïdien , mais nous voyons ce suspen- seur prendre part à la composition des parois de la chambre res- piratoire, s'étendre en arrière sur cette cavité par le développe- ment lamelliforme du préopercule, fournir un appui à l'aile operculaire, et s'assouplir enfin en se divisant pour se prêter aux mouvements de dilatation et de contraction de la bouche et des branchies. Je considère donc le groupe d'os ([ui se substitue au cartilage suspenseur de l'arc hyoïdien, c'est-à-dire le temporal de Cuvier, son symplectique et le préopercule, comme l'équivalent de l'os styloïde, comme un os styloïde divisé, élargi, mis en rapport avec un appareil hyo-brauchial plus grand et plus complexe que celui des vertébrés a respiration aérienne. Et s'il nous fallait une raison de plus que celles que j'ai données plus haut pour mainte- nir l'unité du groupe qui nous occupe, je la trouverais encore dans l'état des trois pièces de ce groupe, au moment où com- mence leur ossification, comme aussi, dans l'état permanent du préopercule, chez quelques genres de Poissons. M. Vogt, tout en attribuant le symplectique au cartilage de Meckel, a très- bien vu qu'il était primitivement confondu avec le préoper- cule, et que ce dernier, avant de s'étendre en arrière, en haut ou en bas et de déborder ses deux congénères, se trouve réduit à une petite plaque osseuse enchâssée comme un coin dans un angle laissé entre celles-ci ; il a très-bien fait ressortir aussi la réduction que présente ce même os chez plusieurs Siluroïdes. J'ajouterai aux considérations que cet anatomiste a présentées sur cette réduction et qui prouveraient au besoin, selon moi, l'impossibilité de séparer homologiquement le préopercule du symplectique et même du temporal de Cuvier, que l'hyoïde se suspend au préopercule si près de sa ligne de jonction avec ses deux congénères, qu'il lui arrive parfois de paraître attaché à l'un ou à l'autre de ceux-ci ; quelquefois même son point de sus- pension appartient à un petit espace qui demeure cartilagineux entre les trois plaques osseuses. Enfin, si la loi des connexions nous désigne quelque part une 5« série. ZooL. T. I. (Caliicr n" 1.) 2 2 id IIOLLARD. pièce qui mérite le nom rie temporal, cette pièce ne saurait être celle que Guvier et quekiues autres anatomistes. à son exemple , ont appelée de ce nom . Le temporal doit confiner en même temps au frontal, à l'occipital, au pariétal, à la grande aile sphénoïdale et au rocher. Ces relations sont celles du mas- toïdien de Cuvier, et je n'hésite pas à nommer ce mastoïdien le vrai temporal, comme l'ont fait avant moi Dugès, Hallmann, Kostlinet M. Agassiz. Je me résume en concluant de l'ensemble de cette étude : i" Que le groupe des cinq pièces faciales comprises dans ce qu'on a nommé l'aile temporo-maxillaire, l'aile tympanique, le suspenseur mandibulaire des Poissons, comprend deux groupes distincts, qui représentent deux éléments squelettiques primor- diaux, sous la forme première de deux cartilages placés l'un derrière l'autre et visibles pendant toute la période embryon- naire ; - 2° Que le groupe antérieur est spécialement affecté à la sus- pension et à l'articulation de la mâchoire inférieure, tandis que le postérieur est un suspenseur hyoïdien; o° Que les deux pièces osseuses ([ui pi'ocèdent du cartilage antérieur sont les homologues de la caisse tynq^anique et, par conséquent, de l'os carré des Oiseaux ; li" Que les trois pièces issues du cartilage postérieur représen- tent un os styloïde très-développé. divisé, en l'apport avec son rôle de suspenseur d'un arc hyoïdien complexe et de l'aile opercu- laire, et avec la part qu'il doit prendre à la protection des bran- chies ainsi qu'aux mouvements des parois de la bouche et de la chambre respiratoire ; 5° Qu'enfin le vrai temporal n'est pas la pièce désignée sous ce nom par Cuvier et qui tait partie intégrante du second groupe, mais le mastoïdien du môme auteui\ PIÈCLS 1 VCIALLS J)ES POISSONS. 19 EXPLIGATIOiN DES PLANCHES. PLANCHE 1 . Fiff. 1, 2,3. Etat cartilagineux (le l'aile tcmporo-mandiljuluiro. — iin, cartilage anté- rieur ou suspenscur de la mandibule ; s h, cartilage postérieur ou suspenscur de l'an; hyoïdien; cm, cartilage uiandibulaire ou deMeckcl; h, arc hyoïdien compose de deux cartilages : le supérieur^ sous la forme dune tige étroite, est suspendu au cartilage 5/(, et donne par l'ossiticalion le petit os nommé sfijloïde par G. Guvier; l'inléricur représente et donne les pièces osseuses qui portent les rayons branchio- stégcs. Fig. l. Montre les pièces en question à l'époque lu'i le cartilage antérieur est encore réduit à une bande étroite. Fig. 2. Présente celte même pièce et la postérieure dans un àgc plus avancé^ et avec tout leur développement cartilagineux. Fig. 3. Les offre au moment où commence le travail d'ossification autour du carti- lage de Mcckel, pour constituer la mâchoire^ et sur le Ixord du cartilage postérieur, pour fournir la grande lame préoperculairc, qui déjà recouvre l'origine de la pre- mière pièce hyoïdienne. On voit en outre les rayons brancbiostégcs et l'opercule qui commencent à se montrer dans le pli cutané qui part en haut du cartilage postérieur, et en bas de l'arc hyoïdien. Plus près de la mâchoire inférieure, dans l'intervalle et au sein du blastème qui existent entre son extrémité postérieure, le cartilage postérieur et l'arc hyoïdien, est la place qu'occupera l'intcroperculc indi{[ué par un tracé que quelques préparations m'ont olfert plus ou moins distinctement, et en tous cas par un tissu librcuxqui part du cartilage de Meckel, et qu'on apcri;oit déjà fig. 2. Fig. 4. Ce dessin est destiné à nous présenter, tels qu'ils se montrent chez le Saumon adulte, les deux groupes de pièces osseuses qui remplacent et que représentaient les deux cartilages suspcnseurs de la mandibule et de l'hyoïde. Le premier groupe est indique avec ses limites par un pointillé; le deuxième par des hachures qui en rallient les trois pièces et ciunblent leurs intervalles épargnés plus ou moins par rossiftcàtion. Le développement osseux de ces groupes n'a pas assez cflacé les formes •les cartilages primitifs pour qu'on ne puisse aisément retrouver le cartilage dans le groupe, et se convaincre ainsi que le tympanal et le jugal de Guvicr forment un tout; le temporal, le symplcctique et le préoperculc du mémo un autre tout, le premier au suspenseur uiandibulaire, le second au suspenscur hyoïdien. 11 n'est pas . moins évident ([uc le sjniplectiquc et le cartilage de Meckel ne procèdent pas l'un de l'autre. NOTE SUK DE NOUVELLES RECHERCHES SUR LA PRODUCTION ARTIFICIELLE DES MONSTRUOSITÉS , P^r H. Camille DARESTE. J'ai déjà, à plusieurs reprises, fait connaître à l'Académie les résultats de mes recherches sur la production artificielle des monstruosités dans l'espèce de la Poule. Je n'ai pu cette année consacrer que quelques semaines à ces sortes de travaux ; toute- fois, dans ce court espace, j'ai pu observerun assez grand nombre de monstruosités. Un grand nombre de celles que j'ai obtenues cette année s'étaient déjà produites dans mes expériences des années précédentes; je n'y reviendrai donc pas aujourd'hui. Mais j'ai observé plusieurs faits nouveaux, qui me paraissent dignes, à beaucoup d'égards, de fixer l'attention des physiolo- gistes. Je citerai en première ligne un cas de duplicité du cœur. Cette anomalie a été, à diverses reprises, signalée par plusieurs anatomistes; mais aucune des observations ne présentait jusqu'à présent de garanties suffisantes d'authenticité. C'est pourquoi Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, qui les a rapportées dans son ou- vrage, ne les a mentionnées qu'avec un point de doute. Tout récemment, un physiologiste danois, M. Panum, a fait connaître deux cas parfaitement authentiques de duplicité du cœur, qu'il avait observés sur des embryons de PoTile retirés de l'œuf. J'ai pu observer cette année un cas de ce genre. L'œuf îivait été mis en incubation le 24 juin, et ouvert le k juillet. Je fus frappé, au moment où j'ouvris l'œuf, par l'aspect insolite que présentait levitellus; il n'y avait aucune trace visible de vaisseaux sanguins. Le milieu du jaune était occupé par une vésicule ovoïde, dont la plus grande longueur avait à peu près 1 centi- mètre. Sur les bords de la partie antérieure de cette vésicule, on PRODUCTION ARTIFICIELLE DES MONSTRUOSITÉS. 21 voyait de chaque côté deux- vésicules contractiles qui ont battu SOUS mes yeux pendant dix minutes. En y regardant de plus près, je me suis assuré que la vésicule médiane était ramnios, distendu par le liquide amniotique, et contenant dans son intérieur un embryon vivant. Les vésicules contractiles étaient deux véritables cœurs, composés chacun d'une vésicule auriculaire et d'une vésicule ventriculaire, dont les battements se succédaient d'une manière régulière. Ces deux cœurs étaient entièrement en dehors de l'amnios, et présentaient par conséquent une ectopie complète. 11 eût été fort intéressant d'étudier la disposition du système vasculaire et ses rapports avec les deux cœurs; mais il ma été impossible de faire cette étude, parce que le sang était complètement incolore, et que, par con- séquent, il ne me permettait (pas de suivre, dans l'intérieur de l'embryon, la disposition des vaisseaux sanguins. On comprend d'ailleurs que la petitesse de l'embryon ne m'ait point permis d'es- sayer des injections. J'ai déjà eu d'ailleurs occasion, dans un précédent mémoire, de faire connaître cet état particulier du sang que j'ai rencontré dans plusieurs embryons monstrueux, et qui résulte non de l'absence, mais de la diminution très-consi- dérable des globules. L'embryon ne s'était pas encore retourné. La tête était très-petite, de la grosseur d'une tète d'épingle, et ne présentait aucune trace d'yeux, ni de vésicules encéphaliques. Il n'y avait point de membre supérieur gauche. Le pédicule de l'amnios existait encore. Je n'ai trouvé aucune trace d'allantoïde. J'ai eu, du reste, plusieurs fois occasion d'observer de sem- blables faits d'atrophie excessive de la tête, qui se rattachaient probablement à cette forme de monstruosité décrite par Geoffroy Saint-Hilaire sous le nom de Iriocéphalie. Je n'avais jamais observé, dans mes précédentes recherches, de cas de monstruosité par fusion d'organes. Cette année, j'ai observé deux cas de ce genre. Le premier m'a présenté un cas de symélie. L'œuf avait été mis en incubation le 3 juillet, et ouvert le 16 juillet. L'embryon était mort depuis quelque temps. Je n'ai pu l'étudier complète- 22 C. DAltICÇiTF. ment; mais j'ai constaté, delà manière la plus certaine, une fu- sion complète, sur la ligne médiane, des mend^res postérieurs des embryons de Poule observés à cette époque de l'incubation. Il eût été fort intéressant de savoir si, dans ce symèle, comme dans lessymèles humains, le pied étiiit renversé; mais l'embryon était trop jeune pour me permettre de constater ce fait. L'amnios avait encore son pédicule, et présentait en avant une large ouverture ombilicale. Je n'ai point vu d'allantoïde. Le second fait était bien plus remarquable encore. L'incuba-» ■ tion avait commencé le o juillet, et l'œuf avait été ouvert le 20 juillet. L'embryon était mort ; il ne s'était point retourné , et était par conséquent couché à plat sur le vitellus. La tète seule était renversée et couchée sur le côté gauche, comme dans l'état normal. Il n'y avait qu'un œil, placé sur la ligne médiane, immé- diatement au-dessus du bec supérieur. Cet œil était rudimen- taire, et seulement indiqué par la choroïde. Il n'y avait égale- ment qu'une seule vésicule cérébrale. J'avais donc sous les yeux un vérital)le cas de cyclopie. Le membre supérieur gauche était rudimentaire, tandis que le membre supérieur droit et les deux membres postérieurs avaient leurs dimensions normales. L'ombilic était largement ouvert ; il y avait une éventration complète. Le cœur, le foie, l'estomac, faisaient hernie au travers de l'ombilic. Le cœur était renversé ; la région ventriculaire était dirigée vers la tête, tandis que la région auriculaire était plus voisine de l'ouverture ombilicale. J'ai constaté l'existence d'une bride membraneuse qui unissait le foie aux bords de l'om- bilic. Le pédicule amniotique persistait encore. Je n'ai pu malheureusement étudier tous ces faits avec le soin qu'ils méritaient, car les embryons étaient morts depuis quelque temps lorsque j'ai ouvert les œufs. Mais je crois devoir publier dès à présent ces observations, quoique incomplètes, parce qu'elles me donnent l'espoir fondé de reproduire artificiellement toutes les formes possibles de monstruosités simples. Remarques sur quelques Crustacés du terrain carbonifkre apparte- nant AU GENRE DEUmmVS, Konig, ET DESCRIPTION DE DEUX NOUVELLES espèces du comté DE LA Reine, EN IRLANDE, par M. W. H. Baily (1). Le terme générique Belimirus fut appliqué, en 1820, par Kcinig, ù un Cruslacé particulier du terrain liouiller qu'il figura et nomma Jfelimirus hellulus (2). Avant lui, Martin avait donné (3) une figure et une courte description de cette espèce, qu'il appelait EntoinoUtlius Monoculilcs? (Lunahis), le comprenant avec les Trilobiles dans la même dénomination générique (ïEntomoHlhus , nom qui, d'après les règles de la nomencla- ture, était d'ailleurs inadmissible. Parkinson (h) figura un fossile sembla- ble, du minerai de fer, trouvé dans le terrain houiller de Dudley : il le rangea parmi les Trilobites, en indiquant qu'il lui paraissait être iden- tique avec celui dont Martin avait donné la description. La même espèce est d'abord figurée et mentionnée par le docteur Buckland, sous le nom de Limulus trilobiloides (5), et ensuite par M. Prestwicb dans son mé- moire sur la géologie de Coalbrook Dale, dans lequel il adopte le même nom et donne la figure de cette espèce, et d'une autre appartenant au même genre, du minerai de fer des couches houillères, de Coalbrook Diile (0) . Dernièrement, le général Portlock figura un autre échantillon qu'il donna comme trouvé dans les schistes carbonifères (mais qui pro- vient plus probablement des couches houillières) de Maghera, comté de Derry, et qu'il rapporte, avec doute, à la même espèce (~). Dans son Catalogue des fossiles de la Grande-Bretagne, 2'' édi- tion, 1856, le professeur Morris cite les auteurs précédents excepté Par- kinson , et rapporte la même espèce au Limulus irilobitvides de Buckland. Dans une note que je lus à la Société géologique de Dublin (8), je donnai la description d'un échantillon (le seul que l'on connût alors) des houillères de Bilboa, comté de Queen, et découvert par M. G. H. Kinaham, (1) Traduit de l'aiifrliiis {Ann. of Xnt. Hist., 1863, t. XI, p. 107). (2) Icônes fnssiiiumsoctiles, hy Gh. Kfiiiio:, 1820, pi. 18, fipr. 230. (3) Pctrcficnfa Der/nensia, 1809, pi. â5, lig-. à. (4) Orrjanic Remain.?, 1811, vol. 111, p. 27^1, pi. 17, fig-, 18. (5) Bridge Water Treatise, 183G, p. 396, sol. 1 et vol. 11, p. 77, pi. /iG", fig. 3. ' (6) Trnn^acf. of thf Grolorj. Soc. ofLondon, 2^' série, ISiO, t. \', pi. Ii\, tig'. 8. (7) heport on tlie Geolog. of Londondei'ry and Tijronc, i 843, p. 316, pi. 24, fif?. 1 1 . (8'i Joiirn. of the C'-oInr^irri/ Socipti/ of DnUin, \8bH, vol Vlll, p. 89. . ^q 2/i %V. U. BAILT. de la Société géologique d'Irlande, dans des débris provenant de schistes placés immédiatement au-dessus de la houille n° 3, de la coupe du district de Castlecoraer. Les fossiles qui l'accompagnaient dans le même lit d'argile, étaient quelques restes de plantes épars, et de nombreuses petites coquilles bivalves ressemblant à des Unios (probablement des Myacites), et d'autres ressemblant à des Myliles, et qui, probablement, se rapportaient aux Myalines. Dans cette note je faisais quelques remarques sur les espèces voisines de Coalbrook Dale, qui avaient été comprises avec elles dans le genre Limulus, et je proposais, à cause des différences caractéristiques qu'elles présentaient et de leur affinité étroite avec les Trilobites,de sépa- rer de ce genre tous les Crustacés des couches houillères et de les grouper en un autre genre, sous le nom de Sieropis. Depuis cette époque, des échantillons plus parfaits furent trouvés dans les houil- lères de Bilboa, et ils confirmèrent les vues que j'avais avancées, sur la nécessité de séparer ce genre des Limules; et je pensai devoir préférer le nom de Belinurus, parfaitement approprié et appliqué par Konig à l'es- pèce la plus commune, à celui que j'avais proposé auparavant pour ce groupe. Dans l'explication de la feuille 137 de la Carte géologique de V Ir- lande (l), je donnai un court exposé des fossiles des couches houillères de ce district, et une notice sur les remarquables crustacés de Bilboa, après avoir visité cette localité, où j'avais été assez heureux pour trouver un échantillon très-parfait, auquel je donnai le nom de Belinurus reginœ et qui est figuré ici. Dans une autre excursion, M. J. Edge, qui m'accompagnait, trouva un autre individu encore plus parfait, et je lui suis aussi redevable de la communication de quelques autres échantillons qui m'ont aidé dans les descriptions qui suiient. CRUSTACEA. KIVTOAIOSTIIACA. Légion P.xciLOPODA. Order Xiphosvba. Genbe belinurus, Konig. Étym. : BtXoî, pointe, oup«, queue. Caractères génériques. — Forme générale suborbiculaire. Tête ou bouclier céphalique, semi-circulaire, légèrement arqué, La portion cen- (1) Explanation of Sheef 137, Geo/. Survfiij of Irekmd, Palœontological, notes, pp. \2-\h. CRUSTACÉS DU TERRAIN CARBONIFÈRE. S5 lra\e (glabella?) proéminente et déclive vers sa circonférence; entourée par un bord aplati et terminée à ses angles postérieurs par de longues épines. Corps composé de cinq segments terminés par des épines, et di- minuant graduellement vers l'extrémité postérieure. Queue ou portion caudale petite, avec quelques divisions rayonnantes, peu marquées, et où s'articule une épine allongée. Belinurus regin.e nov. sp., pi. 2, fig. 1, A-D. B. latus, limbo scuti cephalici orbiculari angulis longispinosis. Corpore decurtato ; thorace quinque arliculis iongispinosis munilo; pkuris sulco longitudinale, usque ad finem spinœ produclo; triparti ta eauda, cui spina prœlonga coaplatur. Description. — Forme générale ovale élargie, pointue en arrière, axe convexe. Bouclier céphalique trois fois et demie plus large que long, arqué en avant, entouré par un bord étroit et comprimé ; les angles postérieurs terminés par de longues épines et dirigées en dehors. Portion centrale ou glabelle lisse et médiocrement convexe, de la même largeur que la por- tion médiane du thorax au point où il se réunit à la lête, mais décroissant graduellement vers le bord antérieur, présentant de chaque côté une divi- sion arquée, s'étendant vers le bord antérieur. Yeux centraux, lunules, attachés à ces divisions ; anneaux thoraciques, au nombre de cinq, les lobes du premier deux l'ois plus larges que l'axe, ceux du dernier un peu moins larges que l'axe. Les lobes latéraux s'étendent en droite ligne, chacun est sillonné et terminé par une épine, les épines diminuent graduellement de longueur jusqu'à la queue. Chaque article de la portion médiane porte un tubercule médiocre; la portion caudale ou queue est très-petite, et présente de cha- que côté environ trois divisions peu marquées, une très-longue épine y est soit attachée (?) soit articulée (?) ; trois fois plus longue que le reste du corps de l'animal, elle est large à sa base et s'amincit graduellement en pointe. Remarques. — Le petit Crustacé auquel j'ai donné le nom spécifique précédent (pi. 2, fig. 1a) a été trouvé parmi les débris du même banc qui avaient fourni la première espèce. Il est en parfait état, et montre d'une manière remarquable le développement latéral excessif des différents segments en longues épines, s'étendant de chaque côté du corps, et dé- croissant graduellement à mesure qu'ils s'approchent de la queue qui se termine par une épine énorme. @6 \t. H. BAirY. Ces cariiclères suffisent pour le distiniiiier de toutes les autres espèces. La tête el le corps de récliaiilillon figuré paraissent avoir élé un peu com- primés; un autre échantillon qui, je pense, se rapporte à la même espèce (lig. i^), el trouvé par M. J. Edge, est mieux conservé, à l'excep- tion de l'épine caudale dont une portion est cassée; cet éclianlillon a été grossi (fig. 1'", 1"), el montre un petit sillon sur l'expansion du bord du bouclier céphalique, ainsi (juo les plèvres sillonnées et le tubercule unique, sur chaque article de l'axe terminé par une [)roéminpnce large et Irès- obluse vers la queue. L'épine qui . est attachée à celle portion présente une rainure longitudinale, el une expansion membraneuse de chaque côté^ semblable à celle que Parkiuson a mentionnée, el semblable à ce qui se voit dans l'espèce décrite par Martin el que j'ai rapportée au B. bellu- lus, Kônig. Localités. — De Coal-shdle; houillères de Bilboa, comté deQueen. Belinlt.us AHMATi's, nov. sp., pi. 2, fig 2, A-C. B. lalus- limho senti cephaJicl orliiculari, anguUs longisphwsis; glahella, spinis duahus brevioribus minuta ,• thorace quinque articulù, tre"/'s spinosis pkuris usquc ad le?-minos sulra'.is ; triparlita caiida, ctii spina longa coaplatur. Descriplion. — Forme générale ovale élargie, pointue en arrière, axe convexe. Bouclier céphalique semi-circulaire, légèrement élevé, déclive à la circonférence, et entouré par un bord étroit et comprimé. La portion centrale ou gabelle présente trois rainures étendues jusqu'à en- viron les deux tiers de la largeur du bouclier, arrondies à leur extrémité an- térieure, et formant un arc double ; la portion centrale est plus large à son extrémité postérieure. Les deux rainures les plus antérieures serecour- bent à environ la moilié de leur longueur sous des yeux semi-circulaires, très-légèrement exhaussés ou relevés et rayés, et se continuent au debà de rextrémité postérieure du bouclier en deux épines droites aiguës, qui se projettent sur le corps de 2 ou 3 millimètres environ. Les angles posté- rieurs du bouclier céphalique se continuent, ainsi que dans l'espèce précé'- dente, en longues épines légèrement recourbées, mesurant 7 millim. 1/2, et s'élendant de chaque côté du corps. Il y a cinq anneaux thoraciques qui, ainsi que dans l'espèce précédente, se rétrécissent vers l'extrémité postérieure. Les lobes latéraux se continuent en une ligne droite terminée par une courte épine, et sont marqués d'un sillon anguleux qui se pro- CRUSTACÉS DU TERRAIN CARBONIFÈRE. 27 longe jusqu'au bout, se recourbant au môme angle vers la pointe de cha- que épine. L'exlrémilé caudale est petite, avec deux ou trois divisions rayonnantes, et une épine à peu près égale en longueur à la tête et au corps y est attachée. Remarques. — Ce Cnistacé diffère du précédent en ce que les exlré- milcs pointues de la plèvre et l'épine de la queue sont plus courtes. La tête, ou plutôt le bouclier céphalique(fig. 2\ 2"), est plus orbiculaire, et les crêtes arquées, venant de la partie médiane de la tète (glabelle), sont terminés de chaque cùlé par de courtes épines, caractère qui n'est observé dans aucun des spécimens du B. régime. Je n'ai pu me procurer un bon spécimen de cette espèce, c'est-à-dire ayant entiers le corps et la queue. Un échantillon imparfait (fig. 'l*^) forme, dans le schiste, le centre d'une - *ï concrétion schisteuse. Il laisse voir une partie du corps avec l'épine de la queue non compri- mée, et montre distinctement la division de chaque anneau thoracique avec les angles latéraux sillonnés comme dans les Trilobiles. Dans un autre échanlillou qui avait été accidentellement dégagé dii schiste et chez lequel leô deux cô!és étaient visibles, on remarqua que le corps était ramené au-dessus de la tête, ainsi qu'un Ampyx ou Triiiu- c/fMS. Celte espèce est voisine du Belinuriis bellulus, Kbnig, mais en dif- fère par la forme plus orbiculaire de la tète, la terminaison épineuse de l'enveloppe, et le plus grand développement du bouclier céphalique. Localilé. — Trouvé avec l'espèce précédente dans les houillères de Bi'boa, comté de Queen. Une troisième espèce très-voisine du Belinurus (Linmlus) rotunJus, Prestwich, sp., si même elle n'y est identique, fut aussi trouvée dans la même localité; mais comme l'échanlillon est trop imparfait pour qu'il soit possible de le décrire, j'ai préféré le reporter dubitativement à cette espèce. J'ai donné (pi. If, fig. 3 ^, 3") une figure de grandeur naturelle et une autre grossie. On trouvera ci-dessous la liste des différentes espèces do Belinurus avec leurs synonymes et leur provenance : 1. Belinurus bellulus, Konig, Icon. foss., sect. pi. XVIII, fig. 230, Terrain carbonifère, Coalbrook Dale., Shropshire. — S]'n. : Eniomoli- thus (Monoculus) lunatus, Martin, Pet. Derb., pi. XLIX. Près de Mansfield, Nollingham.— /c/., Parkiuson, Org. Rem., vol, III, pi. XVIl, fig. 'J8. A Dudley, dans le Shropsiu're. — Limulus Irilobilvides, Buc^ 28 W. H. B.%ILY. kland, Bridy. Treat., pi. XLVI, fig. 3, — M, Preslwich, Geol. Trans., sér. 2., vol. V, pi. XLI, fit;. 8.— Id., Portlock, Gcol. Repert., pi. XXIV, lig. 11. II. Belinurus arcuatus, nov. sp., Baily. Houillères deBilboa. comlé de la Reine (Irlande). IIJ. B. REGiNiC, nov. sp., Baily. Houillères de Bilboa (Irlande). IV. B. ANTHRAX, Preslwich, Geol. Trans., vol. V, pi. XLI, tig. i-h, c. V. B, ROTUNDUS, Preslwich, ibid. Houillères de Bilboa (Irlande). La découverte de ces Crnslacés si particuliers des formations houillères d'Irlande, associés à des plantes et des coquilles qui correspondent d'une manière si remarquable avec ceux que l'on trouve, dans les mêmes dépôts, à Coalbrock Dale, dans le Shropshire et dans d'autres parties du centre en Angleterre, est un point d'un grand intérêt paléontologique , car il montre leur distribution sur une vaste surface et indique l'existence des mêmes conditions sur deux points aussi distants. Les grandes différences qui s'ob- servent dans quelques parties de leur structure avec ce qui se remarque chez les Limules vivantes, peuvent être expliquées par le grand intervalle qui sépare la formation houillère où se trouvaient ces débris des couches jurassiques supérieures où les vraies Limules ont été trouvées pour la pre- mière fois. Il y a toutefois quelques points de leur siructure, analogues à celle des Limules, auxquelles elles ressemblent par leurs formes générales et en ce qu'elles sont pourvues d'une longue épine caudale qui était pro- bablement (l'articulation ne se voit pas d'une manière évidente) disposée comme chez ces dernières et pouvait exécuter certains mouvements. — D'un autre côté, si l'on remonte dans la série des âges, on trouve des formes intermédiaires.^ telles que les Pterygotus et les Himantopterus, qui rattachent les Belinures aux Trilobites, dont ils se rapprochent aussi par la mobilité des segments de leur corps et par d'autres particularités. Il existe dans ces Crustacés des terrains houillers assez de modifications de structure pour que l'on puisse les considérer comme constituant un genre distinct, et pour les regarder comme formant un des chaînons de la série qui conduit du groupe important des Trilobites si caractéristiques des roches paléozoïques, aux Limules de l'oolithe où tout le corps est couvert par un double bouclier, les segments de la portion abdominale simple- ment rudimentaires et immobiles comme ceux des espèces vivantes. Quant à ce qui touche la question de savoir si ces Crustacés et les fossiles qui leur sont associés habitaient les eaux douces ou la mer, j'incline à CRUSTACÉS DU TERRAIX CARBONIFÈRE. 29 croire que les dépôts dans lesquels on les trouve ont une origine d'eau douce ou sont déposés dans un estuaire, et cela à cause de l'abondance de petites coquilles analogues aux Unios et d'autres très-semblables aux Myliles d'eau douce [Dreissena polymorpha) , accompagnées par des restes de plantes marécageuses. Cette opinion s'accorde avec les observations de MM. Martin et Prestwich; d'autres théories ont été mises en avant pour attribuer une origine marine aux dépôts de houille, on s'est surtout appuyé sur ce qu'on y trouve de petits corps contournés en spirale, atta- chés à quelques débris de plantes, et rapportés autrefois à des Spirobes, genre d'Annélides actuellement commun sur nos rivages, qui vit en général fixé aux roches marines, et bien connu sous le nom de Spirobis nau- tiîoides. Ces petits corps spiraux, des plantes de la formation houillère, ont été, il est vrai, décrits par Goppert comme un Fungus, sous le nom de Gijromyces ammonis, et figurés par Geinelz dans son beau travail sur les plantes houillères de la Saxe (1). Pourtant nous avons ici une preuve de la grande réserve que l'on doit mettre à tirer des conclusions de données insuffisantes, et nous serions disposé à adopter les remarques tendant à établir que les terrains houillers ont été déposés sous l'influence de l'eau de mer aussi bien que de l'eau douce. EXPLICATION DE LA PLANCHE 2. Kig. 1. A-D, Belinurua rcginœ, nov. sp. : AB, de grandeur luilurelle; CD, grossi de 3 diamètres (les lignes ponctuées représentent les parties restaurées). Fig. 2. A-C, Belinunis arcuatm, nov. sp.: A, portion céphalique séparée, de grandeur naturelle; B^ la même grossie de 2 diamètres; C^ un individu de petite taille non comprimé, trouvé dans une concrétion. Fig. 3. A-B, Belinurus rotundus (?), Prostwicli : A, de grandeur naturelle ; B, grossi de 3 diamètres (les lignes ponctuées représentent les parties restaurées). (I) Die Versteincrungrn der SteinkohleiifortiKitwn in Suchsen, pi. Z'i, fig. 1-3. NOTE SL'K L'HABITAT DE L HELIX CAlhE, CaiiUaine. Par M. Henri Aucapitaine. Les faits relatifs à l'expansion des Mollusques terrestres, eu dehors de leurs areas primitifs d'iiabitation, sont encore peu connus ; il est utile, a l'occasion, de les signaler aux naturalistes, car ils confirment l'idée émise par Alpli. De Candolle et Ch. Darwin, que plus une espèce se répand, plus elle accjuiert le pouvoir de se répandre (1). Nous croyons pouvoir en signaler un exemple. Le naturaliste belge Cantraine a décrit une jolie espèce du genre Hélix, dédiée sous le nom d'i/. Carai à M. G. Gara, conservateur du inuséii de Gagliari (2), et provenant de la montagne de Gapoterra (altitude 700 mètres), à quatre lieues environ de Gagliari (Sardaigne). En voici la diagnose : H.testaorbicidato-convexa, de/rrossiuscula , impcrfomta, çilabra, lufrs- cenfe, vorinicidata, mamlkque fiiscis scrralibus anrjvlotls picta ; spira ptwninida au t subplana ; apertiira ovato-lunata, albo-viaculu roseu uiidii- licali msifpmti, lubro marr/inc fcflexo. Anfr., 5; ait., 8™'°,50 ; diamètre, 11 millimètres. On pourrait, sans inconvénient et au grand profit de la iiomenclature, réunir à cette espèce Y Hélix Magnetii du même auteur qui ne diffère tle V Hélix Carœ (]ue par la disposition fort irrégulière de tes taches fauves ou brunes. Jusqu'ici Y Hélix Carœ, assez répandu dans les collections, n'avait point été trouvé en Gorse. Peyraudeau, Recpiin, lîlauner, (jui ont mimitieuse- ment exploité cette ile et fait de bons ti'avau.K sur ses Mollusques, ne l'avaient pas rencontré. ■Grâce a l'obligeance de M. Bélier de la Ghavignerie, entomologiste distingué, j'ai eu communication de deux individus de cette espèce trouves à Porto- Veceliio. Depuis, j'ai recueilli de nombreux échantillons de Y Hélix Carœ dans la partie méridionale de la Gorse, notamment sur les murs de clôture, dans les mrujuis et les champs voisins de la route de Cotti à Sartène, dans la plaine du Taravo, et enfin on m'en envoie des environs de Porto-Veechio. toutes localités voisines de la mer. Gette partie méridionale de la Corse ayant été soigneusement parcourue par Peyraudeau et Recjuin, il est permis de supposer, vu surtout le peu rie rareté des échantillons, (|u'elle s'est introduite depuis un petit nombre d'années en Gorse où elle se développe i-ai)idement. Un fait analogue et réciproque a lieu en Sardaigne pour YH. lluspailUi, Peyr., espèce beaucoup plus répandue en Gorse (ju'ellene l'était en 1S2'i et 1825, épo(iue ilu voyagede Peyraudeau, et <[ue l'on rencontre mainte- nant parfois dans la partie septentrionale de la Sardaigne, au sud de Sassari. (1) l^ar leurs inovcns bornés de locomotion et leurs antres conditions (rexisleiico, les Mollusques terrestres sont eertainenieot ceux d'entie tous les animaux «jui se prèlenl le mieux à cej;:cnre d'observations. (2) Mvhirologk ntéditerruiiiicimc et littorale, p. 108. n'' 13,, et pi. V, liy. 7'' et 7'-''. MONOGRAPHIE DES CRUSTACÉS FOSSILES DE LA FAMILLE DES CANCÉRIENS, Suite (i). Genre TITANOCARCINUS, Nol»is. Xantho (pars), E. Sismoiuln , Deicrizionc dci Pesci c clci Crosturci fu^-si/c ncl Ptcmunte, 1846, p. Cl. Ce genre, qui compte plusieurs représentants fossiles, n'existe plus aujourd'hui et ne paraît pas avoir dépassé la période ter- tiaire. Par sa forme et les traits principaux de son organisation, il a une grande analogie avec les Xanthiens et particulièrement avec certaines forme à carapace rétrécie du genre Xanlho. Mais, d'autre part, il s'en éloigne par quel{[ues particularités qui ne permettent pas de les y réunir. La carapace est peu élargie et très-peu bombée; en arrière, elle est complètement aplatie. Les bords latéro-antérieurs, au lieu de former avec le front une ligne courbe régulière à grand rayon, dessinent, au niveau des orbites, un angle très-marqué. Les régions sont fortement indiquées ; le sillon qui limite la région gastrique est profond. Le front est droit, avancé, horizontal et entier, ou à peine échancré au milieu; le bord sus-orbitaire est interrompu par deux petites fissures. Les bords latéro-antérieurs soiit courts et découpés en petites dents. Les bords latéro-posté-' rieurs sont presque aussi longs que ces derniers; la carapace est plus élargie en arrière qu'on ne le voit chez les Xanthes et . (1) Voyez le volume précédent, p. 273, 52 ALPHONSE MILKE ED\YARDS. lesXanthodes, bien que, clans ce dernier genre, ce bouclier soit plus large postérieurement qu'on ne le remarque en général chez les autres genres du même groupe. Par ce caractère qui donne au corps un aspect particulier, les Titanocarcins se rap- prochent jusqu'à un certain point de quelques Galénicles. Sur aucun des échantillons que j'ai eus entre les mains je nai pu distinguer la disposition de la région antennaire, ni celle des pattes mâchoires externes ; l'abdomen et les pattes me sont éga- lement inconnus. TITANOCARCINUS SERRATIFRONS, Nobis. Voy. t. XX, pi. 9, fig. 2 et 2", et pi. 10, fig. 4, !x\ ib. Cette jolie petite espèce se trouve à Ciply (Belgique), dans les couches du terrain crétacé supérieur; elle y est associée à un très-joli petit Dromilites, qui y est beaucoup plus commun qu'elle. J'ai pu en étudier quelques fragments à Mons dans le musée de cette ville, et le Muséum d'histoire naturelle de Paris en possède un individu qui montre les principaux caractères de l'espèce. La carapace, légèrement bombée en avant, est très-déprimée en arrière; elle est peu élargie. La largeur du bouclier céphalo- thoracique ne dépasse, en effet, que de peu sa longueur. La ré- gion gastrique est fortement marquée et lobulée. Les lobes épigastriques sont saillants et couverts de petites granulations ; celles-ci sont beaucoup plus nombreuses sur les lobes protogas- triques. Le lobe mésogastrique est presque lisse, on n'y aperçoit que de rares tubercules ; il se continue en pointe jusqu'à la région frontale. La séparation entre les lobes métagastrique et urogas- trique est à peine visible. La région cardiaque est large et presque lisse ; les régions hépatiques sont renflées, limitées par des sillons profonds et ornées de granulations qui se retrouvent sur les lobes épibranchiauxetlelongdu bord des lobes branchiaux postérieurs. Le front est large, horizontal, droit, ne dépassant pas les angles orbitaires ; son bord est finement crénelé et légèrement échancré au milieu par un sillon qui se continue avec le lobe mésogas- trique. Le bord orbitraire porte deux fissures linéaires; l'ande CA.NCÉRIENS FOSSILES. oo orbitaire externe est petit et peu saillant ; les bords latéro-posté- rieurs sont découpés en quatre dents nettement séparées les unes des autres; la première est petite, la seconde la dépasse un peu, la troisième est la plus saillante de toutes, la quatrième est de la taille de la première. Les bords latéro-postérieurs sont droits et la même longueur que les latéro-antérieurs. Les régions ptérygostomiennes sont creusées par les sillons branchiaux et branchio-hépatiques, qui se réfléchissent eu dessous. Le bord sous-orbitaire porte en dehors une fissure à l'extrémité de laquelle existe une petite dent. A côté de ce fossile, on trouve souvent des doigts et des articles isolés de pattes; mais il est difficile de savoir s'ils doivent s'y rap- porter. Souvent les débris de carapace que l'on rencontre à Ciply sont plus ou moins altérés, et l'on ne peut alors y constater l'existence des granulations qui couvrent les lobules saillants du bouclier céphalo-thoracique, non plus que de la fine denticula- tion du bord frontal qui ne peut se voir que dans quelques cas exceptionnels. Jusqu'à présent je ne connais aucun exemplaire sur lequel on ait pu étudier la région antennaire ou l'abdo- men. La carapace, dans sa plus grande largeur, mesure 10 milli- mètres, et sa longueur est de 8 millimètres. TITANOCARCINUS PULCHELLUS, Nobis. Voy. t. XX, pi. 9, lig. 2 et 2^ Ce petit fossile a été trouvé dans les faluns deThouarcé (Maine- et-Loire), qui font partie delà formation tertiaire moyenne; il appartient à M. Michelin, qui a bien voulu me le communiquer. Jusqu'à ce jour, c'est la seule carapace bien conservée que l'on ait signalée dans les faluns de France. On trouve dans ce terrain un grand nombre d'articles détachés et surtout les doigts des pinces qui, grâce à leur solidité, ont pu se conserver; mais les corps ont disparu, et il est impossible de savoir à quel tj-pe rap- porter ces fragments. Une pince complète, en très-bon état, m'a permis d'y reconnaître un Portunien, que j'ai déjà fait connaître 5* 5crif. ZooL. T. I. (Ciiliicrno 1., 3 â/i ALPHONSE: MILKE ED%VAKD$». SOUS le nom de Scylla Michelini; mais ce sont là des excep- tions. ,. Lu carapace du Tilanocarcinus pulchellus est la seule partie qui soit restée à peu près intacte ; un des cotés a été brist', mais, à l'aide du côté opposé, on peut facilement la reconsti- tuer. Elle est plus élargie que celle du T. serratifrons , peu bombée en avant, tout à fait déprimée en arrière. Les régions y sont nettement indiquées, bien que les sillons qui les circon- scrivent soient peu profonds. La surface est ornée, sur toutes ses parties, de petites granulations, qui sont plus nombreuses près des bords. La région gastrique est peu bombée ; les lobes épi gastriques sont nettement accusés ; les protogastriques en sont séparés par un sillon longitudinal qui ne se prolonge pas en arrière; le lobe mésogastrique s'avance en pointe entre les précédents jusqu'au sillon frontal transverse. On voit l'indi- cation du lobe urogastrique , qui est très-réduit. La région cardiaque se confond avec les lobes métabranchiaux ou bran- chiaux postérieurs. Les régions hépatiques, fortement accusées, portent des granulations plus grosses que les précédentes. Les régions branchiales sont décomposées eu leurs lobes antérieurs, moyens et postérieurs, par des sillons peu profonds. Le front est horizontal , droit , peu avancé ; il présente an milieu une légère échancrure, et son bord est granuleux; le bord sour- ciher porte également de petites granulations. L'angle orbitaire externe est brisé, et le bord latéro-antérieur est découpé en quatre dents; la première et la ^dernière sont les plus petites, la troisième est la plus saillante, comme dans l'espèce précédente. Les régions ptérygostomiennes sont gi'anuleuses. Cette espèce se rapproche beaucoup de celle de Ciply, elle s'en distingue cependant aisément : la carapace est plus élargie, les lobulations sont moins saillantes, les dents du bord latéro- antérieur sont moins détachées; les granulations existent sur toute la surface du bouclier céphalo-thoracique, au lieu d'être limitées aux portions latéro-antérieures. La largeur de la carapace est de 13 millimètres, la longueur de 8 millimètres. CANCÉKIKNS FOSSILES. OO TlTANOCAllCINUS EDWARDSll, E. Sisinoncla. Voy. t. XX, pi. 10; Vig. 3. Xantho EuwaudsUj E. Sismoiida, Di-scfizwnc dci Pesci c dci Cru^i/ryn fu-i^ite iicl IHcmonte, 1846, p. 61, pi. III, %. 5. Je crois devoir placer ici une espèce que M. E. Sismoiida a fait connaître, en 1846, sous le nom de Xantlio Edwarsii. lien existe un individu au musée de Turin, et M. le conservateur de cet éta- blissement scientifique a bien voulu m'en donner communica- tion. Ce fossile a été recueilli dans les couches marneuses d'Asti- giana, qui font partie de la formation tertiaire moyenne. Son état de conservation laisse beaucoup à désirer. Il est impossible de tirer aucun caractère de l'étude du test, on ne peut savoir s'il était lisse ou tuberculeux; les bords latéro-antérieurs sont égale- ment usés, de façon qu'on ne peut étudier la forme des dents. La carapace est assez élargie et peu bombée, si ce n'est en avant , les régions sont séparées par des sillons profonds ; le lobe mésogastrique est fortement dessiné et se continue en une ligne étroite jusqu'au front. Les lobes gastriques antérieurs et les latéraux paraissent confondus. La région cardiaque est large et bien circonscrite sur les côtés, mais n'est limitée en arrière que par une dépression peu profonde. Les régions hépatiques sont fortement saillantes ; les sillons gastro-hépatiques et bran- chio-hépatiques sont larges et profonds. Sur les régions bran- chiales on aperçoit trois lobes : un antérieur, un moyen et un postérieur ; le premier surtout est nettement indiqué. Les sillons qui circonscrivent ces lobes se continuent sur les régions ptéry- gostomiemies. Un lobule branchial interne se remarque auprès du lobe métagastrique. Les bords latéro-antérieurs sont courts et paraissent divisés en trois dents ou lobes (sans compter l'angle orbitaire interne) ; malheureusement on ne peut juger de leur forme, on aperçoit seulement la trace de leurs divisions. Le bord sourciller est relevé et présente deux fissures. Le front est droit et un peu déclive ; il est légèrement échancré au milieu. Bien que beaucoup de particularités organiques ne puissent 36 ALPUUIVSE MILKE EDWARUS. être prises eu considération, on peut facilement distinguer cette espèce des deux précédentes. En effet, la région gastrique est moins lobulée, la région cardiaque est nettement circonscrite ; le front, au lieu d'être droit, est un peu déclive ; enfin, au lieu de quatre dents au bord latéro-antérieur, on n'en compte que trois. Largeur de la carapace, 0'",01 4. Longueur. C", 010. TITANOCARCINUS SISMOND.E, Nobis. Voy. t. XX, pi. 10, lig. 2, 2". Xantho Edwardsh (pars), E. Sisniomla, Descrizione ih'i l'esvi c dei L'rosiinxi fos- sile nel Piemonte, 1846^ p. Gl. Ce fossile provient des couches miocènes de la colline de Turin. M. Sismonda avait cru qu'il était spécifiquement iden- tique avec le précédent, trouvé à Astigiana, et il l'avait fait ren- trer dans sou Xantho Edwarsii. J"ai pu, grâce à la libéralité scientifique de ce savant, étudier attentivement l'échantillon qui avait servi à cette détermination, et je me suis convaincu qu'il différait notablement de celui qui a été figuré sous le nom de Xantho Edwarsii. Les proportions relatives des diverses parties delà carapace sont tout autres, et les régions sontlobulées d'une manière différente, comme on peut s'en assurer en examinant comparativement les figures qui représentent ces deux espèces. Chez 1er. Sismondœ,\e bouclier céphalo-thoracique est beau- coup plus rétréci, les bords latéro-antérieurs sont plus longs, les latéro-postérieurs moins renflés, le bord postérieur est beaucoup plus réduit, ce qui tient au moindre élargissement de la carapace en arrière. Le front est plus étroit et les orbites plus rapprochées. La région hépatique présente une forme plus arrondie, elle est située plus en airière. Le lobe épibranchial porte deux sil- lons qui limitent les dents postérieures du bord latéro-antérieur, tandis que chez le T. Edwardsii ces sillons n'existent pas. Les lobes branchiaux moyens et postérieurs sont beaucoup moins CANCÉRIENS FOSSILES. S7 développés. Le lobe iirogastrique est bien distinct; la région car- diaque est nettement circonscrite en avant, tandis que chez l'es- pèce précédente, elle n'était séparée de la région gastrique que par une dépression large et peu profonde. Malheureusement les bords latéro-postérieurs sont tellement frustes qu'il est impos- sible d'étudier la forme des dents et de s'en servir pour une dis- tinction spécifique, mais les autres caractères suffisent pour dis- tinguer nettement cette espèce des précédentes. Largeur de la carapace, 0" ,020. Longueur. 0'",OJr). TITANOCARCINUS RAULINIANUS, Nobis. Voy. t. XX, pi. 9, fig. 3 et /i. Cette espèce a été recueillie à Hastin gués par M. Raulin, qui, l'un des premiers, a bien étudié cette localité, intéressante à la fois au point de vue géologique et paléontologique. Hastingues est un petit village situé à k kilomètres de Pey- rehorade, au bord du Gave, sur une colline au pied de laquelle on a ouvert une vaste carrière, dans un calcaire se rapportant à la formation nummulitique. Dans cette localité que j'ai visitée récem- ment, les Crustacés paraissent s'être donné rendez-vous; on y trouve, en effet, un plus grand nombre d'espèces que sur tous les autres points réunis où l'on ait exploité le terrain nummulitique en France. J'ai pu y constater même la présence d'un Crabe se rapportant, sans qu'on puisse en faire l'objet d'un doute, à la division des Oxyrhinques ou Crabes triangulaires, et au groupe desMaiens. Cette découverte est importante en ce que ce Maien est, jusqu'à présent, le seul bien caractérisé que l'on ait trouvé à l'état fossile (1). Les Cancériens sont communs à Hastingues; j'en ai déjà décrit une espèce du genre Phlyctenodes, et j'aurai l'occasion de revenir sur quelques autres représentants de ce (1) M. Th. Bell a fait connaître un fossile de largile éocène de l'île de Sheppey qu'il rapporte à cette même division, et M. Gould a publié sous le nom de Mit/iracite^ un Cancérien du Greensand, qu'il regarde comme voisin des MUhrax. D'après M. Bell, je ge nrc TracJnjnnius devrait également premlre place à côté des Mifhrox. S8^ ALPilOKSP. MILKE l<:n%VARDS. groupe; les Dromiens y sont aboiidannnent représentés par plu- sieurs espèces intéressantes ; enfin, on y trouve des fragments de pinces d'Astaciens et de Palénioniens, qui permettent d'espérer qu'un jour on pourra y découvrir les carapcaces de ces espèces. Le TitanocarcindeHastingues est remarquable par l'existence de grosses granulations ou de tubercules, qui ornent les parties saillantes de la carapace. Ce bouclier est peu élargi ; une ligne, passant par les [angles latéraux, le diviserait en deux portions presque égales. Les diverses régions sont bien distinctes; la région gastrique est limitée par un sillon profond et subdivisée en lobes épigasiri([ues, qui sont très-saillants en avant et sépai'és des protogastriques par un sillon qui ne se prolonge pas en arrière. Le lobe mésogastrique, confondu en arrière avec. le métagastrique et à peine st'paré de l'urogastrique, se prolonge en avant jusqu'au front. Toutes ces parties sont granuleuses. Il en est de même pour la région cardiaque, qui est élargie en arrière. Les régions hépatiques sont saillantes, et les tubercules ([ui les couvrent sont plus gros ([ue partout ailleurs. Les régions bran- chiales sont décomposées en lobes antérieurs, moyens et posté- rieurs; les antérieurs portent des granulations plus fortes que les autres. Le front est peu avancé, droit, et échancré légèrement au milieu. Le bord orbitaire supérieur est épais et interronq3u par deux fissures. Les bords latéro-antérieurs, de même longueur que les latéro-postérieurs , sont divisés en quatre dents (sans compter l'angle orliitaire externe) ; la première dent est petite , les deuxième et troisième plus fortes, aplaties, triangulaires et presque égales; la quatrième est beaucoup plus petite. Cette espèce se distingue facilement des précédentes par plu- sieurs caractères, en tète desquels je placerai les granulations de la carapace, qui sont beaucoup plus fortes que chez le T. pid- rhelUis. Le T. serralifrons, au lieu d'en présenter sur toute la surface du bouclier céphalo-thoracique (ainsi que cela a lieu ici), n'en porte que sur les lobes de la portion latéro-antérieure de la carapace. Les dents du bord latéral, au lieu d'être bien détachées les unes des autres et séparées par un intervalle profond, sont phit(M en dents de scie, c'est-à-dire aplaties et triangulaires. CANCÉRIENS FOSSILES. 39 Enfin, la taille de cette espèce est beaucoup plus considérable que celle des précédentes. La largeur de la carapace est de 31 millimètres, la longueur de '25 millimètres chez de petits individus. Chez de plus grands, la largeur était de centimètres et la longueur de /|9 millimètres. Genre LOBONOTUS, Nobis (1). Cette nouvelle division générique doit se placer à côté des Xanthilites, avec lesquels elle a beaucoup d'analogie, bien qu'elle en diffère par la disposition de la région antennaire, et que, par sa carapace , encore plus élargie en arrière, elle res- semble davantage aux Galénides. Au premier abord, on aurait pu être tenté de rapprocher les Lobonotus des Ëriphiens, mais ils en diffèrent complètement par la disposition de leurs antennes, qui présentent, s'il m'est permis de m'exprimer ainsi, une phy- sionomie xanthienne , et par leur orbite qui n'est pas fermée en dedans par la réunion des régions ptérygostomienneset du front, comme chez les Ëriphies. Ce genre devra foi-mer un des chaî- nons qui relient les formes arquées et élargies des Cancériens aux formes phis quadrilatères du même groupe; mais, du reste, c'est certainement à la suite des Xanthiens qu'il doit se placer. La carapace est presque aussi longue que large, les régions y sont fortement indiquées et lobulées ; elle est presque horizontale ; longitudinalement elle est un peu bombée. Les l)ords latéro- autérieurs sont courts et dentelés ; les orbites, assez larges, regardent directement en avant. Le bord sourciller est inter- rompu par deux fissures étroites; le front est lamelleux, peu avancé et droit; il est légèrement échancré au milieu, et sa forme est très-analogue k celle de cette même partie chez cer- tains Xanthes et chez la plupart des Chlorodes. Latigelle mobile des antennes externes remplit l'hiatus orbi- taire externe, et l'article basilairede ces appendices se réunit lar- (1) Dc^cêo:, lol>r. c[ -.wto:. dus. (K) AI.PUOKSE MILKE EOlVAnDS. gement au front; par ce caractère, les Lobonolm se rapprochent desXanthes véritables, des Xanthodes et des Zozymes; ils s'éloi- gnent en même temps des Ménippes, des Platyxanthes, etc. La fossette destinée à loger les antennes internes est allongée trans- versalement et peu élevée ; l'endostorne était brisé , il ma été impossible de voir s'il présentait une crête ou s'il était lisse comme chez lesXanthiens. Les pattes-mâchoires externes étaient complè- tement englobées dans la roche. Les pattes de la première paire sont assez robustes, et les doigts des pinces sont terminés par une pointe aiguë et tranchante, au lieu d'avoir l'extrémité en cuiller comme chez les Chlorodes, les Etises et les Zozymes. La forme des pattes ambulatoires est bien différente de celle de ce dernier genre et des Lophozozymes , car ces organes ne portent en dessus aucune trace de crêtes aiguës. Labdomen du mâle est inconnu. LOBONOTUS SCULPTUS, Nobis. Voy, t. XX. pi. 10. fij;, \. U, \ . Cette espèce a été recueillie à Saint-Domingue, dans les couches de la formation tertiaire moyenne. Le seul individu que l'on connaisse jusqu'à présent appartient au musée de la Société géologique de Londres, et je dois à l'obligeance bien connue de M. Rupert Jones d'avoir pu l'étudier et le faire connaître. L'échan- tillon que j "ai eu entre les mains est d'une conservation remar- quable, il est encore en partie englobé dans un argile calcaire très-riche en foraminifères, qui se détache assez facilement. La carapace est d'une intégrité parftiite ; on peut aussi étudier la région antennaire, les pattes antérieures et une portion des pattes ambulatoires; mais toutes les portions ventrales, le sternum, l'abdomen, etc., sont complètement cachés. Quoi qu'il en soit, comme ce sont les parties les plus importantes qui sont à décou- vert, on peut discuter avec certitude, et en se fondant sur des caractères sérieux, les affinités de ce Cancérien et lui assigner une place raisonnée dans la série naturelle des Crustacés. La carapace du Lobonolm sculptus est, pour une carapace de CANCÉRIENS FOSSILES. H Xanthien, remarquablement quadrilatère et renflée en arrière; elle est beaucoup plus bombée dans le sens transversal que dans le sens longitudinal, et une ligne qui joindrait les deux angles latéraux, la diviserait en deux parties inégales, l'antérieure étant plus petite que la postérieure, disposition qui ne s'observe généralement pas dans ce groupe. Les régions sont fortement indiquées aussi bien en avant qu'en arrière. Les lobes épigas- triques sont lisses, coupés en avant d'une manière abrupte et séparés par un sillon profond des protogastriques, dont la forme est un peu triangulaire et dont la surface est couverte de petites ponctuations et de rugosités. Le lobe mésogastrique se prolonge en pointe entre les précédents jusqu'aux épi gastriques, où il se termine; il présente aussi des rugosités; le lobe métagas- trique se confond presque avec le précédent, il est rétréci au milieu, renflé sur les côtés, et à peu près lisse. Le lobe uro- gastrique est très-réduit et se présente sous la forme d'un simple lobule. La région cardiaque est large, rugueuse, très-décou- pée en arrière. Le lobe gastrique antérieur est séparé du posté- rieur par un sillon très-profond et parallèle au bord postérieur de la carapace; la bande comprise entre ces deux sillons est à peu près lisse. Les régions hépatiques sont petites, médiocre- ment bombées et bien circonscrites. Leur surface est couverte de rugosités, qui deviennent tuberculiformes en dehors. Les ré- gions branchiales sont très-développées et très-lobuleuses; toute leur portion latéro-antérieure est hérissée de petits tubercules. Le lobe épibranchial est parfaitement limité, et, entre ce dernier, la région gastrique et le lobe mésobranchial, il existe un lobule surnuméraire. Les bords latéro-antérieurs sont courts et divisés en quatre dents spiniformes ; la première est la plus petite ; les [deuxième et troisième sont à peu près égales et plus saillantes; la qua- trième, ou postérieure, est à peu près de la taille de la première. A la base de ces dents se voient plusieurs tubercules. Le bord sourciller porte quelques granulations ; le front est lamelleux, horizontalet assez avancé, son bord est finement granuleux; il est légèrement échancré sur la ligue médiane et séparé des â^ AI.PUOKSE itIILKE EDWARDS. angles orbitaires externes par une très-petite dépression. Les bords latéro-postérieurs sont très-épais et très-renflés. Le bord postérieur est remarquablement long, et l'échancrure qu'il pré- sente à ses angles latéraux pour larticulation des pattes de la cinquième paire est considérable. L'épistome est bordé d'une bgne de granulations; l'article basilaire des antennes externes est très-mince, l'angle sous-orbitaire interne se termine en une pointe allongée. Les pattes antérieures sont de force médiocre; le bras est court et ne dépasse pas le bord de la carapace , sa face externe est ornée de quek[ues tul)ercules ; on en observe aussi une ligne le long de son bord coiitigu à l'avant-bras. Cet article est couvert, en dehors, de tubercules aigus, et, autant qu'on peut en juger, il ne présente en dedans aucune trace de dent ou d'épine. La main est lisse sur sa face interne ; mais, sur sa face externe, elle porte plusieurs rangées longitudinales de tubercules, qui ne se prolongent pas sur les doigts. C.eux-ci sont très-légèrement cannelés, et leur couleur devait être différente de celle du reste de la main. L'index est armé d'une série de dents tranchantes. Autant qu'on peut^n juger, les pattes ambulatoires devaient être de longueur médiocre ; les cuisses sont comprimées et présentent en dessus une ligne de fuies granulations, mais elles ne portent pas décrètes saillantes. ïl est probable, d'après la largeur du bord postérieur de la carapace et la forme des pinces, que l'individu que je viens de décrire était une femelle. Jusqu'à présent, nous ne connaissons, dans les terrains ter- tiaires moyens d'Europe, aucune espèce qui se rapproche, même génériquement. du Lobonotus sculplus, il est très-probable que l'on n'en rencontrera même jamais et qu'à cette époque reculée, la fiume américaine présentait déjà un faciès différent de celle de l'Europe. Largeur de la carapace, 0"\0/i5. Lono-ueur. 0"\0/iO. CÂNCÉRIENS FOSSILES. k^ Genre CALOX.\NTHl]S, Nobis (1). L'espèce fossile pour laquelle je propose la création de celte nouvelle division générique, se rapproche beaucoup de quel- ques Xanthiens k carapace élargie; mais, d'autre part, elle s'en éloigne par certains caractères, qui lui donnent un aspect tout particulier et ne permettent pas de l'y réunir. Dans le genre Xantho, l'espèce qui s'en rapproche le plus est, sans contredit, le X. setiger des Antilles *(2). La carapace est très-élargie, les bords latéro-antérieurs for- ment avec le front une légère courbe régulière, à grand rayon. On n'aperçoit aucune indication des régions, tandis qu'en géné- ral, chez les Xanthes, elles sont distinctes au moins en avant. Les régions gastriques, hépatiques et branchiales, se continuent entre elles sans interruption. La partie postérieure de la carapace est très-déprimée ; la partie antérieure est très-déclive en avant, beaucoup plus que chez aucun Xanthe. La surface de ce bouclier céphalo-thoracique est couverte de granulations. Les bords latéro - antérieurs n'offrent pas de traces de lobulations ni de dentelures, tandis que chez presque tous les représentants du genre Xanthe, ces mêmes bords ne sont jamais entiers. Le bord sourciller ne porte aucune trace de fissures linéaires. Les orbites sont médiocres et arrondies; le bord sous-orbitaire est également dénué de fissures. Le front est large, peu avancé, lamelleux, entier ou à peine échancré sur la ligne médiane, tandis que chez les Xanthes, il est plus ou moins échancré au milieu, et les angles orbitaires internes y sont plus ou moins marqués. L'article basilaire des antennes internes est très-dé veloppé ; celui des antennes externes est, au contraire, mince et étroit ; il se réunit au front. Les pattes antérieures sont très-fortes et tuber- culeuses, et les doigts des pinces, autant qu'on peut en juger sur l'échantillon que j'ai entre les mains, sont terminés par une pointe aiguë ; les pattes ambulatoires et l'abdomen manquent. (1) Do M/M, beau, cl Xantlm, xanthe. (2) Miliie Edwards, ///v/. ,ui/. //« Crii.l<,.-i\\ t. I, p. 330. ââ AI.PUOKSL' IMIL!ME KUWARDS. CALOXANTHUS FORMOSUS, Nobis. Voy. t. XX, pi. 9, fig. 1, 1^, 11*. !<:, IJ. Cette jolie petite espèce a été recueillie, dans les grès verts du Maine, par M. Triger qui, avec son obligeance habituelle, a bien voulu me la communiquer. Elle paraît être très-rare dans ces couches, car, jusqu a'présent, je n'en ai vu que deux indi- vidus en bon état de conservation. La carapace est environ une fois et demie plus large que longue, extrêmement rélrécie et déprimée en arrière; toute sa partie antérieure est fortement bombée en avant (1). Les régions ne sont pas distinctes, une faible dépression indique seulement la place de la région cardiaque, et encore on ne l'aperçoit qu'en y regardant avec soin, La surface entière du bouclier céphalo- thoracique est couverte de tubercules tellement rapprochés que leurs bases se touchent presque. En avant, ces tubercules sont plus aigus, plus gros et plus avancés; en arrière, ils sont plus aplatis et plus petits à mesure que l'on s'approche du bord posté- rieur. Les bords latéro-autérieurs sont régulièrement arqués, ils se continuent presque sans interruption avec les bords latéro- postérieurs; ils sont finement granuleux et ne sont pas plus com- primés que chez la plupart des Xanthes. Le bord sourciller est très-finement granuleux et est bordé en arrière par un sillon peu profond, étroit et lisse. Le front, très-déclive, est mince, presque entier et son bord ne paraît pas granulé. Le bord posté- rieur est fortement concave et très-réduit, à cause de la conver- gence des bords latéro-postérieurs. Les régions ptérygosto- miennes ne présentent l'indication d'aucun sillon ; elles sont couvertes de fines granulations, qui deviennent un peu plus fortes près du bord orbitaire . L'article basilaire des antennes internes porte quelques gra- nulations, de même que celui des antennes externes. L'épistome est bordé d'une ligne granuleuse {'2). (1) Voyez t. XX, pi. 9, fig. le. ^2) Voyez t. XX, pi. 9. fig^. 1". CANCÉRIENS FOSSILES. ft5 Les pattes antérieures (1) sont extrêmement fortes relativement à la grosseur du corps ; elles sont subégales. Le bras est court et ne devait pas dépasser le bord de la carapace ; il présente en dessous et en dehors de fines granulations; lavant-bras porte des granulations un peu plus fortes que celles de la partie anté- rieure de la carapace. lien est de même de la main, qui est robuste et n'offre, en dessus, aucune crête saillante. Les doigts sont cannelés, et l'on voit quelques petites granulations sur les parties saillantes. Largeur de la carapace, O'^Ol^i. Longueur, 0'",008. Cette espèce est extrêmement intéressante à cause de son état de conservation presque parfeit, qui permet d'en étudier à peu près toutes les parties imporltuites. On peut donc s'appuyer sur des bases positives pour lui assigner une place dans la série méthodique des Crustacés. L'abdomen et les pattes ambulatoires manquent seuls, et les caractères que l'on pourrait en tirer, quels qu'ils soient, ne modifieraient que peu les affinités que parait maintenant présenter le genre Caloxanthus. Aucun Brachyure fossile connu ne paraît offrir d'analogies avec l'espèce que nous venons de décrire. Quelques-uns de ceux qu'ont fournis les terrains crétacés se rangent, il est vrai, dans des genres voisins, mais ils présentent des formes bien diffé- rentes. Genre XANTHILITES, Bell. Xanthiutes, Th. Bell, Fossil malucost rucom Crmtucea {Pakeontographicul Society, 1857, p. 17). PsEUDEniPHiA, Rcuss, Zav Kenidniss fosàiler Krabbeii, 1859, p. 54. M. Th. Bell a établi ce genre, en 1857, pour un Crabe fossile de l'argile de Londres, qui présente beaucoup d'analogie avec les Xanthes. Presque à la même époque, M. Reuss, de son côté, (1) Voyez t. XX, pi. 9, 1''. décrivaii la iiièino espèce et eu faisait le type trime division généri([ue spéciale sous le nom de Psevderiphia. Le genre XanthUites peut être regardé comme un type de transition reliant l'agèle des Xanthides à celle des Galénides ; la forme générale le rapproche du premier de ces groupes, tandis que d'autres particularités, telles que le rentlement des régions branchiales, la longueur et la gracilité des pattes, le lient aussi au second. Cependant c'est avec les Xanthides qu'il présente le plus d'analogie. La carapace est médiocrement élargie, les régions y sont for- tement indiquées et décomposées en lobules. Les bords latéro- antérieurs sont épais, obtus, obscurément lobés. Les orbites sont petites et le bord sourciller est divisé par deux petites fissures ; le bord sous-orbitaire présente également une fissure en dehors; le front est peu élargi, peu avancé, droit et légèrement échancré au milieu. Les bords latéro-postérieurs sont renflés beaucoup plus fortement que chez la majorité des Xanthides, le bord postérieur est large. L'article basilaire des antennes externes est petit et court, il n'atteint pas le front, ce qui a fait dire à M. Bell que l'orbite était fermée par l'article basilaire des antennes internes, mais il n'en est rien et tout est disposé comme chez \c?