ANNALES DES SCIENCES NATURELLES TOME VI. ■ IMPRIME CHEZ PAUL RENOUARD, HUE G.VRANCrÈRE, N. 5. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA. BOTANIQUE, l'aNATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE COMPARÉES DES DEUX REGNES, ET L'HISTOIRE DES CORPS ORGANISÉS FOSSILES; RÉDIGÉES POUR LA ZOOLOGIE PAR MM. AUDOUIN ET MILNE EDWARDS , ET POUR LA BOTANIQUE PAR MM. AD. BRONGNIART ET CUILLEMIN- &mx(àt Bévit* TOME SIXIÈME. — ZOOLOGIE. PARIS. CROCHARD, LIBRAIRE-EDITEUR, PLACE DE l'école -DE -MÉDECINE, N. l3« 1836. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES PARTIE ZOOLOGIQUE. Recherches anatomiques , physiologiques et zoologiques sur les Eschares y Par M. H. Milne Edwards. CHAPITRE PREMIER. INTRODUCTION. Pour peu que l'on examine les coquilles, les plantes sous- marines et même les pierres qui abondent sur les bords de la mer, on ne tarde pas à remarquer à la surface d'un grand nombre de ces corps une sorte de croûte mince et rude que les pêcheurs appellent souvent une teigne, comme s'ils voulaient l'assimiler ainsi aux produits morbides des affections cutanées confondues par eux sous le même nom. Ces croûtes, de couleur terne, n'offrent pour celui qui les observe à l'œil nu que peu d'intérêt; mais vue* sous la loupe, elles changent d'aspect et excitant l'admiration, tant leur structure est délicate et élé- gante : les unes se présentent alors comme une fine dentelle dont le travail serait d'une régularité p irfaite et dont les mailles seraient remplies par une membrane plus fine encore; d'autres paraissent composées d'une multitude de petites cellules sail- 6 MiLNE edwards. -«• Sur les Eschares. lantes diversement réunies et ornées de stries, de pores ocellés ou de granulations miliaires; enfin, par leur forme et par leur disposition, elles varient presque à l'infini. Une structure semblable se voit aussi dans les touffes folia- cées que le filet ramène fréquemment du fond de la mer, et elle existe également dans diverses productions de consistance pier- reuse et d'un volume assez considérable, qui se trouvent fixées aux flancs des rochers sous-marins. Rondelet fut, à ce que nous croyons, le premier naturaliste qui, à l'époque de la renaissance, ait appelé l'attention sur un de ces corps singuliers. Dans son ouvrage sur les Poissons, il figura sous le nom dl Giroflade de mer\c Rétépore celluleux des auteurs mo- dernes, et le considéra comme pouvant bien être XEschara men- tionnée par Athénée; il le rangea parmi les Zoophytes, c'est-à- dire à la place qui lui appartient, mais il n'entra dans aucun dé- tail propre à étayer l'opinion qu'il semblait avoir sur la nature animale de ce produit de la mer. (i) Environ cinquante ans après, un Italien dont le nom est à juste titre célèbre, Imperato, étendit davantage nos connais- sances sur les êtr es qui nous occupent ici. Parmi les divers corps marins plus ou moins calcaires étudiés par ce naturaliste , et désignes de nos jours sous le nom commun de Polypiers , se trouve en effet, à côté du Rétépore, le Porus cervinus, qui n'est autre chose que TEschare cervicorne des classificateurs modernes. Imperato alla aussi plus loin que Rondelet sur la nature de ces êtres, car il leur reconnut les caractères de l'ani- malité. (2) Pendant le dix-septième et la première moitié du dix-huitième siècle, le nombre connu des corps ayant une structure analogue à celle des Polypiers dont il vient d'être question, s'accrut beau- coup ; mais ces observations nouvelles ne firent guère qu'aug- menter la superficie de la science sans l'approfondir, car, au lieu de suivre la route si heureusement ouverte par Rondelet et Tmperato, et de chercher de nouvelles lumières sur la nature (1) Libri dePiscibus marinis (i554 et 5.) Trad. française (i558) 2* partie, p. g3. (2) Historia naturale , p. 63o (Vejnise ? *$1*\ milne edwahds. — Sur les Eschares. 7 de ces êtres , on se contenta de noter leur existence, et on s'ac- corda généralement à les exclure du règne animal pour les ran- ger parmi les végétaux. Aussi est-ce dans les ouvrages de Clu- sius (i) , des deux Bauhins (a) , de Lobel (3), de Ray (4), de Mo- rison (5) de Tournefort (6), et des autres botanistes de cette époque, et non dans les traités de zoologie 4 , que sont consignées les notions imparfaites recueillies jusqu'alors sur l'histoire des Eschariens. Ce fut Bernard de Jussieu qui découvrit la nature véritable de ces êtres.Stimulé par les observations de Marsigli, qui avait signalé dans le corail des parties qu'il appelait des fleurs , et surtout par celles bien plus importantes de Peyssonell, qui avait reconnu - dans ces prétendues fleurs des animaux analogues aux actinies ou orties de mer, Bernard se rendit en 174* sur les côtes de la Normandie, pour observer à l'état vivant, a avec la loupe et le microscope », les diverses productions marines que ces parages pourraient lui offrir. Dans cette première excursion , il put déjà se convaincre de la vérité de l'opinion, encore contestée, de Peys- sonell, et constater l'existence de Polypes dans divers corps réputés jusqu'alors des végétaux ; mais avant que de publier le résultat de ses observations, il fit, l'année suivante, un second voyage sur les bords de la mer, et ce ne fut qu'en novembre 1742 qu'il communiqua ses découvertes à l'Académie des Sciences (7). Dans le mémoire qu'il présenta alors à cette société savante , on trouve la description et la figure de la Flustre foliacée des zoo- logistes d'aujourd'hui, et on apprend que chacune des mailles de ses expansions laraelleuses est une cellule renfermant un ani- mal dont l'extrémité antérieure est couronnée de tentacules dé- fi) Plantarum sivc stirpium lùstoria (157G.) (a) J. Bauhio, Historia plantarum vol. 3, p. 809. (iG5i.) G. BauhinPinax theatri botanici, p. 366 (1671.) (3 ) Exoticorum libri decem. lib. iv. p. 124. (i6o5.) (4) Synopsis methodica stirpium britannicarum, p. 4a. (1690.) (5) Plantarum liistoria* universalis oxoniensis, t. u. pi. 8. fig. 16 et 17 (1680^ (6) Institutiones rei berbaria;, t. 1. p. 568 (1700.) (7) Examen de quelques productions marines qui ont été mises au nombre des plantes et qui sont l'ouvrage d'une sorte d'insecte de mer, par Bernard de Jussieu, Mém, de .'Acad. des Se. 1 74» f p. 290. 8 aulne' edwards. •— Sur les Eschares. liés, et dont le corps, semblable à un petit ver blanchâtre , est un peu renflé au milieu et attaché au fond de sa loge par son extrémité postérieure. En examinant un autre animal de la même famille, cet habile observateur découvrit un canal intérieur com- muniquant au dehors par une ouverture buccale , et paraissant faire les fonctions d'un estomac; enfin il fit connaître les ani- maux de quelques autres productions marines, et il désigna tous ces êtres sous le nom commun de Polypes, pour rappeler l'analogie qu'ils présentent avec les Hydres ou Polypes d'eau douce, sur lesquels l'attention du public venait d'être fixée par les belles expériences de Tremblay. Peu de temps après, un naturaliste suédois, Loefling (1), étudia à l'état vivant une autre espèce de Flustre qui envahit la sur- face des Fucus de nos mers, et que Pallas a nommée Eschare ■pileuse. Il en observa les Polypes ; et vit le développement du bourgeon reproducteur qui naît à l'extrémité de la cellule de l'animal adulte et constitue bientôt une nouvelle cellule dans la- quelle apparaît un nouveau Polype; fait qui explique la dispo- sition sériale qu'affectent toujours ces animaux aggrégés. Vers la même époque, Eilis (2) publia sur les Polypiers en gé- néral, qu'il désigna sous le nom de Corallines, un ouvrage plein de faits nouveaux et enrichi de nombreuses planches d'une exactitude remarquable. A l'exemple de Ray, il les divisa en Co- raux, Corallines, Kératophy tes, Eschares, Éponges et Alcyons, et il consacra au genre dont nous nous occupons ici un chapitre dans lequel il donna la description et la figure de plusieurs espèces nouvelles; mais ce travail, si important pour la zoologie propre* ment dite, ne contribua que peu au perfectionnement des con- naissances que l'on possédait déjà sur l'organisation intérieure des Eschariens. Il en fut de même de XElenchus zoophytorum de Pallas, pu- blie en 1766. Le célèbre auteur de ce traité ex prqfesso sur les Polypes (3) résume de main de maître ce que Ton savait sur la (r) Der Schwedeslien akademie der Wissenscbaften abhandlungen, t. 14, p. 117 (i^aa.) (a) Essay lowards a Natural history of corallines, by J. Ellis. 1755. (8) Dans cet ouvrage il n'est guère question que des Polypes, car le groupe des Zoopbytes tel que Pallas l'admettait est loin de renfermer tous les animaux rayonnes désignés aujovd'hc : StïLiTE FDWARns. — Sur les Eschares. g nature des Eschares, et en décrit les formes extérieures avec une grande précision; mais il n'ajoute que peu à l'histoire anato- mique de ces petits êtres. Cependant les services qu'il rendit à cette branche de la zoophytologie ne consistent pas seule- ment à mieux caractériser les espèces déjà observées et à dé- crire des espèces nouvelles, il sut reconnaître les types princi- paux autour desquels les êtres qu'il avait à classer se groupent naturellement, et il porta dans leur distribution d'heureuses in- novations. Dans l'Elenchus , on trouve non-seulement le genre Esçhàre nettement défini et composé d'élémens homogènes, mais aussi, à la suite de cette division , un autre groupe dans lequel l'auteur réunit une foule de zoophytes qui présentent, comme nous le verrons dans un prochain mémoire, la même organisation indi- viduelle que ces Polypes, et qui, à raison de leur port, avaient cependant pour la plupart été confondus jusqu'alors avec les Sertulaires, dont la structure est cependant tout autre. Vers la fin du siècle dernier, Muller (r) et Othon Fabricius(2) fournirent quelques nouveaux matériaux pour l'histoire des Es- chares ou Flustres, nom nouveau que Linné avait déjà substitué au premier, et que la plupart des auteurs ont adopté. Un des meilleurs observateurs de cette époque , Cavolini , étudia sur le vivant plusieurs espèces d'Eschares, et signala l'a- nalogie qui existe entre les animaux de ces Polypiers et ceux des Millepores, mais toutefois sans indiquer aucune différence im- portante entre la structure de ces derniers et celle des Sertu- laires, etc. Il fait connaître pour quelques espèces le nombre de tentacules , et la disposition que prennent ces appendices lors- qu'ils rentrent dans la cellule; il signale l'existence d'une cavité tu- biforme qui descend de la bouche et sert d'estomac; enfin il parle d'une matière jaunâtre située au fond des cellules, et la consi- stais le même nom ; à l'exception des Brachions, qui n'appartiennent pas à ce type, il n'y admet que de véritables Polypes ou du moins des êlres que presque tous les zoologistes rangent en- core dans cttte classe. (i) Fauna Dauica. I. 111,(1789.) * (2) Fauaa Groenlandica, p. 434-4 3S. 10 milne edwards. — Sur les Eschares. (1ère comme pouvant être une espèce d'ovaire ; mais il n'ajoute rien de plus sur la conformation intérieure de ces petits êtres, (i) Un autre naturaliste ifalien dont le nom sera toujours cher aux physiologistes, Spallanzani, est souvent cité comme ayant puissamment contribué à 1 avancement de l'histoire des Eschares. On trouve en effet, dans la relation de son voyage en Sicile, des détails pleins d'intérêt sur un animal qu'il appelle ainsi (2); mais il est à remarquer que ce Polype, au lieu d'appartenir au genre Eschare ou au genre Flustre, tels que tous les auteurs systématiques circonscrivent ces groupes, se rapporte évidem- ment au genre Cellularia de Pallas ou Cellaria de Lamarck , et se rapproche des Eucratées et des Ménipées de Lamouroux et de M. de Blainville. (3) En i8o3, Mohl publia à Vienne une monographie des Es- chares (4), mais sans donner de nouveaux détails sur la structure intérieure de ces animaux; car il se borna à en étudier les dé- pouilles solides telles qu'on les voit conservées par dessiccation dans les cabine! s zoo logiques. On lui doit d'avoir décrit et figuré avec soin plusieurs espèces nouvelles ou mal observées, et d'a- voir signalé dans la conformation extérieure de ces Polypes quelques points importans à connaître, tels que l'existence d'une (1) Memorie pcr servîre alla storia de' Polypi marini , Prima e terza memorie. Naples, 1785. (2) Vinggialle due Sicilie, t. 4. p. 260. lab. x. fig. 9. Spallanzani donne à ce Polype le nom à'Escliara ramosa fop. cit. p. 244). Lamouroux le mentionne sous le nom àeFlustra italica (Hist. des Polypiers coralligènes flexibles, p. 1 1 1 .) (3) Voici du reste ce que Spallanzani a observé relativement à la structure de ce polype. Les cellules, qui sont réunies en séries linéaires et rameuses de manière à former une sorte de petit buisson touffu, présentent chacune une seule ouverture et renferment un Polype dont l'extrémité antérieure est couronnée de tentacules insérés autour d'une bouche centrale, pou- vant à la volonté de l'animal saillir au dehors ou rentrer dans sa loge. Ces tentacules qui, eu s'épanouissant figurent une cloche renversée, déterminent dans l'eau ambiante des courans et dirigent ainsi vers l'orifice buccal les corpuscules alimentaires suspendus dans ce liquide. La moindre commotion détermine la rentrée du Polype, et lorsqu'il est rentré dans sa cellule on l'aperçoit encore à travers les parois transparentes de cette cavité. Ses tentacules sont alors ras- semblés en un faisceau , et son corps est courbé en arc ; son extrémité postérieure ne paraît pas fixée au fond de sa loge ; enfin on le voit mourir pendant que de nouvelles cellules renfer- mant de jeunes Polypes, se développent et paraissent se fixer au sommet des anciennes cellules dont elles semblent naître par des espèces de bourgeons. (4) Eschara ex Zoophytorum sive Phytozoorum ordine pulcherrimum ac notata dignissimum genusuovis speciebus aucttim, methodice descriptum. br. in-4 . milnf. edwards. — Sur les Eschares. 1 1 sorte d'opercule servant à feYmer l'entrée de la cellule polypifère de la même manière que cela a lieu dans certains Miilepores , chez lesquels Cavolini avait déjà remarqué cette particularité. D'autres naturalistes, en étudiant les couches fossilifères de l'écorce du globe, acquirent la preuve de l'existence des ani- maux presque microscopiques dont nous nous occupons ici , à une époque bien antérieure à celle marquée par l'apparition de l'homme sur la terre. On reconnaît leurs dépouilles dans quel- ques fossiles de la craie de Maastricht, figurés par Faujas de Saint-Fond (i), et MM. Desmarets et Lestieur ont décrit, dans un mémoire spécial , plusieurs autres Eschares antédilu- viens, (a) Le nombre toujours croissant des espèces inscrites dans les catalogues de la zoologie sous le nom d'Eschare, ne tarda pas à faire sentir la nécessité d'établir dans ce groupe plusieurs sub- divisions génériques. Lamarck, qui a rendu de si grands services à la zoophytologie aussi bien qu'à la conchyliologie, entreprit cette tâche, mais ne fut pas toujours heureux dans le choix des caractères dont il fit usage pour l'établissement de ses divisions : prenant pour base de sa classification la consistance plus ou moins pierreuse et la conformation générale du Polypier, c'est-à-dire de la dépouille tégumentaire des Polypes, il ne pouvait en effet arriver à un ar- rangement naturel, car les différences que l'on rencontre dans la dureté de cette enveloppe et dans la manière dont les divers individus d'une même souche s'aggrègent , ne paraissent avoir que peu d'importance dans l'économie de ces petits êtres , et ne coïncident avec aucune modification constante dans leur struc- ture intérieure. Aussi, non-seulement il existe beaucoup de vague et d'arbitraire dans la délimitation de ses divisions géné- riques , mais encore les affinités naturelles les plus étroites sont souvent méconnues, et des êtres conformés d'après des types différens rassemblés dans le même groupe. Dans le système de Lamarck, la section des Polypiers à réseau correspond à-peu-près (i) Histoire naturelle de la montagne Saint-Pierre. (2) Bulletin de la Société Philomatique. t. 4. 13 (VIILJNE EDWARDS. • — SllV lûS Eschdl'eS. au genre Eschare de Pallas, et se divise en divers genres désignés sous les noms de Flustre, de Tubulifere y de Biscopore, de Celle' pore^Eschare , ^Adéone, de Rètèpore , & Alvéolite, à'Ocellaiie et de Dactylopore (i). Quant aux Cellulaires de Pallas, qui se lient de la manière la plus étroite aux Eschariens en général , Lamarck les relégua dans la section des Polypiers vaginif ormes où elles se trouvent enclavées entre les Sertulaires, les Plumu- laires, etc. , qui appartiennent à un autre type organique, et les Dich otomaires, qui ne diffèrent pas essentiellement des Coral- lines, et doivent prendre place dans le règne végétal. Malgré les défauts que nous venons de signaler, le travail de Lamarck ne laissa pas que d'être très utile aux progrès de la branche de la zoologie dont nous nous occupons ici, car il montra combien sont nombreux et variés les petits êtres con- fondus avant lui sous le nom commun d'Eschare, et il fixa sur eux i'atteution des naturalistes. Du reste, il n'étudia que la dé-* pouille desséchée de ces Polypes, et par conséquent il ne put rien découvrir de nouveau touchant leur structure intérieure. Pendant que Lamarck préparait le grand ouvrage dont le se- cond volume est consacré aux Polypes, Lamouroux s'occupait du même sujet , et fit paraître à Caen un traité spécial sur les Polypiers coralligènes flexibles. D'après la date de la présenta- tion de son manuscrit à l'Institut, on pourrait même lui attri- buer l'antériorité sur Lamarck, et penser que ce dernier savant, nommé par l'Académie des Sciences commissaire pour l'examen du mémoire de Lamouroux, avait profité de cette circonstance pour s'approprier les résultats obtenus par ce zoologiste. Un auteur récent semble porté à croire que les choses se sont pas- sées de la sorte; mais les traditions du Muséum prouvent qu'il n'en est rien, et je me plais a rendre ici toute justice à la con- duite de Lamarck. En effet, M. Valenciennes , qui était alors at- taché à >.amarck en qualité d'aide-naturaliste, m'a assuré que depuis long-temps toutes les divisions génériques établies par ce professeur dans la classe des Polypiers se trouvaient indiquées dans la collection publique du Muséum, et que pour faciliter le (i / Bistoùo des animaux sans vertèbres, t, a (t8i6.) miltîe kdw\rds. — Sur les Eschares. ï3 travail de Lamouroux sur le même sujet , Lamarck avait mis gé- néreusement à sa disposition toutes les richesses de cet établis- sement déjà dénommées et classées par ses soins. Du reste, la méthode adoptée par Lamouroux et développée dans ses deux principaux ouvrages, est encore moins naturelle que celle de Lamarck, car, divisant toute la classe des Polypes d'après la flexibilité ou la rigidité complète du Polypier, il sépare les Eschares de Pallas en deux groupes placés, l'un dans la sec- tion qui renferme les Cellaires, les Sertulaires, les Gorgones, etc., l'autre dans celle qui comprend les Millépores et les Madrépores. Il augmenta le nombre des espèces connues , mais se borna à l'étude des parties solides desséchées , et ne dit presque rien des animaux qui les habitent ; toutefois ce qu'il avait pu apercevoir de l'organisation de ces Polypes le porta à croire qu'ils étaient beaucoup plus compliqués dans leur composition qu'on ne le pen- sait généralement. « A la vérité, dit-il, le sac alimentaire n'a qu'une « seule ouverture , mais la variété des parties qu'offrent ces pe- « tits êtres est telle , qu'on y découvrira , en les étudiant , des « organes destinés à diverses fonctions vitales subordonnées à « l'organisation générale (i). » Du reste, il n'en donne aucune description anatomique. Cuvier, dans son immense travail sur la distribution du règne animal fondée sur l'organisation, semble s'être contenté, pour les Polypes , des observations faites par ses prédécesseurs , et n'évita pas les imperfections que nous venons de signaler dans les systèmes de Lamarck et de Lamouroux. Il n'ajouta rien à ce que l'on savait déjà sur la structure intérieure des Eschariens et se borna à les comparer aux Hydres , c'est-à-dire aux Polypes les plus simples que l'on connaisse, h) M. de Blainville , dans l'article Flustre du Dictionnaire des Sciences naturelles, après avoir [rapporté les observations de Spallanzani sur les Polypes , rangés à tort dans ce genre , ajoute en parlant des cellules : « Il paraîtrait certain que quelques es- « pèces offrent deux ouvertures , ce qui pourrait faire croire (i) Hist. des Polypiers coralligènes flex. p. 100. (a) Règne animal, première édition, t. 4, p. 74. i4 milne Edwards. — Sur les Eschares. « que le canal intestinal de l'animal en a autant, et que, par « conséquent, il doit être placé plus haut que les véritables Po- « lypes , et peut être rapproché des animaux qu'on a nommés « Alcyons à double ouverture , c'est-à-dire des Ascidies , ce qui « est encore au moins fort hasardé » (i). Nous verrons bientôt que cette prévision ne tarda pas à être vérifiée , et cependant il n'existe aucun rapport entre la seconde ouverture de la cellule et la terminaison anale de l'intestin. En 1827, M. Grant, à qui l'on doit des observations si inté- ressantes sur les Éponges , publia à Edimbourg un mémoire très important sur la structure et la reproduction de la Flustra car- basea et de la Flustra foliacea{\). Cet habile anatomiste, après avoir fait connaître la conformation extérieure de leurs cellules, étudie la structure intérieure de ces Polypes , décrit les cils vi- bratiles dont leurs tentacules sont garnis , leur cavité digestive recourbée sur elle-même, et un organe particulier appendu à l'extrémité de cet appareil ; enfin il suit le développement des germes reproducteurs qui apparaissent d'abord sur la face in- terne de la paroi postérieure de la cellule, et qui, devenus libres, sortent de ces loges, nagent dans le liquide ambiant, puis se fixent sur quelque corps sous-marin et se transforment en autant d'animaux sédentaires semblables à leurs parens , et pouvant aussi se multiplier par de simples bourgeons. Revenu depuis peu d'un voyage sur les bords de la Méditer- ranée, où je m'étais livré à l'étude des Polypes qui vivent dans cette mer, je ne connaissais pas encore le travail de M. Grant, lorsqu'en 1828 je me rendis aux îles Chausay avec M. Audouin, pour y poursuivre nos recherches anatomiques et zoologiques commencées à Granville deux ans auparavant. Pendant cette ex* cursion, nous nous sommes occupés aussi de l'organisation des Flustres , et, tout en observant de notre côté les faits anato- miques déjà constatés par M. Grant , nous avons fait un pas de plus. En effet, nous nous sommes assurés que la cavité diges- tive des Flustres n'est pas un cul-de-sac ne communiquant au (1) Dict. des Sciences naturelles, t. 17, p. 178. Paris 1820. (2) Observations ofon the structure and nature 0/ Flustra:, £dinburgb, now Philosoplucal 'ournal, vol. 3, p, 107. milne edwards. ■ — Sur les Eschares. l5 dehors que par la bouche, ainsi que le pensaient M. Grant et les autres naturalistes, mais bien un tube s'ouvrant au dehors par ses deux extrémités et recourbé sur lui-même comme celui des Ascidies. Ce fait, que nous avons communiqué à l'Académie des Scien- ces en septembre 1828 (1), nous parut devoir changer les idées généralement reçues sur les affinités naturelles de ces animaux avec les autres zoophytes, et acquérir encore plus d'intérêt par la découverte que nous fimes en même temps, d'un mode d'or- ganisation analogue chez d'autres animalcules marins rangés jusqu'alors parmi les Vorticelles ou les Hydres. Jusqu'à l'époque dont je viens de parler, on n'avait classé les Polypes que d'après la considération de leur dépouille solide; et en effet ce que l'on savait de leur organisation intérieure de- vait paraître insuffisant pour sepvir de guide dans une distri- bution méthodique de ces petits êtres. Mais, profitant des ob- servations que nous avions eu l'occasion de faire sur la structure de ces zoophytes , et de celles dont la science avait été enrichie par d'autres zoologistes , nous avons cherché à poser les bases anatomiques de c?tte classification naturelle et nous avons pro- posé de distribuer les animaux de la classe des Polypes en quatre groupes principaux. L'une de ces familles comprenait les éponges et les autres corps d'une structure analogue qui semblent jouir d'un premier degré d'animalité sans présenter cependant aucune trace de Po- lypes proprement dits. Une seconde division était formée par les Polypes, soit nus, soit à polypiers, dont la cavité digestive ne communique direc- tement au dehors que par une seule ouverture et a la forme d'un cul-de-sac creusé dans la substance même du corps , c'est- à-dire par les Hydres, les Sertulaires, etc. Une troisième famille se composait des Polypes dont le corps est creusé d'une grande cavité au milieu de laquelle est suspendu un tube alimentaire membraneux communiquant au dehors par (t) Résumé des Recherches sur les animaux sans vertèbres faites aux îles Cliaussay, par MM. Audouin et Milue Edwards. Annales des Scieuces naturelles, 1. 15. i6 milne euwards." — ■ Sur les Eschares. une seule ouverture ; les Alcyons à polypes , les Gorgones, les Pennatules et tous les Polypes actiniformes se rapportaient a. ce type. Enfin notre quatrième famille renfermait les Flustres et les autres Polypes dont le canal digestif communique au dehors par deux ouvertures distinctes et dont l'organisation se rapproche de celle des Ascidies composées. Ce premier essai d'une classification naturelle des Polypes fon- dée sur l'organisation de ces animaux ne fut pas adopté par les zoologistes. M. Cuvier, dans la seconde édition du règne animal, publiée en i83o, continua à distribuer ceszoopbytes d'après la confor- mation générale de leur Polypier et rangea encore les Flustres entre les Sertulaires etlesCorallines, tandis que les Eschares dont la structure diffère à peine de celle de ces Flustres, se trouvaient relégués dans la tribu des L^Jiophytes à la suite des Coraux et des Madrépores, (i) M. de Blainville adopta dans son article zoophyte du Diction- naire des Sciences naturelles publié en i83oetdans son Manuel d'actinologie publié en 1834, une marche qui me paraît pré- férable. En effet, il chercha les bases de sa classification dans la structure intime du Polypier plutôt que dans la forme géné- rale de cette dépouille solide, ce qui est nécessairement plus en rapport avec le mode d'organisation des animaux eux-mêmes. Ce serait m'éloigner de mon sujet que de m'étendre davantage sur la méthode de ce naturaliste , etj je me bornerai à rap- peler qu'il a réuni dans deux familles de sa classe des Po- lypiaires tous les Polypiers composés de cellules polypifères et dépourvus d'une tige commune. Du reste M. de Blainville n'a pas cru nécessaire de s'arrêter aux faits que nous avions con- statés touchant l'anatomie des Flustres et semble même douter (i) En mentionnant en note les rapports que nous avions signalés entre les Flustres et les Ascidies, Cuvier semble penser que certains de ces polypiers sont habités par de véritables Ascidies et d'autres par des polypes hydriformes ; il fonde cette dernière supposition sur des observations de MM. Quoy et Gaymard, et ajoute qu'il sera important de savoir quelles espèces appartien- nent à l'une ou à l'autre de ces catégories. ( Voyez Règne animal deuxième édition , t. 3. p. 3o3.) MILNE EDWARDS; SllT ÏCS EscliarCS. t*J encore de l'existence d'un anus distinct chez ces animanx , car il n'en parle que dans les termes snivans : « Dans la classe des Polypiaires proprement dits (c'est-à-dire « les Millépores, les Flustres , les Eschares, les Sertulaires, etc.), « la disposition du canal intestinal est assez peu connue : s'il « fallait en juger d'après les Hydres, ce ne serait qu'un enfonce- « ment assez profond , occupant une grande partie de la lon- « gueur du corps et sans plis ou lamelles, et dont la surface est « tellement semblable à l'extérieure que Tune peut remplacer « l'autre par retournement comme l'a montré Tremblay; mais « il n'y a peut-être que ce genre qui offre cette particularité. Il « est même à remarquer que dans les Flustres, les Eschares et « les Ceîlaires, l'appareil digestif parait être plus complexe que « dans les autres genres, en ce qu'on a remarqué une sorte d'es- « tomac distinct de l'intestin proprement dit qui se recourbe « en avant, et qui paraît même se terminer à l'extérieur par « un orifice anal; du moins dans les Eschares on a pu le « croire. » (i) Le mode d'organisation que nous avions fait connaître dans les Flustres ne tarda cependant pas à être observé par M. Delle- Chiaje sur une autre espèce du même genre rapportée par cet anatomiste à la division des Cellépores et décrite dans le troisième volume de son ouvrage sur les animaux sans vertèbres de Na- ples. (2) Dans ces derniers temps M. Ehrenberg , qui paraît ne pas avoir eu connaissance de ce que M. Audouin et moi avons pu- blié sur la structure et la classification des Polypes, est arrivé à un résultat analogue. En effet il prend pour base de son système l'existence d'une seule ou de deux ouvertures au canal digestif des Polypes, et divise de la sorte ces animaux en deux groupes principaux auxquels il donne les noms de Bryozoaires et d'An- thozoaires (3). Or, notre quatrième famille, celle qui a pour type (1) Manuel d'Aclinologie , p. yt. Paris i834. (a) Memorie su la storia e notomia dcgli animal! senza vertèbre del Rcgno di Napoli. (3) Beitrage zur physiologisclten Kenntniss der Corallenthiere im allgcmeinen undbesonders des Rothen Mecres, nebsteinen Versucke zur pliysioiogischen systemattk derselben. VI. Zoor.. — Juillet. a 18 milne edwards. — Sur les Eschares. les Flustres, est évidemment la même division que la section des Bryozoaires de M. Ehrenberg. (i) Tel était l'état de la science en ce qui concerne les Eschares lorsque, voulant poursuivre mes recherches sur les Polypes en général, je me suis rendu de nouveau sur les bords de la Médi- terranée. Pendant que je faisais ce voyage , un micrographe anglais , M. Lister, publia sur ces zoophytes un mémoire très intéressant dans lequel, sans avoir connaissance de notre travail antérieur sur les Flustres, il confirme pleinement les faits que nous avions constatés touchant l'existence dune ouverture anale et l'analo- gie qui se remarque entre la structure de ces animaux et celle des Ascidies composées (2). M. Lister mentionne aussi un petit polype nu, très voisin de l'un de ceux que nous avions dit res- sembler par leur organisation aux Flustres, et il ajoute que, d'a- près leur conformation intérieure, les Anguinaires et les Tibia- nes doivent appartenir à la même famille; mais nous verrons par la suite que c'est à tort qu'il désigne sous ce dernier nom le Polype auquel se rapportent ses observations. D'après les détails dans lesquels je suis entré en esquissant les progrès de l'histoire des Eschariens, on a pu voir que l'or- ganisation des Flustres diffère beaucoup de celle des Sertula- riens, des Alcyoniens et des Zoanthaires , et constitue un type distinct. Par analogie on est porté à croire que les autres Poly- pes dont la dépouille solide ressemble à celle des Flustres doi- vent présenter une structure semblable; mais on ne sait encore que peu de choses à cet égard, et on ignore si, parmi les Polypes dont la conformation extérieure est différente, il existe des exem- ples d'une pareille organisation intérieure. Les recherches dont je vais rendre compte dans les chapitres suivans rempliront une partie de ces lacunes, et me parais- sent de nature à jeter quelques lumières sur la physiologie (1) N'ayant pas assigné de nom particulier à cette division de la classe de Polypes nous adopterons celui employé par M. Ehrenberg. (2) Some observations on the structure and fonctions of Tahular and Cellular Polype and of 'Ascidja. Philosophical transactions, 1 834» part. 2. miliïe Edwards. — Sur les Eschares. 19 aussi bien que sur l'anatomie et l'histoire zoologique de ces ani- maux. CHAPITRE II4 1 DES ESCHARES PROPREMENT DITS. 1° DES ESrÈCES RÉCENTES. § I. De l'Eschare cervicorne. (1) ( Planche i et planche a, figure i. )! Lamarck, comme nous l'avons déjà dit, divisa les Eschares de Pallas en plusieurs genres, et réserva à l'un de ses groupes le nom qui leur était d'abord commun à tous. Les zoologistes ont généralement adopté cette division, mais ne s'accordent pas sur les limites qu'il convient d'assigner au genre Eschare ainsi restreint, ni sur ses caractères essentiels. Avant que d'avoir étudié la valeur des particularités de structure offertes par ces Polypes, la discussion de ces questions serait prématurée; nous ne nous y arrêterons donc pas pour le moment, et nous nous bornerons à rappeler que tous les auteurs les plus récens, quelle que soit leur opinion à cet égard, rangent dans la division géné- rique des Eschares l'espèce dont nous allons nous occuper. Ce zoophyte, dont Imperato a donné une figure sous le nom de Porus cervinus _, est \ Eschare cervicorne des zoologistes mo- dernes; il habite la Méditerranée et, en suivant la pêche des co- railleurs devant le cap Falcon, à l'ouest d'Oran, je m'en suis pro- curé plusieurs échantillons à l'état vivant. Ce polypier, comme on le sait, est tout-à-fait pierreux et formé de branches aplaties qui lui donnent quelque ressemblance (1) Synonymes: Poro ccrvino Imperati Historia naturale, p. C3o (Veniie i5?a.) r- Ijonanni Muséum Kircherianum p, a 8G, fig. i3 (Uome 1709). Il serait hien possible que 3o hhltve eowards. — Sur les Eschares. avec le bois d'un cerf ( i ) ; il se trouve fixé par sa base aux rochers sous-marins, et n'offre dans nos collections qu'une teinte blanchâtre; mais à l'état frais il est de couleur rouge, tirant lin peu sur l'orangé. Une multitude de petites cellules disposées par séries longitu- dinales , alternes et réunies dos à dos sur deux plans, constituent ce polypier; leur forme est à-peu-près elliptique, et leur surface extérieure est toute couverte de petites granulations microsco- piques. (2) Lorsqu'on laisse bien en repos dans de l'eau de mer un frag- ment de cet Eschare vivant, et qu'on l'observe à la loupe, on ne tarde pas à voir sortir d'une ouverture située vers l'extrémité antérieure de chaque cellule, un faisceau de tentacules longs et déliés, qui d'abord droits, se recourbent bientôt en dehors, cette figure, ainsi que celle d'Imperati ait été faite d'après un petit échantillon de l'Eschare à handelettes, mais elle ressemble davantage à l'espèce à laquelle nous le rapportons. Parus cervinus minor Marsigli: Histoire physique de la mer (i5a5), p. 63, pi. 6; fig. a3 et a4 ; le Polypier figuré ici a le port de l'Eschare cervicorne, mais dans la portion de branche grossie, il semble y avoir beaucoup plus d'ouvertures qu'on n'en trouve dans cette espèce. Millepora cervinus EllisandSolauder. Natural history of many curious and uncommon -Zoo- phytes (1786), p. 252. Millepora corvicornis Pallas. Elenchus Zoophytorum, p. 252. Eschara cervicornis Lamarck. Hist. nat. desanim. sans vertèbres i re édit. t. 2. p. 176 et 2 e édit. t. 2, p. 269. — Lamouroux. Encyclopédie méthodique, Zoophytes, p. 374. — De Blainville. Diction, des Sciences naturelles, t. i5, p. 297 et Manuel d'actinologie , p. 428. D'autres espèces ont été souvent confondues avec celle-ci : Le Porus cervinus Imperati de Marsigli (Hist. de la mer) est un Flustre. Le Polypier que Bernard de Jussieu rapporte au Porus cervinus (mem. de l'Acad. 1742, p. 299), est le Flustre foliacé. Le Porus cervinus d'Ellis, (Essai sur les Corallines pi. 3o, fig. b.) est l'Eschare à bande- lettes. M. Fleming a décrit aussi sous le nom de Cellepora cervicornis (British animais, p. 532) un Polypier qu'il a trouvé sur les côtes de l'Ecosse, et qu'il considère comme identique avec le Porus cervinus d'Imperati, etc.-, mais d'après l'inspection d'un échantillon qu'il a envoyé sous ce nom au Musée de York, nous ne doutons pas que ce ne soit une espèce tout-à-fait distincte et même un véritable Cellépore plutôt qu'un Eschare. Il est probable que le Porus cervinus figuré par Borlase (natural history of Cornwall. pi. 24, fig. 7) appartient à l'espèce de Cellépore dont il vient d'être question. (1) PL 1, fig. r. (2) Pi. 1 , fig. i a , montrant ces cellules grossies , et fig. 1 f , montrant la section transver- sale d'une branche formée par leur réunion sur deux plans. milne EDWARDS. — Sur les Eschares* ai. vers le bout surtout, et représentent ainsi une espèce de cloche renversée. Leur nombre normal paraît être de 16, mais varie un peu; leur diamètre est sensiblement le même dans toute leur longueur, et lorsqu'ils sont étendus, ils présentent une appa- rence très singulière: on les croirait garnis de chaque côté d'une rangée de petites perles qui rouleraient sur elles-mêmes à la suite les unes des autres, depuis la base de l'appendice jus- qu'à sa pointe, et de là à sa base, en montant d'un côté et en des» cendant de l'autre. Ce mouvement , qui a évidemment beaucoup d'analogie avec celui qui se voit chez un grand nombre d'animal- cules infusoires et notamment chez les Rotifères, avait déjà été remarqué par M. Grant dans la Flustra carbasea et la Flustra foliacea (1); M. Audouin et moi l'avions également observé dans une autre espèce du même genre, et, comme nous le verrons par la suite , il paraît exister dans toute la famille des Eschariens, tandis que les Sertulariens et les Alcyoniens ne le présentent pas. Il était naturel de penser qu'il dépendait de l'existence d'une rangée de cils vibratiles très fins qui, en décrivant avec une rapi- dite extrême des cercles égaux, produiraient sur notre rétine l'impression d'autant de sphères en rotation; c'est en effet l'ex- plication que l'on donne généralement des mouvemens vibratiles observés à la surface du corps d'un grand nombre d'animaux aquatiques; mais tous les naturalistes ne l'admettent pas, et M. Raspail, en la combattant, affirme que jamais on n'a vu ces pré- tendus cils à l'état de repos (i), et révoque en doute leur exis- tence. Suivant lui, cette illusion d'optique serait produite par la différence qui existerait entre la densité de l'eau exhalée par l'animal et celle du liquide ambiant; un autre observateur l'at- tribue à la séparation de l'air dissous dans l'eau. (2) Dans l'Eschare que nous étudions ici et dans les Flustres, de même que dans beaucoup d'autres Polypes dont nous parlerons par la suite, nous ne pouvons conserver aucun doute sur l'exis- tence d'une frange marginale dont le jeu produit ce mouvement (1) Histoire naturelle de PAlcyonclle fluviatile. Mémoires de la Société d'Histoire naturelle de Paris, t. 4. p. i3iet i3a. (a) Voyez Recherches sur l'anatomie et la physiologie des Polypiers composés d'eau douce par M. Uumortier. Bulletin de l'Académie royale des Sciences de Bruxelles j i835, n. 12. iH milne edwards. *— Sur les Eschares. vibratoire, car nous avons eu maintes fois l'occasion de le voir en repos, et elle nous a paru alors composée de petits appen- dices filiformes rangés côte à côte, (i) La couronne de tentacules dont je viens de parler, s'insère à l'extrémité d'une sorte de trompe, qui elle-même est renfermée dans une gaine cylindrique et rétractile. Les Polypes sur lesquels je faisais ces observations ayant bien- tôt cessé des'étendre complètement, je n'ai pu distinguer à tra- vers cette gaine la position du tube alimentaire, ni celle de l'ouverture anale que, par analogie, je devais supposer y exister. J'eus par conséquent recours à la dissection pour continuer l'examen de ces petits êtres , et après avoir ouvert quelques cel- lules, je fis sortir les parties molles cachées dans l'intérieur de ces loges. Je me suis assuré de la sorte que du pourtour de l'ouverture de la cellule naît une gaîne membraneuse de forme cylindrique qui égale en longueur les tentacules contractés, et les renferme lorsque l'animal se retire dans sa loge (2). Ces appendices, ainsi rentrés, ne sont pas recourbés sur eux-mêmes, comme cela se voit chez les Sertulaires , les Alcyons, etc. , mais parfaitement droits, et réunis en un faisceau dont la longueur est cependant beaucoup moindre que celle de ces mêmes organes lorsqu'ils se déploient en forme de cloche. Par l'extrémité opposée à celle fixée au pourtour de l'ou- verture de la cellule, cette gaine tentaculaire se continue avec un tube assez large dont les parois sont d'une mollesse et d'une délicatesse extrême (3). Vers ce point on voit aussi de chaque côté (1) M. Dutrochet qui a fait, il y a déjà plusieurs années, des observations encore inédites sur ce phénomène chez divers Polypes d'eau douce, pense que l'espèce de frange qui l'occa- sionne ne se compose pas de ûlaraens, mais d'une membrane continue et plissée dont les mou- vemens seraient ondulatoires ; or, comme une bordure plissée pourrait facilement offrir le même aspect qu'une rangée de cils serrés les uns contre les autres, il serait peut-être nécessaire de soumettre ces appendices à de nouvelles observations , avant que de se prononcer définitive- ment sur leur conformation; mais toujours est-il que le mouvement vibratoire en question ré- sulte de l'action d'une bordure mobile et non de l'exhalation ou de l'absorption dont la surface des tentacules peut être le siège. Du reste, nous sommes persuadés que crtle bordure est divisée en lanières ou cil c (2] PI. i, fig. ■■ b gaîne tentaculaire. (3) PI. i, fig. ;« et id. milne edtmards. — Sur les Eschares. a3 un faisceau de fibres qui se portent en bas et en dehors, pour aller s'insérer sur les parois latérales de la cellule (i). Ces fibres paraissent striées en travers, et sont évidemment dénature musculaire; leur usage n'est pas douteux: lorsque l'animal veut s'étendre, la gaine membraneuse dont nous venons de parler se renverse en dehors comme un doigt de gant, en même temps que les tentacules s'avancent; les faisceaux musculaires se trou- vent alors entre le tube alimentaire et la gaine ainsi renversée, et en se contractant ils doivent faire rentrer le tout dans l'intérieur de la cellule. On pourra donc appeler ces faisceaux contractiles les muscles rétracteurs de la gaine tentaculaire, et il ne sera pas inutile de leur donner un nom particulier, car bientôt nous aurons à parler d'autres faisceaux de même nature dont les usa- ges sont différens, et dont il faudra par conséquent les distinguer. La première portion du tube alimentaire est renflée et beau- coup plus large que le reste; elle forme une espèce de chambre dans laquelle l'eau, mise en mouvement par les cils vibratiles des tentacules, paraît circuler librement. Ses parois sont d'une tex- ture très délicate; la membrane molle qui les forme est froncée et m'a paru creusée de plusieurs canaux longitudinaux réunis par de petits vaisseaux transverses ; mais je n'oserais affirmer que cette disposition dont quelques autres Polypes de la même famille m'ont offert des exemples bien nets, existe réellement ici. Au dessous de cette première cavité , le tube alimentaire se rétrécit, mais aussitôt se renfle de nouveau, et présente dans ce point un certain nombre d'appendices filiformes qui paraissent être libres et flotter dans l'intérieur de la cellule. A cette se- conde cavité succède un conduit étroit qui débouche bientôt dans une troisième dilatation du canal alimentaire; celle-ci varie un peu dans sa forme, mais est ordinairement presque sphérique. Il en part une espèce d'intestin assez gros qui ne tarde pas à se recourber sur lui-même et à s'accoler à un or- gane de texture molle et membraneuse qui a la forme d'un cœ- cum , et qui paraît se continuer supérieurement avec le canal digestif. Celui-ci continue à se diriger vers la partie supérieure (i) PI. i, fig. i', s . a4 milne edwards. — Sur les Eschares. de la cellule, et va enfin se terminer par une ouverture anale distincte, à la face supérieure de la gaîne tentaculaire. D'après la position de l'anus, on voit que cet orifice ne peut communiquer avec l'extérieur que lorsque le Polype s'é- tend hors de sa cellule, et que c'est la même ouverture de cette loge qui livre passage aux deux extrémités du tube alimentaire. Cette ouverture commune , dont la forme, comme nous le verrons bientôt, varie avec l'âge, est fermée par un opercule qui se termine par un bord semi-circulaire libre (i) et qui a déjà été signalé par M. de Blainville. Deux faisceaux musculaires, que nous nommerons les muscles abaisseurs de l'opercule , s'in- sèrent à la face interne de cette espèce de valvule, par l'inter- médiaire de deux filamens analogues à des tendons. Par leur ex- trémité inférieure qui est très élargie, ils vont s'insérer aux parois de la cellule, et lorsque, par l'effet de son élasticité, l'o- percule s'est renversée et a laissé béante l'entrée de la loge, ils la ramènent contre les bords de cette ouverture , comme une porte dans son chambranle. Nous avons vu plus haut que l'extrémité supérieure de la gaîne tentaculaire s'insère au pourtour de l'ouverture commune de la cellule; il était intéressant d'examiner la nature de cette connexion, et d'étudier la structure de cette espèce de loge. Les auteurs s'accordent généralement à admettre que la cel- lule de l'Eschare , comme les autres portions pierreuses des Po- lypiers, ne fait point partie de l'animal, mais est le produit d'une exsudation de matière calcaire qui se moule sur la surface de la membrane dont elle suinte, et constitue ainsi une espèce de croûte analogue à une coquille. Lamarck pose en principe que tous les Polypiers se forment ainsi (2) ; M. Cuvier professa une opinion semblable et compara le développement de ces corps à celui de l'ivoire des d.nts(3); Lamouroux alla même plus loin, car il décrivit la manière dont les cellules sont produites :« Ces loges, dit-il, sont d'abord ta- (1) PI. i,'fig. i 6 et i«" . (2) Hist. des animaux sans vertèbres, t. 2. p. 69, etc. (3) Piègne animal deuxième édition, t. 3, p. 298. mu .ne ldwakds. — Sur les Kschares, a5 pissées intérieurement par une membrane analogue au manteau des Mollusques qui se dessèche aussitôt que le Polype cesse de croître, et alors celui-ci n'adhère plus au bord de la cellule, mais y est fixé plus ou moins profondément au moyen d'une membrane particulière (i). Enfin, M. de Blainville, tout en adoptant des idées différentes sur le mode de formation des Po- lypiers lamelleux, dont les parties constituantes se déposeraient, suivant lui, dans les mailles du tissu du Polype (2), admet l'opi- nion de Lamarck en ce qui concerne les Eschares. (3) Les belles expériences de Cavolini sur les Gorgones prouvent en effet que dans certains cas, sinon toujours, la partie solide du Polypier, celle qui constitue l'espèce de squelette, soit inté- rieur, soit extérieur, destinée à protéger les parties molles des Polypes, est le produit d'une simple exsudation qui se fait à la surface des tissus vivans et non dans leur profondeur, et qui, en se solidifiant, se moule sur cette même surface, sans avoir dans sa structure rien d'organisé. La comparaison par laquelle M. Cuvier assimile le mode de production des Polypiers à celui de l'ivoire des dents, est par conséquent parfaitement juste pour certains Polypes; mais l'est-elle également pour tous les ani- maux de cette classe, et surtout pour les Eschares dont l'histoire nous occupe ici? Si les cellules pierreuses des Eschares se formaient de la sorte par l'exsudation d'une matière calcaire qui se moulerait sur la surface delà membrane sécrétante, il est évident que la première couche formée ainsi devrait être la plus extérieure , et que l'addition de nouvelles quantités de cette matière terreuse ne pourrait qu'augmenter l'épaisseur des parois de la loge, et mo- difier la disposition de sa cavité intérieure, sans changer en rien la configuration extérieure de la lame primitivement formée; °t ici la coque solide enveloppe L'animal en entier, et n'est pas (1) Lamouroux article cellule de l'Encyclopédie méthodique ; Dictionnaire des Vers et Zoo- phyles, p. 18 H. (■3) Manuel d'actinologie, p. 3ao. de Polypier du Dictionnaire des Sciences naturelles, t. 4 a, p. 572. Dans son Manuel u - .oye, M. de Blainville ne se prononce pas sur le mode de formation des Polypiers à cellules. a6 milne EDWARDsi — Sur les Eschares. débordée par l'organe sécréteur , comme chez les Mollusques gastéropodes, dont la coquille change de forme avec l'âge, parce que le dépôt de matières nouvelles ayant lieu sur le bord de la portion déjà consolidée, l'allonge continuellement et peut se mouler sur des parties molles dont la configura- tion change. Pour jeter quelque lumière sur le mode de formation et sur la nature des cellules de nos Eschares, il devenait par conséquent intéressant d'examiner ces loges à différens âges, et de voir si leur forme extérieure changeait ou demeurait toujours la même. Cette étude, indispensable pour l'histoire anatomique et physio- logique de ces petits êtres, pouvait conduire aussi à des con- naissances utiles pour la zoologie proprement dite et pour la géologie ; car la détermination des espèces, tant récentes que fossiles, repose principalement sur les caractères fournis par ces cellules : et on ignore encore si elles peuvent ou non être mo- difiées par les progrès de l'âge. Cet examen peut se faire plus facilement qu'on ne le croirait au premier abord ; car il n'exige pas l'observation du même in- dividu, à divers degrés de son développement, ni la collection d'une série d'échantillons choisis de manière à représenter tou- tes les'phases par lesquelles ces petits êtres passent successive- ment. En effet, puisque ces Polypes naissent les uns des autres, et ne se séparent pas de leurs parens, chaque Polypier doit pré- senter une longue suite de générations enchaînées les unes aux autres, et dans chacune de ces séries, l'âge relatif des individus vivans doit être indiqué par le fait même de la place qu'ils occu- pent. Pour résoudre la question que nous nous étions posée, il suffirait par conséquent d'étudier comparativement les cellules situées vers la base du Polypier, dans sa partie moyenne, dans les jeunes branches, et à l'extrémité de celles-ci; car nous nous sommes assurés que ce n'est pas seulement dans ce dernier point que l'on trouve des Polypes vivans, comme l'avancent quelques auteurs , mais qu'il en existe dans presque toute l'é- tendue du Polypier. En examinant de la sorte, avec un grossissement suffisant, les cellules de l'Eschare cervicorne , je ne tardai pas à me con- milite fdwards. •— Sur les Eschares. 