>Menippes, les Pelœusei IcsPlatyxanllivs, où l'article basilaire de l'antenne externe n'atteint pas le front et oîi le deuxième article contribue aussi à clore l'orbite. Le troisième article des pattes^màchoires externes est allongé et étroit. Les pattes antérieures sont robustes et les doigts terminés par une pointe aiguë. Les pattes ambula- toires sont plus longues et plus grêles qu'on ne loljserve en général chez les Xanthides et rappellent ces mêmes organes chez les Galénides. Elles n'offrent en dessus aucunes traces de crêtes. L'abdomen du mâle n'a malheureusement pas pu être étudié, et Ton ne sait s'il présente cinq ou sept articles. Sur les nombreux échantillons examinés par M. Bell, cette partie man- quait. De mon côté, je n'ai jamais pu l'apercevoir intact, bien que mes recherches aient porté sur vingt-cinq individus de diffé- rents âges. M. Reuss figure l'abdomen d'un mâle et donne même, avec une exactitude plus scrupuleuse qu'utile, la dimen- CANCÉRIENS FOSSll.ES. à? sioii en largeur et eu longueur des divers articles ; d'après cette figure, on serait tenté de croire que ces segments sont tous libres, mais ce n'est peut-être qu'un effet de la compression subie par le fossile au sein des coucbes oi!i il était enfoui et qui aurait pu sépa- rer des pièces fciii)lement soudées entre elles. Cette intéressante particularité de l'organisation des Xanthililes est donc encore à étudier. XÂNTHILITES BOWERBANKII, Bell. Voy. t. XX, |)1. 11, fi-. 1,2, 2:., 2b. X.wriiiLiTKs 1ÎC'\VEIIB.\>KII, Bell, Fossil /na/ucustmcoui Crus'fnccfi, 1" piul.,j). 17, pi. 2, fig. 2-6 [Palœontograpltlcal SoL-ietij, 1857). PsErDERiPHLV M'CoYi, Rcuss, Zuf Kunniims fossiler Kroh/j^n, 1859, p. 55, pi. 18, Rg. a-6. Cette espèce se rencontre assez fréquemment dans les couches éocènes de l'argile de l'île Sheppcy, à l'embouchure de la Tamise. On en a également recueilli ([uelques échantillons en mauvais étatàSouthend ; ils proviennent de la collectien de M. Prestwich. Le Muséum d'histoire naturelle de Paris en possède plusieurs parfaitement conservés, et j'ai pu en examiner un beaucoup plus grand nombre, soit dans les galeries du Musée britannique, soit dans la riche collection de M. Bowerbank, qui est ouverte avec la plus grande libéralité à tous les paléontologistes. La carapace est à peine plus large que longue ; prestpie hori- zontale transversalement, elle est très-voutée longitudinalement ; les régions sont bombées et distinctement marquées. Toutes les parties saillantes sont couvertes de granulations; les sillons, au contraire, bien que larges et profonds, sont lisses. Les lobes épi- gastriques sont petits et bien distincts des protogastriques, qui sont grands et très-renflés. Le lobe mésogastrique se prolonge entre les précédents jusqu'au front; il est séparé, en arrière, du lobe métagastrique par un sillon peu marqué : celui-ci se con- fond avecl'urogastrique. En arrière on voit un sillon large et peu profond, qui limite en avant la région cardiaque, dont la forme rappelle celle d'un pentagone irrégulier. Les régions hépatiques hS ALPHONSE MILKE EUWAKItSi. sont renflées, mais moins élevées que les lobes protogastriques; le sillon qui les sépare de la région branchiale est large et pro- fond. Cette dernière est grande et se subdivise en trois lobes; le premier, ou épibranchial, est très-bombé et présente un lobule accessoire contigu au lobe urogastrique ; le métabranchial est large est très-renflé, ce qui donne à la carapace un aspect parti- culier qui ne se remarque pas, en général, chez les Xanthides. Les bords antérieurs sont courts, régulièrement courbés et divi- sés en quatre lobes épais arrondis et peu distincts : les deux pre- miers sont à peine marqués, le dernier est beaucoup plus avancé et plus détaché; il est limité en dedans par un sillon. Le bord sourciller est épais et arrondi. Les orbites sont petites et dirigées en avant. Le front est peu avancé, son bord est épais et renflé; il est obscurément divisé en deux lobes par une dépression qui se continue avec le lobe mésogastrique. Les angles orbitaires internes sont très-peu marqués. Les bords latéro-postérieurs sont courts, renflés et très-épais. Le bord postérieur est très-long ; son bord est relevé et séparé du reste de la carapace par un sillon très- distinct. Les régions ptérygostomiennes sont uniformément gra- nuleuses. L'épistome, la base des antennes et des antennules, paraissent marqués de petites granulations; les pattes antérieures sont robustes et inégales, le bras est court et complètement caché par la carapace. L'avant-bras est granuleux en dehors et porte en dedans un tubercule obtus; la main présente de fines granula- tions plus serrées et plus fortes en dessus; les doigts sont courts, faiblement armés et canaliculés. Les autres paires de pattes sont longues et grêles; la cuisse est mince et presque cyhndrique; elle porte en dessus quelques granulations. Le doigt est long, mince et styliforme : il est probable, d'après l'inspection de ces parties, que le Xantinliies Bowerhankii devait courir avec la plus grande facilité sur le rivage. L'abdomen du mâle est inconnu, l'abdomen de la femelle est divisé en sept articles d'autant plus larges que l'individu est plus avancé en âge. Largeur de la carapace, 0°',057. Longueur, 0'",041. C.VNCÉRIENS FOSSILES. llO XANTHILITES? VERRUCOSUS, Schaf. Voj. 1. XX.pl. 11, li).-. 3. Canceh VKKRicosis, Scliafliuiill, Genyuodische intenuchu/njeii des •itidhajjctischr A/peiujcbirf/es, 1851, p. 61, pi. 22, liir. 29. Xanthii.ites VERnucosus, H. >. Meycr, Tcrtian' Decupoïkn au-*) dcn Alpen, von Œninfjen und dein Touaus PiUœontoijraphicu, 1862, t. X, p. i%!\, pi. l(i, %. 16). Le fragment de carapace sur lequel cette espèce a été établie provient du terrain nummulitique de Blomberg en Bavière ; il en existe un exemplaire à Munich, c'est celui qui a été figuré par M.^H. V. Meyer ; un autre plus complet a été envoyé en Angle- terre. En 1851, le docteur Schafhaïitl fit connaître ce Crustacé sous le nom de Cancer vernœosus. et ce n'est que dernièrement ([ue M. H. V. Meyer l'a rangé, avec beaucoup de réserves, dans le genre XanthilUes de M. Bell. Il est efîectivement très-difficile de pouvoir classer avec certitude ce fossile dans l'un phitôt que dans tout autre genre du groupe des Branchyures; car toute la partie antérieure en a été brisée vers la naissance de la région gastrique. Les seuls caractères dont on puisse tirer parti sont donc ceux que peuvent fournir la région cardiaque et les régions bran- chiales, et ils sont dune importance bien minime. On peut voir que ces régions sont fortement lobuleuses et que les lobules sont couverts de granulations; la région cardiaque paraît présenter au moins trois lobules, tandis qu'elle est simple chez le XanthilUes Bowerbankii. Avant de se prononcer sur la place à assigner au Cancer verrucosus de Schafliaiitl , il faut attendre qu'on le connaisse plus complètement, etje crois qu'aujourd'hui, avec les pièces dont nous pouvons disposer, il est au moins imprudent de ranger parmi les XanthilUes ce fragment de carapace, car il est même possible que l'on vienne à reconnaître qu'il provient d'une espèce d'un groupe très-différent. 3'= a-ric. Zool. T. 1. Caliiff n" 1., ^ 50 ALPlIOMf^li; .TIILIVE EDUAItDS. Genre MENIPPE, de Haaii. Cancer. Fabririns. Si/jiji/. Kiito/unl. Sij.yf., p. 336. C.A-NCEB, Herhst., Op. rit., l II. pi. /i9, (ig. 2. CA^•CER, Laniarck, Hisf. des nnim. sans rerl.. l. \', p. 272. PsEunocAHCiMS, Miliie Edwards, Hisf. nnt. des Crustacés, 183i. t. 1, p. Û07. Mexippe, de Haan, Faunu japonira (1" livraison, 1833), p. 21. Menippk. Dniiii, i'nited States explor. E.rped., Cri.st.. 18.52, t. I. p. 179. Ce genre a été établi, en 1833, par de Haan, qui prit pour type le Cancer Rumphii (deFabricius). Depuis plusieurs années cette même espèce avait été rangée avec quelques autres, par M. Milne Edwards, dans le genre Pseudocarcinm et était étiquetée sous ce )iom dans les galeries publiques du Muséum, mais des circon- stances accidentelles retardèrent de quatre ans la publication de l'histoire naturelle des Ci'ustacés, et le manuscrit, terminé en 1830, ne parut qu'en 183/i, cest-à-dire quelcpies mois après la première livraison do louvrage de de Haan. Suivant les règles d€ la nomenclature, le nom de Menippe a donc la priorité et doit être adopté à l'exclusion de celui de Pseudocarcinus. Parleur forme générale les Ménippes res.seinblenl ii certaiii.-> Xanthes. La carapace est assez élargie ; les bords latéro-anté- rieurs forment avec le front une courbe régulière. Ce bouclier céphalo-thoi'aci(iue est presque horizontal transversalement et bombé dans le sens antéro-postérieur. Les légions .sont tantôt distinctement marquées, tantôt très-obscurément indiquées; la poi'lion postérieure est toujours lisse; les bords latéro-antérieurs sont dentelés; le bord sourcilier est interronqm par deux petites fissures; le front est ordinairement peu élargi et divisé en plu- sieurs dents on lobes, disposition ([ui ne se voit généralement pas chez les Xanthes. les Xanthndes. les Medeus, les Cycloxan- thes, etc. Les antennes externes sont courtes; l'article basilaire est très-petit et n'atteint pas le front; le deuxième article l'atteint à peine et sert à fermer l'orbite en dedans. La tigelle mobile de ces appendices ne remplit pas l'hiatus orbitaire interne, et s'avance au-de.ssous du front. Parmi les Xantbiens, les Platyxauthes, les CANCÉHIKNS FOSSILES. 51 Pela.His et les Xaiilhilites offrent aussi ce eaiactère; painii les Ozieiis, les Spherozius et les Pseudozius présentent la même disposition ; enfin chez beaucoui) de Pilumniens l'article l)asilaire de l'antenne n'atteint également pas le front. Le bord labial des Ménippes ne présente pas d'échancrure profonde comme chez les Oziens et les Panopéens. L'endostome est traversé par une crête peu marquée, tandis que chez les Pilumniens , les Oziens et la plupart des Panopéens, cette même crête est forte- ment tracée et limite en dedans le canal expirateur de la chambre branchiale. Les pattes-mâchoires sont fortes; le troisième article est subrectangulaire , il est tronqué à l'angle antéro-interne pour l'insertion du quatrième article; son l)ord antérieur est droit et légèrement avancé en dedans, tandis que chez les Pela3us elles Platyxanthes ce troisième article est plus long que large, et son bord antérieur, au lieu d'être droit, est arrondi. Les pattes antérieures sont inégales et extrêmement développées chez le mâle ; la main ne présente ni crêtes ni tubercules ; les doigts sont terminés par une extrémité aiguë. Le bras est com- plètement caché sous le rebord de la carapace. Les pattes ambu- latoires sont longues , grêles , cylindriques , et dépourvues de crêtes aiguës en dessus. Le doigt est long et stylifonne. L'abdo- men du mâle se compose de sept articles, aucun n'étant soudé ; parmi les Xanthiens, les Platyxanthes et les Pelœus offrent ce caractère, qui se retrouve chez les Pilunmiens, les Hétéropano- pées et les Oziens, tandis que chez les Xanthes ordinaires on ne compte que cinq articles, les troisiènie. quatrième et cinquième étant soudés entre eux. Jusqu'à présent, on n'a rencontré aucune espèce de ce genre sur nos côtes , toutes sont propres aux mers des pays chauds. Le M. Rumphiiei le M. Bellangerii habitent les mers de l'Inde; le M.gigasse trouve sur les côtes del'Océanie. La présence en France d'un représentant fossile de ce genre est donc un fciitd'un grand intérêt au point de vue delà géographie zoologiiiue et de l'étude des climats géologiijues. 52 ALPHONSE MILNE EltWARDS. MENIPPE CHAUYINII, P. de Berville. Vo>. l. XX, |)l. 12, lig. 1. la, 1''. !<■. Id. l"-. 11'. IS. PSEIDOCARCIM s Ch.uvimi. P. iIl> licrvilk'. yotia- .sur um- ''spt'CP nouvellr r/r Crustacè fnsf^Up troitiy'' lions le rjilcnir<' ffrossirr infi-rifur [Bulletin ilr In Société géologique de Fronce, 2'' série. 185G, t. XIV, (i. 1U8 pi. IV. Cette espèce a été décrite, en 185(), par l^aulde Berville, que la mort a enlevé à la science et k ses amis au moment où il com- mençait à se faire connaître par de consciencieuses observations géologiques et paléontologiques sur le bassin de Paris. Le seul échantillon que Ton connaisse a été trouvé par M. Chauvin auprès de Crisolles, aux environs de Noyon (Oise), k la partie inférieure du calcaire grossier, qui. jus([u a présent, na fourni qu'un nombre bien restreint de Crustacés fossiles. M. Lehon (1), dans le catalogue qu'il a dressé des fossiles du système bruxellien (2), mentionne cette même espèce, mais il la regarde comme iden- tique avec le Cancer Burtini, dont j'ai déjà eu l'occasion de par- ler et que j'ai placé parmi les Carpilides douteux (3). Il est pos- sible, en effet, qu'il en soit ainsi, mais l'échantillon (jui a été figuré par Burtiu (4), par Galeotti (5), et dont j'ai reproduit le dessin, est tellement imparfait ([u'il est impossible de lui assigner aucun caractère générique précis ; il est donc encore plus impos- sible de distinguer ses caractères spéciiiques. Le Menippe Cliau- I 'J'prriiliis iertiuii'Ci de Bruxelles, leur romposifion, leur e/oxseuieut, leur f'iiuue et li'.ur flore {Bulletin de la Société géolorjique de Fronce, 1862, 2' série, t. XIX, p. 812). (2) M. Lehoii regarJe le sjsteiuc bruxuUieu eoniiiie SMieliroiiique des sables iîupé- rieurs du Soissuniiais. M. Hébert ne partage pas eette iiiauière de ^()ir ; il cnusidèrc an contraire le bruxellien comme correspondant à la partie du calcaire sjrossier qui est au- dessous des bancs kCentUimn gigunteum'BuU. dcio Soc.géol., 1862,2' série, t. XIX, p. 837) ; pour ce g'éologue, l'ien dans les deux systèmes Uekénien et bruxellien ne pourrait se rapporter aux sables du Soissonnais ou aux sables de lieaucliamp. (3) Voy. .1///'. des sciences not., 1862, 4'' série, t. X^"^I, p. 81, pi. 5, li^. 4. (4) Burtin, Orycfographie de Bruxelles, ou description des fossiles tout 7iattire/s qu'accidentels, découverts jusqu'à ce jour dans les environs de cette ville. 1784, p. 94, pi. 2, %. 8. (5) Galeotti, Mémoire sur la constitution géognostique de lo jirorince de Brohuut. 1837, p. 47, pi. 3. lit;. :î. CANCÉRIENS FUSSlLliS. 5o vinii a, au contraire, été étudié avec le plus grand soin, et l'état du fossile a permis d'en faire connaître toutes les particularités essentielles d'organisation ; par conséquent la dénomination spé- cifique qu'il porte doit être, dans tous les cas, conservée. Oràce à l'obligeante communication de M. Lehon, j'ai, d'ailleurs, pu examiner le Crustacé qu'il rapporte à la fois au Menippe Chauvi nii et au Cancer Burtini, et je me suis assuré qu'il était trop imparfait pour pouvoir être l'objet d'une détermination précise, et qu'il était, par conséquent, impossible de s'en servir pour éta- blir la synonymie du Crabe du calcaire grossier des environs de Noyon et de celui de Burtin. La carapace du Menippe Chauvinii est élargie; ses bords latéro-antérieurs sont longs et forment avec le front une ligne régulièrement arquée, à grand rayon. Il n'est que médiocrement bombé. Les régions sont à peine indiquées; chez le M. liumphii elles le sont beaucoup plus, et chez le M. Bellangerii eWe?, le sont encore davantage. Les lobes épi gastriques sont cependant légère- ment saillants ; les lobes protogastriques et méso gastriques sont confondus, ce qui est rare dans ce genre. Une petite dépression peu profonde sépare les régions hépatiques des régions bran- chiales. Ces dernières sont très-développées. La surface entière de la carapace est finement ponctuée. Les bords latéro-antérieurs sont assez épais et présentent de huit à dix tubercules obtus et peu saillants, excepté le postérieur. Chez le Menippe Rumphii^ le M. Belkmgerii, le M. ocellatus, le nombre des dents latéro- antérieures est de quatre. Le M.gigas de Lamarck se rapproche, sous ce rapport, davantage de notre espèce, car ses bords sont armés de neuf à dix dents spiniformes. Les orbites du M. Chau- rmu sont petites et profondes; le bord sourcilier est épais. Le front est légèrement déclive et peu avancé, il est (juadridenté ; les deux dents ou lobes médians sont plus saillants et plus rappro- chés que les latéraux qui constituent les angles orbitaires in- ternes. Cette disposition rappelle encore ce qui s'observe chez le M. gigas, car chez les autres espèces que nous avons citées plus haut, les dents latérales sont réduites à de petits tubercules. Les bords latéro-postérieurs sont un peu plus courts que les latéro- 55 ALPUOIMSE >IIL\'i: E»\VAKDS. antérieurs, et ils sont légèrement renflés. La région sous-frontale .est mal conservée, on aperçoit cependant une partie de l'épi- stome et l'apophyse interantennulaire, tjui est large et peu avan- cée. Les pattes-màchoires externes existent, mais le troisième article est malheureusement tronqué et l'on ne peut étudier son bord antérieur; le prenn'er et le deuxième article sont sem- blables à ceux du Menippc Rumphii. Les pattes antérieures sont inégales et fortes, autant, du moins, que l'on peut en juger d'après la grosseur du bras, qui est resté intact; la main est lisse sur toutes les faces, les doigts sont longs, l'index estdi'oit et porte à sa base une grosse dent plus ou moins obtuse, aplatie et paraissant double; chez les jeunes individus cette dent est tranchante. En avant, on en observe une seconde moins forte. Le pouce porte aussi deux dents tuberculeuses, dont la prenhèiv est la plus forte. L'avant-bras, lisse en dehors, présente, en dedans, un gros tubercule, au-dessous duquel on voit encore un petit renflement. Le bras est lisse. L'abdomen du mâle est composé de sept articles, tous libres; le troisième est plus élargi que chez le M. Riimphii; les suivants sont régulière- ment de plus en plus étroits. Par l'ensemble de ses caractères, cette espèce se rapproche beaucoup du M. gigas de l'Australie; comme chez ce dernier Cancérien, le bord latéro-antérieur offre de huit à dix dents, et le front est quadridenté. On rencontre souvent, dans les couches du calcaire grossier du bassin parisien, à Chaumont, à Parues, les doigts séparés des pinces de cette espèce. Quelques-unes présentent même des dimensions considérables, ce qui indique que le iW. Chaumni pouvait atteindre à une taille qui ne le cédait en rien au M. Rumphii des mers de l'Inde. On reconnaît ces doigts isolés à leur forme allongée et aux deux tubercules qu'ils présentent, en général, sur le bord tranchant. Largeur de la carapace , 0"' , 085 . Longueur, 0"',068. CANCÉRIRNS FOSSILES. 55 SECTION DES PILUMNIENS. : Gknre SYPHAX (1). Ce genre ne renferme, jusqu'à présent, qu'une seule espèce propre au terrain nuninuilitique. Ses vérital)les analogies ne peuvent, je crois, être encore bien fixées; il faudrait pour cela connaître les antennes, les pattes et d'autres parties, qui pour- raient venir éclairer ce que l'examen seul de la carapace laisse dans l'obscurité. En effet, bien ([ue la forme du front et l'aspect général du corps de ce Cancérien soient ceux des Xautbiens, il présente certains caractères qui ne se trouvent pas dans les divers genres de ce groupe. Ainsi, le !)ouclier cf'plialo-thoracique est beaucoup plus bond)é, ce (pii tendrait à le rapprocher de l'agèledesCapilides, dont il s'éloigne par d'autres particularités. C'est, je crois, cependant dans le voisinage des PiJunmes que l'on devra placer, jusqu'à nouvel ordre, les Syphax, et c'est du genre Pilumnoides qu'il est le plus voisin. La carapace est épaisse et très-peu élargie, la longueur et la largeui' en étant presque les mêmes; une ligne, joignant les angles latéraux, diviserait le bouclier cépbalique en deux por- tions à peu pi'ès égales , et ces proportions lui donnent une certaine apparence hexagonale. Peu bombé dans le sens trans- versal, il lest beaucoup dans le sens longitudinal; les diverses régions sont nettement dessinées, mais peu saillantes ; les régions branchiales sont cependant très-renflées. Les bords latéro-anté^ rieurs sont épais et portent quelques tubercules épais et obtus. Les orbites sont larges, et le bord sourciller ne présente aucune trace de fissures. Le front est légèrement déclive, presque droit et peu échancré au milieu, comme chez les Xanthes. Les pinces que je crois devoir rapporter à ce fossile sont grêles, et les doigts sont terminés par une extrémité aiguë. Ce genre est particulièrement remarquable par le renflement des régions branchiales, qui tendrait aie faire ranger parmi les fil Do 'î.j'jy.l, iinni propre "rcr. r^G ALPHONSE MILNE EDWARDS. Galéiîides si la carapace était moins régulièrement arquée en avant et si le front n'offrait pas les caractères propres à beau- coup de Xanthides. SYPHAX CRASSUS. Nobis. Vny. t. XX. pi. 9. fis. O.Ga. (>>>. Cette espèce, la seule connue de ce genre, provient du terrain nummulitique supérieur deRibaute (Aude) , et elle y a été recueil- lie par M. Dumortier (de Lyon) , qui a bien voulu me la communi- quer; elle doit être très-abondante dans cette localité, car. sur le morceau de calcaire qui englobait les carapaces, j'ai pu comp- ter un grand nombre de fragments, soit des pattes, soit du corps du même fossile. On peut donc espérer que de nouvelles recher- ches pourront faire connaître les pièces qui. aujourd'hui, ont échappé à mon examen. I^ carapace m'a paru complètement lisse, je n'ai pu y aperce- voir aucune trace de granulations ni de ponctuations ; elle est très-épaisse et bombée dans le sens antéro-postérieur ; les régions y sont très-nettement indiquées, bien que les sillons qui les limi- tent soient peu profonds. Les lobes épigastriques sont à peine visibles, ils se présentent seulement comme de petits renflements. Les lobes protogastriques sont grands et peu bombés. Le lobe méso- gastrique s avance entre eux jusqu'aux lobes épigastriques, et il paraît presque complètement confondu en arrière avec le méso- gastrique et lurogastrique. La région cardiaque est large, un peu hexagonale, et renflée transversalement vers sa partie moyenne ; son lobe postérieur est très-peu développé. Les régions hépati- tjues sont petites, mais bien délimitées. Au contraire, les régions branchiales sont grandes ; le lobe épibranchial présente un ren- flement qui se continue en s'atténuant jusqu'au sillon gastro- cardiaque, et le lobe mésobranchial offre un autre renflement, qui va rejoindre celui dont j'ai déjà signalé la présence sur le lobe cardiaque antérieur. Os deux saillies donnent à la carapace un aspect très-particulier. Les bords latéro-antérieurs sont très- épais et présentent ([uatre lobes ou tubercules; le premier et le C.VNCÉRIENS FOSSILES. , 87 deuxième sont à peine saillants, ce sont plutôt des ondulations du bord; le troisième est très-obtus, mais mieux marqué; le quatrième est petit, mais saillant et bien détaché. Les bords latéro- postérieurs. de même longueur que les précédents, sont très- renflés. Le front est assez avancé, droit et presque entier. Je pense devoir regarder comme appartenant k cette espèce une pince qui existait sur le même fragment de roche, bien qu'elle ne fût pas adhérente à la carapace. La main est grêle et très-allongée, la surface paraît complètement lisse, les doigts sont très-longs. Toute la partie inférieure de la carapace était engagée dans la gangue, d'où il était impossible de l'extraire. Longueur de la carapace, 0"',016. Largeur. O^.Ol^. SECTION DES OZIENS. Genre NECROZIUS, Nobis (1). Cette nouvelle division générique est très-rapprochée de celle desOzies, et elle offre encore plus d'afïinité avec un petit genre, établi, il y a peu d'années, par M. Stimpson, sous le nom de Spheroznis (2). De même que chez ce dernier, la carapace est remarquable par sa forme globuleuse et rétrécie ; sa largeur ne dépasse, en efïét, que peu sa longueur. La voussure de ce bou- clier céphalo-thoracique, peu marquée dans le sens transversal, est forte d'avant en arrière, de telle sorte que le front est assez déclive. Les bords latéi'o-antérieurs se continuent presque sans inter- ruption avec les latéro-postérieui-s, qui sont renflés. Le front est avancé, lametleux et à peine échancré au milieu. L'article basi- laire des'antennes internes est gros et la tigelle mobile se reploie obliquement sous le front. L'article basilaire des antennes externes " est court et n'atteint pas le front, comme on le remarque chez les Pseiidozius de Dana et chez les Spherozius, de telle sorte que (I) De vczsô;, mnrt^ ot Ozius. [2^ Slimpson, P/-o^^p«^/. nfthoArniLofSnt. Sw'rto. Pliilatlelphia, 1850^ n" 85. {f8 ALPHONSE MILKE EDWitKDJS. la tigelle mobile est libre et ne se loge pas dans l'hiatus orbi- taire interne; chez les Ozins. au contraire, cet article basilaire se joint largement au front. Je n'ai malheureusement pas pu examiner l'endostome, de façon que je n'ai pu tirer parti des caractères fournis par l'absence ou la présence des crêtes qui; chez les Oziens, limitent en dehors le canal expirateur de la chambre branchiale. Le bord labial était également caché par la roche, qui empâtait certaines parties du fossile que j"ai eu entre les mains, et je uai pu voii- si ce l)ord était entier ou échancré comme celui des Oziens. Les pattes antérieures sont fortes et très-inégales, la plus faible étant au moins deux fois plus petite que l'autre ; elles présentent les proportions relatives et l'aspect particulier qui permettent de reconnaître , au premier coup d'œil les Crustacés de la section t[ui nous occupe en ce moment. Les pattes ambulatoires sont cylindriques et ne jjortent pas de crêtes, elles sont, sous ce rap- port. send)lables ii celles des Ozius, des Spherozius et des Pseud- ozius. Enfin l'abdomen du mâle, de même que chez les ti'ois genres précédents, se compose de sept articles, tous les anneaux étant libres. Ce genre, avons-nous déjà dit, est très-voisin des Splterozius. En effet, chez les Ozius, l'article basilaire des antennes externes atteint le front. Chez les Pseudozius^ les Spherozius et les j\ecro- zius, il en est éloigné; mais les Pseudozius ont, en général, une carapace assez élargie, tandis que chez k^ Spherozius cMe partie est rétrécie et globuleuse. Ce dernier genre difïèi'e de notre fos- sile en ce que le bouclier céphalo-thoracique est plus renflé, et en ce que le front se continue sans interruption et par une courbe insensible avec le bord orbitaire supérieur, ttuidis que chez les Necrozius, les angles orliitaires internes sont parfaitement marqués. rsECROZIUS BÛWERRAXiai , Nobis. V(.;. f. XX. 1)1. 12. (iir. 2. 2-'. 2i,. 2". Cette jolie espèce ])rovient des couches argileuses éocènes de '*"'"^CANCÉRIÉNS FOSSILES. 50 t'île Sheppey-, k remboiichure de la Tamise, qui ont fourni un si grand nombre de Crustacés intéressants. Elle appartient à la riche collection de M. Bowerbank, et ce savant, avec sa libéra- lité scientifique ordinaire, l'a obligeamment mise à ma disposi- tion. Ce Cancérien paraît extrêmement rare, car M. Bell ne le signale pas parmi les Crustacés du London-Clay ; je n'en ai jamais vu que ce seul individu, parfaitement conservé il est vrai, bien que j'aie visité en détail les (loUections du Musée britannique , celles du Musée de géologie pratique et plusieurs autres presque aussi riches. La carapace est marquée sur toutes les parties saillantes, de granulations miUaires, arrondies ei assez rapprochées. Les sillons qui séparent les diverses régions en sont dépoiu'vus. Cesdei'nières, sansélre fortement saillantes, sont nettement circonscrites. Sur la légion gastrique, les lobes épigastriques ne sont pas distincts des protogastriques; le mésogastrique s'étend en pointe entre ceux-ci jusqu'il l'échancrure médiane du front. Le lol)e métagastrique est confondu avec l'urogastrique. Le sillon branchio-cardiaque est fortement indiqué. La région cardiacjue est elle-même arron- die et légèrement rétrécie en arrière. Les régions hépatiques sont séparées des branchiales par une dépression élargie; ces dernières sont assez renflées et présentent un lobule mal circon- sci'it auprès du lobe urogastrique. Les bords latéro-antérieurs de la carapace sont épais, ils offrent au milieu des granulations qui les couvrent , trois ou ([uatre petites pointes peu visibles et presque confondues avec ces dernières. L'angle orbitaire externe ne s'avance pas en forme de dent. Les orbites sont très-petites et dirigées directement en avant. Le bord sourciller est plus saillant et ne porte aucune fissure. Le front est avancé, droit et échancré légèrement sur la ligne médiane. Les régions ptérygostomiennes sont finement granuleuses. Les pattes antérieures sont très-inégales ; l'avant- bras présente en dedans une saillie peu acérée, il est lisse en dehors; la grosse main est lisse en dehors aussi bien qu'en dessus où elle ne porte pas de crêtes ; les doigts en sont courts et robustes, le pouce est garni, près de sa base, d'une forte 66 ALPUONSE !»ILKE EnWARDS. dent; l'index en offre environ deux. La petite main est fine- ment granuleuse, ou plutôt rugueuse; les doigts en sont grêles et comparativement plus longs que ceux de l'autre pince. Les pattes ambulatoires sont lisses, on n'y observe ni granulations ni tubercules. Les diverses pièces du plastron sternal sont granu- leuses. Tous les anneaux de l'abdomen sont libres, comme nous l'avons déjà dit en donnant les caractères du genre. Largeur de la carapace . 0" .027 . Longueur. 0'",02/i. section des étisiens. Genre ETISUS. Cancer. Herbst., 1. 1. p. 186. Etisls, Milnc Edwards, Hitf. nat. des Crustacés, 1834. 1. 1. p. 410. Etisis. Dana. VnitedStut. exphr. Erped., CRrsTAC, 1. 1. p. 183. Les Élises forment un genre parfaitement naturel , les diffé- rentes espèces qui le composent présentent entre elles beaucoup d'analogies, et il est facile d'établir nettement les limites de ce petit groupe. Chez lesXanthes, au contraire, les formes varient dans des limites très-étendues, et le genre qui les réunit offre beaucoup moins d'homogénéité. Les Étises, comme nous l'avons d'ailleurs déjà vu, établissent le passage entre les Xanthes et les Cancers, dont les antennes sont disposées sur le même plan ; d'autre part, ils .sont très-rapprochés des Chlorodes dont ils présentent les pinces en cuiller. Chez ces Crustacés, la carapace est en général large et médio- crement bombée et les régions y sont peu marquées, tandis que chez les Étisodes elles le sont fortement. Les bords latéro-anté- rieurs sont longs et découpés en dents ; le front est entier, lamel- leux, large et échancré sur la ligne médiane ; il est séparé des angles orbitaires internes par une échancrure en général assez profonde. Les antennes internes se reploient très-obliquement dans leurs fossettes, et l'article basilaire des antennes externes se CAlVeÉRlENS FOSSILES. 61 joint ciii front »^t présente en dehors un prolongement, qui rem- plit complètement l'hiatus orbitaire interne , de façon à en exclure la tigelle antennaire, ([ui s'insère au-dessous du front. Le bord antérieur du troisième article des pattes-mâchoires n'est pas échancré comme chez les Chlorodes. L'endostome est lisse. Les pattes antérieures sont fortes ; le bras est long et dépasse le bord antérieur de la carapace ; les doigts des pinces sont très- élargis à l'extrémité et terminés en cuillers profondes. Les pattes ambulatoires ne portent pas des crêtes. Enfin l'abdomen du màlo se compose de cinq articles , les troisième, quatrième et cinquième anneaux étant soudés entre eux. EÏISUS, nov. sp. J'ai pu me convaincre de l'existence de ce genre à l'état fossile par l'examen du doigt mobile d'une pince que j'ai trouvé dans le calcaire à nummulites de la carrière de Hastinguesprèsde Peyre- liorade (Landes) . Cette pièce seule suffit pour caractériser les Étises. En effet, elle ne peut être confondue avec celle des Chlo- rodiens, dont les doigts sont également en cuiller, mais de forme différente: chez les premiers, le doigt s'élargit considérablement à son extrémité, ({ui est arrondie au bout, fortement excavéc, et l'espèce de cuiller ainsi formée est nettement circonscrite par un rebord saillant en dedans aussi bien qu'eu dehors ; chez les Chlorodes, le doigt ne s'élargit pas ainsi à l'extrémité, et lacuillei-, parfaitement limitée en dehors, ne l'est que peu ou point en de- dans. Chez lesÉtises, le pouce est beaucoup plus fortement courbé que chez les précédents, de telle sorte qu'il est facile de distinguer les doigts des Étises de ceux de tous les autres Cancériens. Le pouce (jue j'ai trouvé à Hastingues appartenait à un individu de très-grande taille, beaucoup plus grand que ceux qui, aujourd'hui, habitent la mer des Indes; sa longueur est de 3 centimètres, son bord tranchant n'est armé que d'une seule dent, située près de la base et peu saillante; son extrémité est très-élargie et fortement excavée ; ses faces sont cannelées, et l'on remarque en dessus deux côtes hérissées de tubercules gros, espa- &2 ALPHONSE IMILKE: EDWARDS. t'es etpi'oéininents; sur la face externe il existe, à la partie supé- rieure, une autre rangée de tubercules et. au-dessous, quelques rangées de fortes ponctuations. Par l'existence de ces tubercules. lepoucedelÊtise de Hastingues ressemble beaucoup à celui de r/j. denlalus, Herb., des mers de llude. Parmi les Crustacés fossiles que M. Lehon a eu l'obligeance de me communiquer et qui provenaient du système bruxellien. il existait divers fragments de doigts à extrémité creusée en cuil- ler qu'à première vue j "avais cru devoir rapporter à des Élises (l-i . Mais un examen plus attentif me porte à croire (pi ils ont appar- tenu à des Cblorodes, car l'excavation terminale qui constitue la cuiller n'est que très-imparfaitement circonscrite en dedans, ce qui ne se voit que chez les Chlorodiens et les Zozymes. M. Th. Bell avait rangé provisoirement })armi les Xanthides. sous le nom de Diaulax Carleriana 1^2), un Crustacé fossile trouvé dans le Greensaml supérieur de Cambridge. L'échantillon qu'il avait entre les mains était trop iuqjarfait et ne permettait pas d'étudier les organes les plus importants, et t(ui auraient pu'déci- der de la place ii assigner ii ce fossile, qui est, d'ailleurs, très-rare dans les collections, .\ussi >I. Bell montra-t-il une sage réserve en disant (pie le groupe auquel devait se rattacher le gem'e Diau- lax (JUiii encore ilouii^ux. i' aï en le bonheur de me procurer un individu de cette espèce, sur lequel on pouvait ol)server la dispo- sition de lépistome et d'une partie de la régiiSE MILKi; EltVWARDS les espèces fossiles du groupe des Cancérides, mais ainsi déli- mité, il se trouvait renfermer des formes extrêmement distinctes et très-éloignées sous le rapport de leur organisation ; aussi je proposerai de restreindre beaucoup les limites de ce genre, et de n'y comprendre que le Cancer Paulino-Wurtembergensis d'Her- man von Meyer, qui se distingue de tous les autres Cancers par la forme du front, par la conformation de la région anten- naire et par l'ornementation delà carapace, qui est couverte de grosses bosses saillantes , disposition qui ne se rencontre chez aucun Cancéride vivant. Avant l'époque tertiaire , on n'a pas 'encore rencontré de Cancéride fossile ; dans l'état actuel de la science, ce groupe semble s'être montré à l'époque du dépôt des couches num- mulitiques, et il a continué à vivre jusqu'à nos jours, où il présente une grande extension. En effet, une espèce remar- quable par sa taille habite nos côtes (1) ; une autre se rencontre à Madère (2) ; on en connaît plusieurs sur les rivages de la Cali- fornie (3) et de l'Amérique septentrionale (4); d'autres se trou- vent au Chili et au Pérou (5) ; enfin une autre espèce du môme genre, découverte dans les parages de la Nouvelle-Zélande, par MM. Hombron et Jacquinot, a été décrite par M. Lucas (6). Genre CANCER. Cancer, Linné, Fabiicius, Latreille. Cancer, Leacli, Malacostraca Podopldhalmata Britnnrtia-, 1815. Cancer, Bell, Tmns. Zool. Soc, t. I, p. 335. (1) Cancer Pagurus (Lin.), Loacli, loc. cit. (2) Cancer Bellianus, iohnson, Proceed. of Zool. Soc, t. XXV, p. 240, pL 28. (3) Cancer productus, Randall, Dana, Unit. Stat. explor. Exped., Crustacea, t. I, p. 156, pi. 7, fig. 3; — Cancer gracilis, Dana, /oc cit., p. 153, pi. 7, dg. 2; — Cancer antennarius, Stimpson, Journ. of the Boston Soc . ofNat. Hist., t. VI, p. 22, pi. 18. [ti) Cancer irroratus, Say, Journ. Acad. Ent. scien. Philnd., t. I, p. 59, pi. ti, fig. 2. (5) Cancer longipes\ Bell., Trans. Zool. Soc, p. 337, pi. àS; —Cancer Edwardsii, Bell., /oc. cîY., p. 338, pi. A4; — Cancer dentatus, Bell., /oc. cit., -p. 339, pi. 45; — Cancer plebeius, Pœppig, Archiv v. Wiegmann, 1830, p. 13-'i, Bell., loccit., p. 340, pi. 46. (6) Canner Noro'.Ze/ondid', Liiras, Voyage on pôle Sud, Cbist., p. 34, pi. 3, fi^. 6. CANCÉRIENS FOSSILES, 69 Caxceb, Dana, Unit.Stat. expl. Expedor., Gristacea, t. 1, p. 151, GaxceRj Sfiinpson, Joiirn. of the Boston Soc . of nat. Hist., t. VI, p. 20, Cancer, Heller, Cnistcic. des Sudlichcn Europa, 1863, p. 61, Platycarcinus, Latreilic, Collection du Mnsvunu Platycarcinus, Milne Edwards, Hisi. nat. des Crustacés, t. J, p, 412, Platycarcinus, Lucas, Voyage au Pâle sud, Crustacés, p. 34. JyOBOCMciNus (pars,), Reuss, Zur Kenntniss fçssiler Krabben, 1859, p, 38. Le genre Cancer se compose d'un assez grand nombre d'es- pèces qui toutes se resseml)lent beaucoup entre elles. La carapace est très-élargie ; les bords latéro-antérieurs sont très-Ion qs; ils torment avec le front une ligne courbe cà très- grand rayon, et se prolongent en se recourbant en arrière. Ils sont en général dé- coupés en dix dents ou lobes, qui souvent sont eux-mêmes den- ticulés sur leur bord. Si l'on joignait par une ligne les angles latéraux de la carapace, la portion antérieure de ce bouclier serait beaucoup plus considérable que la postérieure. De la der- nière dent latérale part une ligne granuleuse, presque parallèle au bord latéro-postérieur, et se prolongeant jusqu'au bord posté- rieur; cette ligne peut être désignée sous le nom de postbran- chiale; elle se retrouve plus ou moins accusée chez toutes les espèces du genre qui nous occupe. Le bord postérieur est court et garni en dessus d'une ligne parallèle granuleuse. La carapace, assez fortement bombée chez quelques espèces, est très-dépri- mée chez d'autres, et en général les mâles sont plus aplatis que les femelles. Sa surface est garnie de fines granulations qui lui donnent un aspect comme chagriné. Les régions sont indiquées, sans cependant former des bosselures saillantes. Chez une des espèces de ce genre, le Cancer longipes, Bell, des côtes du Chili, on remarque une disposition très-remar- quable des régions; les sillons branchio-cardiaques , au lieu d'être séparés sur la ligne médiane par la région cardiaque, se touchent sur ce point de façon que cette dernière région n'existe pas. Ce caractère doit se lier à une disposition anatomique par- ticulière; il ne se rencontre chez aucun autre Cancérien, et peut-être devrait-il nécessiter la création d'une division géné- rique spéciale. Chez toutes les autres espèces du genre qui nous 70 ALPHONSE MILKE ED%VARDS. occupe, la région cardiaque est bien développée, et les sillons qui la circonscrivent forment par leur mode d'arrangement une figure semjjlable à la lettre H. Les orbites sont petites et profondes; le bord sourciller est interrompu par deux fissures étroites, mais nettement indiquées. Les augles orbitaires internes et supérieurs sont dentiformes.Le front est toujours tridenté ; les dents peuvent être plus ou moins avancées, plus ou moins élargies, mais chez toutes les espèces, on en compte trois, une médiane et deux latérales. L'article basi- laire des antennes externes est grand ; il s'étend en ligne droite et dépasse le front au lieu de remplir obliquement le canthus orbitaire interne comme chez les Étises. La tigelle mobile s'in- sère sur son côté supérieur et interne, au-dessous du front, dans l'échancrure qui existe entre l'angle orbitaire interne et la dent latérale du front. L'épistome est très-étroit, et en général peu développé; en effet, son bord labial se confond sur les côtés avec son bord antennulaire. L'endostome est lisse, et ne porte pas de crêtes. Les pattes-mâchoires externes sont très-allongées. Le troisième article est plus long que large ; chez la plupart des espèces, il est arrondi en avant ; le quatrième article s'insère à l'angle antéro-interne du précédent. Chez le Cancer productus, Randall, cependant, le troisième article est subrectangulaire, et fortement échancré à son angle antéro-interne. Les pattes anté- rieures sont subégales; la main est tantôt lisse, comme chez le Tourteau, tantôt garnie de lignes granuleuses, ordinairement au nombre de cinq, comme chez le Cancer plebeius^ le C. Novœ- Zelancliœ^ etc. ; tantôt hérissée de pointes, comme chez le C. den- tatus^ Bell. Ces pointes ou ces granulations se continuent sou- vent sur le pouce. Les doigts des pinces sont aigus, et en général garnis d'un assez grand nombre de dents. Les pattes ambula- toires sont ordinairement assez grêles et longues; elles ne pré- sentent jamais en dessus de crêtes comprimées. L'abdomen du mâle se compose de cinq articles , les troisième, quatrième et cinquième anneaux étant soudés ; le septième est ordinairement allongé et effilé vers la pointe. L'abdomen de la femelle est élargi, et composé de sept anneaux. CANCÉRIENS FOSSILES. 71 CANCER PAGUROIDES, Desm. Voy. pi. VI, fig. 2. CANCEn PAGUROIDES, Desmarcst, Crustacés fossiles, 1822, p. 90, pi. 5,fig. 9. Il est difficile de donner une description exacte de cette espèce dont on doit la connaissance à Desmarest, et dont le type appar- tenait au cabinet de minéralogie de la Monnaie. En effet, cette dernière collection n'existe plus ; les objets qui en faisaient partie ont été dispersés, et je n'ai pu retrouver l'échantillon qui a servi aux observations de Desmarest. La pince seule de ce fossile a été figurée. La carapace était, à ce qu'il paraît, presque complète- ment engagée dans la roche, qui empêchait d'en étudier les dé- tails. Ne pouvant rien ajouter ni changer à la description donnée par Desmarest, je pense devoir la reproduire ici : « Carapace plane, analogue dans son milieu, pour la distinc- » tion des régions, à celle du Tourteau ou Poupard (Cancer » Pagurus) ; pinces très-grosses, ayant six dents tuberculeuses » sur le côté interne du doigt immobile, et une forte saillie à la » base du doigt mobile (long., O'/JSO; larg., 0", 160). Ce Crabe » appartient au cabinet de minéralogie de la Monnaie, et nous a » été communiqué par M. Sage, de Flnstitiit, conservateur de ce ») cabinet. Il est à peu près grand comme un Tourteau de » moyenne taille, et ses dimensions principales sont proportion- » nées à celles de ce Crabe, dont il a l'apparence au premier » aspect. » L'échantillon unique que nous avons examiné est tellement » incrusté dans une pierre assez dure et pesante, dénature argilo- » sablonneuse, qu'on n'en voit qu'une très-petite partie ; sacara- » pace, dont on ne peut distinguer aucun bord, paraît être assez » plane et presque lisse. La région stomacale est fort grande ; les » régions branchiales sont bien marquées; la caudale est très- » apparente, et présente deux éminences placées l'une à côté de » l'autre dans le sens transversal ; on en voit aussi une près du » bord postérieur de cette carapace. La pince, seule partie bien » conservée, et que nous avons fait représenter au trait, est fort •7'2 ALPHONSE NILNE EDWARDS. » grosse, surtout au milieu ; le doigt imnioljile présente six dents » qui diminuent de grosseur à partir de la plus interne, ou la » première jusqu'à celle de l'extrémité du doigt. Le doigt mobile » est très- fort et assez épais ; il a une très-grosse dent à sa base. » Le corps de la pince paraît être très-finement chagriné, du » moins aux environs de l'articulation des doigts ([ui sont lisses » ailleurs. » Nous n'avons aucune donnée sur le terrain et sur la localité d'où provient ce Cralie fossile ; d'après la manière dont la cara- pace était empâtée dans une roche dure et compacte, de nature argilo-sablonneuse , on peut, peut-être, supposer qu'il a été trouvé dans ces couches d'alluvions probablement quaternaires, qui nous ont fourni un grand nombre de Crustacés fossiles, la Scylla serrata, le Macrophthalmus Latreilleii^ etc. Mais ce n'est qu'une hypothèse que ne vient appuyer aucun fait sérieux. CANCER BEAUMONTI, Milne Edwards. Voy. pi. 3, fig. \, la, Ib. Platycarcims Beaumonti, Miluc Edwards, in d'Archiac, Histuirc des progrés de la géologie, t. UI, 1850, p. 304 K. Cette grande et belle espèce, qui fait partie des collections du Muséum, n'a malheureusement pas une origine bien constatée. La personne à qui elle a été achetée l'avait éti({uetée connne pro- venant du terrain nummulitique des environs de Vérone ; mais la nature de la roche qui empâte certaines parties de ce fossile ne s'accorde pas avec ce gisement. Eu effet, c'est un calcaire gri- sâtre englobant de petits grains quartzeux verdâtres, au lieu du calcaire jaune et homogène dans lequel se trouvent toutes les espèces du Véronais : V Harpactocarcinus piinctidatus, Desm., le Palœocarpilius Macrochelus^ Desm., par exemple. La carapace est extrêmement plate et élargie. Les bords latéro- antérieurs forment avec le front une ligne courbe à très-grand rayon. La surface du bouclier céphalo-thoraciquc, autant qu'on peut en juger sur quelques fragments de test qui ont été con- servés, est couverte de petites granulations fines et assez serrées ; CANCÉRIENS FOSSILES. 73 lorsque la couche la plus superficielle est enlevée, on en voit au- dessous une seconde qui, au lieu de granulations, présente des ponctuations entourées par de petites aréoles en forme de mo- saïque (voy. pi. 3, fig. l""). Bien que la carapace soit très-aplatie, les régions sont nettement indiquées. La région gastrique est saillante et beaucoup plus élevée que le front; elle est extrême- ment élargie en avant, et se resserre graduellement vers le lobe urogastrique. Les sillons qui la circonscrivent sont larges et pro- fonds. Les régions hépatiques sont très-déprimées et peu accu- sées. Les régions branchiales sont au contraire fortement déve- loppées. Le sillon qui les sépare de la région cardiaque est faiblement indiqué ; cette dernière est élargie et peu saillante. Les bords latéro-antérieurs sont découpés en dents larges, trian- gulaires, dirigées en avant, de telle sorte que leur bord antérieur est beaucoup plus court que le postérieur ; ces bords ne parais- sent pas avoir été granuleux. Sur l'échantillon que j'ai entre les mains, les dents antérieures sont brisées ; on en compte encore sept, et il est probable que le nombre total était de neuf. La dent postérieure était plus petite que les autres , et de cette dent part une ligne postbranchiale peu saillante. Les bords latéro-postérieurs sont concaves et très- courts, par ce fait que les latéro-antérieurs se recourbaient en dedans et en arrière. Le bord sus-orbitaire et le front sont brisés. Les pattes-nità- choires externes sont bien développées ; le troisième article est plus long que large ; son bord antérieur est arrondi comme chez la plupart des espèces du même genre ; la tigelle mobile s'insère dans une dépression très-large et étendue, qui se trouve au-des- sus de l'angle antéro-interne sur le bord interne de l'article pré- cédent. Les pattes antérieures, autant qu'on peut en juger par le bras du côté droit qui est conservé, devaient être très-fortes; les pattes ambulatoires étaient aussi robustes, comme l'indiquent les cuisses de celles qui sont intactes. Le plastron sternal est grand et large; son premier anneau est très-développé. L'abdo- men est très-élargi ; les cinq premiers anneaux sont conservés, ^^ll ALPHONSE MILNE EDWARDS. et l'on peut voir que les troisième, quatrième et cinquième sont soudés. Par la forme des dents du bord latéro-antérieur, cette espèce se rapproche surtout du Cancer antennarius, Stimpson, qui vit aujourd'hui sur les côtes de Californie, mais dont la carapace est beaucoup plus bombée. Largeur de la carapace, O^jlôS. Longueur, 0°',110. CANCER DESHAYESII, Nobis. Voy. pi. IV, fig. 1 et 2, et pi. V, flg. 2. Platycarcinus Deshayesii, Alpli. Milne Ethvards, Faune cnrcinologique des ter- rains quaternaires {Journalde l'Institut, 1861, t. XXIX, p. 88). Cette belle espèce a été trouvée en Algérie , aux environs d'Oran, par M. Deshayes, dans les couches du terrain tertiaire supérieur. M. le docteur P. Mares a bien voulu m'en communi- quer un autre exemplaire trouvé aux environs d'Alger, dans des assises marneuses du 'même âge. La carapace, dont les contours sont admirablement conservés, est médiocrement bombée et très-élargie ; la surface est couverte de fines srranulations régulières et arrondies, dans l'inters-alle desquelles se voient de petits trous, qui autorisent à penser que ce bouclier devait être hérissé de poils comme celui du C. dentaïus, Bell. Les régions sont peu distinctes; la stomacale est élargie, mais peu élevée ; les sillons qui la circonscrivent sont peu pro- fonds. La région cardiaque est très-élargie ; les régions hépa- tiques se distinguent à peine. Les bords latéro-antérieurs sont longs; ils se recourbent en arrière et en dedans, et sont découpés en dix lobes dentelés, et séparés les uns des autres par des fissures linéaires et profondes : le premier lobe, formé par l'angle orbi- taire externe, est proéminent etbidenté; il en est de même du second ; les suivants portent au contraire trois dents, dont la mé- diane est ordinairement beaucoup plus saillante que les autres ; le neuvième lobe est dentiforme et aigu , son bord postérieur est granuleux ; le dixième, que l'on pourrait presque considérer CANCÉRIENS FOSSILES. ^, 75 comme faisant partie du bord latéro-postérieur, est moins sail- lant, dentiforme et granuleux sur les bords. En arrière on voit une onzième dent peu saillante, mais cependant beaucoup plus accusée que celle qui existe chez beaucoup d'espèces vivantes du même groupe. De cette dent part la ligne postbranchiale qui est très-fortement indiquée, et couverte de tubercules pointus assez gros. Des tubercules de même forme et de même dimension se remarquent le long du bord postérieur. Le bord sus-orbitaire est interrompu par deux fissures très-profondes ; la portion située entre ces deux fissures paraît se prolonger en une petite dent, moins considérable cependant que celle qui existe chez le C. den- tatus des côtes du Chili ; en dehors, le bord sourciller porte deux très-petites dents qui ne se voient chez aucune espèce vivante. L'angle orbitaire supérieur et interne est large et moins avancé que le front. Celui-ci est formé de trois dents petites, aiguës et élargies à leur base ; la médiane est un peu moins saillante, et placée sur un plan inférieur aux deux latérales. Les pattes antérieures sont sul^égales L'avant-bras, assez long, est orné sur sa face externe de plusieurs lignes longitudinales de tubercules, plus forts vers la partie supérieure ; il porte, en outre, trois épines sur son bord antérieur, l'une à son angle antéro-interne, une autre un peu plus en dedans, et enfin une au-dessus du condyle articulaire de la main. Ce dernier article est garni en dehors de cinq lignes parallèles et longitudinales de tubercules, et en dessus de deux lignes parallèles, dont chacune porte trois épines. Le doigt mobile de la pince est tuberculeux en dessus ; il porte même deux ou trois épines. Le troisième article des pattes-mâchoires externes est arrondi en avant, beaucou]: plus que chez le Tourteau de nos côtes ; sa forme rappelle celle de cette même partie chez certaines espèces, telles que le Cancer dentatus et le C. plebeius. Cette espèce se rapproche surtout du Cancer Edwardsii qui habite les côtes du Chili, et qui a été décrit et figuré par M. Bell (1). En effet, chez ce Crustacé les bords latéro-antérieurs 1) Th. Bell, Transact. Zoo/. Soc, t. I, p. 338^ pi. liU ; et ci-dessus, pi. IV, fig. 3, pi. V, fig. 3. D 76 ALPHONSE MILNE EDWARDS. sont découpés en dix lobes, dentés eux-mêmes ; mais chez l'espèce fossile, ces dents sont plus saillcantes que chez l'espèce vivante, et la petite dent qui se voit en arrière du dixième lobe est beaucoup plus saillante ; la forme des orbites, celle du front, diffèrent également. Il est intéressant de trouver en Algérie une espèce aussi voisine par sa forme de celle qui habite les côtes de l'Amérique méridio- nale, baignées par l'océan Pacifique. Aujourd'hui on ne ren- contre plus sur les rivages de la mer Méditerranée qu'une seule espèce du même genre : le Tourteau [Cancer Pagurus) . Largeur de la carapace, 0",140. Longueur, 0'",085. CANCER SISMOND^, Meyer. Voy.pl. 6, flg. 1 et la, et pi. 7, ti'g. 1. Cancer punctulatuSj A. Sismonda, Noiizie Intorno a due fossile trovati nei coUi di San Sfefano Roero (Mem. délia R. Acad. di Tovino, 2* série, 1. 1, p. 85, fig.AetB). Cancer Sismonda, H. v. Meyer, in Leonh. und Bronn's Jahrb., 1843, p. 589. Platycarcini's ANTiQi'vs, E. Sismoiida, Descrizione dei pesci e dei Crostacei fos- silinelPkmonte [Mem. délia reale Acad. di Torino, 2" série, t. X, p. 58, pi. 3, «?• 1-2). Platycarcinus Sismond.e, e. Sismonda, Mem. délia Acad. de Torino, 2* série, t. XIX, p. 18. Lobocarcinus SisMONDyE, Reuss, Zui' Kenntniss fossilcr Krahbea, p. 41. p. 9, fig. 1-2. Lobocarcinus magister, Reuss, Zur Kenntniss fossiler Krahbe)),Tp. 42, pi. 7 et 8, pi. 9, %. 1. M. le professeur Gastaldi a bien voulu me communiquer l'exemplaire de cette espèce , qui a été figuré et décrit par M. E. Sismonda dans son intéressant travail sur les Crustacés fos- siles du Piémont,, et qui, à cette époque, faisait partie de la col- lection de M. Sotteri d'Albe. Ce fossile est remarquable par sa taille et par son état de conservation ; il a été recueilli dans les marnes pliocènes d'Asti. La carapace de ce Crustacé est assez fortement bombée et très-élargie ; elle forme un ovale presque régulier, surtout en CANCÉRIENS FOSSILES. 77 avant , et sa surface est couverte de petites granulations. Les régions y sont bien distinctes. La région gastrique est médio- crement élargie en avant ; on aperçoit les traces du lobe méso- gastrique qui se prolonge jusqu'au voisinage du front. La région cardiaque est large et bien développée. Les régions hépatiques sont petites, et séparées des régions branchiales par une dépres- sion assez profonde. Ces dernières paraissent bien développées, et offrent une dépression oblique et peu profonde, qui sépare le lobe branchial antérieur du moyen. Les bords latéro-antérieurs de la carapace sont régulièrement courbes, et sont divisés en dix lobes, séparés les uns des autres par des fissures étroites et profondes. Sur l'individu que j'ai entre les mains, le test manque à cette place, de sorte que ces lobes paraissent séparés les uns des autres par un intervalle plus large que celui qui devait exister en réalité. Le bord libre de ces lobes est garni de dents, en général au nombre de deux ou trois ; les antérieurs sont plus petits que les postérieurs ; le dixième est aigu et dentiforme ; en arrière de celui-ci on aperçoit une petite dent, d'où part la ligne postbranchiale, qui est très- saillante, et paraît avoir été granuleuse. Le bord orbitaire supé- rieur est dépourvu de dents ou d'épines ; les deux fissures qui le divisent sont profondes et bien indiquées. Le front est brisé, mais d'après l'empreinte qu'il a laissée sur la roche sous-jacente, on voit qu'il se composait, comme celui de toutes les espèces du genre qui nous occupe, de trois dents. Les pattes antérieures sont assez grosses et subégales. Le bras est lisse, et ne présente rien de remarquable. L'avant-bras est garni d'épines; l'une, plus forte que les autres, occupe l'angle antéro-interne ; sur la face externe, on en remarque qui sont disposées sur deux ou trois lignes longitudinales. La main porte en dessus deux lignes lon- gitudinales de deux ou trois tubercules spiniformes, qui alter- nent. Sur sa face externe, se voient cinq séries de tubercules dis- posés de la même manière que ceux de beaucoup d'espèces vivantes : du C. plebeius, du C. Edwardsii , par exemple Les doigts sont longs et garnis sur leur bord tranchant de dents peu saillantes. 78 ALPHONSE MILTVe EDWARDS. Les pattes ambulatoires sont longues et assez fortes ; elles pa- raissent avoir été garnies de quelques lignes granuleuses ; le pied est robuste et ressemble à celui du Tourteau; enfin, le doigt est styliforme. Les pattes-mâchoires externes sont bien développées; leur troi- sième article est plus long que large, mais il est peu arrondi et presque droit en avant ; en cela, il ressemble à celui du Tourteau, et s'éloigne de celui de la plupart des autres espèces de ce genre. L'abdomen de la femelle est très-élargi ; les troisième et qua- trième articles sont larges, mais peu bombés ; le cinquième l'est un peu plus; le sixième est très-développé en longueur, et enfin le septième est triangulaire et s'effile en pointe. Je n'ai pas eu l'occasion d'étudier un individu mâle de cette espèce. Le Cancer Si-wwndœ, parla forme des lobes latéro-antérieurs, se rapproche de l'espèce précédente, mais il s'en éloigne par la disposition relative des diverses régions, par la voussure plus forte de la carapace, etc. Longueur de la carapace, 0"',120. Largeur, 0™,180. Il me paraît indubitable que l'on doit réunir à cette espèce le. Lobocarcinus magister^ décrit et figuré par M. Reuss, comme ti'ouvé dans le Yéronais. La provenance de ce dernier fossile ne présente pas toutes les garanties suffisantes d'authenticité ; il ap- partient aujourd'hui au musée de Vienne, mais il faisait partie de la collection de Stiitz, et d'après le catalogue, il aurait été trouvé aux environs de Vérone, sans indication plus exacte de terrain ou de localité ; il est donc très-probable qu'il y a eu ici une erreur de gisement, et qu'il provient également des marnes tertiaires supérieures d'Italie. Quant aux diff"érences que l'individu figuré par M. Reuss pré- sente avec le C. Sismondœ, elles s'expliquent par la présence du test sur les lobes latéraux antérieurs de l'un, et sur son absence sur ceux de l'autre. J'ai étudié avec soin les différences qui ré- sultaient de cette circonstance; pour cela, il suffit de couler du plâtre dans la carapace d'un Cancer, puis de la briser et de com- GANCÉRIENS FOSSILES. 79 parer le moule interne ainsi obtenu avec le bouclier thoracique dans son intégrité. On voit alors que les lobes latéraux-antérieurs au lieu d'être contigus les uns aux autres, et d'être séparés par une fissure linéaire, présentent entre eux un intervalle assez large, correspondant à l'épaisseur des deux couches de test qui ont disparu ; les dentelures du bord de ces lobes manquent alors presque entièrement, et leurs contours s'émoussent et s'arrondis- sent. Lorsque l'on compare entre eux des fossiles, il faut toujours avoir présent à l'esprit que les échantillons que l'on étudie peu- vent avoir été modifiés par diverses circonstances, et qu'il im- porte avant tout de se rendre compte de l'influence que ces chan-. gements ont pu apporter aux caractères extérieurs de l'individu. Genre LOBOCARCINUS. Caxcer, h. von Mcyer, Palœontographica, t. I^ p. 91. LoBOCARCixuSj Reuss, Zur Kenntniss fosnlcr Krubben, p. 38. Le genre Lobocarcinus a été établi par M. Reuss, pour le Can- cer Paulino-Wurtemhergensis de M. deMeyer, et pour quekpies autres espèces fossiles, telles que le Cancer {Plalycarcinus) Sismondœ. Mais ce dernier Crustacé ne peut être placé dans le même groupe que le premier; rien n'autorise même à le séparer du genre Cancer dont il fait aussi évidemment partie que le Cancer Edwardsii^ Bell, que le Cancer plebeius^ Pœppig, qui, de nos jours, habitent les côtes du Chili. M. Reuss avait cru devoir en faire un Lobocarcinus, à cause de la forme des lobes des bords latéraux-antérieurs, et justement cette forme est carac- téristique du genre Cancer, dont les différentes espèces présen- tent tantôt des dents latérales, triangulaires et nettement décou- pées, tantôt des lobes tronqués, séparés les uns des autres par des fissures linéaires, et ordinairement denticulés sur leur bord. Le Cancer Panlino-Wurtembergensis présente ce mode d'or- ganisation porté au plus haut point. Mais, en même temps, il dif- fère des autres espèces de l'agèle des Cancérides par des caractères tellement saillants, tellement tranchés et d'une si grande valeur zoologique, que l'on doit hésiter à le ranger dans cette division, 80 ALPno:vsE milne edwards. et c'est pour ce fossile seul que je propose de conserver le genre Lobocarcinus , auquel j'assignerai les caractères suivants. La carapace, par sa forme très-élargie et par la disposition des lobes des bords latéraux antérieurs, se rapproche beaucoup des Cancers, en même temps qu'elle s'éloigne de tous les autres re- présentants de la famille des Cancériens; mais, d'un autre côté, on observe sur le bouclier céphalo-thoracique des bosses sail- lantes et nombreuses qui ne se rencontrent chez aucun Cancé- ride, et qui rappellent un peu celles qui se voient chez lesPiri- mèles. Le front est denticulé, mais ne présente pas trois dents, dont une médiane, comme chez tous les Cancers. Les angles latéraux postérieurs offrent une disposition tout à fait remarqua- ble et particulière à ce genre, ils sont allongés en un gros tuber- cule très-saillant, qui se dirige en dehors et un peu en arrière. Les antennes externes sont construites sur un tout autre plan que celles des Cancérides ordinaires. L'article basilaire s'étend jusqu'au prolongement sous-frontal contre lequel il s'applique, mais il ne le dépasse pas, etlatigelle mobile s'insère dans le can- thus interne de l'orbite, au lieu d'être exclue de la cavité orbitaire, comme chez les Cancers; par ce dernier caractère les Lobocarcinus se rapprochent de beaucoup des Xanthiens, et si on lui attribuait une grande importance zoologique, on serait conduit aies séparer des Cancérides, mais la forme générale est par trop frappante pour autoriser ce mode de groupement, et le genre Lobocarcinus devra former, dansl'agèle qui nous occupe, une division anormale se rattachant aux Xanthides. Les fossettes destinées à loger les antennules sont plus obliques que celles des Cancers, bien qu'elles le soient moins que chez les autres genres de la famille des Can- cériens (excepté les Pirimèles). L'endostome ne porte pas de crêtes destinées à limiter en dedans le canal expirateur de la chambre branchiale. Les pattes antérieures sont épineuses et ressemblent un peu, sous ce rapport, à celles du Melacarcinus inagister. L'abdomen du mâle se compose, autant que j'ai pu en juger sur un assez grand nombre d'exemplaires, de cinq articles, les troisième, quatrième et cinquième anneaux étant soudés entre CANCÉRIENS FOSSILES. 81 eux. M. Reuss avait cru que cette deruière région présentait six anneaux comme cJiez les Carpilies ; mais tout m'autorise à penser qu'il aura été trompé par un accident de fossilisation qui aura pu séparer des parties préalablement soudées. D'ailleurs, sur une des figures données par M. H. von Meyer, il est facile de s'assurer que les articles abdominaux libres sont au nombre de cinq seule- ment. En résumé, on peut dire que le genre Lobocarcinus^ parla forme de sa carapace et la lobulation des bords latéro-antérieurs, doit se ranger à côté des Cancers, dont il s'éloigne par la disposition de sa région antennaire. Les bosselures du bouclier céphalo-thora- cique et la dilatation des angles latéro-postérieurs lui donnent un aspect tout à fait particulier. LOBOCARCINUS PAULINO-WURTEMBERGENSIS, Meyer. Yoy. pi. 8 et pi. 9. Cancer Pavlino-WurtembergessiSj H. von Mcycr, Palœontographica, 1851^ 1. 