27 vaincre que le mode de développement de ces loges pierreuses n'est pas celui généralement admis. En effet, j'ai vu que non-seulement la conformation générale des cellules change avec l'âge, mais aussi que ces changemens s'opèrent en grande partie dans la surface extérieure, c'est-à-dire dans la portion de leurs parois, qui, dans l'hypothèse de leur formation par couches superposées, devrait exister dès le prin- cipe, et, une fois consolidée, ne plus changer, à moins que ce ne soit par l'effet de frottemens accidentels. Dans les jeunes cellules dont les parois, quoique minces, ont cependant déjà acquis une consistance tout-à-fait pierreuse, la surface extérieure est très bombée, de façon que ces loges sont bien distinctes entre elles , et les bords de leur ouverture sont aussi fort saillans(i) ; mais par les progrès de l'âge, leur aspect change : leur surface libre s'élève de manière à dépasser le ni- veau des bords de cette ouverture, et à effacer les dépressions profondes qui marquaient leurs limites respectives. Il en résulte que les cellules cessent d'être distinctes et même reconnaissa- bles au-dehors, et que le Polypier semble être formé d'une masse pierreuse, parfaitement continue dans la substance de la- quelle seraient creusés des trous légèrement évasés, et disposés en quinconce. (2) Or, des différences de cette nature ne pourraient se produire par la simple juxta-position de nouvelles couches calcaires, au- dessous de celles primitivement formées ; car les parties molles de Fanimal, les seules qui pourraient être le siège d'une sécré- tion de cette matière calcaire , ne s'étendent pas sur la surface qui se modifie de la sorte, et la position des cellules ainsi im- mergées dans la masse en apparence commune du Polypier, est souvent telle qu'on ne peut attribuer leur changement de forme à une usure déterminée par le frottement des corps étran- gers. Il nous paraît évident que ces faits indiquent, au contraire, la présence de la vie dans la substance dont se composent les pa- (I) PI. I,fig.l\ (a) PI. 1, fi S . x* a8 miljve edwards. — Sur les Eschares. rois mêmes de ces cellules, et ne peuvent s'expliquer que par l'existence d'un mouvement nutritif, semblable à celui qui amène dans la configuration de nos os des modifications ana- logues. Afin de mieux connaître la nature de ces cellules, j'ai soumis à l'action de l'acide nitrique étendu d'eau, un fragment du Poly- pier récemment retiré de la mer. Une vive effervescence se ma- nifesta aussitôt, et au bout de quelques instans les cellules, de- venues flexibles, se laissèrent séparer entre elles. Avant de les attaquer ainsi, on ne voyait sur la paroi interne de ces loges au- cune membrane distincte; et lorsque l'acide nitrique eut détruit tout le carbonate calcaire dont dépendait leur rigidité , ces mêmes parois existaient encore et n'avaient pas beaucoup cbangé de forme : seulement elles n'étaient plus formées que par une membrane molle et épaisse, qui constituait un sac dans l'inté- rieur duquel on apercevait l'appareil digestif du Polype (i). L'ou- verture de ce sac n'était plus découpée comme elle le paraissait, quand le tissu de la membrane tégumentaire était épaissi par le dépôt pierreux dont on venait de le débarrasser, et cette mem- brane se continuait sans interruption avec la gaîne tentacu- laire. On voit donc que chez les Eschares, la cellule dans laquelle on dit que le Polype se retire comme dans une coquille, est une partie intégrante de l'animal lui-même, dans laquelle il se cache comme le Hérisson rentre en quelque sorte dans la peau épineuse de son dos. Ce n'est pas une croûte calcaire qui se moulerait sur la surface de son corps, mais une portion de la membrane tégu- mentaire générale, de la peau du Polype, qui par un dépôt mo- léculaire de matières terreuses dans les mailles de son tissu, s'ossifie comme les cartilages des animaux supérieurs s'ossifient sans cesser d'être le siège d'un mouvement nutritif. On voit aussi que ce que l'on désigne généralement comme étant le corps de ces Polypes, n'en constitue dans la réalité qu'une petite portion, et ne consiste guère que dans l'appareil digestif, et probablement respiratoire, de ces petits animaux. (0 H.i,£g.t', milne Edwards. — Sur les Eschcires. 29 Le sac tégumentaire, débarrassé de sod carbonate de chaux, m'a semblé formé d'une membrane tomenteuse, recouverte en dehors surtout, d'une multitude de filamens cylindriques, dispo- sés perpendiculairement à la surface, et serrés les uns contre les autres. C'est dans les interstices laissés entre ces fibres, que le dépôt calcaire paraît s'opérer en majeure partie; car si l'on examine au microscope une coupe transversale du Polypier dans son état naturel, on y distingue encore une conformation ana- logue : la paroi externe des cellules n'est pas composée de cou- ches superposées, mais bien de cylindres ou de prismes irrégu- liers, rangés perpendiculairement à sa surface. (1) Quant à l'opercule qui sert à fermer l'entrée de la cellule té- gumentaire de l'Eschare, lorsque l'animal s'y est caché en en- tier, ce n'est autre chose qu'un repli labial de ce qu'on pourrait appeler la peau du Polype, repli saillant dont la portion margi- nale acquiert une consistance cornée, tandis que dans le point où il se continue avec la portion de l'enveloppe générale, en quelque sorte ossifiée, il conserve assez de mollesse pour demeu- rer flexible et obéir à l'action des muscles, dont les tendons s'in- sèrent dans son épaisseur. Les changemens que nous avons indiqués plus haut dans la conformation extérieure des cellules de nos Eschares ne sont pas les seuls amenés par les progrès de l'âge dans les tégumens pier- reux de ces petits zoophy tes. La forme de leur ouverture se modi- fie considérablement, comme on peut le voir par les figures dont ce Mémoire est accompagné (2); l'espèce d'échancrure située au- dessous de l'opercule, et occupée par une membrane, disparaît peu-à-peu, et leur cavité intérieure se remplit au point de n'oc- cuper plus qu'environ le quart de leur diamètre. Cet épaississe- ment change même un peu la forme générale du Polypier; car il est plus considérable dans les cellules situées le plus loin des bords des branches, d'où il résulte que celles-ci, d'abord tout-à- fait aplaties, deviennent de plus en plus cylindriques. Enfin, ce n'est pas sans surprise que nous avons vu ces mêmes cellules, (1) VLi.fig. jU (1) PI. 1, fig. i*, i'',i/', 1*, il et 1?. 3o milne edwards. — Sur les Eschares. lorsqu'elles sont arrivées à une vieillesse extrême, perdre l'ou- verture par laquelle le Polype faisait saillir ses tentacules et se fermer complètement. En effet, les bords de cette ouverture, se renflant de plus en plus, viennent enfin à se toucher et à se sou- der de manière à ne plus laisser de trace de son existence, et à clore complètement la petite cavité intérieure qui se retrouvre encore vers l'axe du Polypier, (i) Ainsi donc, le dernier indice extérieur de l'existence indivi- duelle de ces Polypes agrégés, finit par disparaître avant que la vie ne se soit éteinte dans leur intérieur, et le caractère le plus remarquable du Polypier se perd sans retour. Pour peu que l'on réfléchisse sur le fait que nous venons de signaler, on est naturellement conduit à se demander comment la nutrition nécessaire à l'entretien du travail sécrétoire dont dépendent les progrès de l'ossification , peut se continuer lors- que la cellule renfermant l'appareil digestif de l'animal se bou- che de la sorte. Est-ce de ses voisins qu'il reçoit les matières récrémentitielles , ou bien peut-il continuer à les absorber direc- tement du dehors à travers ces tégumens pierreux? La nature de cette coque solide semble au premier abord devoir opposer de grands obstacles à l'imbibition, surtout à celle qui aurait lieu par la surface libre du polypier; mais une expérience qui est, pour ainsi dire, la contre-partie de celle dont il a été ques- tion ci-dessus, montre qu'il en est autrement. En faisant bouillir un fragment de la dépouille solide de notre Eschare dans une dissolution de potasse caustique, j'en ai ex- trait la majeure partie des substances dont se compose la portion organisée de son tissu, et j'ai vu alors l'aspect du polypier chan- ger considérablement. La paroi extérieure des cellules était devenue d'une texture presque spongieuse , et sa surface , au lieu d'être simplement granuleuse, présentait un grand nombre de pores bien distincts, lesquels étaient auparavant cachés par les parties molles dont ils étaient remplis. (2) On comprend donc que le tissu organisé des vieux Polypes (1) M. »,fig. t. (a) PI. 1 , Cg. 1 ». milne edwards. — Sur les Eschares. 3l se trouvant à nu dans divers points delà surface extérieure des cellules, l'absorption peut continuer à s'effectuer directement du dehors, lors même que l'ouverture par laquelle t les matières alimentaires pénètrent d'ordinaire dans la cavité digestive se trouve obstruée. Du reste , l'étude du mode de développement de plusieurs autres Polypes nous fournira de nouvelles preuves de la persis- tance de la vie chez ces animaux agrégés lorsque l'appareil di- gestif est bouché ou même atrophié. En résumant les faits anatomiques exposés ci-dessus, on voit que chacun de nos Polypes se compose d'une membrane tégu- mentaire en forme de sac, dont la majeure partie s'ossifie pour constituer une espèce de cellule, et dont la portion supérieure, restée molle, se reploie en dedans comme une gaîne pour les ten- tacules, ou se renverse en dehors comme la trompe d'une Anné- lide , suivant que l'animal se contracte ou s'étend. A. l'extrémité de cette dernière portion de l'enveloppe extérieure se trouvent les tentacules, la bouche et l'anus; le tube alimentaire recourbé sur lui-même et ouvert par ses deux extrémités, y est appendu, et les muscles destinés à le mettre en mouvement y sont fixés. (1) D'autres muscles s'insèrent au repli de la membrane tégumen- taire qui constitue l'opercule, et à l'extrémité de l'anse intesti- nale se trouve un organe spongieux dont le volume varie beau- coup, et dont les usages ne nous sont pas connus, mais se rap- portent probablement à la reproduction. Il n'existe donc rien de rayonné dans la conformation de ces animaux, si ce n'est dans la couronne tentaculaire dont leur bouche est entourée; la majeure partie de leurs organes sont au contraire disposés symétriquement des deux côtés de la ligne médiane, et leur mode d'organisation montre évidemment une grande analogie avec celui propre aux Ascidies composées. Quant au polypier, il est formé tout entier par l'assemblage et la soudure intime de la portion tégumentaire solide des divers Polypes qui le constituent, et il ne paraît présenter aucune partie (i) Voyez la coujie théorique, pi. a, fig. i 3a milne edwards. — Sur les Eschares,, réellement commune à toute cette suite de générations agrégées: chaque cellule formée par l'enveloppe dermoïde de ces Polypes est complète, et si on a cru que ces cavités n'étaient séparées entre elles que par une cloison simple et commune, c'est qu'on n'avait pas cherché à les séparer par les moyens convenables. D'après les faits que nous venons d'exposer, on doit aussi se refuser à admettre que ce Polypier croît par le développement de Polypes nouveaux sur une espèce de lame commune et géné- ratrice, ainsi que le suppose un naturaliste célèbre (3). Les cho- ses doivent se passer ici comme dans les Caténicelles observés par Spallanzani, et dans les Flustres étudiés par M. Grant , c'est- à-dire que le sommet de l'enveloppe tégumentaire de chaque Polype doit donner naissance à un bourgeon qui, en se déve- loppant, constituera un Polype nouveau, lequel restera adhé- rent à sa mère, et se soudera aussi à ses voisins. § II. De VEschare grêle. (i) (Planche a, figure 2.) De tous les Polypiers que j'ai eu l'occasion d'examiner, l'es- pèce qui, par son aspect général, se rapproche le plus de l'Es- chare cervicorne, est celle désignée par Lamarck sous le nom VEschare grêle', elle en a le port, et, examinée à l'oeil nu, ne paraît en différer que par ses branches plus arrondies (2), mais vue au microscope, elle s'en éloigne davantage, car les cellules tégumentaires sont d'une autre forme. Ces loges sont à peine bombées et peu distinctes entre elles, même dans les branches (1) Êschara grac'rfls Lamarck. Hist. des animaux sans vertèbres, t. 2, p. 176, et 2 e édit. , t. 2 , p. 268. n. 6. Lamouroux. Encyclopédie méthodique, Dict. desZooph. p. 37^. Blainville. Manuel d'actinologie, p. 4.28. C'est à tort que Lamarck rapporte à cette espèce le Millepora lenella figurée par Esper (Pflanzinlhiere. Millep. tab. xx; ce Polypier n'appartient pas même au genre Eschare. Le Cellepora ligulata d'Esper (Op. cit. Cellep. pi. 8) me paraît avoir beaucoup d'analogie avecl'Eschare grêle; mais la figure que cet auteur en a donnée est trop grossière pour qu'il soit possible d'avoir à ce sujet une opinion bien arrêtée. (ï\ Pi. 2 , fig. 2. milne fdw ATtns. — Sur les Eschares. 33 les plus jeunes. Leur ouverture est aussi moins saillante que chez l'Eschare cervicorne, et au lieu d'avoir la forme d'un ellip- soïde étranglé vers le milieu, elle est toujours circulaire (i). Il est également à noter que la forme générale de l'enveloppe so- lide de ces Polypes n'est pas tout-à-fait la même que dans l'espèce précédente; les cellules sont plus courtes et plus larges, aussi l'espace qui sépare l'ouverture de deux de ces loges, placées l'une au-dessus de l'autre, est-il, en général, moindre que l'espace compris entre deux ouvertures placées sur une même ligne transversale, tandis que, dans l'Eschare cervicorne, la pre- mière de ces mesures l'emporte ordinairement de moitié sur la seconde. Mais ce qui distingue surtout l'Eschare grêle de l'espèce précédente, c'est l'existence d'uneseconde ouverture occupant la ligne médiane de la paroi antérieure de chaque cellule et située à peu de distance au-dessous de celle que traversent les tenta- cules des Polypes. On peut comparer cette ouverture accessoire à l'échancrure qui, chez l'Eschare cervicorne, occupe la moitié inférieure de l'ouverture principale au-dessous de l'opercule, et paraît remplie par une membrane; mais leur position et leur conformation sont cependant très différentes. Une particularité semblable avait déjà, depuis long-temps, été signalée par Moll dans quelques autres espèces réunies par cet auteur sous le même nom générique, et M. de Blainville a pensé que cette ouverture accessoire pourrait bien correspondre à un anus. Mais nous ne pouvons partager cette opinion, car nous verrons par la suite que le nombre de ces ouvertures accessoires est quelquefois plus considérable, ce qui s'accorderait mal avec les usages que cet auteur leur suppose; et du reste chez l'Eschare cervicorne comme chez tous les autres Polypes d'une organisa- tion analogue dont nous avons pu faire l'anatomie, l'intestin se termine sur le coté de la gaine tentaculaire opposé à celui qui avoisine le trou en question. Il nous paraît bien plus probable que cette ouverture acces- soire se rattache à la fonction de la respiration. Des Polypes ap- partenant au même type d'organisation que les Eschares mon- VI. Zooi.. — Juillet. 34 miIne edwards.— Siu* les Eschares. trent souvent dans leur cavité viscérale , c'est-à-dire entre leur tube alimentaire et leur enveloppe cutanée , un liquide aqueux en mouvement. Dans le Zoophyte que nous étudions, cette ca- vité paraît devoir communiquer directement avec le dehors par l'ouverture en question et, par conséquent, il est à présumer que l'eau ambiante doity pénétrer assez librement, et, en baignant les parties molles du Polype, servir à sa respiration, de même que l'eau dont se remplissent les canaux aquifères de divers Mollus- ques et Zoophytes doit concourir à opérer l'oxigénation du suc nourricier de ces animaux. L'Eschare grêle m'a offert aussi de nouvelles preuves des mo- difications que l'âge peut apporter dans la conformation des tégumens osseux de ces petits animaux. En effet l'ouverture ac- cessoire sous-labiale qui est assez grande et bien apparente dans les jeunes branches, devient très difficile à distinguer et quel- quefois semble même disparaître complètement dans les parties les plus vieilles du Polypier. En examinant cet Eschare j'ai été frappé par un autre fait qui ne me paraît pas sans importance : c'est l'existence d'un certain nombre de jeunes cellules semblables en tout à celles dont elles étaient environnées, si ce n'est qu'elles étaient fermées de toutes parts. On sait que chez les Flustres, le bourgeon qui doit former un nouveau Polype a d'abord la forme d'un sac tout-à-fait clos, et que c'est lorsque la portion viscérale de l'animal et les tentacu- les sont déjà visibles dans son intérieur, que l'ouverture desti- née à livrer passage à ces appendices se forme dans la paroi antérieure de cette enveloppe. Il en est probablement de même ici, et d'après la position des cellules fermées, qui se trouvent près de l'extrémité des branches, en apparence les plus jeunes, je suis porté à croire que ces loges anomales sont des Polypes dont le développement a été ralenti ou arrêté. Mais s'il en est ainsi, il faudrait admettre que cet arrêt de développement n'a pas empêché ces animaux incomplets de produire chacun un bour- geon reproducteur, et de donner ainsi naissance à de nouveaux individus plus parfaits qu'eux; car dans plusieurs points j'ai trouvé une de ces cellules sans ouverture, suivie de plusieurs milne edwards. — Sur les Eschares. 35 autres ayant la forme normale et appartenant à la même série linéaire que la première. N'ayant observé que le Polypier desséché, je n'ose émettre une opinion arrêtée sur ce point; mais si les choses se sont réel- lement passées comme je le présume, ce serait un fait bien cu- rieux pour la physiologie, que de voir un Polype en quelque sorte embryonnaire, ou une espèce de monstre, donner nais- sance à des individus d'une structure normale, et transmettre à sa progéniture la configuration propre à sa race, mais dont lui- même était privé. L'échantillon que j'ai étudié est un de ceux qui ont été éti- quetés de la main de Lamarck, et qui sont conservés dans les collections du Muséum ; j'en dois la communication à l'obli- geance de M. Valenciennes. On ignore la patrie de cet Eschare. § III. De V Eschare hiehénoide. (i) ( Planche a , figure 3. ) Le Polypier découvert par Péron et Lesueur, et décrit par Lamarck sous le nom ft Eschare lichènoide, est subarbores- cent comme les deux espèces précédentes, et ne s'en distingue au premier abord que par des caractères peu importans, tels que la forme plus aplatie et plus grêle de ses branches, et les fré- quentes anastomoses résultant de leur soudure (a). Mais ici encore la loupe fait apercevoir d'autres particularités, parm lesquelles la plus saillante est la petitesse des animaux dont l'a grégation constitue ces expansioins rameuses. Les cellules de l'Eschare lichénoïde n'ont, en effet, qu 'envi- Ci) Eschora lichenoides Lamarck. Hist. des Animaux sans Vertèbres, t. a , p, 176, et a e édit. t. a, p. 168. — Lamouroux. Encyclopédie méthodique. Zoophytes, p. 375; — Cuvicr. Règne animal, a e édit. t. 3. p. 3iC. * — De Blainville. Manuel d'Aclinologie , p. 428. Le Polypier figuré par Seba (Thés. t. 3. tab. 100. fig. 10) n'appartient pas à cette espèee, 1 comme le pensait Lamarck, mais est probablement le Fluslre bombycine. (a) Pi. a, %. 3» a. 3. 36 milne edwàrds. — Sur les Eschares. ron la moitié de la dimension de celles de l'Eschare cervicorne et de l'Eschare grêle. Mais quelle valeur pouvons-nous attacher à des différences de cette nature qui tantôt sont employées par les zoologistes comme caractères spécifiques, et d'autres fois sont considérées comme dépendant seulement des circonstances dans lesquelles s'est fait le développement des individus qui les pré- sentent. Chez les animaux dont la croissance est lente, et dont les for- mes ne varient pas assez avec l'âge pour indiquer la période de la vie à laquelle ils sont parvenus, la considération du volume du corps ne fournit d'ordinaire que des caractères peu sûrs pour la distinction des espèces: mais lorsqu'on est certain de pou- voir reconnaître les individus adultes de ceux dont la croissance n'est pas terminée, on peut souvent y avoir recours avec con- fiance, car jusqu'ici on n'a pas remarqué que la taille des ani- maux inférieurs soit notablement modifiée par l'influence des circonstances extérieures , au milieu desquelles leur développe- ment s'effectue. Ainsi, pour la plupart des Crustacés, ce caractère serait mauvais ; mais pour les Insectes il peut être très utile ; et sous ce rapport, les Eschares et la plupart des Polypes agrégés me paraissent ressembler aux Insectes; car le développement de ces zoophytes est si rapide, qu'on n'en surprend que bien peu dont la croissance ne soit pas achevée; et du reste ceux qui occupent le bord extrême du Polypier sont les seuls qui puissent être dans ce cas, et tous les autres, d'après leur position même , ont dû. nécessairement avoir déjà reproduit par bourgeons de nou- veaux individus, et sont évidemment adultes. Si l'Eschare lichénoïde ne se distinguait de l'Eschare cervi- corne que par la différence que nous venons de signaler dans la grandeur des cellules, nous n'hésiterions donc pas à le consi- dérer comme étant une espèce particulière, tandis que des va- riations de taille dans l'ensemble du Polypier ne nous paraissent avoir aucune importance, car elles ne dépendent que du nombre d'individus réunis en une seule masse. Du reste, l'Eschare lichénoïde diffère aussi des espèces précé- dentes par d'autres caractères tirés également de la conforma- MiLNis jîdwards. — Sur les Eschares. 3y tion individuelle des Polypes. L'ouverture des cellules est ovalaire transversalement, et son bord inférieur est souvent un peu avancé vers le milieu (i). Dans les jeunes branches, ces loges sont, en général, bien nettement séparées par un sillon et sont d'une forme hexagonale; leur surface externe, assez lisse, s'élève graduellement comme un cône surbaissé et forme , à quelque distance en arrière de l'ouverture principale, une pointe mé- diane qui ne tarde pas à se perforer et à se transformer en un trou accessoire analogue à celui que nous avons déjà signalé dans l'Eschare grêle (2). Par les progrès de l'âge, la partie anté- rieure de la cellule se renfle et devient ovoïde, tandis que pos- térieurement ses limites cessent d'être distinctes (3). Enfin , on voit se développer, sur le côté de chaque cellule, près de l'ou- verture principale , un tubercule dont le sommet arrondi est oc- cupé par une substance d'apparence cornée (4) ; en général, les cel- lules ne portent qu'un seul de ces appendices, mais quelquefois on en trouve deux situés, l'un à droite, l'autre à gauche de l'ou- verture (5); quelquefois aussi on en voit se former dans d'autres parties de l'enveloppe solide de ces Polypes. Du reste, ces tu- bercules ne conservent pas la forme que nous venons d'indiquer; en grossissant, ils s'allongent obliquement et deviennent à-peu- près pyriformes; le point, d'apparence cornée, qui en occupait le sommet, s'allonge de la même manière et constitue une espèce de lanière plus ou moins triangulaire qui s'étend sur la face externe de ces prolongemens calcaires depuis leur base jusqu'à leur pointe (6). Enfin, on voit ces mêmes appendices, lorsqu'ils ont acquis encore plus de longueur, constituer une espèce de dent pointue et oblongue qui s'avance comme une épine au- (1) Pl.a,fig.3«;£. (a) Pl.a,fig.3* ; *. (3) PI. a , fig. 31» et 3c. (4) PI. a, fig. Je, 6\ (5) PI. *,fig.3 e ;: 38 milne edwards. — Sur les Eschares. dessus de la cellule voisine (i), et qui ressemble alors beaucoup à ce que Moll a figuré chez quelques autres Eschariens. (2) Le développement de ces appendices, sur la surface d'une lame de consistance pierreuse, comme celle dont se composent les parois des cellules de notre Polypier, est une nouvelle preuve à l'appui de ce que nous avons déjà dit touchant la nature de ces cellules, car on ne peut l'expliquer qu'en admettant que les parois de ces cellules sont des parties vivantes et non un simple dépôt de matière inerte. Dans l'échantillon desséché soumis à notre examen, nous n'avons pas pu suivre davantage les changemens qui surviennent dans ces appendices pendant leur croissance, et nous n'avons rien vu qui nous ait éclairé sur leur nature et leur usage; mais en observant une autre espèce d'Eschare dont il sera bientôt question, nous avons été plus heureux. § IV. De VEschare foliacé. (3) (Planche 3, figure t.) Le Polypier auquel les naturalistes ont donné les noms d'Es- chare foliacé, d'Eschare bouffant, de Cellépore lamelieuse, etc., diffère beaucoup des espèces précédentes par son port, mais y (ï) PI. a, fig. 3 ,;£'". (a) Voyez YEschara vulqaris et VEschara radiata de Moll. op. cit. pi. 3 , fig. io, et pi. 4, fig. 17. (3) Eschara foliacea, millepora, lapidea, etc. Ellis. Essai sur l'histoire des Corallines, p. 86, pi. 3o, n. 3, fig. a, A. P.. C. Eschara foliacea Borlase, Natural history of Cormvall ,pl. 24» fig- 6. Cellepora lamcllosa Esper. Planzenthiere, t. 1. p. 2 54. Cellep. tab. vi. Eschara foliacea Lamarck. Hist. nat. des anim. sans vert. , t. a, p., et a e éd # , t. a , p. 266. — Lamouroux. Exposit. méthod. des Polypiers, p. 40; Eûcyclop. méthod., Zooph., p. 374. — Schweigger Handbuch der naturgeschiehte , p. 43 1. — Cuvier. Règne animal, t. 3, p. 3 16. — Blaiuville. Dict. des Se. nat. , t. i5, p. 396, et Man. d'actinologie, p. 428. Eschara retiforrnis Fleming, British animais, p. 53i. VEschara f as cialis var. B. de Pallas ( Eleu. p. 44 ) et de Moll. (op. cit. , p. 33, pi. 1, fig. 2), me paraît se rapporter plutôt à l'espèce suivante qu'à celle-ci; mais du reste elles ont été tou- jours confondues. '■ MiLNifi edwards. — Sur les Eschares. 3g ressemble extrêmement par la conformation individuelle des animaux dont la réunion le constitue. La disposition de l'ensemble de ce Polypier est bien connue et nous n'avons rien à ajouter à ce qui en a été dit par Ellis, Pallas, Moll , Lamouroux et les autres naturalistes qui nous ont précédé dans l'étude des Zoophytes. Le double plan de cellules agrégées commun à tous les Eschares , forme ici de larges ex- pansions lamelleuses qui s'élèvent, comme on le sait, d'une ma- nière irrégulière et venant à se rencontrer se soudent entre elles et constituent une masse caverneuse et légère. (1) Le mode de croissance de l'Eschare foliacé est, comme on le voit, très différent de ce qui existe chez l'Eschare cervicorne et les autres espèces simplement rameuses, dont chaque branche conserve partout à-peu-près la même largeur et ne s'accroît qu'en longueur, tandis qu'ici les lames celluleuses s'étendent latérale- ment autant qu'en avant. Cette différence paraît tenir à ce que dans l'Eschare cervi- corne et les autres espèces dont le port est analogue , chaque Polype ne produit à son extrémité antérieure qu'un seul bour- geon, à moins que ce ne soit dans le point où se forme une nou- velle branche, et alors plusieurs de ces animaux placés près les uns des autres donnent chacun naissance à deux jeunes d'où résulte un changement si brusque dans la direction des séries longitudinales que celles-ci ne tardent pas à se séparer et à dé- terminer ainsi une bifurcation dans la masse commune. Chez l'Eschare foliacé, au contraire, on voit très souvent une cellule porter à son extrémité antérieure deux cellules plus jeunes et il en résulte une divergence sans cesse renaissante dans la di- rection des séries longitudinales formées par ces Polypes agré- gés et une tendance à l'extension du Polypier dans le sens laté- ral aussi bien que dans le sens longitudinal. La disposition générale du Polypier peut donc être considérée ici comme étant indicative de la tendance unipare ou geminipare des Polypes dont il se compose, et doit par conséquent acquérir aux yeux du naturaliste plus d'importance que ne peuvent en (i)Pl.3,fig.i. 4o MILNE EDWARDS.— Sut' les Eschai'eS. avoir une multitude d'autres variations de formes qui ne parais- sent liées à aucune des grandes fonctions de l'économie. La conformation individuelle de ces Polypes agrégés paraît être essentiellement la même que celle des espèces précédentes ; mais on remarque néanmoins dans leur dépouille solide des par- ticularités caractéristiques. La comparaison des cellules de di- vers âges nous fournira aussi de nouveaux exemples des chan- gemens qui s'opèrent successivement clans la forme extérieure de ces loges de consistance pierreuse. La forme générale de ces cellules est d'abord à-peu-près ovoïde, mais par les progrès de l'âge elle se rapproche peu-à-peu de celle d'un ovoïde ou d'un losange dont les angles seraient tronqués (i). Leur ouverture est située beaucoup plus près de leur extrémité antérieure que dans toutes les espèces précédentes; le bord anté- rieur de cet orifice finit même par se confondre entièrement avec la base de la cellule suivante. Son pourtour n'est jamais saillant, comme chez l'Eschare cervicorne, et semble s'enfoncer de plus en plus à mesure que l'animal vieillit, changement qui dépend de l'épaississement de la partie voisine de la paroi de la cellule. Excepté dans la vieillesse extrême sa forme est celle d'une ellipse tronquée postérieurement; on n'y voit pasd'échan- crure labiale, et il existe d'ordinaire sur son bord postérieur qui est droit un petit tubercule souvent perforé à son sommet. Enfin dans la dernière période de la vie cette ouverture devient circulaire, se rétrécit de plus en plus, se change quelquefois en une simple fente et finit par s'oblitérer complètement (2). La surface externe des cellules présente aussi des changemens re- marquables : elle est d'abord peu bombée et incomplètement ossifiée : le dépôt de matière calcaire se fait principalement dans la ligne de soudure des cellules entre elles et rayonne en quel- que sorte de cette espèce de cadre vers le centre où il laisse un grand nombre d'espaces membraneux qui ressemblent à des pores (3); par les progrès de ïàge l'ossification devient complète (1) PI. 3, fig. i* , r et i f . (a) PI. 3, fig. 1 a. a. (3) PI. 3,%. i«. MiLNii edwâkds. — Sur les Kschares. [\\ vers la circonférence de la cellule , et fait disparaître peu à-peu l'espèce de bordure qui s'y voyait dans le principe (i); enfin la paroi antérieure de la cellule se boursoufle en quelque sorte et finit par constituer une masse poreuse, épaisse qui déborde de toutes parts le niveau primitif de l'ouverture, et donne ainsi à l'ensemble du Polypier un aspect tout-à-fait différent de celui qu'il avait dans le jeune âge. (2) J'ai trouvé sur la côte d'Alger un petit Polypier qui me paraît être une simple variété de l'Escbare foliacé, mais qui diffère ce- pendant notablement des échantillons de cette dernière espèce trouvés sur notre littoral. Sa forme générale était celle d'une lame arrondie sur les bords et fixée sur des tiges de fucus (3), dis- position qui ne doit pas s'éloigner de celle des Eschares foliacés lorsqu'une nouvelle colonie de ces petits zoophytes agrégés commence à se développer. La forme individuelle des cellules était aussi la même que dans le Polypier dont nous venons de donner la description (4); mais les parois de ces loges, même des plus jeunes, étaient d'un tissu bien plus compacte et plus pier- reux. Cette différence était même si grande que j'aurais été porté à considérer cet Eschare d'Alger comme une espèce distincte , si je n'avais pensé qu'elle pourrait bien dépendre seulement de l'influence du climat. En effet, c'est dans les mers des pays chauds qu'on trouve presque tous les Polypiers pierreux ; dans les pa- rages plus septentrionaux , tels que les bords de la Manche, ils ne contiennent que fort peu de carbonate de chaux et dans la plupart des espèces du Nord que j'ai eu l'occasion d'examiner les parties ordinairement calcaires étaient presque membraneu- ses. A la vérité cette comparaison , ne portant que sur des espè- ces différentes entre elles , ne prouve pas que l'abondance plus ou moins grandes du dépôt moléculaire de carbonate de chaux dans le tissu de ces animaux soit réellement dépendante de la température et des autres circonstances extérieures sous l'in- fluence desquelles ces êtres ont vécu; mais la généralité de cette (1) PI. 3,fig.i>. <«) pi. 3, fig. 1 .. (3) PI. 3, fig. U. (4) PI. 3, fig. R /j2 milwe edwards. — Sur les Eschctres. coïncidence doit nécessairement nous porter à y voir des rap- ports de cause et d'effets. Si les observations ultérieures mon- trent qu'effectivement l'élévation de la température tend à acti- ver la sécrétion de matière calcaire dans l'intérieur de ces Zoo- phytes, ou ne s'étonnera plus de l'abondance extrême des Poly- piers pierreux même à des latitudes très élevées, dans des couches de Técorce du globe dont la formation remonte à une époque à laquelle la chaleur terrestre était plus considérable que de nos jours. L'Eschare foliacé habite cQmme on le sait nos mers et s'y trouve à des profondeurs assez grandes. § V. De l'Eschare bidenté, (i) (Planche 3, fig. a et a«.) Parmi les Polypiers du Muséum du Jardin du Roi réunis par Lamarck sous le nom d'Eschare foliacé, j'en ai trouvé un qui ne diffère pas de l'espèce précédente par son aspect et sa confor- mation générale, mais qui s'en distingue par la forme de l'ou- verture des cellules et qui m'a paru devoir être considéré comme une espèce particulière. Dans les vieilles cellules cette ouver- ture a la forme d'un ovale tronqué inférieurement et ne pré- sente rien de remarquable (2), mais dans celles d'un âge moins avancé, on voit de chaque côté une dent qui s'avance plus ou moins au devant de cet orifice et lui donne l'aspect d'un trè- fle (3). Ce Polypier m'a présenté aussi des traces bien distinctes de l'existence de ces vésicules gemmifères qu'on avait déjà ob- servées à la partie antérieure des cellules de plusieurs Eschariens, mais dont les espèces que nous venons de passer en revue pa- raissent être privées. C'est à l'espèce dont nous nous occupons ici que nous paraît appartenir l'Eschare décrit par Moll (4) comme étant l'Eschare (r) Eschara bidentata nob. (2) PI. 3 , fig. 2. (3) PI. 3, fig. 2a. (4) Op. cit. p. 33, pi. I, fig. 2. Mir.NE edwards. — Sur les Eschares. 43 foliacé et réuni par cet auteur, ainsi que par son prédécesseur Pal- las (i), à l'Eschare à bandelettes, car dans celui-ci la forme de l'ouverture est à-peu-près la même que celle que nous venons de décrire ; et c'est peut-être ce qui a porté ces naturalistes à re- garder ces deux Polypiers comme de simples variétés d'une même espèce. § VI. De VEschare à bandelettes. (2) (Planche 4» fig- i.) L'Eschare à bandelettes est extrêmement voisine de l'espèce précédente. Ainsi qu'on pourra le voir par les figures qui accom- pagnent ce mémoire, la forme des cellules et de leur ouverture est presque entièrement la même (3); on ne remarque aussi rien de particulier dans les dimensions de ces loges calcaires, mais leur mode d'agrégation est caractéristique et trop constant pour ne pas être considéré comme indicateur d'une différence spécifique. En effet, l'Eschare à bandelettes tient en quelque sorte le milieu en ire l'Eschare cervicorne et l'Eschare foliacé ou l'Eschare bidenté; ses cellules se réunissent de manière à former des lanières allongées, irrégulières et ramifiées (4), qui sont toujours beaucoup plus larges que les branches de l'Eschare cervicorne, sans jamais s'étendre latéralement, comme les ex- pansions lamelleuses de l'Eschare foliacé, et cette disposition ne paraît pas dépendre de l'âge, car j'ai vu un échantillon de ce Polypier ayant près dun pied de diamètre, et offrant (j) Elenchus, p. 44* (a) Ponts cervinus Ellis. Hist. nat. des Corallines, p. 87, pi. 3o, fig. b. Millepora lœnialls Ellis and Solander. Nat. Hist. ofZoopb. p. i33. Eschara fascialis Pallas. Elenchus, p. 4a. — Mol! Eschara, p. 3o, pi. 1, fig. 1. — Lamarck. Hist. nat.desanim. sans vertèbres, t. a, p. 175 et a e édit. t. a, p. 367. — Lainouroux. Encyclopédie méthod. Zooph. p. 375. — De Blainville. Dict. des Scieuc. nat. 1. 15, p. 397, et Manuel d'actinologie, p. 4a8. — Fleming. Brit. anim. p. 53 1. Peut-être faudrait-il aussi rapporter à cette espèce plutôt qu'à l'Eschare cervicorne la figure de Bonanni (Mus. Kirk. pi. a 86, fig. i3.) (3) Pi. 4, fig. l'eti*. (4) PU 4, fig. t. 44 milne edwards. — Sur les Eschares. des branches partout de même largeur. Il serait possible qu'elle tînt à la position dans laquelle la masse se développe, car on con- cevrait que, si la croissance latérale de l'Eschare bidenté se trouvait entravé de manière à le forcer à s'allonger comme cela se voit pour les arbres plantés très dru , ce Polypier pourrait prendre la forme de celui dont il est ici question; mais jusqu'à ce qu'on ait constaté de pareilles modifications, sinon chez les Eschares dont nous nous occupons, du moins dans des espèces voisines, on n'en peut admettre l'existence, et on doit continuer à considérer l'Eschare à bandelettes comme formant une espèce particulière. Ce Polypier paraît habiter nos côtes. § VII. De l'Eschare croisé, (i) (Planche 4> fig. 2.) L'Eschare croisé se rapproche de l'Eschare foliacé par sa forme générale, car le double plan de cellules constitue des expan- sions lamelleuses très larges et flexueuses qui se rencontrent dans des directions variées et se soudent alors entre elles, de manière à donner naissance à une masse caverneuse (2). La dis- position de ces cloisons ne paraît pas être tout-à-fait la même que dans l'Eschare foliacé; mais n'ayant vu qu'un seul échan- tillon de ce Polypier, je ne sais jusqu'à quel point elle peut être constante. La forme générale des cellules est aussi très peu diffé- rente de celle de ce dernier Polypier; mais l'ouverture de ces loges est tout autre : dans le jeune âge, cet orifice est presque pyrifor- me (3), et, par la suite, il ressemble à un triangle renversé, dont les angles seraient arrondis et les côtés concaves (4). Dans les (1) Eschara decussata Lamarck: Hist. nat. des anim. sans vert. t. 2. p.175 et 2 e édit. t. 2, p. 267. — Lamouroux. Encyclopédie méthodique. Zoophytes. p. 374. —De Blainville. Dict. des Scienc. nat. t. i5, p é 297 et Manuel d'actinologie, p. 329. (2) PI. 4, fig. 2. (3) PI. 4, % a.. (4) PI. 4, fig. 2'. milnf edwards. — Sur les Eschcircs. 45 cellules anciennes, on remarque aussi, à côté de l'ouverture principale, une petite ouverture accessoire également trian- gulaire, qui est formée par la chute d'un appendice d'apparence cornée (1), analogue à ce que nous avons déjà rencontré dans l'Eschare lichénoïde. Ce Polypier a été trouvé par Péron et Lesueur pendant leur voyage aux terres australes, et Lamarck dit qu'il habite l'Océan austral; mais on ne peut avoir que peu de confiance dans cette indication, car dans les collections du Muséum tous les Zoophy- tes rapportés par les deux naturalistes que nous venons de nom- mer portent cette même étiquette quelle que soit la localité d'où ils proviennent réellement. § VIII. De l'Eschare à grands pores. (1) (Planche 4, fig. 3.) Cette espèce, dont M. de Blainville a signalé l'existence, mais dont il n'a été encore publié ni description ni figure, m'a été communiqué par M. Michelin. Elle ressemble beaucoup à l'Es- chare foliacé par son port (3); ses lames sont seulement plus flexueuses, mais elle diffère de toutes les espèces précédentes par la forme des cellules. Ces loges représentent des ellipsoïdes allongés; dans le jeune âge, leur surface assez saillante est mar- quée tout autour de stries rayonnantes terminées chacune par un pore et circonscrit par une bordure linéaire (4); mais, par l'épaississement de leurs parois, elles deviennent presque planes, et on ne distingue plus, vers leurs bords, que la série de pores dont il vient d'être question : dans le reste de leur étendue, elles sont presque entièrement lisses (5). Enfin l'ouverture de ces cellules, toujours très grande et à-peu-près circulaire, est d'abord oblique et presque terminale; elle occupe alors toute la lar- geur de l'extrémité antérieure de la loge, mais peu-à-peu elle (0 PI. 4,fig. **;c. (a) Eschara grandipora Blainville. Manuel d'actinolgie, p. 49.9. (3) PI. 4, fig. 3. (4) PI. 4, «g. 3". (5) PI. 4, fig. 3». 46 milice edwards. >— Sur les Eschares. se rétrécit et finit par se boucher, changement qui paraît dû à l'ossification et à la soudure de l'opercule plutôt qu'au rappro- chement des bords de l'orifice, car on distingue toujours la place occupée par ceux-ci (i). 11 est enfin à noter que, par le progrès de l'âge, la petite échancrure située au milieu du bord inférieur de l'ouverture devient plus large et plus profonde. On ne connaît pas la patrie de ce Polypier. § IX. De VEschare épais. (2) (Planche 5, fig. i.) Le Polypier qui a été mentionné par M. de Blainville, sous le nom d'Eschare épais , et qui se trouve dans la collection de M. Michelin, est également remarquable par son port et par la conformation des cellules dont il se compose. Je pense que c'est la même espèce que celle figurée par Esper sous le nom de Cellepora crispata (3); mais dans la crainte d'augmenter la con- fusion qui règne déjà dan» la synonymie des Zoophytes, j'ai préféré adopter la dénomination dont l'application ne laisse au- cune incertitude. Les lames qui constituent ce Polypier sont beaucoup plus épaisses que chez la plupart des Eschares, et toutes, assez étroites à leur base, s'élargissent promptement, se contournent diver- sement, se divisent en branches et se soudent, de manière à ne laisser entre elles que peu d'intervalles et à former une masse confuse. (4) Les cellules sont très grandes et fort larges (5). Dans les échan- tillons que j'ai vus, leurs parois étaient très épaisses et elles étaient peu distinctes entre elles, ce qui dépendait probablement de l'âge auquel ils étaient parvenus. Leur surface est ornée de séries longitudinales de tubercules , perforés au centre ; enfin ? (i) pi. 4, fig. 3 b b. (2) Eschara incrassata Blainville. Manuel cl'actinologie, p. 42g. (3) Esper Pflanzenlhière Cellep. tab. ix. (4) PI. 5, flg. 1. (5) PI. 5, fig. i«. milne edwards. — Sur les Eschares. 47 leur ouverture est circulaire, presque terminale, et dirigée très obliquement en avant; un gros tubercule, qui selève de cbaque côté de cet orifice, en modifie considérablement l'aspect; ces mamelons se dirigent d'abord en avant (i), mais bientôt se pro- longent en dedans comme deux cornes qui finissent par se joindre au-devant de l'ouverture, se soudent entre elles, s'épaississent, et donnent ainsi à la cellule la forme d'un carré allongé, en même temps qu'elles diminuent beaucoup l'étendue de l'orifice de ces loges. (2) On ignore la patrie de ce Zoophyte. § X. De VEschare sillonné. (3) (Planche 5, fig. a.) Parmi les Polypiers rapportés de l'Australasie par MM. Quoy et Gaymard, et conservés dans le Muséum du Jardin-du-Roi, se trouve une autre espèce d'Eschare , qui ne me paraît pas avoir été décrite, et qui se distingue facilement de toutes les précé- dentes : je la désignerai sous le nom d'Eschare sillonné. Elle forme de larges expansions lamelleuses un peu contour- nées et d'une consistance toul-à-fait pierreuse. Les cellules, de grandeur médiocre et presque aussi larges que longues , sont très bombées et séparées entre elles par des sillons profonds qui se correspondent de manière à former, sur toute la surface du Polypier, une sorte de réseau à mailles quadrilatères. L'ouver- ture des cellules est subterminale, dirigée presque perpendi- culairement au grand axe de la cellule et de forme â-peu-près ovalaire; quelquefois cependant elle devient presque semi-cir- culaire par l'effet du développement de son bord inférieur (4). Dans le jeune Age, la surface de ces cellules n'offre rien de par- ticulier, mais dans celles situées à quelque distance des bords du Polypier, on y remarque, sur la ligne médiane, à quelque (i) PI. 5, fig. u. (a) PI. 5, fig. ïc. (3) Etchara sulcata nob. Collect. du Muséum. (4) PI. 5, fig. a , 48 mjlne edwaiids. — Sur les Esc /tares. distance au-dessous du bord inférieur de l'ouverture, un tuber- cule qui devient pyriforme, se recourbe en avant et présente en dessus une lame triangulaire d'apparence cornée, qui paraît encbâssée dans un cadre calcaire (i). Le sommet de cette émi- nence s'avance plus tard au-dessus de l'ouverture de la cellule, la cache peu-à-peu et envahit même la base de la cellule située au-dessus. Enfin, on voit dans le voisinage de ces grands ap- pendices d'autres productions qui s'élèvent au-dessus de la sur- face générale du Polypier, et qui semblent être ces mêmes par- ties parvenues à un degré ultérieur de développement: ce sont de grandes cellules ellipsoïdes, très bombées, environ deux fois aussi grandes que les cellules primitives placées au-dessous et présentant une grande ouverture transversale qui, située d'abord vers le tiers de la surface supérieure, en occupe l'extrémité chez celles dont le volume est plus considérable. (2) La manière dont ces productions se forment et se développent a la plus grande analogie avec ce qui a lieu dans un autre point des parois de la cellule tégumentaire du Polype chez d'autres Eschariens, à l'extrémité antérieure de laquelle on voit appa- raître un tubercule qui grandit peu-à.peu, et finit par constituer une grosse vésicule dont la surface présente souvent une ouver- ture semblable à celle occupée ici par la lame cornée dont nous avons parlé. Les observations de Loefling et de plusieurs autres naturalistes nous ont appris que ces vésicules sont des capsules gemmifères, et par conséquent nous sommes porté à croire qu'il doit en être de même ici, et que le tubercule pyriforme, dont nous venons de décrire les divers états, doit être considéré comme étant un réceptacle contenant les gemmules et servant à leur livrer passage. D'un autre côté, ces tubercules ressemblent aussi beaucoup aux proiongemens cornés que nous avons déjà vus se former sur les parties latérales des cellules de l'Eschare lichénoïde, et nous croyons que, sans faire aucun rapproche- ment qui ne soit fondé sur des analogies évidentes, on peut rapporter toutes ces productions à une même classe. Une ob- (1) PI. 5, fig. a 6 ; b. et c. (2) PI. 5, fig. 2 «. MH.1TE rdwards,' — Sur les Eschares. /j() servation qui vient à l'appui de cette opinion, c'est que, dans aucune des espèces où nous avons trouvé ces tubercules pyri- formes plus ou moins développés, nous n'avons rencontré de vésicule gemmifère insérée sur le bord supérieur de l'ouverture de la cellule et vice versa; cette coexistence pourrait cependant avoir lieu sans impliquer une différence dans la nature de ces productions, car il arrive souvent que deux ou même trois tu- bercules pyriformes se développent sur la surface d'une même cel- lule; l'espèce dont nous nous occupons ici nous a même fourni un exemple de cette "multiplication de tubercules reproducteurs, (i) §• ii. De l'Eschare lobule, (a) (Planche 5, fig. 3.) L'Eschare lobule de Lamarck m'a présenté de nouveaux exem- ples des divers degrés de développement des tubercules pyrifor- mes que j'ai cru pouvoir assimiler aux vésicules gemmifères sus-orales de quelques autres Escharieris. Cette espèce se compose, comme toutes les précédentes , de deux plans de cellules adossées, intimement soudées entre elles et se correspondant en général exactement. Les lames ainsi for- mées sont larges et tendent à s'étaler latéralement en lobes plus ou moins subdivisés (3) ; leur tissu est très dur et les oui vertures des cellules si petites qu'on ne les distingue qu'impar- faitement à l'œil nu. Les dimensions des cellules elles-mêmes sont aussi très petites comme on pourra s'en convaincre en compa- rant les figures qui les représentent grossies vingt-quatre fois avec celles des autres Eschares également amplifiées (4). Dans le jeune âge on distingue autour de chacune de ces loges une es- pèce de bordure formée par une multitude de petits replis pa- rallèles, et on remarque aussi sur la surface ainsi entourée un (i) PI. 5, fig. 2 e. (2) Eschara lobulata Lamarck. Hist. des an. sans \er. , t. 2. p. 177, et a c éd., t. a. 268, — Larnouroux. Encyclop. méthod. Zooph. p. 375. — Blaimille. Dict. des Se. nat. , t. t5, p. 271 , et Man. d'actinol. p. 4a8. (3) PI. 5, fig. 3. (4) PI. 5, fig. 3 . VI . Zoor.. — Juillet. fi 5o milne edwards. — Sur les Eschares. certain nombre de tubercules arrondis , déprimés et disposés régulièrement, au milieu desquels est une élévation lisse et peu saillante (i), mais par les progrès de la croissance tout cela chan- ge : la bordure disparaît et les limites respectives des cellules cessent d'être reconnaissables à l'extérieur; les tubercules ver- ruqueux se perdent dans les inégalités de la surface du Poly- pier ; enfin le centre de chaque cellule s'élève et bientôt présente sur la ligne médiane une ligne d'apparence cornée dont la por- tion postérieure ne tarde pas à s'élargir de manière à y prendre une forme triangulaire; cette élévation, d'abord régulièrement bombée, s'avance ensuite vers l'extrémité antérieure de la cel- lule , devient à-peu-près pyriforme, chevauche sur l'ouverture de cette loge, la recouvre complètement et s'avance même sur la cellule suivante en acquérant des dimensions très considéra- rables. Quant à l'ouverture de la cellule, elle est terminée en avant par un bord semi-circulaire et en arrière par un bord droit; elle se trouve dans le plan même de la surface du Polypier. L'Eschare lobule, de couleur violacée, paraît appartenir aux mers de I'Australasie ; Péron et Lesueur l'ont rapporté de leur voyage de circumnavigation, et on en voit plusieurs échantillons dans la collection du Muséum du Jardin-du-Roi. § 12. On connaît quelques autres Polypiers récens qui paraissent appartenir au même type générique que les précédens ; mais »*ayant pas eu l'occasion de les observer directement je crois inutile d'en parler ici. Je me bornerai à en indiquer les noms : i° Eschara lobata Lamouroux. Exposition méthodique des genres de l'ordre des Polypiers, p. 4o, pi. 4 2 > %• 2° Eschara scorbinula Lamarck. Hist. des animaux sans vert. t. 2, p. 177. (1) PL 5, fig. 3 ». 