1, p. 91, pi. 11. LoBOCARciN'us PAruxo-Wi'RTEMBERGENSiS; Reuss, ZuT Kenntniss fossiler Kraàben, p. 38, pi. 5, fig. b, pi. 6, fig. 1 et 2. Cette espèce n'a été rencontrée, jusqu'à présent, que dans les calcaires nummuliti([ues d'Egypte, où elle devait être assez abon- dante, car la plupart des collections en possèdent au moins quel- ques échantillons. La carapace est très-élargie et médiocrement bombée , les bords latéro-antérieurs forment avec le front une ligne réguliè- rement courbe. Le test est couvert de petites granulations fines, arrondies et rapprochées. Les régions ne sont pas fortement in- diquées ; elles sont cependant bien visibles, d'autant plus que les principaux lobes sont surmontés de bosses saillantes. Ces der- nières sont beaucoup plus proéminentes, et plus nombreuses chez les jeunes individus que chez les vieux (1). Lorsque toutes les bos- selures sont apparentes, on en compte une sur chaque lobe proto- (I) Voyez pi. 9, fi^. 2. 5« sérir. Zooi,. T. I. (Cahior ti" 2.) $ 82 ALPHONSE NILNE EDWARDS. gastrique, une ou deux sur le mésogastrique qui s'allonge en pointe, entre les deux précédents, jusqu'au voisinage du front, et une sur l'urogastrique qui est séparé du mésogastrique par un sillon. La région cardiaque est rétrécie, en avant on compte quatre tubercules sur le lobe antérieur, trois placés sur une même ligne transversale sur le lobe postérieur. Les régions hépatiques sont peu développées et portent deux tubercules; les régions branchiales sont renflées, et indépendanmient de la ligne post- branchiale elles présentent un grand nombre de tubercules plus gros sur le lobe antérieur que sur les autres. A mesure que ces Crustacés avancent en âge, les tubercules s' amoindrissent et ten- dent à disparaître, et chez beaucoup d'exemplaires, onnaperçoit que quelques saillies arrondies qui surmontent les principaux lobules des régions (1). Les bords latéraux antérieurs sont décou- pés en sept lobes, larges, tronqués en avant , sépai'és les uns des autres par des fissures linéaires étroites et profondes, et dentelés sur leur bord libre ; lorsque le test est enlevé et qu'il ne reste que Iç moule intérieur, les lobes sont séparés les uns des autres par une échancrure profonde et étroite. Chez toutes les espèces des genres Cancer et Metacarcinus, on compte dix dents ou lobes latéraux antérieurs ; ce caractère permet donc facilement, quand même on n'aurait entre les mains que la carapace, de distinguer les Lobocarcinus des autres Cancérides. Les lobes latéro-anté- rieurs sont plus étroits en avant qu'en arrière. Le premier, qui forme l'angle orbitaire externe, estbidenté; il en est de même pour le deuxième et le troisième; le quatrième, le cinquième et le sixième sonttridentés, et les trois dents sont à peu près égales, triangulaires et profondément séparées les unes des autres; le septième lobe est bidenté. Le bord latéro-postérieur est bordé, au-dessus, par la ligne postbranchiale qui est remarquable par Texistence de cinq tubercules spiniformes, très-aigus et dirigés en arrière et un peu en dehors et en haut. Les trois premiers sont plus grands et plus saillants que les deux derniers qui, quel- quefois même, sont peu visibles. Le bord postérieur est très-court, (1) Voyez pi. 9, %. 1. CANCÉRIENS FOSSILES. 83 Les angles latéraux postérieurs s'allongent en un gros tubercule saillant et arrondi qui se dirige en dehors et un peu en arrière ; il porte à sa base et sur son côté interne un autre tubercule beaucoup plus petit et également arrondi. Le bord sus-orbitaire présente une dent peu saillante de chaque côté de laquelle existe une fissure linéaire. La forme du front de cette espèce est très- particulière et jusqu'à présent mal connue, M. Reuss en adonné (pi. 5, fig. 5) une figure fautive sur laquelle on voit quatre dents grandes et égales. En réalité, le front est beaucoup plus avancé que les angles orbitaires externes. Les angles orbitaires internes et supérieurs sont peu saillants, et le front se compose de six dents (1) ; les deux médianes, plus avancées que les autres, trian- gulaires et pointues. Celles qui suivent immédiatement sont plus petites et sur un plan un peu supérieur; enfin, les externes, sur un plan de beaucoup inférieur, sont dirigées en bas tandis que les précédentes étaient tournées en haut. L'angle orbitaire interne et inlérieur est très-avancé et pointu, le bord sous-orbitaire porte deux petites dents et une fissure profonde du côté externe. Le cadre buccal est plus ouvert en avant qu'en arrière. Le troisième article des pattes-mâchoires est plus long que large et très-peu arrondi en avant. Les pattes antérieures sont peu robustes et subégales ; le bras est complètement recouvert par le bord de la carapace ; son bord postérieur porte quelques tubercules. L'avant-bras (2) présente en dedans une épine , on en voit une autre au-dessus de l'articula- tion du condyle supérieur de la main, et de huit à dix sur la face externe. La main (3) est lisse en dehors, sur sa face supérieure elle porte deux lignes de tubercules pointus, on en compte envi- ron six sur la plus interne et quatre sur l'externe. La conformation du doigt mobile est très-remarquable et était restée jusqu'ici inconnue. Ce doigt est large et très-comprimé, son bord tranchant ne porte que de très-petits denticules, mais son bord supérieur est hérissé de cinq ou six dents en forme de dents (1) Voyez pi. 9, i\g. la. (2) Voyez pi. 8, fig. Id. (3) Voyez pi. 9, flg. 1^'. 8/i ALPIIOIVSR MILXC EDWARDS. de scie , très-aiguës et très-grandes. Aucun Crustacé vivant n'offre cette disposition portée aussi loin ; on observe quelque chose d'analogue chez \cMetacarcinus magislei\ mais ce ne sont que des denticules qui ornent le bord supérieur du pouce, et non pas des dents longues et aiguës. Le doigt immo])ile est également comprimé et très-large ; il est garni de très-petites dents sur son bord tranchant. Autant que j'ai pu en juger par quelques fragments que j'avais entre les mains, les pattes ambulatoires étaient allongées, un peu comprimées et ne portaient ni épines ni tubercules. L'abdomen du mâle (1), de même que celui des autres Cancé- rides, se compose de cinq articles. Par sa forme il ressemble un peu à celui du Tourteau; en effet, le septième article n'est pas terminé par une pointe effilée, comme chez le Cancer plebehis, le C. irroratus, etc. Le pénultième article est subrectangulaire; les cinquième, quatrième et troisième, qui sont soudés, sont de longueur médiocre et assez étroits. Largeur de la carapace d'un grand individu, 0",115, Longueur, O^^OTo. EXPLICATION DES PLANCHES. PLANCHE V. (t. XX.) Fig. 1. Xnnlhùpsis unispinosa/màWiàw mâle de Targile éocène de rile.Sheppey (à Tcm- bouchure do la Tamise). Fig. la. Le même, vu en dessus. Fig. 2. Xanthopsis nodosa, du terrain nummuUtique de Sontlinfeu (Bavière). Fig. 3. Xanthopsis Kessenhergensis, du terrain nunimulitique du Kressenberg (Bavière). Fig. 3a. Le même, vu de face et montrant le front ainsi que la courbure de la cara- pace. (Ces deux figures sont copiées sur celles données par M. H. von Meyer, Pn/rron- iographica, 1862, t.X, pi. 16, fig. 12 et 13.) Fig. !i. Xanthosia gihhosa, du Greeusaud supérieur de Cambridge. Fig. li^. Le même, vu de face et montrant la courbure de la carapace. Fig. h^. Le même, vu en dessous. (Ces trois dernières figures sont tirées du mémoire de M. Bell {Palœonlographical Society , 1862, pi. 1, fig. 4, 5, 6). Fig. 5. Xanthosia granulosa, du Greensand supérieur de Caniliridge. Fig. 5a. Le môme, vu en dessous. Fig. 5h. Le même, vu de face, montrant l'épistonie et ia courbure de la carapace. (n Voyez pi. 8, fig. 2. i CANCÉRIENS FOSSILES. 85 PLANCHE VI. (t. XX.) Fi}?. 1. Xanthopsis Dufourii, du tcrvain nummulitiquc de Suint-Sever (Landes), indi- vidu màle. Fig. 1". Coupe du même, pour montrer le relief de lu ciirapuec. Fig. 1^. Portion du Icst^ grossie. Fig. 2. Face ventrale d'un autre individu de la même espèce. Fig. 2a. Région antennairc du même, grossie. Fig'. 2b. Pince droite du même. Fig. 2c. Pince gauche du même. Fig. 2". Palte-màclioire externe du même, grossie. Fig. 3. Xanthopsis Dufourii, des marnes de Saiut-Sevcr, individu femelle. Fig. 3a. Face vcutrale du même. Fig. 31*. Le même, vu de face. Fig. 3c. Coupe du même, montrant le relief de la carapace. PLANCHE VII. (ï. XX.) Fig. 1. Xnnthopsis Leuchii, individu màle de l'argile de l'ile Sheppey. Fig. la. Face ventrale du même. Fig. Ib. Région antcnnaire du même, grossie. Fig. le. Portion (lu test, grossie. Fig. id. KhAomen A\\n Xanthopsis Leachii. Fig. 2. Xanthopsis Leachii, individu femelle de l'ile Sheppey. Fig. 2a. Face ventrale du même. Fig. 2'). Le même, vu de face, montrant la courhure de la carapace. Fig. 3. Xanthopsis Bruckmannii, tlu terrain nummulitiquc de Sonthofen en Bavière. Fig. 4. Xanthopsis Bruckmannii, de la même localité, individu femelle vu en dessous. Fig. 4a. Région antcnnaire et cadre buccal du même, grossis. Fig. k^. Pattc-raàchoirc externe du même, grossie. Fig. 4. Portion du test, grossie. PLANCHE VIII. (t. XX.) Fig. 1. Xanthopsis nodosa, individu màle de l'argile éocène de I île Sliep'p'ey (de la 'àSJ..^/*^^ collection de M. Wethcrell). Fig. la. Le môme, vu de face et montrant le front, les pinces et la courbure de la carapace. Fig. ib. Face ventrale du même. Fig. le. Portion du test, grossie. Fig. 2. Xanthopsis nodusa, individu femelle de l'argile éocène de l'ile Sheppey (de la collection de M. Wcliiereîl). Fig. 2a. Région antennaire grossie, du même. Fig. 2b. Face ventrale du même. Fig. 2c. Pince droite du même (l'extrémité des doigts est reconstituée). Fig. 3. Xanthopsis Leachii, de l'île Sheppey, individu type de Dcsmarcst. (L'échantillon est légorcmeut déroruié par la pression et plus bombé qu'il ne devait l'être.) 86 ALPUOKSE MILNE EUWAUDS. Fig. 3a. Le mèiiic, vu tle face. Fig'. Sb. Face ventrale du même. Fig. 3'=. Région antennaire du même, grossie. Fig. 3d. Portion du test, grossie. Fig. 4. Xantopsis Leachii'l, du calcaire grossier des environs de Paris. PLANCHE IX. (t. XX.) Fig. 1. Caloxanthus formosus, des grès verts du Maine. (Individu grossi.) Fig. l". Le même, vu de face et considérablement grossi, montrant la région anten- naire et la courbure de la carapace. Fig. l'». Le même, de grandeur naturelle. Fig. Je. Le même, vu de profil et montrant la courbure de la carapace. Fig. Id. Patte antérieure droite du même. (Le grossissement est le même que celui de la figure 1.) Fig. 2. Tctanocarciniis pulchellus, du terrain minccnc de Thouarcé (Maine-et-Loire), (Individu grossi.) Fig. 2'''. Le même, de grandeur naturelle. Fig. 3. Titanocarcinu.i Raulinianus, du terrain uummulitique de Hastingues (Landes), de grandeur naturelle. 'Individu reconstitué d'après plusieurs échantillons.) Fig. 4. Autre individu de la n.ème espèce et de la même localité. Fig. 5. Titanocarcinus serrait frons, du terrain crétacé supérieur de Ciply. (Individu grossi trois fois.) Fig. 5a. Le même, de grandeur naturelle. Fig. 6. Sypltax crnssus, du terrain uumiuulitiquc de Ribaule (Aude), individu grossi. Fig. Ca. Le même, de grandeur naturelle. Fig. (jh. Pince de la même espèce. PLA^■CHE X. (t. XX.) Fig. 1. Lobonotu'OMBRE des ^'03^!iRE des des monstres FORMES des monstruosités '. des monstres doubles des expériences. œufs. monstres. au total des œufs, — ^ - au total des œufs, des monstruo- sités, pour dOO. 1 2 3 5 » 6 » 7 » pour 100. pour 100. 1 . Fontaine . . 100 Il Ix 4 100 2. Obscurité et air conliiié . 100 1 1 1 )> » j> » » 1 100 3. Brossasse. . 2000?2 6 0,30 1 » 3 » » 0,15 50 II. Œufs non 1 neltovcs . . . 10000 21 0,21 5 )) » 5 4 i 0,05 23,81 5. Air libre. . Total 100 1 1 H 1 ti )) » M 1 100 12300 33 0,27 10 8 4 7 1 0,11 42,42 • Les numéros se rapportent au X sept formes que j'ai décrites dans mon premier mémoire. Je n'ai pas inscrit le n 4 (Poissons triples) parce que cette forme est extrêmement rare. - Le signe dubitatif (?) placé à la suite tics nombres indique que ces derniers sont approximatifs, les œufs n'ayant pas été comptés. D'après les chiffres inscrits dans co tableau, ce seraient les œufs exposés à l'eau courante qui auraient produit la plus forte proportion de monstruosités, tandis que les œufs qui n'ont pas été nettoyés en auraient fourni le moins. Je crois, cependant, qu'il ne faut pas accepter ce résultat sans examen. D'abord je dois déclarer que je n'ai pas examiné un à un tous les œufs de la cuvette (n° k), parce que la mort rapide de ces œufs m'en a empêché. Or, il est très-probable que, parmi les œufs qui ont péri, il s'en est trouvé un certain nombre qui auraient produit des monstres, s'ils avaient vécu. En second lieu, je crois que dans l'appréciation des rapports il faut tenir compte des différences que présente le nombre des œufs mis eu expérience. Je reviendrai plus loin sur cette considération, et je ferai voir que lorsque le chiffre des œufs est très-élevé, la proportion des monstres est plus faible que dans les cas où les œufs sont, au contraire, en petit nombre. Dans les expériences n°' 1, 2 et 5 il n'y a eu que des monstres 12C LEREBOULLET. doubles et ce genre de monstruosités figure dans toutes les obser- vations de cette série, tandis que les monstres simples proprement dits (acéphales et tubercules) ne se sont montrés que parmi les œufs très-nombreux que contenait la cuvette. On peut dire qu'il y a eu dans toutes les expériences de cette série une certaine ten- dance à la production de la monstruosité double. La monstruosité simple, au contraire, s'est manifestée de préférence parmi les œufs qui se sont gâtés en masse et très-rapidement (n" 4). DEUXIÈME SÉRIE. Eau courante. — Obscurité. — Froid. — Etat naturel (1). Le 20 avril à neuf heures du matin, j'ai fécondé environ 20 000 œufs avec une laite peu abondante et aqueuse. Température extérieure -j-lù." c. à neuf heures du matin, 4-20° à midi, -j-lO" le soir à 6 heures. Le temps se refroidit les jours suivants; le 22 et le 23, le thermomètre ne marquait, le matin, que -{-k" c. J'ai pu voir, dès les premières heures, quelle influence la cha- leur exerce sur la vie de l'œuf. Cinq ou six heures après la fécon- dation, la rotation du jaune était très-vive, tandis que, par un temps froid, elle est toujours d'une lenteur extrême. Je distribuai ces œufs de la manière suivante : 1" 100 œufs dans la fontaine ; 2° 100 dans le corps du fourneau de la chambre ; 3" Environ 6000 dans le laboratoire, la fenêtre restant ouverte ; li" Les autres assiettes, contenant ensemble environ l/iOOO œufs, furent laissées sur la table de mon cabinet. Le lendemain je trouvais déjà un nombre très-considérable d'œufs gâtés dans toutes les assiettes; j'estime ce nombre aux quatre cinquièmes des œufs mis en expérience. Les œufs exposés au froid, dans le laboratoire, étaient encore plus mauvais ; il n'y en avait qu'environ un vingtième de bons. (1) J'appelle ainsi^ pour abréger, les œufs qui ont été placés dans mon cabinet et qui .se sont développés dans des conditions à peu près naturelles. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. ISl Je crois devoir attribuer le mauvais état de ces œufs à une fécondation insuffisante provenant d'une laite altérée. Sous le rapport du développement, je constate les mêmes diffé- rences que celles dont il a été question pour la première série. Les œufs de l'eau courante sont les plus avancés, puis viennent ceux de la chambre, puis ceux du fourneau, et, en dernier lieu, les œufs du laboratoire exposés au froid. Ici la diffé- rence est très-grande. Tandis que le blastoderme a déjà, dans les œufs de la fontaine, envahi le tiers du vitellus; dans les œufs du laboratoire au contraire, le disque germinateur ne commence pas même à s'aplatir; il ressemble encore à une vésicule dépri- mée. Le 22, troisième jour, je pus faire les remarques suivantes sur les œufs des diverses assiettes, N° 1 . Quelques-uns des œufs de la fontaine offrent un em- bryon muni de ses vessies oculaires. Je vois dans l'un de ces œufs une mince et étroite traînée de substance embryogène partant du bourrelet blastodermique et formant une bandelette sans sillon transparent ; cette forme annonce la production d'un embryon rudimentaire qui se réduira à une languette privée d'organes sensitifs (acéphale simple). Un autre œuf offrait un larare bourrelet muni d'un tubercule saillant situé sur un point de sa circonférence, signe ordinaire de la formation d'un embryon à deux demi-corps écartés dans leur partie moyenne, mais réunis en avant et en arrière. N" 2. La plupart des œufs du fourneau étaient presque dessé- chés par suite de l'évaporation de l'eau des petites soucoupes qui les contenaient. La coque de ces œufs était flasque et chiffonnée. Je les remis dans de l'eau fraîche et je les frottai entre deux pin- ceaux. Au bout de quelques heures la plupart d'entre eux avaient repris leur forme sphérique. Ces œufs continuèrent à se dévelop- per régulièrement. N° 3. Les œufs du laboratoire ont leur bandelette embryon- naire normale. Parmi ceux qui sont encore en bon état, je n'en trouve que deux chez lesquels le bourrelet est dépourvu de ban- delette. 122 LEBEB«t,'M>ET. N" k. Les œufs laissés dans la chambre offrent un développe- ment très-inégal. Les uns ont l'embryon formé, d'autres encore un simple bourrelet blastodermique sans aucune espèce de pro- longement. Cette dernière forme indique la production d'un tubercule blastodermique qui s'allongera en languette embryon- naire (dernière catégorie de nos monstruosités). Les anomalies que j'ai trouvées parmi les œufs de cette fécon- dation sont au nombre de 15, savoir : 1 embryon double incomplet, composé d'un embryon nor- mal et d'un tubercule accessoire ; 2 endiryons à deux têtes soudées plus tard en une seule ; 1 embryon à deux demi-corps séparés , 1 acéphale simple; 2 acéphales doubles , c'est-à-dire deux embryons doubles composés, chacun, de deux corps privés d'organes sensitifs; 8 languettes embryonnaires formées par l'allongement de tubercules blastodermiques. Ces anomalies sont récapitulées dans le tableau suivant, n° 2. Tableau n" 2. — Piécapitulation de la ikuxième série . RAPPORTS RAPPORTS RAPPORTS des monstres doubles .1» lolal des monstruo- silcs, s°* d'ordre des expériences. X05IDRE des oiufs. SOMBRE des monsircs. des monstres au total des o?u.''s, des F( mo )RM nsir ES losi os. des monstres douljles au lolal des œul's, ; our iOO. 1 » 2 » 5 1 Cl \ l)l^' pour IOO. |our dOO. 1. Fontaine . 100 2 100 2. Obscurité. 100 1 1 )) 1 » » n )) )> 1 3. Froid 6000? li 0,07 » » 2 » » 2 » 0,27 100 4. Chanil)re . Total .... liOOO? 8 15 0,06 » » 1 » 2 » 1 » 7 » 2 8 20200 0,07 S 0,02 33,33 1 J'inscris dans la colonne 6 bis les acéphales doubles ; ces derniers font nécessaire- ment partie des monstruosités doubles. On voit que la plus forte proportion des monstruosités est encore en faveur des œufs de la fontaine. Mais le nombre des œufs mis en expérience est trop faible comparativement aux REt,Hi:RClIl':S SUK LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET- 153 oeufs (les autres assiettes, pour qu'on puisse conclure «lue les ano- malies proviennent du genre de milieu dans lequel le développe- ment s'est opéré. Il est à remarquer que la dessiccation momentanée des œufs du fourneau et l'état flasque et plissé de leur coque n'ont pas eu d'influence sur leur développement ultérieur, ni sur la production des monstres. Une autre remarque plus importante, c'est que les anomalies des dernières assiettes (celles du n" k) ont toutes consisté en embryons incomplets provenant de l'absence de bandelette pri- mitive et du développement du bourrelet blastodermique, cir- constance d'où résultent la contraction de ce bourrelet, la pro- duction d'un tu])ercule saillant sur l'œuf et la formation de la région caudale, telle que je l'ai décrite dans la dernière catégorie de mes monstruosités. Mais il est vrai de dire que ces dernières assiettes n'ont pu être explorées convenablement, à cause du grand nombre de leurs œufs. Il est probable qu'elles renfermaient d'autres monstruosités qui n'ont pas été aperçues. TROISIÈME SÉRIE. Froid. — État naturel. Le 20 avril, à six heures du soir, je fécondai environ 24000 œufs que je divisai eu deux portions. Je mis au laboratoire deux assiettes contenant ensemble 8000 œufs, et je laissai dans mon cabinet quatre assiettes de 4000 œufs chacune. Il y eut, comme précédemment, une grande mortalité ; les neuf dixièmes environ des œufs périrent. Je constatai de nouveau que le froid ralentissait le développe- ment, sans devenir pour cela une cause manifeste de mons- truosités. Le thermomètre centigrade qui marquait le 20 avril, à six heures du soir, 4-19, ne marquait plus le lendemain à huit, heures du matin que -1-8,2 ; le 22 et le 23, il descendit à -hk et le 2/i à +5. Aussi les œufs du laboratoire, dont les fenêtres restaient ouvertes nuit et jour, furent-ils beaucoup plus lents à se développer que ceux de la chambre ; la plupart des embryons qui i'2[l LEREBOtJLLlJT. provinrent de ces œufs étaient petits, linéaires pour ainsi dire et offraient peu de vitalité ; un petit nombre d'entre eux seule- ment arrivèrent àréclosion. Je trouvai dans les diverses assiettes beaucoup d'embryons à deux tètes distinctes qui, plus tard, se réunirent en une seule. J'en comptai 15 et j'en vis 16 dont les tètes étaient déjà soudées. Outre ces 31 Poissons à deux têtes primitives, il y eut dans ces assiettes : 1 embryon à trois corps; 1 à deux demi-corps écartés; 2 embryons munis d'un double tubercule céphalique (acé- phales doubles) ; 5 acéphales simples, et environ 200 languettes provenant de tubercules, ; en tout 2^0 anomahes. Je n'ai pas constaté de différences sensibles dans la proportion des monstruosités trouvées parmi les œufs de la chambre et parmi ceux du laboratoire. Seulement j'ai remarqué parmi ces derniers un plus grand nombre de tubercules blastodermiques et un état plus chétif des embryons. La plupart des monstres doubles ont été trouvés dans les assiettes de la chambre. La proportion des monstres est ici de 1 pour 100; le rapport du nombre des monstres doubles au total des œufs est de 0,13 pour 100, et le rapport de ces mêmes doubles au nombre total des monstruosités est de 13 pour 100. A l'époque où je faisais ces observations je ne cherchais les monstruosités que pour étudier leur développement et je ne son- geais pas encore à en faire la statistique; voilà pourquoi je n'ai pas noté les genres de monstres trouvés dans les assiettes expo- sées, les unes au froid, les autres à la température du cabinet. QUATRIÈME SÉRIE. Froid et eau non renouvelée. — Air confiné. — Etat naturel. Cette quatrième fécondation, pratiquée le 27 avril à neuf heures du matin, fut faite dans de meilleures conditions de tem- pérature que les précédentes. Le thermomètre marquait à Texte- RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 125 rieur, le matin +7°, 6, à midi +12 et le soir +11°,6. Le 28 et les jours suivants la moyenne de la journée fut de +10 et + 11 degrés. Le nombre des œufs fécondés était d'environ 20000, Je les distribuai de la manière suivante : N" 1. Une assiette de /iOOO œufs au laboratoire, sans changer l'eau. N" 2. Une assiette de 1600 œufs recouverte d'une cloche de verre et placée dans mon cabinet. N°3. Les autres œufs, au nombre d'environ l/iOOO, sont répartis en plusieurs assiettes et laissés dans la même pièce que les précédents. La segmentation marcha rapidement dans l'assiette couverte d'une cloche, ce que j'attribue à une légère élévation de tempé- rature provenant de l'isolement de l'air. Le travail de fraction- nement du germe se fit plus lentement dans les autres assiettes, surtout dans celle dont on n'avait pas changé l'eau. Au bout de vingt et une heures la segmentation était terminée dans l'assiette n° 2 ; la vésicule blastodermique reposait comme une petite sphère sur le vitellus; tandis que cette segmentation était loin d'être achevée dans les autres assiettes. Je vis que le travail d'évolution se ralentissait pendant la nuit, surtout quand celle-ci était froide. Cependant les œufs de l'assiette n" 2 ne tardèrent pas à rester stationnaires. Dès le troisième jour, déjà, la mortalité était plus grande parmi ces œufs que parmi tous les autres. Au laboratoire le développement se trouvait très-retardé ; le blastoderme commençait à peine à s'étendre sur le vitellus, tandis qu'on voyait l'embryon dans quelques œufs des assiettes n" o. La mortalité était aussi plus forte parmi les œufs du laboratoire. Lesixième jour, je remarque que les œufs de l'assiette n''2 n'ont fait aucun progrès. Il n'en reste plus que 400, et chez tous le blastoderme a son bourrelet tellement aminci qu'il est très-difficile de le distinguer. Il était évident pour moi que tous ces œufs périraient si je continuais aies tenir couverts. J'enlevai donc la cloche et je laissai les œufs à découvert, sur la table. 126 l.EUEBULLLET. Les œufs du laboratoire avaient leur blastodeime muni d'un bourrelet apparent, mais ces œufs se trouvaient peu avancés. L'eau n'avait été renouvelée qu'une fois dans cette assiette. L'absence de bourrelet dans les œufs à air confiné indiquait une ([uantité insuffisante de substance embryonnaire et conséqueni- ment une tendance à l'atrophie ou même à labsence d'embryon; tandis que l'état des œufs du laboratoire annonçait un simple retard dans l'évolution. Le septième jour il ne restait plus que 50 œufs dans l'assiette n" 2. Dans presque tous, l'embryon était maigre, effilé et, pour ainsi dire, linéaire. Plusieurs de ces embryons ne se composaient même que d'un corps très-court, n'ayant que la moitié de sa lon- gueur ordinaire et réduit, dans quelques-uns, à un petit tubercule ovalaire. Dans les œufs qui n'ont pas d'embryon, le blastoderme est mince, transparent et privé de bourrelet : il y a eu ici arrêt de développement par insuffisance de matière organisable. Le lendemain, huitième jour, l'assiette ne contenait plus que 30 œufs ayant des embryons atrophiés et la plupart acéphales. Les œufs du laboratoire ressemblaient assez aux précédents. Le blastoderme était resté pâle ; le bourrelet, qu'on voyait distinctement dans les premiers temps de son apparition, avait disparu, comme s'il s'était fait une résorption de sa substance, et les rares embryons qu'on apercevait se faisaient remarquer par leur excessive ténuité. Le 7 mai, onzième jour, terme ordinaire de l'éclosion, sur les 30 œufs de l'assiette qui avait été couverte, je compte 22 acé- phales, 2 tubercules blastodermiques et seulement 6 Poissons normaux, mais atrophiés; en tout 2/| anomalies. La plupart des œufs du laboratoire moururent ; ceux qui avaient résisté ne contenaient aussi que des Poissons atrophiés, des acéphales, des tubercules blastodermiques ou des languettes eipbryonnaires provenant de l'allongement de ces tubercules, c'est-à-dire des anomalies produites, comme les précédentes, par atrophie et par arrêt de développement. Ou verra dans le tableau suivant (tableau n" 3) la récapitula- tion des monstruosités trouvées dans les diverses assiettes, RECHERCHES SUR LES MiOlSSTRUOSITÉS DU BROCHET. 127 ce O Ml — ■ tfî O 03*^ O Cl C'I [^ o C-I CM o o / - j - , -. lO 1 ^ — < s o r^ CÎ1 = « C-l C-l ci o g » = g -^ o 30 o ^ c: '" _3 o in C5 C5 o — * a -5 o J5 O o o o o ê I p - « ■z < -S -ri ci n .= — -il = - o o p -p s — u ^^ .— — > 13 (3 o o cj o > s* .3 128 LEREBOLLLKT. Il est facile de voir, par ce tableau, que la privation d'air d'un côté, et, de l'autre l'absence deau suffisamment renouvelée, ont produit des effets identiques : latrophie dereml)ryon pour cause de respiration insuffisante. C'est ce qui explique le chiffre élevé des acéphales dans les deux premiers numéros. Du reste, nous trouvons aussi dans l'observation n" 3 un nombre considérable de ces mêmes anomalies et surtout de tubercules, d'où il serait permis de conclure que les œufs de cette fécondation offraient une tendance à produire des monstres simples, plutôt que des doubles. Nous voyons, en effet, que dans les trois conditions différentes dans lesquelles les œufs ont été placés, il y a eu très-peu de monstres doubles. L'assiette n° 2 n'en a pas offert un seul et il n'y en avait qu'un dans la première assiette. Ce n'est que dans l'as- siette n° 3 qu'il s'est trouvé neuf monstres doubles. Il est donc évident que si les conditions des deux premières expériences ont favorisé la production des monstruosités, l'in- fluence de ces conditions a porté sur les monstruosités simples, c'est-à-dire sur celles qui semblent se lier d'une manière étroite à une nutrition insuffisante. CINQUIÈME SÉRIE. Air libre. — Obscurité et air confiné. — Etat naturel. Le 3 avril 1850, à trois heures, fécondation artificielle. Une heure après, partage des œufs fécondés en quatre portions pla- cées dans des conditions différentes, savoir : N° 1 . 2000 œufs exposés à l'air libre, par une douce tempéra- ture. N" 2. 2000 placés dans le four d'un fourneau. N" 3. 2/i00 recouverts d'une assiette, et placés dans une chambre non chauffée, attenante à mon cabinet. N" k. Environ 5000 dans mon cabinet. "Voici quelle fut la marche générale du développement dans ces quatre groupes d'œufs : N° 1. Le 4 avril, vingt-ciuquième heure, la plupart des œufs RECHERCHES SLR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 129 sont gâtés. Chez ceux qui ont résisté, le disque germinateur est petit et mince ; rotation du jaune lente. Le 5 avril, le blastoderme a envahi la moitié ou les trois quarts de l'œuf. Le 7 (quatrième jour), il ne reste plus que 60 œufs en bon état. Le blastoderme recouvre tout le vitellus ; on voit dans quelques- uns la bandelette embryonnaire. Je ne trouve parmi ces œufs qu'une seule monstruosité : c'est ime l.iandelette terminée par deux lobes, et qui donnera nais- sance à un embrvon à deux tètes. Le 8 (cinquième jour), je vois qu'il existe un grand nombre d'embryons atrophiés. Le 10 (septième jour), il ne reste plus que 28 œufs, dont 7 avec embryons normaux, 5 avec embryons atrophiés, privés d'yeux (acéphales), et 16 réduits à l'état de tubercules. En ajou- tant à ce nombre l'embryon à deux têtes trouvé le 7, nous avons un total de 22 monstres sur 29 œufs. N" 2. La plupart des œufs de cette assiette étaient devenus mauvais dès le commencement du second jour; mais, chez ceux qui restaient, le blastoderme était plus avancé que dans l'assiette précédente. Le quatrième jour, il ne restait que 37 œufs ayant leur blasto- derme terminé et dont quelques-uns offraient une bandelette. Le cinquième jour, tous ces œufs étaient atrophiés, et renfer- maient soit un embryon incomplet, soit un tubercule blastoder- mique. Le septième jour, je ne trouve plus que 20 œufs ; tous les 20 sont malades, très-mous, et ils s'écrasent au moindre contact. Dans le courant de la journée, ce nombre se réduisit à 9, savoir : 5 avec tubercules, 3 avec embryons privés d'yeux, et un seul avec embryon normal. Cette grande mortalité est due moins à la privation de lumière qu'au long séjour des œufs dans un air qui n'était pas renou- velé, l'assiette se trouvant dans le four presque toujours fermé d'un fourneau. N° 3. Lesœufsque j'avais simplement recouverts d'une assiette 5« fciic. ZooL. T. 1. (Cahier u" 3.) « !l 130 LEREBOLLLKT. eurent le même sort que les précédents. Le quatrième jour, il n'en restait que 26, mous, faciles k écraser et atrophiés. Le septième jour, ce nombre était réduit à 4, dont 1 acéphale et 3 tubercules. N" k. Parmi les œufs restés dans mon cabinet, et dont l'eau était convenablement renouvelée, il ne s'en conserva aussi qu'un petit nombre, mais leur développement fut plus rapide. Le second jour, le blastoderme avait recouvert les trois quarts du vitellus. Le troisième jour, quelques-uns avaient une bandelette em- bryonnaire ; mais, chez la plupart, cette bandelette n'existaitpas, et le bourrelet était resserré en forme de boutonnière, signe pré- curseur delà formation d'un tubercule blastodermique. Le quatrième jour, je ne compte que 66 œufs sains. Le septième, il n'y en a plus que 21, savoir : 5 avec embryon normal, 13 avec tubercule et 3 offrant un embryon acéphale ; en tout, 16 ano- malies. Le tableau suivant (n" 4, page 131) résume les faits que je viens de relater. Ce qui frappe dans ces résultats, c'est le nombre considérable d'œufs gâtés dans chacune des quatre expériences de la série. Cependant la fécondation avait été faite comme à l'ordinaire et dans de bonnes conditions. Or la cause, quelle qu'elle soit, qui a déterminé la prompte altération des œufs, a pu aussi agir sur les genres d'anomalies que ces œufs ont présentés. Nous voyons dans ces anomalies une remarquable- uniformité, car toutes, à l'ex- ception d'une seule, ont consisté dans des acéphales et dans des tubercules, c'est-à-dire dans des monstruosités par insuffisance de nutrition. L'obscurité et surtout le défaut d'air renouvelé sem- bleraient avoir dii produire le plus grand nombre de ces anoma- lies, et cependant il n'en est rien, puisque la plus forte propor- tion se trouve parmi les œufs qui se sont développés à l'air libre. Je crois donc que, dans cette série, la cause des monstruosités produites est générale, et qu'elle ne doit pas être cherchée dans RECHERCHES SUK LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET 131 ^ ^ o C5 o a o l '^ lO co co 1 CO - lO co -^ co 1 .. » a 3 1 " \ "• = 3 a 1 * . = ft a s 1 = — 3 • - 3 „, g 00 ce" ce -H ^ co co Cl C-1 o g s ira :0 cT C5 co 00 oT 05 y^ a ^ C5 ■a "H co -a ^ o C-I C-) o ^. ^. >• ,^. V. t2 s co l-~ •^ Cï fO Cl C5 co Cl co r^ "^ d <î ^ ,-. 3 o O o o H o o o o o •a o •et ^ :M Cl c-i iC ■•r^ Il -3 -H H O < (M CO l'ù'l LKKDBOtXI.ET. les intluences partit ulières provenant des coiitlitions clans les- tjuelles les œufs ont été placés. Quoi qu'il en soit, je ferai remarquer l'intluence favorable de lair libre sur la vitalité des œufs, cîir c'est dans l'assiette n" 1 ([u'il va eu le moins d'œufs gâtés. Cette dernière circonstance, rapprochée du résultat fourni par la proportion des monstruosités, nous montre que celles-ci ne sont pas en rapport avec le mauvais état des œufs, puisque l'assiette n" l. qui a eu la plus forte proportion de monstres, est celle dans laquelle la mortalité a été la moins élevée. Ainsi, poumons résumer, la cause des monstruosités n'est pas exclusivement dans le mauvais état des œufs ; elle ne réside pas flavantage dans les conditions particulières oîi les œufs ont été placés; il faut donc admettre que cette cause, du moins dans les œufs de cette fécondation, était générale. SIXIKME SÉRIE. Air lilii'L'. — Air coiiliné. — Etal iiuturi'l. Les conditions sous l'intluence desquelles a eu lieu le déve- loppement des œufs sont ici les mêmes que dans la série précé- dente. La fécondation a été faite le 4 avril J 856, à neuf heures du matin, mais les œufs sont restés pendant huit heures dans l'eau spermatisée. Au bout de ce temps, pendant que la segmentation était en train de s'opérer, je partageai ces œufs en trois portions à peu près égales, d'environ 2000 chacune, que je plaçai : 1" hors de la chambre, à l'air libre ; 2" dans le four du fourneau ; '6° .sur la table du cabinet. Voici, pour chaque assiette, le résultat du développement : \' I. Cinquantième henie, disque blastodernhcpie semblable il un verre de montre ; son bourrelet non encore formé. Le sixième jour, la plupart des œufs sont en l>on état ; je les examine un à un, et je ne rencontre parmi eux aucune ano- malie. Rl-CHliRCHES SIR LES MONSTRUOSITKS DU BROCIIRT, I oo ^"2. Le développement a marché plus vite ; à la cini^uantièine heure, le blastoderme est muni de son bourrelet. Le sixième jour, un grand nombre dœufs étaient gâtés, parce qu'on n'avait pas suffisamment renouvelé Teau de l'assiette. Chez ceux qui sont en bon état, l'embryon est grêle, atrophié, quoique complet et de forme normale. Dans quelques-uns de ces œufs, l'embryon n'existe pas ; le bourrelet blastodermique, en- tièrement privé de germe embryonnaire, commence à se res- serrer pour produire un tubercule. N° o. L'eau de cette assiette ne fut pas non plus changée avec soin. Les œufs se couvrant de byssus, le troisième jour, j'en net- toyai avec deux pinceaux plusieurs centaines que je mis à part. Le dixième jour , je ne rencontre aucune monstruosité , mais je vois que la plupart des embryons sont atrophiés, comme les précédents. D'après le long séjour des œufs de cette fécondation dans l'eau spermatisée, on aurait pu s'attendre à les voir périr très-prompte- ment. Cependant le bon état des œufs de la première assiette montre qu'il n'en a pas été ainsi, et que ce n'est pas à cette cause qu'il fautattribuer la mortalité des œufs des deux autres assiettes, mais plutôt au peu de soin dont ils ont été l'objet. Un autre fait digne de remarque, c'est l'absence des monstruo- sités dans les produits de cette fécondation, sauf quelques tuber- cules blastodermiques pour le n" 2. Les conditions des œufs des deux dernières assiettes, assez semblables aux conditions de la série précédente, auraient dû produire un plus grand nombre d'anomalies appartenant aux dernières catégories (acéphales et tubercules) , si ces conditions constituaient une cause réelle de monstruosités. Or, il n'en a pas été ainsi; tout ce qu'on a pu constater, c'est l'état de maigreur et d'atrophie des embryons ([ui ont survécu, résultat qui s'explique par les causes de débi- lité qui ont entravé le développement. Nous pouvons donc regarder l'absence de monstruosités dans les trois groupes d'œufs soumis à des conditions différentes, comme un fait venant à l'appui de l'opinion qui consisterait à admettre une disposition primitive des œufs à telle ou telle forme monstrueuse, quelles que soient les influences extérieures. iSh I.EKEBOIJLLET. SEPTIÈME SÉRIE. Brossiisc r ■S p 2 ■^ ^ a: =s -5 o o 1« o 00 o . - a a s » J) ^ ï^ a s 0-1 î-I s -^ M 'i " -M a a •M J-J ai f I I \ — 'A o •a o o a. O Cl 90 00 , 1 ^ JS c 00 o ce O •a § o 00 ^r^ CO « ^ -^ n S! O CI o — C! to oo c- >• »l,i 'i ^ o o o O o o o o t> o o r>. ■^ •a IM t^ a c 55 -^ — ci ■W c 13G I.EREBOLM.ET. Il est à remarquer qu'il n'y a pas eu danonialiesdaus l'assiette n" 2, et qu'il ne s'en est trouvé qu'une seule dans la suivante, tandis que l'assiette n° 1 en a présenté un certain nombre. On pourrait croire, et c'est une opinion à laquelle je me suis un instant arrêté, que l'opération du brossage, surtout parce qu'elle a été faite avant la segmentation, a troublé l'arrangement des éléments du germe, et a provoqué mécaniquement la forma- tion des monstres doubles. Mais une telle explication serait pré- matui'ée, car nous verrons plus loin que le brossage pratiqué dans les mêmes conditions a eu des résultats tout différents. Le seul effet appréciable de cette opération est de tenir les œufs propres et de faciliter, par cela même, leur développement. On voit, en effet, par notre tableau, que les œufs qui ont le mieux résisté sont ceux qui ont été brossés; viennent ensuite les œufs des assiettes exposées à l'air libre, tandis que les œufs restés dans la chambre sont ceux qui ont le plus souffert. HUITIÈME SÉRIE. Fécondation incomplète . L'expérience que je vais rapporter a pour but de montrer les effets d'une mauvaise fécondation, provenant, soit d'une quan- tité insuffisante de liquide spermatique, soit d'une maturité in- complète des œufs, soit de ces deux causes réunies ou d'autres causes que nous ne connaissons pas . Le Brochet que j'avais à ma disposition ne contenait plus qu'un petit nombre d'œufs, les autres ayant sans doute été expulsés précédemment. Le mâle n'avait aussi qu'une quantité insigni- fiante de laite qu'on n'obtenait qu'avec peine et à l'aide d'une forte pression. Je ne pus en faire sortir que quelques gouttes. xji récondation eut lieu le 25 avril 1856, à huit heures du matin. Comme la température était assez élevée, le développement se fit avec plus de promptitude que d'ordinaire. Le 27, à onze heures (cinquante et une heures après la fécondation), le blasto- derme couvrait déjà la moitié du vitellus. et même on apercevait, RECHERCHES SIR LES MONSTRUOSITÉS DU RROCHET. Io7 sur plusieurs œufs, la bandelette embryonnaire. iMais il ne restait que oOO à 400 œufs bien portants, sur 3000 environ qui avaient été fécondés. Le 29, je ne comptais plus que 120 œufs, parmi lesquels je trouvai 50 embryons atrophiés, et une seule monstruosité con- sistant dans un poisson double incomplet, composé d'un Brochet normal et d'un embryon accessoire réduit à un petit tubercule. L'effet de cette fécondation fut donc de produire un nombre considérable d'œufs mauvais, qui peut-être n'avaient pas été fécondés, et de déterminer des atrophies. Je suis assez disposé à croire que ce résultat provient de la qualité des œufs, bien plus que de l'insuffisance de la liqueur fécondante. Celle-ci, en effet, a réellement exercé son action sur vni certain nombre d'œufs, puisque plusieurs d'entre eux ont offert un développement normal. Quand la laite est insuffisante ou de mauvaise qualité, le résultat est entièrement nul; c'est ce dont je me suis assuré par l'expérience suivante. Le 23 mars 1860, j'exprimai deux gouttes de laite dans deux litres d'eau. Une demi-heure après l'opération, je versai une por- tion de cette eau spermatisée dans une assiette, et j'y plaçai des œufs très-sains en apparence, et pris sur un poisson vivant. Il n'y eut aucun résultat; la fécondation fut absolument nulle. Elle aurait très-probablement réussi, malgré la petite quantité de laite, si j'avais directement répandu celle-ci sur les œufs. NEUVIÈME SÉRIE. Klat naturel. — Eau spermatisée. — Air libre. — Obscurité. — Compression. — Brossage. — Gaz et solutions diverses. Le 16 mars 1860, à neuf heures du matin, je fécondai avec très-peu de laite un grand nombre d'œufs bien mûrs. Je m'étais proposé, en faisant cette fécondation, de varier beaucoup les conditions au milieu desquelles aurait lieu le déve- loppement, afin d'apprécier, s'il était possible, l'influence des actions diverses qui seraient mises en jeu. Je partageai donc mes 138 LERËBOL'LLET. œufs en plusieurs assiettes que je vais indiquer successivement, en rendant conqjte de chaque expérience. N° 1. OEufs abandonnés à leur développement naturel, dans la chambre. — L'assiette, qui contenait environ 6000 œufs, fut mise sur la table de mon cabinet; jeus soin de changer leau une ou deux fois par jour; je désirais pouvoir constater le nom- bre des monstruosités qui se produiraient dans ces conditions régulières, afin d'avoir \m point de comparaison pour les autres expériences. La segmentation, commencée vers la huitième heure, était terminée à la trente-deuxième. Au commencement du troisième jour (cinquante-cinquième heure), le mouvement de rotation du jaune était sensible, mais les neuf dixièmes environ des œufs étaient gâtés. Quatrième jour, disque blastodermique couvrant la moitié de lœuf et garni d'un épais bourrelet, signe d'une vitalité normale. Sixième jour, embryon formé dans la plupart des œufs, Lès œufs continuent à périr; le dixième jour, il n'en reste plus que 188, qui paraissent la plupart souffrants; les embryons qu'ils renferment sont minces, grêles et de couleiu' terne. Parmi ces 188 œufs, je trouve 9 anomalies, qui sont : Un endjryon à deux demi-corps séparés; Six acéphales simples ; Un tubercule blastodermique. N° 2. OEufs laissés dans Ceau spermaiisée. — On recommande avec raison de changer souvent l'eau des œufs qu'on élève dans des chambres, et surtout de ne pas laisser séjourner trop long- temps l'eau qui a servi à la fécondation. Désirant rechercher quelle influence cette eau spermatisée pourrait avoir sur la vita- lité de l'œuf, ou sur la production des monstruosités, je laissai environ 2000 œufs dans leau dans laquelle ils avaient été fécondés. Le second jour, le fractionnement du germe était terminé, mais déjà un grand nombre d'œufs avaient péri. Successivement, tous les œufs de cette assiette se gâtèrent, au point que le huitième jour, il n'en restait plus un seul. Quoique RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 139 j'aie examiné attentivement tous les œufs, je n'ai pu parvenir à trouver un seul monstre parmi eux (1). N" 3. OEufs laissés dans Veau spermatisée el placés dans un lieu froid. — Une autre portion de 2000 œufs laissés, comme les pré- cédents, dansl'eau spermatisée, fut portée au laboratoire. L'évo- lution de ces œufs fut retardée par le froid, et ils se gâtèrent moins rapidement. Le huitième jour, l'assiette contenait encore une assez forte proportion d'œufs en bon état, le sixième environ, mais ces œufa se trouvaient extrêmement retardés, car c'est à peine si la bourse blastodermique occupait la moitié du vitellus. Après les avoir brossés, je les mis dans de l'eau fraîche, Le seizième jour, il ne restait plus que 12 œufs, qui tous con-= tenaient un poisson normal. Il est certain ([ue tous les œufs au- raient péri comme les précédents, si je ne les avais pas nettoyés. Quant à l'absence d'anomalies, je ne puis que répéter ce que j'ai dit plus haut : il est possible qu'il se soit produit des mons- truosités, mais que les œufs soient morts avant qu'on ait pu les découvrir. Dans une autre expérience, je n'ai laissé les œufs que pendant six heures dans l'eau spermatisée. Tous se sont gâtés, à l'excep- tion de quelques-uns qui se sont développés régulièrement sans produire de monstruosités. N" II. OEufs placés à l'air libre dans de l'eau renouvelée. — Une assiette de 2U00 œufs environ avait été mise à l'extérieur de la fenêtre. Comme on pouvait s'y attendre, le développement fut retardé et inégal, mais il ne périt qu'environ les trois quarts.de ces œufs. Parmi les 538 qui restaient le seizième jour, je trouvai vingt- trois anomalies, savoir : , Cinq poissons doubles réguhers; (1) Déjà, antérieurement, dans le but de faire la même recherche, j'avais laissé les œufs d une fécondation sans les soigner, c'est-à-dire en ne changeant l'eau qu'une foi^ tous les deux jours; je perdis tous ces œufs sans parvenir à trouver une seule monstruo- sité. Il est probable qu'ici, comme dans le cas relaté ci-dessus, les anomalies auront péri a\ant d'avoir pu être remarquées. l/jO LEREBOULUrr. Huit acéphales; Dix tubercules blastodermiques. Cette forte proportion (1,15 pour 100), comparée à celle de la première assiette (0,15 pour 100), semble légitimer l'assertion que j'ai déjà émise, à savoir que bien des monstres se forment et meurent avant qu'on ait pu les apercevoir. L'assiette de la chambre (n° 1) contenant 6000 œufs ne pouvait pas être aussi soigneusement nettoyée que celle de la fenêtre qui n'en avait que 2000. D'un autre côté, la mortaUté, étant moins forte parmi les œufs exposés à l'air libre, permettait de constater plus facilement les monstruosités produites. Il est probable que si l'on était par- venu à conserver un plus grand nombre d'œufs de la première assiette, on aurait aussi trouvé plus de monstres. N° 5. OEufs privés de lumière. — Je mis 2000 œufs, non plus dans le four, mais dans le corps d'un fourneau, afin de ne pas les priver d'air. A la huitième heure, la segmentation se faisait comme dans l'assiette n" 1 ; elle était terminée à la trente-deuxième heure. Le sixième jour, la coiffe blastodermique avait dépassé la moitié du vitellus ; on voyait dans quelques œufs le bourrelet embryogène. Le septième jour, je pus faire l'examen des œufs qui restaient après la séparation des œufs gâtés. Je trouvai parmi eux les ano- malies suivantes : Deux doubles complets ; Huit doubles incomplets ; Deux poissons à deux têtes ; Dix acéphales ; Dix-huit tubercules blastodermiques. En tout kO anomalies, nombre qui donne la proportion de 2 pour 100 (1). On voit ici, comme dans le n" 4, un nombre relativement con- (1) J'eus roccasion, en faisant cette recherche, de constater de nouveau Texactitude de mes observations antérieures sur Torigine el le mode de production des monstruo- sités. Il ne sera pas inutile de relater quelques faits. 1» Un œuf offrait à son bourrelet blastodermique deux germes embryonnaires très- rapprochés et inégaux; le germe de gauche était plus gros que celui de droite. Trois RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. l/ïl sidérable de poissons doubles. Ce résultat, joint à d'autres ana- logues, me fait croire qu'il existe dans chaque fécondation une forme anormale prédominante et indépendante des conditions dans lesquelles les œufs peuvent se trouver. J'aurai l'occasion de revenir plusieurs fois sur cette supposition. N° 6. OEvfs sownis à une certaine pression. — Les actions mécaniques qu'il est possible d'exercer sur les œufs dont nous nous occupons, sont la compression et le brossage avec des pin- ceaux. Pour apprécier les effets de la compression, j'ai recouvert un certain nombre d'cerufs , immédiatement après les avoir fécondés, d'une lame de verre portant un poids de 75 grammes; au delà de ce degré de pression, les œufs auraient été écrasés. A la huitième heure, j'ai vu la segmentation commencer dans quelques-uns de ces œufs qui s'étaient échappés de dessous la lame de verre. Ne voulant pas déranger les autres œufs, je ne les ai pas examinés. Au commencement du troisième jour, j'enlevai la lame de verre. La plupart des œufs étaient gâtés. Je les trouve très-aplatis et adhérant fortement au verre. Je détache ceux qui étaient en- core en bon état, et je les mets dans une autre assiette, sans les comprimer. Le cinquième jour, sur 100 œufs mis en expérience, je n'en vois que 20 qui soient en bon état ; ils ont repris leur forme natu- jours après, je trouve à l'embryon qui en résulte, une tête normale qui portait un tubercule situe à droite, derrière les yeux ; la soudure avait été presque complète. 2° Un autre avait une saillie blastodcrmiquc très-large, terminée par deux lobes rapprochés l'un de l'autre et inégaux. Cette forme donna naissance à un embryon muni d'une tète normale avec un très-petit tubercule à gauche, reste de la seconde tête en grande partie résorbée. 3" Il y avait dans un troisième œuf deux germes inégaux assez écartés. Le germe de gauche a\ait trois fois le volume de celui de droite. Au bout de trois jours, je trouve un embryon normal portant à droite et très en arrière une longue tige sans tète. ft" Dans un quatrième œuf, je vois à la gauche d'un germe normal une très-petite saillie étroite et courte. Il en résulte un embryon normal qui porte, à gauche et très en arrière, un tubercule accessoire. 5° Enfin, deux germes égaux, assez écarté? l'un de l'autre, produisirent un embryon à deux corps égaux et réguliers. l/l2 LEREBOULLET. relie, sauf quelques-uns qui sont encore aplatis, mais ^qui con- tiennent un embryon régulier. Le sixième jour, je puis mieux constater Tétat des embryons ; ils sont tous anormaux, à l'exception d'un seul qui se trouve réduit à létat tubercule. Si des actions mécaniques pouvaient produire artificiellement des monstruosités, on aurait dû s'attendre à en rencontrer ici quelques-unes, à cause delà forte compression exercée sur l'œuf avant le travail du fractionnement. Or, dans l'expérience précé- dente, ce travail na. pas été troublé, malgré la gène qu'a dû éprouver la partie qui se segmente. En faisant cette expérience, j'ai voulu voir si l'eau sperma- tisée pouvait atteindre et féconder les œufs soumis à la compres- sion. Pour cela, j'ai disposé de la même manière un certain nombre d'œufs dans une autre assiette, maisenles cbargeant dun poids moins fort. Après avoir versé quelques gouttes de laite dans l'assiette, je remuai celle-ci pour faire arriver l'eau spermatisée sur les œufs, mais la fécondation ne se lit pas. Je renouvelai l'expérience de la compression sur 20 œufs bien portants, fécondés depuis deux jours, et dont le vitellus tournait avec vitesse. Je cbargeaices œufs d'un poids de 65 grammes ; le cinquième jour, un seul de ces œufs était mort. Je trouve dans les autres un embryon simple, normal, bien conformé, malgré l'aplatissement considérable du vitellus, et l'état de la coque ([ui était froissée et chiffonnée. J'essayai encore une fois de constater les effets de la compres- sion. Je choisis, le 23 mars 1860, 80 œufs que je répartis dans quatre assiettes, 20 dans chacune. Tous furent recouverts d'une lame de verre portant un poids de 60 grammes. Une assiette fut mise dansle cal)inet, une autre au laboratoire, la troisième dans le corps du fourneau du cabinet, et la quatrième dans le fourneau du laboratoire. Un certain nombre de ces œufs périrent; les autres se développèrent régulièrement sans offrir aucune anomalie. N" 7. Brossage des œufs. — a. J'avais extrait de l'assiette n" 1 une centaine d'œufs bien portants, au sixième jour de la féconda- tion, non pour chercher à produire des monstruosités, car ou RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. iliO voyail déjà rembryon dans la plupart des œufs, mais pour cou- stater Tinfluence favorable du brossage sur leur conservation. Ces œufs brossés se conservèrent, en effet, beaucoup mieux que ceux de l'assiette d'oîi ils avaient été extraits. Ils produisirent liô poissons vigoureux, parmi lesquels je trouvai deux doubles incomplets. Il est évident que ces deux monstres ne provenaient pas du brossage, puisque l'opération n'avait été faite que lorsque les embryons étaient déjà formés. b. D'autres œufs, au nombre de 500, provenant de la même assiette n" 1, avaient été brossés dès l'origine, c'est-à-dire à la huitième heure, au commencement (ki travail de segmentation. Sur ce nombre, il y eut 180 œufs en bon état, et contenant des poissons vigoureux. Je trouvai parmi ces 180 œufs Id monstruo- sités, savoir : Six doubles incomplets ; Deux acéphales ; Six tubercules blastodermiques. On remarquera le rapport élevé (2,8 pour 100) qui exprime la quantité proportionnelle de monstres, ainsi que le chiffre assez considérable des monstruosités doubles. Si l'expérience était iso- lée, on serait tenté d'attribuer la production de ces dernières à l'opération du brossage ; mais on verra plus loin les motifs qui me portent à rejeter cette interprétation. Il est inutile de faire remarquer la proportion considérable des œufs qui sont l'estés en bon état, en comparaison des œufs de l'assiette n° 1. Ce résultat est certainement dû au nettoyage. N" 8. OEiifs mis dans divers gaz. — Le 19 mars, quatrième jour, je choisis dans l'assiette n" 1 des œufs parfaitement sains, au nombre de 200 ; le disque blastodermique occupait environ la moitié de l'étendue du vitellus; il n'y avait encore aucune trace d'embryon. A cinq heures du soir, je mis 100 de ces œufs sous une cloche contenant du gaz oxygène, 50 dans du gaz acide car- bonique et 50 dans de l'hydrogène pur. La température était de -h 10" centigrades. l/l/l LIiIREBOlILLET. Le lendemain, à deux heures de l'après-midi, tous les œufs mis dans l'acide carbonique étaient morts. Le contenu de ces œufs était partagé en deux portions inégales : l'une, très-petite, d'un blanc de lait, provenait du blastoderme coagulé et contracté ; l'autre, formée par le vitellus nutritif, avait une teinte jaunâtre. Les œufs placés dans l'oxygène s'étaient au contraire déve- loppés avec rapidité. Chez tous, le 21 mars, à trois heures (sixième jour), l'embryon se montrait avec sa forme normale. Les œufs mis dans l'hydrogène se trouvaient aussi en bon état, mais peu avancés ; le blastoderme avait envahi les trois quarts du vitellus , mais on ne voyait pas encore de bandelette embryon- naire. Le 26., neuvième jour, tous ces œufs du gaz hydrogène avaient péri, à l'exception de cinq que je brosse, et que j'expose à l'air libre dans de l'eau fraîche. Ces cinq œufs avaient leur bandelette embryonnaire normale ; ils se développèrent régulièrement, et parvinrent à l'éclosion sans offrir aucune anomalie. Sur les 100 œufs mis dans l'oxygène, [i'2 moururent; les 58 autres produisirent des poissons bien portants et réguliers, sauf 2 tubercules blastodermiques. N° 9. OEufs mis dans diverses solutions. i" Ammoniaque. Une goutte d'ammoniaque caustique est mise dans un verre de montre plein d'eau et contenant 10 œufs sains. Le germe est décomposé presque instantanément. 2° 5e/ de cuisine, 2 parties sur 100 parties d'eau. Mort des œufs au bout de cinq jours ; germe contracté et détaché du disque huileux. 3" Bicarbonate de chaux (solution saturée). Mort des œufs. 4° Solution de carbonate de soude, une goutte dans un verre de montre plein d'eau. Mort des œufs ; queUiues-uns survivent et se développent régulièrement. 5° Solution nitrée, une partie de nitre sur 100 parties d'eau. Les œufs vivent et se développent régulièrement ; quelques-uns cependant périssent. Ces essais sont très-incomplets, et cependant je n'ai pas cru devoir les renouveler, parce qu'il m'a semblé que les sulistances RFiCHERCHES SUK LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. lllÔ salines ou autres dissoutes dans l'eau doivent être sans influence sur la production des monstruosités. On trouvera dans le tableau n" 6(voy. page 1/iC) la récapitu- lation des expériences de cette neuvième série. Nous avons à rechercher dans ce tableau les quantités propor- tionnelles des monstres mises en regard des influences qui ont agi sur les œufs. Si nous consultons la colonne qui comprend les rapports ilu nombre des monstres au nond)re total des œufs, nous trouvons la j)lus forte proportion dans les expériences n°' 7 6. 7 a, 5 et 8 ; puis viennent les expériences n" h et J . C'est donc le n" 7 b (œufs brossés avant la segmentation) qui a produit relativement le plus de monstres, et c'est le n" 1 (œufs qui se sont développés naturel- lement ) qui en a fourni le moins. On pourrait donc croire, d'après cela, que c'est au brossage ([uil faut attribuer cette forte proportion de monstres. Mais nous voyons ({u'un autre groupe d'œufs qui ont aussi été brossés a également offert un rapport assez élevé (2 pour 100), et que les œufs qui se sont développés dans l'obscurité, comme ceux qui ont été mis dans du gaz oxygène, présentent le même rapport, malgré la différence des conditions des expériences. Si nous avons égard aux formes monstrueuses qui se sont pro- duites, nous ti-ouvons que la plus forte proportion des monstres doubles correspond de nouveau ;i rexpérience du brossage ; mais ce qui prouve qu'on n'est pas en droit d'attribuer ce résultat à l 'opération du brossage , c'est que les œufs du n" 7 a , qui ont donné le rapport le plus élevé ri pour 100), n'ont été brossés qu'à une époque de leur développement où la duplicité devait déjà exister. D'un autre côté, il semble que les rapports qui expriment la quantité proportionnelle, soit du nombre des monstres en général . soit du nombre des monstres doubles, dépendent aussi du nombre des œufs mis en expérience et de la mortalité de ces œufs. Ainsi le chiffre le moins élevé de ces rapports correspond à l'assiette w" 1 qui contenait environ 6000 œufs, et dans laquelle la morta- lité a atteint le chiffre de 96,87 pour 100. 11 est bien possible 5'' sciic. ZooL. T. I. (Cahier a" 3.; 2 10 1/lG LERKBOLLLEr. / ~. o - — . (M •a OC c^r (M lO O O j . (M to . -1 ^1 , z — ■ 00 / •T- a I o oo T^ 00 •a i ^ ■O a s = i d '- = ^ î-1 M 1 .^ - - s a a a a A a a a ^f* A j ' a a a a î-I « A a a A a ^. :; ^ - a » a 00 a M -O a a a X S .a g' o < s c t -, s C-. X <; i -T- o 00 -o ■« 00 ira î-i 2 / O ~ 1 s = s s a = J n s = s ^ = ■s ! si — s = s = ^« \ -. i — 1 iii i iîi ire = o' •C7 ce 3 = o" ire il î = T- o Éi^lt} 1^ o ï^' c- ire o •5T o JUJ . î ' 2 2 ' f hîi c; o o ce C2 o Cl o o o o c^i c: ■re •o ' ^1 o o o o o o c -J o o o o o o o ure o o 00 :3 ... «J " £ .1 '/: -3 •£ 4 i Pi ■'^ 'S ^ 'fi fi ^ — s^ i J i £ _ . 1 ' 5 1 c RECUKRCllKS SIK l.KS MONSTHliOSlTl-S DU imOCHKI. 153 Enfin, nous ferons remarquer labsence complète de monstres clans les deux assiettes du n" 2, ce qui tient sans aucun doute à la sfrande mortalité des œufs de ces deux assiettes. DOUZIÈME SÉRIE. rrconilation n\ ce peu de laid'. — Froid. — Alternative de tenipt'raluve. -^ lîrossanv. - — Obscurité. — Air confiné. - — Air lii)re. — Etat naturel. Le U avril 1860, à huit heures et demie du matin, je fécondai, dans de l'eau de rivière marquant — 10 degrés centigrades, les œufs d'un Brochet qui offraient tous les signes d'une maturité complète; la laite aussi était de bonne qualité. Au bout de sept minutes, je changeai l'eau, et je vis, comme souvent déjà j'en avais fait la remarque, (pie tous les œufs étaient collés les uns aux autres , de manière à former une seule masse glutineuse. Quand, après avoir vidé la cuvette, je versais lentement de l'eau contre ses parois, le liquide, coulant sous les œufs, les soulevait tous ensemble comme une nappe. J'ai toujours vu que ce phéno- mène était le signe infaillible d'une bonne fécondation. Cet état d'agglutination des œufs dure environ une heure. J'ai l'habitude, au bout de ce temps, de lenouveler une seconde fois l'eau, afin de débarrasser entièrement les œufs de la substance ([ui les entoure. Après avoir fait sortir presque tous les œufs du corps du Bro- chet, j'avais exprimé dans une assiette à part ceux qui restaient encore dans l'ovaire, et je les avais fécondés séparément avec deux gouttes de laite. Je voulais voir si les derniers œufs de l'ovaire étaient aussi bons que les autres, et si une petite quan- tité de liquide -spermatique suffisait pour leur fécondation. Je vais exposer séparément les expériences faites sm* ces deux groupes d'œufs. t. — Derniers unds de I ovaire fécondés avec dcuv gouttes de laite. Ces œufs furent soumis à trois sortes d'expériences. Les uns restèrent dans mon cabinet: d'autres fnrent exposés au froid, et \5l\ LEREBOl'IXI<'.T. une troisième portion fut sf>uniise à des chang'euients de tenipi'- rature. A. OEufs du cabinet [élal naturel). — Ces œufs, au nombre de 3500 environ, se développèrent d'abord avec régularité. Vingt- cinq heures après la fécondation, la vésicule blastodermique commençait à s'aplatir et à prendre la forme d'un verre de mon- tre. A la trente-deuxième heure, la rotation était très-sensible. Au commencement du troisième jour, le blastoderme avait envahi le tiers de l'œuf, et offrait un bourrelet marginal bien prononcé. Mais à partir de cette époque, le développement se ralentit, soit parce que le nombre des œuts mauvais était devenu considérable (environ iO pour 100), soit parce qu'il ne fut pas possible d'en- lever assez tôt ces œufs gâtés. Le cinquième jour, il ne restait plus qu'une centaine d'œufs en bon état: mais depuis deux jours le développement avait marché avec une extrême len- teur; le blastoderme était mince, terne, peu distinct, et la bandelette embryonnaire, qui n'existait ([ue dans un petit nom- bre d'œufs, était à peine visii)le, à cause de sa pâleur et de sa transparence. Le lendemain, sixième jour, le blastoderme était en voie de décomposition ; trois œufs seulement survécurent ; ils contenaient un embryon l'égulier, mais extrêmement cliétif. J'attribue la perte de ces œufs à ce ({u'on n'a pas eu soin d'en- lever les mauvais ii mesure qu'ils se produisaient. On va voir en effet que les œufs séparés de cette assiette pour être soumis ù d'autres expériences, ont bien réussi. B. OEufs exposés au froid. — Le troisième jour après la fécon- dation, je choisis dans l'assiette précédente 200 œ^ufs eu très-bon état, et dont le blastoderme, garni de son bourrelet, occupait le tiers de l'étendue de l'œuf. Je mis ces œufs au laboratoii-e, dans une assiette d'eau glacée à zéro. Au bout de dix-huit heures de séjour dans ces conditions, où la température ne dépassait pas +10°, on distinguait la bande- lette embryonnaire. Le cinquième jour, l'embryon était formé. Il n'y avait eu qu'un petit nombre d'œufs gâtés, preuve évidente que ceux de la grande assiette avaicmtpt'ri faute d'avoir été triés. RECHERCHES SUR J.ES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 155 Le sixième jour, je compte 173 œufs en bon étal; il n'y en avait donc eu que 27 mauvais sur les 200. Je trouve parmi ces œufs 13 anomalies, savoir : Cinq doubles inconqjlets ; Deux avec double tète, dont l'un avait ses deux tètes soudées; Trois avec demi-corps écartes (cinquième catégorie) ; deux de ces trois monstres offraient en arrière un commencement de désagrégation ; Un acéphale ; Deux tubercules. Le rapport de ces^monstruosités au nombre total de 200 œufs est de 6,5 pour 100, proportion considérable que j'expbquepar ce fait, que les œufs étaient choisis et tous bons dès l'origine, tandis que, dans les circonstances ordinaires, le grand nombre des œufs mauvais diminue la proportion des monstres. C. Œufs exposés à des changements de température. — Je choisis 220 autres œufs de la même assiette, tous en bon état, et je les exposai pendant plusieurs heures, le troisième jour, au soleil. A cinq heures du soir, l'eau marquant encore + 15°, je mis dans l'assiette un gros morceau de glace. Le lendemain matin, je vis que le développement s'était ar- rêté ; à dix heures, les œufs étaient exactement au même point que la veille à cinq heures du soir. Je mets alors les œufs dans de l'eau chauffée au soleil, et mar- quant + 2i°, et je place l'assiette de manière qu'elle soit en partie exposée au soleil. • A quatre heures, c'est-à-dire après six heures de séjour dans l'eau chauffée, je porte l'assiette, dont l'eau marquait encore -f- 21°, dans le laboratoire où la température n'est que de -1- 15". Elle y passe la nuit et la journée du lendemain. Le sixième jour, l'embryon se voit dans tous les œufs, mais il est moins avancé que dans l'assiette précédente. Sur les 220 œufs primitifs, j'en ai retiré successivement 70 mauvais. Il en reste 150, parmi lesquels je compte 7 anomalies seulement (rapport 3,18 pour 100). Ces anomalies sont : Six doubles incomplets et un tubercule. iôG I.RREBOLLI.F/r. On voit que clans cette dernière expérience, comme dans la précédente, ce sont les monstres donlîles qui prédominent : 7 dans le premier cas, 6 dans le second, tandis que les tubercules sont rares. Si l'alternative du froid et du chaud, en troublant le déveloj)- pement, était de nature à produire des monstruosités, on aurait dû s'attendre à avoir plus d'anomalies dans le second cas que dans le premier, où les œufs ont été exposés à une température froide, mais uniforme. C'est le contraire qui a eu lieu, et cepen- dant aucune anomalie nem'a échappé, car j'ai examiné tons les œufs un à un avec tout le soin désirable. J'ajouterai que les embryons de la dernière assiette étaient maigres et chétifs, suite naturelle des conditions dans lesquelles les œufs ont été placés. Il résulte aussi de ces expériences que deux gouttes de laite ont suffi pour féconder, dans environ deux litres d'eau , un nombre d'œufs considérable. M. — Premiers œufs fécondés comme ù l'ordinaire. Les œufs exprimés hors du corps du poisson suivant la mé- thode ordinaire, puis fécondés, ont été partagés en plusieurs groupes. Voici les expériences qui ont été faites sur chacun de ces groupes. JX" i. Brossage. — Une heure après la fécondation, et par conséquent avant le commencement du travail de fractionne- ment, j'ai brossé près de 2000 œufs par petites portions dune centaine à la fois. J'ai laissé cette assiette dans la chandîre, dont la température était de + 10", à neuf heures du matin. Le second jour, je nettoyai l'assiette en otant les œufs gàtc's et en brossant les autres en masse. Le soir, à cinq heures, je les nettoie de nouveau, et je les brosse par portions de 100. Le disque blastodermique commençait alors à s'étendre sur le vitellus. Le troisième jour, nouveau nettoyage des œufs à huit heures et demie du matin. Le nombre des œufs gâtés est plus fort (pic RECllEKCHJiS SUU LEi> M0NSTRL0.S1TÉS DU BKOCUtl. 