2) PI. 5, fig. 3 e . MILITE EDYVARUS. Sur les EscliaiCS. 5l 3* Cellepora palmata Fleming. British animais, p. 53s. 5° Cellepora lœvis Fleming loc. cit. VEschara chartacea de Lamarck présente des particularités de structure que je me propose de décrire dans une autre occa- sion et qui me paraissent devoir le faire exclure du genre des Eschares proprement dits. EXPLICATION DES PLAKCHES. PLANCHE I. Fig. i. ESCHARE CERVICORNE , Eschara cervicornis de grandeur naturelle. Fig. i". Portion d'une jeune branche du même "Polypier, grossie vingt-quatre fois (i), pour montrer la forme et l'arrangement des cellules tégumeutaires. Fig. i*. L'une de ces cellules, dont les parois sont réduites à l'état membraneux par l'action d'un acide sur le carbonate de chaux dont son tissu était rempli.— a. l'ouverture de la cellule; b. sa face antérieure; c. sa face postérieure. On distingue dans son intérieur la gaîne renfer- mant les tentacules et le tube intestinal. Fig. i c . L'un de ces Polypes dépouillé de sa cellule tégumentaire et de la gaine des tenta- cules, grossi encore davantage. — a. les tentacules qui entourent la bouche; b. première cavité digestive , qui paraît être analogue à la cavité respiratoire des ascidies composées ; c. filamens naissans de la portion du canal alimentaire qui suit cette première cavité; d. estomac; e. intes- tin;/, anus; g. muscles rétracteurs de la gaine tentaculaire. Fig. ]< } . L'un de ces Polypes également dépouillé de sa cellule tégumentaire, mais ayant conservé la gaine tentaculaire. a. bords de cette gaîne qui se continuent avec le pourtour de l'ouverture de la cellule ; b. la gaine contenant les tentacules contractés ; c. ses muscles rétrac • teurs; d. première cavité digestive; e. appendices filiformes du canal alimentaire ; /. estomac contracté ; h. organe qui parait être un ovaire, et qui est suspendu à l'intestin g. Fig. ;i*. Opercule de l'une des cellules détaché et très fortement grossi, a. l'opercule h. ses muscles abaisseurs. Fig. i f. Coupe transversale d'une jeune branche du Polypier, pour montrer la manière don t h y. cellules sont adossées sur deux plans. Fig. i*. Portion d'une vieille branche du même Polypier , grossie comme celle représentée Cg- i°, pour montrer les modifications que l'épaississement de la paroi externe des cellules dé- termine dans la forme extérieure de ces loges. Fig. i*. Une jeune cellule dont les parties organiques ont été détruites [par l'action d'un dissolution alcaline. Fig. i«. Portion d'une jeune cellule , pour montrer la forme de son ouverture et la dispos tion de son opercule^ (i) Toutes les figures grossies ont été dessinées à l'aide de la chambre claire appliquée au microscope. Les grossissemens indiques sont linéaires. 52 milne edwards. — Sii7' les Eschctres. Fig. i i. Ouverture d'une cellule plus avancée en âge , dont la lèvre inférieure s'avance et le bord s'épaissit. Fig. i*. Ouverture d'une cellule plus âgée que la précédente. Fig. i '. Ouverture d'une cellule dont la portion inférieure est déjà complètement obstruée, et dont la forme est devenue circulaire. PLANCHE II. Fig. i. Portion du même Polypier dont les cellules très vieilles sont déjà presque toutes complètement fermées et confondues entre elles ; vers le centre du Polypier, on voit la double rangée de ces cellules ( c ) dont la paroi externe est devenue extrêmement épaisse, o. ouverture de l'une de ces cellules devenue rudimentaire et prête à se fermer. Fig. i«. Coupe théorique de l'un des polypes de l'Eschare cervicorne, pour montrer les con- nexions de la cellule avec la gaine tentaculaire , la position du tube digestif, etc. Fig. 2. ESCHARE GRELE , Eschara gracilis Lam. , de grandeur naturelle. Fig. a . Portion d'une jeune branche grossie vingt-quatre fois , pour montrer la forme des cellules. Fig. 3. ESCHARE LICHENOIDE , Eschara lichenoîdes de grandeur naturelle. Fig. 3°. Jeunes cellules du même, grossies 45 fois b. une cellule qui n'a pas encore d'ou- verture accessoire; c. cellules qui présentent cet orifice. Fig. 3 *. Cellules du même polypier plus avancées en âge et ayant pris une forme elliptique. Fig. 3 e . Cellules du même plus âgées; a ouverture accessoire; b. premier vestige de l'ap- pendice latéral; V un de ces appendices plus avancés en âge; b" un troisième dont le développe- ment est plus avancé; b"' «n de ces mêmes appendices ayant la forme d'une corne oblique; d. une cellule sur laquelle se développent deux de ces appendices. * PLANCHE III. Fig. i. ESCHARE FOLIACÉ. Eschara foliacea de grandeur naturelle. Fig. i«. Jeunes cellules grossies a4 fois. Fig. i fr . Cellules du même Polypier plus avancées en âge. Fig. i c . Portion plus vieille du même Polypier; a. a. cellules dont l'ouverture est déjà bouchée. Fig. i rf . TarlétéB de l'Eschare foliacé de grandeur naturelle. Fig. i». Jeunes cellules du même Polypier. Fig. \f. Vieilles cellules du même. Fig. a. ESCHARE BIDENTÉ. Eschara bidentata ; quelques cellules grossies a4 fois. Fig. a°. Cellules du même dont l'ouverture s'est modifiée par les progrès de l'âge. PLANCHE IV. Fig. i . ESCHARE A BANDELETTES. Eschara fasciaïïs de grandeur naturelle dessiné au trait. Fig. ia. Cellules du même grossies 24 fois. Fig. 1". Vieilles cellules du même. Fig. a. ESCHARE CROISÉ. Eschara decussata de grandeur naturelle ; dessiné au trait. milne edwards. — Sur les Eschares. 53 Fig. a«. Cellules du même grossies 24 foi.«5 v Fig. a*. Cellules plus âgées ; a. ouverture d'une cellule ; b. ouverture accessoire laissée après la chute des appendices (c.) Fig. 3. ESCHARE A GRANDS PORES , Esc/tara grandipora de grandeur naturelle ; dessiné au trait. Fig. 3°. Jeunes cellules du même grossies a4 fois. Fig. 3*. Vieilles cellules; a. une cellule dont l'ouverture persiste; b. une cellule dont l'en- trée est oblitérée. PLANCHE V. Fig. t. ESCHARE ÉPAIS , Eschara incrassala de grandeur naturelle. Fig. i". Cellules du même grossies 24 fois. Fig. 1*. Croquis de quelques cellules plus âgées. Fig. 1 e . Croquis de quelques cellules plus vieilles encore; a. cellules dont les tubercules la- téraux se recourbent au dessus de la bouche ; b. cellule plus âgée ; c. cellule dont l'ouverture s'est modifiée davantage par le développement des tubercules latéraux. Fig. 2. ESCHARE SILLONNÉ, Escliara sulcata; croquis de quelques cellules grossies 24 fois; a. une cellule sans tubercule; b. cellule sur la face antérieure de laquelle une des loges py- riformes commence à se montrer ; c. un de ces appendices plus développé et commençant à s'a- vancer'au devant de l'ouverture de la cellule ; d. un des mêmes appendices beaucoup plus grand et ayant déjà recouvert toute la partie supérieure de la cellule; e. une cellule sur laquelle il se forme trois de ces appendices. Fig. a*. Portion du même polypier ; même grossissement ; a. cellule dans son état ordinaire; /'. cellule portant un appendice pyriforme peu développé; c un de ces appendices devenu très grand; d. et e. grosses loges ovoïdes qui recouvrent les cellules normales et qui paraissent être le dernier terme du développement de ces appendices. Fig. 3. ESCHARE LOBULE, Eschara lobata de grandeur naturelle. Fig. 3 fl . Cellules dii même grossies au même degré que dans toutes les figures précédentes.' Fig. 3 b . Jeunes cellules grossies 45 fois ; a. cellule sans tubercules reproducteurs ; b. prenne? vestige d'un de ces tubercules ; c. un de ces tubercules plus développé. Fig. 3 e . Quelques cellules plus avancées en âge, grossies davantage et portant de grands tu- bercules (a); — b. un de ces appendices recouvrant toute la portion supérieure de la cellul * dont il nait et une grande partie de la cellule voisine. 54 Académie des Sciences. Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à F Académie des Sciences pendant le mois de juillet 1 836. Séance du 4 juillet i836. Eludes sur VOrang-Oulang de la Ménagerie; par M. Geoffuoy-Saint- HlLAIRE. M. Geoffroy entretient de nouveau l'Académie des particularités d'organisation de cet animal. Si on compare, dit-il, l'Orang-Outang à l'homme, on est frappé de voir les ressemblances apparaître sur tous les points; il n'y a ni un vaisseau ni un nerf, ni une fibre musculaire ni un élément osseux de plus ou de moins. Mais en même temps chaque élément organique offre des modifications dans la longueur, l'é- paisseur, etc., des parties. Voici en quoi consistent ces modifications : 1° L'axe vertébral est comparativement plus court, non par suite de l'absence d'aucune des parties, mais en raison de leur. concentration du bas vers le haut. 2° La tête est généralement plus volumineuse, mais plus encore en apparence qu'en réalité. Le cou paraît supprimé, et les parties qui le forment semblent ap- partenir à l'arrièrc-tête et la prolonger jusqu'à l'épaule. Voici par quel méca- nisme. Chez l'orang comme chez les chauve-souris , les clavicules sont extrêmement longues, et pour se maintenir sous les tégumens sans prendre trop de place, elles sont dirigées obliquement, de sorte que leur exuémité externe a comme remonté vers le crâne et entraîné avec lui un certain nombre de muscles qui, venant ajouter à leur épaisseur celle des muscles propres à la région postérieure du cou, comblent la large gouttière formée par la rangée des apophyses épineu- ses qui sont elles-mêmes très développées. L'action de cette puissante couche de muscles cervicaux tend à rejeter la tête en arrière. L'allure que doit prendre l'animal, conformément à cette modification générale, c'est de se tenir habituel- lement dans une direction parallèle au tronc des arbres, les embrassant par les extrémités et s'y attachant aussi par les mains sur les branches assez petites pour être saisies. Le système encéphalo-médullaire chez l'orang , dans le jeune âge, ressemble beaucoup à celui de l'homme enfant. La boîte cérébrale , qui alors représente fidèlement les formes de l'organe qu'elle protège, pourrait être prise pour un crâne humain , et l'illusion serait presque complète sans le développement en avant des os de la face. Mais il arrive , par suite des progrès de l'âge, que le contenu cesse de s'accroître tandis que le co:iteiiant grandit toujours; il y a Académie des Sciences. 55 épaississement général des parois, mais un épaississement inégal ; il se forme des crêtes osseuses énormes, et ranimai prend une physionomie effroyable. En total, dit M. Geoffroy, quand on compare les effets de l'âge chez l'homme et chez l'orang, on voit que la différence consiste en ce que chez l'orang il y a sur-développement des systèmes osseux musculaire ei léguinentairc plus vers les parties supérieures que vers les inférieures, tandis qu'il y a arrêt de développe- ment pour le système encéphalo-médullairc. RecïietcJies sur quelques EntosMuires et larves parasites des insectes or" tlioptères et hyménoptères ; par M. Léon Duroun. Parmi les faits qu'expose l'auteur, il en est un très curieux qui lui a été foarni par une lave supposée appartenir à un insecte diptère, larve qui vit dans la ca- vité abdominale de XAndrena alerrima. Une larve, celle de XOcypterabicolor, emprunte au pentatome dont il est parasite un stigmate qu'elle s'approprie ex- clusivement et qui devient pour elle l'orifice unique au moyen duquel l'air pé- nètre dans son appareil respiratoire. Cette usurpation anatomique, dit M. Léon Dufour, est déjà assez curieuse; mai* elle le devient bien davautage dans ïe parasite dont nous avons parlé d'abord, dans la larve qui vit aux dépens de l'Andrène. Celle-ci établit son domicile sur la grande vésicule trachéenne qui s'observe à la base de la cavi'é abdominale de l'hyménoptère. Elle y est fixée au moyen de deux troncs trachéens similaires qui vont se ramifier dans son corps. « Cette double trachée, poursuit l'auteur, est évidemment fournie par h grande vésicule dont elle est une continuation anatomique. Voilà donc deux trachées nutritives, dépendantes de la grande utriculc aérifère de l'Andrène;, qui vont fonder tout l'orgaue respiratoire du parasite, c'est-à-dire son appareil !c plus es- sentiel au maintien de la vie. Ainsi l'existence de la larve se trouve doublement sous la dépendance de celle de l'hyménoptère; celui-ci l'alimente de son tissu adipeux splanchniqiiCj et non-seulement il se charge de respirer pour elle et de lui administrer la dose nécessaire d'air, mais encore il lui fournit aux dépens de sa propre substance l'organe destiné à la circulation de ce fluide vital. « Ce mode insolite de parasitisme, cet exemple de deux êtres de genvc foit dissemblable dont l'un est greffé 6ur l'autre par l'appareil organique le plus im- portant, celui de la circulation, constituent, dit l'auteur, un fait inouï dans la science. On ne peut lui comparer que la circulation utcro-fétale des grands ani- maux; et il serait superflu de faire ressortir l'énorme différence entre ces deux cas, entre ces deux conditions physiologiques. Recherches sur la marche de l'ossification dans le sternum des oiseaux ; par M. Lherminier. ( Nous donnerons un extrait étendu de ce travail dans notre prochain cahier.) 56 Académies es Sciences. Séance du 1 1 juillet. « Le 1ère de M. Alexandre Brongniart sur l'existence des Fossiles microsco- piques dans des roches en apparence homogènes. M. Adolphe Brongniart fait une communication à ce sujet, d'après une lettre de son père, écrite de Berlin, en date du 3 juillet. s'"« Aujourd'hui, dit M. Alexandre Brongniart, j'ai eu connaissance d'une dé- couverte toute nouvelle, due à M. Ehrenberg, et qu'il m'a fait voir de la ma- nière la plus positive : c'est que les roches d'apparence homogènes, qui sont peu dures, friables, fissiles même, entièrement formées de silice, et qu'on connaît sous es noms de tripoli plus ou moins solide (polierschiefer de Wernar), sont en- tièrement composées de dépouilles ou plutôt de squelettes parfaitement reconnais- sablés d'animaux infusoires de la famille des Bacillariées et des genres Coconema, Synedra, Gaillonellâ, etc. Ces dépouilles qui ont conservé parfaitement la forme des carcasses siliceuses de ces infusoires, se voient avec la plus grande netteté au microscope, et peuvent facilement être comparées à des espèces vivantes obser- vées et parfaitement dessinées par M. Ehrenberg. Dans beaucoup de cas il n'y a point de différences appréciables; les espèces sont déterminées par la forme et plus sûrement encore par le nombre des cloisons ou lignes transversales qui di- visent leur petit corps, et M. Ehrenberg, qui a pu les compter au microscope, a reconnu le même nombre de ces divisions dans les espèces fossiles. C'est dans les tripolis de Bilin en Bohème, de Santa-Fiora en Toscane, et d'autres lieux dont je ne me souviens pas avec exactitude (de l'Ile-de-France et de Francis- bad, si je ne me trompe), qu'il a fait ces curieuses observations. Le fer limoneux des marais est presque entièrement composé de Gallionella ferruginea. « J'ai vu toutes ces merveilles de mes propres yeux, j'ai pu les comparer avec les beaux dessins des espèces vivantes que M. Ehrenberg a faits, et je ne puis conserver le moindre doute que ces roches siliceuses, si abondantes qu'il y en a une rosâtre qui est employée pour peindre les murs des maisons, ne soient com- posées de squelettes siliceux d'infusoircs. Au reste, il suffit de prendre un échan- tillon d'un de ces tripolis, de celui de Billin, par exemple, d'en gratter un peu sur une lame de verre , de délayer cette poussière dans une goutte d'eau pour voir, au moyen d'un bon microscope, des milliers ou plutôt des milliards de dé- bris d'animalcules. « La plupart de ces espèces sont lacustres , mais il y en a aussi de marines, notamment dans le tripoli de l'Ile-de-France. « Les planches qui doivent accompagner le travail de M. Ehrenberg sur cette découverte aussi curieuse qu'inattendue, sont presque toutes faites et vont pa- raître bientôt. » uâfcademie des Sciences. 5^ Lettre de M. Pontus, professeur à Cahors , relative à une pluie de Cra- pauds. M. Pontus, professeur à Cahors, adresse une communication relative à un fait de cette nature dont il a été témoin. Au mois d'août i8o4, dit-il, j'étais dans la diligence d'Àlbi à Toulouse; le temps était beau et sans nuages. Vers quatre heures après midi, la diligence s'ar- rêta pendant quelques minutes à La Conseillère (3 lieues de Toulouse) pour changer de chevaux. Au moment où nous remontions en voiture, un nuage très épais couvrit subitement l'horizon et le tonnerre se fit entendre avec éclat. Le nuage devait être à une très petite élévation, car les gouttes d'eau qu'il laissa tomber sur nous étaient très grosses. Ce nuage creva sur la route, à 60 toises du point où nous étions. Deux cavaliers qui revenaient de Toulouse, où nous allions et qui se trouvaient exposés à l'orage, furent obligés de mettre leurs manteaux pour s'en garantir, mais ils furent bien surpris et même effrayés lorsqu'ils se vi- rent assaillis par une pluie de crapauds. Ils hâtèrent leur marche et s'empressè- rent, dès qu'ils eurent rencontré la diligence, de nous raconter ce qui venait de leur arriver. Je vis encore sur leurs manteaux de petits crapauds qu'ils firent tomber en les secouant devant nous. La diligence eut bientôt atteint le lieu où le nuage avait crevé, et c'est là que nous fûmes témoins d'un phénomène bien rare et bien extraordinaire. La grande route et tous les champs qui la longeaient à droite et à gauche étaient jonchés de crapauds dont le plus petit avait au moins le volume d'un pouce cube, et le plus grand près de deux pouces, ce qui me fit penser que tous ces crapauds avaient dépassé l'âge d'un à deux mois. J'en vis jusqu'à trois ou quatre couches super- posées les unes sur les autres. Les pieds des chevaux et les roues de la voiture en écrasèrent plusieurs milliers. Certains voyageurs voulaient fermer les stores afin de les empêcher d'entrer dans la voiture : leurs bonds devaient le faire craindre ; je m'y opposai et ne discontinuai pas de les observer. Nous voya- geâmes sur ce pavé vivant pendant un quart d'heure au moins, les chevaux allant au tiot. action du pus sur le sang fraîche me ni tiré des veines. (Extrait d'une let- tre de M. Donné à M. Dumas.) Lorsque l'on mêle du pus phlegmoncux de bonne nature, ce que l'on appelle du pus louable à du sang sortant de la veine (environ une partie de pus pour 9 à 10 de sang), le caillot se forme à-peu-près comme. à l'ordinaire; le sérum reste seulement un peu trouble ; au bout d'un certain temps, six, douze, ou dix- huit.heurcs, suivant la quantité de pus, peut-être aussi suivant sa qualité et celle du sang, le caillot qui s'était formé devient diffluent, et se dissout entière- ment, tandis que le même sang pur présente encore ses élémeus solides et li- quides parfaitement distincts; si la proportion du pus est plus considérable , la liquéfaction du caillot commence en moins de deux ou trois heures. 58 académie des Sciences, ■* En observant ce sang mêlé de pus au moyen du microscope y on voit dès la sixième heure, après le mélange opéré, les globules du sang se déformer, pâlir, perdre peu-à-peu la netteté de leurs contours, et le lendemain, quand le sang est tout-à-fait liquéfié, on ne trouve plus absolument que des globules puruJcns. La dissolution des globules sanguins, s'est- elle réellement opérée comme par un agent chimique, ou bien les globules ont-ils subi une altération^ une espèce de transformation purulente ? je ne puis pas encore me prononcer, mais je suis porté à admettre cette dernière opinion. Afin de mieux étudier les modifications qui s'opèrent dans les globules san- guins, j'ai pris du sang de grenouille que j'ai mêlé à un peu de pus; le caillot s'est formé , puis s'est liquéfié au bout d'un certain temps; ayant examiné ce sang à plusieurs reprises, j'ai vu les globules se plisser, se dépouiller de leurs enveloppes et leurs noyaux nager séparément dans le liquide; plus tard, je n'ai plus trouvé que des globules analogues à ceux du pus comme si les enveloppes des globules sanguins se fussent dissoutes et que les noyaux centraux eussent subi la transformation purulente. Cette expéiience demande à être répétée. Les conditions vitales dans lesquelles se trouve le sang en sortant des vaisseaux, sont-elles pour quelque chose dans ce phénomène? Tout ce que je puis dire , c'eût qu'il ne se passe rien de semblable sur du sang refroidi : le pus n'a plus aucune action sur lui ; mais dans ce cas, le sang n'a pas seulement cessé d'être sous l'influence de la vie, il a encore subi des modifications phvsiques et chimi- ques dont il faut tenir compte ; la coagulation u'est-clle pas la circonstance principale à laquelle on doive attribuer la résistance du sang à l'action du pus après son refroidissement ? Pour détruire autant que possible l'influence vitale, si elle cx'ste , j'ai plongé le tube dans un mélange de glace et de sel, après avoir opéré le mélange du pus et du sang; cette opération n'a rien changé au résul- tat, et le caillot s'est liquéfié comme de coutume ; d'un autre côté, eu recevant du sang dans un tube contenant du pus et maintenu pendant une heure à 42°, le caillot s'est formé à -peu-près comme à la tempéra turc ordinaire et sa liquéfaction ne s'est pas opérée plus tôt. J'ai fait un mélange de sang sortant de Ja veine avec du pus et de l'acide hy- dro-sulfurique (cet acide n'a pas d'action marquée ni sur le caillot, ni sur la forme des globules), et tout s'est passé comme si le pus et le sang se fussent trou- vés seuls en contact. Le pus est-il le seul fluide de l'économie capable de produire cette action ? L'urine et la bile ont été sans effet, du moins sous le rapport que je consi- dère ici. r Le pus acide s'est comporté comme le pus alcalin. Les seules espèces de pus dont l'action a été peu marquée, sont des pus séreux, et le pus contenu dans les crachats. Le pus louable perd, au bout de quelques jours, la propriété de li- quéfier le sang. Je n'ai employé pour ces expériences que du sang provenant de malades at- teints d'affections très légères, mal de tête, bronchite, etc. académie des Sciences. 