157 la veille. Le iiiêiiie jour, à cinq heures, ou comuieuce à voir lu baudelette ; le blastoderuie est à peu près aux deux tiers de l'œuf. Je mets l'assiette au laboratoire pour retarder le développenieul. Le quatrième jour, à huit heures du matiu , leau marque + 11"; je mets les œufs dans de l'eau à + 15", et je les porte dans la chambre. A deux heures, j'examine ces œufs un à un; très-peu sont morts depuis hier. Le nombre primitif des œufs était exactement de 1950; il yen avait eu 1127 de mauvais, et il en restait 8;2o eu bon état. Parmi ces derniers, je trouve 31 monstruosités, savoir : Un double complet ; Neuf doubles inconqjlets : F un de ces monsti-es était composé de deux corps directement opposés l'un à l'autre, privés tous deux (le tète, mais ayant chacun un cœui'en activité ; Quatorze poissons à deux tètes plus ou moins soudées : pai'uii ces poissons, trois avaient une tête irrégulière résultant de la soudure de deux tètes primitives ; Un acéphale simple ; Six tubercules. Ces 31 anomalies sur un nombre de 1950 œufs doiment un rapport de iS pour 100. Nous voyons de nouveau, dans cette expérience connue dans les deux précédentes, les monstres doubles l'emporter en nombre sur les autres. N" î2. OEufs exposés alternativement au froid et ait chaud. — Je répartis 4000 œufs dans deux assiettes, 2000 environ clans chacune, destinées à être placées alternativement au froid et au chaud. L'une de ces assiettes (A) fut mise au laboratoire, l'autre (B) dans mon cabinet. Je vais indiquer, en les disposant parallèlement, les faits relatifs à chaque assiette : Assiette A. ". Si'jour ilu riiiq heures dans de leiiu il -j-8", suivi d'un séjour de dix-huit heu- res dans de l'eau ù -|-li°- Assiette 15. n. Séjour de cinq lu'ures dans de ïçnn il -}- 1 4", suivi d'un séjour de di\-huil heu- res dans de Tenu à 4- 8''. A cette époque, vingt-quatrième heure, les œufs de l'assiette A étaient sensiblement plus avancés que ceux de l'assiette B, ce 158 liEREBOLLLET. ' qui se roinpreiid. puisque les premiers avaient séjourné plus longtemps au chaud que les autres. Assiette A. b. Séjour (le citi(| heures dans de l'eau à -4-8°, puis trois lieures dans de l'eau à zéro (eau avec glace), et ensuite quinze licures dans de l'eau à -j-l/i°. Assiette B. /;. Séjour de huit heures dans de l'eau à -}-15°, puis quinze licures dans de l'eau à zéro; vers la fin de l'opération, toute la glace étant fondue, l'eau marquait -f- 10". A ce moment, tin du second jour, les œufs de Tassiette A avaient été exposés pendant treize heures au froid et trente-trois heures au chaud, tandis que les œufs de l'assiette B avaient sé- journé au contraire trente-trois heures au froid, et seulement treize heures au chaud. Aussi, dans les œufs de la première assiette A, le blastoderme était formé et ressemblait déjà à une calotte coiffant le sommet de l'œuf, quoique le développement fût resté stationnaire pendant toute la durée du séjour dans l'eau glacée (trois heures). Dans les œufs de l'assiette B, au contraire, la vésicule blastodermique était encore saillante sous la forme d'une sphère; le développement n'avaitpour ainsi dire fait aucun progrès depuis la veille. Assiette A. t:. Six heures dans de l'eau à -j- 10°; une heure d.1ns de l'eau glacée, puis deux heures dans de l'eau à -f- 16°, il. Quinze heures dans la glnce fon- dante, pendant la nui! ; le matin l'eau niarijuait -[-8°.^ e. Vingt-(|uatre heures dans le eahinct. /. Kejjorté les œul's au lahoratoire. Assiette B. c. Sept heures dans de l'eau à. -{• IW et -f- 16°, puis deux heures dans de l'eau glacée (à zéro). d. Quinze heures dans la chambre, à la température de -|- 16° vers lu fin de la journée et de -}- 1-° le soir. c. ^'injrt-quatrc lieures au laboratoire (la température est inférieure de 3 degré? à celle du cabinet). /'. Reporté les œufs au cahinet. L'expérience a été arrêtée à la fin du (piatrième jour. En somme, l'assiette A a été exposée trente-cinq heures au froid et cinquante-neuf heures au chaud, et l'assiette B a séjourné cin- quante-neuf heures au froid et trente-cinq heures au chaud. Voici le résultat du dépouillement de ces deux assiettes : L'assiette A contenait exactement 1722 œufs, dont 1042 pé- rirent (environ 60 œufs mauvais sur 100); le développement de ces œufs était très-inégal. UKCHKKCHES SUR LES MUiNSTBUOSlTÉS UU BROCHET, 159 Lassiette B contenait 1907 œufs, dont 1737 moururent (envi- ron 91 mauvais sur 100) ; ils étaient beaucoup moins avancés que les précédents; leur blastoderme avait une telle pâleur, qu'il devenait très-difficile de rechercher les anomalies. Sur les 080 œufs en bon état de l'assiette A, je trouvai 21 ano- malies : Un poisson triple formé par une bandelette embryonnaire double en avant, et par une languette simple dirigée en arrière; Six doubles incomplets ; Sept à deux tètes, dont trois avaient les deux tètes d'inégale grandeur; Deux acéphales ; Cinq tubercules. Le rapport de ces monstruosités au nombre total des œufs est de 1,22 pour 100. On voit encore ici les monstres doubles prédominer. Parmi les 170 œufs qui restaient de l'assiette B, je ne parviens à trouver qu'une seule monstruosité, un poisson sans yeux (acé- phale). Tous les poissons offrent un état d'atrophie remarquable ; l'un d'eux est ratatiné et informe. C'est un résultat dii à l'action prolongée du froid qui a ralenti le développement, mais sans influer sur la production des monstres. N" o. Œufs placés dans un espace étroit et fermé (air confiné). — .r avais mis dans le four d'un fourneau une assiette contenant 2000 œufs environ ; ces œufs, n'ayant pas été soignés, ont péri promptement. Dès le sixième jour, il n'en restait qu'un petit nombre qui se gâtèrent comme les autres. N" h. OEufs exposés à l'obscurité et au froid. — Je mis une assiette de 2000 œufs dans le corps du fourneau du laboratoire ; la température la plus élevée, pendant le jour, était de +10°. Le dévelop])ement se fit avec lenteur, et les œufs se gâtèrent, quoicjue moins vite que ceux de l'assiette précédente. Le sixième jour, il restait à peine une centaine d'œufs en bon état. On ne voyait pas de bandelette embryonnaire, et dans plusieurs le blastoderme était évidemment en voie de dissolution, quoique les œufs eussent conservé leur transparence. Le septième jour, il JGO LKBtBOLLLET. n'y avait plus que 9 œufs, dans lesquels on aperçut, le douzième jour seulement, des embryons réguliers. A" 5, OEufs exposés à f air libre. — Je plaçai hors de la fenêtre, à l'ombre, une assiette contenant environ 3000 œufs. Au cinquième jour, le nombre des œufs gâtés s'élevait â peu près au tiers du noml)re primitif. Le septième jour, il restait dans cette assiette (KVl œufs en bon état; ils contenaient 36 anomalies, dont 23 monstres doubles incomplets et 13 tubercules (;rapport 1 M pour 100). N" 0. OEufs laissés dans la chambre Mat naturel). — Le nombre de ces œufs était d'environ 0000 ; ils se gâtèrent plus promptement et en plus grand nondjre que les précédents. Le cinquième jour, j'estime à 90 pour 100 le nondjre des œufs gâtés qui sont l'etirés de l'assiette. Le septième jour, sur 633 œufs l'estants, je tr(»uve 36 anouudies, cimnne dans le cas précédent, savoir : Vingt-cinq doubles, tous incomplets : dans l'un de ces monstres, la tige accessoire était en voie de déconq)osition ; Un poisson à deux tètes soudées ; Un à deux demi-corps écartés et neuf tubercules. Le rapport des monstres au nondjre total approximatif des œufs n'est ici «pie de 0,6 pour 100. Ou trouvera ci-contre le tableau récapitulatif des expéj-iences consignées dans cette douzième série. Ce tableau permet de comparer, sous le lapport des résultats obtenus, les derniers œufs de l'ovaire fécondés avec peu de laite et les autres œufs fécondés comme à l'ordinaire. Sous le rapport de la mortalité, on voit, par le chiffre ([ui in- dique la proportion des œufs gâtés, (pi'elle a été un [)eu plus forte dans le premier groupe que dans le second ; ce ([ui provient de ce que. parmi les dei-niers œufs de l'ovaire, il y en a toujours un certain nondjre (jui ne sont pas dans de bonnes conditions pour être fécondés. Sous le rapport du nondjre des nKJUstres. il y en a eu un peu plus dans le second groupe que dans le prenne)' ; d'où il suit que RECHERCHKS SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET, 161 yî / — ii' H £ T= = ■r. I c 5 ïï tfi = ,^ _ ce r^ ro .o o 00 rc cm" B = 1^ O Cl ^ 1^ r^ o o î-i i^ o c o =1 Ol r^ ji SD < =: a (N 1- -f ■=T O o r^ o co t^ o o lO 00 CI ocTc-r _, Cl o Cl C5 CI ■■O r- CI 00 C^ •^ a r^ o — 1 o -H CT5 t^ Cl co ■c^ 1- o o 1^ en t^ 00 00 oc o ,i,' c: o o o O o — ce o Cl o ^ CI 00 I^ t'^ o co 1^ i2 C5 î oo o ^ 30 o o Oi ro C5 Cl co -:-^ r-~ CI r-^ o CI ■et co l-^ o 1^ r^ ^-t ^r^ "^ d o — I C-. t^ o Cî eo to o o co co d -H CI 1/3 CO t^ o c^ ■~o ■s iO 00 ^^ •r^ »i^. O o o o C3 o Cl Cl o Cl Cl -c- co co CI r^ o Cl o Cl l^ Oi o co o o o o = o o o o o o o Cl CI co es Oï en l-^ o .o Cl 00 —ri ■^ (M < ca o .-, a a, o 2 ci -- - o "o "o -" -fcj L^ C-^ c— I '-/"j . ^ t^ r^ t" .= .a .= ^ < O < W co -a lO o 5« série. Zool. T. I. (Cahier n" 3) 3 li 162 LEREBOULLET. les mauvaises conditions, pouvant provenir soit d'une petite quan- tité de laite, soit de la mauvaise qualité des derniers œufs de l'ovaire, n'ont pas d'influence sur la production des monstruo- sités. Quant aux formes de monstruosités , la supériorité, sous le rapport du nombre des monstres doubles, est aussi à l'avantage du second groupe d'œufs. Pour apprécier la valeur des influences qu'ont pu produire les actions extérieures, nous allons comparer, entre eux, les rap- ports qui expriment la quantité proportionnelle des monstres, eu égard au nombre total des œufs. Nous voyons que les chiffres les plus élevés de ces rapports se trouvent aux expériences B et C du premier groupe. Mais il est évident que ce résultat provient du chiffre peu élevé des œufs mis en expériencs, et de ce que ces œufs avaient été choisis, cette dernière circon- stance diminuant de beaucoup la proportion de la mortalité. Si nous ne tenons pas compte de ces deux expériences B et C, nous trouvons le rapport le plus élevé correspondant au bros- sage (n" 1 du deuxième groupe); [mais nous voyons que les œufs exposés à des alternatives de chaud et de froid (n° 2, A), et les œufs développés à l'air libre (n" 5), ont des rapports presque aussi élevés; la légère différence entre ces rapports pourrait tenir à la mortalité qui a été la moins forte dans les œufs brossés. Nous pourrions faire la même remarque au sujet des rapports qui expriment la quantité proportionnelle des monstres doubles. Nous ne croyons donc pas qu'il soit possible d'attribuer, d'une manière positive, la production des monstruosités à aucune des conditions dans lesquelles les œufs ont été placés. D'un autre côté, il est bien remarquable que, dans toutes le5 expériences de cette série, et malgré la diversité des conditions extérieures, les anomalies aient consisté principalement dans la duplicité monstrueuse, et surtout dans la duplicité formée par un embryon normal muni d'un embryon accessoire. C'est un nou^ veau fait, bien caractéristique, en faveur d'une disposition pri- mitive des œufs aux monstruosités. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 163 TREIZIÈME SÉRIE. État naturel. — CEufs non nettoyés. — Air libre. — Froid. — Alternative ilc tempé- rature. — Obscurité. — Brossage. — Compression. — CEufs dcvcloppés à (leur d'eau. Je fécondai, le 13 avril 1800, à neuf heures du matin, un nombre assez considérable d'œufs, dans de l'eau de rivière à la température de +10 degrés. Je changeai l'eau au bout d'un quart d'heure, et je partageai ces œufs, comme précédemment, en plusieurs portions. N" 1. OEiifs laissés dans mon cabinet et convenablement net- toyés. — Le nombre exact des œufs de cette première assiette était de 1368. Température moyenne de la chambre, pendant la journée, + 12 degrés; nuits froftles; température moyenne, le matin, +6 degrés. Les œufs gâtés furent .soigneusement séparés tous les jours, et l'eau renouvelée une ou deux fois par jour. Malgré ces précau- tions, le nombre des œufs gâtés s'élevait déjà à 1000 le septième jour; il n'en restait que 3G8 que j'examinai un à un. Le dévelop- pement s'était fait d'une manière très-inégale , sans doute à cause du froid de la nuit. J'ai trouvé dans cette assiette onze anomalies, savoir : Un poisson avec deux demi-corps écartés; Deux poissons doubles, sans tète (acéphales doubles) ; Deux acéphales simples; Six tubercules. N" 2. OEufs laissés dans mon cabinet et non suffisamment net- loijés. — Les œufs en question étaient très-nombreux; je ne les ai pas comptés, mais j'en estime le nombre à environ 10000. Le nettoyage n'a pu être ftiit avec régularité ; on se contentait de changer l'eau au moins une fois par jour, mais on ne séparait pas toujours les œufs bons des mauvais. 11 s'ensuivit que la plu- part des œufs périrent très-rapidement, et que le développement ne se fit pas avec régularité. Le huitième jour, il ne restait plus que kG œufs, parmi lesquels je trouvai deux poissons avec demi- corps séparés, trois acéphales et six poissons ayant des yeux très-petits, rudimentaires (microphthalmes). 164 lEKKBOLB>l,ET. L'atrophie des yeux, la présence des acéphales et des deux monstres à corps séparés par leur milieu, sont des anomalies qui proviennent de la lenteur du développement. Cette expérience montre que les œufs périssent quand ils ne sont pas suffisamment nettoyés. Les monstruosités qui se produi- sent sont en rapport avec les conditions (.[ui nuisent au dévelop- pement de l'œuf. N" 3. OEufs exposés a Vair libre, au froid. — Deux assiettes contenant ensemble 4009 œufs (chiffre exact) furent placées hors de la fenêtre. Voici ([uelles ont été les moyennes de la tempé- rature à l'air libre et dans la chambre pendant la durée de l'expé- rience : 14 iiM'ii, MU dolifii-? -j- "8"; (liiiis lu clininlirc -|- 13". 15 avrilj .tu deluirs -]- /i"; daTis l;i cIkiiii1)!'c -\- 12°. IG avril, au dclioi's -|- 9°; dans la cli.iiujjre -j- 15°. 20 avrilj au dcliors -j- 2°; dans la chandjre -|- 12°. Voulant augmenter le nombre des mauvaises conditions du développement, je n'ai nettoyé les œufs de ces deux assiettes que le cinquième jour. Je compte, ce cin(juièniejour, dans les deux assiettes, oSSli œufs gâtés. Ceux cpii restent sont tellement salis, que je suis obligé de les nettoyer en les frottant entre deux pin- ceaux. Je puis alors distinguer le blastoderme, et je vois qu'il n'est encore qu'à la moitié de Tœuf, ce (jui montre un ralentis- sement considérable dans la marche du développement. Le neuvième jour, je puis constater les anomalies. J'en trouve y seulement dans les deux assiettes, sur 785 œufs restés en bon état. Ces anomalies sont : Deux doubles incomplets ; Six acéphales simples ; Un tubercule. jS" /i. OEufs exposés au froid., dans le laboratoire. — L'assiette contenait 2/1.55 œufs, (|ui ne furent nettoyés qu'àpartir du qua- trième jour. Le ralentissement se montra à peu près comme dans le cas précédent. Le neuvième jour, développement très-jnégdl. Dans plusieurs RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 1G5 œufs, l'embryon se montre avec toutes ses formes; dans d'antres, on voit la bandelette embryonnaire; dans d'autres enfin, on ne parvient à distinguer aucun germe sur le bourrelet blastoder- mique. Le dixième jour, je fis l'examen des monstruosités. 11 y avait eu, en tout, 173^ œufs gâtés; sur les 721 en bon état, je trouve un poisson double en forme d'Y, provenant de deux germes divergents que j'avais mis à part la veille, et treize tubercules, plus six microplitbalmes. Dans cette expérience, connue dans la précédente, le nombre des monstres doubles est peu considérable; ce sont les tuber- cules et les acéphales ({ui prédominent, comme cela se remarque souvent dans les cas où le développement est ralenti. Le nombre proportionnel des monsti'es (voy. le tableau n" 9) est plus élevé que dans le cas précédent, mais tous les deux sont inférieurs au rapport de l'assiette n" 4 , fait qui montre que le froid ne concourtpas, du moins d'une manière directe, à la pro- duction des monstruosités. N" 5. Alternative de température. — Une assiette contenant 1764 œufs est mise, après la fécondation, au laboratoire. A la vingt-sixième heure, je sors ces œufs de leur eau qui marquait +8°, et je les mets dans de l'eau à -\- 21°, chauffée au soleil; ils y séjournent une heure, l'assiette étant exposée au soleil, derrière un rideau blanc. Je les porte ensuite au labora- toire, à la température de -j- 13". Au bout de quatre heures, je remets ces œufs dans de l'eau à + 20', et je les laisse au soleil, comme précédemment, pen- dant deux heures ; puis, je les reporte au laboratoire où ils passent la nuit, dans de l'eau à + 8". Le lendemain, à onze heures du matin, l'eau de l'assiette marquant encore -t- 8", je mets les œufs dans de l'eau à + 25" chauffée au soleil, et je les y laisse pendant une heure. Alors je nettoie les œufs, j'enlève les mauvais; je brosse ceux qui étaient en bon état et je les remets dans de l'eau chauffée à 24 degrés. Je les laisse dans la chambre jusque vers le soir; l'eau mar- 166 LEREROVI.LET. quait alors + 18" ; je les mets clans de Teaii à +10°, et les reporte au laboratoire. Au commeucement du troisième jour (cinquante -sixième heure), les œufs avaient séjourné, en tout, quarante-sept heures au froid et neuf heures au chaud; le passage d'une température à l'autre avait été, comme on l'a vu, instantané. Le blastoderme recouvrait le tiers du vitellus; son boui'relet était visi])le, mais pâle et peu fourni . Le lendemain (quatrième jour), je continue à faire passer les œufs du froid au chaud, et réciproquement. Je les sors de l'eau dans laquelle ils avaient passé la nuit, et qui marquait le matin + 9°, pour les mettre dans de l'eau à + 22°, en les exposant au soleil. Je les maintiens six heures dans cette eau qui marquait + 20° au bout de la sixième heure; puis, je les remets dans de l'eau à +10° au laboratoire. Le cinquième jour, je rentre les œufs dans la chambre, je les nettoie et je les laisse se développer dans cette pièce. Le huitième jour, je les examine. Il y avait eu, en tout, 1257 œufs gâtés; sur les 507 restants, je trouve 12 anomalies, savoir : Un double incomplet; Un poisson à deux têtes ; Deux acéphales simples ; Huit tubercules. On voit que malgré les circonstances défavorables qui ont fré- quemment suspendu ou ralenti le développement, la quantité proportionnelle des monstruosités n'a pas été beaucoup plus forte ([ue dans les cas précédents, et que le plus grand uomlire de ces monstruosités a porté sur les tubercules et les acéphales. N° 0. OpMfs exposés à iobscurité et au froid. — Je mis 2200 œufs dans le corps du fourneau du laboratoire, à la tem- pérature de +8°. Le développement se fit avec lenteur, et les œufs périrent en grand nombre. Le sixième join-, le blastoderme était à peine à la moitié du vitellus; il avait un bourrelet très-mince. Le lendemain, les œufs étaient restés stationnaires. J'en choisis une centaine que RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 167 je place dans le cabinet pour voir s'ils se développent. Le thermo- mètre était descendu à + 2°. Le neuvième jour, parmi les 105 œufs que j'avais séparés, 50 étaient morts, les 55 autres se trouvaient en bon état et con- tenaient presque tous des embryons normaux; seulement le développement était très-inégal. Quant aux œufs du fourneau, ils n'avançaient pas et la plupart avaient péri. Je mets alors ceux qui restent dans l'intérieur d'une armoire de mon cabinet, pour les soustraire au froid. Le dixième jour, on voyait plus distinctement la forme de l'embryon dans les œufs laissés à la lumière. Parmi ces œufs, je trouvai trois embryons sans tête, qui périrent le lendemain, et onze poissons réguliers ; les autres œufs de l'assiette moururent. L'éclosion n'eut lieu que le treizième jour. Les œufs laissés dans l'obscurité moururent successivement. Le seizième jour, il n'en restait que 28 qui se trouvaient réduits tt 11 ; six jours plus tard, sur ces 11 œufs il n'y avait que cinq poissons normaux; les autres étaient des languettes embryon- naires sans yeux ou n'ayant qu'un œil latéral. En y joignant les trois acéphales de l'assiette précédente, le nombre total des ano- malies de cette expérience se monte à neuf, tous acéphales, ou du moins ayant la tête incomplètement développée. Nous voyons encore ici prédominer les formes monstrueuses qui semblent se produire plus particulièrement quand le déve- loppement est ralenti, et qu'on peut regarder comme des mons- truosités par défaut. N" 7. Œufs exposés à l'obscurité, mais à la température ordi- naire. — Je plaçai 2300 œufs dans le corps suffisamment aéré d'un fourneau dont la température était presque la môme que celle de la chambre. Malheureusement l'eau de cette assiette ne fut pas renouvelée tous les jours. Dès le quatrième jour, je vis que le développement ne mar- chait pas, et que les œufs se gâtaient en très-grand nombre. Tous périrent successivement avant que j'aie pu constater les anomalies qu'ils pouvaient offrir. N" 8. Brossage des œufs. — Pendant que la segmentation était 168 LEREBOULLET. en train de s'opérer, je brossai fortement, par petites portions de cinq ou six, une cinquantaine d'œufs que j'avais choisis. Après chaque opération, la saillie formée par le germe en voie de segmentation était un peu plus aplatie, mais rien ne se trouvait dérangé dans la disposition des globes de fractionnement. Je continuai à pratiquer le brossage deux fois par jour. Il ne périt que deux œufs pendant toute la durée du développement. A la cinquante-cinquième heure (commencement du troisième jour), on voyait déjà la bandelette embryonnaire. Celle-ci était partout simple, normale, excepté dans deux œufs où il existait deux bandelettes rapprochées l'une de l'autre. Ces deux œufs produisirent deux end)ryons doubles, savoir : 1° un embryon terminé par deux lobes antérieurs dépourvus d'organes sensitifs, et qui se soudèrent plus tard en un lobe uni- que au-dessous duquel se trouvait un cœur ; et 2° un embryon terminé par une tète munie d'un tubercule latéral, indice de la soudure de deux tètes inégales. Les petits poissons sortirent de leurs coques le septième jour. Ici la proportion des monstruosités est de k pour 100. J'ai déjà eu l'occasion de ftiire remarquer que, lors(|u'on opère sur des œufs qui ont été choisis et qui sont tous destinés à produire un embryon, la proportion des monstruosités est tou- jours plus élevée. Ou en comprend facilement la raison. Dans les œufs d'une fécondation il y en a toujours un certain nombre qui restent clairs, ou ({ui ne sont pas fécondés pour diverses causes. Ces œufs non fécondés augmentent le second terme du rapport qui sert à établir la quantité proportionnelle des mons- tres, et, par suite, diminuent le quotient qui exprime cette quan- tité. Supposons, par exemple, que les 50 œufs de l'expérience précédente n'eussent pas été choisis; ils se seraient trouvés mêlés à d'autres œufs non fécondés ou malades, et dès lors le rapport aurait été beaucoup plus faible. 11 est très-important d'avoir égard à cette différence, quand on compare entre eux les résultats obtenus. N° 9. Compression des œufs. — 1" Je disposai une couche de sable au fond d'une assiette remplie d'eau, et j'y plaçai, huit RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 169 heures après la fécondation, 20 œufs choisis et en bon état; je recouvris ces œufs d'une lame de verre portant un poids de 10 grammes. Le troisième jour, le blastoderme était altéré et comme en voie de décomposition ; un seul œuf montrait un bourrelet peu prononcé. Le quatrième jour, presque tous les œufs étaient morts. Le sixième jour, il ne restait que 2 œufs contenant un embryon normal. 2" Je mis dans une assiette 20 œufs choisis que je recouvris simplement d'une lame de verre. Au bout de vingt-quatre heures, ces œufs, collés contre la lame de verre, se trouvaient considé- rablement déformés; le germe était très-aplati. Je détache ces œufs et je les n-otte entre deux pinceaux, sans qu'ils reprennent complètement leur forme; puis je les recouvre de nouveau de la plaque de verre. Le quatrième jour, 12 œufs étaient morts. Dans les 8 qui restaient, le blastoderme, quoique très-avancé, n'avait pas encore sa bandelette. Je mets sur la plaque de verre un poids de 10 gram- mes pour entraver, s'il est possible, la formation régulière de la bandelette. Mais cette dernière ne se produit pas; le sixième jour, tous les œufs avaient péri. N" 10. OEufs placés à fleur cVeau. — En faisant cette expé- rience, je désirais rechercher quelle influence l'air atmosphé- rique, en agissant directement sur les œufs, pourrait avoir sur leur développement. Pour cela, je disposai dans une soucoupe 53 œufs en bon état, pris à la vingt-sixième heure et tous en bonne voie de développement, et je n'ajoutai qu'une petite quan- tité d'eau, de manière à laisser tout à lait hors de ce liquide la moitié supérieure de l'œuf, celle qui comprenait le germe. Je plaçai GO autres œufs sur du sable humide, leur pôle germi- nateur à découvert, et 55, également choisis comme les précé- dents, furent disposés de la même manière, mais légèrement enfoncés dans le sable. Vers la fin du second jour, je constatai que le développement 1 70 LEnEBOIJIiLET. marchait plus vite dans les œufs à fleur d'eau que dans ceux qui étaient complètement submergés, et cependant toute la partie de l'œuf située hors de leau se trouvait chiffonnée et presque des- séchée. Je fais la même remarque pour les œufs placés sur le sable, tandis que les œufs enfoncés dans le sable sont moins avancés. Le troisième jour, les œufs à fleur d'eau sont munis de leur bandelette avec sillon dorsal. Les œufs placés sur le sable sont à moitié desséchés, flétris et tout à fait flasques. Je les mets dans l'eau et je les frotte quelque temps entre deux pinceaux. Au bout dune heure, ils avaient repris leur forme sphérique et leur élasticité, mais /;0 sur 60 étaient morts; les autres avaient leur bandelette embryonnaire normale. Quant aux œufs enterrés dans le sable, leur sommet se trouvait aussi desséché, leur coque flasque et froissée, et cependant on commençait à voir la bandelette embryonnaire. A la fin du troisième jour, je ne trouve, parmi les œufs k fleur d'eau, qu'un seul mort et o tubercules; tous les autres, au nombre de 49, ont un embryon régulier. Dix de ces œufs étaient tellement desséchés, qu'ils surnageaient quand on les mettait dans l'eau, et cependant leur embryon n'ofl"rait aucune anomalie. Il y eut donc dans cette assiette, qui contenait 53 œufs, ÛO embryons normaux, 3 tubercules et un mort. Le rapport des monstruosités se trouve être ici de 5,66 pour 100, proportion élevée qui s'explique par le petit nombre d'œufs mis en expé- rience et qui tous étaient choisis. Les embryons de la deuxième catégorie (œufs à la surface du sable), réduits à 13, étaient tous réguliers. Quant aux œufs enfoncés dans le sable, 6 étaient morts; parmi les 49 en bon état, il n'y avait qu'un seul monstre, et c'était un embryon à deux demi-corps écartés l'un de l'autre et formés par la segmentation de lanneau blastodermique. L'embryon des autres œufs était normal et vigoureux. On voit, par cette expérience, que l'action directe de l'air atmosphérique a manifestement favorisé l'évolution des œufs; il RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 171 est remarquable que la dessiccation de la coque dans une grande étendue n'ait pas entravé cette évolution. Quant aux monstres, ils ont été peu nomljreux, et rien ne nous autorise à croire qu'ils ont été produits par les conditions dans lesquelles on les a placés. En réunissant tous les œufs de ces trois expériences, nous avons un total de :168 œufs sur lesquels on compte quatre monstruosités, ce qui donne le rapport de 2,38 pour 100. N" II . Fécondation faite en agitant les œufs. — En opérant la fécondation des œufs qui ont servi aux expériences de cette trei- zième série, j'ai voulu voir si l'agitation des œufs, pendant l'opé- ration, pouvait exercer quelque influence sur la production des monstruosités. Je partageai, à cet effet, mes œufs eu deux por- tions. La première fut fécondée comme à l'ordinaire, l'eau restant calme pendant et après l'opération. Pendant la féconda- tion de la deuxième portion, au contraire, cest-à-dire pendant que j'exprimais la laite sur les œufs, un aide agitait fortement ces derniers en remuant la cuvette, et je continuai à rennier les œufs pendant plus d'un tpiart d'heure, de manière à les empê- cher de s'agglutiner. Je n'ai pas trouvé de différence appréciable dans le nombre des monstruosités de ces deux catégories d'œufs, ni dans la propor- tion des œufs gâtés. C'est ce dont on peut s'assurer en consul- tant le tableau suivant, qui résume les observations de cette série (voy. page 172). La première catégorie, celle des œufs fécondés comme à l'ordinaire, a fourni les œufs qui ont servi aux obser- vations n°' 1 , 6, 7, 8. La deuxième catégorie, celle des œufs qui ont été remués pendant et après la fécondation, a fourni les œufs des expériences n°' 2, 3, Zi, 5, 9 et 10. Voyons si les données de ce tableau pourront nous fournir quelques renseignements sur les causes probables des monstruo- sités qui se sont produites dans cette série d'expériences. Et d'abord, pour la question relative au mode de fécondation , il est facile de voir que l'influence a été nulle sur la production des nionstres. Si l'agitation des œufs avait pu être une cause 172 LEItEBOLI.LET. ■t ' ^ A ■M r: i^ c-i = ~ o II i^ — Mm o c ■<- o = o" o~ o^ / t- Oï — ^X = - 5 I - " ;^ — ^ 1 C'Iasaasa^^a » ~ c^ ce X \ --C ^1 CI O , -. cr: - , , = « Cl c^. ^ J \ i-~ ■^r-Isaaaaas - - ., j - == = = =-=;x-^;= S î C-l C^l f gÎ ï=^l=-r-=,-=,. = s ce ce \ -• o /: Z -, IC tft ' i^'hui =; .e ^ i^ oc lc ce o -r- ic o — ^ 1^ H -3 05 tf ^c> C =ï Oi es o r- OS d'o des 04 o o O "o ^ rt ■a es -a X O S t.- S cS c s e -3 O S o C 'c 'i) s. £. U4 e < fc 1 ^H es co •C 182 LEREBOL'LLET. Pour comprendre cette appréciation, il faut se reporter au mode de formation des monstres. Nous avons vu, dans la première partie de ce mémoire, que la monstruosité part toujours du bourrelet blastodermique. Dans tous les cas de duplicité, il y a formation et développement de la bandelette embryonnaire ; seulement celle-ci est double. Dans tous les autres cas (monstruosités simples), la bandelette ne se forme pas, ou reste tout à fait rudimentaire. Il suit de là qu'on peut diviser, quant à leur origine, les monstres en deux groupes : ceux qui s'accompagnent d'un excès de matière organique em- bryogène, et ceux au contraire dans lesquels il y a insuffisance de cette matière. Or les formes monstrueuses du deuxième groupe se remarquent surtout dans les cas oii le développement a été ralenti, quelles que soient les causes de ce ralentissement. 11 y a donc une certaine apparence de connexion entre ces deux ordres de faits : le ralentissement de l'évolution de l'œuf et la produc- tion de monstres simples. Quant aux monstruosités doubles, je ne vois rien, jusqu'à pré- sent, qui puisse les expliquer. Mais j'ai pensé qu'il était utile de les considérer séparément, dans l'examen conq)aratif des rela- tions qui peuvent exister entre les monstres produits et les in- fluences qui ont agi sur les œufs. SEIZIÈME SÉRIE. Alternatives lie chaud et île froid. — Froid. — État naturel. — Brossage, — Derniers œufs de l'ovaire. — Œufs non soifiiiés. ( Le 5 avril 18G1, à neuf heures du matin, je féconde des œufs très-mûrs qui tombaient, par leur propre poids, du corps du poisson. Je mets à part environ 300 œufs, les derniers que je puis expri- mer, et je les féconde avec une petite quantité de laite. Au bout de dix minutes, je change l'eau ; les œufs sont agglu- tinés comme dans toutes les bonnes fécondations. Une heure plus tard, je partage les œufs fécondés les premiers en plusieurs por- tions, pour être soumis à diverses expériences. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 183 N° 1. OEufs exposés alternativement au froid et au chaud. — Environ 2000 œufs sont placés, après la fécondation, dans le laboratoire, dont la fenêtre, tournée à l'est, restait ouverte. L'air extérieur était le matin à + 3" seulement. Au bout de vingt-quatre heures, j'ajoute de la glace à l'eau de l'assiette, et je laisse les œufs pendant cinq heures à zéro. Au bout de ce temps, je nettoie les œufs en les brossant, puis je les expose pendant trois heures au soleil. Je les remets ensuite dans l'eau glacée, à la température de zéro, où je les laisse quatorze heures (de cinq hemTs du soir à sept heures du matin). La tem- pérature extérieure n'était, le matin, que de + 2°. A sept heures, je porte les œufs dans la chambre chauffée , où ils séjournent vingt-quatre heures. En récapitulant, on trouve que les œufs sont restés vingt- quatre heures au froid, dix-neuf heures dans l'eau glacée, trois heures au soleil et vingt-quatre heures dans la chambre chaude. Je les examine à cette époque (commencement du troisième jour). J'avais enlevé successivement 1161 œufs gâtés, sur 2217 que contenait l'assiette. Le développement était assez inégal ; cependant on pouvait déjà constater l'état de la bandelette em- bryonnaire. Le sixième jour, je trouve dans cette assiette, sur 105G œufs en bon état, 5 anomalies, savoir : 1 double incomplet ; 3 embryons à deux têtes ; 1 acéphale. Dans l'un des trois embryons précédents, les deux têtes se sou- dèrent de manière à montrer quatre yeux, dont deux sur la ligne médiane, en avant de la bouche. Dans un autre embryon, la soudure fut portée plus loin ; le poisson mourut avant d'éclore, mais on voyait que les deux yeux mitoyens avaient été en grande partie résorbés. Le troisième embryon eut plus tard l'une de ses deux têtes réduite à un tubercule céphalique. J'ai vu de nouveau, dans cette expérience, que la plupart des embryons se faisaient remarquer par leur état chétif. N" 2. OEufs exposés au froid. — Environ 1200 œufs furent mis 18d LEREnOLLLKT. dans de l'eau glacée vingt-huit heures après la fécondation ; la vésicule blastodermique commençait à s'aplatir. Après les avoir laissés trois heures dans l'eau glacée, je les mets dans la chambre non chauffée, où ils restent vingt-quatre heures. Le lendemain, je les porte au laboratoire (température + "2") . La nuit avait été froide, et par conséquent le développement avait peu marché, même dans la chambre. Je laissai les œufs au laboratoire pendant le reste de leur évo- lution. Le temps continua à être froid, le thermomètre variant le matin entre 0° et + 2>\ Le dixième jour seulement, les œufs purent être examinés sous le rapport des monstruosités. Il y avait, en tout, 12^5 œufs; 580 étaient morts. Je trouvai, sur les 665 qui restaient, 5 anomalies, savoir : 2 doubles complets ; 1 double incomplet ; 1 acéphale double ; 1 tubercule. Ainsi, comme dans le cas précédent, un nombre de monstruo- sités relativement peu considéiable, et une prcklominance mar- quée des monstres doubles. N" 3. Œufs laissés dans la chambre, à la température ordi- naire. — Mon cabinet n'est chauffé, comme je l'ai dit, que pen- dant quelques heures de la journée. Quand il n'y a pas de feu, sa température, ;i cause de l'exposition, est un peu plus élevée que celle des autres pièces. Je laissai dans cette chambre une assiette contenant 1710 œufs qui furent nettoyés avec soin, et changés d'eau comme les pré- cédents. Quoique la nuit eût été froide (+ 2" le matin), la vésicule blastodermique formait déjà, à la cinquante-troisième heure, une coiffe qui recouvrait le quart de l'œuf. Le huitième jour, je n'avais séparé que 720 œufs mauvais ; il en restait donc 990, dont l'embryon était déjà très-avancé. Je ne trouvai parmi ces œufs, examinés, comme toujours, un à un, à l'aide de la loupe, que (> anomalies, savoir : RECHEBCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 185 2 douilles complets, dont les corps étaient soudés jusqu'à l'origine des têtes (1) ; 1 autre double complet ayant les deux corps plus séparés (2) ; 1 double incon^^let muni d'une longue tige accessoire ; 1 poisson à deux tètes rapprochées ; i tubercule. Encore ici faible quantité proportionnelle de monstres, qui sont tous, un seul excepté, des monstres doubles. N° k. Brossage des œufs. — Une assiette contenant 1026 œufs est placée dans la môme pièce que la précédente. Les œufs de cette assiette avaient été brossés en masse, sept heures après la fécondation, pendant le travail de fractionnement du germe ; ils furent ensuite brossés deux fois par jour. Le développement se fit un peu plus rapidement que celui des œufs de l'assiette précédente, ce qui tient au brossage. A la cin- quante-troisième heure, le blastoderme occupait les deux tiers du vitellus, et l'on voyait déjà, dans plusieurs œufs, le commen- cement de la bandelette, c'est-à-dire le premier rudiment de l'embryon. Le lendemain matin (soixante-dixième heure ou fin du troi- sième jour), l'état des œufs n'avait pas changé, ce qui tient à ce que la fenêtre était restée ouverte, par une température de + 3° à sept heures du matin. A la fm du quatrième jour , je pus examiner les œufs, et je constatai les résultats suivants : il y avait eu 612 œufs mauvais ; sur les 1014 bons qui restaient, je trouvai 7 anomalies, savoir : 2 doubles complets : l'un à deux corps soudés jusque derrière les têtes, l'autre ayant les deux corps séparés dans une certaine étendue ; 1 double incomplet ; (1) L'un (le ces poissons avait deux cœurs et l'ou voyait une circulation distincte ponr cliaquo corps embryonnaire ; le sang sorti du corps revenait au cœur du même poisson après avoir tail un petit circuit dans le vitellus. (2) Ici le courant, parti de l'embryon de gauche, contournait le vitellus pour se porter dans la direction de l'embryon de droite ; mais il ne m'a pas été possible de voir le sang pénétrer dans ce dernier. 186 I.EREBOLLLET. I acéphale ; 3 tubercules. Ici le nombre des monstres doubles est un peu inférieur à celui des monstres simples, mais la quantité proportionnelle des mons- truosités est toujours assez faible. N" 5. Derniers œufs de l'ovaire fécondés avec peu de laite. — L'assiette contenait 652 œufs. Dès le second jour, j'en trouve un bon nombre de mauvais, plus à proportion que dans les autres assiettes, sans doute par la raison que les derniers œufs exprimés de l'ovaire ne sont pas dans d'aussi l)onnes conditions que les autres. L'assiette était restée dans la chambre comme les deux précédentes. Au commencement du quatrième jour, l'embryon était formé. II y avait eu 488 œufs gâtés, et seulement IGIx bous, Sur ce nombre, je n'ai trouvé qu'une seule anomalie, qui était un tul^er^ cule blastodermique. Il n'y a pas lieu de s'étonner de ce résultat, puisque les expé- riences précédentes n'ont eu aussi qu'un petit nombre de mons- truosités. Cependant j'avais remarqué et mis à part un double germe, que je supposais devoir produire un embryon double. Mais l'évo- lution de l'œuf n'amena pas ce résultat ; le germe le plus fort se développa seul, et je vis l'anneau blastodermique se décomposer, ainsi que le germe accessoire. Cet œuf mourut le surlendemain ; il n'en constituait pas moins une monstruosité véritable, seule- ment l'œuf mourut avant qu'elle eût achevé son évolution. C'est un fait, et j'en ai vu bon nombre d'autres analogues, qui prouve ce que j'ai dit plus haut, que, parmi les œufs gâtés, il y en a un certain nombre qui offrent des anomalies dont on ne peut tenir aucun compte, parce que les œufs sont morts avant qu'on ait pu les constater. N° 6. Œufs non soignés. — J'avais laissé dans une cuvette plus de 2000 œufs que j'avais mis au laboratoire, en ajoutant à l'eau de la cuvette une certaine quantité de glace. Je ne nettoyai ces œufs que le troisième jour ; un grand nombre étaient mauvais, et je trouvai le développement des autres très- RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 187 peu avancé ; leur blastoderme mince et pâle semblait en train de se dissoudre. Je mis alors une partie de ces œufs dans mon cabinet, mais la mortalité n'en continua pas moins. Le douzième jour cependant, alors que tous les œufs du laboratoire avaient péri, je pus exa- miner ceux du cabinet qui avaient survécu, au nombre d'une centaine tout au plus. Ils ne renfermaient pas de monstres, mais tous les embryons étaient grêles et atrophiés. Je n'ai pas tenu compte de ce dernier numéro dans le tableau ci-joint (page 188), qui résume les cinq autres observations. Cette série d'expériences est surtout intéressante par l'unifor- mité des résultats obtenus dans les diverses conditions au milieu desquelles les œufs se sont développés. Ainsi, la proportion des œufs gâtés, a l'exception du n" 5, est faible partout, comparativement à ce que nous avons vu dans les autres séries. Partout aussi la proportion des monstres est peu considérable, et cette proportion est à peu près la même dans les diverses expé- riences. Il faut en excepter toutefois le n" 1 , qui otfre le chiffre proportionnel le plus faible, et cependant les œufs ont dû être fortement contrariés dans leur évolution par les alternatives de chaleur et de froid auxquelles ils ont été exposés. Les œufs du n° Il (œufs brossés) sont ceux qui présentent le rapport le plus élevé ; mais, outre que ce chiffre diffère peu de celui du n" 2 (œufs exposés au froid), nous ferons remarquer que ce résultat est en rapport avec une mortalité plus faible, par l'effet du bros- sage, et conséquemment avec des conditions de développement plus favorables, non-seulement pour les œufs normaux, mais aussi pour les monstres. Nous trouvons aussi dans ce tableau une uniformité remar- quable sous le rapport de la prédominance des monstres doubles, et, chose assez curieuse, c'est parmi les œufs brossés que nous rencontrons la proportion la plus faible de ce genre de mons- truosités, 188 LEREBOVLLET. au lolal des lonslrcs. o o 00 o oc 00 oc 00 *^ iO «3 "■ (M 00 lO (M -H ^ M .!2 a -^ a a « -^ . •^ a s "H a C-I ^ ^ ^ ^ « cô C s -r* ft a ■d Gl ^ ^ -. - -. in f V ^■1.- r^ lO t^ Oî o ■CT ilji -c? t^ o o c-i O 1 o o o o — ^ o J - ~ I « =-o ;- lO co o co co co 3, B ■- I ^ 1 lO c/5 .-O O 00 / o 1^5 o ■a -W o 1, 3 8 — lO O Ol •H ■S 00 o o O Oî O ^-1 00 J ■■^ "^ co 01 H o ,^ O o ■M 00 _^ O ■S -o ao ■M ■r^ 00 o 8 ■rH o l^ •O •cî 1(0 te ^Tt co a c-i 3 110 o 'S o lO -a 8 o H ^ -K H RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 189 DIX-SEPTIÈME SÉRIE. Dcrnici-s œufs de l'ovaire. — État naturel. — Altcrnati\c de température. — Froid. Le 12 avril 1861, à neuf heures et demie du matin, par une température de + k", je fis une fécondation comme à l'ordinaire, mais je ne changeai l'eau ([uau bout de vingt minutes. Je remarquai ici l'absence du signe ordinaire, et je pourrais dire constant, dune bonne fécondation. Les œufs n'étaient pas agglutinés; à la moindre agitation de l'eau , ils se séparaient les uns des autres, tandis que, dans les conditions normales, ils restent agglutinés malgré les secousses qu'on donne au vase ([ui les contient. Je fécondai à part, dans une autre assiette, les derniers œufs de l'ovaire, et je changeai l'eau au bout de dix minutes. Ces œufs se comportèrent connue les précédents, et cependant ils paraissaient être très-mûrs et dans les meilleures conditions. Je présumai, d'après cette observation, que la mortalité serait grande, sans qu'il me fût possible de constater la cause de cet insuccès. Voici les expériences qui ont été faites avec ces œufs. N" 1. Derniers œufs de l'ovaire. — Cette assiette, laissée dans mon cabinet, contenait 700 et quelques œufs. Au commencement du troisième jour, ils étaient presque tous gâtés. Le disque blasto- dermique, dans ceux oîi il existait, était très-mince et privé de bourrelet. Le lendemain, je trouvai tous les œufs morts. Ce résultat ne saurait être attribué uniquement à ce que les œufs étaient les derniers de l'ovaire, car nous avons vu, dans d'autres cas, une bonne partie de ces œufs se conserver et se dé- velopper. N" 2. OEufs laissés dans la chambre. — Cette seconde assiette, contenant environ 2000 œufs, fut placée, comme la précédente, dans le cabinet et j'eus soin de changer l'eau deux fois par jour. Malgré cette précaution, je trouve, dès le troisième jour, un grand nombre d'œufs gâtés. Plusieurs avaient leur bourse blasto- 190 LEREBOULLET. dermique garnie de son bourrelet ; je vois même dans quel- ques-uns un commencement de bandelette, mais le blastoderme est partout très-mince. Ayant mis à part un certain nombre de ces œufs pour mieux les observer, je vis, le lendemain, le blastoderme s'amincir de plus en plus, comme si la substance dont il se compose était résorbée. Le cinquième jour , nouveaux œufs gâtés en grand nombre ; je mets l'assiette au laboratoire. Le sixième jour, on ne voit pas encore de bandelette; je remets les œufs dans la chambre après les avoir nettoyés. Le septième jour, il ne restait plus qu'une cinquantaine d'œufs contenant un embryon très-petit, mince et transparent. Dans quelques-uns de ces embryons, il existait manifestement une perte de substance, soit à la queue, soit vers le milieu du corps; d'autres étaient réduits à une languette privée d'organes sensi- tifs; d'autres, enfin, avaient les yeux beaucoup plus petits que d'ordinaire (microphthalmes). Parmi les œufs à blastoderme mince que j'avais mis à part quelques jours auparavant, j'ai trouvé aussi une bandelette embryonnaire privée d'yeux et de capsules auditives. L'assiette contenait, en tout, 13 monstruosités appartenant toutes à la même catégorie, celle des acéphales. On a pu remarquer dans cette observation, comme dans la précédente, un amincissement particulier du blastoderme et même un commencement de résorption de cette membrane. On a vu aussi que les embryons produits par ces blastodermes insuf- fisants étaient eux-mêmes très-minces et atrophiés, et que, dans plusieurs, leur substance commençait à être résorbée dans l'une ou l'autre région du corps. Il y a donc une corrélation évidente entre l'atrophie générale ou partielle du corps embryonnaire et l'amincissement de la membrane blastodermique. Quant à ce dernier état, il peut être regardé comme provenant d'une insuffisance dans la nutrition de l'œuf, et nous avons en effet vu, dans plusieurs expériences, qu'il se produit lorsque la respiration de l'œuf est entravée par RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 191 un renouvellement insuffisant de l'air ou de l'eau. Dans le cas particulier dont il s'agit maintenant, on ne saurait invoquer cette dernière cause, et il faut remonter à la nutrition même de l'œuf dans l'ovaire pour expliquer les résultats dont je viens de rendre compte. Nous allons voir les mêmes faits se reproduire dans les expériences suivantes, ce qui nous conduit à admettre que les œufs de cette fécondation, malgré leur apparence de santé, )ie réunissaient pas toutes les conditions d'une vitalité normale. N" o. OEufs exposés aUernativement au froid et à la chaleur. — Je mets au laboratoire, au commencement du second jour, une assiette contenant 2280 œufs. Le troisième jour, je les expose au soleil pendant un quart d'heure seulement, vers midi; puis, je les laisse cinq heures dans la chambre, et je les reporte au laboratoire, oii ils passent la nuit exposés au froid. Le quatrième jour, je mets ces œufs dans de l'eau tiédie au soleil, et je les laisse trois heures dans cette assiette; ils sont mis ensuite dans une assiette contenant de la glace, au laboratoire, où ils séjournent jusqu'au lendemain matin. J'ai eu soin d'enlever successivement les œufs gâtés et de brosser les autres par petites portions. Le septième jour, malgré toutes les précautions, presque tous les œufs avaient péri. Il n'en restait que 3 contenant deux em- bryons normaux et un acéphale. Il y a donc eu encore ici une mortalité excessive sans qu'on puisse l'attribuer, ni au défaut de soins, ni aux influences des changements de température, puisque dans d'autres expériences les conditions ont été les mêmes, sans offrir les mêmes résultats. Ps" li. OEufs exposés au froid. — A. Je mets au laboratoire une assiette dans laquelle je compte 2279 œufs. Le quatrième jour, j'ajoute de la glace à l'eau de cette assiette. Le septième jour, la plupart des œufs étaient gâtés; il n'en restait plus que 99, dont 31 avec un blastoderme normal recouvrant la moitié de l'œuf, et 68 avec un blastoderme aminci et sans bourrelet. Cette membrane était si peu marquée, qu'on ne voyait à la surface de 192 LEREBOLLLET. l'œuf qu'une petite quantité de substance embryogène irréguliè- rement dispersée, et ne ressemblant en rien à la coiffe si appa- rente qui caractérise un véritable blastoderme. Ces 68 œufs péri- rent tous, à l'exception d'un seul qui donna naissance à un embryon normal. Les autres, au nombre de 31, qui avaient un blastoderme normal, se réduisirent à 7, parmi lesquels je trouvai 3 embrvons normaux et k acéphales. B. Une dernière assiette contenant 2067 œufs fut mise, comme la précédente, au laboratoire, et reçut aussi delà glace. Ces œufs se gâtèrent comme les autres et périrent successi- vement. Le septième jour, le blastoderme occupant le tiers du vitellus, je séparai 50 œufs en très-bon état pour voir si, en les soignant tout particulièrement, je ne parviendrais pas à les conserver. Je les laissai au laboratoire, tandis que les autres, qui me parais- saient aussi bien portants, furent placés dans la chambre. Pen- dant que je faisais ce partage des œufs en deux portions, je vis ceux qui m'avaient paru être en bon état se troubler sous mes yeux, et devenir opaques en peu de temps. Une petite portion de la sul)stance blastodermique se coagulait, produisait une tache grise ; le blastoderme se déformait, et bientôt après le vitellus devenait opa([ue. Du reste, j'avais remarqué que tous ces œufs offraient une teinte opaline particulière qui annonçait leur dé- composition plus ou moins prochaine. Le dixième jour, les œufs du laboratoire étaient réduits à 8, qui produisirent 6 embryons normaux, 1 acéphale et 1 tuber- cule. Les embryons, d'abord maigres, grossirent peu à peu et finirent par arriver à l'éclosion; les yeux cependant restèrent plus petits que de coutume. Les œufs de la chambre, au nombre de 12, donnèrent naissance à 1 embryons normaux et à 2 ano- malies semblables aux précédentes : 1 acéphale et 1 tubercule. Cette assiette produisit donc (i monstruosités : 2 acéphales et 2 tubercules. On trouvera dans le tableau suivant (n" 12), la récapitulation des faits observés dans cette dix-septième série. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 193 I .s s 2 s I a < « / ^ 7Î t « f "n O 3 l o '/? ^ s « » a a a a Cfi 3 1 *- _S •' £ 1 \ = § o - y = p. a» « \- û. 'O 4J 1 — -= - i 2 ^.A e s f og- a a a a a a a a 2 1 3"° 3 c « / ^ a « A a (M c^ - 1 C'J us A co "rH î^ i^ ^ c^ C^l » L VO 1 S 1 a a a a a a a « ,/v 1 W 3 1 ORM 4. a » a a « a " a S J m " a R ft a a a a a » T3 ^ a. -o ( ^|i <= M ce c "r T^ ^H tC. es oc 00 co 1 CS^ t>3 \ es f «, <« "i t^ r~ IT lO >o m t-« t^ 1 ° tft t^ c^ Çs c Cv lO Ifl ■r^ C-1 Cl C 00 ^ I ■ »>• ^ f c- t^ ta 1 s -s 00 I^ ■^ Cv c^ . (M c-i c C- to to C>I (M c^ c c 00 • »rl t/ï 9 ^î." i 5 "S •0 "S. i ë 3 -3 a. s s p « ç; ■3 S z •5. C en g CA 3 8 •3 ta « T3 .§ g ^> -< pa 3 5 es ïa i[ "3 ^ H H ^ Cl eî •" 1 1 Q ■£ l •< b 1 ■*H Cv co 5« série. Zool. T. I. (Cahier n° 4.) * 13 s i9[l LEHEBOLLLET. Cette série d'observations n'est pas moins instructive que la précédente. Elle montre d'abord qu'il existe des cas où les œufs ne se développent pas, quelles que soient les conditions où ils sont placés. On ne peut guère attribuer cet insuccès à la fécon- dation, puisqu'un certain nombre d'œufs sont parvenus au terme de leur développement, tandis que, si la liqueur fécondante avait été de mauvaise qualité, elle aurait dû rester sans effet sur tous les œufs indistinctement. Je crois que c'est dans la constitution primitive môme de l'œuf qu'il faut ici chercher la cause de Tin- succès, et je me demande si ce n'est pas aussi à une constitution primitive spéciale qu'il faut attribuer la formation des monstruo- sités. De même que certaines qualités des parties constitutives de l'œuf le prédisposent à périr, ne pourrait-il pas se faire que d'autres propriétés, ou peut-être certains arrangements orga- niques qu'on n'a pu encore déterminer jusqu'ici, fussent la cause de la production des monstres? Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans toutes les expériences de cette série, les œufs ont péri dans une proportion inaccoutumée, malgré tous les soins, et que, dès l'origine, immédiatement après la fécondation, ce résultat pouvait être prévu. Nous ferons de nouveau remarquer que, dans cette série, toutes les monstruosités ont été de même genre, malgré les iu^ fluences diverses auxquelles les œufs ont été soumis. Il n'y a eu que des monstres simples, et particulièrement des acéphales, c'est-à-dire des formes qui se rattachent à une insuffisance de matière embryonnaire, et qui sont dans une étroite liaison avec le peu de vitalité des œufs. DIX-HUITIÈME SÉRIE. Froid. -^ État naturel. — Alternatives de cliaud et de froid. Le 19 avril 1861, à neuf heures, fécondation qui me paraît faite dans de bonnes conditions. Je change l'eau au bout de dix minutes; les œufs sont fortement agglutinés. Le temps est au froid; le 19 avril, la température était le matin de 4-10, et le thermomètre descendit le lendemain à -1-3. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 195 Une heure après la fécondation, je partage les œufs en plu- sieurs portions à peu près égales pour être placés clans diverses conditions. N" 1. Œufs exposés au froid. ■— A. Assiette contenant 1365 œufs, laissée pendant sept heures dans la chambre, puis exposée une heure seulement au soleil et portée ensuite au laboratoire où elle reste les jours suivants. Dès le lendemain, cette assiette contenait un grand nondDre d'œufs gâtés, sans que je puisse savoir par quelle cause. Au commencement du quatrième jour, le développement est peu avancé. Je nettoie les œufs et je laisse l'assiette dans la chambre. Le septième jour, je constate qu'il y a eu, en tout, 1278 œufs gâtés. Sur les 87 bons qui restent, je trouve k anomalies : 1 acé- phale double et 3 tubercules. B. Assiette de 2003 œufs 'mise au laboratoire immédiatement après la fécondation. Les œufs restèrent dans cette pièce exposés à un vent du nord-est très-vif, la fenêtre étant ouverte la nuit comme lejour ; le thermomètre marquait le matin -|-2 ou -f 3. Le quatrième jour, le disque blastodermique commençait seu- lement à s'étendre sur l'œuf et ressemblait encore à une calotte. Le lendemain je remarque que, dans plusieurs œufs, le blasto- derme est en voie de résorption . Le sixième jour, le développement est très-inégal; les em- bryons qui existent sont pâles, maigres, cà contours mal arrêtés. Le septième jour, je compte 7 monstres sur 92 œufs qui res- taient de toute l'assiette. Ce sont : 1 double complet; 1 double tète avec un corps tellement raccourci, que l'embryon semble réduit à une queue avec une double tête en avant ; 2 embryons ayant la tête munie d'un petit tubercule, signe de la soudure de deux têtes primitives d'inégale grosseur; 1 acéphale ; 2 tubercules. h crois que c'est principalement à l'action du froid qu'il faut attribuer l'état d'atrophie du blastoderme, et par suite de la plu- part des embryons. ïl est remariiuable que, dans ces conditions 196 LEREBOLLLET. défavorables au développement, il y ait eu plus de monstres doubles que de simples. N" '2. OEufs laissés dans la chambre(état naturel). — A. Assiette contenant 1587 œufs; développement assez lent, sans doute à cause de ral)aissement de la température pendant les nuits. L'assiette produisit 1442 œufs gâtés et 145 bons, parmi les- quels je ne trouvai que h anomalies : 1 double incomplet ; 1 embryon à deux têtes, qui se soudèrent plus tard de ma- nière à montrer trois yeux, dont un sur la ligne médiane ; 1 embryon à deux demi-corps séparés ; 1 tubercule. B. Autre assiette contenant 1708 œufs. Même lenteur du déve- loppement que dans l'assiette précédente; mortalité un peu moindre, quoique cependant encore très-forte. Les œufs gâtés furent au nombre de 1436. Les 272 œufs en bon état produi- sirent 6 anomalies, savoir : 1 double complet ; 1 double incomplet ; 1 à deux têtes soudées ; 1 acéphale ; 2 tubercules. J'eus l'occasion, en observant les œufs de cette assiette, de constater un fait que j'avais soupçonné plusieurs fois : c'est que les œufs, placés isolément dans des soucoupes pleines d'eau, se développent plus vite que ceux qui sont réunis en grand nombre dans des assiettes. J'avais, en effet, isolé 4 œufs que je soupçonnais ne pas être bons. Le lendemain, 3 étaient morts; le quatrième avait déjà sa bandelette embryonnaire, tandis que le blastoderme des œufs de l'assiette commençait à peine à s'étaler. C. Troisième assiette contenant 1460 œufs; mortalité plus grande que dans les deux précédentes ; 1372 œufs gâtés, 88 bons, 9 anomalies, savoir : 2 doubles incomplets ; 2 à deux tètes soudées ; RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 197 1 ayant deux yeux d'inégale grandeur, ce que je regarde aussi comme le résultat de la soudure de deux têtes ; 2 embryons avec demi-corps séparés sous forme d'anneau (1) ; 2 tubercules. Outre ces 9 anomalies, j'ai rencontré un poisson qui n'avait, pour appareil oculaire, que deux points noirs extrêmement petits. Je ne l'ai pas fait entrer en ligne de compte dans mes [relevés, parce que, dans les autres observations, je n'ai pas compris les microphthalmes au nombre des monstruosités. La mortalité considérable des œufs de ces trois assiettes ne saurait être attribuée au froid des nuits, car dans d'autres expé- riences, avec des conditions semblables, la mortalité a été beau- coup moins forte. Il est donc prol)able qu'il existait ici, comme dans la série précédente, une disposition maladive des œufs dont la cause m'est inconnue. Les observations que je viens de rapporter font exception à la règle générale d'après laquelle une mortalité considérable, jointe à un ralentissement dans la marche de l'évolution, donne ordinairement naissance à des monstres simples. Ici les monstres doubles ont été nombreux dans chacune des expériences, nou- velle preuve que la formation de ces monstres peut être indé- pendante des conditions extérieures. N^S. Œufs exposés aUernativement au froid et au chaud. Vers la fin du premier jour, la segmentation étant terminée, je choisis 100 œufs en bon état ; j'en mets 50 dans une assiette A et 50 dans une autre B, destinées toutes deux à être placées alter- nativement au froid et au chaud. Assiette A. Séjour au laboratoire, sixheiu'cs ; séjour dans la cliambro, vingt-trois heures (l'eau marquait 4-1 i°) j séjour au laboratoire, vingt-quatre heures. Total, trente heures au froid, vingt-trois heures au chaud. Assiette B. Séjour dans la chambre, six heures ; sé- jour au laboratoire, vingt-trois heures. Ex- position au soleil, puis scjourdans la cham- bre, vingt-quatre heures. Total, trente heures au cliauil, vingt-trois heures ,iu froid . (1) L'un de ces deux monstres prit plus tard la forme que j'ai représentée pi. m fig. 40, démon premier mémoire. L'autre était privé de tête; il se composait de l'an- neau blastodermique dont les l)ranchcs étaient partagées en lamelles vertébrales et d'un rudiment de queue. A. -^3 œufs gâtés, 47 bons,2 anomalies Un iloiible complet, un acéplialc. ^98 LEREBOILLET. Le quatrième jour, les œufs de l'assiette A, comme on devait s'y attendre, sont moins avancés que ceux de l'assiette B. Dans les premiers, la bandelette embryonnaire est pâle et simplement renflée en avant, tandis qu'on voit l'embryon tout formé, avec ses vessies oculaires, dans les seconds. Les résultats définitifs sont identiquement les mêmes dans les deux assiettes : B. — 3 œufs gâtés, lil bons, 2 anomalies : Va ù deux tètes soudées plus tard eu une seule, un tubercule. Le tableau qui suit résume trois sortes d'expériences : le développement des œufs au froid, dans la chambre, et avec des variations de température. Si l'on ne considérait que le rapport du nombre des monstres au total des œufs employés, il y aurait une grande supériorité en faveur de l'expérience n" 3. 