5g Je poursuis ces expériences qui me semblent propres à éclairer l'histoire en- core obscure des altérations du sang, de la formation du pus et de la production de vastes collections purulentes au sein de nos organes. Etudes sur V orang-outang, et considérations philosophiques au sujet de la race humaine (4 e et dernier article) ; par M. Geoffroy Saint-Hilaire. M. Geoffroy commence par des remarques sur l'organisation des singes : orga- nisation telle qu'elle ne les rend propres ni à se mouvoir dans l'air comme les chéiroptères, ni à se mouvoir sur le sol comme la plupart des autres mammifères. Cette nature ambiguë fait qu'aucune position, aucune locomotion régulière ne peut leur convenir long-temps, et c'est réellement pour éviter la fatigue qu'amè- nerait nécessairement en se prolongeant une posture ou une allure pour laquelle leurs membres ne sont qu'imparfaitement disposés, qu'ils sont perpétuellement en mouvement. Ils ne s'arrêtent guère que pour dormir , et la position qu'ils prennent pour ce repos indispensable est si peu commode que, chez les singes de l'ancien continent, elle a fait développer une callosité sur la partie qui porte alors le poids du corps. Chez les quadrumanes du nouveau continent, une dispo- sition particulière sert à diminuer la pression sur un point particulier, et il n'y a point développement de la callosité ischiatique. L'orang-outang, animal lent, gra- ve, réfléchi, porté à la douceur, peut-être en raison de son excessive puissance musculaire et de la conscience qu'il a de sa force, se distingue des singes aussi bien par ses habitudes que par son organisation, et c'est ce qu'aperçoivent tout d'abord lespersonnes même le3 plus étrangères aux sciences: « C'est un être à part, dit le public qui vient avec empressement voir le nouvel arrivé ; ce n'est ni un singe ni un homme. » Chrz l'homme, poursuit M. Geoffroy, le système céphalique (cncéphalo-ra- chidien) domine sur les appareils dont il est enveloppé, tels qu'os, muscles et tégumens, lesquels ne s'accroissent point portionnellcraent à lui. Chez l'orang- outang les choses se passent tout différemment; les masses médullaires du cer- veau et de l'épine gagnent peu ; tout le fort du développement portant, et à un point excessif, sur les os enveloppant les muscles et la peau, il y a en quelque sorte mouvement de bascule. D'après les pièces que possèdent nos cabinets, nous savons que cet excès de développement dans les systèmes osseux et musculaire est beaucoup plus grand chez l'adulte que nous ne l'observons chez notre jeune individu. Il serait bien à désirer qu'on pût suivre pas à pas ces transformations; qu'on s'assurât s'il y aura modification dans les mœurs aussi bien que dans l'organisation, si, en acquérant une grande force, -il perdra la douceur de caractère qui le distingue aujourd'hui. Rien ne prouve qu'il en soit ainsi, et quoique le système sensitif participe peu à l'accroissement du système locomoteur, il s'en faut qu'il s'atrophie. ï/orang adulte pourrait donc être un animal intelligent qui n'userait de ses forces que pour sa- tisfaire à ses besoins, et n'en abuserait point pour de cruels caprices. 60 académie des Sciences. Le lion, obligé à vivre de chair, n'est plus disposé à l'attaque lorsque sa faim est apaisée ; l'orang, dont la diète est toute végétale, n'aura jamais le besoin de nuire à d'autres animaux. Pourquoi en aurait-il la volonté ? On a pensé qu'en grandissant ses mœurs devenaient brutales; mais sur quoi repose ce soupçon? seulement sur ce qu'on sait que sa physionomie devient repoussante. La conclu- sion est au moins hasardée, et l'occasion est belle pour arriver par des observa- lions directes à savoir à quoi s'en tenir sur ce point. Pour cela il faut qu'on prenne des moyens de conserver la santé du jeune animal qui est en ce moment très bien portant, mais qui, né dans un climat tropical, pourrait dès les premiers froids contracter le germe d'une maladie de poitrine qui l'emporterait infaillible- ment. Il faut donc le vêtir, le loger chaudement et commodément. M. Geoffroy annonce qu'après s'être entendu à ce sujet avec plusieurs médecins éminens, il a proposé à l'administration du Muséum une suite de mesures qui, si elles sont réalisées, semblent promettre un plein succès. Séance du i-8 juillet. Nouveau genre cf lnfusoire. M. Serres communique à l'Académie le dessin d'un nouveau genre d'infusoire qu'il nomme Rotelline à cause de sa disposition en forme de petite roue. Note sur le Guacharo de la caverne de Caripe (Steatornis caripensis Humb.); par M. Lherminier. Le Guacharo est, comme on le sait, un oiseau crépusculaire de l'Amérique méridionale, qui pendant le jour habite des retraites obscures et notamment une caverne très profonde de la vallée de Caripe, dans la province de Cumana. M. de Humboldt, qui visita cette caverne en 1799, fît le premier connaître le Guacharo aux naturalistes ; il en forma un nouveau genre qu'il désigna sous le nom de Steatornis, à cause de la graisse abondante que présente l'animal dans le jeune âge , graisse que les habitans du pays recueillent et conservent après l'avoir fait fondre, pour l'employer aux mêmes usages que l'huile et le beurre. On n'eut d'abord en Europe d'autres renseignemens sur le Guacharo que ceux qui se trouvent dans les lettres de M. de Humboldt à MM. Delambre et de La- mélheric, insérées dans le journal de Physique , année 1800. Plus tard, M. de Humboldt en donna une description plus étendue dans un mémoire lu à l'Aca- démie en 1817 et imprimé dans le second volume de ses observations de zoolo- gie et d'anatomie. Aucun autre naturaliste jusque-là n'avait pu voir cet anima curieux, les collections de M. de Humboldt qui le renfermaient ayant été per- dues dans un naufrage sur la côte d'Afrique. Enfin en i834, l'Académie reçut de M. Lherminier, médecin établi à la Guadeloupe, un Guacharo conservé dans l'al- cool avec un mémoire renfermant la description de l'oiseau, quelques nouveaux détails sur ses mœurs, et des considérations sur la place qu'il convenait de lui assigner dans le cadre oruithologiquc. M. de Blainvillc, chargé conjointement yicadêmie des Sciences. tii avec M. Gcoffroy-Saint-Hilairc de prendre connaissance de ces différentes pièces, en fil l'objet d'un rapport lu dans la séance du 6 octobre i834, rapport dont nous extrayons le passage suivant : « Le corps du Guacharo n'excède guère en grosseur celui du pigeon; sa forme générale estasse/- ramassée et peu élégante, la tête étant grosse, triangulaire, élar- gie en arrière et prolongée en avant par un bec très fendu, très large à sa base et pourvu de quelques longs poils raides qui se portent sur les narines; assez ro- buste et solide dans son étui corné, l'hémiramphe supérieur, à dos arqué et sub- tranchant, est terminé par un crochet aigu avec une dent bien marquée à son origine marginale; l'hémiramphe inférieur est comme tronqué à son extrémité, ce qui donne à ce bec quelque chose de celui des oiseaux de proie. nocturnes. « Les narines sont ovales, obliques, assez grandes, médio-latérales , entière- ment et largement ouvertes, sans traces d'opercule. Les yeux sont de grandeur médiocre. Les oreilles sont assez petites, étroites et verticales. La langue est adhé- rente, en fer de flèche, bordée. « Les ailes sont fort grandes, surtout par l'étendue de la main, car le bras est assez court; elles sont bordées de pennes très longues, dont dix à la main et dix à l'avant-bras ; les pennes rcctriccs constituent une aile presque aiguë ou sub- arrondie, la huitième et la septième étant les plus longues. « Les membres abdominaux sont au contraire assez courts quoique robustes. « Le tarse, à peine aussi long que le doigt médian , n'est couvert que d'une sorte de cuir, sans traces de dispositions squammeuscs : les doigts au nombre de quatre également peu allongés (le pouce le plus court et versatile^ sont entière- ment libres à leur base et armés d'ongles, forts, arqués, assez aigus, sans élargis- sement et sans dentelures au côté interne du doigt médian. « La queue est pourvue de cinq paires de pennes longues, subégales, et par conséquent sub-arrondies. « Le système général de coloration est un roux-marron mêlé de brun à reflets verdâtres, barré ou piqueté de noir plus ou moins foncé et marqué de taches blanches de grandeurs variées suivant les parties. » M. Lhcrminier ajoute à ces détails extérieurs, que nous avons dû abréger, quelques observations anatomiques d'où il résulte que cet oiseau a un appareil sternal tout-à-fait semblable à celai des Engoulevents, et que comme eux il n'a pas de jabot, mais seulement un ventricule succenturié et un gésier de médiocre épaisseur, avec deux cœcums assez longs à la fin d'un intestin assez large et court. M. Lhcrminier a été conduit à supposer que le Guacharo, qui ressemble aux Engoulevents par ses habitudes nocturnes, par ses formes générales et par la dis- tribution des couleurs de sa robe, s'en rapprochait encore par son régime ali- mentaire; cependant, comme M. de Humboldt assurait qu'on ne voit pas les adultes faire la chasse aux insectes et qu'au contraire on trouve souvent le gésier des jeunes que l'on prend au nid encore plein de noyaux de fruits, M. Lhermi- nier pensa qu'il était nécessaire d'obtenir de nouveaux renseignemens sur les mœurs de cet oiseau , et il envoya en conséquence une seconde fois à Caripe 62 Académie des Sciences. une personne chargée de recueillir des observations et de se procurer des in- dividus à difïérens états de développement. Cette expédition n'eut pas tout le succès qu'il en avait espéré; cependant il obtint de très jeunes animaux et put se convaincre que, dans ce genre d'oiseaux, l'ossification du sternum suit la même marche que dans le genre des Engoulevents. Bientôt après il profila du voyage qu'un de ses amis, M. Daniel Baupcrlhuy, faisait dans la province de Cumana, pour renouveler des tentatives qui. cette fois, furent plus heureuses. De deux Guacharos adultes qu'il se procura par ce moyen, il en envoie un à l'Académie, pour être déposé ensuite dans les galeries du Muséum. L'animal est empaillé et dans un bel état de conservation; il offre, comme celui qui a été l'objet du pre- mier envoi, une dent seulement de chaque côté a la mâchoire supérieure, et quelques poils aux pattes : sa couleur est aussi toute semblable à celle que pré- sentait l'autre avant qu'on l'eût placé dans l'alcool. « Les jeunes Guacharos ont le même plumage que les adultes; ils sont éga- lement remarquables par l'ampleur du conduit digestif, par l'égalité du volume des deux lobes du foie et le développement de la vésicule biliaire, qui est, de même que les canaux excréteurs , distendue par une bile très abondante. Le gé- sier était vide chez la plupart des individus que M. Lherminier a pu observer. Chez quelques-uns seulement, il y a trouvé des noyaux de fruits; chez aucun il n'a pu rencontrer le moindre vestige d'insectes; ainsi l'opinion de M. de Hum- boldt, relativement au genre de vie de ces oiseaux, est maintenant confirmée par des observations directes. « M. de Humboldt avait encore annoncé qu'on ne parvenait pas à élever de jeunes Guacharos pris au nid et la vérité de cette assertion estde.même constatée par les résultats des essais qu'a faits M. Eauperthuy. « Je me suis procuré, dit cet observateur, de jeur.es oiseaux , et malgré tous les soins que j'en ai pris , huit sont morts dans le cours du second mois , deux seulement ont vécu jusqu'à la fin du troisième. La nourriture qui semblait leur convenir le mieux était la figue banane coupée par morceaux : ils la digéraient bien dans les premiers temps mais plus tard cet aliment traversait le canal intestinal presque sans subir d'al- tération. L'animal n'ouvre point le bec pour demander la pâture et il est toujours nécessaire de la lui entonner. Observé à l'état de captivité , le jeune Guacharo est triste et se tient habi- tuellement la queue relevée et le bec à terre. Quand on l'approche il recule dans cette position et présente alors quelque chose de l'aspect repoussant du crapaud. Si on le touche, il pousse des cris aigus d'un effet très désagréable, mais qu'on a eu tort de comparer à ceux du chat. Pendant le jour il cherche les lieux sombres et s'y tient coi; vers le soir il semble sortir de cette apathie et parcourt sa prison en criant et en agitant les ailes. Un de ceux que j'élevais, ajoute M. Bauperthuy, s'échappa vers cette épo- que de la journée et j'eus alors occasion de le voir voler facilement et en pla-» nant au-dessus des savanes. A la fin il s'abattit et fut repris par les enfans. A l'approche d'un chien, le jeune Guacharo s'effraie, mais il ne se jette point sur le Académie des Sciences. f>3 dos pour se défendre, comme font les chouettes; il se sert du bec quand on l'a- gace. Je ne l'ai point vu chercher à grimper; quand il marche c'est avec diffi- culté et en imprimant à son corps des mouvemens latéraux. « Son ail est noir et ne paraît pas beaucoup plus grand que celui d'une poule. Son corps exhale une odeur désagréable comparable à celle des pétrels. La chair des Guacharos est maigre et coriace ; celle des jeunes est grasse, tendre et d'une saveur qui est à-peu-près la même que celle du pigeonneau. La graisse qui garnit leur abdomen est excessivement abondante et si fluide qu'elle transsude quand ou la manie. Fondue à un feu doux et légèrement salée, puis renfermée dans une calebasse bien bouchée, cette graisse après trois mois, était encore par- faitement limpide et inodore. Son goût était celui de la graisse de jambon, mais avec quelque chose de plus délicat. Quant aux graines qu'on trouve dans le gésier de jeunes Guacharos pris au nid, graines auxquelles les Indiens du voisinage attribuent, comme on le sait, de grandes vertus médicinales, elles appartiennent à divers végétaux et particulière- ment à un qu'on appelle dans le pays Mataca. Ce sont des semences arrondie*, du volume d'une noix de muscade, d'une odeur aromatique, que l'animal rejette par régurgitation quand il lésa dépouillées du péricarpe dont il se nourrit. Les Indiens qui accompagnaient M. Bauperthuy dans sou expédition lui ap- prirent que la caverne de Caripe n'est point le seul asile des Guacharos, et qu'on en trouve aussi dans d'autres cavernes situées vers le nord-est. M. de Humboldt, dans sa visite à la caverne de Caripe, s'était avancé jusqu'à 472 mètres de l'ouverture et serait allé plus loin, si ses guides retenus par des craintes superstitieuses, n'avaient menacé de l'abandonner. Aujourd'hui les In- diens, plus aguerris, consentent à accompagner les curieux bien au-delà de ce point. M. Bauperthuy a parcouru avec eux une distance de plus de 1,200 mè- tres dans ce conduit souterrain sans en atteindre toutefois l'extrémité. Il avait été précédé de quelques mois par un officier italien, M. Codazzi, qui avait pénétre presque aussi loin. Ce dernier a publié dans un journal de Venezuela le récit très détaillé de son expédition ; M. Lhcrminier envoie la traduction complète de? ce morceau, et des extraits de la relation de M. Bauperthuy. Les deux voyageurs ont reconnu qu'au-delà du point où s'est arrêté 1VL dfe Humboldt, la caverne perd sa régularité, et se tapisse de stalactites, qui dam certains endroits, ferment presque le passage. Dans des grottes latérales, sitaées à 55o mètres de l'ouverture, M. Codazzi a trouvé les Guacharos en troupes innom- brables; enfin, 200 mètres plus loin, dans une galerie secondaire qui s'embran- che avec la galerie principale, il remarqua sur le sol de nombreuses empreintes de pieds, et ses guides ne purent reconnaître à quelle espèce appartenaient les mammifères qui les avaient laissées. On lui dit depuis que ces traces étaient celles du Lapa. (1) (1) Il ne s'assura pas si la galerie où il avait trouvé les foulées de ces animaux n'avait pas avec l'extérieur quelque communication plus directe que par l'entrée principale. Le no» de Lapa est employé dans quelques parties du Venezuela et delà Nouvelle-Grenade pour désigner le Paca ; on l'applique aussi quelquefois au Cabiai, 64 Publications nouvelles. Plusieurs morceaux de stalactites détachés de la voûte de la caverne, des graines de Mataca trouvées sur le sol, un flacon de graisse limpide extraite du Guacharo; enfin un jeune Guacbaro conservé dans l'alcool, complètent l'envoi de M. Lherminier. Ces différens objets, conformément au désir qu'il en exprime, seront déposés au Muséum d'histoire naturelle, ainsi que le Guacharo empaillé dont il a déjà été parlé. ( La suite au prochain cahier. ) Histoire physiologique et pathologique de la salive, considérée particulière- ment sous les rapports de ses usages, du rôle que joue ce fluide dans les fonctions digestives et dans les ajjections gastriques j par le D r Alp. Donné, ex-chef de clinique de la Faculté, membre de la Sociélé philomati- que, etc. (1) Le Mémoire de M. Donné se compose de deux parties; l'une physiologique, l'autre pathologique ; nous ne nous occuperons que de la première. Cette partie est précédée d'une esquisse historique de la salive où l'auteur démontre que depuis Haller il n'a été ajouté que peu à nos connaissances sur les usages physiologiques de ce fluide; depuis un siècle en effet, les usages attribués à la salive par tous les physiologistes, se divisent en deux points et peuvent se résu- mer ainsi : i° humecter la bouche, favoriser les mouvemens de la langue, fici- liter la parole et la déglutition ; 2° pénétrer les alimens , leur faire subir une altération, et aider l'action dissolvante du suc gastrique. M. Donné ajoute à ces usages de la part du fluide salivaire, celui de neutrali- ser à l'aide de l'alcali libre qu'il contient, l'excès d'acide de suc gastrique dans l'intervalle des digestions. Indépendamment de ce nouvel usage signalé par M. Donné et dont on peut tirer des conséquences intéressantes relativement à la digestion , ce fait nous donne la solution d'une question restée jusqu'à présent fort obscure en physiolo- gie; nous voulons parler delà composition du suc gastrique et de la diversité des opinions des chimistes et des physiologistes, sur la nature de ce fluide im- portant ; les uns, comme on sait ont trouvé ce suc fortement acide., les autres l'ont trouvé neutre et d'autres encore alcalin; dans leur grand travail sur la di- gestion, MM. Tied/uann et Gmélin signalent cette difficulté comme fort embar- rassante, quoique les plus grands chimistes s'en soieut occupés. M. Donné a établi dans ce mémoire que les différences dans la composition du suc gastrique, tiennent aux circonstances dans leequelles ce suc a été re- cueilli; ainsi il est évident que ceux qui, comme Montegre l'ont vomi le matin à jeun, ont dû le trouver faiblement acide ou même alcalin, ce suc étant mé- langé à toute la salive que l'on avale pendant la nuit; tandis que les expérimen- tateurs qui, comme Tiedmann et Gmélin, Prcvot et Branconot, l'ont recueilli après avoir excité l'estomac des chiens à l'acide de substances excitantes ou d'é- ponges, devaient y rencontrer une notable proportion d'acide, ce suc étant alors pur et sans mélange. L'auteur de ce mémoire pense que la salive ne peut pas passer à l'état acide, comme cela arrive suivant lui., dans la gastrite, sans réagir à son tour sur les dents et même sur l'estomac. De là vient une des causes de la carie générale des dents à la suite des affections chroniques de l'estomac. (i) Brochure in-8°. Paris. i836. en. morren. — Sur le Puceron du péchera 65 Mémoire sur l'émigration du Puceron du Pécfier (Aphis per- sicœ), et sur les caractères et Vanatomie de cette espèce. Par M. Ch. Morren, Docteur cs-scieuces et eu médecine, professeur de l' Université de Liège. PREMIÈRE PARTIE. HISTOIRE ET CARACTÈRES. § I. Considérations générales. Les Pucerons appartiennent, comme on le sait, à l'ordre des Hémiptères , à leur seconde section ou celle des Homoptères , et enfin à la famille des Aphidiens dont ils constituent le genre principal. t Animaux suceurs, ils n'ont que des mandibules et des mâ- choires déformées, réunies entre elles et concourant à former une pièce unique en apparence, véritable bec ou suçoir, où l'on distingue trois soies contenues dans une gaine , les deux soies supérieures sont les mandibules , la soie inférieure formée de deux filets représente les mâchoires des insectes dont la bou- che est faite pour broyer. Quant à la lèvre, elle se retrouverait dans la gaine du bec, et le labre lui-même aurait son analogue dans une pièce triangulaire qui existe à la base des organes buc- caux. La languette et les palpes sont ou rud inventaires ou com- plètement avortés. Telle est la structure de la bouche admise par les auteurs les plus justement renommés , pour les Hémiptères. Il se pourrait bien que cette structure fût beaucoup plus simple dans les Pu- cerons proprement dits. A côté d'eux, se rencontrent les ïhrips, que M. Straus regarde comme des Orthoptères , précisément à cause de la bouche, et Latreille lui-même n'hésite pas à décla- rer que l'organisation buccale chez ces insectes les éloigne com- VI. Zooi.. — Août. 5 66 ch. MORREtf. — Sur le Puceron du pécher. plètement de l'ordre où ils ont été rangés jusqu'à présent. M. Kirby et Leach élèvent les Homoptères en ordre particulier. Les Hémiptères sucent leur substance alimentaire qui a be- soin cependant chez la plupart d'être pénétrée de salive avant de servir à la digestion. M. Léon Dufour a démontré chez ces animaux l'existence des vaisseaux salivaires. Je crois que lors- que ces insectes sont destinés à se nourrir de la sève déjà éla- borée des plantes et surtout lorsqu'ils vont la chercher sur les plus jeunes pousses, la préparation par la salive ne devient plus nécessaire et les vaisseaux destinés à la sécréter disparaissent ; c'est là du moins ce que me semble démontrer l'anatomie des Aphis proprement dits. Quant aux organes du vol, il est à remarquer que, dans ce seul ordre, ils suivent une décroissance d'organisation très sin- gulière. Epaisses et d'une consistance égale sur toute leur éten- due, les ailes supérieures deviennent de vrais étuis chez les uns ; chez les autres elles ne sont coriaces qu'à moitié; enfin elles deviennent membraneuses dans toutes leurs parties, chez quel* ques Hémiptères, et dans les Pucerons on les voit disparaître en entier, de même que les ailes inférieures. Un fait sur lequel je ne crois pas que les auteurs aient fixé l'opinion, si tant est qu'ils l'ont connu, est la présence à l'aile inférieure d'un cro- chet qui la tient fixée au bord interne de la supérieure ; une bride analogue se retrouve dans les familles des Crépusculaires et des Nocturnes chez les Lépidoptères. Si les Aphydiens se lient aux Hyménoptères par la consistance membraneuse de leurs quatre ailes, ils montrent un rapport avec les Lépidop- tères par le crochet que je signale ici et par la poussière écail- leuse qui les couvre parfois en tout ou en partie. Le corselet lie encore les Hémiptères aux Hyménoptères par une concordance de formes. Le premier segment est très petit surtout chez les Aphis. Si dans la plupart les gibbosités tégu- mentaires et ses masses musculaires sont disposées pour l'hori- zontalité des ailes, on voit au contraire chez les Aphis une structure opposée: dans le repos ces organes sont maintenus çn toit très aigu. Un assez grand nombre d'observations anatomiques ont prou- en. morren. -*• Sur le Puceron du pécfar. (ij xé que la structure de leur6 organes digestifs n'est pas éloignée de celle de ces mêmes organes clans beaucoup d'autres insectes. Ou y a trouvé un œsophage plutôt court que long, un estomac mus- culeux, un intestin grêle plus ou moins long, un gros intestin , et des vaisseaux biliaires en petit nombre et s'insérant assez bas sur le canal digestif. Je modifie ces données générales en di- sant que parfois le canal digestif ne présente aucun vaisseau biliaire et que le gros intestin, loin d'avoir plusieurs renflemens, est très simple dans les Aphis. Ainsi, absence de vaisseaux sali- vaires et biliaires, absence de gros intestin à plusieurs renfle- mens; au contraire, présence d'un canal digestif simplement renflé en estomac sous le corselet et en gros intestin dans les derniers anneaux de l'abdomen, voilà la structure qu'offrent les moins composés des Hémiptères, ou mieux les Homoptères. L'appai'eil générateur semble se conserver chez les insectes de cet ordre sur un plan plus uniforme. Si l'on compare eri effet les anatomies de la Nepe cendrée el de la Ranatre linéaire faites par M. Léon Dufour, avec celles de X^iphis que je donne ici, on se convaincra que l'appareil mâle présente outre les or- ganes copulateurs, «les testicules et des vésicules séminales; tan- dis que l'appareil femelle offre des ovaires, et chez les Hémip- tères supérieurs un organe dont le produit lubrifie l'oviducte et les œufs; je dis chez les Hémiptères supérieurs, parce que dans les Aphis cet orgaue n'existe plus. Tous les Hémiptères ne sont pas ovipares ; ce sont les Puce- rons qui nous présentent Foviparité à une saison et la viviparité à une autre. § II. Noies sur la classification des Pucerons. MM. Lepelletier de Saint*Fargeau et A. Serville ont présenté pour le genre des Pucerons plusieurs caractères génériques évi- demment contredits par les caractères spécifiques qu'ils attri- buent aux espèces décrites par eux (1). La synonymie de ces (0 Encyclop, mélhodiq. Entomologie , tom. s, i8a5, art. TucaojD, page a44r*5o. 5. 68 chI mqrrek. — Sur le Puceron du pécher, espèces doit même être revue et corrigée, car il est impossible dans l'état actuel de la science de bien s'entendre sur les espè- ces. C'est ainsi que XAphis pomi de ces auteurs n'est pas le Pu- ceron du Pommier décrit par M. Blot sous le nom de Myzoxy- le (i), ni XAphis mali , ou Puceron du pommier décrit ré- cemment par M. Tougard de Rouen (2). M. Dutroehet, à son tour, nous a fourni des détails anatomiques sur un Puceron du Cichorium intybus sur lequel nos auteurs systématiques sont loin d'être d'accord (3). On ne peut assez attirer l'attention des entomographes sur ce genre intéressant. Aussi, je pense qu'il faudrait adopter la division de Latreille (Familles du Règne animal, p. 428-429), sa famille des Hyméné- lytres et sa troisième tribu des Aphidiens. Après avoir séparé les Aley rodes 3 des Pucerons zt AesMyzoxyles par un autre caractère que celui des métamorphoses complètes ou incomplètes, tou- jours trop difficiles à vérifier sur un individu dont on ne suit pas constamment les mœurs, j'étendrais le genre Myzoxyle à tous les Pucerons à abdomen bituberculé, et je laisserais dans le genre jéphis tous ceux à abdomen bicorniculé. Alors on obtiendrait comme caractères génériques les suivans : Genre Puceron [Aphis). Antennes plus longues que la moitié du corps (4), sétacées, de sept articles dont les deux premiers courts, grenus, le troi- sième cylindrique plus long que chacun des autres, hormis quelquefois le dernier. Bec perpendiculaire ou recourbé sous le corps , naissant de la partie postérieure de la tête ; formé de trois articles dont l'intermédiaire le plus long; conique au bout. (1) Blot. Mém. de la Soc. lion, de Coen. 1824. p. 114. (2) Tougard. Du Puceron lanigère. Ann. de la Soc. d'horticult. de Paris, VoL \i\. p. 34 1- 35o. Juin i834. (3) Dutroehet. Aon. des Se. nat. tom. xxx. p. 204-208. Oct. j833. (4) MM. Lepelletier de St.-Fargeau et Serville disent : antennes plus longues que le corps ; et lorsqu'ils parlent de X Aphis pomi , ils lui donnent comme caractère d'avoir les Antennes de la longueur de la moitié du corps. Quand ils traitent de Y Aphis millefolii, de X Aphis farinosa % de V Aphis tiliœ , on remarque la même contradiction entre les caractères génériques et spéci- rbœ , Corni, Behdœ , Alni, Symphyti, Verbasci , Xjlostei y Eronymi , Ribis, Chenopodii, L mi , Gallarum ulmi , Humuli , Danci, Podagraziœ, Sambuci, Viburni, Rumicis, aceris , platano Us, avellanœ, Quercus, robo- ris; Dryophila, Populi nigree, Bntomi, Dianthi, Lychnidis, Lyth ', Padi, Pruni, Cerasi, Oxya- eanthœ, Mali, Ulmariœ, Rosœ, Tiliœ , Nymphéa, Papaveris, Ni fli, Thlaspeos, Brassicœ, Ra~ vhoni, Juniperi, Craccœ, Sonchi, Lactucœ, Nieracii , Picridis, O >pordi , Acanthx , Serratulœ, Cnici, Absiiithii, Tanaceti , Jacobœ , lifUlefolit, Jaceœ. ( Voyez Schrauk, Fauna boica. •* v«L i" partie dSo,), p. ro 2 -"4. 70 ch. MORiiEff. i — Sur le Puceron du pêcher. § III. — Des émigrations des Pucerons. Il y a bien peu d'auteurs qui aient mis les Pucerons parmi les animaux émigrans. Il est cependant indubitable qu'ils le soient à un très haut degré : les faits suivans le prouvent à toute évidence. L'hiver de i833 à 1 834 fut extrêmement doux; tous les jour- naux nous ont entretenus des phénomènes extraordinaires d'une végétation anticipée. L'été de i834 fut à son tour excessivement chaud et sec ; il se passa des mois entiers sans pleuvoir. En avril et en mai , il y eut bien de fréquens orages et des transi- tions subites du froid au chaud; mais, malgré ces changemens atmosphériques si nuisibles aux insectes, M. Van-Mons prédit (c'est le mot propre), dès le 12 mai, que tous les légumes seraient dévorés par les pucerons, parce que, selon lui, la sève extravasée se serait surorganisée en ces animaux. Je ne suis pas partisan des générations spontanées : je combattis son opinion; mais, je dois l'avouer avec justice, jamais prévision d'horticulteur ne s'est mieux réalisée. (1) En septembre i834, on cura les rivières à Gand; la boue resta pendant long-temps sur les quais et dans les rues. La so- ciété de médecine prévit l'invasion du choléra. A peine deux jours s'étaient écoulés depuis le curage et la retraite des eaux, que l'épidémie commença, Précisément, c'était vers ce temps que parurent pour la première fois les légions du puceron du pêcher, et ces deux phénomènes parurent alors à plusieurs médecins essentiellement liés l'un à l'autre : hoc post hoc, ergo propter hoc , tel est le sophisme dans lequel on tomba. La première mention authentique qui ait été faite de la pré- sence de ce puceron rassemblé en masse, est celle d'une nuée de ces animaux qu'on aperçut le 28 septembre au-delà de Ma- riakerke, entre Bruges et Gand. Le 29, on les vit à Gand vol- tiger par troupes, et en telle quantité, que la lumière du jour (i) Voy. Horticulteur belge, parMorren, tom. 11, xo8«urj ch. morren. — Sur le F } uceron du pêcher ■. 71 en était offusquée. Ils commençaient à voler vers sept heures du matin jusqu'au soir. Sur les remparts, on en observa une masse si grande , que l'on ne pouvait plus distinguer les murs des fabriques et habitations. Des champs de choux en étaient noircis. On se plaignait surtout du mal qu'ils faisaient aux yeux. Le 5 octobre suivant, il y en avait Jrès peu à Anvers; mais quand on passait l'Escaut à la Tète-de-Flandre, on en était inondé. Toute la route d'Anvers à Gand était noircie de leurs innombrables légions; partout on disait les avoir vus subite- ment. Vers la même époque, ils s'étendaient vers Eccloo en masse effroyable ; on devait se couvrir les yeux de lunettes et le visage de mouchoirs , pour se préserver du chatouillement qu'occa- sionnent leurs six pattes. Le 9 octobre , ils s'étaient étendus jusqu'au-delà d'Alost : ils n'avaient pu, ce jour-là , franchir la lisière des collines qui sé- parent le Brabant de la Flandre ; ils étaient acculés entre Moor- sel, Meldert, Afflighem , Hekelghem et Teralphène. Sur les col- lines de ces villages, je n'en vis pas un seul individu; mais à peine me trouvai-je sur le flanc nord -ouest de ces monticules, que le conducteur à qui j'avais donné l'ordre de me montrer de suite les moucherons dont les journaux de la Flandre ne ces- saient de parler, s'écria : les voilàj Et en effet, une nuée nous envahit. A cette époque, on n'avait pas signalé la présence d'un seul de ces individus à Bruxelles. C'est là une observation re- marquable, et qui prouve que ces insectes sont interrompus dans leur marche par des montagnes, des collines, des ondula- tions de terrain , même peu élevées, mais suffisantes pour influer sur le vent. Jusqu'ici nous n'avons constaté que deux directions princi- pales de l'émigration , c'est-à-dire du sud au nord, et de l'ouest à l'est. Mais elle a marché aussi du nord au sud ; témoin ce fait, qu'avant le i3 octobre les pucerons étaient déjà en masse à Tournay. « Vous me demandez , me disait M. Dumortier à cette m époque, des renseignemens sur les pucerons; depuis quelque « temps, il s'en observe ici une quantité innombrable, telle- « meut que les branches et les feuilles des pêchers eu sont tout 72 cir. morren. — Sur le Puceron du pêcher. « couverts; ils volent le soir en immenses tourbillons , ce que je « n'avais jamais observé les années précédentes. » Le 12 octobre, ils envahirent subitement Bruxelles; ils se ruèrent sur le parc en nombreuses nuées. A la même date, ils parurent à Mons, où les journaux les désignèrent sous le nom de mouchettes , apparemment parce qu'ils semblaient éteindre le soleil. De Bruxelles ils marchèrent sur Louvain. « Nous aussi, me mandait M. Van-Mons, nous avons le puceron du pêcher ; nous l'avons cherché sur les feuilles d'autres arbres fruitiers, mais il ne s'y trouvait pas. Ce n'est pas le puceron qui ravage au prin- temps et presque chaque année la feuille tendre et à peine dé- veloppée du pêcher. Celui-ci naît sous l'épiderme de toute la page inférieure de la feuille. Le puceron d'automne est trouvé appliqué contre le nerf médian ou le prolongement du pétiole. Jusqu'alors il est d'un vert pâle; plus tard il devient noir, et semble se partager en individus femelles qui restent appliqués en différens endroits de la feuille, et en individus mâles qui s'envolent. Cet état de choses subsiste encore en ce moment ( a5 novembre). L'animalcule est engourdi , mais à la moindre chaleur il s'éveille, se meut, grandit bientôt, et quitte sa pri- mitive demeure. Le puceron des choux (Kooï murvel en fla- mand (0), dit Mulver s'envole dès l'instant qu'on l'introduit dans une place chaude; il n'en reste pas un seul. Le puceron que vous avez observé ne fait pas friser la feuille, laquelle est trop peu tendre pour se contracter. Sa présence n'appelle pas la vi- site des fourmis , ce qui prouve que la liqueur saccharine qui les attire ne provient pas de l'insecte, mais de la sève de la feuille que le froid avait rendue stagnante, et qui ensuite s'extravase. L'insecte lui-même naît de cette sève. Mon jardinier pense que le puceron provient d'œufs destinés à éclore au printemps pro- chain , et que la chaleur prolongée de l'automne a fait éclore par anticipation et intempestivement (2). L'absence de pucerons à (1) C'est X'Aphis Brassicœde Linné. Faun.Suee. n° t)85. (2) L*s dissections les plus soignées m'ont prouvé qu'en été les pucerons ne pondent pas d'œufs, mais font des petits vivons. Quant à l'origine spontanée des pucerons qui seraient de la eu. morr*:n. — Sur le Puceron du pécher. 7 3 la saison prochaine donnerait quelque consistance à cette vue. Moi, je crois que l'une et l'autre espèces sont spontanées : il y a cette différence, que celle du printemps naît d'un temps chaud qui succède à un temps froid qui déjà avait succédé à un temps chaud , et que l'espèce d'automne prend naissance d'un temps chaud qui succède à un autre temps chaud. L'insecte se nourrit de l'épiderme de la feuille. Nous l'avons la première fois observé il y a cinq semaines (i). lis étaient alors en très grande abon- dance, et toute la face inférieure d'un grand nombre de feuilles en était couverte; ils pullulaient toujours sur les feuilles que la gelée n'avait pas flétries. M. de Koninck les a vus de quatre à cinq jours avant que le temps se soit la première (ois refroidi : ils auraient donc quelques jours d'avance pronostiqué le temps froid. » Le i5 octobre, vers le soir, éclata à Gand un violent orage qui fut suivi de quelques jours de pluie ; les pucerons mou- raient par milliers : on voyait leurs petits cadavres noircir les vitres, les murs, les meubles, etc. Dès cette époque, dans notre ville, ces insectes incommodes disparurent ; de temps en temps, j'en vois encore un ou deux se traîner péniblement sur quelque plante dans nos orangeries ou nos serres tempérées. Dans les autres villes, le froid de l'automne les a tués ; mais avant cette époque, les mères, chez lesquelles il s'opère alors un changement important dans les ovaires, ont pu pondre leurs œufs. Si l'on suit maintenant, la carte devant soi, la manière dont ces insectes ont apparu en différens lieux, on remarque: i° Que partout leur apparition a été subite; 2° Que partout ils ont apparu en masses considérables; 3° Que les dates de leur apparition dans les différentes loca- lités ne sont pas les mêmes, mais qu'elles sont d'autant plus éloignées de la première apparition , que le lieu d'observation sève annualisée, je ne puis adopter cette opinion extraordinaire sans les preuves les plus posi- tives. Je me suis expliqué ailleurs sur cette manière de voir. (Voy. Horticulteur belge, tom. tL p.ioS-rxi). (f ) Donc, vers le ai octobre, c'est-à-dire 8 jours après leur invasion à Bruxelles. 74 cet. morren. — Sur le Puceron du pêcher. est lui-même plus distant de la partie ouest de la Flandre orien- tale, ou peut-être du point correspondant sur la côte de la Flandre occidentale; 4° Qu'ainsi il devient probable que, dans notre pays du moins, l'émigration a eu un centre ou un foyer ; 5° Que ce foyer est un point d'irradiation, puisque des troupes ont émigré vers le nord , vers l'est et vers le sud, l'ouest étant la côte maritime elle-même. Le puceron du pêcher est donc un véritable insecte émi- grant; mais maintenant d'où vient-il? Schrank est de tous les naturalistes celui qui nous donne la description du plus grand nombre de pucerons ; parmi ses soixante-dix espèces, je ne trouve pas notre puceron du pêcher, et même je n'en trouve aucun qui appartienne à cette plante. Aucune autre faune ne m'a démontré que cet insecte fût con- nu ; mais il faut ajouter que ce genre d'insectes a jusqu'ici fixé fort peu l'attention des entomologistes qui s'occupent des espèces. On pourrait m'objecter que si le foyer de l'émigration paraît être entre Gand et Bruges, ou au moins à l'ouest de la pre- mière ville, ce sont les boues des canaux qu'on a curés en au- tomne qui ont servi à donner naissance ou plutôt à favoriser le développement de cette espèce. Je ne saurais être de cet avis, parce que la question des gé- nérations spontanées est aujourd'hui trop éclaircie pour ajouter foi aux organisations des matières inertes en végétaux et aux surorganisations des tissus végétaux en espèces animales. Ces opinions n'ont plus besoin d'être réfutées. Quant à l'influence favorable qu'aurait pu avoir sur le déve- loppement des pucerons le dévasement des canaux, elle me paraîtrait plus probable, si à chaque dévasement nous avions ainsi un foyer de développement pour cette espèce d'insecte ou quelque analogue ; et si l'expérience n'était là pour nous prouver que des espèces de pucerons sont arrivées de fort loin par mer, en certains pays qu'ils ont infectés de leur progéni- ture, et d'où ensuite Us émigrent peu-à-peu. C'est surtout ce ch. morken. — Sur le Puceron du pécher. 75 dernier fait qui me porte à croire que le puceron du pêcher nous est arrivé par une voie semblable. Citons un exemple. Avant 1829, on ne connaissait pas en Belgique le puceron lanigère qui l'ait tant de ravages sur les pommiers. M. Van-Mons ne l'a pas même vu encore dans ses immenses plantations. Avant 1812, cet insecte était inconnu à la France; avant 1787, on ne l'avait pas encore vu en Angleterre; mais cette année-là il y est apporté de l'Amérique septentrionale. Vingt-cinq ans plus tard, il franchit la Manche, se propage dans les départe- mens des Côtes-du-Nord , de la Manche , du Calvados ; en 1818, il fait irruption à Paris , et s'établit dans le jardin du collège de pharmacie; en 1822, il envahit le département delà Seine- Inférieure ; peu de temps après , il gagne celui de la Somme , de l'Aisne, passe la frontière en 1829, et depuis cette époque étend ses ravages jusqu'aux environs de Tournay. M.Tougard,qui fournit ces rènseignemens précieux (1), nous explique parfaitement comment une telle émigration dut se faire : elle a sa source dans l'effroyable multiplication de l'ani- mal. Un puceron lanigère, dit-il, produit dix générations vivi- pares par an , et une ovipare. Chaque génération produit de 90 à u5 individus; terme moyen, 100. Il obtient ainsi la table vante des générations : sut i r0 génération. . . 1 puceron, produit: **«.••.•»'» 100 V . . cent. 3 e 10,000 dix mille. 4". ....... 1,000,000 ......... un million. 5 e . 100,000,000 cent millions. 6 6 1 0,000,000,000 dix billions. 7 1,000,000,000,000. . . . * . Un trillion. 8 e 1*0,000,000,000,000 cent trillions. 9° 10,000,000,000,000,000. ... dix quatrillions. 10 e 1,000,000,000,000,000,000 . . un quintillion. Si on ajoutait à ce nombre , dit M. Tougard , la génération ovi- (r) Du Pucerou lanigère. Aon. de la Soc. d'Horticulture de Paris. Tom. xiv. p. 34r. 76 ch. morren. — Sur le Puceron du pécher. pare de chaque individu, on aurait un résultat trente fois plus fort. Un calcul semblable peut s'appliquer au puceron du pêcher , chez qui la même succession de générations a lieu. On voit donc combien une fécondité si monstrueuse doit fa- voriser l'émigration , si tant est qu'elle ne la nécessite pas. Aussi croyons-nous que si l'histoire de tous les pucerons nous était mieux connue, nous trouverions dans ce genre des exemples nombreux d'émigration. Je ne crois pas que ce soient les boues qui aient favorisé le développement de ces insectes, parce que la vase des rivières ne renferme rien qui ait quelque rapport avec la vie de l'animal ni quelque influence sur ses mœurs. Dès sa naissance, il se nourrit de la sève du pécher, du réséda et de quelques autres plantes à feuilles tendres, et encore , ces plantes sont-elles moins nom- breuses qu'on ne le pense. Mais la température douce de l'hiver i833 à i834, la séche- resse et la chaleur de l'été i834, le grand nombre de jours sans pluie et sans rosée, voilà où je place les principales causes du développement des pucerons du pêcher. L'influence de la tem- pérature sur ces animaux est manifeste; chez les autres puce- rons, et dans les circonstances ordinaires , la femelle pond des œufs lorsqu'elle est ailée, et après un accouplement avec le mâle ailé à la même époque. Cette ponte se fait ainsi à la septième génération pour les uns, à la neuvième ou même à la onzième pour les autres; avant elle, il y a seulement naissance de fe- melles naissant à l'état de larves. Or, chez le puceron du pê- cher, j'ai vu un grand nombre de fois, et j'ai montré le phéno- mène à mon collègue M. Burgraeve , que la femelle ailée et propre à la fécondation ne renfermait point des œufs et n en pondait point, mais qu'elle renfermait des petits pucerons vi- vans qui naissaient tout développés avec leurs pattes , leur trompe et leurs antennes. Ce ne fut qu'en novembre que les femelles sans ailes présentaient des œufs dans les ovaires et les oviductes, et pour cela il fallait un froid déjà assez vif. Il est fâcheux que nous n'ayons point quelques recherches faites en Angleterre sur cetre espèce. Il serait curieux de savoir ch. morren. — Sur le Puceron du pécher. 77 si son développement y a précédé l'émigration sur le continent, car cette espèce pourrait bien nous avoir été amenée d'Angle- terre par un vent de nord-ouest, comme le puceron lanigère le fut en 1812. Ces détails suffiront pour nous convaincre que Papparition du puceron du pécher et la réapparition du choléra dans nos provinces , sont deux phénomènes indépendans l'un de l'autre , mais coïncidant par hasard avec un hiver doux et un été chaud et sec. § IV. — Du Puceron du pêcher considéré comme espèce, et de ses mœurs. J'établis pour cette espèce les caractères suivans : du pêcher. — Aphis persicae. Nobii. Vid. tab. m fig. 1, 2. A. nigro-viridis, nigro maeulata, antennis nigris, corpore longioribus, pedi- bus flavo-nigrescentibus, abdomiue viridi, nigro irregulariler maculato, bicor- nicuîato, corniculis longis. Habit, ad superficiem inferiorem foliorum Amygdali persica?. Autumno. Descriptio. Insectum perfectum, alatum. Mas. Caput transversum, parvum, antice mu* cronatum,nigrum. Antennis corpore longioribus, nigris, setaceis, septem articu- lis, primo, secundo et sexto brevioribus, ultimo filiformi, tertio, quarto, quinto et sexto clavatis. Rostro extremitate inflato, flavo-nigrcscente, basi dilitato, medio elongato, flavo, lateraliter nigro-maculato, ultimo articulo conico, nigro, pilis pau- cis ad latera instructo, thoracis longitudine. Oculis semi globosis, quasi tuberculo minimo instructis, rubris. Thorax supra obsolète triquetrum, nigrum, splendcns,plurimis lineis impres- sis et costis aoticè longitudinalibus, posticè transversis notatum; insertiouibus alarum lt'.teis. Alis corpore duplo longioribus, vitreis, superioribus margine anleriorc ilavo^inferioribus unco ad marginem anteriorem praedilis. Abdomen pentagouum, viridi-nigrum , suprà depressum, bicorniculatum cor- niculis longis, flavis, cylindrico-truncatis ; cauda fusiformi, brevi. JPedibus longissimis, gracilibus, flavo nigrescentibus. Longitudo çorporis : 2 1/2 «iU. ; cum alis 6 mill. 7 8 ch. morren. — Sur le Puceron du pêcher, Fœmina. Caput transversuro, parvum, anlicè suprà truncatum., nigrum. An~ tennis ut in mare, rcstro et oculis ctiain. Thorax ut suprà. Abdomen inflatura , infra globosum, viride maculis nigris irregularibus an- tice et postice adspersum; corniculisj cauda et pedibus ut in mare. Insectum nondum perfectum; viride, flavum, luteum, rubrum aut purpurum; antennis flavis, oculis nigris, pedibus luteo-nigrcscentibus abdomine ssepe flavis maculis notato, corniculis nigris, interdum transversis, caudâ nullâ. Observations» UAplùs persicce doit prendre rang après VAphis rosœ Linn. , avec lequel il a les plus grands rapports. Chez celui-ci , les ex- trémités seules des antennes sont noires, les cornes de l'abdo- men se terminent par une sorte de bouton ; ces cornes sont plus grosses que dans VAphis persicœ ; le ventre a des taches noires sur les côtés dans VAphis rosœ , tandis que VAphis per- sicœ les a en avant et en arrière; chez lui , les taches sont aussi plus irrégulières et plus grandes. Les jeunes pucerons varient beaucoup en couleur, jaunes, verts brunâtres, quelquefois d'un beau rouge pourpre avec des taches jaunes; ils varient après leurs mues successives. J'ai pu observer quelques circonstances de leurs mœurs qui ne doivent pas être négligées. Les pucerons ailés sont embarrassés de leurs ailes dans la marche, et cet embarras les invite à voler. Quand on leur coupe les ailes , ils marchent mieux et plus vite. Us ont de l'attraction vers la lumière; j'en tenais une centaine enfermés dans une boîte pour l'observation , quand je l'ouvrais tous se retournaient du côté de la croisée; dans la chambre ils volent vers les vitres et s'y tiennent constamment. Le soir ils deviennent apathiques et semblent dormir. Au lever et au coucher du soleil ils volent autant que la journée. Ces insectes n'aiment pas l'eau; une gouttelette d'eau les dé- tourne de leur marche. Lorsque la ville était pleine de leurs tourbillons, j'observais dans mon jardin que pendant la pluie tous les pucerons s'étaient réfugiés sur le mur, les vitres et la porte, tous tournés du même côté, la tète au midi, l'abdomen ch. MORBi'ier. — Sur le Puceron du pécher. 79 au nord, mais tous inclinés d'environ 45 degrés sur l'horizon. Les pêchers surtout, les résédas, les choux, quelques géra- niums, des méserobryanthèmes, telles sont les plantes sur les- quelles j'ai trouvé ce puceron. Les pêchers ont leurs feuilles dévorées par ces insectes; ils se tiennent le long de la nervure médiane, à ses deux côtés et le long des nervures secondaires, toujours sur le dessous des feuilles^. Quand ils étaient morts dans les maisons, et que les rues de la ville n'en étaient plus infectées, on les trouvait encore vivans sur les pêchers ; c'étaient là qu'ils faisaient leurs couches. C'est sur les feuilles de cet arbre qu'il faut chercher les petits, et en hiver les œufs déposés sur les jeunes branches. La femelle pond surtout la nuit, un fœtus à-la-fois; quatre fœtus ou plus se sui- vent dans la journée ou la nuit suivante; il y en a qui accouchent ainsi de 7, 8, 10, i4 et jusqu'à 100 jeunes. Quand la femelle est grosse, on peut l'écraser dans l'eau, les petits sortent de l'abdo- men , et ceux qui sont assez avancés restent vivans. J'avais sé- paré des femelles dans des bocaux de verre pour observer leur accouchement; les petits après leur naissance venaient sucer le suc doux et mielleux qui sort des cornicules de l'abdomen", fait observé déjà par Bonnet, et qui nous démontre que quel- ques insectes sont des mammifères dans le sens étymologique de ce mot. Si les fourmis viennent lécher les pucerons pour re- cueillir ce suc doux et sucré, on voit que la nature destinait celui-ci à un but directement plus utile, à la conservation de l'espèce. Quand les pucerons meurent, ils meurertt sur place en res- tant accrochés par les pattes au lieu où la mort les saisit; on les trouve alors avec les ailes plus ouvertes, le ventre rétréci, le corselet jauni, et tout le corps d'une raideur extrême; ils de- viennent cassans, surtout aux ailes. Quand on sépare une patte du plan de sustentation, on enlève d'ordinaire tout l'insecte. Tous ne meurent pas l'hiver; j'en observe encore plusieurs (janvier 1 835 ) qui se traînent péniblement dans les serres tem- pérées et dans les appartenons échauffés, où quelque jeune plante puisse suffire à leur nourriture. 