3Iais il est facile de voir que cette supériorité tient surtout au petit nombre d'œufs mis en expé- rience, et à ce que ces œufs étaient primitivement tous en bon état. Ladisproportionn'est plus aussi forte entre ces trois expé- riences, quand on considère les rapports du nombre des mons- tres au nombre des œufs bien conservés. On voit par les rapports qui expriment la proportion delà mor- talité que les œufs exposés au froid ont péri en plus grand noml)re que les autres, ce qui montre que le froid est contraire au déve- loppement régulier de l'œuf. Mais à cette mortalité plus forte ne correspond pas un nombre de monstres plus considérable; c'est le contraire qui a lieu, comme on le voit par le tableau où le rap- port qui correspond aux œufs développés dans la chambre (0,^0 pour 100) est plus élevé que celui qui concerne les œufs exposés aufroid (0,33 pour 100). Sous le rapport des genres de monstruosités produites, nous voyons, par le même tableau, qu'il y a à peu près égalité entre les monstres doubles elles monstres simples. En d'autres termes, l'uniformité des monstres se fait voir dans les diverses expé- riences, malgré des différences notables dans les conditions qui ont présidé au développement. (La suUe à un prochain cahier.) RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 199 c; H 3 / — ^ ■« ira lO m o w — *H < eo o H NOTE SUR LA DURÉE DE LA GESTATION DE QUELQUES RUMINANTS OBSERVÉE DANS LA MÉNAGERIE DE LA SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE LONDRES, Par M. SCIiATER. La durée de la gestation de ces animaux a été notée avec soin ; elle varie un peu, on a constaté qu'elle est en moyenne de : 18 mois chez la Girafe {Camelopardalù gira/fa). 11 mois chez le Lama {Auchenia glama) et l'Alpaca {A. paco). 9 mois chez l'Antilope canna (Oreas canna). 8 à 9 mois chez l'Antilope nilgaut {Portaxpictu). 8 mois chez l'Algazelle {Oryx leucoryx), le Cerf wapiti (Ce/'i'«5 ca«ac/e«.ïî'5), le Gerl de Perse (C. WaUichii), le Cerf borasingha (C. Duvaucelii) , le Cerf du Japon (C. sika), le Cerf sambur (C. Aristotelù), le Cerf rusa (C. tmsa), le Cerf cochon (Cporcinus), et l'Axis (C. axis). Il mois chez le Mouton sauvage du Punjab {Ovis cijcloceros), et le Mouflon (0. rnusimon). {Annals and Magazine of natural History, 1864_. t. XIII, p. 182.) NOTE SUR LES CRISTAUX DE LA MATIÈRE COLORANTE DU SANG, Par M. ROLiIiET (Je Vienne). f J 11 y a quelques années, M. Fcichmann constata le fait que les acides organiques concentrés, spécialement l'acide acétique, agissant à une température élevée sur le sang desséché, donnent naissance à des cristaux de matière colorante facilement recon- naissables sous le microscope. Ces cristaux ont môme acquis une grande importance pratique, depuis que M. Briickclcs a introduits dans le domaine de la médecine légale, là où il s'agissait de vérifier si certaines taches étaient réellement proiUiites par du sang. M. RoUet a réussi à produire ces cristaux en quantité et à un état de pureté suffisants pour constater leurs propriétés chimiques. Ils réagissent en tout de même que X'hénui- tine amorphe ; ils ne semblent être, en dernière analyse, que l'hématine cristallisée, et ils peuvent même être obtenus à l'état de pureté par un traitement convenable de la même substance à l'état amorphe, dans lequel Berzclius, Lecanu et Mulderlavaicnt seuls obte- nue. Ces cristaux montrent des phénomènes distincts de pléochroïsme et d'iridesecnce de surfaces, et peuvent être chauflés jusqu'à 160° centigr., sans éprouver d'altération sensible. Leurs cendres sont de l'oxyde de fer sans avicun mélange de substances étran- gères, ^'ormant 10,45 pour 100 du poids total, ce qui conlîrmcrait les résultats obtenus par Lccaïui (10,00 pour 100 dans l'hématine tirée du sang humain), tandis que la for- mule de l'hématine, C^^H^îN^OBFc , généralement acceptée depuis sur l'autorité de M. Mulder, ne donnerait que 9,9 de cet oxyde, répondant à 6,93 pour 100 de fer métallique. {L'Institut, 3 février 1864.) RECHERCHES SUR LA DISTRIBU|TION DES CÉTACÉS DASS LES MERS BORÉALES, Par M. ESCHRICnT, (je Corenbsgue (i). § I. — Introduction. En opposition aux Cétacés fluviatiles qui ne se trouvent que sous les zones tropiques, et paraissent liés à des localités très- restreintes, les Cétacés marins au contraire sont tellement répan- dus dans toutes les mers du globe, qu'à l'exception des Bélugas, qui habitent seulement l'un des deux hémisphères, toutes les autres tribus que nous venons d'adopter sont représentées tant au nord et au sud de l'équateur qu'à l'est et à l'ouest de l'ancien continent. Le plus souvent ces tribus sont représentées de la sorte par les mêmes genres ; mais il est probable qu'elles ne le sont jamais par les mêmes espèces, ou, en d'autres termes, que les faunes cétologiques de ces régions, si diverses et si éloignées les unes des autres, ne renferment aucune espèce commune. De plus, dans chacune de ces quatre grandes divisions de l'Océan qui s'étendent depuis l'équateur jusqu'à l'un des pôles, la faune cétologique ne varie pas moins suivant la latitude, le climat, la richesse en poissons, en crustacés ou en mollusques, enfin suivant la profondeur de la mer et la configuration des (1) Notre regretté ami le professeur Eschricht s'occupait de la publication d'un nouvel ouvrage sur les Cétacés, lorsque la mort est venue interrompre ses persévérants travaux sur cette famille peu connue de Mammifères. Ce livre, rédigé en français et imprimé à Paris, sera peut-être perdu pour la science, et par conséquent nous croyons faire une chose utile à la mémoire de son auteur, et agréable aux lecteurs des Annales, en reproduisant ici un fragment de ce travail dont les épreuves nous avaient été sou- mises d'après le désir de ce naturaliste distingué. (Milxe Edwards.) 202 ES£URI€UT. côtes. Ainsi, en nous l^ornant à l'exemple qui nous intéresse le plus, savoir, à l'Atlantique, au nord de l'équateur et aux mers voisines, nous voyons que le Mysticetns, le Narwal et le Béluga affectionnent les mers polaires, tandis que la plupart des vrais Dauphins se plaisent plutôt dans les eaux tempérées ou même chaudes ; les ichthyophagcs par excellence cherchent les bancs de poissons, les teuthophages les grandes profondeurs; enfin tous les Cétacés de grande taille se tiennent de préférence dans l'Océan, tandis que les plus petits fréquentent plutôt les baies qui bordent les côtes. Il est vrai de dire que ces règles n'ont rien d'absolu et pré- sentent même de nombreuses exceptions. C'est ainsi que des Cachalots ont visité les côtes du Groenland, tout comme on a ol)servé des Narwals jusque sur les côtes de l'Ecosse et à l'em- bouchure de l'Elbe ; et tandis que les Marsouins se rencontrent fréquemment dans la haute mer, de grands Rorquals ont pénétré dans la Baltique, la Méditerranée, et même dans le fleuve de Saint-Laurent. Mais ces exceptions ne doivent pas faire perdre de vue la règle, et, à ce sujet, nous devons faire remarquer que c'est à tort que les auteurs modernes considèrent comme appartenant à la faune des côtes européennes toutes les espèces ([ui viennent y échouer, car un pareil système a pour résultat de les confondre les unes avec les autres, et même de les identifier avec celle du Groenland. D'ailleurs, quel que soit le nombre de ces exceptions, elles se bornent toujours à des individus isolés, tout au plus à des troupes égarées, et il n'en résulte aucune modification dans les stations elles parcours périodiques de l'im- mense majorité des individus de l'espèce. Or, ce sont précisément ces stations et ces parcours périodiques annuels qu'il importe de bien connaître pour chaque espèce, si l'on veut se rendre bien compte de la distribution géographique des Cétacés. On peut y parvenir assez complètement sans doute à l'aide des faunes littorales, pourvu qu'on en ait une collection suffisante ; car, bien que la plupart des Cétacés fuient le voisinage des côtes, ils ne peuvent guère les éviter lorsqu'il existe des îles isolées, soit près de leurs stations, soit sur les routes qu'ils parcourent, et il CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 203 y en a dans toutes les mers. Mais pour que ces faunes puissent servira l'étude de la distril)ution des Cétacés, il est absolument nécessaire qu'on les arrange d'une manière particulière qui soit appropriée à cet usage. En premier lieu, il faut en retirer les espèces dont on n'a observé qu'un ou deux cadavres, car on ne peut même en conclure qu'un seul individu vivant de ces espèces ait jamais paru dans les parages où ces cadavres ont échoué (1). Seulement, si le même accident s'est renouvelé plusieurs fois, et si l'espèce observée habite les grandes profondeurs, ainsi que c'est le cas pour les teuthophages en général, on peut supposer qu'elle appartient à la iaune de la haute mer située en face de la cùte en question. — Il ne faut pas se fier trop non plus aux échouements. En effet, un individu échoué fait toujours soup- çonner qu'il s'est éloigné plus ou moins des parages familiers à son espèce. Sur les côtes du Danemark, par exemple, qui, dans certaines saisons, abondent en Marsouins, mais sont fréquentées régulièrement par aucune autre espèce de Cétacés, on observe de temps à autre des échouements de Lagénorhynques, de Tur- sions, d'Orques, de Rorquals, mais jamais, que nous sachions, on n'y a entendu parler d'un Marsouin échoué ; et de même, m'a assuré le capitaine Holboll, il est bien plus rare qu'un Rorqual échoue sur la côte occidentale du Groenland, où ri en vient régu lièrement des troupes de plusieurs centaines de ces animaux, que sur la plupart des côtes européennes de même étendue, où cependant il n'en arrive qu'accidentellement quelques individus. Les échouements, qui ont fait foire de si grands progrès à l'ana- (1) Le 24 février 1852, une Baleine décapitée, toute pourrie, échouait surin cùte (lu départenu-nt de la Giroude (entre la pointe de Grave et le vieux Soulac). Elle fut brûlée par ordre de M. Haussman, alors préfet de Bordeaux, et le fragment iPune épi- physe \ertébrale est tout ce qui en a été conservé; mais sa longueur totale était de 15 mètres, et celle de la pectorale, de forme subovalairc, de 1 mètre. Or il est certain que la décapitation de cette baleine n'a pas été exécutée sur les côtes de la France ; tout porte à croire, au contraire, qu'elle a été fuite par un baleinier, car, en cITet, c'est une manoeuvre assez commune à la pèche des Baleines, sur de jeunes individus, pour pouvoir découper les fanons sur le pont du navire. Mais la pèche de la Baleine ne se fait, de nos temps, qu'à une très-grande distance des côtes européennes. (Nous de\ons cette conununication, ainsi que le petit fragment du squelette qui reste encore, à l'ami- tié de M. Musset, directeur d'un institut à Toulouse.) 20/l ESCHRICHT. tomie des Cétacés, ne sont donc, à ce qu'il nous semble, que des moyens très-précaires pour l'étude de leur distribution géogra- phique. Ce n'est, en effet, que quand les éehouements d'une espèce se répètent assez souvent, et de plus dans la même sai- son, qu'on peut en tirer des conclusions plus ou moins assurées, uotammejit sur ses migrations. Par contre, on ne peut jamais faire trop attention, dans l'étude de la distribution des Cétacés, au petit nombre d'espèces qui, sur la plupart des côtes, reviennent régulièrement tous les ans, et par suite y sont toujours les plus communes et sont connues par les pécheurs sous des noms populaires. Que ces espèces soient abondantes ou non, ([u'elles y restent pendant plusieurs mois ou qu'elles ne fassent que passer, la régularité de leur apparition sur une côte atteste toujours qu'elles n'y sont pas étrangères, et que par suite elles appartiennent de droit à la faune de cette localité. Seulement il ne faut jamais oublier de bien distinguer partout la faune cétologique d'hiver de la faune d'été, celle du prin- temps de celle de l'automne, et même, autant que possible, la faune cétologique de chacun des mois; enfin, on doit également observer avec la plus grande attention la durée du séjour de chaque espèce. Ce n'est qu'après avoir rassemblé une suite assez complète de faunes littorales arrangées d'après ce modèle qu'on parviendi'a à se rendre compte de la distribution des Cétacés. Mais recueillir ainsi des observations tout le long des côtes n'est pas une œuvre susceptible d'être accomplie en un petit nombre d'années, et qui puisse être achevée par un seul homme. Aussi, bien que les cir- constances nous aient singulièrement favorisé, et que nous ayons été assisté par des amis pleins de zèle résidant sur les lieux mêmes, ce n'est qu'un petit fragment de cette œuvre que nous avons à offrir aujourd'hui aux zoologistes ; ce fragment servira pourtant à donner une idée de la vie nomade des Mammifères organisés pour ne jamais sortir de la mer. CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 205 § II. — La côte occidentale du Groenland. On sait que, depuis 1721, une partie de la côte occidentale du Groenland (depuis le GO' jusqu'au lo" degré de latitude) a été occupée par de petites colonies danoises. Elles ont souvent compté parmi leurs membres des hommes courageux qui se sont voués à la propagation du christianisme et à ravancement des sciences, et dont plusieurs, tels que les missionnaires Hand Egede, Otto Fabricius, et, dans le siècle actuel, les gouverneurs Hôlboll et Rink ,ont laissé de beaux monuments de leurs travaux. Pour ce qui regarde la distribution du Mijaticelus dans ces parages, la direction royale des colonies danoises en ftivorisa sin- gulièrement l'étude, en ordonnant, en 1779, peu après le départ d'Otto Fabricius, la fondation de plusieurs établissements le long de la côte pour organiser une pêche de ce Cétacé plus régu- lière et plus méthodique que ne l'était celle desGroenlandais, les seuls qui s'y fussent livrés jusqu'alors. Cette pêche ne se faisait pas en pleine mer ou avec de grands bâtiments, mais près de la côte et avec des bateaux baleiniers dont l'équipage se composait d'Esquimaux. Pendant toutlhiver, cesbaleinières restaient tou- jours prêtes à partir pour l'attaque, aussitôt que les gardes postés sur des points élevés de la côte donnaient l'alarme. Il y avait de ces établissements à Sukkertopen (65" 25' et o8"),àHolsteinsborg (66° 15'), il Godhavu (69° 15') etàOmenak (71°), et le revenu de cette pêche littorale fut assez considérable jusque vers 1826, bien que le nombre des individus péchés depuis 178i jusqu'en 1840 n'ait été évalué qu'à 858. iMais à la même époque les baleiniers hollandais se livraient dans cette mer à une pêche bien plus active, car, de 1719 à 1778, ils prirent 6986 Mysticetus (1), et en 1817 vinrent les Anglais, qui , de 1827 à 1830, en ont pris jusqu'à 3391 , Le nombre desMysticetus diminua alors tellement, que le revenu (1) De .îong, Kobel, Salietli, De Walvischvangt, met veele Byzonderhedcn daartœ betrekkelik. Tvccde Dccl, p. 113 seq. — Lcslie, Jameson and Murray, Narrative oi Biscovenj and Adventure on the polar Seas and Régions, etc. 3^ édit. Edinburo-h 1832, p. 419. . ° ' 206 EscuRicnT. de la pêche littorale n'en couvrit plus les frais, et que les établis- sements delà compagnie danoise se fermèrent l'un après l'autre; il ne reste plus aujourd'hui que Holsteinsborg (66" 56'), où l'on prend un ou deux de ces Cétacés par an. De 1849 à 1851, on en a péché six; de 1852 à 1854, aucun ; en 1855-1856, trois; en 1857, aucun, mais en 1858 on en prit quatre. Mais les nombreuses observations recueillies dans ces établisse- ments n'ont pas été perdues pour la science. En premier lieu, les gardes postés çà et là pour surveiller l'horizon offraient au natu- raliste une ressource précieuse pour l'étude des migrations du Myslicetus. Eu outre, par l'ordre de la direction de la compagnie royale des colonies, on créa dans ces établissements des journaux qui non-seulement servaient à inscrire le nombre des animaux péchés, mais recevaient aussi les diverses obsen'ations faites du- rant la saison , et l'on y inscrivait tout ce qui s'était passé d'extraor- dinaire relativement à la poche. Or, ces journaux, rédigés pen- dant trente-cinq ans avec plus ou moins d'exactitude, ont été gardés dans les archives de la compagnie, et l'on y trouve sur les migrations du Myslicetus à peu près tous les renseignements que le naturaliste aurait pu acquérir pardes gardes postés à sesordres aux points les plus propices pour ces observations. Cependant ces documents n'ont jamais, que nous sachions, été appelés au ser- vice de la science, avant que M. le professeur Reinhardt fds, par la bienveillance de la direction royale, s'en servît pour en faire des extraits destinés à la monographie du Myslicetus, que nous avons rédigée en commun lui et moi , et qui a été publiée , en 1 861 , dans les Mémoires de la Société royale des sciences de Copenhague. Pour ce qui regarde les autres espèces de Cétacés qui fréquen- tent ces parages, nous n'avons pas eu, il s'en faut de beaucoup, des renseignements aussi authenti([ues; cependant de tous côtés on nous a assistés dans nos recherches de la manière la plus géné- reuse et la plus amicale. La direction royale des colonies nous a facilité de toutes les manières le transport des gros objets dont nous avions besoin, et un grand nombre d'employés se sont empressés de mettre à notre disposition leurs échantillons les plus précieux. CÉTACÉS DES MEgS BORÉALES, 207 Mais nous sommes redcvalîles de nos plus riches matériaux à un ami l)ien cher qui a halMté pendant pUis de trente ans, eu qua- lité de gouverneur, la côte occidentale du Groenland, l'homme le plus capable de recueillir les connaissances pratiques des indi- gènes, très-instruit lui-môme dans plusieurs branches de l'his- toire naturelle, plein de zèle pour la science ; en un mot, le brave capitaine HôlboU, qui, en i(S5G, victime d'une catastrophe sur la- quelle on n'a jamais eu de détails, disparut avec le bâtiment qui le transportait encore une fois dans ces froides et tristes régions. Tous les renseignements que nous avons reçus de cet ami sur les Cétacés du Groenland étaient d'autant plus précieux, qu'ils étaient ordinairement accompagnés soit de squelettes, soit de fœtus, qui ne laissaient aucune incertitude sur la détermination des espèces dont il était question. Les Groenlandais distinguent les Balemes de la manière sui- vante : 1. Afbek^ le Myslicetus. 2. Keporkak ou Krepokak [Balœna boops, Fabr.). Le premier échantillon de cet animal nous est parvenu eu i839 : c'était un fœtus de r','i76delong, qui nous a permis de constater immé- diatement que cette espèce est une baleine à Bosse. Plus tard, nous en avons reçu plusieurs autres fœtus et huit squelettes (par HôlboU). 3. Keporkarnak. Fabricius l'a rapporté au B. musculus, mais, bien entendu, avec la plus grande réserve. Aen juger parle nom, ce doit être une espèce plus rare des Baleines à bosse. Jamais il n'en a été envoyé quelque partie en Europe, mais le capitaine HôlboU l'a observé en pleine mer (1). li. Tunnolik {B. physalus. Fabr.). Par ce nom, les Groenlan- dais désignent les Baleines à aileron géant. On ne poche pas ces Baleines. Nous en avons cependant reçu un squelette conq)let (par HôlboU) et quelques fragments d'un autre individu ; ils (1) Journal de Knijer,, 2 vol. (1849), p. 308-310. Conf. E.sciiiiciit; Wulthiere, I, 197. 208 ESCHRICHT. seront décrits comme deux espèces du genre Physalus (miisculus et gigas) . 5. Tikagulik (B . roslrata, Fabr.), les Baleines naines. Nous en avons eu à notre disposition plusieurs squelettes, ainsi que des nageoires et d'autres parties (parHôlboll). Pour les Crétacés à dents, les Groenlandais ont les noms sui- vants : 1. Kigutilik, un Cachalot dont Fabricius a fait une description qui prouve suffisamment qu'il l'a observé lui-même. Il est très- rare dans ces parages. 2. Kelelluak kernektok, leNarwal. 3. Kelelluak kakorlok , le Béluga. k. Anarnak (Monodon spurius, Fabr.) (1). Deux crânes que nous en a envoyés Hôlboll ont prouvé que c'est un Cétacé canard. 5. Ardliik. Quoique Fabricius ait appelé ce Cétacé Plujseter microps, tout ce qu'il dit de sa manière de vivre devait déjà nous convaincre que c'est un Orque (2), et nous en avons eu la preuve en examinant les nageoires d'un Ardluk femelle, dont Hôlboll nous a envoyé le modèle découpé en papier, en même temps que le squelette. En effet, la nageoire dorsale était parfaitement sem- blable à celle de l'Orque femelle, que M. Schlegel a représentée (1) Le caractère systématique que Fabricius a donné à VAnornak n'est pas bien propre à v faire reconnaître le Cétacé canard : n Monodon dentibux duoliux minutis in maxilla .mperiore, dor.so pinnato.» Heureusement il avait ajouté le caractère populaire de cette espèce : « Caro et lardum ejus taxe supra modum purgantes, hinc nomen ejus grocnlandicum,quod est: cacare faciens. » Mais il a aussi mentionné un autre caractère populaii-e qui ne doit pas être négligé non plus : « ^Son facile se immergendo caudam ostendit , sed sa-pius pro modohahet retrorsumde aqua atsurgere ad pinnas pectorales. » (2) M. J. E. Gray a conservé des doutes sur ce point {Catalogue, 1850, p. 55), parce que Fabricius n'a pas fait mention des parties blanches particulières à cette espèce, et qu'il ne décrit que les dents de la mâchoire inférieure; mais Fabricius ajoute {Fauna groenl., p. i5, note), et c'est ce qui parait avoir échappé à M. Gray: vDicuni etiam QroenlaïuH illum in maxilla superiori dentés habere ; sed fato rnilii denegante, prœter- vivum, plus quani mn.cillam inferiorem videre, incertussum. » Or il est fort naturel que Fabricius, qui ne connaissait de l'extérieur de ce Cétacé que ce que l'on en peut voir quand l'animal nage, cl qui n'avait eu occasion d'en examiner que la mâchoire, n'ait jamais pu observer ni les dents de la mâchoire supérieure, ni les grandes parties blanches qui se trouvent seulement en bas et sur les cùtés. CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 209 dans sa belle planche (1). Mais les Groenlandaisdistingnent, en outre, un Jrdluksoak , cest-à-dire un « grand Ardluk» , et c'est seulement celui-ci queFabricius a désigné sous le nom de D. orca, en le caractérisant par les mots suivants : « Delphinm pinna dorsi allissima; habitat cum prœcedente [Ardluk] Balœnarum tijrannus. » Or, d'après les observations faites sur l'Orque mâle que nous avons examiné en juillet 18GJ , lequel avait aussi une pinna dorsi allissima, ce qu'aucune femelle n'a présenté encore, que nous sachions, nous ne pouvons regarder cet Jrdlidisoak, ou «grand » Orque des Groenlandais, que comme l'Orque mâle, tandis que V Ardluk en est la femelle. 6. Pernak [Physeter catodon, Fabr.). Fabricius n'en a vu que quelques dents [in phniim ohliquum desinentes), et depuis aucun naturaliste na eu l'occasion d'en examiner la moindre partie. On avait dit à Fabricius qu'il était pourvu d'une nageoire dor- sale, et qu'il avait la mâchoire inférieure plus longue et plus étroite ; enfin l'ancien pasteur Glahn (2) dit qu'il a 6 mètres en- viron de longueur et le museau pointu, mais qu'il est extrême- ment rare. 7. Nisa, le Marsouin. Ce mot Nisa n'est pas groenlandais d'origine, mais Scandinave. Les Groenlandais, c'est-à-dire les Esquimaux, l'ont pris des premiers colons Scandinaves établis dans la partie méridionale du Groenland, probablement parce qu'en arrivant de contrées situées plus au nord, ils ne connais- saient pas encore cette espèce, qui, en effet, ne se trouve sur les côtes de ce pays qu'au-dessous du Ik" degré de latitude. Les Groenlandais n'ont pas de noms primitifs pour les autres Cétacés à dents, mais ils les désignent par des noms dérivés ordi- nairement du mot Nisa, ce qui prouve que ces espèces n'ont été observées par eux qu'après le Mtu'souin, et qu'elles se trouvent seulement le long des côtes méridionales. Nous citerons les suivants : (1) Abhandlanc/en aus ckm Gebiete dcr Zoologie und vergleichenden Anitomie 2" cahicf. ' (2) An?iotations{{~'7l),p. 139. 5° série. Zool. T. I. (Cahier u» /î.) 2 14 210 ESCURICIIT. 1. Nisarnak, qui ressemble au Marsouin. Fabricius l'a dési- gné comme Delphinus tursio^ et sa description (1), qui prouve suffisamment qu'il l'a observé lui-même, bien que cet animal soit rarissimus omnium congenerum^ s'accorde assez bien avec les caractères de cette espèce (i). Cependant le capitaine Hôlboll a prétendu (3) que c'est le Grindewal que les Groenlandais dési- gnent par le nom Nisarnak. Probablement la plupart des Groen- landais ne veulent dire par ce nom que ce qu'il signifie : un ani- mal qui ressemble au Marsouin ; et, en effet, peu importe si l'on s'en sert plus souvent pour le Tursio ou pour le Grindev\^al. Ce qui reste certain, c'est qu'on observe très-rarement ces deux espèces sur la côte groenlandaise du détroit de Davis. 2. Nisarnaksoak, grand jNisarnak. 3. Nisangvoak, un petit Marsouin. _., 4. Nisarpek, le plus grand Marsouin. Il est très- possible que sous quek[ues-unes de ces désignations se\achent les espèces nouvelles ; mais il est tout aussi probable qu'elles ne sont que des expressions vagues, ou bien encore qu'elles font partie d'une de ces nomenclatures improvisées aux- quelles la langue groenlandaise se prête admirablement. De même, les Groenlandais ont dérivé du moi JnUuk (l'Orque commun et spécialement fOique femelle) le nom Ardluarsuk, qui veut dire le rare Jrdluk. Fabricius l'a interprété comme Delphinus delphis, ce qui de son temps ne désignait qu'une espèce de la tribu des vrais Dauphins. Or les fœtus et squelettes de cette tribu que nous a envoyés Hôlboll étaient tous desLagénorhynques albirostres à 90 vertèbres (ceux qui provenaient des parages du Danemark, et ([ue nous avons eu l'occasion d'examiner, en avaient 92), à un seul près, qui pourrait bien être une nouvelle espèce, et qu'en attendant nous avons appelé Delphinus HoU hollii. (1) Fauna t/roénlandicai, i>. ^9. (2) 11 serait fort curieux d'apprendre si le CaraCtèi'c populaire ajouté par Fabricius ! V. emerrjens nwjorem porlem corporis quain cœteri, odendil ■» , convient au Tursio ou non. (3) Eschrlclil, Walthiere, 194, CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 211 Dans ces recherches sur la distribution des Cétacés, nous ne ' devons nous occuper que des espèces les mieux connues sur cha- cune des côtes septentrionales ; nous nous bornerons donc, pour ce qui regarde la côte occidentale du Groenland, aux esptk'es sui- vantes: le Mydicelus.la Baleine à bosse ordinaire (en Groenland), les grandes Baleines à aileron, les Baleines naines, le Narwal et le Béluga, les Orques et le Marsouin. En outre, nous aurons quelques mots à dire du Cétacé canard, du Grindewal et des vrais Dauphins. Le premier résultat que nous ont donné les journaux rédigés pendant trente-cinq ou trente-six ans dans les deux établisse- ments principaux pour la pèche de la Baleine, c'est que sur la côte du Groenland, depuis le 69' jusqu'au 65" degré de latitude, on n'a jamais observé de Mysticetus dans les mois de juillet, d'août, de septembre et d'octobre ; mais au commencement de décembre, ou quelquefois à la fin de novembre, il en arrive régu- lièrement tous les ans un certain nombre, qui y stationnent tant que durent les grands froids. En février, ils commencent déjà à abandonner la partie méri- dionale de cette station ; vers la fin de mars, il n'en reste plus au 66° 56', et en mai ou en juin ils ont disparu au 69° degré. Pour mettre le lecteur au courant des fluctuations auxquelles sont sujets, pour cette station, l'arrivée et le départ des Mysti- cetus, nous donnerons ici un fragment des journaux des établis- sements dont 1 s'agit : 212 ESCHRicnr. ANNEE». 1779- 1780 1781 1782- 1783- 178Û- 1786- 1787- 1799- 1800- 1801- 1802- 1803- 1804- 1805- 1800- 1807- 1808- 1809 1810- 1811- 1812- 1813 181/i- 1817 18)8 1819 1820 1821 1822 1823 182i 1825 1826 1827 1828 1829 1830 1831 1832 1833 1834 18 35 1836 1838 J780 1781 1782 1783 1784 1785 1787 1788 1800 J801 1802 1803 1801 1805 1806 1807 1808 1809 1810 1811 1812 •1813 •1814 1815 •1818 •1819 •1820 •1821 •1822 •1823 •J824 •1825 •182G ■1827 -1828 -1829 1830 -1831 -1832 -1832 -1834 -1835 -1836 -1837 1839 EPOQUES AUXQVEUI.Es (IN A OBSERNE DES MVSTICETVS. l'rcmier jour Je l'auloraiic. A Godliavn (GO- 14'). 13 décembre. 5 décembre. 23 no\cmbre. 12 décembre. 14 id. 8 id. 12 id. 17 novembre. 2 décembre. 2 id. 19 novembre. 15 décend)rc. M id. » 19 novembre. 14 ilécembrc. 2 id. » 12 novembre. » 12 décembre. 19 id. 12 id. 30 novembre. 6 janvier. 7 décembre. -8 id. 3 id. 29 novembre. 7 décembre. 1 id. 13 id. 1(> id. 2 id. 25 novcml)re. 26 décembre. 23 novembre. 19 id. A Holsteiiisborg ((lO» 5li'). 9 janvier. 6 id. 21 décembre. 10 janvier. 14 id. 22 novembre. 29 novembre. 23 décembre. 7 décembre. 3 id. 5 id: 9 id. 6 id. 28 novembre. 8 décendjrc. 26 id. 22 janvier. 25 décembre. 13 id. 8 id. 30 novenilire. 7 décenilire. 7 id. 22 id. 17 id. 30 novembre. 10 décembre. 16 id. 30 novembre. 5 janvier. 17 décembre. 16 id. 14 janvier. » 10 février. 7 décembre. 17 décembic. Premier jour du printemps. à Holstcinsliorg. 2 mars. 4 id. 23 id. 4 13 6 id. id. id. 21 7 30 24 27 1" mars. 8 id. il mars. 3 avril. 20 mars, 5 id. 26 février. 27 mars. 18 février, id. mars, id. id. id. 28 janvier. 29 niars. 9 avril. 6 mars. 9 id. 16 id. 12 février. 8 mars. 15 id. 19 février. 19 id. 4 mars. 14 janvier.'' » 18 février. 10 mars. 12 niar; à Godliavn. 20 mai. 29 20 4 2 12 25 12 28 18 4 12 31 15 12 9 mai. juin. id. mai, juin. id. mai. id. juin. id. juin. id. 26 avril. 17 24 9 5 10 14 20 5 12 19 1' 18 4 8 8 24 20 9 j III II. mai. juin. id. id. id. mai. juin. id. mai. ■■ juin, mai. juin, mai. juin. ' id. id. id. DiniF, du séjiiu'. Jours. 160 176 180 )} 185 171 156 197 208 178 168 199 180 173 » 209 181 152 » 166 » 189 157 180 188 J57 190 164 185 177 164 183 157 172 158 196 181 211 204 Dans cette année on n'a fait, dans cette colonie, qu'une seule observation d'un Mi/sfiœti's (le 14 janvier). Dans cette année on n'a pas observe de Mysticctus d-Ain cette colonie. CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 213 On voit que, clans cette période de trente-cinq ans que com- prennent les journaux en question, l'arrivée des premiers Mysti- celus a eu lieu : 1 fois (en 1817) lé 12 novembre. 21 fois dans la seconde moitié de novembre. 4 fois dans la première moitié de décembre. 1 fbis (en 1823-24) dans la première semaine de janvier. et le départ des derniers : i fois (en 1818) le 26 avril. o fois dans la première moitié de mai. 10 fois dans la seconde moitié de mai. 17 fois dans la première moitié de juin. à fois dans la seconde moitié de juin. Quant à la durée de leur séjour, la plus longue qui ait été observée est de 208 à 200 jours et lapins courte de 152 jours; soit, en moyenne, 177 jours, ou la moitié de l'année à peu près. Ces fluctuations dépendent sans aucun doute des conditions de la glace, qui à leur tour dépendent de la température et surtout de la durée de la gelée. La rigueur plus ou moins grande de la gelée donne encore lieu à des fluctuations dans les limites de la station. C'est ainsi que dans les hivers peu rigoureux, un grand nombre de Mijsticetus séjournent dans la vaste baie de Disco, à environ 79 degrés de latitude, peut-être même dans les baies plus boréales d'Omenak et d'Upernavik, et, par suite de cette circon- stance, descendent d'autant moins vers le sud: en 1832-1831, par exemple, ils n'ont pas atteint le 60' degré. Dans les hivers très-froids, au contraire, les Mysticetus sont obligés de se retirer des baies plus septentrionales, nommément celle de Disco, mais leur station se prolonge alors vers le 65' aegré, et, à en croire les relations du missionnaire allemand David Crantz (1), en 1856 elle s'est même étendue jusqu'au 6/i.'' degré. Il ne faut pas confondre les variations que présentent les limites de cette station d'hiver du Mysticetus et la durée du séjour qu'il y fait, avec les cas exceptionnels relatifs aux individus qui s'aven- (1) Historié l'on Grirnland, II, p. 835. 2ih ESCHRICnT. turent loin de leur troupe ou qui restent en arrière après avoir perdu leurs guides. Ces accidents sont toujours si rares, qu'il n'en est encore parvenu que quatre à notre connaissance. Une fois (d'après une communication du capitaine Hôlboll) on a observé un jeune individu isolé dans les parages de Godthaab [Qk") ; le 2 décembre 1805, on en a péché un autre dans les parages de Frederikshaab (62"); en 1831, un Baleineau fut harponné sans succès à une latitude de Gl" 25' ; et enfin, ce qui paraîtra très- extraordinaire, le 2o juillet 18o2, on en a observé un second à cette même latitude. Il est donc très-certain que des troupes entières viennent tous les ans hiverner sur la côte occidentale du Groenland, entre le 69' et le 65' degré de latitude. Est-ce que ce sont toujours les mêmes individus ? Comme il y ad'autres stations d'hiver du ^Jys~ tlcelus assez près, soit sur la côte opposée du détroit de Davis, soit dans les parages à l'est du Groenland, il serait trop hardi peut- être de vouloir prétendre que ces diverses troupes restent com- plètement distinctes les unes des autres, mais nous avons cepen- dant quelques faits à citer en faveur de cette présomption. Ainsi un Mystieelns, recounaissable à ce qu'une partie de sa nageoire caudale, qu'il avait perdue, s'était régénérée sous la forme d'une grosse protubérance, avait été chassé à plusieui's reprises dans une certaine baie (d'Amertlok) dans l'hiver 1812-1813; l'année suivante, on le reconnut dans cette même baie, et l'on s'en rendit maître le h janvier 181 /i. De même un baleinier anglais péchait le 15 mai 1837, à environ une lieue de Godhavn, un Mysticetus portant un fragment d'un harpon, qui fut reconnu parles colons danois de cet établissement pour lui avoir été lancé le 26 fé- vrier 1833 (Extrait des journaux officiels de ces établissements). Ces Mysticetus qui stationnent si régulièrement tous les hivers dans ces parages, où habitent-ils dans les intervalles? Il n'y a pas de doute qu'en arrivant, ils ne viennent, en grande partie du moins, des parages plus septentrionaux de cette même côte, et qu'ils n'y retournent ensuite; car, dans les colonies danoises situées plus vers le nord, telles que Omenak (71°) et Upernavik (72" /i8'), où l'on n'en voit jamais ni en août, ni en janvier, CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 215 février, mars, ils apparaissent régulièrement tous les ans, d"ai)ord en automne, quelquefois avant la fin de septembre, mais ordi- nairement eu octobre, novembre et une partie de déceml^re, et puis au printemps, en avril, mai, juin, etquelquefois même dans les deux premières semaines de juillet; et il est évident qu'ils sont alors en route pour gagner leur station d'hiver ou d'été. Mais il est également très-probable que, parmi les Mysticetm de cette station d'hiver, il y en a un certain nombre qui passent l'été sur la côte américaine. En effet, si les individus qui occupent la partie la plus méridionale de la station groenlandaise ne venaient pas de l'ouest plutôt que du nord, il serait assez difficile d'expli- quer comment les parages situés par 60° 56' sont souvent occu- pés tout aussitôt (leoO novembre 1822), et même quelquefois de meilleure heure (en 180/i, 1809, 1810, 1820 et 1823) que ceux dont la latitude est de 69" 14'. Mais les individus qui, en juin, se dirigent vers le nord, où vont-ils passer le reste de l'été? Nous avons déjà ftiit remarquer qu'au commencement de juillet et à la fin de septembre, on en voit encore quelques-uns dans les colonies danoises les plus sep- tentrionales, c'est-à-dire entre le 70" et le 73" degré ; mais, depuis le milieu de juillet jusqu'à la fin de septembre, on n'en observe plus aucun dans ces parages. Par bonheur, c'est précisément pendant les mois de juillet, d'août et de septembre, que la mer de Baffîn offre le moins de dangers pour la navigation, et que les navires peuvent y péné- trer jusqu'aux 77' et 78* degrés. Or, les rapports de tous les na- turalistes qui ont fréquenté ces parages ne laissent subsister aucun doute sur l'existence, le long de la côte occidentale du Groenland, entre le 75^ et le 78'' degré de latitude, d'une station d'été du Mijslicetus, analogue à leur station d'hiver entre le 65' et le 69" degré. En juillet 1616, Baffin, le premier explorateur de cette mer, trouva une si grande quantité de ces Cétacés dans une baie située vers 77° 5', qu'il lui donna le nom de haie des Baleines (1). Le capitaine Ross, en août 1818, en a rencontré (1) Pm-chns, His pilgrim., UI, 846. 216 ESCORICHT. également un grand nombre entre le 75' et le 76° degré (1). Cependant la migration du Mysticetus, pendant le court été de ces régions, ne s'arrête pas toujours au fond de la mer de Baffîn. Des individus atteints par le harpon dans les parages à l'ouest du Groenland ont été péchés dans ceux du Spitzberg, et vice versa, soit que la retraite de ces individus vers l'est ait été déterminée par leur jjlessure, soit qu'eu effet les Myslicetus de ces deux parages communiquent ordinairement tous les ans les uns avec les autres par le nord du Groenland, qu'on sait être une île. Aux exemples d'accidents de ce genre que nous a cités le capitaine Scoresby (1), nous pouvons en ajouter quelques autres , dont deux datent de 1805 (2). Le premier est relatif à un Mysticetus péché par le capitaine Sadler dansles parages du Spitzberg, et qui portait dans ses chairs une flèche groenlandaise, et le second à une Baleine blessée par le capitaine Frank dans le détroit de Davis, et prise la même année, près du Spitzberg, par son fds, qui retrouva le harpon de son père fixé encore dans le corps de l'animal. Enfin on lit dans les anciens rapports de Paul Egede (3) un cas analogue qui lui a été raconté par un capitaine baleinier, mais qui nous parait peu digne de confiance. Pour rendre plus claire cette description des migrations du Mysticetus sur la côte occidentale du Groenland, nous essayerons d'en donner une représentation graphique. Dans la carte qu'on trouvera jointe à ces pages, les lignes hori- zontales correspondent aux degrés de latitude, et les verticales aux mois de l'année. Nous avons marqué sur les premières les dates correspondant aux migrations du Mysticetus, en désignant par An, Ai, les dates d'arrivée des premiers individus aux diverses latitudes, suivant qu'ils viennent du nord ou du sud, etparDs et Dw celles du départ, pour chaque latitude, des derniers indi- vidus, selon qu'ils se dirigent vers le sud ou vers le nord. En sui- (1) A Vmjage of dàcovenj in His Majesty's .ihijtt Imbella nnd AhxfinclPi', etc. 2« édition. London, 1819, vol. I, p. 88 et 154. (2) Account, I, 10-11. (3) Quarfcrly Review. vol. XVIU. Loiuiou. 181S, p. 112. CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 217 vant une des lignes horizontales, on verra dans quelle saison et pendant combien de temps la côte occidentale du Groenland à cette latitude est visitée par les Mysticetns , et les lignes verticales indiquent quelles en sont les parties qu'ils fréquentent pendant les mois correspondants. Après avoir traité si longuement des stations et des migrations du Mysticetus sur là côte occidentale du Groenland, nous pouvons passer plus rapidement sur celles des autres espèces, et nous ne croyons pouvoir mieux faire à leur égard qu'en reproduisant le rapport du capitaine Holbôll, tel qu'il a bien voulu nous l'adres- ser il y a déjà plus de vingt ans. Le Narwal n'a pas pour la glace une prédilection moins grande que le Mysticetus. Il n'arrive dans la baie de Disco (69° 15') qu'en décembre, et se retire vers le nord aussitôt que la glace compacte ne lui oppose plus d'obstacle. On le voit très-rarement au-dessous de 65° 30' de latitude ; il n'apparait en nombre considérable qu'à Upernavik. Le Béluga est de beaucoup le Cétacé le plus commun de la côte occidentale du Groenland. On en voit quelquefois des troupes de plusieurs milliers d'individus. Il arrive ordinairement en octobre à la baie de Disco (69° 15') ; au commencement de décembre, il atteint le 64" degré (Godthaab), et un peu plus tard le 63° degré (Fiskenas), mais il ne dépasse pas le 62° degré. Pendant tout l'hiver, on le retrouve en grand nombre dans les baies du Groen- land méridional. Sa retraite vers le nord commence au 62° degré vers la fin d'avril, de sorte qu'à la fin de mai il n'en reste plus à cette latitude que quelques individus isolés, mais il ne quitte les 69° et 70° degrés qu'au commencement de juillet. C'est pendant ce mouvement de retraite qu'on se livre à la pêche de ce Cétacé, soit à Godthaab (6/i"), soit dans la baie de Disco (69°), en en poussant des troupes entières sur le rivage : les Groenlandais en prennent environ cinq cents par an. Les grandes Baleines a aileron n'arrivent au détroit de Davis qu'au printemps; elles habitent pendant l'été la partie nord, et pendant l'automne la partie sud de la côte; souvent elles se réunissent en troupes pour donner la chasse aux bancs de pois- 218 EscnmciiT. sons. On ne les pêche jamais, et les deux individus dont nous avons eu quelques parties à notre disposition avaient tous deux échoué sur la côte. La Baleine à bosse, la plus commune de toutes les Baleines qui fréquentent la côte occidentale du Groenland, se montre, vers la fin d'avril, sur la partie méridionale de cette côte. Pendant tout l'été, elle la parcourt indifféremment au nord et au sud, et en novembre elle retourne ordinairement dans lÂtlantique ; il en reste cependant parfois quelques individus jusqu'en janvier. A Frédérikshaab (62°), elle fait l'objet d'une pèche régulière dont il sera question plus bas. Les Baleines naines arrivent en avril à GodthaÀb (6^1°), et, à partir de cette époque, on les trouve en abondance tant au nord qu'au sud de la côte, mais surtout au sud. Elles partent en nor venibre ou en décembre. Le Marsouin arrive à la côte à la fin du mois d'avril, et la quitte en novembre ; mais si le froid est moins rigoureux que d'ordi- naire, il y reste quelquefois jusqu'en décembre. HôlboU ne l'a jamais vu monter jusqu'au 09' degré; pourtant il ne prétend pas qu'on ne puisse aussi en trouver au delà de cette latitude, et en effet, en 1801, M. Paff, médecin des colonies septentrionales, m'a annoncé en avoir observé près de Rittenbenk (69° /|2') et de Omenak (70° /|2') au mois de juin, et près de Jacobshaon (69° 8') jusqu'à la fin de juillet. L'Orque ne vient pas souvent sur la côte ; cependant, de temps à autre, on le rencontre çà et là en petites troupes. HôlboU ne l'a jamais observé avant le mois de mai ni après le mois de no- vembre, mais les Groenlandais prétendent en avoir vu quelque- fois en hiver. Quant au Cétacé canard', le capitaine HôlboU, pendant les trente ans qu'il a habité le Groenland, a seulement eu occasion d'en voir deux crânes qui avaient été jetés sur la côte, et, pour ce qui concerne le Grindewal, il n'en a aussi observé que trois troupes dans toute cette période. Ces deux espèces sont donc très-rares sur cette côte. Fabricius, en effet, dit du pre- mier : « Cadavera fere sola acquiruntur, rarissime vivo visa » ; CÉTACÉS DES MERS BORÉALES, 2l9 et du second (si c'est en effet son Nisarnak) : « Rarissimus omnium congenerum » ; mais cet auteur ajoute en même temps qu'ils vivent l'un pour l'autre « in alto mari » , Il est donc plus que probal)le que ces deux Cétacés sont plus communs dans le détroit de Davis que ne le fout supposer les observations faites sur les côtes. Mais, en toutcas, ils n'y habitent que pendant l'été. Du rapport du capitaine HôlboU que nous venons de mettre sous les yeux du lecteur, il résulte que tous les Cétacés qui fré- quentent la côte groenlandaise du détroit de Davis, il n'y en a pas une seule espèce, ni même un seul individu ({ui n'appartienne aussi à quelques autres parages. En effet, le Mysticetus, le Narwal et le Béluga y ont seulement une station d'hiver, et passent une partie de l'année dans les régions plus l'approchées du pôle nord, , taudis que toutes les autres espèces n'y ont qu'une station d'été, et habitent pendant l'hiver l'Atlantique ou les mers voisines. Quelque riches en Cétacés que soient ces parages, le nombre des espèces qui y séjournent régulièrement, tant au nord qu'au sud, est cependant, en toute saison, assez limité. En hiver, il n'y a entre le 69' et le 66' degré que des Mysticetus et des Narwals, et entre le 66' et le 62' degré que des Béluga. En été, au con- traire, on ne trouve au nord que de grandes et de petites Baleines à aileron, des Baleines à bosse, quelques Orques et Marsouins, enfin au large probablement des Cétacés canards ; et au sud ces mêmes espèces, avec cette difFérence toutefois qu'il y arrive aussi , assez irrégulièrement, de vrais Dauphins , notamment des Lagénorhynques , des Grindev^'als et d'autres Cétacés de l'Atlantique. La carte que nous avons dressée pour le Mysticetus nous servira également pour indiquer la distribution des autres Cétacés qu fi'équentent la côte occidentale du Groenland. Les migrations du Narwal, par exemple, y sont représentées par la même bande que celles du Mysticetus, dont il est le compagnon ordinaire. De même une parallèle à cette bande, menée à 3 de- grés environ plus au sud, indiquera la limite de la distribution du Béluga, puisc[u'il se tient toujours à cette distance des deux autres Cétacés polaires. Quant aux Cétacés d'été, comme nous savons 220 ESCHRICUT. parle rapport du capitaine Hôlboll qu'ils se mtMent très-peu avec ceux d'hiver, les uns partant généralement lorsque les autres arrivent, il faudra que les courbes qui en indiquent la distribution reproduisent aussi les mêmes particularités. Ou en trouve plu- sieurs, parmi eux, qui sont liés les uns aux autres de la même façon que le Mxjslicetus et le Narwal. C'est ainsi que les parages de la Baleine à bosse (marqués Keporkak) ne semblent pas diffé- rer de ceux des Baleines naines, et sont en même temps occu- pés au nord par les grandes Baleines à aileron. Quant aux Orques, il semblerait qu'ils vont indifféremment à la suite de toutes les autres espèces. D'après tout ce que nous venons d'exposer, il est hors de doute que la faune cétologique de la côte occidentale du Groenland change entièrement suivant les saisons. 11 ne sera pas sans intérêt- de considérer comment les conditions physiques de ces parages changent en même temps. M. le docteur Rink, le digne successeur du capitaine Hôlboll aux colonies danoises du Groenland méridional, a publié une suite d'observations thermométriques faites dans trois stations de cette côte, savoir à Upernavik (7o°), de 'lcS,V2 ii 1838 ; à Jacolis- havn (70"), de 18/^0 àl850,jet à Godthaab (G/i"), de 18/il à '18/i6. En voici les résultats réduits à la température moyenne de chaque mois : Ces résultats ont été indiqués sur notre carte des migrations des Cétacés sur la même côte. On trouve marquée sur les cartes des isothermes une ligne qui remonte dans le détroit de Davis jusqu'au 65' degré, et fait en- suite le tour de la tête du Labrador et d'une partie de Terre- Neuve, ainsi que du Groenland méridional : c'est la ligne que les géographes appellent g/aciale, et qui, en hiver, sépare la mer gelée de la mer ouverte. Elle est alors formée par une barrière impénétrable de glace, composée d'immenses glaçons soudés ensemble, et qui ne s'ouvre qu'au printemps ; mais il faut avoir soin de ne pas la confondre avec la lisière de la glace compacte qui couvre en entier les mers les plus rapprochées du pôle. Cette lisière, en effet, ne se trouve dans le détroit de Davis, même au CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 221 cœur de Thiver, qu'au G9' degré de latitude, et toute l'étendue de mer comprise entre cette latitude et la ligne glaciale n'est gelée que dans l'intérieur des baies et près des côtes, les autres parties étant seulement plus ou moins recouvertes de glaçons flottants, mais qui ne sont pas formés dans cette mer môme. Les soi-disant montagnes de glace ne sont en effet, comme on le sait, que des glaciers qui, en glissant peu à peu dans leur lit, ont fini par se détacher du rivage et se précipiter dans la mer ; quant aux vrais glaçons, ils proviennent surtout des régions plus septentrio- nales de la mer de Baffin et des détroits qui y aboutissent, et appartiennent à la glace d'ouest des colons danois, qui arrive chaque automne en immense quantité, charriée par le courant qui longe du nord au sud la côte américaine, et se répand le long de cette côte, en formant, vers l'entrée du détroit de Davis, la plus grande partie de la barrière dont nous venons de parler. MOIS. Janvier Fc'vrier . Mars . Avril. Mai. .luiii . Juillet. . Août . Septembre. Octobre. . . Novembre . Décembre . (JPKRNAVIK (73°). Tenipcrature nioyciinc (Ilôauniiir). -14,69 Nombre dos jours d'obseivat. —17,40 —19,40 —16,20 —11,29 — 3,12 + 2,17 + 3,54 + 2,63 + 0,01 — 4,43 — 9,36 279 232 274 251 303 256 149 69 250 307 28; 263 jAconsiiAVx (70" Tempérai lire niDjuiino (Piùaumur). — 13,14 — 14,10 — 10,61 — 5,8G + 0,22 + 4,21 + 4,21 + 5,94 + 1,15 — 3,04 — 8,64 ■10,90 Nombre des jours d' observât, 341 CODTH.VAB (64"). Tcmpcralurc moyenne (Réaiimur). 332 — 7,78 309 — 7,05 340 — 5,25 318 — 3,13 337 + i>02 327 + 4,03 336 + 6,42 338 + 5,53 330 + 3,03 346 — 0,30 327 — 5,21 — 7,51 Nombre des jours d'observat 155 141 155 150 155 123 124 120 145 153 150 155 Quant à la côte groenlandaise, où la glace d'ouest ne parvient qu'en petite quantité, elle est parcourue du sud au nord par uu autre courant qui, en février et mars, y amène d'énormes glaçons 222 ESCHRICHT. appelés grande glace par les colons, et provenant de la mer à l'est du Groenland, et même de parages encore beaucoup plus éloi- gnés, puisqu'ils charrient avec eux de grands troncs d'arbres. Ce courant sud-nord n'est en effet que la continuation du courant nord-sud qui règne le long de la cote orientale du Groenland, et d'un autre plus étendu qui semble traverser toute la mer Glaciale depuis la Nouvelle-Zemble jusquau détroit de Davis. Enfin la grande glace amenée par ce courant contribue non-seulement en février et en mars à fermer l'entrée du détroit, mais elle en- veloppe aussi la côte occidentale du Groenland depuis le GO' de- gré jusqu'au 62° et 63% et rend très-difficile, au printemps, l'accès des colonies danoises situées à ces latitudes. Ajoutons encore que le courant sud-nord de la côte groenlan- daise amène des eaux dont la température est de quelques degrés plus élevée que celles du courant nord-sud de la côte opposée, et que par suite la grande glace se fond bien plus vite que h\ glace d'ouest. On s'expliquera alors focilement qu'en été la navigation du détroit soit assez aisée dans le voisinage du Groenland, tandis qu'on peut à peine se rapprocher de la côte américaine. Les considérations qui précèdent suffisent pour établir bien clairement la liaison intime qui existe entre les conditions phy- siques de ces parages et les migrations des Cétacés. En effet, le Mysiicetus et le Nar^val ne se retirent des régions septentrionales de la mer de Baffin qu'au moment où elles vont se couvrir d'une couche de glace trop épaisse pour qu'ils puissent la briser, et sous laquelle ils risqueraient d'être étouffés, comme cela paraît être arrivé plus d'une fois (1). De même que le Mysiicetus et le Nar- wal ne se retirent des mers glaciales qu'au dernier moment, de môme ils y reviennent aussitôt que les conditions physiques de ces parages le leur permettent de nouveau, et ils habitent en atten- dant des régions où la glace se comporte de la même manière qu'en été au fond de la mer de Baffin. Il n'en faut pas davantage pour prouver la grande prédilection de ces deux Cétacés pour les parages les plus froids et les plus encombrés de glaçons. C'est encore ce qui résulte de la manière la plus évidente des observa- (1) En 17i0, par exemple, oii les Groealanduis trouvèrent quatorze cadavres de ces Gétacés àlentreeUe Disco^ au 69"= degré, CÉTACÉS DES MERS BORÉALES. 223 tioiisf/e uww faites par les colons danois; et il ne faut pas juger du nombre de ces observations d'après celui des individus péchés, car même dans les hivers où aucun de ces animaux n'a été capturé, on a cependant pu en observer des troupes très-nom- breuses, et on les a toujours vus se tenir près de la lisière de la glace compacte ou dans les lacunes qui se forment entre les glaces flottantes. Quant au Béluga, il quitte les parages septentrionaux de la mer de Baffm de meilleure heure que les deux autres espèces polaires, et s'y rend de même quelques semaines plus tard. ïl se choisit pour station d'hiver des parages encombrés encore de glaçons, surtout de la grande glace , mais où règne un courant dont la température est de quelques degrés plus élevée. Les mi- grations du Béluga ne paraissent donc pas moins dépendre des conditions physiques que celles du Mysticetus et du Narwal, et^ de même que ces deux espèces, ce Cétacé se tient dans des eaux d'une température constante, mais seulement un peu plus chaudes. Enfin on pourrait en dire autant des Cétacés d'été de ces parages, puisque dans leurs migrations ils suivent presque pas à pas les trois espèces polaires. Avant de quitter la côte occidentale du Groenland, voyons encore quelle influence a eue la grande diminution du nombre des Mysticetus sur les limites de leurs stations dans ces parages. Comme la colonisation de la côte groenlandaise ne date que de 1721, nous ne pouvons pas, en comparant l'état actuel des choses avec celui des dates plus anciennes, aller au delà de cette même année. Mais la diminution du Mysticetus dans ces parages ne peut guère avoir commencé avant ce temps, car ce n'est que deux ans auparavant, en 1719, que les premiers baleiniers hol- landais avaient pénétré dans le détroit de Davis, et y avaient in- troduit l'usage du harpon (1), et la pêche des Groenlandais, telle qu'ils la pratiquent sans doute depuis les temps les plus reculés, était beaucoup trop insignifiante pour influer sur le nombre des représentants de l'espèce. En 1771 , lors de l'arrivée des Danois, (1) Scoresby, Account, U, 04. 22/î EscuRicnT. une compagnie de Bergen, en Norvège , essaya aussi d'y orga- niser une pèche de Mysliceius; mais cette tentative n'eut pas de succès, etfut abandonnée en 1723. Les Hollandais, au contraire, réussirent tout aussi bien dans le détroit de Davis que dans les parages du Spitzberg, et c'est depuis cette époque seulement, c'est-à-dire à partir de 1720, qu'il peut y être question d'une diminution de cette espèce. Or où était la station d'hiver du Mysticetus à cette époque sur la côte occidentale du Groenland ? On trouvera la réponse dans les rapports ({ue nous a laissés le fondateur des colonies danoises. Le brave Hans Egede, en s'établissant, en 1721, parmi les Groenlandais, tous païens alors, avait espéré couvrir les frais de sa pieuse entreprise en se mettant au service de la compagnie de Bergen. iMais comme il s'était fixé dans l'endroit où fut établie plus tard la colonie de Godthaab, au 64' degré, il reconnut bien- tôt que les Mysticetus ne descendaient jamais jusqu'à cette lati- tude, et vit cette opinion confirmée par les récits des indigènes, au dire desquels on ne trouvait de grandes Baleines à longs fa- nons qu'à huit journées plus au nord, dans les parages de l'île de Nepisene, où les Groenlandais en péchaient ordinairement en février et mars (1). Or cette île est précisément située dans l'en- droit où s'éleva plus tard Holsteinsborg, le seul qui reste encore de tous ces anciens établissements, et ce sont encore les mois de février et de mars qui sont les plus convenables pour cette pèche (les mois de décembre et de janvier étant trop obscurs). Depuis ce temps, la chasse sans trêve qu'on a faite à ces ani- maux en a énormément diminué le nombre, et le peu d'individus qui en restent encore sont devenus plus timides et plus sauvages ; mais cela ne les empêche pas de rester toujours fidèles à leurs anciennes stations, et il est probable qu'ils y reviendront pério- diquement aux mêmes époques, eux et leurs descendants, jus- qu'à ce que le dernier d'entre eux ait succombé. (1) Relation om dcn Grœnlandske Missions Begyndche o'j Fortsœttelse Kiœbenhavn, 1738. In-4% p. aSot 95. DES MONSTRUOSITÉS NATURELLES ET PROVOQUÉES CHEZ LES LÉPIDOPTÈRES, Par II. BARTUÊI^EMT' (Aimé), Professeur de physique au lycée de Pau. (Extrait.) Pour obtenir des monstruosités artificielles chez les Insectes, je me suis adressé à la chrysalide, et j'ai cherché à provoquer des modifications dans cette seconde embryogénie, comparables à celles que l'on obtient en recouvrant de vernis , de cire ou d'huile, les œufs des Oiseaux. Mes expériences ont surtout porté sur le Bombyx Mori. J'ai d'abord essayé de tremper l'animal dans l'huile ; mais les chrysalides ainsi traitées ont toujours succombé au milieu des métamorphoses. Comme l'inspection des liquides extérieurs m'a démontré que beaucoup d'huile avait été absorbée, je ne pour- rais dire si l'animal a succombé à un arrêt de développement ou à une action intoxicante. Dans d'autres expériences , j ' ai recouvert de cire la partie cépha- lique et thoracique, ou bien encore la partie inférieure seulement. Dans ces dernières, les organes génitaux externes se sont, mal- gré cet obstacle, normalement développés. Ils étaient seulement plus faibles, et les parties cornées beau- coup plus molles ; je n'ai d'ailleurs pu observer que des femelles. Quant aux premières, elles donnent lieu à un remarquable arrêt de développement. En effet, lorsqu'aux mouvements qu'effectue l'abdomen on juge qu'il a atteint ses dernières transformations, ce que l'on voit encore à ce que l'enveloppe de la chrysalide n'est plus adhé- rente, si l'on dégage le thorax, on le trouve très-retardé dans son développement. Les ailes et les jambes n'existent qu'à l'état d'un mince rudi- ment. La tête est très-petite, ainsi que le thorax, dont les parties dures ne sont pas développées. Les yeux sont à l'état d'un point 5" série. Zool. T. I. (Cahier u" A.) 3 j5 226 BAR'BIIÉLEMY. noir, comme au moment de la transformation en chrysalide. Cependant l'abdomen a suivi son évolution ordinaire; les organes génitaux externes sont normalement constitués, bien que, dans l'évolution régulière, ces organes se développent tout à fait à la fin des métamorphoses. Abandonnée à elle-même, la chrysalide dans ces conditions n'arrive jamais à bonne fm; au moins, je n'ai jamais eu le bonheur d'obtenir de papillon dans ces expériences. Enfin j'ai mis en pratique un moyen assez efficace, et qui m'a permis d'obtenir des résultats intéressants. Il consiste à gêner le développement en comprimant soit la partie céphalique, soit la partie abdominale postérieure de la chrysalide. Cette compression doit se faire avec beaucoup de précaution , car si l'enveloppe de chrysalide vient à être brisée, et si le liquide sanguin s'écoule un peu, le papillon ne peut arriver àl'éclosion. En comprimant la partie céphalicpie, on parvient à obtenir des Papillons pour ainsi dire acéphales ou plutôt thlipsencéphaliens^ et dont les tronçons de tête qui ont pu se développer présentent des aspects différents suivant la compression. Les yeux peuvent se restreindre à un tout petit espace noirâtre, et sont réduits aux chambres antérieures , dont le développement appartient ainsi au système cutané. Les parties de la bouche qui ont pu se développer plus hbre- nient avancent comme la mâchoire inférieure de certains Verté- brés anencéphales. Les antennes sont souvent avortées, comme il était facile do le prévoir ; mais lorsqu'elles se développent, elles se portent en avant, et contribuent à l'effet singulier produit par l'animal (fig. 1 -5). On peut obtenir de ces anomalies tellement profondes, qu'elles atteignent même les pièces du thorax, et que le papillon en mar- chant semble bossu et décapité (fig. 2 et 3). Examinées à l'intérieur, ces monstruosités présentent le plus souvent un développement incomplet du cerveau. Cet organe est alors resté tel qu'il était chez la chenille, les parties latérales n'ayant pu se développer ou se consolider convenablement (fig. 6); PRODUCTiOX DE MONSTRUOSITÉS CHEZ LES LÉPIDOPTÈRES. 227 quelquefois il s'est irrégulièrement atrophié, et l'un des lobes est devenu plus petit que l'autre. Le reste du système nerveux se développe comme à l'ordinaire, ce qui établit l'indépendance relative qui existe entre le cerveau et les diverses parties de la chaîne ganglionnaire abdominale. J'ai été ainsi frappé du développement extraordinaire des or- ganes génitaux; la poche copulatrice et la glande du vernis étaient d'une grosseur inusitée (fig. 8 et 9). D'ailleurs les sujets qui n'étaient pas profondément acéphales manifestaient tous une grande p.rdeur pour la copulation; j'ai pu ainsi obtenir des œufs provenant de ces singuliers accouplements. Soumis à l'incubation, ces œufs ont donné des chenilles dont l'éducation se faisait à part, et qu'un accident est venu détruire. J'espère reprendre ces expériences qui pourront me révéler des faits nouveaux. Il me restait encoi^e à produire un nouvel ordre de monstruo- sités en comprimant le dernier anneau de l'abdomen ; c'est là, conmie on le sait, que se développent les organes génitaux ex- ternes par le dépôt d'une lymphe organisable. On conçoit, dès lors, combien la déformation de cette partie de la chrysalide doit gêner le développement de ces organes importants. Dans mes premiers essais, la compression était peu profonde, et la nature a trompé mes efforts en supprimant un anneau de l'abdomen pour laisser à ces précieux organes l'espace néces- saire à leur formation. Cependant en la poussant dans ses derniers retranchements, j'ai pu obtenir un avortement plus ou moins complet des organes génitaux externes (fig. 7). Les monstruosités précédentes laissaient le plus souvent au papillon une très-grande vigueur. Il n'en est pas de même de celles-ci; on dirait que, devenus impropres au grand acte delà génération, ils ont été abandonnés par la nature comme un inu- tile rebut. . Lorsque la compression est suffisamment profonde, les organes génitaux externes sont représentés par quelques plaques cornées et informes. Plus de traces de forceps mobiles, plus de traces de pénis et de son fourreau. 228 BARTHÉLÉMY. Pour les femelles, même absence de parties essentielles ; plus d'ouverture de la vulve, plus d'organes ovoposeurs; souvent même l'ouverture anale se trouve obstruée par le développement irrégulier des pièces cornées dont j'ai parlé tout à l'heure ; alors le papillon sorti de son enveloppe de chrysalide ne peut rejeter le liquide méconieux à la manière ordinaire, et on le voit rendre par la bouche un liquide noirâtre. Si nous ouvrons l'animal, nous voyons que le plus souvent les organes génitaux internes ont subi un arrêt de développement correspondant. Les œufs dans les ovaires ont été résorbés, et se sont réduits à de petits corps jaunâtres et granuleux. Les glandes accessoires gênées dans leur développement n'existent pas le plus souvent, môme à l'état de rudiment. Les testicules chez le mâle sont devenus d'une petitesse ex- trême, et l'inspection microscopique y laisse voir quelques rares boyaux polliniques avortés (fig. il). Les canaux déférents et l'épididyme n'arrivent aussi qu'à un état très-incomplet de développement. Ces expériences, si imparfaites qu'elles soient, prouvent ce- pendant f[u'ou peut obtenir avec la chrysalide des Insectes des monstruosités analogues à celles que l'on obtient sur les œufs des Vertébrés. Elles nous font voir aussi combien la vitalité de la chenille est modifiée pendant l'état de chrysalide, carde pareilles compi'es- sions exercées sur la larve entraîneraient infailliblement la mort. Elles justifient l'opinion d'Harvey qui considérait la chrysalide comme un véritable œuf. EXPLICATION DES FIGURES (PL. 10, b). Monstruositos proxoquécs [BomOi/x Mûri). Fig. 1. Monstre acéphale par compression de la région céplinlique. — 2. Le même, vu de dos. — 3. Id., de lace. — II. La tète avec la trompe en avant. — 5. Sectiou de la tète. — 6. Cerveau arrêté dans son développement et insymétrique. — 7. Glande du vernis du même, très-dé\eloppée. — 8. Poclie eopnUitrice. — 9. Avortement des organes génitaux par compression de l'abdomen. — 10. Aspect de l'appaicil génital externe avorté, réduit à des plaques cornées. — 11. Les testicules avortés chez un mâle. — 12. Les spermatopliorcs avortés du même. REMAROrES SUR QUELQUES RÉSULTATS DES FOUILLES FAITES RÉCEMMENT DANS LA CAVERNE DE RRUNIQUEL, Par MM. lIIIi:VE EDl&VARDS et liARTET. (Présentées ti rAciulùiuie des sciences le 8 léviier 1864.) Notre savant ami M. de Quatrefagesa déjà eu l'occasion d'en- tretenir les naturalistes de la découverte d'ossements humains dans le sol d'une caverne située sur les bords de l'Aveyron, près des ruines de l'ancien château de Bruniquel. Le propriétaire de cette caverne, M. le vicomte de Lastic, y a poursuivi ses fouilles avec beaucoup d'activité, et a obtenu de la sorte un très-grand nombre d'objets intéressants, qu'il a bien voulu soumettre à notre examen lors d'une visite que nous avons faite dernièrement au château de Saleth, dans le département de Tarn-et-Garonne. Il serait prématuré de parler en ce moment de la plupart de ces pièces, mais il en est une dont nous croyons devoir dire quelques mots, parce qu'elle fournit un nouvel élément pour l'étude des questions relatives àl'histoire naturelle de l'homme. D'après l'inspection des lieux et les résultats des fouilles faites en notre présence dans la caverne de Bruniquel, il nous paraît évident que pendant fort longtemps cette grotte naturelle a servi d'habitation à des hommes qui ne connaissaient ni le fer ni le bronze, mais qui étaient fort habiles dans l'art de travailler l'os avec des outils de pierre. Le sol de cette caverne recèle une quan- tité énorme de fragments d'os de Rennes, de Bœufs et de Che- vaux, mêlés à une multitude de produits d'une industrie primi- tive, et à des débris de plusieurs squelettes humains. Mais là, comme dans les autres localités analogues, où des faits du même ordre avaient été constatés précédemment, le mélange de ces 230 MILNE EDWARDS ET LARTET. objets dans une couche de terrain ne suffirait pas pour prouver que l'homme avait été le contemporain de tous ces animaux, car on pouvait supposer cfue l'enfouissement des armes, des outils et des os humains, était dû à un remaniement du sol oij les osse- ments des animaux en question existaient depuis fort longtemps. Un pareil mélange pouvait donc avoir été effectué à une époque postérieure à celle où le Renne a cessé d'habiter l'Europe tem- pérée, et avoir rassemblé péle-méle dans un même dépôt des objets d'âges très-différents. Pour prouver que l'homme y avait été contemporain du Renne, il fallait donc des faits d'un autre ordre. Or nous avons remarqué dans la collection formée à Rru- niquel par M. deLastic, une pièce qui nous semble décisive, et qui nous paraît mériter de fixer l'attention de l'Académie. En effet, parmi les os sculptés trouvés à une profondeur consi- dérable dans le sol de la caverne, il en est un qui porte gravé au trait, à côté d'une tête de Cheval parfaitement reconnaissable, une tête de Renne non moins bien caractérisée, et facile à recon- naître par la forme des bois dont le front est armé. Cette sculpture, quelle qu'en soit la date, ne peut avoir été faite qu'à une époque où les habitants du Rruniquel connaissaient l'animal dont l'un d'eux a fait le portrait, et ils ne pouvaient le connaître que si le Renne vivait avec eux dans la région tempé- rée de l'Europe ; car il nous paraîtrait impossible de supposer qu'à une période si peu avancée de la civilisation, les peuplades sauvages des rives de l'Aveyron eussent connu et pris pour modèle de leurs ornements grossiers un animal exotique relégué dans les régions circompolaires. Nous voyons donc dans cette sculpture une preuve de l'existence de l'homme dans les Gaules avant que le Renne n'eût disparu de nos contrées. Or, tous les zoologistes considèrent comme démontré que la disparition de ce Quadrupwle des forêts de la Gaule, et sa retraite vers les régions circompolaires datent d'une époque qui est anté- rieure aux temps historiques. Par conséquent, c'est aussi à une épocpie antérieure à toutes celles dont l'histoire ou les traditions ont conservé le souvenir. SUR LA CAVERNE DE BRUNIQUEL. 231 que la caverne de Bruniquel était habitée par les hommes dont le travail manuel adonné les résultats dont nous venons d'entretenir l'Académie. Nous nous abstenons de toute conjecture relative au laps de temps écoulé depuis la disparition du Renne dans les Gaules jus- qu'au moment où Jules César vint explorer et conquérir ce pays. En effet, les supputations de ce genre reposent rarement sur des bases assez solides pour nous satisfaire. Mais la zoologie compa- rative peut nous fournir d'utiles lumières, et c'est pour cette rai- son qu'il nous a semblé bon d'enregistrer le fait dont nous venons de rendre compte, fait dont les conséquences nous paraissent indiscutables. NOTE SUR DE NOUVELLES OBSERVATIONS A L'EXISTENCE DE L'HOMME DANS LE CENTRE DE LA FRANCE A UNE ÉPOQUE OU CETTE CONTRÉE ÉTAIT HABITÉE PAR LE RENNE ET D' AUTRES ANIMAUX QUI n'Y VIVENT PAS DE NOS JOURS, Par Mil. liARTET et CHRISTY. (Extraite d'uue lettre ailressée ù M, Milue Edwards.) A l'appui des remarques que vous avez communiquées, dans l'une des dernières séances de l'Académie, au sujet des figures d'animaux gravées sur os, et trouvées dans la caverne de Bruni- quel, je viens en mon nom, et aussi au nom de M. H. Christy, membre de la Société géologique de Londres, vous signaler plu- sieurs autres faits de même nature ; nous nous bornerons toute- fois à mentionner, quant à présent, les découvertes ftiites par nous, pendant les cinq derniers mois de l'année 1863, dans cette partie de l'ancien Périgord qui forme aujourd'hui l'arrondisse- ment de Sarlat. Une des grottes de cette région, celle desEyzies, commune de Tayac, nous a montré, dans une brèche recouvrant le sol en plancher continu, un amalgame d'os fragmentés, de cendres, de débris de charbon, d'éclats et de lames de silex taillés sur des plans divers, mais toujours dans des formes définies et souvent répétées, avec une association d'autres outils et armes travaillés en os ou en bois de Renne. Tout cela avait dû être saisi et conso- lidé en brèche dans l'état originel du dépôt, et avant tout rema- niement, puisque des séries de plusieurs vertèbres deRenne et des assemblages d'articulations à pièces multiples se trouvent main- tenus et conservés exactement dans leurs connexions anato- DE l'existence DE l'hOMME AUX ÉPOQUES ANTÉHISTORIQUES. 233 miques ; les os longs et à cavités médullaires sont seuls détachés et fendus ou cassés dans un plan uniforme , c'est-à-dire évidem- ment à l'intention d'en extraire la moelle. Ce que nous avançons peut d'ailleurs être constaté par tous les observateurs compé- tents, car nous avons pris soin de faire extraire cette brèche par grandes plaques, et, après avoir déposé les plus beaux spécimens au musée de Péri gueux et dans les collections du Jardin des plantes à Paris, nous en avons adressé à divers musées de France et de l'étranger, des blocs assez considérables, pour que l'on y puisse vérifier l'exactitude des observations que nous consignons ici. Cette grotte des Eyzies, dont l'ouverture se trouve à 35 mètres au-dessus du niveau du cours d'eau le plus voisin, la Beune, ren- fermait aussi beaucoup de cailloux et de fragments de roche étrangers au bassin de cette petite rivière, et qui ont dû y être introduits par l'homme. Quelques-uns de ces cailloux, assez volu- mineux, principalement ceux de granit, sont aplatis dans un sens, avec un contour approximativement circulaire, et creusés en dessus d'une cavité plus ou moins profonde, laquelle porte des traces d'un frottement répété. Il y avait aussi dans la grotte des Eyzies de nombreux frag- ments d'une roche schistoïde assez dure, et, sur deux plaques de cette roche, nous avons pu discerner des représentations par- tielles de formes animales gravées en profd. Ce sont, nous le sup- posons, les premiers exemples observés de la gravure sur pierre , dans cette phase ancienne de la période humaine où le Renne habitait encore les régions tempérées de notre Europe ac- tuelle (1). Sur l'une de ces plaques qui nous est parvenue incomplète par (1) Des figures d'animaux datant de cette même époque ont été reproduites par Tun de nous, en 1861 {Ann, cIps se. nat., h^ série Zool., t. XV, pi. 13); mais l'une de de ces ligures, très-reconnaissable comme tète d'Ours, est gravée sur bois de cerf; l'autre est également gravée sur un os de Ruminant ; elle représente deux animaux entiers que l'on a cru pouvoir rapprocher du Renne. Ce dernier morceau, qui provient de la grotte de Chaffaut, commune de Savigné (Vienne), a été déposé au musée de Cluny, par M. Mérimée au nom de M. Joly-le-Terme, architecte à Saumur ; il est accompagné de silex taillés et d'os de Reunc de la môme provenance. 25iSt LARTET ET CURISTT. suite d'une cassure ancienne, on peut distinguer lavant-train d'un Quadrupède, probablement herbivore, et dont la tète aurait été armée de cornes, autant du moins qu'on en peut juger par des lignes de gravure indécises et peu pénétrantes dans cette roche relativement assez dure. Dans l'autre plaque, on reconnaît plus facilement une tète à naseaux nettement accusés, à bouche entr'ouverte, mais dont les ligues de profd se trouvent interrompues dans la région frontale, par une sorte d'oblitération résultant d'un frottement en appa- rence artificiel et postérieur au travail de la gravure. A côté et un peu en avant sur la même plaque, ou distingue le dessin d'une grande palme, qui, si elle se rattache en réalité à cette tète, nous conduirait, comme vous l'avez le premier suggéré, à la rapporter à l'Elan. Outre les dépôts ossifères de l'intérieur des cavernes qui sont si nombreux dans le Périgord, on peut aussi y étudier des accu- mulations analogues de débris organiques qui sont adossées aux grands escarpements des calcaires crétacés de cette région, et quelquefois simplement abrités par des saillies du rocher en sur- plomb plus ou moins avancé. Ces dépôts extérieurs abondent également en silex taillés et en ossements concassés d'animaux (Cheval, Bœuf, Bouquetin, Chamois, Benne, Oiseaux, Pois- sons, etc.), qui ont évidemment servi à l'alimentation des peu- plades indigènes, dans cette période ancienne de l'âge de la pierre. Les restes du Cerf commun y sont très-rares, aussi bien que ceux du Sanglier et du Lièvre. Nous y avons trouvé quelques dents isolées du Cerf gigantesque d'Irlande {Megaceros hibeniicus) et des lames détachées de molaires d'Éléphant (E. primigenius), absolument comme nous en avions observé dans le foyer des re- pas funéraires de la sépulture ancienne d'Aurignac, sans pouvoir non plus expliquer pour quelle destination usuelle étaient réser- vées ces lames dentaires ainsi isolées (i). C'est aussi dans ces stations extérieures que nous avons re- (1) Ceci nous rappelle que dans la grotte tics Eyzics, nous avons trouvé une portion «l'enveloppe corticale d'une défense d'Eléphant portant des traces de travail humain. Nous y avons aussi recueilli un métacarpien du petit doipt d'un jeune Félis de grande DE l'existence DE l'hOMME AUX ÉPOQUES ANTÉHISTORIQUES. 235 cueilli les plus beaux silex taillés, particulièrement à celle de Laugerie haute, où semblait établie une fabrique de ces belles têtes de lance taillées à petits éclats sur deux faces et à bords lé- gèrement ondulés. Mais nous n'y avons probablement retrouvé que les rebuts de cette fabrication, car peu de pièces se sont mon- trées entières sur plus d'une centaine de fragments que nous en avons retirés. A Laugerie basse, un demi-kilomètre en aval, et toujours sur les bords de la Vezère, il y avait probablement une autre fabrique d'armes et outils de bois de Renne, à en juger par Fénorme quan- tité de restes de cornes decetanimal qui s'y trouvaient accumulées, et qui presque toutes portent des traces d'un sciage, au moyen duquel on en détachait les pièces destinées à être mises en œuvre. C'est là surtout que nous avons pu nous procurer, outre des flèches et des harpons barbelés qui se retrouvent dans presque toutes les stations de cet âge, cette grande variété d'ustensiles qui seront mis sous les yeux de l'Académie, et dont quelques- uns sont ornés de sculptures élégantes et d'un travail véritablement étonnant, eu égard aux moyens d'exécution que pouvaient avoir ces peuplades dépourvues de l'usage des métaux. On y remar- qiaera ces aiguilles de bois de Renne, finement apointiespar un bout, et percées à l'autre extrémité d'un trou ou chas destiné à recevoir un fd de nature quelconque. Il y a aussi des outils relevés à leur extrémité de crans émous- sés qui laisseraient soupçonner leur emploi pour la fabrication des filets??.... Des dents de divers animaux (Loup, Bœuf), percées dans leur racine, ont dû servir d'ornement, ainsi que d'autres objets façonnés en pendeloques, quelquefois avec la partie ébur- née des os de l'oreille du Cheval ou du Bœuf. Un autre objet, déjà trouvé par l'un de nous dans la sépulture d'Aurignac, et sur lequel il avait cru devoir garder le silence, par défiance de la valeur d'une observation encore unique, s'est re- présenté aux deux stations de Laugerie et à celle desEyzies. C'est taille {Fe/ig spela-n ?), où se \ oient de petites entailles et de nombi-cuses rayures produites par un outil tranchant, absolument comme celles que l'on remarque sur les os de Renne onde Cheval mangés par l'Homme. 236 LARTET ET CHRISTT. une première phalange creuse chez certains herbivores rumi- nants, et qui se trouve percée artificiellement en dessous, un peu en avant de son articulation métacarpienne ou métatarsienne ; en plaçant la 4èvre inférieure dans la cavité articulaire posté- rieure, et en soufflant ensuite dans le trou, on obtient un son aigu analogue à celui que produit une clef forée de moyen calibre. C'était, à n'eu point douter, un sifflet d'appel d'emploi usuel, sans doute , chez ces peuplades de chasseurs, car jusqu'à présent nous en avons observé quatre exemplaires, dont trois sont faits avec des phalanges de Renne, et le quatrième avec une phalange de Chamois. C'est encore à Laugerie basse que, grâce à la surveillance in- telligente et aux précautions minutieuses de M. A. Laganne, chargé de la direction de nos fouilles, nous avons obtenu plusieurs parties de bois de Renne qui, malgré leur altération de vétusté, conservent encore, en tout ou en partie, des représentations très- distinctes de formes animales. Ouel([ues-unes sont simplement gravées au trait sur la palmature ou expansion terminale des prolongements frontaux du Renne ; d'autres sont véritablement sculptées soit en bas-relief, soit même en ronde bosse ou plein relief, sur des tiges ou portions de merrain du même animal pré- parées à cet effet. L'une de ces palmes, dont la troncature ancienne a fait dispa- raître une partie du dessin, nous donne encore les contours exacts et tracés d'une main sûre de l'arrière-train d'un grand herbivore. La gracilité delà queue, le peu de flexion des jarrets, et surtout la position très-avancée de l'indication du sexe mâle, ne permettent pas d'y reconnaître un Cheval ; on y retrouverait mieux des formes bovines, et le brusque relèvement de la ligne du dos en approchant du garrot semblerait devoir nous conduire à l'Aurochs?. Malheureusement, l'interruption du dessin parla fracture du morceau, se rencontre juste au point où devrait com- mencer la villosité touffue ou crinière caractéristique des espèces du sous-genre Uison. Dans une seconde palme plus dilatée, nous retrouvons une autre forme évidemment bovine, à en juger par les jarrets et les DE l'existence DE l' HOMME AUX ÉPOQUES ENÏÉHISTORIQUES. 237 ergots placés en arrière du sabot bisulqué. Ici la queue plus grosse, la ligne du dos en prolongement plus horizontal, et un fiinon lisse et pendant entre les jambes antérieures, accusent des tendances plus prochaines vers le Bœuf proprement dit {Bos pri- mùjenius ?) ; une fracture a fait encore disparaître la région de la tête où s'attachaient les cornes, et l'artiste, pour utiliser les divi- sions de l'empaumure, a dû donner à l'animal une attitude tour- mentée qui nuit à l'effet général du dessin. Une troisième palme, où le dessin en gravure est conservé à peu près intégralement, nous montre un animal dont la tête est armée de deux cornes, montant d'abord verticalement, et se courbant ensuite en arrière vers leur pointe ; derrière ces cornes, on aperçoit une indication peu accusée des oreilles, et sous le menton celle d'une touffe de poils ou d'une barbe, particularités qui nous ramèneraient assez bien vers un Bouquetin femelle, si elles ne se trouvaient contrariées par un chanfrein sensiblement busqué, et un renflement de l'encolure derrière les oreilles qui semblerait démentir ce rapprochement. Dans cette figure encore, le dessinateur a, sans nécessité apparente, rephé les extrémités postérieures sous le ventre de l'animal , de façon que ses sabots, nettement bisulqués, touchent à l'abdomen. Parmi les pièces sculptées provenant de cette même localité de Laugerie basse, nous citerons une tige, ou hampe arrondie, faite du merrain d'un bois de Renne, et terminée par un bout en pointe de lance, avec un crochet latéral récurrent. Était-ce un outil, une arme ou un signe d'autorité? Nous ne saurions le dire. Immédiatement au-dessus du crochet , on aperçoit sculptée en demi-relief, sur trois de ses faces, une tête de Cheval à oreilles couchées et un peu longues pour l'espèce, mais pas assez pour que l'on puisse faire l'attribution de cette figure à l'Ane. En avant, toujours sur le prolongement de la hampe, on rencontre une seconde tête à museau effilé et armée de cornes à ramures. Les andouillers basilaires sont sculptés en avant sur le prolonge- ment horizontal de la hampe, tandis que le merrain et l'empau- mure sont rejetés en direction inverse en arrière. La forme effilée de la tête où l'on ne trouve pas l'indication d'un mufle, la dilata- 2o8 LAUTET ET CURISTT. lion de ruii des audouillers btisilaires et la physionomie d'en- semble de cette figure, porteraient à l'attribuer au Renne plutôt qu'au Cerf élaphe. En avant du museau de cette tète, on trouve encore une autre figure simplement gravée au trait , et que l'on pourrait assez bien accepter comme une forme de Poisson. Il y a un autre morceau capital où le sentiment de l'art se ré- vèle surtout par fliabileté qu'a mise l'artiste à plier des formes animales, sans trop les violenter, aux nécessités d'une destina- tion usuelle. C'est un poignard ou courte épée de bois de Renne et dont la poignée tout entière est formée par le corps d'un animal; les jambes de derrière sont couchées dans la direc- tion de la lame ; celles de devant sont repliées sans efforts sous le ventre; la tête, qui a son museau relevé en haut, forme avec le dos et la croupe une concavité destinée à faciliter l'empoigne- ment de cette arme par une main nécessairement beaucoup plus petite que celles de nos races européennes. . . La tôte est armée de cornes ramées qui se trouvent accolées aux côtés de l'enco- lure, sans gêner nullement la préhension; mais les andouillers basilaires ont dû être supprimés. L'oreille est plus petite que celle du cerf, et, dans sa position, plus en rapport aussi avec celle duRenne; enfin, l'artiste a laissé subsister, sous l'encolure, une saillie en lame mince et déchiquetée sur son bord, qui simule assez bien la touffe de poils que l'on retrouve souvent dans cet endroit chez le Renne mâle. Il est regrettable que ce morceau nous soit arrivé à l'état de simple ébauche, comme on peut en juger par le travail de la lame non terminée, et par certains détails de sculpture à peine indiqués. Maintenant, s'il fallait ajouter de nouvelles évidences à celles déjà fournies pour la preuve de la contemporanéité de l'Homme et du Renne dans ces régions devenues notre France centrale et méridionale, nous pourrions mentionner des bois assez nom- breux de cet animal à la base desquels on distingue des entailles faites en en détachant la peau. Nous appellerions aussi l'attention sur d'autres coupures ou entailles transverses que l'on remarque fréquemment au bas des canons de nos Rennes des cavernes, et qui ont été produites par la section des tendons opérée, comme DS l'existence de l'homme aux époques ANTÉHISTORIQUES. 239 le font encore de nos jours les Esquimaux, à l'intention de fendre ces tendons, et de les diviser en fils qui servent à coudre les peaux d'animaux, et aussi à tresser des cordes d'une grande solidité. Enfin, nous pourrions encore montrer une vertèbre lombaire de Renne, percée de part en part par une arme ou silex qui est restée engagée dans Fos où elle est d'ailleurs retenue par une incrustation calcaire. Après cela, comme circonstances archéologiques propres à caractériser la période du Renne en France, nous nous bornons à mentionner celle-ci : c'est que, sur dix-sept stations où nous avons relevé la présence de cet animal dans un état de sujétion à l'action humaine, il n'en est pas une où nous ayons observé des traces de polissage sur les armes de pierre; et, cependant, c'est par plusieurs milliers que nous y avons recueilli des silex taillés dans toutes les variétés de types, et passant par tous les degrés de perfectionnement du travail, depuis la forme grossièrement ébauchée des haches du dihwium d'Abbeville et de Saint-Acheul, jusqu'aux têtes de lances à facettes multipliées et à bords élé- gamment festonnés des plus beaux temps de l'âge de la pierre en Danemark. Quant à l'époque où le Renne aurait cessé d'habiter notre Europe tempérée, nous n'aurions sur ce point aucune donnée historique ou de chronologie positive. Le Renne n'a été vu ni clairement décrit par aucun auteur de l'antiquité. César en aparlé seulementsur ouï-dire, et commed'un animal existant encore quelque part, dans une forêt dont on n'avait pu atteindre les limites extrêmes, môme après une marche de soixante jours. Nous n'avons point reconnu le Renne parmi les animaux figurés sur les anciennes monnaies de la Gaule. Nous n'avons pas trouvé ses ossements dans les dolmens et autres sé- pultures dites celtiques où se trouvent fréquemment associés des restes d'animaux sauvages et domestiques, et où nous avions même pu observer par deux fois, aux environs de Paris, des osse- ments de Castor. Le Renne n'a pas, que nous sachions, été encore retrouvé dans les tourbières de la France. MM. Garrigou 2/l0 LARTET ET CORISTT. etFilhol ne l'ont pas non plus signalé danscertaines cavernes de l'Ariége qu'ils ont justement assimilées, par leurs caractères zoo- logiques, et aussi par la présence des instruments de pierre polie, aux plus anciennes habitations lacustres de la Suisse. On sait que le Renne manque aussi, jusqu'à présent, dans la faune de ces pilotis lacustres, et cependant nous avons pu étudier ses restes provenant d'une caverne du voisinage, celle du mont Sa- lève, 011 l'association des silex simplement taillés et des mammi- fères afférents à la même période, s'est montrée dans les mômes conditions que dans nos grottes du Périgord. Ainsi, que la disparition du Renne de notre Europe tempérée soit le résultat de l'extinction régionale de cette espèce, ou bien de son refoulement par le développement progressif des sociétés humaines, ou bien encore, si l'on veut, de sa récession graduelle et spontanée par suite de changements dans les conditions cli- matériques, il n'en est pas moins probable que cette disparition remonte aune phase des temps préhistoriques antérieure à l'in- troduction des races domestiques et à l'emploi des métaux de notre Europe occidentale. DE LA SIGNIFICATION ANATOMIQUE DE L'APPAREIL OPERCULAIRE DES POISSONS, QUELQUES AUTRES PARTIES DE LEUR SYSTÈME SOLIDE. Par !U. H. IIOLiLARD, Pi'iifi.'S:?our il la Faculté ik's scioucus île Puîtiers. (Travail luvsL'iité à l'Acndûmie des sciences le 5 janvier 1863-) L'une des questions de signification anatomique qui ont été le plus controversées est celle que soulève le petit système de pièces solides qui forme l'aile operculaire des Poissons osseux. Cet appa- reil, composé de trois os attachés au suspenseur hyoïdien (1), est-il propre aux Poissons ou représenle-t-il quelque partie du squelette des Vertébrés supérieurs? Se rattache-t-il enfin d'une manière ou d'une autre au plan de ce squelette ? Avant d'essayer et de proposer une nouvelle solution de ce pro- blème, je rappellerai en peu de mots celles qui en ont été don- nées jusqu'à ce jour. Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, abordant, il y a près de soixante ans, la démonstration du fait, jusqu'alors plus ou moins vague- ment entrevu, de l'unité de composition du squelette dans la série des animaux vertébrés, fut longtemps arrêté par les difficultés que lui présentaient les os de l'opercule. Reconnaître dans le (1) .l'ai été conduit;! réunir sous ce nom les trois pièces désignées par Cuvier sous les dénominations de temporal, symplectique et préopercule. Elles procèdent d'un même cartilage et constituent un groupe spécial qui joue le même rôle que l'apophyse stvloïdc de l'hommej ce qui fait que je désignerai quelquefois ce suspenseur par l'épithètc de stylo-hyoïdien. (Voyez mon mémoire sur la signification homologique de quelques pièces faciales des Poissons, dans ce recueil, W série, t. I.) 5« série. Zool. T. I. (Cahier a» à] i 16 !2Zl2 UOLLARD. battant operciilaire, dans les lames osseuses dont il se compose, quelqu'un des éléments ordinaires de la tête osseuse, était chose d'autant plus difficile, qu'ici ce n'était plus seulement la forme qui était méconnaissable ; les connexions, ce fd conducteur qui permet de retrouver les pièces transformées, faisaient aussi dé- faut, l'opercule étant libre sur une partie de son pourtour. Geof- froy soupçonna un moment que le crâne pouvait avoir al)andonné à l'appareil de la respiration, réfugié au-dessous de lui, quel- qu'une deses pièces paires, ses pariétaux devenus inutiles pour la protection d'un encéphale qui ne remplit pas même la petite cavité au fond de laquelle il est logé. Ce n'était là, de la part de l'illustre anatomiste, qu'un simple soupçon, et il l'abandonna dès qu'il reconnut avec Georges Cuvier et de Blainville que les pariétaux, bien que très-réduits et rudimentaires chez les Pois- sons, se retrouvaient cependant à leur place anormale. M. de Blainville, abordant à son tour la même question, s'arrêta longtemps à l'idée que l'aile operculaire pourrait bien être un démembrement de la mâchoire inférieure (1). Cette nouvelle so- lution fut acceptée par Etienne Geoffroy, jusqu'au moment où il retrouva d" une manière évidente sur une mâchoire deLépisostée tous les éléments osseux qui concourent à former la mandibule. En présence de ce fait, Geoffroy porta ses investigations sur d'autres parties de la tête, et chercha quelque groupe d'os oublié jusqu'alors dans la détermination des honiologies des pièces céphaliques. Ce fut alors qu'il songea aux osselets de l'oreille moyenne. La caisse tympanique, détachée peu à peu du crâne chez les ovipares, se déroule, et se retrouve chez les Poissons sous la forme de lames osseuses, et ces lames, d'après la déter- mination de Geoffroy, sont précisément celles auxquelles se rattache l'aile operculaire. Quoi de plus de naturel, dès lors, que de voir les osselets dégagés de l'étroite prison qui les renferme chez les vertébrés aériens, se mettre sous une forme nouvelle au service d'une nouvelle fonction? On sait comment Geoffroy in- terprétait chacun des os operculaires ; pour lui, l'opercule était (l) Bulletin de laSociiilé philomuthique, 1817, p. 104, DE l'appareil uperculaire des poissons. 243 l'étrier, le sous-opercule reuclume, et l' interopercule le mar- teau (1). Cette détermination rallia des sufFrages illustres : Okeii lui donna son assentiment, de Blainville ne lui refusa pas toujours le sien, et G. Cuvier lui-même la trouva d'abord très-ingénieuse et presque inattaquable, malgré sa hardiesse (2). Cependant l'assimilation des os operculaires aux osselets de l'oreille moyenne rencontra, aussi bien en Allemagne qu'en France et en Angleterre, des objections qui la firent assez géné- ralement abandonner. Celle qui fut le plus souvent reproduite, et qui parut la plus décisive, fut cette remarque faite par Cuvier, qu'il serait étrange et incroyable que des os, comme les osselets tympaniques qui se dégradent, diminuent et tendent à disparaître des Mammifères aux Batraciens, vinssent à renaître en quelque sorte, et à prendre dans la dernière classe vertébrée un déve- loppement qu'ils n'ont jamais eu plus haut. Cette objection, je l'avoue, ne me paraît pas aussi sérieuse qu'elle peut le sembler au premier abord. Pourquoi un groupe d'os qui passe d'un rôle à un autre, et d'un espace resserré à une position extérieure, ne pourrait-il pas acquérir dans cette nouvelle condition anatomique et physiologique des dimensions que ne comportaient ni sa pre- mière destination, ni sa position précédente (3) ? Mais répondre (1) Je rapiicUc en passant que Spiï^ dans sa Cephalogenesis, pul)liéc eu 1815, rap- ))Oftc aussi aux osselets de l'ouïe les pièces de l'oi)erculc, mais en y ajoutant le préoper- cule et le ju^'al de Cuvier, ou liypocotjléal de GcofFroy. Du reste, Spix s'est borné à indiquer sa pensée par des lettres et des noms. Dans une note insérée dans le 12' vol. des Mànoires du Muséum^ Geoffroy donne à entendre que Spix, auditeur de ses cours ne s'est peut-être pas assez souvenu, en publiant ses dessins et la légende qui les accom- pagne, des leçons qu'il avait eutciulucs à Paris et des pièces dont il avait disposé. Pour Comprendre toute la portée de Cette remarque, il faut se rappeler que la Cephalogenesis n précédé de doux ans la publication du ru'moirc de Geolfroy, qui parut (Pabord en extrait dans les Bulletins (k In Société philor/iathique pour l'aunée 1817. (2) « Le premier mémoire de M. GeolTroy a pour objet la nature de l'opercule. Son Opinion à cet égard est très-bardie ; et cependant c'est peut-être dans toute sa tliéoric celle qu'il sera le plus diflcile d'attaquer, du moins en n'employant que la voie de com- paraison.» [Giwicv, Analijsc des tmvnuxdc l'Acud. des sciences, année 1817, p. 25.) (3) Geoll'roy allait plus loin dans sa réponse à l'arguiucnt tiré de lu dégradation des osselet». 11 chcrcbait à établir que ces pièces existent dans l'organisme vertébré avec le caractère essentiel d'os operculaires', que, rudimcutaires dans les classes supérieures ils 2/i/i. HOLLARD. à l'objection de Cuvier répétée par de Blainville (1), par MM. Agassiz, Vogt, etc., ce n'est pas prouver que Geoffroy ait eu raison d'assimiler l'opercule à l'étrier, le sous-opercule à l'en- clume, et l'interoperculeau manteau. Geoffroy a-t-il donné cette démonstration? On ne trouve dans ses écrits que des considérations peu con- cluantes, par lesquelles il cherche à établir quel' interopercule, le sous-opercule et l'opercule proprement dit sont disposés dans le même ordre que le marteau, l'enclume et l'étrier, ajoutant que des analogies de structure se laissent apercevoir entre les élé- ments de ces deux séries comparés chacun à chacun. Toute cette argumentation est très-insuffisante, très-risquée àbien des égards, et la thèse qu'elle devrait justifier n'a pas été et ne pouvait ôtre ni prouvée, ni réfutée, àl'aidejdes arguments fournis par l'étude du poisson adulte. En présence des difficultés que cette théorie leur présentait, les anatomistes ont pris des partis différents sur la question qui nous occupe. Cuvier a choisi le plus simple ; il a supprimé le problème ; il n'a voulu voir dans l'appareil operculaire qu'une particularité de l'organisme des Poissons; rien, selon lui, ne représente ce petit système de pièces chez les autres Vertébrés. De Blainville avait fini par le rattacher tout entier aux formations osseuses sous- cutanées qui abondent surtout chez les Poissons, et y jouent un rôle important en dehors du squelette ordinaire (2). M. Agassiz, qui avait commencé par voir dans les os operculaires des lames n'y jouent qu'un rôle accessoire^ et qu'ils n'ont leur développement normal que chez les Poissons. {Pln'los. anat., p. 53.) (1) Leçons orales de 1836 au Muséum (mes notes). (2) Cours d'anatomic comparée du Muiéum (1836) (aies notes). 11 j a deux parts à fairCj ce me semble, dans le système solide qui, sortant plus ou moins des limites du squelette ordinaire, se rattaclie de plus près (pic lui aux téguments. On confond ordi- nairement ces deux genres de productions dans un même ensemble sous le nom de dermosquelette. Je distinguerai ici les ostéides formés aux dépens du derme, qui devraient seuls conserver ce dernier nom, et les os sous-dermiens, formés comme les véritables os, aux dépens delà couche sous-tégunientaire, mais en dehors de la limite normale du névrosquelettc. Ici encore il y aurait une distinction à établir entre les ostéides des DE l'appareil operculaire des poissons, 2^5 squamoïdes, leur reconnut plus tard le caractère d'os analogues aux rayons branchiostéges ; c'était, dans l'un comme dans l'autre cas, leur donner une signification générale. Enfin les anatomistes plus systématiques, ceux qui ont cherché à ramener la structure du squelette à une formule architecturale, dans laquelle chaque pièce a, non-seulement son représentant ou son homologue d'une classe vertébrée à l'autre, mais encore ses équivalents ou homo- types d'un segment du corps à l'autre, MM. Carus et Owen en particulier, ont considéré l'aile operculaire comme un membre céphalique, en le rattachant, à ce titre, à l'un des arcs costaux qui procèdent des vertèbres du crâne (1). Une méthode anatomique qui conmience par assigner à chaque élément du squelette une signification rationnelle, en lui donnant une place et des relations constantes dans un plan de structure régulier, satisfait, semble-t-il, non-seulement aux exigences de la théorie générale du système solide, mais encore aux conditions d'une détermination des homologies Rien de plus simple, en apparence, que de retrouver les pièces qui se correspondent d'une classe à l'autre, quand on a sous les yeux, d'une part, ces pièces dans leurs rapports de connexions , et de l'autre les séries théoriques auxquelles elles se rapportent. Mais dans la pratique, il n'est ni aussi simple ni aussi facile qu'on pourrait le croire de reconnaître la signification d'un os quelconque. La limite du squelette normal est quelquefois indécise, et les transformations des pièces qui le composent, les changements de rapports qui ré- sultent des grandes différences qu'offre leur développement, ren- teudons, et les productions solides qui dépassent le squelette ordinaire, mais en se coor- donnant au plan de celui-ci. (1) Dans sa détermination des vertèbres crâniennes, Et. Geoffroy a donné aussi une place aux osselets de l'ouïe et par ccla'nième à leurs homologues (selon lui), les os oper- eulfiires. Il est à remarquer qu'il les répartit entre deux de ses sept vertèbres céplialiques. Le marteau ou malléal, l'intéropercule appartient à la sixième, comme le préopercule, et en représente l'élément annulaire inférieure ou aitual. L'enclume et l'étrier, et, comme eux, le sous-opercule et l'opercule, sont des éléments annulaires de la septième vertèbre, et y figurent, le premier sous le nom A'incéal, comme premier segment de l'anneau inférieur ou par/ia/, le second sous le nom de stapéal, comme deuxième seg- ment ou catnnl. 2/iO nOLLARD. dent cette tnche plus ou moins difficile. En d'autres termes, et pour ne parler ici que de ce qui fait l'objet de ce travail, il ne suffit pas d'avoir établi avec beaucoup d'art et de science que toute vertèbre a dans sa dépendance des éléments pleurapophy- saires ou costaux, que toute côte peut porter des appendices di- vergents, pour démontrer que les pièces operculaires ne sont que les segments d'un membre céphalique, absent chez les animaux aériens, réclamé chez les Poissons osseux par la nécessité d'ou- vrir et de fermer alternativement la chambre branchiale. Cette détermination, fût-elle encore plus ingénieuse et plus spécieuse qu'elle ne l'est, ne porte pas avec elle sa démonstration (1), Nous venons de voir que G. Cuvier en faisant de l'opercule une particularité de l'organisation des Poissons, une exception, un fait isolé, a écarté le problème qui nous occupe par une sorte de fin de non-recevoir ; que de Blainville,en rattachant ce petit groupe de lames osseuses aux formations sous-tégumentaires,etM. Agas- siz, en le mettant sur la même ligne que les rayons branchio- stéges, l'ont placé hors des limites ordinaires du squelette; qu'Etienne Geoffroy lui a donné une place dans le plan de celui- ci, en l'assimilant au groupe des osselets tympaniques, qui^sont pour lui des éléments de l'arc inférieur de ses sixième et sep- tième vertèbres céphaliques ; qu'enfin d'autres anatomistes sys- tématiques ont fait de l'aile operculaire un membre ou appendice divergent. Ces appréciations très-différentes, dont aucune n'est justifiée par une démonstration, laissent le problème irrésolu. Pour en donner une solution scientifique etpéreinptoire, il faut procéder non plus par déduction du général au particulier, mais suivre la marche inverse, et non -seulement comparer entre eux des os adultes, mais s'enquérir de leur origine et les suivre dans leur mode de formation, arriver enfin de leurs relations spéciales et prochaines à leur situation générale, à leur rôle au double point de vue de leurs homologies et de leur signification homotypique dans le plan de l'organisme. (1) Rich. Owcn, Principes r/'oxtro/ogip comparép. Paris, 1855. DE l'appareil operculaire des poissons. 247 Commençons par déterminer la position et les connexions des lames solides qui composent le couvercle branchial. Ce petit groupe est attaché, comme on le sait, derrière l'arc suspenseur du système hyoïdien. Les trois os dont il se compose sont en coimexion avec le préopercule : le premier, l'opercule, s'articule, en outre, avec l'élément supérieur (le temporal de Cuvier), tandis que l'inférieur, Tinteropercule, tient à la mâ- choire inférieure, et, en tout cas, se rattache à celle-ci par un ligament. La pièce intermédiaire, celle qui porte le nonide^ows- opercule, n'a de rapports qu'avec le préopercule, sans compter ses connexions avec ses congénères. Ce qu'il y a de plus constant dans ces relations des os opercu - laires, ce sont, non leurs connexions entre eux, non pas même leur attache au préopercule, mais bien l'articulation de l'oper- cule avec la première pièce de la série stylo-hyoïdienne, puis le rapport de l' interopercule avec le maxillaire inférieur : quant au sous -opercule, il abandonnera plutôt l'interopercule que l'oper- cule proprement dit, dont il ne se détache jamais. Il suit de là que les deux pièces supérieures de l'aile operculaire sont soli- daires l'une de l'autre, que la première entraîne toujours la se- conde, et que, l'une emportant l'autre, elles peuvent n'être sus- pendues qu'à l'extrémité supérieure de l'axe stylo-hyoïdien , tandis que l'interopercule peut se séparer et s'éloigner du sous- opercule, mais demeure toujours attaché au maxillaire infé- rieur. La Baudroye nous offre le double exemple d'un interopercule isolé des deux autres éléments du couvercle branchial, tandis qu'il conserve ses autres relations, et d'un opercule détaché du pré- opercule, en même tempsqu'il retient le sous-opercule et l'enlève à ce dernier (1) . Je ne crois pas qu'on ait fait ressortir jusqu'ici les différences que je viens de signaler ; elles nous indiquent, ce me semble, une division à établir dans le groupe des os operculaires. Elles en font deux parts, nous montrant : l"dans l'interopercule un os dont le développement doit partir du maxillaire inférieur, (1) Pl. 10, A, fig. i, f. :2i!|8 DOLLAUD. avec lequel il est constamment en rapport de connexion et en série ; 2° dans l'opercule et le sous-opercule, au contraire, des pièces qui procèdent d'un point de départ situé vers l'extrémité supérieure et opposée de l'arc suspenseur de l'hyoïde. De ces deux origines inverses, les pièces dont il s'agit marchent à la ren- contre lune de l'autre, s'unissant chemin faisant avec le préoper- cule. Remarquons quel" interopercule ne manque jamais celui-ci, et qu'il s'abrite même plus ou moins sous lui, jusqu'à dispa- raître sous sa face interne (sclérodermes), tandis que l'opercule et le sous-opercule se jettent toujours plus ou moins en dehors, comme nous l'avons dit, et en tout cas se placent à la hmite de ce même préopercule. Ces considérations nous conduisent à étudier directement le mode de développement, et les relations embryogéniques des pièces qui nous occupent. Cette étude peut seule décider de leur signification ; mais nous pouvons déjà nous attendre à retrouver à cet égard des différences importantes entre 1" interopercule et les deux autres éléments du couvercle branchial. Commençons par l'interopercule. Cet os, placé derrière le maxillaire inférieur, appuyé souvent contre son extrémité, et en tout cas rattaché à cet os par un liga- ment, rappelle par sa position et la constance de ses relations avec la mandibule, quelquefois même par sa forme, comme on peut le voir chez les Plectognathes, et comme M. Dareste l'a fait observer il y a longtemps (1), la tige demi-cartilagineuse et demi- osseuse qui continue chez les Mammifères le cartilage de Meckel, et qui se termine par le marteau. Frappé de ce rapport, con- vaincu d'ailleurs que si le cartilage de ^leckel dépasse chez les Poissons le maxillaire, ce n'est certainement pas pour former le symplectique, comme le veut M. Yogt (2), non plus que la pièce très-différente de celui-ci désignée par Dugès sous le nom de tympaiiomalléal , je me suis cru d'abord autorisé à attribuer l'in- teropercule au cartilage de Meckel, et à le considérer comme (1) Osiéologie du Triodon [Ami. des se. nnt., 3*^ série, t. XU, p. 78). (2) Quelques observations sur les caractères qui servent à clas.ier tes Poissons gonoides {Ann. des se. nnt., 3"^ sério, t. IV, p. 58). DE l'appareil operculaire des poissons. 249 rhomologue du marteau. Telle est la détermination que j'ai d'abord soumise à l'Académie, en lui présentant pour la pre- mière fois mon travail sur la signification des os operculaires. De nouvelles recherches m ont conduit, dès lors, à corriger et à modifier mes vues à cet égard. En me livrant, dans le cours de l'hiver dernier, à des observa- tions suivies sur des embryons de Truite, de Saumon et d'Ombre- Chevalier, que m'ont fournis mes appareils de pisciculture, je crois être arrivé à reconnaître directement, et non plus par sim- ple induction, l'origine et le mode de développement de linter- opercule et ses rapports avec le cartilage de Meckel. On sait aujourd'hui que ce cartilage, signalé pour la première fois aux anatomistes par le savant illustre dont il a gardé le nom, est, non point, comme Meckel put le croire, et comme on l'a répété plus tard, un prolongement du manche du marteau sortant de la cavité tympanique, et accompagnant la branche correspondante du maxillaire inférieur (1), mais une formation squelettique pro- visoire qui apparaît de très-bonne heure dans le premier arc viscéral de l'embryon vertébré, précédant et la mandibule et le marteau lui-même. Plus tard seulement, cette tige cartilagi- neuse devient l'axe autour duquel se constitue le maxillaire osseux, et donne de son extrémité supérieure engagée dans la cavité tympanique du Mammifère, le marteau qui, d'abord carti- lagineux, s'ossitie et prend sa forme définitive et ses apophyses. MM. Magitot et Ch. Robin nous ont donné récemment une étude du cartilage de Meckel qui manquait à notre littérature anatomique, et qui confirme le double rôle qu'il joue dans le dé- veloppement de la mâchoire et dans celui du marteau (2). Ils nous le montrent comme un arc de forme ogivale, dont les deux branches, continues en avant sur la ligne médiane, montent dans la direction de la capsule cérébrale moyenne, et se terminent dans la région tympanique par un renflement suivi d'une sorte (1) Handbuch der mensch/ichen Anatomie. Voyez la traduction française de cet ouvrage, par Jourdan et Breschet, t. I, p. 199. (2) Ann. dessc. nat., 4* série, t. XVUI, 1862, p. 213. 250 HOLLilRD. de crochet mousse. Tandis que la portion extra-tympanique et mandi])ulaire de l'arc s'atrophie par suite du travail d'ossifica- tion qui se fait autour d'elle pour substituer une mâchoire défi- nitive à la mâchoire temporaire (1) , l'extrémité tympanique et son appendice deviennent la tète et le manche du marteau, et cet os se complète par l'apparition de ses apophyses. Mais avant ce moment, et au contact du renflement nialléal du cartilage de Meckel, apparaissent successivement derrière lui, et toujours dans la ligne du premier arc viscéral, les cartilages de l'enclume, du lenticulaire et de l'étrier, celui-ci sous la forme d'un disque qui bientôt se perfore à son centre. Ainsi, et d'après ce qui se passe chez les Mammifères, nous constatons à l'extrémité libre des branches de l'ogive cartilagi- neuse, une sorte de bouton qui finit en pointe mousse, et au contact de cette tète terminale la formation, dans le tissu plas- tique voisin, de cartilages distincts du premier, et destinés à compléter la chaîne des osselets de Toreille moyenne. Cette chaîne ne se répartit donc pas, comme on l'a cru longtemps, entré deux arcs viscéraux différents ; le premier de ceux-ci la réclame tout entière, aussi bien que la caisse et le cadre tympa- nique. Voyons maintenant ce que devient le cartilage de Meckel chez les Poissons, et quelles pièces s'y rattachent. Les embryons dont j'ai pu disposer, bien que renfermés en- core dans l'œuf, étaient déjà parvenus à l'âge où les arcs viscé- raux primitifs ont déjà donné et le cartilage de Meckel et ceux de la série des arcs hyoïdiens. Le cartilage de Meckel se montre chez les Poissons osseux, comme chez les Mammifères, sous la forme d'un arc ogival qui bientôt se renfle, et oifre une scissure sur la ligne médiane, tandis que ses branches se terminent elles- mêmes par un autre renflement qui finit en pointe mousse. Avant cette terminaison, le cartilage élargi se creuse sur son bord supérieur dune fossette destinée à l'articulation delà pièce (1) C'est le nom que M. Serres donna au cartilage de Meckel, lorsqu'il le découvrit à son tour en 1827 {A>ii>. de-- se. luit., 4'« série, t. XI, p. 54, note). DE l'appareil operculaire des poissons. 251 qui portera immédiatement la manclil)iile. Bien que le renfle- ment terminal dont je viens de parler dépasse de peu ce point d'articulation, il est impossible de ne pas y reconnaître les pre- mières formes du bouton à pointe mousse qui occupe l'extrémité du même; cartilage chez les Mammifères, et qui se transforme plus tard en marteau. Prolongez un peu la pointe mousse de celui des Poissons, écartez-la un peu de l'axe de la branche qui la porte, et vous aurez le prolongement qui sera la grande apophyse de l'osselet tympanique. Que devient chez les Poissons cette partie évidemment mal- léale du cartilage mandibulaire ? Est-elle, comme l'ont cru quel- ques personnes, comme j'ai été moi-même porté aie supposer , est-elle épargnée par le travail d'ossification qui constitue le maxillaire inférieur, et demeurant en dehors et au delà des limites de cet os, fournira-t-elle une des pièces operculaires ? Ou bien se renferme-t-elle dans la mâchoire, comme on l'a dit égale- ment ? Il est facile de s'assurer que c'est à cette dernière manière de voir qu'on doit s'arrêter. Le cartilage de Meckel est enclavé tout entier dans le maxillaire ; on le voit avec sa tête terminale, sous la couche de tissu osseux qui forme le talon de ce dernier os, la transparence de ce tissu nouveau le laissant parfaitement recon- naître placé entre l'apophyse supérieure qui domine en avant la fossette articulaire de l'os, et la saillie postérieure et inférieure qui devient la pièce particulière connue sous le nom iVangu- laire. Je me suis convaincu par mes propres observations qu'aucune des pièces qui se trouvent au delà et au-dessus de la mâchoire inférieure des Poissons ne procède du cartilage de Meckel, et ne représente le marteau. Le symplectique que lui attribue M. Vogt, le jugal de Cuvier (hypocotyléal de Geoffroy), que M. Serres (1) en fait provenir, procèdent de deux cartilages voisins bien dis- tincts de celui qui fournit le marteau, comme je l'ai montré dans (1) Ann. des sciences imf., l^f série, t. XH. 25':^ IIOLLtRD. mon mémoire déjà cité sur les pièces faciales ; et quant à Tinter- opercule, décidément s'il se rattache à celui-ci, ce n'est pas comme en faisant partie. Mais si F interopercule ne représente pas le marteau, ne pour- rait-il, comme semblent l'indiquer ses connexions avec le maxil- laire inférieur, correspondre à une autre pièce de la même série, issue du môme arc viscéral, à celle qui suit immédiatement le marteau chez les Mammifères, et qui, dans leur embryon, se montre d'abord sous la forme d'un cartilage distinct de celui de Meckel, mais appuyé sur lui? En d'autres termes, renclume que, dans ma première détermination, j'associais au marteau pour former l' interopercule, ne nous donnerait-elle pas la signification homologue de cette dernière pièce ? M. Reichert a semblé répondre à cette question en disant que le cartilage, qui, chez les Mammifères, donne l'enclume, se trans- forme chez les Poissons en os carré. Mais le cartilage, auquel le savant embryologiste allemand fait allusion, demeure toujours à distance de celui de Meckel ; il n'est comparable ni pour sa posi- tion, ni pour son rôle anatomique ultérieur, à celui de l'enclume. L'homologue de l'enclume, si cet os existe chez les Poissons et si nous pouvons assister à son apparition, doit être cherché à la place même qu'occupe l' interopercule, c'est-à-dire sur la même ligne et au contact du cartilage de Meckel. Or, en le cherchant dans cette direction sur des sujets parvenus à différents âges de développement, je crois avoir reconnu la première ébauche d'une pièce solide qui se formerait au contact du maxillaire inférieur, occupant ainsi de bonne heure la place où nous rencontrons l' in- teropercule. Seulement cette lame ne ressemble pas histologique- ment au cartilage de Meckel, qui est parfaitement semblable aux autres formations primitives du squelette facial. Elle n'est pas non plus contemporaine de ces cartilages ; elle ne se montre avec quelque netteté qu'à une époque qui précède de très-peu le travail d'ossification et de développement de lanicàchoire et du préoper- cule, qui servent de point d'attache à cette production ostéogé- nique. Partie de l'extrémité du cartilage de Meckel, elle s'avance et DE l'appareil operculaire des poissons. 253 s'allonge dans la direction du point de suspension des branches de l'hyoïde, et couvre bientôt, sans d'abord la dépasser, la pre- mière pièce, celle que Cuvier regardait comme un styloïde. Enfin la lame dont il s'agit se montre originairement indépendante des deux autre? pièces de l'opercule. Cette lame ne saurait être que l' interopercule ; en tout cas, elle en occupe la place derrière la mâchoire inférieure; elle est, comme lui, en connexion avec celle-ci, et le bouton terminal du cartilage de Meckel, auquel elle se rattache, correspond au mar- teau des Mammifères ; la formation que nous venons de voir naître derrière ce bouton nous rappelle par sa position sériale le deuxième des osselets tympaniques, l'enclume. Mais pouvons-nous l'identifier avec ce dernier os? Le développe- ment histologique de l'interopercule diffère de celui de l'enclume des Mammifères; il ne débute pas comme celle-ci par une forma- tion cartilagineuse à base homogène, mais commence par une sorte de tissu fibreux mêlé de noyaux, qui précède l'apparition du tissu osseux. Cette différence fournit-elle une objection péremptoire et dé- cisive dans la question? C'est demander si la similitude des préli- minaires histologiques est une condition fondamentale, essen- tielle, de l'homologie pour les pièces du squelette étudiées comparativement chez des animaux différents? Quelques anato- mistes sont de cet avis, et ont même appliqué ce principe à l'ho- mologie des neurapophyses crâniennes et vertébrales, pour com- battre la théorie de la constitution vertébrale du crâne. Je crois qu'on a suffisamment réfuté cette argumentation et réduit à leur juste portée les différences histologiques qui existent entre le crâne primordial cartilagineux et les pièces secondaires ou de recouvrement. Quant à la question de l'homologie de l'interopercule, je me permettrai d'insister : 1" sur la direction de son développement qui se fait dans le sens antéro-postérieur indiqué déjà par sa connexion plus constante avec la mandibule qu'avec le sous- opercule du poisson adulte ; 2' sur ce que le cartilage de Meckel conservant chez, les Poissons le même mode de terminaison que 25/t UOLLIRD. chez les Mammifères, et offrant une extrémité postérieure comparable au marteau cartilagineux, la pièce qui se place immé- diatement derrière lui procède du même blastème que l'euclume. Partis de la région mandibulaire où nous avons laissé le renfle- ment malléal, arrivés avec linteropercule dans la région tympa- uique du premier arc viscéral, rencontrant en lui le premier élément sériai qui succède au cartilage deMeckel, une différence histologique peut-elle nous faire oublier que ce premier élément s'appelle l'enclume chez les Mammifères? En tout cas, il est évident que la série s'arrête ici. Non-seule- ment il y a souvent solution de continuité entre F interopercule et les deux autres lames du couvercle branchial, mais le sens de leur développement est inverse de celui de la pièce inférieure; il a heu de haut en bas, comme l'indi([uent déjà très-bien la forme et la connexion la plus constante de l'opercule. Si, maintenant, nous cherchons la place de ces deux éléments operculaires supérieurs pour déterminer par elle leur significa- tion, comme nous venons de chercher celle de l'interopercule en constatant son lieu d'origine et sa position constante, je re- marque que l'opercule et le sous-opercule se montrent dès leur début et se forment dans un pli tégumentaire qui fait partie de celui dans lequel on voit se former à la même époque les rayons branchiostéges. On a donc eu raison d'assimiler la signi- fication des os en question à celle de ces rayons. Mais il faut aller plus loin : ce pli branchiostége et operculaire tout à la fois , cette expansion, ou pli latéral de la tête des Poissons, dans laquelle se prolonge en quelque sorte leur squelette hyoïdien, n'est qu'un détail dune disposition générale, qui prend un développe- ment plus considérable chez ces Vertébrés que chez les autres, en raison de leur genre de vie. Je veux parler de ce système de plis cutanés qui, sur la ligne médiane, constitue les nageoires impaires, et ([ue soutiennent ici les rayons sus- et sous-épineux du dos, de la queue et de la région postanale. 11 faut y ajouter les nageoires paires elles-mêmes, car, chez le Poisson, l'extrémité des membres s'arrête à l'origine de la nageoire proprement dite; En effet, les rayons si nombreux , si multi-articulés et divisés DE L APPAREIL OPERGULAIRE DES POISSONS. 255 qui soutiennent celles-ci, diffèrent du tout au tout des doigts, et ressemblent jusque dans leur mode de formation à ceux des na- geoires paires. Pour eu revenir aux deux pièces operculaires supérieures, Topercule et le sous-opercule, s'il fallait une dernière preuve pour établir que ces os doivent être assimilés aux rayons bran- chiostéges , je rappellerais que ceux-ci prennent quelquefois la forme lamcUeuse, et que, réciproquement, les pièces opercu- laires sont sujettes à se diviser en rayons. C'est ce qu'on voit sur ce même squelette de la Baudroie, qui m'a déjà servi à démontrer l'indépendance de l'interopercule à l'égard des autres éléments du couvercle branchial. Ce qui résulte très-positivement et de la comparaison dés pièces operculaires dans les Poissons adultes et de l'étude de leur développement chez les embryons, c'est l'indépendance primitive de l'interopercule à l'égard de ses soi-disant congénères ; c'est ensuite la relation sériale du premier avec la mandibule, et déjà avant l'ossification de celle-ci avec le cartilage deMeckel; c'est encore que, malgré la différence histologique qui distingue l'in- teropercule de l'enclume, ces deux os occupent la même position dans la série des formations du premier arc viscéral, et que le premier, comme le second, reste dans les limites de la région tympanique par ses connexions, son point de départ et la direc- tion principale de son accroissement; c'est enfin que l'opercule et le sous-opercule, inséparables l'un de l'autre, se forment, sinon tout à fait en dehors de cette même région, puisque leurs con- nexionslesy rattachent, du moins dans un sens inverse de celui du développement de l'interopercule, dans une direction principale essentiellement divergente, et entre les feuillets d'une expansion cutanée qui précède leur apparition, et qui leur est commune avec les rayons branchiostéges , comme on l'a très-bien re- marqué. Ajoutonscnfiniice rapprochement, qui fait déjà rentrer l'opercule et le sous-opercule dans le squelette lophiodermique, la tendance parfois très-remarquablement réalisée de ces os à se décomposer eux-mêmes en rayons. En d'autres termes et pour nous résumer, il résulte pour nous 256 UOLLARD. de cette étude que le battant operculaire des Poissons se divise., quant à sa signification anatomique, entre le squelette normal et un squelette supplémentaire et cutané ; que l'interoperclile appartient au premier, comme naissant et se développant dans le premier arc viscéral ; qu'il y occupe la même place que l'enclume des Mammifères; qu'enfin l'opercule et le sous-opercule, loin de lui faire suite, loin de pouvoir être assimilés aux autres osselets de l'ouïe ou à de vrais appendices, sortent des limites du névro- squelette, non, comme le voulait Guvier, à titre de pièces sans analogues, mais en se rattachant au développement si général et si considérable des expansions tégumentaires des Poissons. EXPLICATION DE LA PLANCHE. La pi. 10 A ((ig. 1)^ citée dans le cours de ce mémoire, représente les pièces opercu- laircs Au Lophiiig piscotorius. V opercule elle sous-opercule, en partie membraneux, montrent, celui-ci surtout, une tendance remarquable à se décomposer en rayons. Intimement unis l'un à l'autre, ils ne tiennent au suspenseur hyoïdien que par l'arti- culation ordinaire et constante de l'opercule avec la pièce supérieure de ce suspen- seur. L'interopercule, complètement isolé des deux pièces précédentes, se rattache au préopercule et à la mâchoire inférieure, à celle-ci par un ligament qui établit la rela- tion sérialc qui unit ces deux os. op, opercule ; sop, sous-operculc ; iop, interopercule. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET OBSERVÉES DANS l'OEUF ET SUR LEUR MODE DE PRODUCTION, Par 91. liEBEBOlILLiET, Professeur de zoologie et d'analomie comparée à la Faculté des sciences Je S(rasbourg. DEUXIÈME MÉMOIRE <*'. CHAPITRE DEUXIÈME. RÉSUMÉ DES EXPÉRIENCES PRÉCÉDENTES. Statistique des monstruosités obtenues. Les expériences, au nombre de 80, dont je viens de donner la relation, sont partagées en 18 séries qui représentent autant de fécondations distinctes. En instituant ces expériences, je désirais voir s'il était possible de produire à volonté des monstruosités, c'est-à-dire si l'on pou- vait mettre les œufs dans des conditions telles, que ces conditions dussent faire naître infailliblement des monstruosités détermi- nées ; je désirais tout au moins rechercher si les agents extérieurs pouvaient amener dans le développement de l'embryon des mo- difications particulières, et de quelle nature seraient ces modi- fications. On a pu remarquer, par la lecture des observations précé- dentes, que, quelles qu'aient été les conditions dans lesquelles les œufs se sont trouvés placés, il y a eu des monstruosités produites. Ce résultat a été obtenu pour les œufs abandonnés à leur déve- (1) Voyez ci-dessus, page 1 13. 5« série. Zool. T. I. (Cahier n" 5.) « 17 258 LEREBOL'LLET. loppemeiit naturel, cuiiiiiie pour ceux qui ont subi les influences les plus diverses. Pour constater la part que ces influences ont pu prendre à la production des anomalies, il est évident qu'on ne peut procéder que par voie de comparaison. il faut, comme je l'ai dit, conunencer par établir la quantité proportionnelle de monstres qui apparaissent dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire quand les œufs se développent naturelle- ment, sans être exposés à aucune influence défavorable, et con- stater en même temps les formes de monstruosités qui se sont produites dans ces circonstances normales et physiologiques. Cette base une fois posée, il convient de rechercher, sous le double rapport de la ({uantité proportionnelle et de la forme, les monstruosités obtenues dans les cas où l'on a fait intervenir divers agents mécaniques ou physiques, et de conqjarer entre eux les résultats, pour voir si ces résultats sont constants, c'est-à-dire s'ils ont toujours été amenés parles mômes causes. Cette marche me semble être la seule rationnelle et la seule qui puisse conduire, sinon à des conclusions positives, du moins à des probabilités très-peu éloignées de la vérité. Pour mettre les résultats sous les yeux du lecteur, j'ai dressé un certain nombre de tableaux récapitulatifs analogues à ceux que j'ai donnés à la fin de chaque série d'expériences. Cependant, avant de passer à l'examen de ces tableaux, je dois rappeler une remarque générale que j'ai faite plusieurs fois dans la relation des expériences, et qu'il est indispensable de prendre en considération, si l'on veut apprécier les résultats à leur juste valeur : c'est que le nombre proportionnel des monstres doit nécessairement diminuer à mesure que le nombre des œufs mis en expérience augmente. En effet, il y a toujours, parmi les œufs du Brochet du moins, un nombre plus ou moins considérable d'œufs clairs, c'est-à-dire qui ne sont pas susceptibles d'être fécondés, et d'autres sur les- quels la fécondation ne réussit pas, sans qu'on sache pour quelle raison. Or, on comprend que plus les œufs seront nombreux, plus aussi la quantité de ceux qui n'auront pas été fécondés sera con- RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 259 sidéml)le. Si donc on établit le rapport du nombre des monstres au nombre total des œufs, ce rapport devra diminuer à mesure que le chiffre de ces derniers augmentera. D'un autre côté, quand les œufs mis en expérience sont très-nombreux, ils périssent plus vite, malgré les soins qu'on apporte à leur conservation ; et il se peut très-bien que, parmi ces œuts gâtés, il se trouve des mons- truosités dont il n'a pas été possible de constater l'existence, seconde circonstance qui explique l'infériorité numérique du rapport. Au contraire, quand il y a peu d'œufsmis en expérience, il est plus facile de tenir compte du nombre réel des monstres, et si ces œufs ont été choisis, c'est-à-dne si l'on n'a pris, pour les expé- riences, que ceux dont on a constaté le bon état, le rapport qui exprime le nombre proportionnel des monstruosités sera plus élevé, car le second terme de ce rapport sera diminué de la quantité exprimée par tous les œufs mauvais qu'on aura laissés de côté. Ces considérations expliquent les différences, quelquefois con- sidérables, qu'on observe dans les rapports mentionnés sur nos tableaux. Je rappellerai que les chiffres inscrits aux colonnes consacrées aux formes des monstruosités se rapportent aux sept catégories de monstres adoptées dans la première partie de ce mémoire. J'ai ajouté la colonne 6 bis pour les embryons doubles privés de tête (acéphales doubles) . Dans l'appréciation des rapports qui expriment les quantités proportionnelles de ces formes, j'ai divisé les monstres en deux groupes: les monstres doubles (monstres par excès), dans les- quels il y a surabondance de matière embryonnaire, comprenant les n"' 1 à 4 et le n" 6 bis; et les monstres simples (monstres par défaut), liés au contraire à une insuffisance des éléments forma- teurs, et comprenant les n"' 5, 6 et 7. On verra que cette distinc- tion est utile pour apprécier la nature et la valeur des influences. Avant de comparer les résultats obtenus par l'action des agents extérieurs aux résultats fournis parle développement naturel dey œufs, je crois devoir présenter deux tableaux récapitulatifs cou- 260 LEBLBOLLLET. tenant les résultats généraux de mes dix-huit séries d'expériences (tableaux n"' l/i et 15). Leur étude nous servira à établir quel- ques faits dignes d'être notés. Le tableau n° 1/ï renferme les totaux de ces dix-huit séries et les nombres proportionnels obtenus pour chacune d'elles. D'après ce tableau, le nombre total des œufs mis en expérience s'est élevé à 203962 (nombre approximatif) . J'ai trouvé parmi eux 1033 monstres, c[ui se partagent en 255 doubles et 778 simples. Ces chiffres indiquent l'existence d'une monstruosité sur 200 œufs environ , et d'un monstre double sur environ 800 œufs ; les monstruosités doubles forment à peu près le quart du nombre total des anomalies. Si nous examinons la colonne où sont inscrits les rapports du nombre des monstres comparés au nombre total des œufs, nous voyons que la plus forte proportion des monstruosités (6 pour 100) se rapporte au n° 10. Cette dixième série ne comprend qu'une seule expérience, et elle est relative au brossage des œufs. Si l'on s'en tenait au résultat numérique, on pourrait se croire en droit d'attribuer à cette opération la proportion considé- rable des monstres obtenus. Mais nous trouvons que le chiffre élevé du rapport tient surtout au petit nombre d'œufs mis en expérience, et nous voyons, de plus, que les monstruosités se rapportent toutes à une seule et même catégorie, celle des em- bryons réduits à la région caudale, c'est-à-dire des monstres par défaut. C'est un résultat qu'on n'est pas en droit d'attendre de l'opéra- tion du brossage, car cette dernière semblerait plutôt de nature à favoriser la production des monstres doubles, soit en augmentant la vitalité de l'œuf, et, par suite, la quantité de matière organi- sable, soit en provoquant la division du germe par une action toute mécanique. La dernière de ces suppositions ne me semble guère admissible ; et cependant si le brossage des œufs peut avoir quelque influence sur les monstruosités, ce ne peut guère être que par une action mécanique. Pour mieux comparer entre eux les autres rapports de la RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 261 RAPPORTS des monstres doubles au total des monstres. (Pour 100.) (M CI (M t^ -et »r> .tH (M^co^co -a^M " ic <=> 00" " oTco >c «r 00 "0 00 ci ' Je rappelle que les acéphales de cette colonne sont comptés an nombre des monstres doubles. 2 11 n'y a eu dans cette série que quelques tubercules dont le nombre n'a pas été déterminé. 3 Je n'ai pas compris dans ce relevé général les deux séries d'observaliims inscrites sur le tableau n" 10, parce que le nombre des œufs en observation n'a pas été inscrit. Ces deux séries ont produit à elles seules 483 monstres, ce qui porte à 1516 le nombre des monstres que j'ai rencontrés Les monstres de ces deux séries se décomposent en 97 doubles et 385 simples. D'après cela, le rapport exact des doubles au total des monstres c'est-à-dire le rapport de 352 à 1516, est de 33,22 pour 100, au lieu du rapport 24, G8 inscrit sur le présent tableau. Pour l'établissement des rapports inscrits au total, j'ai retranché de la somme totale des œufs les GOGO œufs du n» 6, parce que je n ai pu tenir compte des monstres de ce numéro. i^4 00000 000 000000 co t^cooiMr^«* » aocooo-rtocooc^^ OOCOC-. coco COC: -r< .rt .a •0 .0 aCIÎ^aa»aaaaaa^aa"^a'=^ Oi 1 s 1 S •m» vî 2 w s e = '*• S s; ^ C^ =^ I-Ht^rl C>» C^ •?< -rt "^ (M C-I co ■M ■S s .1 g-' 1 ^(NCOcîiOOl^OO 00^ CM 2222^2 "5 262 I.I^REBOtJrLCT. colonne que j'examine en ce moment, je vais disposer ces rap- ports en série décroissante, en commençant par le plus élevé. Tableau k" 14 a. Serin décrumanfe des roppmis du nombre des monstres' comparé nu nombre total des œufs. MOYENNE (1,>S rapports : 0,52 p. lOO. \ RAPPORTS (le NOS pni'ts : 0,13 p. 100. inl'ts cliaqu!? série (P.inr 100.; Xiiulrro.'; Au-dos.sus (le la inoNcime. Aii-dossous (lo 1,1 mo venue. I 0,/)5 0,40 0,23 0,21 0,17 0,10 0,13 0,11 0,08 0,05 0.03 0,02 0,01 0,009 AV fOMCRE TOTAL DES MOXSTnES. .Movcnni- .les r.ijiports : 2t,G8 p. 100. 12 15 IG 18 9 li 3 1 7 à 8 et 13 2 M 5 10 et 17 Au-dessus de lii moveiiiie. Au-dessous de la movenne. r.ajiports de C'iiatjue si'-iie. (P^ivr 100.) 100 75 68,96 68 50 àsi,ùô li'2,li2 3i,Gl 33,33 28,57 13,64 13 10 4,42 Nuuu'to.s 8 7 12 16 18 14 1 15 2 9 13 o .) 11 4 5 Ce tableau nous apprend qu'il y a eu des monstres doubles dans toutes les séries, à l'exception des séries ir 6, 10 et 17. Dans la première colonne , qui comprend les rapports du noml^re des monstres doubles comparé au nombre total des œufs, nous voyons que les chiffres les plus élevés correspondent à des séries dans lesquelles les actions extérieures ont été très- diverses : telles sont surtout la douzième, la seizième et la neu- vième. Il est évident que celte diversité d'influences ne permet pas de rechercher quelles sont celles qui ont produit les mons- truosités doubles. Toutefois nous ferons ici la même remarque 264 ILEnEBOl'LLET. que nous faisions tout à l'heure à l'occasion du nombre général des anomalies. Les séries quinzième et onzième, dans lesquelles les influences ont été les mêmes, ont offert des quantités propor- tionnelles très-différentes de monstres doubles : 0,/iO pour 100 dans la quinzième, et seulement 0,01 dans la onzième. Les séries quatorzième et septième, qui ont subi aussi des influences très- analogues, donnent les rapports 0,16 et 0,08 pour 100. Le bros- sage des œufs figure dans ces quatre séries. Si cette opération amenait nécessairement des monstres doubles , les résultats ne devraient pas offrir d'aussi grandes différences. La deuxième colonne comprend les rapports du nombre des monstres doubles au total des monstres. La prédominance de la monstruosité double est très-marquée dans les séries n"' 7, 12, 16 et 18; je ne parle pas de la huitième série dans laquelle il n'y avait qu'un seul monstre. Je ne saurais dire quelle est la cause de cette prédominance , mais nous voyons encore la même disproportion exister entre des séries composées d'expériences analogues : 75 pour 100 pour la septième série, i5 pour la quatorzième, 3/i,6.1 pour la quin- zième, et 10 seulement pour la onzième. Nous remarquerons aussi que les séries qui n'ont pas offert de monstres douilles sont : la dixième, où les œufs ont été brossés ; la dix-septième, où ils ont été soumis à l'influence du froid et des changements de tempé- rature ; et la sixième, où ils ont été exposés à l'air libre et à l'air confiné, toutes circonstances très-différentes les unes des autres. Le second tableau général que j'ai cru devoir dresser (tableau n" 15) ne comprend que les expériences dans lesquelles les œufs ont été comptés exactement, de manière à donner aux rapports toute l'exactitude désirable. Nous allons suivre, dans l'examen de ce tableau, la même marche que nous avons suivie pour l'examen du précédent, en disposant en séries décroissantes les trois genres de rapports que nous avons à comparer entre eux et aux influences exté- rieures. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 265 m / OJ 3 j s t CO o O lO «H r- p l 3 ? îï ^ 1 — ^ V 2 1 I •«* a a ^^ a a a a « ■^ I- OJ f ■=1 fÔ «M a M (M t^ ■es a c I--. ' C-1 ^ — (51 o. OD o CO C^) lO a •a 10 1 IM lira r -H a «-< *T^ « t- a c co ^H J -J =1 -n J2 v: Ifl t^ O t^ t^ o CO r^ .si 5 3^25 05 -T^ o CO C^ o o co ira r\ »\ ^ ■s -N 1 e ^ « 1 O ■- -:: r» O co C-1 lO o o •0 liM 1 2 Mt ~ 0 Cl .^ ■« S »7H t^ o CN c 00 o O o o 00 t^ lO 00 ''' 'T^ co 1:; o o o ■=!t O o to "ô- •" 15 n. Séries décroissantes des rapports lo DU N'iMliUB i)l:s XHl.NSTHi;S au total des œufs. MoyciiîK' .les ra[i[iorts : 0,53 [.. -100. Hajipnrt de cliaque Aii-(lessiis (le la i moyenne. ( Au-dessous (le la uiovcnne. |..UIO. 2,50 1 22 M5 0,hi 0,41 0,/ia 0.33 0,13 9 12 15 13 18 7 IG 17 L»l' KUMUnt: IJLS MCNSTllLS nul llUli au total des œufs. Moyonnn .les ra[tports : 0,2i p. 100. An- dessus de la moyenne. Au-dessous de la nio>ennc. J~^ Rapport de ■7 eliaque i selle. '?. 11.100. 0,89 9 O.SG 12 0,40 0,29 15 7 0,23 IG 0.21 18 0,0G 13 17 3' DU .NOJliniE DES MONSTUliS DOllULEs an total des monstres. Moyenne lies rai)[iorts : 45,07 p. 100. Au-dessus de la moyenne. Au-dessous [ de la I nio venue. I 7 12 1(! 18 9 15 !3 17 Il n'est pas possible de découvrir, par l'inspection de ce tableau, une cause quelconque des monstruosités produites, pas plus que nous n'avons pu trouver les causes des monstruosités par l'examen des tableaux précédents. Ainsi nous voyons l'opération du Itrossage pratiquée dans presque toutes les séries avec des proportions très-diverses d'ano- malies. îlen est de môme des autres influences. Les séries n"' 15 et 16, par exemple, se ressemblent beaucoup par les conditions dans lesquelles les œufs ont été placés, et cependant les rapports sont 1,15 pour la quinzième série, et seulementO,33 pour la seizième. La neuvième et la septième série sont semblables, puisque la compression n'a donné aucun résultat, et pourtant il existe une diff"érence considércible entre leurs rapports ("2,50 pour la neu- vième et seulement 0,60 pour la septième). Nous trouvons le môme désaccord dans les rapports qui sont relatifs anx monstres doubles. La plus forte proportion de ces derniers, représentée par le chiffre 0,(S9, correspond ;i la neu- vième série, et le rapport inscrit pour la septième série, qui s'est RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 267 trouvée dans les mêmes conditions, n'est que de 0,29 pour 100. La dix-huitième et la dix-septième série se trouvent à peu près dans les mêmes conditions, et cependant il n'y a pas eu de monstres doubles dans la dix-septième série, tandis que dans la dix-huitième il y en a eu 0,21 pour 100. Enfin, dans la colonne qui exprime la quantité proportionnelle des monstres doubles comparée au total des monstruosités, l'ordre de succession des séries d'expériences est encore différent. C'est la septième série qui est en première ligne, et la neuvième, qui était la première dans la colonne précédente, se trouve n'occu- per que le cinquième rang. Je ne puis donc trouver aucune corrélation entre les conditions de développement des œufs et la production des monstruosités, pas plus sous le rapport du nombre de ces dernières que sous le rapport de leurs formes. Voyons maintenant si nous obtiendrons une autre solution en suivant la marche que nous avons indiquée plus haut, c'est-à-dire en constatant les résultats obtenus par le développement naturel des œufs, et en comparant à ces résultats ceux qu'ont fournis les œufs soumis à des influences particulières. Pour arriver à ce but, nous allons grouper toutes les expé- riences de même nature, afin de pouvoir établir des comparai- sons sur la valeur des infiuences mises en jeu. 1. — oeufs abandonnés a leur développement naturel, sans l'intervention d'aucune influence particulière. J'ai réuni dans le tableau n* 16 toutes les observations faites sur des œufs c(ue j'ai laissés se développer dans leurs conditions naturelles, si l'on peut appeler ainsi les conditions de développe- ment des œufs qui sont élevés dans des assiettes et dans l'intérieur d'un appartement. Il est évident que j'entends simplement dire que les œufs en question n'ont subi aucune des influences aux- quelles j'ai soumis les œufs des autres expériences. Les assiettes qui les contenaient étaient placées le plus souvent sur une table, 2C8 LEREBOULLET. S! «et. 3 o 5 a .o s 4) - — r cT 1^ o co C-l M >3 I-I IM C^ M lO o -H -H o (M ^ •^ ei ».. Ç-. fS »s '\ o © o .ra o i^ o co -^ ■^ o o ^H Q lo co O (M •« O '?-• ^ «.H -Tt co ^H •■H m -.^ ^H M <3 '>'aRaaŒC^a»s C^C4C400O o o o S lO •>■ in in o* •>H a a ^ a a CO a ^H o •=t •cj in Cî CO ^H <} in Ci r< en Cî t^ O ira CO CO CO -::; — CO ^ 3 (M— ■^OOCOOO^O m CO iM CO ^-1 CO ' CO — I o CO •« t^ •^ CO 00 o CM -H O) in 00 CO o -^ in cT co^ .^T cT co'' e>i t^ o c;3C5CiGOr^ura c^cococoocnino •7< -T< o co C5 in ira CO o in 00 CO *^ o oo CO -o CM r^x ^* a^ c^ cjfMor^oooo 00 <=> r^ -H t^ o o CM to lo *rT l^ »• c- ^. ^. -î- o 00 CO CO o i^ o C^l ■cj lO CM lO -r^ -^ -^ >• -TT O a a 5^3 s - s ^^ "^^ ~ ~ c- ->• c- c- C5 ^> r^ o --^ c-> o 00 o o in CO CO CO o o o o o «H o in CO ^' O O o d in o CO t^ o i^ CO CO 00 O ■^ in to C-l 'O "(îM "th Cl -a o C-1 '~ ? '^. •)'■ m s S. 2. "-3 s "S ? "■= S .2 ■S o S "S c: !^ 1- 3 «H -c:i c 3 3 rfi VI ^ 5! '-^ —' a 'fi eu o ! in o oo 3 o vj C ce 1= <%.S.. =0 ;^ in cj 00 3 -'-'fi ii - "2 -s 2. o 5 '— ''^ î- 3 X - Ij .3 O Wj -^ C l-î S M ' . 3 o c/î Vj ^ "~" <} CO CO %H CO "• CO in o ^ 3 -3 .-' -x "S ? 2 -S •- = s rS y- r.j — ï ■^ &. O -J rr C^ rt ro eu ^ ^ -H c: ■^ 3 •A O 'ri ■n S ,- « o "a O es -ail S o o "^ o "ç- «:■ en t/j V- « . o cj a a cj o •" -o -3 -3 rX tJi iXj fi . _ u O -^C-ICOO ^, « d Q w 1 1 I I I •«nc-ico<îin:ot>^cdc50«?HCMco 3 3 3 V' ■X i 3 2 C,^, 3. 3 -- -- ^ i- i: «'.'5 3 '3 -^ ï= c; s 3 8 RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 269 au milieu de mon cabinet de travail ; on triait les œufs de temps à autre, et l'on changeait l'eau une ou deux fois par jour. Un premier fait qu'on remarque à l'inspection du tableau n" 16, c'est la diversité des résultats partiels relativement au nombre des monstres et à leurs formes, malgré l'analogie, je devrais dire l'identité des conditions dans lesquelles les œufs se trouvaient placés. Dans la colonne qui exprime la quantité proportionnelle des monstres, eu égard au nombre des œufs, nous trouvons des rap- ports très-différents : le plus élevé est de 0,95 pour 100, le plus faible de 0,0/1. Relativement à la forme des monstruosités, nous voyons qu'il y a eu absence complète de monstres doubles dans trois cas, tandis que, dans un cas, le rapport de ces monstres au nombre total des œufs a été de 0,43 ou près de 1/2 pour 100. Enfin, dans la dernière colonne qui exprime la proportion des monstres doubles relativement aux autres formes monstrueuses, nous trouvons les deux rapports extrêmes : 83,33 et 6,76 pour 100. Nous pouvons donc déjà conclure de ces faits que le nombre et la forme des monstruosités varient beaucoup dans les condi- tions naturelles. Il pourrait être intéressant de rechercher s'il existe quelque re- lation entre le nombre ou la forme des monstres produits et les chiffres qui expriment la mortalité des œufs mis en expérience. Or, si l'on compare entre elles, dans les n°' 6 à 13, la colonne qui exprime la proportion des œufs gâtés et celle où sont inscrits les rapports du nombre des monstres au total des œufs, on verra qu'il n'y a rien de constant entre le bon ou le mauvais état des œufs et les monstruosités produites. Ainsi, par exemple, la plus forte mortalité est exprimée par le rapport 99,58, puis par les rapports 97,5; 96,86, etc., et les monstres correspondants sont représentés par les rapports 0,32 pour 100, 0,05 et0,15, qui diffèrent beaucoup les unsdesautres, et qui ne sont ni les plus forts, ni les plus faibles. La plus forte 270 LEREBOLLILET. proportion des monstres, représentée par le rapport 0,80 pour 100, correspond à la proportion d'œufs gâtés exprimée par le rapport 73,10, beaucoup plus faible que les précédents, mais qui n'est pas le plus faible de tous, puisque le rapport suivant n'est que de /i'2 pour 100, et ce dernier correspond au contraire à un chiffre assez faible de monstres : 0,35 pour 100. Il n'est donc pas exact de dire, comme j'avais cru pouvoir ladmettrepar quelques faits, qu'il existe un rapport inverse entre la mortalité et la quantité des monstres produits, c'est-à-dire que plus la mortalité est grande, moins il y a de monstres, et réci- proquement ; il n'y a rien de constant à cet égard. Mais, ce qui est vrai, c'est que le chiffre des œufs mis en expé- rience influe sur le rapport obtenu. Plus ce chiffre est élevé, moins le nombre des monstres est considérable, à proportion. Ainsi, dans notre tableau, nous voyons presque toujours les quan- tités les plus fortes d'œufs correspondre aux rapports les plus faibles ; les n°' G à 9, par exemple, qui ont plus d'œufs que les n"' 10, 11 et 12, ont des rapports moins élevés. J'ai donné plus haut la raison de cette différence. S'il n'existe aucune relation constante entre la mortalité des œufs et la production des monstres en général, on pourrait croire, d'après le taljleau que nous examinons, qu'il en est autrement pour les monstres doubles. Nous voyons que les trois n"' 6, 8 et 12, qui n'ont pas fourni de monstres doubles, ainsi que le n" 7 qui en a donné la proportion la plus faible, correspondent aux rapports les plus élevés qui expriment la quantité des œufs gâtés, ce qui pourrait faire penser que le bon état des œufs est une con- dition favorable à la production des monstres doubles. Mais cette relation, non plus, n'est pas constante, car le rapport le plus élevé de ces anomalies (0,^3) correspond au rapport 89,45 qui exprime une mortalité assez considérable, tandis que la plus faible mortalité, représentée par le chiffre 42, correspond au rapport 0,29 inférieur de beaucoup au précédent. Je crois pouvoir conclure de ces diverses comparaisons que la mortalité des œufs est sans influence sur la production des monstres. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 271 Le résultat général des onze observations d'œufs abandonnés à leur développement naturel donne (total A), sur un total de 67 ooo œufs, 273 monstruosités, ce qui fait 0,40 monstres sur 100 œufs. Les formes se répartissent en 58 doubles et207 simples, plus les huit monstruosités du n° h qui n'ont pas été qualifiées. Le rapport des monstres doubles au total des œufs, après la sup- pression du n° A, est de 0,11 pour 100, et le rapport des monstres doubles au total des monstruosités est de 21,89 pour 100, ou environ le cinquième. Dans le total B, j'ai réuni les résultats des observations if 6 à 13, dans lesquelles j'ai pu établir un rapport approximatif entre les œufs gâtés et les œufs bons. Le rapport 0,38 pour 100, qui exprime la proportion des monstruosités obtenues, diffère peu de celui du total précédent. Il en est de même du rapport exprimant la proportion des monstres doubles ; mais le rapport de ces der- niers au total des monstres est plus élevé, ce qui tient à ce que le chiffre du total des monstres est diminué du nombre 133 pro- venant du n" 5, Le troisième total, où les œufs ont été comptés exactement, est le seul qui semblerait devoir être pris pour base des comparaisons ultérieures, attendu que tous les rapports sont parfaitement exacts. Cependant il est nécessaire, pour établir ces comparai- sons, d'avoir égard au chiffre relativement peu élevé des œufs qui ont été comptés, pour les raisons que nous avons fait valoir plus haut. Ainsi, par exemple, le rapport de la mortalité est ici beaucoup plus faible (70,22 au lieu de 90,16), précisément à cause de la grande différence dans le total des œufs mis en expé- rience. C'est de la même manière que j'explique l'élévation du chiffre des autres rapports ; cette élévation provient de la grande diminution dans la somme totale des œufs et dans celle des monstres. J'ai pensé qu'il pourrait être utile quelquefois de comparer le nombre des monstres au total des œufs restés en bon état, attendu que, dans plusieurs observations, je n'ai tenu note que de ces derniers. Voilà pourquoi j'ai fait les deux totaux D etE. Le total D comprend des œufs qui m'ont fourni un nom- 272 I.EBEBOULLET. bre considérable do monstruosités, surtout le premier nu- méro ( 1 ) . Le total E comprend tous les œufs bons qui ont pu être comptés, c'est-à-dire tous les numéros, à l'exception des n"' 3, k et 5. (i) Ayant pris note des formes rencontrées parmi les monstres de ce premier numéro, j'ai pensé qu'il serait intéressant d'en mentionner quelques-unes; je ferai cette rapide indication par caté!,'ories : i" Double!; complets. — Sur les 30 monstres de cette catégorie, 12 avaient les deux corps composants parfaitement égaux entre eux et symétriques. La réunion des deux corps s'était arrêtée à une distance plus ou moins grande derrière les oreilles. Cliez 7 autres monstres doubles, les deux corps étaient soudés dans toute leur longueur ; les petits poissons se composaient d'un corps simple terminé par deux tètes semblables entre elles et séparées. Dans les autres formes de cette même catégorie, l'une des deux tètes ou l'un des deux corps était plus petit, et quelquefois l'une des tètes était privée d'un œil ou avait un de SCS deux jeux rudimentaire ; dans deux cas, l'une des deux tètes était totalement privée d'yeux. Chez deux monstres doubles, les deux corps étaient directement opposés l'un à l'autre en ligne droite, la région caudale occupant le milieu de ce double poisson. Dans deux autres, les corps composants divergeaient suivant une ligne borizontale, de manière à faire entre eux un angle de 180 degrés, et se trouvaient ainsi dans une direction per- pendiculaire à la queue. 2° Doubles incomplets. — La disposition des deux poissons composants, le corps principal et le corps accessoire, a présenté les mêmes variétés que dans le cas précé- dent. Dans tous ces monstres, le poisson accessoire était incomplet, c'est-à-dire se pré- sentait sous la forme d'une languette homogène privée d'appareils sensitifs, mais ordi- nairement munie d'un cœur à l'extrémité de la bandelette, position qui indiquait l'absence totale de la région céphalique. Dans quatre de ces monstres, la bandelette embryonnaire accessoire se portait direc- tement en arrière du corps principal. Dans toutes ces formes, comme dans les précédentes, j'ai constaté de nouveau l'exactitude de mes premières observations relativement à l'origine de ces monstruosités. Toujours j'ai vu (jne deux germes blastodermiques égaux et séparés produisaient des monstres à deux corps réguliers, tandis que des germes inégaux donnaient naissance à des monstres de la deuxième catégorie, dans lesquels l'embryon accessoire correspon- dait toujours au plus petit des deux germes. Cette dernière corrélation entre le volume du germe blastodermique et le gemc de corps qui en résulte est la confirmation de ce que je regarde comme une loi embryo- génique constante, à savoir, qu'il faut que le blastoderme soit composé d'une certaine quantité de substance eml)ryogcne pour qu'il en résulte un embryon normal, tandis que, toutes les fois que celte quantité de matière organisable est insuffisante, il se produit un embryon cliétif ou incomplet. 3" Doubles tètes. — Parmi les 22 monstres de cette catégorie, il y en a eu 7 dans lesquels la soudure des deux têtes s'est opérée complètement, de manière à ne rien RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 273 Ainsi, sur un total de 12 295[œufs, il y avait 594 monstres, ce qui donne le rapport 4,83 pour 100. Ces monstres se décompo- sent en 141 doubles et 453 simples ; le rapport des doubles au total des monstres est de 23,74 pour 100. Ces rapports entre les monstres et le nombre des œufs en bon état pourront être utilisés dans les comparaisons que nous aurons à faire plus tard. n. — OEUFS SOUMIS A DIVERSES :.\FLl'E>'CES. A. — Influences pouvanl provenir de la fécondation. J'ai recherché si la fécondation pouvait avoir quelque influence sur le développement embryonnaire : i° En ne versant sur les œufs qu'une très-petite quantité de laite ; 2° En fécondant à part les derniers œufs exprimés de l'ovaire ; 3° En agitant l'eau pendant la fécondation et après cette opé- ration. laisser apercevoir des deux tètes primitives. Dans liuit cas, il existait, sur les côtés de la tête, un petit tubercule, dernière trace de l'une des deux têtes composantes. 4° Poissons triples. — Le seul exemple que j'ai rencontré était représenté par un poisson conformé comme ceux de la catégorie précédente, c'est-à-dire ayant un corps simple en apparence, mais contenant deux corps et terminé en avant par deux tètes régulières rapprochées l'une de l'autre ; mais de la queue de ce double poisson parlait un appendice en forme de languette embryonnaire, semblable aux tiges accessoires de la deuxième catégorie. 5° Poissons à deux demi-corps séparés. — Sur les neufj cas de cette catégorie, deux étaient privés de tête ; l'embryon se composait d'un anneau ouvert dont les branches étaient partagées eu lamelles vertébrales, et d'une queue. Dans un autre, l'une des deux branches était en voie de dissolution, au moment où je l'ai observé. 6" Acéphales. — Il est curieux qu'il y ait eu, dans les œufs de cette fécondation, un nombre aussi considérable d'acéphales doubles, forme toujours assez rare. Je regarde ce fait comme la preuve d'une disposition particulière à la duplicité monstrueuse parmi ces œufs ; on voit, en effet, que les monstres doubles sont ici assez nombreux. 1° Tubercules blastodermiques . — Cette dernière forme a été excessivement nom- breuse. Dans aucune fécondation je n'ai rencontré autant de ces tubercules qui s'al- longent plus tard en languettes et finissent par constituer la région caudale du poisson. Je ne sais à quelle cause on pourrait attribuer cette grande prédominance. 5« série. Zool. T. I. (Cahier n» 5.; 2 18 27/1. LEREBOULLET. Premier cas. Emploi d'une petile quantité de laite. — On sait qu'il suffit d'uue très-petite quantité de laite pour féconder un nombre d'œufs considérajjle. Cependant cette quantité doit avoir des limites, et il est nécessaire, quand elle est très-faible, que la laite soit versée immédiatement sur les œufs. ; C'est ce qu'on a pu voir par l'expérience dont j 'ai parlé à la fm de la huitième série. J'avais mêlé deux gouttes de laite à environ deux litres d'eau, et je n'avais placé les œufs dans cette eau qu'après avoir opéré le mélange. Or, ces œufs n'ont offert aucun signe de fécondation. D'autres expériences, au contraire, m'ont fait voir que deux gouttes de laite versées directement sur les œufs ont suffi pour les féconder (huitième, douzième et seizième séries) . Dans un cas cependant, la quantité de laite employée paraît ne pas avoir été suffisante. A la vérité, la fécondation a eu lieu, mais les œufs clairs étaient plus nombreux que de coutume, et les œufs fécondés n'ont montré qu'une quantité excessivement faible de substance embryogène, c'est-à-dire un blastoderme extrêmement mince et sans bourrelet. Il se peut donc que l'insuffisance de liquide spermatiquc ait pour effet de priver l'œuf de la quantité de matière organisablc nécessaire à son évolution normale et complète. Dans mes recherches sur la fécondation, j'ai vu que la liqueur spermatique peut traverser des couches d'œufs très-épaisses, et féconder ceux de la couche inférieure tout aussi bien que les œufs des couches les plus superficielles, résultat facile à prévoir quand on connaît l'extrême petitesse des spermatozoïdes. Deuxième cas. Fécondation des derniers œufs de V ovaire. — Les œufs exprimes les derniers sont généralement moins bons (pie les autres. Cependant j'ai constaté, par plusieurs expériences, qu'ils sont encore susceptibles d'être fécondés (huitième, douzième, seizième et dix-septième séries). Seulement, comme on peut s'y attendre, le nombre des œufs gâtés est alors plus grand que de coutume. Ainsi, dans l'observation de la huitième série, sur environ RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 275 3000 œufs, il eu périt 2280 (rapport 96 pour 100) ; daus l'ob- servatiou 1" de la douzième série, il y avait 3420 œufs, sur les- quels 309/i sont morts (rapport 90, kl pour 100) ; dans la sei- zième série, cinquième observation^ sur 652 qpufs, il y en a eu 488 mauvais (75 pour 100) ; enfin, dans la jjremière observation de la dix-septième série, sur 700 œufs, je n'eu ai pas trouvé un seul en bon état. Pour mieux apprécier ce genre d'influence, il faut se reporter aux séries elles-mêmes, afin de comparer entre elles les observa- tions d'une môme série. C'est ainsi que le rapport 75 pour 100, qui est le plus faible de tous ceux que je viens de mentionner, se trouve être en réalité le plus fort de la série, comme on le voit par le tableau récapitulatif de cette dernière (tableau n° 11). La pro- portion de mauvais œufs que nous offre l'observation l" de la douzième série (90, 47 pour 100) est aussi à peu près la plus forte ' de la série (tableau n" 8) , Nous voyons que tous les œufs de la première observation de la dix-septième série périssent, mais si nous avons égard aux autres observations de cette série (tableau n" 12), nous trouvons l'explication de cette mortalité par ce fait que tous les œufs étaient dans de mauvaises condi- tions. En effet, dans la deuxième expérience de cette série, il meurt 1950 œufs sur 2000; dans la troisième, 2277 sur 2280, et dans la quatrième, 2271 sur 2279. Ces faits nous montrent que les derniers œufs de l'ovaire sont moins bons que les autres, et conséquemment offrent une plus grande mortalité. J'ai dû rechercher si ces conditions étaient de nature à pro- duire plus de monstruosités qu'il ne s'en produit dans les condi- tions ordinaires. Si l'on examine, dans les séries 8, 12 et 18, les rapports qui expriment la proportion des monstres et si l'on compare ces rapports, d'un côté aux autres rapports de la même série, de l'autre à la moyenne générale du tableau n" 16, ou trouve les résultats suivants : 8« série, 1 monstre sur 3000 œufs; rapport 0,03 pour 100. 12" série, 30 monstres sur 3420 œufs; rapport 0,58 pour 100. 16" sà'ie, a inoubtressur 652 œufs; rapport 0,30 pour 100. 276 LEREBOlJLLE'r. Le premier rapport est de beaucoup inférieur à la moyenne générale du tableau n" 16 (0,6-0 pour 100). Le troisième rapport est aussi inférieur à cette moyenne. Le deuxième rapport seul est plus élevé; mais si l'on se rapporte au tableau récapitulatif n" 8, on voit que ce rapport est inférieur à ceux des autres expériences de cette série qui a généralement été riche en monstruosités (1). Ainsi rien ne prouve que le mauvais état des derniers œufs de l'ovaire soit une cause qui favorise la production des monstres. - Troisième cas. Agitation des œufs pendant et après la féconda-^ tion. — Je ne reproduirai pas ce que j'ai dit à ce sujet en relatant l'expérience n° 11 de la treizième série. Les œufs ont été agités au moment de la fécondation et durant un quart d'heure après cette opération, sans qu'il en soit résulté une plus forte proportion de monstruosités. B. — Actions mécaniques. Les actions mécaniques dont j'ai étudié l'influence se rap- portent à la compression et au brossage des œufs. ° Compression des œufs. — Je n'ai fait que deux expériences sur la compression des œufs : neuvième série, n" 6 et treizième série, n" 9. La pression supportée a été de 60 à 70 grammes ; elle a duré deux ou trois jours et elle a eu pour effet d'aplatir les œufs autant qu'il était possible sans les écraser. Plus de 200 œufs dans de bonnes conditions de développement, ont été ainsi mis en expé- rience. Il en est mort un grand nombre; mais ceux qui ont résisté ont repris leur forme et ont produit des embryons normaux. Il n'y a eu qu'un seul monstre, c'était un tubercule blastoder- mique, et cette unique anomalie s'est montrée dans une série, la neuvième, remarquable par le grand nombre de ses monstres doubles. (1) Il est bien entendu que pour établir le rapport 0,58 pour 100, dans le tableau U" 8, j'ai réuni les trois expériences A, B, G, du premier groupe, de même que, plus bas, j'ai réuni les expériences A et B du n" 2 du second groupe. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 277 J'ai pensé qu'il était inutile d'insister davantage sur ce genre d'expériences. 2° Brossage des œufs. — Le brossage a été pratiqué très- souvent. Toutes les fois que les œufs étaient sales, j'avais recours à cette opération pour les nettoyer. Désirant rechercher si cette action mécanique pouvait avoir quelque influence sur la production des monstruosités, j'ai, plusieurs fois, brossé les œufs avant le commencement de la segmentation vitelline. Je voulais voir s'il était possible de trou- bler l'arrangement des molécules qui composent le cumulus et, plus tard, la disposition des globes de segmentation. Or, je me suis assuré qu'un brossage, même très-énergique, n'avait aucune action sur ces derniers. Quelquefois la sphère était légèrement modifiée dans sa forme, mais cette modification ne durait que peu de temps et n'influait en rien sur le développement normal de l'œuf. Pour apprécier l'influence du brossage, je présente dans le tableau n" 17 le relevé général de tous les cas où les œufs ont été brossés, et j'en déduis la moyenne générale des monstruosités, afin de pouvoir comparer cette dernière à la moyenne offerte par les œufs dont le développement s'est effectué d'une manière normale (tableau n" 16). Je compare ensuite entre elles et avec les autres expériences des diverses séries les observations relatives au brossage. Dans toutes ces comparaisons j'ai égard, non-seulement à la totalité des monstres, mais aussi aux monstres doubles en particulier. Dans le tableau n° 17, la somme des œufs brossés se monte à 9126 (total A) ; le nombre des monstres obtenus est de 113, ce qui donne la proportion de 1 ,26. monstres sur 100 œufs. En négligeant les séries 1, 10 et 11, pour ne conserver que les œufs qui ont été comptés exactement, nous arrivons à une somme de 7126 œufs (total B) comprenant 68 monstres, ce qui donne pour rapport ou pour moyenne générale 0,95 pour 100. Dans l'un et dans l'autre cas, la moyenne générale des monstres 278 LEREBOULLET. I r . /" -Si 1 -^ o CO CO -^ C-1 00 o -rJ O ti m i <:? 00 -^ CJ CO 00 I^ t^ •-. 'N 55 '^ "^ "^ '^ ^ 's Ô 1 '* ;^ 0-H(M -r-a >nt»iccooo ■a o ai T- I 3 'H 2 ^ \- a. "w Y -; c: 1 _ tÎ tf s 1 5 '~^ lO o o M t^ 00 o o "" f % S -rHC^CM,-,. CT ■«H ^ lO lO •N'N'^"'* »x ^ " •N »\ "5 l 5 GJ OO-T' -T^Ç^O'^O O o \ -^3 t-^ a aoooeo nc-i «m uo r^ m 1 •O 1 CO ira -^ cô »aC^a;ç"(M.ïi^aa^H ira ira in COC-IasaKaC'I^s t^ j^ ■r. o 73 F > es tr \ •^ RS«S3C»aa« 9 S o C " rs a&4» s a. ira 1 J ira 00 ift t^ r>. CO o oc — 1 ^ 5^. o t^ t^ «f^ C-1 CO £-ê" fn S ' r-" f-T CO ^ co'~ ^"^ e^ -rT o" C~l t« c S-) ^ ^ g -^ < O — o ^ 3 -i CO o .ra s « 5 »s »\ 's ^ rv rs ^ (M O CJ ^ ~ 'j- OOe>) -^«JO-rtO •^ O ift (S J; -H ^■~ u v! ^ p£ CJ a ÏÏ t. Ot>i«tOO^C^O.^t^ CO 00 CO ■X. ^ 2 ^ CO M — (O ^ p " 5 ^H r\ !c a t^ O "3 •M m -a '\ H ^ 00 00 o r^ S &o C" ^ «^. e-. O 'a ■n ■=» 00 o ire o oc '^^ r~r « eu o c: to lO o «« CO o e s: o & w es ^ oooo— 'coooo— i-a -a o & a »^000CC>lO(MoO00«rt »^ 00 ^ c ^ -7^ -^ X O ' 5 ■^ CL ooo ooooo o o 1 œ J2 000-. -.voinooM (N C^l E -S ~ -H -r^ o s " o C^ ^^ ^1 ^-t «r^ O t^ ^ S5 _j =s —^ ! ; <> à ; : ; ! ; ! « &. s • 'O v; Oo^ ocoooo OT <" â cca"r-aa = c = a — ' M* fc£ ■3 s ^»^*\•^r,.^r.J^^.^ < a 1 " 4J S" ■£! 'E *C *S *n *n 'S "u 'u "t* 3 « "c -2 >; ■ 3 -^ -^ -~i •■^ -^ -^ -^ -i» "^ K -o -^ ry-j yj ^. V. V". X W: W Vj Vi 1— .^ c^ fij MUvoouoeioa É- H ^ N -r ■^t^CîO^CMCO^JUOSO RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 27Q est plus élevée parmi les œufs qui ont été brossés que parmi les autres. i Faut-il en conclure que le brossage favorise la production des monstres? Je ne le pense pas, et voici les raisons sur lesquelles je m'appuie pour légitimer mon opinion. L'élévation du chiffre du rapport ne provient pas seulement du nombre des monstres, mais aussi, et surtout, du nombre des œufs qui sont restés en bon état; en effet, ainsi que je l'ai fait observer plusieurs fois, lorsque la quantité des œufs mis en expérience est considérable et la mortalité plus grande que de coutume, il y a certainement des monstres qui disparaissent sans qu'on ait pu les découvrir : première cause qui diminue, chez ces derniers, l'élévation du chiffre du rapport. Les œufs brossés, au contraire, se conservant mieux que les autres, les monstruosités aussi survivent et peuvent être constatées. D'un autre côté, comme je l'ai aussi fait ressortir, plus le nombre des œufs mis en expérience, est considérable, moins le chiffre qui exprime la quantité proportionnelle des monstres est élevé, à cause de la présence d'un grand nombre d'œufs non fécondés ou malades qui augmentent le second terme du rapport. Ces trois considérations, savoir : 1" l'état de malpropreté des œufs non brossés qui rend la mortalité plus rapide et em- pêche de reconnaître un certain nombre de monstres; 2" l'état de propreté des œufs brossés qui les conserve, au contraire, et permet de découvrir à peu près toutes les monstruosités qui se produisent, et 3" le grand nombre d'œufs mis en expérience dans les cas où le brossage n'a pas eu lieu ; ces trois consi- dérations, dis-je , expliquent la prédominance des monstres parmi les œufs qui ont subi l'opération du brossage, sans qu'il soit nécessaire d'attribuer la cause de leur formation ta cette opé- ration elle-même. Si du nombre des monstres, en général, nous passons aux. genres de monstruosités, nous voyons par la comparaison des tableaux n"" 17 et 16 que la moyenne générale qui exprime la proportion des monstres doubles est plus élevée pour les œufs brossés que pour les autres. j 280 LEBEBOLLLET. Cette prédominance de la duplicité monstrueuse est-elle due au brossage ? Des raisons analogues à celles que je viens de présenter montreraient aussi que la forme des monstres, pas plus que leur nombre, ne dépend du brossage. Jusqu'ici je n'ai comparé entre elles que les moyennes géné- rales. Il est évident que cette comparaison ne saurait être suffi- sante, et que, pour arriver à quelque chose de plus positif, il est indispensable d'entrer dans les détails et de mettre en regard les uns des autres les résultats obtenus par le brossage, et les résultats obtenus par les autres expériences des séries dans les- quelles le brossage a eu lieu. Nous allons faire cet examen sous le rapport: i" de la propor- tion des monstres; 2" de la proportion des monstres doubles. i" Proportion des monstres. — Le brossage a été pratiqué dans dix expériences. Dans six d'entre elles la proportion des monstres obtenus a été plus forte pour les œufs brossés que pour les autres ; ce sont les séries n°' 7 (tableau 5), 9 (tableau 6), 12 (tableau 8), i 3 (tableau 9) , 1 /i et 1 6 (tableau 11). . Nous savons maintenant qu'on peut attribuer cette plus forte proportion à la bonne conservation des œufs par l'effet du bros- sage. Dans deux expériences (séries n" 1 et n° 15) les œufs brossés occupent, sous le rapport du nombre proportionnel des monstres, un rang inférieur à ceux des autres expériences de ces mêmes séries. Dans l'observation du n" 1 , le brossage occupe le qua- trième rang sur cinq expériences, et dans l'observation n^^lS, il occupe le second rang sur trois expériences. Dans les deux autres cas (dixième et onzième séries) il n'y a pas de comparaison à établir, attendu que l'unique expérience de la dixième série s'applique au brossage et que dans la onzième série (tableau n"7), les œufs brossés sont les seuls qui aient réussi. 2° Proportion des monstres doubles. — Dans cinq séries d'expé- riences le brossage occupe le premier rang pour le chiffre qui exprime le rapport des monstres doubles au nombre total des RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 284^ œufs. Ce sont les séries n"^ 7 (tableau 5), 9 (tableau 6), 12 (ta- bleau 8), 13 (tableau 9) et U. Dans la série n" 15 (tableau 10), le brossage occupe le second rang; dans la seizième série (tableau 11), il occupe le troi- sième; et dans la première série (tableau 1), le quatrième rang seulement. Sous le rapport du nombre proportionnel des monstres doubles comparés à la totalité des monstres, nous ne trouvons encore le brossage au premier rang que dans les expériences n°' 9 (tabl. 6), 12 (tableau 8) et 15 (tableau 10). Il n'y a donc pas eu plus d'uniformité dans la prédominance de la forme que dans celle du nombre des monstres, et les cas o\!i la prédominance a eu lieu peuvent s'expliquer par le nombre, ordi- nairement faible, des œufs mis en expérience. En effet, si l'on consulte les tableaux, on voit que quand on a employé beaucoup d'œufs, la proportion des monstres doubles est moins forte ; je citerai pour exemple les séries première et seizième. A la vérité, on trouve aussi un nombre d'œufs assez considérable dans les sé- ries n"' 7, 12 et 1Û- où cependant les monstres doubles prédomi- nent ; mais dans le n" 7 les œufs brossés ont seuls réussi ; dans le n" 12, la différence est peu marquée, et dans le n° 14, qui ne comprend que deux expériences, le nombre des œufs non bros- sés était de 2000, tandis que celui des œufs brossés n'était que de 1200. Il est encore une autre considération sur laquelle j'insiste tout particulièrement pour expliquer la prédominance des monstres doubles dans les expériences relatives au brossage indiqué par les n"" 7, 9, 12, 13 et 14. Si l'on consulte les tableaux de ces séries, on verra, du moins pour la neuvième et surtout pour la douzième, que les mons- tres doubles sont nombreux dans presque toutes les autres expé- riences de ces séries ; il est donc naturel qu'elles aient aussi été nombreuses pour le brossage. Dans la quatorzième série, les monstres doubles sont presque aussi nombreux pour i^les œufs non brossés que pour les œufs brossés. Il n'existe donc aucune raison plausible pour attribuer la supé- 282 LEREBOUfXET. fiorité des monstres, et particulièrement des monstres doubles, à l'opération du jjrossage. Les faits consignés dans les observations 10 et 11 (tableau n" 7) sont bien de nature à montrer l'impuis- sance de cet acte mécanique à produire des monstres doubles. L'unique expérience de la dixième série, laquelle est relative au brossage, a eu pour résultat de fournir 30 monstres sur 129 œufs restés en bon état, et, parmi ces nombreuses anomalies, il ne s'est pas rencontré un seul double ; toutes appartenaient à la dernière catégorie, celle des tubercules blastodermiques. La onzième série est tout aussi concluante. Les œufs brossés ont seuls réussi et, contrairement à ce qu'on a vu pour la septième série, il n'y a eu qu'un seul double sur neuf monstruosités rencontrées parmi les 61 œufs qui restaient; les huit autres étaient des tubercules, et le seul monstre qu'aient offert les œufs des autres expériences était aussi un tubercule blasto- dermique. D'après cette discussion des faits que j'ai cru devoir exposer avec quelque détail, je me crois donc autorisé à conclure que l'opération du brossage n'est pas de nature à amener dans la constitution de l'œuf des modifications propres à provoquer la production de formes monstrueuses. C. — Actions physiques. 1" OEufs laisséa dans de Veau non renouvelée. — On recom- mande avec raison de ne pas laisser séjourner trop longtemps sur les œufs l'eau dans laquelle on a fait la fécondation. Cette eau spermatisée s'altère promptement et cause la mort des œufs. C'est ainsi que dans l'expérience n" 2 de la neuvième série, 2000 œufs environ se gâtèrent dans l'espace de huit jours. Le développement se fit d'une manière si lente, que tous les œufs avaient péri avant qu'il fût possible de constater si l'embryon serait normal ou non. Une autre assiette de 2000 œufs soumise à la même expérience ayant été mise au froid, les œufs s'altérèrent moins prompte- ment. Le huitième jour, il en restait encore environ la sixième RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 283 partie ; mais le développement eut lieu avec une telle lenteur qu'on fut obligé de changer l'eau pour ne pas les perdre tous; douze seulement échappèrent et donnèrent naissance à des pois- sons normaux. Dans une troisième expérience, dans laquelle l'eau spermatisée n'avait séjourné que pendant six heures, tous les œufs ont péri, à l'exception de quelques-uns qui ont été mis à part et qui ont produit des poissons réguliers. Leau qui n'est pas suffisamment renouvelée exerce une influence analogue. J'ai fait quatre expériences pour rechercher quels genres d'anomalies résulteraient de cette influence nuisi- ble : première série, n" h; quatrième série, n" 1 ; treizième série, n° 2, et seizième série, n" 6. Voici les résultats obtenus : 26000 œufs environ mis en expérience ; quatre-vingt-quinze anomalies dont six doubles seulement ; proportion des monstruo- sités 0,36 pour 100, nombre très - rapproché de la moyenne générale obtenue pour les œufs développés dans les conditions ordinaires. Dans toutes les observations, les anomalies ont consisté dans des atrophies totales ou partielles. Le premier cas est remarquable en ce que, sur vingt et un monstres, seize appartenaient à ce groupe (monstruosités simples) qui a manqué dans les autres expériences de cette série. Dans la première expérience de la quatrième série, on a vu que les soixante-sept anomalies inscrites à la sixième catégorie monstrueuse (acéphales) comprenaient trente -quatre micro-' phthalmes et quatre poissons auxquels manquait un œil, c'est- à-dire des montres par défaut. J'ai de nouveau trouvé six microphthalmes parmi les œufs de la treizième série, n° 2, outre les trois acéphales inscrits au tableau de cette série (1). C'est aussi parmi ces observations que j'ai rencontré plusieurs poissons à double corps apparent, c'est-à-dire ayant les deux (1) Les microplithalines n'ont pas été portés sur ce tableau. ^8k LEREBOULLET. moitiés longitudinales symétriques du corps écartées l'une de l'autre dans leur partie moyenne et réunies en avant et en arrière. Cette forme, qui provient directement de la segmentation du bourrelet blastodermique, montre, comme les précédentes, une insuffisance de substance embryogène, puisqu'il ne se produit pas de véritable bandelette. Dans le n" 6 de la seizième série, je n'ai pas rencontré dé monstres, mais tous les embryons, au nombre d'une centaine, étaient grêles et atrophiés. C'est aussi dans ces conditions que j'ai observé l'amincissement du blastoderme et la disparition successive de ses éléments, véri- table résorption de cette enveloppe qui était presque toujours privée de son bourrelet marginal. Ainsi, l'effet le plus manifeste du non-renouvellement de l'eau consiste dans l'atrophie des parties qui servent à constituer l'em- bryon : amincissement du blastoderme, absence de bourrelet, formation d'embryons maigres et chétifs et quelquefois résorp - tion des parties déjà formées. Ce sont des anomalies par défaut de nutrition et , consécutivement , par insuffisance de substance embryonnaire. 2° Œufs placés dans l'eau courante d'une fontaine. — Je n'ai fait que deux essais sur le développement des œufs dans l'eau cou- rante de la fontaine à filtre de mon cabinet (première série, n° 1 et deuxième série, n" 1), et je n'ai opéré que sur 100 œufs dans chacun de ces essais. Dans le premier cas, j'ai trouvé quatre monstres doubles; dans le second cas, je n'ai eu que deux monstres : un embryon à deux demi-corps et un acéphale. Ce sont deux résultats bien différents l'un de l'autre et en quelque sorte opposés, relativement à la nature des monstres. J'ai remarqué que l'eau courante favorisait d'abord le déve- loppement de l'œuf, au commencement de son évolution, sans doute comme le brossage, en tenant les œufs propres. Plus tard, les œufs ou les petits poissons éclos périssent dans ce milieu. Voilà pourquoi je n'ai pas cru devoir faire de nouveaux essais. 3° Œufs mis dans un espace étroit et fermé (air confiné), — On RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 285 conçoit, à priori, que des œufs placés dans un lieu où l'air est circonscrit dans un étroit espace et ne peut pas se renouveler, se trouvent, par là même, dans de très-mauvaises conditions et doi- vent nécessairement périr au bout d'un certain temps. J'ai fait six expériences dans ces conditions : première série, n" 2; quatrième série, n° 2; cinquième série, n°' 3 et 2; sixième série, n" 2, et douzième série, n" 3. La première expérience (tableau n" 1) ne porte que sur 100 œufs choisis, qui furent placés dans une soucoupe recouverte d'une autre soucoupe. Ces œufs ne souffrirent pas beaucoup du manque d'air; ils fournirent un seul monstre qui était un double complet. Dans la deuxième expérience (tableau n" 8), j"ai recouvert d'une cloche de verre l'assiette qui contenait les œufs. Ces der- niers périrent promptement à partir du troisième jour, et je dus arrêter l'expérience le sixième jour, pour ne pas les perdre tous. Cependant cette grande mortalité n'est pas seulement l'effet de l'air confiné, car quoique je n'aie pas indiqué le chiffre des œufs gâtés, on voit, en lisant les observations de cette série, que les œufs des autres assiettes ont aussi péri en grand nombre. Le blastoderme des œufs qui avaient résisté était mince et dépourvu de bourrelet, signes manifestes d'une nutrition insuffi- sante, et il ne s'est produit que des embryons très-grêles et extrê- mement apauvris. Sur 30 œufs il y a eu vingt-deux acéphales et deux tubercules. Mais je dois faire remarquer que dans les deux autres expériences de cette même série, le nombre des acépha- les a aussi prédominé, circonstance très-importante, et dont il faut tenir compte pour apprécier, à sa juste valeur, l'influence de l'agent extérieur sur la production de la monstruosité. C'est ainsi, par exemple, qu'il faut évidemment, dans ce cas parti- culier, attribuer une large part à l'influence de l'air non renou- velé sur la formation des acéphales, mais on doit ajouter à cette cause une prédisposition des œufs à ce genre de monstruosités, puisque nous trouvons aussi un grand nombre d'acéphales dans les deux autres expériences de cette même série, avec des condi- tions différentes. 286 LEREBOLIiLET. .: Dans la troisième expérience (tableau n" 4), les œufs ctaien simplement recouverts d'une assiette. Malgré cela , ces œufs ont péri en plus grand nombre encore que les précédents, ce que j'explique parce que la mortalité a été considérable dans toutes les expériences de cette série, même parmi les œufs expo- sés à l'air libre. Il n'est resté que quatre œufs qui ont donné naissance à un acéphale et à trois tubercules. • Pour les trois autres expériences, les œufs ont été placés dans le four d'un fourneau qu'on tenait fermé. Dans l'une de ces expériences (n" 3, douzième série, tableau n" 8), les œufs sont morts avant l'apparition de l'embryon, faute d'avoir été con- venablement soignés. Dafts les deux autres (n° 2, cinquième série, tableau n° i, et n" 2, sixième série), la mortalité n'a pas été moins grande, soit parce que l'eau n'a pas été assez sou- vent changée, soit par les effets réunis de l'air confiné et de l'obscurité. Cependant on a pu constater que les œufs qui ont survécu ont donné naissance à des embryons atrophiés, souvent privés d'organes sensitifs ou réduits à un simple tubercule. Dans la deuxième observation de la cin(]uième série, sur 9 œufs restés en bon état, de 2000 environ, il y a eu trois em- bryons sans yeux ni oreilles, cinq tubercules et un seul poisson normal. Ces six expériences ne sont peut-être pas toutes également concluantes pour montrer les effets d'un air insuffisant, soit parce qu'on n'a pas toujours donné aux œufs les soins conve- nables, soit parce que le chiffre de la mortalité s'est montré con- sidérable dans d'autres expériences des mêmes séries. Cependant Je crois qu'on peut en déduire que l'effet le plus marqué résultant de cette condition est un ralentissement dans la marche du déve- loppement, ralentissement qui met obstacle à l'évolution com- plète de l'embryon et qui doit avoir une certaine influence sur la production de mes deux dernières catégories de monstruosités. On remarquera l'analogie qui existe entre les résultats fournis par les œufs entourés d'un volume d'air circonscrit et par ceux dont l'eau n'a pas été suffisamment renouvelée. Dans les deux cas, c'est la respiration de l'œuf qui n'a pas été suffisante et qui, RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 287 par suite de cette insuffisance, a produit un ralentissement ou un arrêt dans la nutrition de l'œuf, d'où la naissance des monstruo- sités par défaut de substance embryonnaire, telles que celles que j'ai désignées sous les n"' 5, 6 et 7. li" OEufs exposés à Vair libre. — Les œufs exposés à l'air libre se trouvent dans des conditions plus rapprochées des condi- tions naturelles que les œufs laissés dans une chambre spacieuse, mais fermée. Cependant une cause peut entraver leur dévelop- pement, surtout pendant la nuit, c'est le froid; mais, d'un autre côté, le renouvellement continuel de l'air constitue un avantage incontestable. J'aurais donc pu considérer les œufs développés à l'air libre comme représentant les conditions naturelles, à plus juste titre encore que les œufs développés dans mon cabinet, et les prendre pour terme de mes comparaisons. Si je ne l'ai pas fait, c'est qu'il m'a semblé qu'il fallait tenir compte de l'influence du froid et des alternatives de la température extérieure . J'ai réuni dans un tableau analogue aux précédents (tableau n" 18) les expériences relatives aux œufs qui ont été mis hors de la fenêtre. Les résultats généraux que ce tableau nous montre, confirment ce que je viens de dire sur la nature des influences auxquelles les œufs ont été soumis dans ces conditions. La proportion des œufs gâtés n'est ici que de 86,^1.5 pour 100, au lieu de 90,16 (tableau n° 16), ce qui indique une mortalité moins grande, sans doute à cause de l'influence d'un air plus pur. Dans les œufs brossés, qui offrent encore de meilleures conditions de conservation, la proportion des œuts gâtés n'était que de 67,94 pour 100 (tableau n° 17). Le rapport qui indique la quantité proportionnelle des mons- tres est plus élevé que pour les œufs de la chambre (0,57 au lieu de 0,40), et moins élevé que pour les œufs soumis au brossage (l,2ù) ; cette proportion est ici en raison du bon état de conser- vation des œufs. j Quant aux monstres doubles, le rapport de ces derniers au 288 LEREBOULLET. «1 e- a o a. -«: es :h 1 ô !» 'i. . !>• ■^• ■>• '^• o î=> <3> o o o o O O O O O O O ^ o o o o o o C-1 C-) ■=! C^ CO -et o ^74 O in '& 1 1 ■ 1 ": ^ i m "Ti -^ c>i -o in co °a a c 3 °B 3 s X *fc^ "C-. *u 'C *;- *C -S 'ij *o 'CJ 'O '^ "iJ ^ îft C« tA V. tr. ry: ï O o O O Œ) O - 5 (tableau 6). 12<= série, n" 4 (tableau 8). 13<^ série, n<" 6 et 7 (tableau 9). Dans les expériences douzième série, n" û, et treizième série, n" 7, tous les œufs ont péri. 3'ai signalé, dans la première de ces deux expériences, l'absence de bandelette embryonnaire, le sixième jour, et un commencement de résorption du blasto- derme, signes d'une nutrition insuffisante. Les œufs de la deuxième série, n" 2, au nombre de 100, ont produit un monstre double incomplet. Dans la neuvième série, n" 5, le tableau de récapitulation nous donne, sur 2000 œufs, quarante monstres, dont douze monstres doubles et vingt-huit composés d'acéphales et de tubercules, C'est la proportion la plus forte de monstres, dans cette série, après celle des œufs brossés ; elle l'emporte de beaucoup sur celle des œufs abandonnés ii leur développement naturel. 3Iaisil est facile RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 291 de voir que cette forte proportion provient surtout du nombre des acéphales et des tubercules. Or, la présence de ces dernières formes pourrait s'expliquer, dans le cas particulier, par la priva- tion de lumière et d'une chaleur suffisante, deux causes qui ralentissent le développement. Seulement, je crois qu'il faut joindre à ces causes une disposition générale des œufs à ce genre de monstruosités, car nous voyons les monstres simples apparaître dans toutes les expériences de cette série, et, dans quelques- unes, en quantité assez considérable. Toutefois, et quoique nous trouvions une certaine proportion de monstres doubles dans plusieurs expériences de cette série, entre autres dans les œufs exposés à l'air libre, il est digne de remarque que l'assiette mise dans l'obscurité en ait fourni un nombre relativement assez élevé ; car on n'observe pas ce résultat parmi les autres œufs privés, comme ceux-ci, de lumière. Ces différences dans les résultats, pour des œufs qui se sont trouvés dans des conditions tout à fait identiques, montrent bien, ce me semble, que les monstruosités observées ne sont pas exclu- sivement les effets de ces conditions. En récapitulant tous les œufs des cinq expériences, nous obte- nons un total de 8400 œufs qui ont produit cinquante monstres, dont treize doubles et trente-sept simples. On remarquera que, parmi ces treize doubles, une seule expérience en a fourni douze. Rapport des monstres au total des œufs : 0,59 pour 100. Rapport des monstres doubles au total desœufs : 0,15 pour 100. Rapport des monstres doubles au total des monstres : 20 pour 100. Ces résultats, comparés à ceux des œufs développés en plein air, nous montrent que le nombre proportionnel des monstres est à peu près le même, tandis qu'il en est autrement pour la •proportion des monstres doubles; ces derniers sont ici plus nombreux. Il résulte des faits que nous avons exposés que l'obscurité sem- ble favoriser la production des monstruosités simples, c'est-à-dire des anomalies dont la formation se lie étroitement à un man(jue '292 LERCBOLLLET. de nutrition suffisante. Seulement, il est juste de faire remar- quer qu'à la privation de lumière s'est jointe l'influence du froid, et que peut-être cette dernière cause a contribué autant que l'obscurité à provoquer la formation des monstres simples, car nous allons voir que le froid aussi favorise ce genre d'anomalies. 7° Œufs exposés au froid. — Je range dans cette catégorie les œufs qui ont été placés au laboratoire ou qui ont séjourné dans l'eau glacée pendant un temps plus ou moins long. Les expériences, au nombre de onze, relatives à l'influence du froid, sont récapitulées dans le tableau n" 19, à l'exception de l'une d'elles, appartenant à la troisième série, que je n'ai pas consignée dans ce tableau, parce que, dans cette série, je n'ai pas tenu compte du nombre des monstres qui se sont produits sous cette influence. On voit par le tableau n" 19 qu'il existe de grandes différences relativement à la proportion des œufs qui ont péri. Dans cinq expériences, cette proportion dépasse 93 pour 100, et atteint même le chiffre de 99,05 ; tandis que dans les autres ce chiffre est beaucoup plus faible et descend jusqu'à 13,5 pour 100 (douzième série). Cette différence s'explique, pour les expé- riences de la douzième et de la quinzième série, par cette double circonstance, que les œufs étaient peu nombreux et avaient été choisis, de sorte qu'ils étaient tous dans d'excellentes conditions de réussite. Quant aux deux autres séries (la seizième, n" 2, et la treizième, n" 4), il faut attribuer le chiffre relativement peu élevé des mau- vais œufs aux meilleures conditions de développement dans les- quelles se trouvaient tous les œufs de chacune de ces deux fécon- dations. Le fait est parfaitement exact pour la seizième série (voyez le tableau n" 11) où la moyenne des œufs gâtés n'est que de 47,80 pour 100, et où nous voyons, dans trois obser- vations sur cinq, le nombre des œufs restés bons dépasser celui des œufs gâtés. Cette uniformité dans l'abaissement du chiffre de la mortalité n'est pas aussi réelle pour les observations de la treizième série; ce qui provient de certaines causes, entre autres RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 293 g" g ( in lO ec îo <3 co in co o I B ^^. ■3 00 -a -a -H c^ o -et - -s ^ .V s s ^ H 5 1 •^ a O'.r^CO — ^«OO lOt^ 05 C5 C) SS — 1 3 O O lO t^ ^ 00 IM lO -H -.H ce l-i i lO -f; ■J-' J _ [^ Cl o <* o oi t^ o co m O £= ç 1 — 3 y: -J: OOOOOCC Od T< -rH S^ f^^S«c^•^r^ftft '\»\ = \ " OOMO-HO OO cTo'o f t— « aC^OÎ!N-< ancîcq in lO in en ■^ ^H m Ci en ^J C^sass-Hsai^Ha •a •=» c^ i~ O at^-rt aM a<îc^ a-H t^ o o 1 o r^ «^ -^ ]~ x6 a^HfOadaaaaa (© in lO J \ 1 •* ^i^a^^tiçiUSK a a a 1 ci (M-^a-co-aMin. t^ 00 -a S S ^ ;o -rt -H CM •a t^ i^ w o 5 —H ^ >^ a fi T. O E^ '*' o 'S o o o lO co co o r> r> .2 'C I) -3 ^. ^ lO^ o^ c^_^ co o o -a ^. ".n "w w in ■ ' oî o^ -I-" t^ oT cT jo" in"^ o o -x» ^ 0> -r0» 00 00 «■j es 8 CJ a. s H ■Ji c- CI 'S s: S o cs^^sinooot^ci o o "t>j a 8 ï o ^. I^ -M Cî o C-I 00 O) ^. '^ ^ ^ S 5 e«3 ' -71 t^ CO •.£) • -a —1 s o O a» J=! CI CI -3 "C ïc s c; M î-2 r-- cr> .2 o es z ■ o t^J^COO— It^OO^ ■a ^ '7j -^ e S 2 o^. c-icoooot^-ar^-:H ^ in in o 'jj 3 -=î r^' t^-HinciOfMo ~ 2 &rf o Zj £D in -T- ï-i CI — -1 in o — t^ ~ ^1 « S. n) Ed a oooinoino>t>inM s- ■a -a -a S « n £ '^ oooinoot^o'oo — H ^r< ^H X S "C 8 oocï^TTincMcioco^' •H ^H -^ 'jy p O -o -W C-l — 1 CI C-» -r< o CI 00 Cl a S- >^ CI -r< ^ -3 S 2 -a; S 5 o CO-:^SQ^HHH 1 ««««ajaj«»«a>a> M C4 PO «3 s l c ' ~ ) = » f„ t^ 00 lO •et 00 r-^. o 0) SD 'N '\ 'N '\ *• û- - « O o to O) oT to O 3 Cî co I^ r^ C5 ire Oî 00 g S a ^ « ■? « o o o r^ 00 ■■n co 00 S « 2 ^H 00 ire o o g S - —H c\ W =2 1 0= S » O O o r^ ■M ^ t^ to r>x es S .£ Oî t^ t^ ire OO O t^ es ^ „ ■'5 05 l>. (M ■a ^^ C-I 05 g 1 ^^ co c^ -rK tH (M es ^H te] ^.. « .; o o 05 •ïf o t^ o O o ffl ■:f> ■— o (M ex O o ^H 00 o —H o o\ to 1^ ire ox (M I^ o ' ■= ■ït co ■^ o\ c^ If ci • ; es d s ire co -h' co to o _- ^' o o o e a c es - 'ï; o .^ t> .sT ••"■ sT .2 .S es t-, 'S c o V3 «1 •0) -tu en H OJ « « o; — - es ?) CO ire to r^ 00 "^ •^ " •H -TH ^H "rH 298 LEREBOVLLET. œufs abandonnés à eux-mêmes, inférieur aussi au même rapport pour les œufs exposés à l'air libre et au froid, mais beaucoup plus élevé que celui des œufs brossés. 11 résulte de cette comparaison que les alternatives de tempé- rature n'ont pas exercé sur le chiffre de la mortalité une in- fluence aussi prononcée qu'on aurait pu s'y attendre. Du reste, cette influence a été variable, comme on peut le voir en compa- rant entre eux les relevés du tableau n" 20 (1). CHAPITRE TROISIÈME. RÉSniÉ GÉNÉRAL ET CONCLUSIONS. On a pu voir, par les détails et les considérations que ren- ferment les deux chapitres précédents, combien il est difficile d'apprécier le mode d" influence des agents extérieurs sur le développement de l'œuf des poissons, et de déterminer d'une manière rigoureuse la part que ces agents ont pu prendre à la formation des monstruosités. Dans le premier chapitre, j'ai donné la relation de mes expé- riences. Elles ont porté sur les œufs de dix-huit fécondations faites à des époques différentes pendant une série d'années. Les œufs de chaque fécondation ont été partagés en groupes des- tinés à être soumis, chacun, à des influences de nature diverse. J'ai pu ainsi faire une première appréciation en comparant entre eux les résultats. Pour rendre cette comparaison plus facile, j'ai groupé les résultats de chaque série d'expériences dans un tableau synoptique placé à la tin de chacune des principales séries. Mais ce premier travail ne pouvait être que préparatoire. (l) Je ne dirai rien des quelques expériences que j'ai faites relativement à l'action que peuvent exercer certains gaz et divers sels en dissolution dans l'eau. Ces expé- riences ont été trop peu nombreuses et ont porté sur une quantité d'œufs trop petite, pour qu'où puisse eu tenir compte. Je rappellerai seulement l'action favorable du gaz oxygène sur l'évolution de l'œuf, résultat autiuel on pouvait saltendre, et les effets nui- sibles du gaz acide carbonique. RECHERCHES SUR LES MONSTRUOSITÉS DU BROCHET. 293 Pour arriver à des conclusions quoique peu certaines, il deve- nait indispensable de réunir tous les cas dans lesquels j'avais fait intervenir les mêmes agents , afm de pouvoir déterminer par l'oltservation la nature des influences opérées par ces agents extérieurs. C'est ce que j'ai fait dans le deuxième chapitre. ■ Ayant vu que, dans toutes les observations, quelles que fussent les influences mises en jeu, il s'était produit des monstruosités, j'ai cherché à constater la part que ces influences avaient dû prendre à leur formation. A l'aide de tableaux récapitulatifs suffisamment détaillés, j'ai pu grouper les résultats et mettre le lecteur à même de les discuter et de les apprécier. Il me reste à résumer ces résultats et à déduire de ce travail ingrat et difficile les conséquences qui découlent des faits et de leur appréciation rigoureuse. Si des agents extérieurs sont susceptibles, par l'influence qu'ils exercent sur le développement de l'œuf, de produire des monstruosités, il faut que ces dernières soient plus nombreuses parmi les œufs qui ont été soumis à leur action, et il faut admettre aussi que les formes des anomalies seront différentes suivant le mode d'influence des agents employés. Nous avons donc à récapituler les résultats obtenus, en ayant égard : 1" à la quantité relative des monstres; 2° à leurs formes. Pour rendre cette récapitulation facile, j'ai dressé le tableau n" 21, dans lequel j'ai réuni les résultais de chaque genre d'in- fluences, d'après les faits relatés précédemment. Si l'on se bornait à examiner dans ce tableau la colonne où sont inscrits les rapports des monstres au nombre total des œufs, il serait facile d'apprécier les influences d'après la quantité pro- portionnelle des monstres. On aurait en première ligne le n° 5 (eau courante), dont le rapport 3 pour 100 est le plus élevé de la colonne; puis le n° 8 (œufs à fleur d'eau), le n° 3, A (brossage), et, à leur suite, les ir 3,B, 10, A, 10, B, 9, etc. Le rapport le plus faible étant 0,36 (n" 11), l'influence produite par les changements de température serait la dernière. . 500 LEBEBOLLLET. »i «> 5.' s; oooooo<* es -T- e^i es ^ V ^ ■r^ CO CO S; l 5 a ^ c Si) § 1 ■= iracocoeo oo -a t^cor^ 5^ oo o -H oo »• a 05 ^. ^. ^. ^. e^ 5^. ^. ,.. ^ t^-rtOaco t^-^coooo — ) cî -a co -rt t--. t>^ ^ -v <>- 0- >• C" 'V Ç- c- c- -N r^ .-, t^ O o es — ■ to 00 00 00 00 NOMPRE lies œufs bons. iracooira <» eo oooo ooco-rtOî 00 es toooo c- 00 00 -a es i^' a es «-• «-• î- !>• ».« c^' c^. c- • C" lO ^' ff-' C^ o o o -a co lo c; es .NOMBnK total des œufs. co co co co co co co co 00 a s t^ o t^ «D e-i oooooociciooo-ao-ao ■ae-iesoooo-^ooo-rt^^^ cs-^-rioes-Ht^o-r^tD-«'^-rtt^ Oit^o ot>.ira ooesoocs-a e^i -^ -^ -r^ O-t -r^ -r^ -^ 1 t :' "■ £ = C^ ii s s A CSO at^CTîOt^ a— irao a aOO ■S J 1 "c H c P o « H a a a f_, a a f-i 00-3 ^ -^ U ; S es w = ^ .5 -3 *3 rollusques, des diona parmi les Spongiaires. Il est certain, en effet, que la perforation des roches par les Oursins est un acte exceptionnel dans leurs habitudes. Sur les côtes sablonneuses, ils ne perforent jamais, attendu que les rochers leur manquent ; leur protection est alors assurée par le sable dans lequel ils peuvent s'enfoncer. J'ajouterai même que, dans certaines localités pourvues de rochers, comme Saint-Jean- de-Luz (Basses-Pyrénées) , les côtes de Corse, d'Algérie, ils se logent simplement dans leurs anfractuosités? Mais de ce qu'ils ne perforent pas partout, il n'en faut pas conclure qu'il leur est impossible de le faire dans des conditions spéciales. La seule loi générale cà laquelle ils soient soumis est la loi de conservation individuelle, et cette loi les porte à creuser leurs habitations dans des localités où tout autre genre de station compromettrait leur existence. Un grand nombre de Mollusques ont, du reste, un mode de vie très-différent, suivant les régions qu'ils habitent. Le Tapes per- forans, Mont., vit à l'état libre sur les plages sal)lonneuses, et dans les excavations de rochers sm' les rivages où ceux-ci domi- nent. Il ne quitte plus alors les trous où il est logé et s'accommode à leur forme. Les Mylilm sont grands, ii^guliers, attachés par un long byssus aux corps sous-marins sur les plages sablonneuses, et netits, irréguliers, contenus dans des trous, dans les baies NOTE SUR LES PERFORATIONS DE i/eCHINUS LIVIDUS. 327 rocheuses. Le Pecteji pusio, Penn., de la Méditerranée, change déforme dans l'Océan : de hbre, il devient adhérent et irrégulier comme les Huîtres. Sur les roches où la mer est assez calme, les Patella adhèrent au sol sans l'entamer; sur d'autres points battus vigoureusement par les flots, ils creusent de véritables trous qu'ils ne quittent guère. La perforation n'est donc pas une condition absolue et néces- saire lorsqu'elle est possible; elle dépend, chez les Oursins comme chez plusieurs animaux, des conditions d'existence dans lesquelles ils sont placés. § IV. — Après avoir établi que les excavations doivent être attribuées à l'action des Oursins, il reste à examiner quelques questions intéressantes et c[ui découlent de cette interprétation. Et d'abord, les Oursins restent-ils toujours dans les mômes trous, ou ne les y voit-on qu'à certaines époques? La question pourrait être résolue par l'examen direct, et je doute qu'on trouve une localité mieux disposée, à cet effet, que le Port-Vieux de Biarritz. Des observations suivies pendant près d'un an montreraient si les Oursins quittent leurs trous à cer- tains moments. Il serait curieux alors d'assister au déarao-ement d'un Oursin enfoncé dans une excavation de 10 centimètres de profondeur. Si l'on admet qu'ils n'abandonnent pas leurs trous, une diffi- culté nouvelle se présente dans l'explication de leur économie physiologique. Nous avons vu que la position des Oursins dans la roche était constante, l'anus en haut, la bouche en bas au contact de la roche à vif; je me demande, dans ces circonstances, par quel artifice ces êtres s'alimentent, car, à moins de manger la roche, il me paraît difficile qu'ils saisissent leur nourriture. Faut-il supposer que de petits végétaux, des Zoophytes ou des Mollusques, arrivent jusqu'au fond du trou à travers les radioles du t^st de l'Oursin; ou admettre que celui-ci, prenant point d'appui au moyen de ses ambulacres, sait se retourner pour capturer sa proie aux bords des excavations. Une étude patiente nous dévoilerait seule les conditions de l'alimentation des Our- 328 p. FiscuEft. sins; mais on sait que malheureusement les Echinodermes, aussi bien que les Actinies et les Coralliaires, ne prennent leurs ali- ments qu'à haute mer, et l'observation devient alors fort sca- breuse. Enfin, comment l'Oursin perfore-t-il ? M. Cailliaud fait entrer en jeu l'appareil masticateur ; M. Valenciennes attribue un rôle important aux ventouses pédicellées des ambulacres; M. Robert croit à Faction des radioles. Comme on le voit, les explications sont variées; mais il me paraît prématuré, dans ce moment, d'adopter exclusivement une opinion : je considère comme plus utile de mettre hors de contestation le phénomène de la perfo- ration des roches par les Oursins; plus tard, les naturalistes indiqueront le procédé physiologique employé par ces animaux. § V. Hislorùjue. — Linné, Leske et plusieurs nomenclateurs du xvni' siècle ont donné la diagnose d'un Cidaris saxatilis. Ils comprenaient sous la même dénomination des Echinodermes différents, au nombre desquels on peut compter notre espèce : Echimts lividus. Le nom quils adoptaient indique ([ue cette espèce vit dans les rochers, mais rien ne poi'le à supposer qu'ils connaissaient ses perforations. Lamarck (Hisl. iml. anhn. sans vert.) déci'ivit le premier YEclunus lividus d'après des individus pris dans la Méditerranée, près de Marseille (Bouches-du-Rhùne), par Lalande. Lamarck ne parle pas des habitudes perforantes des Oursins, nt^anmoins il possédait, dès 1811 , une roche excavée par ceux-ci, et la mon- trait dans ses cours, au dire de M. Valenciennes. 11 est même probable que la diagnose de VEchinus lividus a dû être faite d'après des individus perforants. En juin 1825, M. Bennett adressa à la Société linnéenne de Londres une notice sur une propriété particulière d'une espèce d'Oursin (1), Il avait trouvé à la surface des rochers de la côte du comté de Clare (ouest de l'Irlande) de nombreuses cavités occupées par (1) Notice on a peculiar property of a species of Eclnnus, by E. T. Bemiett (reail June, 21, 1825; — Transact. Unn. Societ. London, 1827, t. XV. p. 74-77). NOTE SUR LES PERFORATIONS DE l'eCHINUS LIVIDUS. 3^9 une espèce du genre Echinus^ et creusées par elle, comme le prouvaient les dimensions de chaque trou en rapport avec celles de chaque habitant. On l'informait, en outre, que les Oursins se logent de la même façon dans les rochers des environs de Berehaven et Bantry, à l'ouest du comté de Cork (sud-ouest de l'Irlande), où M. Hum- phreys les avait découverts. Les caractères de l'Oursin perforant d'Irlande l'identifiaient avec X Echinus lividus de Lamarck. La note très-nette et très-explicite de M. Bennett passa ina- perçue, même parmi ses compatriotes. En 1849 seulement, M. Trevelyan se rendit à Kilkee, sur la côte du comté deClare, pour examiner, in siln, Y Echinus livi- dus (1). D'après ses nombreuses observations, l'auteur avance que les Oursins n'ont pas le pouvoir de creuser des trous, et se logent indistinctement dans des dépressions provenant de la dés- agrégation des roches. Néanmoins les innombrables générations ([ui ont successivement habité ces lieux dans le cours des siècles ont pu, petit à petit, désagréger la roche, et donner aux exca- vations leur remarquable apparence de trous régulièrement per- forés. Leur profondeur s'accroît beaucoup dans certains cas par le développement de la Millépore (Nullipora?) commune, qui se dépose à leur périphérie. En France, M. Cailliaud fut le premier à signaler la perfora- tion des roches par les Oursins (:2). Sa communication à l'Insti- tut porte la date du 3 juillet 1854. Il annonçait avoir trouvé les Echinus lividus et miliaris creusant des trous profonds dans le calcaire du plateau du Four, près du Croisic (Loire-Inférieure). Peu de temps après, le 2 octobre 1854, M. Bobert (3) présen- tait à l'Institut des roches perforées, recueillies par lui au nord (1) Supposed hnring poireis of the Echinm lividus, h-^ W. G. Trevel^tin [Edinli. ,mc. philos. Journ., 1849, t. XLVI, p. 386-387. (2) Observations et nouveaux fnifs sur les Mollusques perforants en général, par F, Cailliaud. (Comptes rendus de l'Acad. des se., t. XXXIX, p. 34-36, séance du 3 juillet 1854). (3) Action perforante d'une espèce d'Echinoderme, par E. Robert {Comptes rendus de l'Acad. de se, t. XXXIX, p. 639-40/ séance du 2 octobre 1854). oâO P. FISCHER. de la baie d'Hury, dans le fond de la grande baie de Douarne- nez (Finistère). Les Oursins vivent dans ini grès ferrugineux qu'on reconnaît à marée basse, au pied de la falaise formée par du micaschiste et des grauwackes. M. Robert, frappé de la pré- sence de Nullipores sur les bords de l'excavation, en conclut que la perforation ne reconnaît pas pour cause une sécrétion acide de rOursin, qui devrait dissoudre aussi bien les plaquesde Nullipores. M.Yalenciennes,àrappui des observations de M. Robert, cite, dans la même séance (l), les échantillons de calcaires de la Médi- terranée connus par Lamarck (181 1\ et ceux de Guétary (Basses-Pyrénées), rapportés en IS/iG par M. de Quatrefages. M. Lory, peu de tenq^s après les communications de MM. Cail- liaud et Robert, signala les perforations des Oursins dans le gra- nité à gros grains avec filons de granité graphique, qui forme le sol de Guérande, savance jusqu'au fond de la baie du Croisic, et constitue la cote entre le port de la Turballe et la mine d'étain de Piriac. Ce granité a une grande tendance k se désagréger et à se transformer en arènes. M. Lory, qui a examiné des granités semblables dans la Médi- terranée, n'y a pas rencontré d'excavations habitées par les Our- sins. Il attribue les perforations aux piquants desÉchinodermes. La note de M. Lory présentée à l'Institut, par M. Yalenciennes, dans la séance du 19 novembre 1855, fut accompagnée de quelques développements par celui-ci, qui proposa de nommer /ic/tinj/s ^ereftrans l'Oursin perforant du Croisic (2). Des échantillons semblables et une note à peu près identique, adressés par M. Lory à la Société géologique de France (.■^), donnèrent lieu à des remarques confirmatives de M. Boubée, qui avait vu des Oursins perforants à Biarritz, et à des observations criti([ues de M. Deshayes. (1) Obwrvations sur cette note, par A. Valcncicnnes (inOine recueil, p. 6/iO, 2 octobre 1854). (2) Observations sur les Oursins perforants dans le granité de Bretagne, par Valen- riennes [Comptes rendus de l'Acad. des se., i. XLl, p. 754-755, séance du 19 novembre 1855). (3) Observations sur Jes Oursins perforant le granité sur les côtes de la Bretagne, par Lory (Bull. Sur. gi-ot. de France, 185G, p. 4:V4G, séance du 5 novembre 1855). NOTE SUR LES PERFORATIONS DE LECHINUS LIVIDUS. 331 M. Deshayes (1), ayant étudié les Oursins sur les côtes d'Al- gérie, les a toujours trouvés dans des fentes, des creux de rochers, où ils se meuvent avec une extrême rapidité. 11 leur refuse la propriété de creuser les roches, parce que les individus de la môme espèce dans l'Océan et dans la Méditerranée n'ont pas la môme faculté ; parce que si la nature avait organisé cet Oursin pour être perforateur, il le serait partout et toujours ; parce que l'Oursin ne paraît avoir aucun des instruments propres il la perforation ; enfin, parce que si l'Oursin perforait, les trous où il se trouve ne seraient pas envahis en partie ou en totalité par un encroûtement artificiel. En 1856, M, CaiUiaud publia ses observations sur les Oursins perforants de la Bretagne (2), et décrivit les excavations du rivage de Grabinek, à 2 kilomètres à l'est de Douarnenez, où il avait passé cinq jours. Il suppose que l'Oursin entame les roches au moyen de sa mâchoire. Dans une nouvelle note adressée à l'Institut (3), en 1857, M. Cailliaud s'est attaché à recueillir les relations de plusieurs voyageurs et naturalistes qui ont remarqué les perforations des Échinodermes. Nous n'avons pas à examiner ici les habitudes des espèces ou genres exotiques. L'auteur nous apprend que MM. Ssemann et Cazenavette ont vu les trous à Oursins de Biarritz, et que M. Eloffe a observé des faits semblables à l'île du Planier, près de Marseille. M. Marcel de Serres, enfin, a publié quelques réflexions sur les Oursins perforants en 1850 et 1857. Il cherchait d'abord à expliquer la rareté des perforations sur les côtes de la Méditer- ranée par l'absence de flux et de reflux dans cette mer {h) ; ayant reconnu plus tard que l'on avait découvert des Oursins perfo- (1) Quelques observations au iv/jet fin /o perforotion des roches par les Oursins, en réponse aux observations de MM. Cailliaud et Lory (même recueil, p. 47 et sniv., 1856, même séance). (2) Observations sur les Oursins perforants f!e Bretagne, par F. Cailliaud (Rev. et Mag. zool., 1856, t. VIIT, p. 158-179). (3) Supplément aux observations sur les Oursins perforants, par F. Cailliaud {Comptes rendus de l'Aead. des se., 1857, t. XLV, p. 405-406). (4) Sur l'action perforante de /'Echinus lividus, par Marcel de Serres {Comptes rendus de l'A cad. des se, 1850. t.XVUI, p. 405-406). SS'i P- FISCHER. rants dans la Méditerranée, il les a comparés à ceux de l'Océan et a reconnu leur identité (1). Il suppose que les plaques delSul- lipores qui recouvrent les rebords des trous s'étendaient aupar- avant sur toute la surface des roches, et que les Oursins les ont détruites ultérieurement en creusant leurs excavations (2) . § VI, — En résumé, les perforations de VEchinus lividus ont été signalées dans les localités suivantes : Kilkee (comté de CUre) Bcimctt, Trevelyan. Berchavcn (comte de Cork) Huiiiphrcys. Baie de Banfn (comté de Cork.) Humphreys. Baie d'Hury (Finistère) Robert. Grabinck : Finistère) Cailliaud. Baie du Croisic (Loire-Inférieure) Lory. Ilot (In Four Loire-Inférieure) Cailliau l'espèce nommée par Linné Mytilus discors, qui se logent dans » sa substance et souvent y pénètrent, de manière à ne laisser » apercevoir que l'extrémité bâillant de leurs valves. » Il ajoute que «l'on trouve ce môme coquillage, mais en moindre nombre, » sur d'autres Ascidies ('2) . » Enfin, au sujet du Phallusia monachus, le même auteur dit : « On a trouvé dans l'intestin de cette espèce des Triions, » des Culiges et des débris d'autres animaux, mêlés à un sédi- » ment terreux. » Nous terminerons ces citations en faisant connaître que notre collaborateur M. van Beneden a également rencontré, dans la cavité branchiale de YApliclium ficus et ficoides , un Crustacé très-curieux, que nous avons nous-même trouvé, auquel il a donné le nom d'Intercola fulgens, et nous rappellerons aussi que nous avons décrit, sous le nom de Coïiiacola setigera, un Crus- tacé parasite qui habite le Phallusia intestinalis. - Voilà donc la présence des Crustacés dans l'enceinte intime des Ascidies suffisamment constatée; il ne nous reste plus main- tenant qu'à expliquer le motif qui les conduit à rechercher ces refuges, dont rinotîensivité de leur propriétaire n'a pas été plus capable de les expulser que de leur en interdire l'entrée. BIOLOGIE. Commençons d'abord par établir que ce n'est que comme substance alibile que l'on rencontre, confinés dans le tube diges- tif des Ascidies, les Crustacés que l'on y trouve; leur présence n'indique pas non plus un état maladif ou de faiblesse de leur hôte, mais qu'ils y sont pour leur propre compte, et à titre de (1) Pa^-e 151. (2) Page 158. 336 uESfSE. parasites, c'est-à-dire vivant aux dépens de celui qui les héberge. Nous devons cependant faire une exception en faveur du Mytilus discors dont ])RY\e Savigny, qui n'est autre que le Modiola discrepans, qui se loge, comme il le dit, à l'extérieur, dans la substance même de la première enveloppe des Phallusies, et qui n'a besoin que d'un point d'attache, d'un alvéole pratiqué dans une matière élastique qui lui permette le jeu de ses valves ; con- séquerament, qui se contente de l'hospitalité qui lui est accor- dée, et vit de lui-même et par ses propres moyens de ce qu'il peut se procurer du dehors. Nous comprendrons également dans une catégorie à part, parce qu'il n'est pas un parasite aussi complet que les autres, un petit Crustacé de la famille des Grevettines, le Lycesta furina de Savigny, ou Leucolhoe [urina, qui se trouve quelquefois dans l'intérieur des Phallusiens, mais dans des con- ditions différentes, et qui ne sont pas, comme on va le voir, aussi désintéressées que celles dont nous venons de parler. En effet, au lieu de se construire une demeure en maçonnerie, ou avec des matériaux quelconques, comme le font certains autres Crustacés, tels que le Siphonocetus typicus et crossicornis, le Podocerus pulchellus ou fucicola, VAmphitoe rubica, les Coro- phies, etc. (1), qui attendent leur proie au passage, le corps îi moitié sorti de leur retraite ; celui-ci, profitant d'un logement tout prêt, se place en dedans du canal qui conduit à l'orifice bran- chial, et utilisant le courant artificiel produit par le jeu des muscles de l'enveloppe tégumentaire de ces Ascidies, et par les filets tentaculeux qui sont près de cette ouverture, il ne laisse rien passer sans le visiter et sans prélever la dîme qui lui con- vient d'imposer. Tous les autres Crustacés, qui sont très-nombreux et ont des formes très-différentes, ne s'arrêtent pas, comme celui-ci, à cette première enveloppe ; ils pénètrent bien plus avant, puisqu'ils franchissent non-seulement la deuxième enceinte qui renferme (1) Voyc/, les curien:cs observations faites à cet égard sur la nidification des Crus- taics, par M. Spcncc Baie, lues à l'Institution de Pljmouthj le i" février 1858. (Voy. Ann. des se. ?(a^,4* série, 1858, t. IX, p. 255.) CRUSTACÉS AUIVKAUX DES COTES DE FRA>CE. 337 les viscères de ces Ascidies, mais encore ils s'insinuent dans l'iu- lérieur même de ces organes, où ils fonctionnent chacun suivant ses Ijesoins, et suivant aussi l'emploi qu'ils peuvent foire des instruments qui leur ont été accordés pour pourvoir à leur exis- tence. Si l'on examine attentivement ces organes, nous parlons par- ticulièrement de la bouche qni, dans cette circonstance, joue le plus grand rôle, ou voit que les Crustacés qui se rapprochent des Caligiens, autrement dit des Siplwnostomes, tels que les JE'rr/ast- liens, les Notodelphys^ Conjcœcus, Lœchomolgus de M. Thorell, sont destinés, parla conformation de leur suçoir, à vivre de sub- stances fluides quils ponq)ent directement dans les tissus sur les- quels ils s'appliquent; si, au contraire, on considère attentive- ment celle des Coliacoles, Nobis, ou des Ascidicolesde M. Thorell, on reconnaîtra encore en eux des Siphonostomes, mais cepen- dant avec des modifications qui semblent leur permettre un emploi mixte, propre à l'absorption de liquides, ainsi qu'à la mastication des substances solides ; enfin, si Ton soumet au même examen celle des JS otopterophorns de Véragny et des Botachus et Doropygus de M. Thorell, on voit encore, par la manière dont sont organisées les palpes de la bouche qui ont une forme pecti- née, ([u'ils doivent servir à tamiser en quelque sorte, à trier les objets destinés à la nourriture de ces Crustacés, et c'est prubaltle- ment parce qu'on les trouve immergés dans les matières demi- solides et demi-liquides dont sont gorgés les viscères de ces Asci- diens, qu'ils sont pourvus d'instruments propres à cet usage. Il nous resterait, pour compléter ce que nous venons de dire de ces Crustacés, à parler aussi des fonctions exercées, dans le but de la locomotion, par leurs membres thoraciques. Nous les avons déjà fait connaître en décrivant le Coïliacola seligera, et nous avons fait voir comment, à laide de sa conformation spé- ciale, ce Crustacé trouvait le moyen de circuler dans un milieu aussi encond)ré que celui où il vit, et connnent, par suite de la flexibilité des anneaux de son thorax, il pouvait, en se jetant en arrière, se retourner sur lui-même, et pour ainsi dire pivoter sur place ; et connnent aussi, en s'aidant des puissants ll[\ IIESSE. bordée de poils à rextréiiiité ; elles sont tenninées par une tii^e cylindrique divisée en trois articles. En dessous, près du bord frontal, se présente la bouche (1) qui est très-saillante, conique, un peu plus étroite au bas, terminée par un orifice arrondi, en forme de trompe, de laquelle sort un suçoir et de petits appendices latéraux. De chaque côté de la bouche se trouve une paire de pattes assez fortes et cylindriques (2), dont l'article fémoral est plus <'i) innl tlcr Ivikerfo Thierp. p. 202-204 cl pnssiin. i)l: tkmpokal chez les ammaux vertébkés. 365 deux pièces tympaniques, dont riino, qui paraît la première, est l'anneau ou cadre , l'autre la lame qui constitue la caisse ou du moins la complète. Je ne crois pas me tromper en voyant chez le fœtus humain cette lame se former indépendamment du cadre, bien qu'à partir de lui. On sait, au reste, que cette manière de voir n'est rien moins que nouvelle. Plusieurs anatomistes ont même multiplié, bien plus que je ne le fais, le nombre des élé- ments tympaniques ; mais ils l'ont fait surtout en procédant des Poissons aux Vertébrés supérieurs et par voie d'interprétation, tandis ({ue, prenant notre point de départ et de comparaison chez les Mammifères, nous devons nous en tenir aux deux segments tynqianiques qui nous sont désignés chez le fœtus, et que nous retrouvons plus ou moins accusés chez les espèces à caisse bul- loïde et à cadre plus ou moins relevé, notamment chez les Ron- geurs (1). Nous avons doue quatre éléments dans le système du tempo- ral : l'écaillé, le cadre, la caisse et le rocher. L'écaillé est moins caractérisée par ses formes et par son apophyse si variables déjà chez les Mammifères, que par sa situation entre l'occipital et les ailes temporales du sphénoïde. De sa partie supérieure, elle atteint les pariétaux, et quelquefois même les frontaux. Le cadre tient à l'écaillé d'une part, à la caisse de l'autre. La caisse est avant tout attachée au cadre, et se place plus ou moins au-devant de lui ; on conçoit que, venant à se détacher du rocher, la lame qui la forme puisse demeurer suspendue à la pièce précédente. Quant au rocher, sa place est entre l'occipital et l'écaillé, sur les côtés de l'occipital basilaire et du sphénoïde postérieur dont il rencontre l'aile temporale eu avant. Du reste, le rocher tire son principal caractère de la présence du labyrinthe, et nous pou- vons concevoir d'avance une réduction de l'enveloppe qu'il four- nit à celui-ci, à mesure que diminuera, avec la boîte cérébrale, l'espace qui lui est assigné. Cette réduction prévue ne fera que continuer celle qui, eu (1) PlancUe 13, fig. 8. : 366 UOLLARD. rapprochant roccipital tlii temporal écailleux, a fait disparaîti'e la résiou mastoïdienne chez les Mammifèi'es. Il est temps que nous abordions les Vertébrés ovipares, et que nous cherchions chez eux, dans les quatre classes des Oiseaux, des Reptiles, des Amphibiens et des Poissons, les éléments que nous reconnaissons dans le système temporal. Notre tâche sera bien facilitée par l'élimination du mastoïdien, dontladmission. a donné lieu à des hésitations et à des méprises qui, tour à tour corrigées et remplacées, variaient d'une classe à Tantre, et ont jeté une grande confusion dans Tostéologie comparée de la tête. N'ayant plus à chercher de pièces imaginaires, il nous sera plus aisé de reconnaître les véritables. II Des pièces (cinporuios clic/ les ^'cl■tL'b^cs iniparcs. Le petit système ostéologique (jui nous occupe subit, à partir des Manmiifères, quelques modifications générales que nous re- trouvons dans les quatre classes d'Ovipares, puis d'autres encore qui distingueront les Ovipares allantoïdiens des anallantoïdiens, d'autres enfin qui sont le propre de chaque classe, et varient dans les groupes ordiniques. De tontes ces différences, nous ne signa- lerons que les plus importantes, ayant en vue avant tout de re- chercher et de déterminer les pièces temporales en les suivant dans leurs principales transformations. n. Ovip.'ii'es allanloïdieiis. Chez les Ovipares pourvus d'une allantoïde. c'est-à-thre chez les Oiseaux et les Reptiles, quatre os réclament notre attention, comme ayant été attribués au groupe temporal sous divers noms homologiques. L'un d'eux, que nous croyons pouvoir nietti-e tout de suite hors de discussion, ne saurait être que le rocher, car il renferme le labyrinthe. Seulement il ne renveloppe pas conq)létement eu DU TEMPORAL ClIRZ LES ANIMAI \ VERTÉBKÉS. .167 arrière, et partage ici sa ibiutioii protectrice avec loccipital latéral et l'écaillé occipitale ; il y a plus, ce rocher ne cloniie que la moitié antérieure de la fenêtre ovale ou vestibulaire, et aban- donne la ronde à l'occipital latéral. C'est donc un rocher impar- fait, c'est-à-dire un labyrinthe, cpii, serré entre les os voisins, n'a pu pren(h'e tout son développement superficiel, et a reçu des pièces limitrophes, du moins eu arrière, un revêtement d'em- prunt complémentaire. Cette imperfection du rocher des Oiseaux et des Reptiles a suggéré à un anatomiste que mes lecteurs con- naissent, M. Kôstlin, l'idée de le rattacher plutôt au sphénoïde qu'au groupe temporal. S'autorisant d'une division de la grande aile du sphénoïde observée chez les Cétacés et les Monotrèmes, M. Kôstlin propose de donner à ce rocher le nom d'aile tempo- rale postérieure. Mais les raisons dont il appuie cette détermina- lion exceptionnelle ne sauraient prévaloir sur le fliit que l'oreille interne se trouve ici presque tout entière, et sur cet autre qui, vu la fixité de distribution des trous de sortie des nerfs, est d'une valeur décisive, à savoir que les nerfs facial et acoustique entrent dans la pièce en question, l'un pour la traverser, l'autre pour s'y terminer. Des trois autres pièces désignées comme temporales chez les 'Vertébrés ovipares allantoïdiens, l'une demeure presque toujours annexée au crâne, les deux autres appartiennent à la face. On n'a pu se mettre d'accord sur leur signification, et quelquefois le même anatomiste transporte le même nom de l'une à l'autre, selon qu'il s'agit des Oiseaux ou des Reptiles. Celle qui est annexée au crâne est tour à tour désignée connue un temporal écailleux et comme un mastoïdien. Cuvier lui donne ce dernier nom chez les Reptiles, et la nomme temporal chez les Oiseaux. M. Owen voit en elle un mastoïdien, d'autres un tem- poral écailleux, dans l'une et l'autre classe ; non-seulement nous ne saurions concevoir que l'os dont il s'agit, ayant })artout la même situation et des connexions qui varient à peine, ne soit pas pourtout le même ; mais du moment où nous avons reconnu qu'il n'existe pas de mastoïdien, nous ne pouvons plus voir qu'un temporal écailleux dans une pièce sous-pariétale placée en avant 568 UOLLilRD. des occipitaux, en arrière de la grande aile sphénoïdale. Peu nous importe, pour lui reconnaître le nom que nous lui donnons ici, d'accord avec un grand nombre d'anatomistes, que cet os soit une écaille triangulaire, pourvue d'une apophyse zygoma- tique, et attachée aux parois du crâne (Oiseaux) (1), ou que plus ou moins massive et saillante, elle figure à l'angle postérieur du crâne une tubérosité ou une lame apophysaire (Crocodiles et Tortues) (2), ou qu'elle se réduise à une bande osseuse étroite (Sauriens) (o), ou qu'enfin elle se détache et se mobilise comme une sorte d'omoplate (Ophidiens) [k) ; ses métamorphoses ne chan- geant rien d'essentiel à ses relations, ne sauraient nous tromper et laissent son identité partout et toujours incontestable. Au-dessous de ce représentant de l'écaillé temporale, nous rencontrons chez tous les Vertébrés ovipares deux pièces qu'à première vue on peut être très-surpris de voir mettre au nombre des éléments du système temporal. La première est celle que tout le monde connaît, chez les Oiseaux, sous le nom dos carré {5) ; la seconde, celle que les anatomistes allemands, depuis Nitzsch, ont appelée le carré jugal (6). Les caractères de Vos carré, quelle que soit sa forme, sont, chez les Allantoïdiens, d'abord de servir d'intermédiaire entre le tem- poral écailleux et la mâchoire inférieure, puis de fournir un appui à la membrane du tympan ; enfin cet os est constamment en rapport de connexion avec le ptérygoïdien interne. Cette triple connexion temporale, maxillaire et ptérygoïdienne a géné- ralement empêché les anatomistes de méconnaître l'identité de l'os carré en le voyant passer par des formes larges, allongées ou massives, se fixer ou se mobiliser tour à tour. On a même peu différé dans l'interprétation qu'on en a donnée. Nous sommes bien loin du moment où Hérissant, en signalant et décrivant l'os (1) Plauclio 13, fig. 9, c. (2) PI. 13, fig. 10 et 11, e. (3) PI. 13, fig. 12, e. {!x) PI. 13, fig. 13, V. •(5) PI. 13, fig. 9«/. (6) PI. 13, fig, 9 Ci. DU TEMPORAI. CHEZ LES ANIMAUX VERTÉBRÉS. 369 cari^ des Oiseaux, eut l'idée de voir en lui l'analogue de la bran- che Montante du maxillaire inférieur, c'est-à-dire un démem- brement qui a trouvé sa réfutation dans l'analyse des pièces qui concourent à la composition de cette mâchoire. On a proposé de considérer l'os carré comme la partie articulaire du temporal, ce qui expliquerait encore comment c'est avec lui et non avec ce dernier que s'articule le maxillaire inférieur. Nous avons vu que, ni chez, le fœtus des mammifères, ni dans la série des ordres, nous ne trouvions la preuve de l'indépendance primitive de cette portion de l'écaillé, non plus que de son apophyse zygomatique, et en rappelant le fait unique cité par Duvernoy et rencontré par lui chez leCabiai, j'ai dit les tentatives infructueuses que j'ai faites pour en constater l'exactitude, c'est-à-dire pour le retrou- ver sur les têtes du même Rongeur et d'autres encore que j'ai examinées. Reste la détermination généralement acceptée, celle qui fait de l'os carré l'homologue du cadre du tympan. Il est im- possible ne pas s'y rallier quand on considère que, tenant à l'é- caille comme le cadre, cette pièce remplit le rôle de celui-ci tout en passant à d'autres usages, car il limite en avant l'entrée de l'oreille moyenne et donne attache à la membrane qui la forme. L'os carré est donc le cadre tympanique, mais un cadre modifié et qui s'est substitué à l'écaillc pour la suspension de la mâchoire inférieure, offrant d'ailleurs à celle-ci, non plus une surface plane ou creuse connue celle que lui ofîi-ait la région sous-zvgoma- lique du temporal, mais une saillie. J'ai dit ailleurs, et à propos des Poissons, conmient je concevais que le maxillaire inférieur eût changé de suspenseur chez les Ovipares, que son ossification s'étant étendue jusqu'à l'extrémité tympanique du cartilage de Meckel, il était tout simple qu'elle y eût rencontré une pièce tym- panique. Vient le deuxième élément facial qu'on a proposé de rattacher au système temporal chez les Ovipares, le quatrième du système entier, le carré jugal des anatomistes allemands. Il se porte de l'os carré au jugal et concourt à former cette arcade zygoma- tique des Oiseaux et des Reptiles qui abandonne l'écaillé tempo- rale, alors même que celle-ci possède une apophyse jugale, et 5« série. Zoot. T. I. (Cahier n" 6.) ♦ ' 24 370 HOLLABD. rattache la mâchoire inférieure à ce même os carré déjà en pos- session du rôle de suspenseur mandibulaire. Les différences mor- phologiques du carré jugal sont considérables et ses connexions secondaires avec le temporal et avec le frontal postérieur devien- nent souvent très-étendues. Aussi son identité a-t-elle été plus facilement méconnue que celle de l'os carré, et sa signification homologique en a-t-elle été nécessairement moins facile à déter- miner. Le carré jugal des Oiseaux est une tige grôle, qui s'appuie cîe son extrémité postérieure légèrement renflée sur la portion infé- rieure de l'os carré, et va se réunir au reste du zygome composé d'une apophyse maxillaire et d'un jugal non moins déliés. Ici les connexions de la pièce qui nous occupe sont réduites aux rela- tions sériâtes les plus directes, ce sont les connexions caractéristi- ques, et le nom de carré jugal est bien justifié, sans toutefois que je propose son adoption puisqu'il n'est pas homologique. Ici commencent, toutefois, les divergences d'appréciation. Cet os, qui n'est qu'un jngal pour Cuvicr, est le représentant transformé de l'écaillé temporale pour M. Owen; c'est un os tout spécial pour les anatomistes qui lui ont donné le nom sous lequel je le désigne provisoirement. Mais tandis que ces anatomistes, du moins Hallmann et d'au- tres, reconnaisserit ce môme os chez les Reptiles, en dépit des développements et des transformations qu'il présente, et malgré les nouvelles relations qu'il contracte, G. Cuvier le prend pour le temporal écailleux, exemple suivi par M. Owen, mais qui a conduit cet anatomiste à étendre, comme nous venons de le dire, la même détermination aux Oiseaux. Quand on débute parles Reptiles, et qu'on commence parleur chercher et leur trouver un mastoïdien, quand on a donné ce nom à la première pièce temporale, et qu'on voit chez le Croco- dile (1) une autre pièce qui tient à ce prétendu mastoïdien, à l'os carré etau jugal, et qui s'élève même jusqu'au frontal postérieur, on peut être assez facilement conduit à l'idée qu'on a sous les (1) Planche 13, fig. II, es. DU TEMPORAL CHEZ LES ANIMAUX VERTÉBRÉS. 37l yeux récaille. Mais lorsqu'il n'y a plus lieu de chercher un mas- toïdien, la pièce à laquelle Cuvier a donné ce dernier nom ne peut plus être que l'écaillé temporale (1). Ses rapports avec l'os carré en même temps qu'avec les pariétaux la désignent en effet comme telle, ainsi que je l'ai dit précédemment. Qu'est-ce donc que le carré jugal, que cet os tour à tour large et court, ou allongé et étroit, qui, chez les Oiseaux, va directe- ment du carré au jugal et au maxillaire, qui, chez les Reptiles, samet plus ou moins largement en rapport avec le frontal posté- rieur et la vraie écaille temporale (2)? C'est certainement partout la même pièce, le même élément ostéologique, mais quelle pièce, quel élément? Nous contentei'ons-nous, comme les anatomistes allemands, de nommer cet os le carré jugal ? Mais ce serait lui refuser une place parmi les éléments ordinaires du squelette céphalique et dans le plan général de celui-ci, conclusion qui ii'ést rien moins (|ue scientifique, comme toute conclusion qui laisse un fait isolé. Serons-nous tenté de voir ici une apophyse zygomatique déta- chée de sa souche, c'est-à-dire du temporal écailleux ? Mais, mire que l'indépendance de cette apophyse est, comme nous l'avons dit, contredite par l'histoire du développement du tem- poral écailleux chez le fœtus humain, elle ne serait pas appli- cahle au carré jugal, puisqu'il existe chez les Oiseaux en même tetnpsque l'apophyse à laquelle on proposerait de l'assimiler. Peut-être n'est-il pas difficile de lui trouver Une signification homologique ; mais, pour mieux y réussir, attendons que nous ayons observé encore, et déterminé les pièces temporales chez les Ovipares inférieurs, où nous allons les voir se modifier, et le carré jugal entrer décidément dans le petit système qui nous occupe. (1) Huiichc 13, %. 12, V. (2) PI. 13, fig, 10, il, 12, es. ?ni noLLjtnu. h. Ovipares an.illantoïdions. Prenons dabord les Anipliibieiis ou Bcatraciens, tant anou- res (1) qu'urodèles. Nous ne rencontrons ici que trois os qui puissent être attribués au groupe temporal : le premier réuni au crâne est et ne peut être que le rocher, car il abrite toute la partie antérieure du labyrinthe, tandis que la postérieure est protégée par l'occipital. Vient ensuite une pièce de forme variable, tantôt en T, tantôt triangulaire, avec sa branche horizontale ou sa base en haut, et dirigeant de là son extrémité inférieure vers la mandibule sans arriver toujours jusqu'à celle-ci. Le troisième os tient au précé- dent, se dirige d'abord en bas, fournit la surface articulaire à laquelle se suspend la mâchoire inférieure, et porte de là en avant une branche horizontale qui, chez les Batraciens anoures, forme la plus grande partie de cette pièce, et rejoint, non pas le jugal, qui manque, mais une apophyse zygomatique du maxillaire su- périeur. De même qu'on a dû reconnaître dans la pièce précé- dente un représentant de l'os carré ou tympanique ; de même aussi nous retrouvons dans ce troisième os un carré jugal (2). Mais ce qui nous frappe ici, c'est que le carré jugal se substitue au carré dans la fonction de suspenseur de la mandibule. Les Amphibiens manquent de temporal écailleux. Le peu de développement latéral de leur crâne ne se prêtait pas à admettre simultanément cette pièce et le rocher, et comme le labyrinthe devait cette fois encore se mettre en relation avec un dernier vestige de tympan et s'abriter dans le crâne, le rocher est resté, et lécaille temporale, déjà si réduite chez les Sauriens, lui a fait place en s'effaçant tout à fait. Somme toute, le système temporal des Amphibiens se compose du rocher et de deux pièces consécutives, dont la seconde cette fois porte la mâchoire inférieure, en même temps qu'elle prend (1) Planche 13, fig. ih. (2) Hallmanii a propose de modilier s-oii nom en raison de 1 absence du jugal, et de lui donner celui de qimdrato mnxiU.ore, ce qui ne change rien à sa signification. DU TKMPORAL CHEZ LKS ANtMAUX VERTÉBRÉS. 37î^ part comme piécéclemment, mais seulement quelquefois, à la formation d'une arcade zygomatique. Chez les Poissons, je ne vois que trois pièces qui puissent être considérées connue les représentants du système temporal. L'une d'elle, située derrière le frontal postérieur, en dehors des parié- taux et en avant des occipitaux externes, jetée ainsi sur les côtés de la région postorbitaire du crâne, était un mastoïdien pour Cuvieret n'en peut plus en être un pour nous, puisque nous n'ad- mettons pas de mastoïdien. Dès lors, nous ne pouvons le regarder que comme une écaille temporale ; ainsi le veulent ses connexions, et plusieurs anatomistes lui avaient déjà donné cette signifi- cation. Je retrouve ensuite, mais à une grande distance de ce temporal écailleux, deux os dont le premier, le plus élevé, est en rapport avec le ptérygoïdien interne, dont le second s'articule avec la mâchoire inférieure. Ce sont, sous des formes nouvelles, lamel- leuses, les deux pièces que nous avons trouvées chez les Oiseaux, les Reptiles et les Batraciens, et ici, comme dans ces derniers, c'est la seconde qui porte la mâchoire. Quel nom leur donner maintenant? Souvenons-nous qu'elles naissent d'un seul et même cartilage chez les Poissons, comme je l'ai montré dans un précé- dent mémoire, et nous n'hésiterons pas à voir dans cette com- nmne origine, comme dans le rôle qu'elles remplissent et dans lec[uel la seconde s'est substituée à la première, un caractère qui les assimile l'une à l'autre. Or si l'une, la supérieure, était une pièce tympanique, la deuxième en est une au même titre, et si la première est l'analogue de l'os carré qui représente lui-même le cadre , la seconde, dans laquelle nous retrouvons chez tous les (Mpares ce qu'on a nommé le carré jugal, ne sera-t-ilpas l'ho- mologue de la lame attachée au cadre, mais distincte de celui-ci, qu'on peut nommer la caisse, car elle forme la partie principale de celle-ci chez les Mammifères. Ce dernier résultat de l'étude que je viens de faire, non-seulement complète la détermination des pièces temporales pour la série des Vertébrés ovipares, mais modifie et précise, en ce qui concerne les deux éléments tympani- ques des Poissons, les conclusions de mon mémoire sur les pièces 374 nOLLABD, faciales ; eu effet, c'est à l'élément supérieur, au tympauique 4p Cuvier, qu'il faudra réserver spécialement le nom d'os carré ou de cadre, et l'élément inférieur, suspeuseur immédiat de la mâ- choire, dont Cuvier avait fait un jugal, et qu'on a mieux compris plus tard en l'assimilant au carré jugal (1 ), devient Ihomologue de la caisse proprement dite. Je n'ai pas fait mention du rocher des Poissons, et cependant les anatomistes leur accordent aussi cette pièce. Pour Cuvier, c'était une petite plaque osseuse enchâssée entre les occipitaux, son mastoïdien et sa grande aile sphénoïdale, pièce très-petite en général, souvent mal délimitée et ([ui manque dans beaucoup de cas. Pour d'autres, tels que Hallmann, c'est cette grande aile elle-même attiibuée au sphénoïde par Cuvier. Je ne puis accepter ni Tune ni l'autre de ces déterminations, ou plutôt je ne puis admettre un rocher dans la tète osseuse des Poissons téléostéens; cette pièce ne représentant que l'ossification superficielle du labyrinthe osseux, et le labyrinthe osseux manquant aux Pois- sons, l'existence du rocher est par cela même refusée à la der- nière classe des Vertébrés. Je crois pouvoir résumer par les propositions suivantes le résultat de l'étude qui vient de m'occuper. V Le groupe des pièces temporales, étudié chez les Mammi- fères et d'abord chez le fœtus, se compose de quatre éléments: le rocher, l'écaillé et deux tympaniques, à savoir, le cadre et la caisse. 2° Le mastoïdien des auteurs n'est pas une pièce distincte, mais le développement le plus extérieur du rocher, une région de celui-ci, région qui s'efface d'ailleurs à différents degrés et quelquefois entièrement chez les Mammifères, par suite du rap- prochement de l'écaillé et des occipitaux. En ce qui touche les homologies. 3" L'écaillé temporale se retrouve chez les Oiseaux dans la pièce désignée comme telle par G. Cuvier et la plupart de ses successeurs, pièce à laquelle se suspend Vos carré; chez les (1) J. Millier, Hallmann, en général les anatomistes allemands contemporains. pu TEMPORAL CHEZ LES ANIMAUX VERTÉBRÉS. 375 Reptiles et les Poissons elle est représentée par l'os que Cuvier nommait ici le mastoïdien; cet élément manque aux Âniphi- biens. 4° Le cadre devient, chez les Oiseaux et les Reptiles, sous le nom d'os carré ou tympanique, le suspenseur de la mâchoire in- férieure, et la caisse un premier segment de l'arcade zygoma- tique. Chez les Amphibiens et les Poissons, c'est-à-dire chez les Ovipares anallantoïdiens, c'est le deuxième tympanique, c'est-à- dire la caisse, qui fournit à l'articulation de la mandibule, tout en conservant d'abord, mais abandonnant bientôt, son rôle de pièce zygomatique. 5° Enfin, le labyrinthe, se dépouillant de plus en plus de son revêtement extérieur, emprunte un abri aux os voisins chez les Ovipares aériens; puis se place tout entier chez les Poissons osseux à l'intérieur du crâne, sans s'ossifier, en sorte que ces derniers manquent par cela même de rocher. EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 13. FiG. 1. Tète ifun fœtus liumain d'cnviiondeux mois: Cjrécaillc temporale sous sa pre- mière forme. FiG. 2. Fragment amplifié de la même tète. FiG. 3. Tète plus âgée, avec une écaille élargie et déjà réunie au jugal. FiG. Il, L'écaillc e, et le cadre tympanique cd d'un fœtus plus âgé. Ici la région mastoï- dienne rm est encore entièrement cartilagineuse, FiG. 5. Les mêmes pièces, avec les premiers noyaux osseux de la région mastoïdienne. FiG. 6. Les mêmes, après la fusion de ces noyaux. FiG. 6. b, c, il, le cadre cd, la caisse e*, et la région l'upéo-mastoïdienne (amplifiés) dans trois état progressifs de leur développement fœtal. La lame de la caisse s'étend de plus en plus et finit plus tard par couvrir la face inférieure du rocher. FiG. 7. Temporal d'un Singe du genre Cercocebus . La caisse couvre entièrement le rocher, qui se continue avec le mastoïdien. FiG. 8. Temporal d'un Cobaye. Ici la région mastoïdienne, refoulée vers l'occipital par l'énorme développement d'une caisse bulloïde, est réduite à une bande osseuse étroite. 376 UOLLARU. DU TEMPORAL CHEZ LES ANIMAUX VERTÉBRÉS. FiG. 9, 10, 11, 12. Pièces tempùrales d'un Oiseau, iruiie Toitue, d'un Crocodile et d'un Lacertion (Ameiva) : e, l'écaillc ; id, le cadre ou os carré ; es, la caisse ou carré jugal des analomistcs allemands. FiG. 13. Pièces temporales d'un Pithou, réduiles par l'alv-ïene.' du carré jugal au cadre et à l'écaillc : p désigne le pariétal ; lA le ptérygoïdien ; j le jugal. Fie. li. Pièces temporales de Batraciens anoures, réiluiies au cadre et à la caisse ou curé jugal par labsence de l'écaillé. L'exisU'uce du rocher est partout sous-enteudue. Toutes ces ligures ont été dessinées par l'auteur d'apr.'j aituie. A ETUDES SUR L ORGANE AUDITIF DKS CRUSTACÉS DÉCAPODES, rar M. V. UEi\SEV Extrait (I). L'organe auditif des Crustacés décapodes est placé ordinaire- ment dans la partie basilaire de l'antenne interne, car il est bien démontré aujourd'hui que l'organe appelle autrefois cylindre au- ditif et renfermé dans l'article basilaire de l'antenne externe, n'a rien à faire avec la fonction de l'audition. Cet appareil auditif a été découvert dès i 811 par Rosenthal, et il a été, en 18Zi3, l'objet d'études soignées de la part de M. Favre. 11 a été étudié depuis lors par plusieurs auteurs, en particulier par M. Krôyer (2) ; mais la plupart des détails de sa structure sont restés en litige. Les belles recherches de M. Hensen, dont nous allons extraire les points les plus saillants, sont donc fort bien venues. Elles se sont étendues à 28 espèces de Crustacés. L'appareil auditif des Crustacés supérieurs est conformé comme suit : Du ganglion terminal d'un nerf part un mince filet nerveux qui pénètre dans un poil chitineux et va s'attacher à une partie de la paroi de ce poil présentant une structure particulière. L'union de cette partie de la paroi avec le reste du squelette chiti- neux est de nature à permettre des vibrations sous l'influence d'ondulations sonores. En outre, l'extrémité du poil pénètre sou- vent entre des pierres (otolithes) ou même dans l'intérieur d'une pierre. Les différentes parties de cet appareil méritent d'être considérées un peu plus exactement. Commençons par les otolithes. MM. Leuckart et Krôyer ont distingué à juste titre deux types d'organes auditifs chez les Crus- tacés supérieurs, selon que la vésicule de l'organe est ouverte (1) Archiues des sciences physiques et naturelles de Genève, février 1864. (2) Mém. de l'Acud. de Copenhague, 1859, t. IV, p. 287. 378 V. IIEIVSEN. ou fermée. Dans le prenîier cas, qui est celui desÉcrevisses, des Homards, des Crangons, des Palémons, etc., les otolithes ont une forme irrégulière et ressemblent à des grains de sable. Aussi, certains auteurs n'y voient que des corps étrangers, tandis que d'autres les tiennent pour des parties intégrantes de l'animal. M. Hensen a réussi à trancher la question d une manière défini- tive en étudiant les Crustacés en question au moment de la mue. A ce moment les anciens otolithes sont rejetés avec l'enveloppe chitineuse et remplacés par d'autres. Des Palémons examinés immédiatement après la mue nont pas d'otolithes, mais quelques heures plus tard on trouve déjà quelques petites pierres irrégu- lières, calcaires ou siliceuses, dans leur sac auditif. M. Hensen vit à ce moment un individu renfermé dans un bocal racler le fond du vase avec ses pinces, puis introduire celles-ci dans le sac auditif, sans pouvoir surprendre cependant l'introduction des petits cailloux. Pour lever toute espèce de doute à cet égard, il plaça quelques Palémons dans un vase contenant de leau de mer filtrée, en ayant soin de couvrir le fond du vase de cristaux d'a- cide urique. Bientôt l'un des Palémons nma et les sacs auditifs de la dépouille se trouvèrent renfermer les grains de sable ordi- naires, mais point d'acide urique. Trois heures plus tard, M. Hensen examina l'animal dont les cavités auditives renfer- maient maintenant une foule de cristaux d'acide urique, sans un seul grain de sable. 11 est donc évident que chez les Crustacés à sac auditif ouvert, les otolithes proviennent bien de l'extérieur, comme M. Favre l'admettait déjà. Chez les Crustacés à vésicule auditive fermée, les otohthes n'ont plus du tout l'apparence de grains de sable. Ils offrent une structure particuhère constante, et leur surface n'est jamais irré- gulière. Cependant même dans ce cas leur durée n'est que tem- poraire. En effet, les Crustacés en question rejettent périodique- ment le sac auditif avec ses otolithes et l'appareil se forme à nouveau. La matière anorganique contenue dans les otolithes est un sel calcaire, mais ce n'est ni un carbonate, ni un phosphate, ni un silicate, ni un sulfate. Les réactions paraissent indiquer du fluorure de calcium. ÉTUDES SUR l'organe AUDITIF DES CRUSTACÉS DÉCAPODES. 379 La cavité de l'organe auditif est toujours tapissée d'une mince membrane chitineuse qui doit être considérée comme une rédu- plication de la membrane de chitine extérieure. Cela est vrai même pour les sacs auditifs fermés qui ne présentent aucune communication avec l'extérieur, et dans ce cas il est possible de reconnaître une ligne, une sorte de cicatrice, vestige de la fente par laquelle l'invagination du sac a eu lieu. Les poils auxquels M. Hensen donne le nom de poils auditifs sont de trois espèces : %" les poils à otolithes ; 2° les poils libres des sacs auditifs ; o° les poils auditifs de la surface extérieure du corps. Les poils de la première espèce sont ceux qui sont en contact avec les otolithes dans les sacs auditifs. Ces poils sont générale- ment recourbés et lein- pointe vient se logei' entre les otolithes, comme c'est le cas pour les Écrevisses, les Homards, les Palé- mons, ou pénètre même dans l'intérieur d'un otolithe, comme cela se voit dans les sacs auditifs de la queue des Mysis. Les oto- lithes sont souvent maintenus en suspension par ces organes. U est impossible, en lisant cette description, de ne pas songer aux soies décrites dans l'appareil auditif des Poissons par MM. Max Schultze etFrank-EilhardtSchultze, soies dont les pointes parais- sent aussi arriver au contact des otolithes. M. Hensen rappelle les dispositions analogues (cils vibratiles, etc.) qu'on observe dans les vésicules auditives d'autres animaux. Il croit même avoir observé dans quelques cas [Pisidïum parmi les Mollusques, Cy- dippe parmi les Ciliogrades) des soies pénétrant dans l'intérieur des otolithes, comme chez les Crustacés. Les Crabes et en général les Brachyures sont entièrement dé- pourvus d'otolithes; mais leurs cavités auditives n'en sont pas moins pourvues de poils. Chez le Carcimts mœnas, M. Hensen a compté environ âOO poils plongeant dans le liquide de la cavité auditive. Cette absence des otolithes chez les Crabes doit sur- prendre d'autant moins, que chez le Homard il existe dans le sac auditif toute une rangée de poils semblables, par leur conforma- tion, aux poils à otolithes, mais n'entrant jamais en contact avec ces pierres. Certains poils auditifs peuvent donc entrer en vibra- tion sans l'intermédiaire des otolithes. Ces poils existant parfois 380 V. UENSEN. dans un espace à demi feiiiié seulement (sacs auditifs ouverts;, il est probable qu'ils pourraient remplir tout aussi bien leuis fonctions s'ils étaient placés à la surface du corps. Cette re- marque conduit M. Hensen k c(Misidérei- comme des organes de l'audition , certains poils de la surface du corps des Crus- tacés, qui présentent la môme structure que les poils à oto- lithes. Ces poils auditifs de la surface externe du corps ont été étu- diés par M. Hensen chez les Carides. Ils sont surtout nombreux chez les espèces ou les jeunes individus (larves) dans lesquelles les oreilles internes font défaut. (]hez les Carides ces poils sont placés à la surface supérieure de la partie basilaire de l'antenne interne et au second article de l'antenne externe. Il en existe aussi à la ([ueue, et ce fait ne doit pas ti-op surprendre si l'on songe aux oreilles caudales des iMysis. L'interprétation physiologique donnée par M. Hensen à ces poils de la surface externe du corps est propre à exciter la mé- fiance au premier abord. Nous devons donc dire que ces organes présentent certaines particularités de structure qui les éloignent des autres poils de la superficie du corps et les rapprochent des poils des sacs auditifs. Les caractères communs à tous les poils nommés auditifs par M. Hensen peuvent être résumé de la manière suivante. Les poils auditifs sont toujours implan- tés sur un pore de lamend)rane de chitine. Le bourrelet qui en- toure ce pore s'élève d'un seul côté pour former une sorte de dent. Le tronc du poil ne repose pas directement sur ce pore, mais il est porté par une membrane très-mince, souvent dilatée de manière à foimer une ampoule à la base du poil. Cette disposi- tion parait isoler le poil des ébranlements provenant de l'inté- rieur du corps et iticilite peut-être aussi ses vibrations. Enfin, le tronc de chaque poil auditif présente une espèce d'appendice (la languette) auquel le nerf du poil vient s'attacher. A proprement parler, le nerf se termine par une cellule ganglionnaire avant d'arriver au poil ; mais de cette cellule naît une mince petite corde nerveuse (clwrda, Hensen) qui pénètre dans le poil et va se fixer à la languette. Les autres poils du corps ne présentent point une s ÉTUDES SUR l'organe AUDITIF DES CRUSTACÉS DÉCAPODES. 3S1 structure aussi complexe et la corde nerveuse leur fait en parti- culier complètement défaut. Les poils auditifs sont naturellement renouvelés à chaque mue de l'animal. Les poils nouveaux ne sont point emboîtés dans les poils anciens, comme on se le représente d'ordinaire, mais se forment au-dessous du squelette chitineux. Si Ton compare la nouvelle peau de l'animal avec un gant, les poils sont placés comme le seraient les doigts de gant, si Ion suppose ces doigts retirés dans l'intérieur du gant, de telle sorte que leurs pointes seulement apparaissent à la surface. C'est, du reste, ce que M. Spence Bâte et M. Leydig avaient déjà aperçu. Au moment de la mue, la dépouille entraîne avec elle les extrémités des poils nouveaux et fait sortir ceux-ci de leur invagination. Le point jusqu'où l'extrémité du poil nouveajii pénètre dans le poil ancien co'i'ncide avec le point d'attache de la corde nerveuse, c'est-à-dire le bord de la languette. Il est à noter du reste que peu de temps avant la mue une seconde corde nerveuse apparaît à côté de la première et que celle-ci est rejetée au moment de la mue. Elle paraît d'ailleurs changer de nature, car elle est comme chitinisée au moment du rejet. Ces poils auditifs sont d'ailleurs si complexes, qu'il serait étonnant qu'ils fussent formés connue les écailles des ailes des Hyménoptères par la métamorphose d'une seule cellule (Sempr,). Un grand nombre de cellules concourent en réalité à leur formation. Quelque soigneuses qu'aient été les recherches anatoiniques de M. Hensen, les conclusions physiologiques qu'il en a tirées pour- raient paraître bien hasardées, s'il n'avait réussi à leur donner plus de valeur par des expériences délicates. Il s'agissait d'abord de montrer que les Crustacés ont une ou'ie délicate. M. Hensen a pleinement réussi dans cette démonstration. L'expérience la plus concluante consiste à placer des Palémons ou des Mysis dans un vase d'eau de mer contenant de la strychnine, alcalo'ide qui jouit de la propriété d'augmenter le pouvoir réflexe des centres ner- veux. Sous l'influence delà strychnine le Crustacé répond par des bonds énergiques aux moindres bruits qui se font entendre dans la maison. Même lorsque l'animal est abattu par l'effet du poi- 382 V. BENSEN. — ÉTUDES SUR l'oRGAKë AUDITIF, ÉfC. son, au point de se laisser traîner sans résistance clans son vase par l'antenne externe, le moindre son suffit pour qu'il s'arrache aux étreintes de la pincette et il tombe au fond du vase en proie à des convulsions toniques. Il est donc évident que les Crustacés sont sensibles aux sons. Restait à démontrer que les perceptions sonores ont bien lieu par l'intermédiaire des poils auditifs. Guidé par les belles recherches de M. Helmholtz sur la perception des sons. M. Hensen supposa que chaque poil auditif est susceptible d'être mis en vibration, à l'exclusion des autres, par un son déterminé. L'expérience confirma cette hypothèse. Si Ion fixe attentivement le point d'attache de la corde nerveuse à la languette d'un poil pendant qu'on fait jouer par un instrument les différentes notes de la gamme, on voit ce point devenir indistinct ou même le poil entier entrer en vibrations énergiques pour certaines notes. Pendant ce temps les poils voisins restent d'ordinaire parfaite- ment immobiles et ne peuvent être ébranlés que par d'autres notes. Les conditions ([ui déterminent un poil à vibrer plutôt que d'autres sous l'influence d'un son déterminé sont sans doute multiples: telles sont la longueur et l'épaisseur du poil, la lon- gueur et l'épaisseur de la languette, etc. La partie physiologique du mémoire de M. Hensen est d'un haut intérêt. Elle nous montre, non-seulement que les Crustacés peuvent percevoir des sons, mais encore que les sons doivent affecter ces animaux par l'intermédiaire des organes auxquels il a donné le nom de poils audilifs. 11 est difficile, après une sem- blable démonstration, de ne pas accepter cette dénomination. FIN Df PREMIER VOLUME; TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME. AI\I.n4l]}iL VERTÉBRÉS. Note sur de noiivcllos observations relatives à l'existence de l'honiine 'dans le I centre de la France à une époque où cette contrée était liabitce par le Renne et d'autres animaux qui n'y vivent pas de nos jours^ par MM. LARTEiet Christy. 232 Remarques sur quelques résultats des fouilles faites récemment dans la caverne de Bruniquel, par MM. Milne Edwards et Lartet 229 Note sur les cristaux de la matière colorante du sang, par M. Roilet. (Extrait.) 200 Note sur la durée de la gestation de quelques Ruminants, par M. Sclater. . . 200 Recherches sxir la distribution des Cétacés dans les mers boréales, par M. Es- CHRICHT 201 Note sur de nouvelles recherches sur la production artificielle des monstruosités, par M. Camille Dareste 20 Recherches expérimentales sur les fonctions de l'cncépliale des Poissons, par M. E. Baidelot 105 Recherches sur les monstruosités du Brochet observées dans l'œuf, et sur leur mode de production, par M. Lereboullet 112 Recherches sur la siguifîcatiou honioloijique de quelques pièces faciales des Pois- sous osseux, par M. II; Holl.vrd 5 Dé la signification anatomique de l'appareil operculairc des Poissons et de quel- ques autres parties de leur système solide, par M. ti. Hollard 2ti2 Du temporal et des pièces qui en représentent les éléments dans la série des ani- maux vertébrés, par M. Holl.^hd 359 A!«ira.tUX INVERTÉBRÉS. Expériences sur le système nerveux des Insectes, par M. Faivrë 89 Des monstruosités naturelles et provoquées chez les Lépidoptères, par M. Bar- thélémy (Aimé )., 225 Etude sur l'organe auditif des Crustacés décapodes, par M. Hen'SEx. . ; . 377 Monographie des Crustacés fossiles de la famille des Câncériens, par M. Al- phonse MiLNE Edwards. (Suite.) 31 Observations sur des Crustacés rares et nouveaux des côtes de France, par Ml Hesse. . . i . i . . . 333 Remarques sur quelques Crustacés du terrain carbonifère appartenant au genre Belinurus, Kônig, et description de deux nouvelles espèces du comté de la Reine, en Irlande, par M. W. H. BAiLVi .'.... 23 Note sur Ihabital de V Hélix Corœ, Cantraiue, par M. Hexri Ai'CApitaime. . . 30 Note sur les perforations de l'Ec/tinus levidus, par M. Fischer 321 TABLE DES MATIERES PAR NOMS d'auteurs. AucAPiTAiNE. — Note sur l'iinbitat de VHelix Carœ 30 Baily. — Remarques sur qucl()ucs Crustacés du terrain carboni- fère appartenant au genre Beli- iiufus, et description de deux nou- velles espèces 23 Barthélémy. — Des monstruosités naturelles et provoquées chez les Lépidoptères 225 Baudelot. — Reclierclies expéri- mentales sur les fonctions de l'en- céphale des Poissons 105 Christy {Voy. Lartet;. Dareste. — Note sur de nou^ elles recherches sur la production arti- ficielle des monstruosités 20 Edwards (H. Milne) et Lartet. — Remarque sur quelques résultats des fouilles faites récemment dans la caverne de Bruniquel 229 Edwards (Alphonse Milne). — Mo- nographie des Crustacés fossiles de la famille des Cancériens. (Suite.) 31 EscHRiCHT. — Recherches sur la dis- tribution des Cétacés dans les mers boréales 201 Faivre. — E.xpérienccs sur le système nerveux des Insectes 89 Fischer. — Note sur les perforations de YEchi/ms /icirlus 321 Hensex. — Étude sur l'organe au- ditif des Crustacés décapodes . . . 377 Hesse. — Observations sur des Crus- tacés rares ou nouveaux des côtes de France 333 HoLLARD. — Rcclierches sur la signi- fication homologique de quelques pièces faciales des Poissons osseu.x. 5 — De la signification nnatomique do- lappareil opcrculaire des Poissons et de quelques autres parties de leur système solide 212 — Du temporal et des pièces qui en représentent les éléments dans la s<'rie des animaux vertébrés. . . . 359 Lartet et Chrlsty. — Note sur de nouvelles observations relatives à l'existence de lllommc dans le centre de la France à une époque où cette contrée était habitée par le Renne et d'autres animaux qui n'y vivent pas de nos jours. . . . 232 Lartet et Milne Edward.s [Voij. Ed- wards). Lereboillet. — Reclierchcs sur les monstruosités du Brochet, obser- vées dans l'œuf et sur leur mode de production 113 Rollet. — Note sur les cristaux de la matière colorante du sang .... 200 Sclater. — Note sur la durée de la gestation de quelques Ruminants. 200 TABLE DES PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. Planche 1. Pièces faciales des Poissons. — 2. Beliiiurus regiœ; li. arruatus ; B. rotiiiiiJi(\. — 3. Cancer Beoumontii • Pii/eocurjji/ius i/uirroc/ir/Ks. — 4 et 5. CuiiciT Deslioy.tii, etc. — 6. Cancer Sistnoncke ; Cnncer pagiirrjiiles. — 7. Cancer Sismondœ. — 8 et 9. Lobocorcinu.s Pa/ino-Wurtembergchsis. — 10. Appareil temporal des Poissons. Monstruosités provoquées chez les Insectes. — 11. Notoptérépliore; Polycléuophyle. — 11. Botryoplnle; Plantipyde ; Podololiis; Opliioscide. — 13. Pièces temporales. EIN DE LA tarle. Piii'if, — Imi'iinu'rie rie K. MAnxiNET. rue Mi^in'H. 2, A.m' r^mie n . Ann dfs Se natS'Sène Miba JAtArA t-l 1 Bctiniinis Reginœ ( Bâily ) 'i B . Arcualus ^ ;^H M(7 '»/-■ ■HâAi Zool. T 1 PL. m ~T Ann des Scien nat 5* Scr;e Zool, T.I. PL rt'Hs^i _/■ 1.2 Cancer Deshayesn ,3 r-inrfr EdwardsiK Espèce nvMt.^ ) '■■ nn dos Scien nat 5* S' Zool T I.PLV, 1 Cancer Deshayesii . 2. C Dentalus (Espèce vivani. j 3 C , Edwardsii (Esp w > Zool.T.l.PL.Vl 1 . Cancer Sisraondcc i Paèuroides • Ann. des Scien nat V* Scrie Zool T 1 PL VU Cancer Sismonldœ . • Atl Afin i!(^K Scien nat 5*SéT-i f^. .^^^^n ( Lobocarcinus Paulmo-Wurlembcrei'nsis ^^HISTO^ '? ,i[i des Scien nal 5' Série 7k-... .' N 1 !, j^ J ,_ > . ^» 1 * 2. Lobocarcinus Pauline -Wurlumber^i lensis . 1 y^C^^^lfî A ,«? riff t~it /i^liy,'i>Aii^ J\ç-/3.t3 fitMfi/Hs/f Aif**.Xi /U,'A.i», /îyXI^^j c^.-f/..j>v,rf r A^V-W /^m/'ortt/, /