8o en. morren, — Sur le Puceron du pêcher. DEUXIEME PARTIE. ANATOMIE. Je me propose d'exposer dans cette seconde partie les obser- vations anatomiques que j'ai faites sur X ' Aphis persicœ. Cet in- secte, dont le corps chez les plus grosses femelles ne dépasse pas deux millimètres de grandeur ou n'atteint qu'un millimètre et demi chez les mâles, devait nécessairement présenter quel- ques difficultés pour la dissection. Cependant l'opération de- vient plus aisée sous l'eau et à l'aide du microscope simple; les appareils , après avoir été séparés des organes envi- ronnans, ont été soumis au microscope d'Amici, et malgré la perfection de cet instrument et la finesse de mes aiguilles à dis- séquer, je ne suis jamais parvenu à isoler et même à trouver quelques systèmes i portans , comme le système nerveux, le vaisseau dorsal, etc. Ces recherches seraient d'autant plus inté- ressantes que, dans les derniers écrits de MM. Burmeister (i) et Léon Dufour (2), on ne trouve aucun détail sur ces organes chez les Aphidiens. On remarquera cependant que les dissections ont pu me don- ner de meilleures idées sur la structure des appareils génitaux que les divers écrits qui ont été publiés à leur égard ; ces appa- reils éveillent un vif intérêt, puisque la génération des pucerons est encore un de ces mystères inexplicables dont l'histoire na- turelle nous offre plusieurs exemples. M. Devau a même proposé de commencer dans l'histoire des sciences une époque particu- lière qui daterait de la découverte de cette génération ( 1740- 5o), comme la découverte de la gravitation a fait commencer une période nouvelle à la date de i665. (1) Handbuch der Entomologie ton Hermann Burmeisler. Berlin i832. (a) Recherches sur les Hémiplèrqs , par M.Léon Dufour. (Mémoires de l'Iustitul de France; savans étrangers. Sciences mathématiques et physiques. Tom. iv. i833.) cir. mobren. — < Sur le Puceron du pêcher. 81 § I. - — Système tégumen taire. • r Aucun auteur à ma connaissance n'a signalé des détails spé- ciaux sur l'organisation des tégumens chez les pucerons. Ces tégumens sont généralement très mous. Ceux de la tête, des antennes, des pattes et du corselet sont un peu plus durs que ceux de l'abdomen. Mais sur toutes ces parties on découvre un derme membraneux , transparent, et parcouru par une mul- titude de fibres anastomosées dont l'ensemble prend l'aspect d'un réseau. Ces fibres sont-elles des vaisseaux? (pi. 6, fig. a). On a reconnu depuis long- temps que les ailes des insectes sont formées de deux membranes qui se touchent par leur sur- face interne, et entre lesquelles serpentent les nervures, pro- longemens tubulaires dans lesquels on suppose qu'ils existe des vaisseaux et des nerfs (i). Chez X Aphis persicœ les ailes parais- sent très lisses , et si glabres qu'elles réfléchissent une vive lu- mière en même temps que les deux membranes en enclavant une certaine portion d'air, décomposent le fluide lumineux et renvoient ses rayons colorés, de la même manière que le font deux lamelles de mica séparées par un petit intervalle. Mais avec un fort grossissement on aperçoit que l'aile du puceron est par- semée d'une foule de petits points saillans qui imitent autant de papilles (pi. 6, fig. 12). Ces petites aspérités entourent égale- ment la base du crochet conique au moyen duquel l'aile infé- rieure s'accroche au bord de la supérieure. Quand on dépouille l'aile d'un papillon des lamelles écail- leuses et pédiculées qui donnent à l'organe du vol ses brillantes couleurs , on aperçoit que le support de chaque lamelle corres- pond à une petite excavation d'attache. La poussière colorante existe aussi chez quelques insectes voisins des Aphidiens, et nous voyons chez les Aphis proprement dits le commencement de (1) Straus-Durckbeim. Considérations générales sur l'anatoraie compavéo des animaux arti- culés. i8a8. p. 108 et ua. VI. Zoor.. — . Août, , fi 8a ch. morren. — Sur le Puceron du pêcher. l'organisation des ailes poudreuses ou le passage de celles-ci aux ailes nues. L'appendice anal de YAphis roscê est allongé, e'troit , et armé de six paires de poils ou soies ,• celui de X^4phis persicœ est court, plus ou moins triangulaire, et n'a que trois paires de poils ou de soies recourbées (pi. 7, fig. 8 a). § fi. — Appareil digestif. Le suçoir du puceron du pêcher est allongé et formé princi- palement de trois articles, dont le premier ou celui de l'extrémité libre est conique, court', armé de poils rares et latéraux; le se- cond est le plus long, un peu en massue, aplati d'un côté; le troisième est très large et forme la base de tout l'organe. Ramdohr nous a donné une figure et la description du canal digestif de YAphis mail (1). M. Léon Du four a disséqué l'appa- reil digestif des Aphis rosœ, papaveris, longipes, pini maritimœ, et a figuré cet appareil pour les trois premières espèces (2). Mes observations s'accordent parfaitement avec celles de ces auteurs. On ne découvre pour tout appareil de la digestion chez les pucerons qu'un canal renflé dans deux de ses portions, trois fois plus long que le corps , mais dépourvu de toute glande salivaire et de tout vaisseau biliaire. Cette absence constitue pour M. Léon Dtifour non-seulement le caractère anatomique le plus distinctif de la famille des Àphi- diens, mais encore une exception unique chez les Insectes. Chez le Lombric terrestre on voit disparaître aussi les canaux biliai- res, mais chez cette annélide (3), comme chez les Anatifes (4), (1) Ab handlung ûber die verdauungs werkzeuge der Insectcn von Kafl Ramdohr. Halle" 1811. p. 198. Tab. xxvr. fig. 4. (2) Rech. sur les Hémiptères, p. 242-245. Pi. ix, fig. 114, ttV t 116, 117. — Pi. xvil, fig. 192. (3) De Lumbrici terrestris historia natnrali necnon Anatomia, auct. Car. Morren. Brux. 1829. p. i38-i44. ' (4) De l'organisation de< Cirrbipèdes et de leurs rapports naturels avec les animaux articulés, par M. Martin Saint-Ange. Paris, 1834. en. mojiren. — » Sur le Puceron du pêcher. 83 le canal intestinal devient épais, se double d'un typhlosole, et semble retrouver un foie dans une duplicature particulière de ses parois. Chez les Apbidiens le tube digestif reste musculo- membraneux, et conserve une organisation fort délicate. Il faut donc que la sève des plantes pour ces animaux puisse facilement s'assimiler en leur propre substance, et cette simplicité extrême dans l'appareil de la digestion ramène ces singuliers insectes bien près des Hydres, avec lesquels on ne leur aurait reconnu aucun rapport sans le secours de i'anatomie comparée. Dans XAphis persicœ l'œsophage est capillaire, filiforme, court. Quand l'estomac est presque vide, on remarque en avant et immédiatement après son origine cardiaque, un léger étran- glement comme indice faible d'un gésier (pi. 6, fig. 3); mais quand l'estomac est plein, ce trait s'efface, et alors l'organe a plus d'analogie avec celui de XAphis mali figuré par Ram- dohr. L'estomac des pucerons du pavot et de la rose , figuré par M. Léon Dufour, est turbiné ou ovoïde. Celui du puceron du pêcher a cette forme quand il n'est pas gorgé d'alimens. Dans ce dernier cas il est plus ou moins allongé et cylindrique (pi. 6, «g. 5). Le canal intestinal est plus long dans XAphis persicœ que dans les A. papaveris et Rosœ; mais il se rapproche plus de la longueur de celui de XA. mali. Ce canal est tout-à-fait cylin- drique vers le bas; il se termine chez le puceron du pommier par un gros renflement cœcal. Ramdohr le figure plus volumi- neux que l'estomac lui-même. M. Léon Dufour dit que cette poche est remplie d'une humeur excrémentitielle limpide, et figure l'organe plus allongé et presque aussi gros que l'estomac chez les pucerons de la rose et du pavot. Sur le puceron du pêcher j'ai constamment trouvé ce cœcum très allongé , un peu plus large que l'intestin , mais ne s'approchant jamais du volume de l'estomac; la portion rectale qui le termine est plus mince que l'intestin. Cette considération mérite de l'attention parce que je crois que la structure du canal digestif en a im- posé à un auteur célèbre, dans l'explication qu'il a voulu don- ner de la génération des pucerons. 6. 84 CH. morren. — Sur le Puceron du pêcher. M. Straus a mentionné chez le Hanneton des vaisseaux qu'il prétend être urinaires, et qui s'ouvriraient dans l'intestin ; leur produit serait surtout abondant dans le passage de la nymphe à l'état d'insecte parfait , et ce serait lui qui constituerait le meco- nium blanchâtre que les insectes parfaits lâchent en si grande abondance après leur dernière métamorphose (i). Bonnet croyait que les pucerons avaient aussi de l'urine ; il prenait pour telle la liqueur qui sort des cornicules abdominales; liqueur sur laquelle ce naturaliste philosophe a émis les idées les plus contradictoires. L'urine, selon lui, sortirait même des pores du corps et se figerait en fils, ce qui formerait le duvet de quelques pucerons (2). Les dissections m'ont démontré qu'il n'y avait aucune communication entre l'appareil des cornicules et celui de la digestion , et rien ne m'autorise ainsi à reconnaître chez les pucerons le moindre vestige d'organes urinaires. § III. — Organes génitaux. C'est à propos de la génération que les pucerons excitent le plus vif intérêt. Neuf ou onze générations qui se suivent sans le concours de mâles chez des espèces où il y a deux sexes diffé- rens, et autant de successions de femelles sans qu'aucun mâle naisse parmi elles; voilà,' sans contredit, un de ces phéno- mènes étranges où l'esprit s'abïme, et devant l'explication du- quel on recule malgré soi. Certes on a dû s'imaginer qu'ici du moins l'anatomie, l'autopsie des diverses espèces auraient sou- levé un coin du voile, et qu'on aurait mis le doigt sur la cause en disséquant l'animal ; mais il n'y a là que le doigt de Dieu, et quand on a mis à nu les organes intérieurs, on reste encore plus confondu qu'auparavant devant l'élrangeté du fait. Goè'dart, peintre de Midelbourg, assure que les pucerons naissent d'une humeur que les fourmis déposent sur les saules et autres arbres : « Nascuntur illœ ex- humore quodam quern (t) Straus. Ouvrage cité, p. 269-272. (2) Bonnet, OEuvres d'Histoire naturelle et de Philosophie, totrt. 1, p. 22. en. morren. — Sur le Puceron du pêcher, 85 formicœ in... virgulta excernunt, quique solis calore fœtus in viva hœc exit animalcula (i). Leuwenhoëck, le premier, ouvre le corps des pucerons femelles et y découvre des petits prêts à naître et tout formé». 'Réaumur soupçonne la viviparité de ces insectes, tandis que de La Hire observe qu'ils pondent des œufs lorsqu'ils sont ailés et que les œufs ne donnent que des indivi- dus aptères. Bonnet établit par ses belles recherches que les pucerons isolés et séquestrés produisent sans le secours de la fécondation une longue succession de femelles, et qu'après un certain nombre d'accouchemens l'oviparité revient. Les œufs ne se sont pas ouverts pour cet illustre naturaliste, mais Lyoneta vu éclore ceux du puceron du chêne. Réaumur croit aussi que les pucerons sont hermaphrodites. Aucune recherche intéressante n'est faite sur l'anatomie de ces animaux jusqu'en 1 833, époque à laquelle M. Dutrochet a publié ses Observations sur les organes de la génération chez les Pu- cerons (2), et M. Léon Dufour ses Recherches sur les Hémip* tères (3). M. Dutrochet a fait ses observations sur le puceron de la chicorée sauvage {Aphis cichorii intybi) 7 et M. Léon Du- four a disséqué seulement les organes femelles du puceron de la rose; son travail est incomplet et ne décide rien sur la singu- lière reproduction des Aphidiens. D'après cela on peut résumer les opinions des naturalistes sur la génération des pucerons en ces trois systèmes : i° Ou les pucerons sont hermaphrodites, 2 Ou leur génération est spontanée, en ce sens qu'ils nais- sent les uns des autres, sans accouplement immédiatement préa- lable ou sans le secours des mâles , c'est-à-dire sans fécondation. 3° Ou le dernier accouplement féconde toutes les générations des femelles, qui se suivent de neuf à onze fois, et le pouvoir fécondant se transmet d'individu à individu par parenté, mais de manière à ne produire que des femellei jusqu'à la neuvième (1) Metamorphoseos et historiac naturalis pars sec. de Iuscctis, auctore Joanne Goedartio. Medioburgi. p. 75. Experimentum xxii. (1) Annales des Sciences naturelles, p. ao4. tom. xxx. Octcbre i833. (3) Mémoires de l'Institut (savans étrangers), Scienc. phys. et math. tom. it.' 86 en. morrïn. — Sur le Puceron du pécher. ou onzième génération, où des nouveaux mâles naissent , dont le secours devient nécessaire pour féconder les successions suivantes de générations. La première opinion est celle de Réaumur; elle est insoute- nable. La seconde opinion paraît être celle de M. Léon Du four. La troisième est celle de M. Dutrochet. M. Dutrochet a fondé son opinion sur la structure des or- ganes. Il a trouvé que l'appareil mâle se composait de chaque côté de quatre vésicules qui aboutissaient à un canal déférent commun; ce canal se joignait à celui du côté opposé pour for- mer un canal unique. L'appareil femelle était formé d'un ovaire composé de dix branches; chaque branche est moniliforme et constituée par six renflemensdans lesquels il a aperçu les fœtus. Au-dessous de la jonction des ovaires avec l'oviducte, il a trouvé un canal assez long conduisant aune vésicule, et sur la figure il représente l'extrémité de cette vésicule armée d'un petit ap- pendice terminal. Au premier instant on aurait pu prendre cette vésicuie pour un organe préparateur de la semence, et la fe- melle serait devenue hermaphrodite; mais alors on ne voit pas « pourquoi les pucerons se passeraient d'accouplement pen- dant l'été, et en auraient besoin en automne : leur prétendu organe mâle cesserait donc alors de remplir ses fonctions. » D'ailleurs une poche semblable existe chez d'autres insectes, et on la croit destinée à sécréter la matière visqueuse avec laquelle les œufs se collent aux corps sur lesquels la femelle les dépose. Ici je ne puis m'empêcher de faire observer qu'il est assez sin- gulier que les femelles qui ne pondent pas des œufs r mais des petits vivans, aient un appareil sébifiqueà leur oviducte.M. Léon Dufour n'a point trouvé cet organe sur les aphis qu'il a dissé- qués. « Dans les pucerons, dit cet auteur (i), qui sont décidé- ment vivipares, et chez lesquels^ par conséquent, un appareil organique propre à sécréter un vernis pour les œufs eût été su- perflu , la glande sébifique manque absolument. » (i) Ouvrage cité, p. 3»a. ch. morrln. — S/// 1 le Puceron du pêcher, 87 Il suffira d'exposer ce que j'ai vu sur Xaphispersicœ pour con- vaincre le lecteur que mes observations 1 sont sensiblement dif- férentes de celles de M. Dutrochet. Cela peut tenir à la diffé- rence des espèces que nous avons examinées; mais il est fort singulier que çle telles anomalies se présentent dans un genre si naturel. 1 . Appareil mâle. 11 est formé à sa partie supérieure de quatre testicules qui chacun ont la figure d'une petite sphère; ces testicules sont ré- unis deux à deux par un petit pédicule et forment bientôt un canal déférent. D'autres fois , et cela est assez commun , il y a cinq testicules, dont un ou deux plus petits, et alors le cordon qui réunit les pédicules des testicules passe de droite à gauche sans interruption , et l'appareil mâle figure un cercle continu, (pi. 6,fig.3 et 4). Chaque testicule sphérique est blanc et donne par le moyen de son pédicelle dans le cordon déférent; celui-ci est long, des- cend verticalement de chaque côté du canal intestinal , et four- nit une vésicule séminale vers le bas , avant sa réunion avec celui du côté opposé pour former le canal éjaculateur. Cette vésicule est allongée , cylindroïde, obtuse à son sommet; on voit dans son intérieur deux surfaces glanduleuses destinées à sé- créter une matière qui doit diluer le sperme. Elle donne dans un canal cylindrique au-dehors, sinueux dans sa cavité interne (pl.6, fig.4)- Au-dedans de chaque testicule , j'ai aperçu des masses arron- dies d'un sperme très dense. En ouvrant la cavité de l'organe, ces masses en sont sorties et se sont diluées dans l'eau du porte- objet. Elles ne montrent en dernière analyse que des* animal- cules spermatiques globulaires qui se meuvent avec facilité. (pl.6,fig. 7). Ainsi l'appareil mâle des pucerons rentre dans le type géné- ral des Hémiptères. Je ne connais aucun ouvrage où la structure des organes mâles de ce genre ait été exposée ; car on voit main- tenant que la vésicule trouvée par M. Dutrochet sur la femelle 88 crr. morrkn. « — Sur le Puceron du •pêcher. existe an contraire chez les mâles. Nous verrons que nous ne l'avons pas trouvée chez les femelles. 2. Appareil femelle. Sur XAphis rosœ 3 IM. Léon Dufour a trouvé , dit-on , douze ovaires sans ligament suspenseur, et dont chacun était com- posé de cinq ou six loges diminuant successivement de volume à mesure qu'elles étaient plus haut , celles du bas renfermaient des fœtus bien reconnaissables à leurs deux yeux noirs. Je rap- pelle ici que M. Dutrochet a trouvé dans le puceron de la chi- corée un ovaire à dix branches renfermant des fœtus d'autant plus gros, qu'ils sont plus près de l'oviducte, et que dans Cet oviducte se débouchait le canal d'une vésicule sébifique. Dans le puceron du pêcher, il y a un ovaire à huit gaines ovi ou fœtigères. Durant l'été, et même pendant que la femelle était ailée, il y avait des fœtus dans ces gaines. Prenons d'abord ce premier état. Ces gaines sont moniliformes, formées de trois ou tout au plus de quatre loges. Les loges sont plus ou moins sé- parées par des conduits filiformes. Celles du haut sont sphé- riques, petites; celles du milieu ovoïdes, et celles du bas presque cylindriques et très longues. Dans les premières, un fort grossis- sement fait reconnaître un œuf formé de globules réunis et sans aucune enveloppe apercevable. Dans les loges du milieu , ces œufs s'allongent et deviennent insensiblement des fœtus. Enfin, dans les loges du bas , on voit vers le haut des fœtus où l'on re- connaît les yeux et un étranglement pour la tête (pi. 7, fîg. 1). Quelquefois deux fœtus sont accolés l'un à l'autre au haut des loges inférieures (pi. 6, fig. 6). C'est toujours dans les loges près de l'oviducte que se fait le développement fœtal. Le fœtus n'a d'abord qu'un étranglement céphalique où les yeux sont dis- tincts. Peu après les pattes deviennent visibles (pi. 7, fig.i, A, B); le corps s'allonge, ses divisions se prononcent, les pattes s'al- longent aussi (pi. 7, fig. 1 , C) ; enfin le bec est bien visible, il est énormément développé ; sa pièce basique est formée de trois portions ; l'échancrure du front se prononce ; les antennes ont ch. MOiuiEN. — Sur le Puceron au pêcher. 89 leur article frontal; les pattes montrent leurs articulations; leur tarse a deux crochets, etc. Le fœtus est parfait (fig. 1, D, E) ; quand on le libère, il ouvre ou étend ses membres. En automne , et même lorsque la femelle ailée avait produit d'autres femelles dont les ailes ne se développaient plus ( phé- nomène fort remarquable chez ces insectes, puisque les auteurs assurent que ce sont les insectes ailés qui s'accouplent), l'appa- reil femelle était bien changé (pi. 7 , fig. 3). Les gaines ovigères méritaient bien ce nom , car on n'y voyait plus aucun fœtus. Chacune d'elles était rigoureusement compo- sée de trois loges dont la première ou terminale était enflée, sphérique , et remplie de douze à vingt-quatre petits œufs bien formés, jaunes au centre, blancs à la périphérie (pi. 7, fig. t\, 5, 6, A). Ces œufs descendaient dans la seconde loge, et là s'allongeaient et prenaient plus de volume; mais en général, ne se revêtissaient de leur enveloppe dure que dans la troisième où dernière loge, que dans toutes les femelles on trouvait occupée par un œuf fort grand, ovoïde, verdâtre(pl.7,fig.8E, pi. 6, fig. 8). Ces œufs s'y couvraient en même temps de la liqueur sébifique, car on en voyait quelques-uns pourvus d'un petit appendice destiné à les fixer au corps sur lequel la mère les aurait pondus (pi. 6, fig. 8). Cet appendice était muqueux et venait d'une liqueur visqueuse épaissie. J'ai dessiné (pi. 7, fig. 4) l'ovaire avec des œufs; au centre, on voit la terminaison du canal digestif avec le cœcum, et un petit bout de l'intestin. Si cet organe était resté adhérent à l'appareil femelle de XAphis cichorii , il aurait bien pu produire l'illusion dont j'ai parlé , et la glande sébifique ne serait ainsi que l'extré- mité de l'appareil digestif. Il est maintenant facile de se convaincre de l'impossibilité ab- solue d'admettre l'hermaphrodisme chez les Pucerons femelles , et l'opinion de Réaumur doit être complètement abandonnée. Quant à l'opinion suivant laquelle on regarde les Pucerons comme les résultats d'une génération fécondée à l'avance dans ses aïeux de la neuvième ou de la onzième génération antérieure, il est bien difficile de plier son esprit à une telle hypothèse ; car, après tout, la onzième génération n'existait pas au moment de la fé- go ch. morhen. — Sur le Puceron du pécher. condation de la première>Nous voyons dans les premières loges des gaines de l'ovaire , ou des fœtus ou des œufs naître d'emblée et se former de toutes pièces. A dire vrai , je me refuse à émettre une opinion au milieu d'un tel dédale, et je tiens pour plus philosophique d'avouer son ignorance dans un phénomène où la nature nous refuse même l'apparence d'une explication. S'il fallait une explication à toute force, j'admettrais que la génération se fait ici comme chez quel- ques Entozoaires, par individualisation d'un tissu précédem- ment organisé. La génération n'est pas pour cela spontanée : une génération spontanée doit être la production d'un être or- ganisé de toutes pièces , lorsque des élémens inorganiques se réuniront pour produire un animal , une plante. Cette généra- tion est impossible, et n'a jamais lieu. Une génération équi- voque est celle où des tissus organisés préalablement par un être déjà pourvu de vie, % individualisent , c'est-à-dire se sépa- rent de la masse commune et participent encore, après cette séparation, de l'état dynamique de la masse, c'est-à-dire de sa vie, mais à son propre profit. C'est ainsi qu'un tissu produit un Entozoaire. C'est de la vie continuée. Mais supposez que la vie ait assez d'énergie pour imprimer au tissu qui s'individua- lise, la forme de l'espèce productrice, et vous avez la généra- tion des pucerons. Cette énergie se perd au bout de quelques générations, et une nouvelle impulsion devient nécessaire, c'est celle du mâle. Voilà, à tout hasard, une hypothèse que dans ma jeunesse j'aurais embrassée avec plaisir; mais aujourd'hui je préfère dou- ter r les faits que j'ai exposés plus haut valent mieux qu'une théorie. § IV. — Système respiratoire et organes de sécrétion. i M. Le'on Dufour déclare , dans son travail sur les Hémiptères, que « l'insuffisance de ses instrumens amplifians ne l'a pas mis à même de constater l'existence des stigmates dans les puce- en. MOimEX. — Sur le Puceron du pêcher. 91 rons » (1). Long-temps avant les travaux de ce judicieux ob- servateur, Ch. Bonnet avait trouvé les stigmates sur le puce- ron du fusain. Ils sont situés latéralement au nombre de six paires, et dans la ligne des cornicules, ce qui faisait penser à l'illustre philosophe genevois que les petites cornes abdomi- nales pouvaient bien être en partie des organes de la respira- tion (a). Il s'appuie sur l'analogie qu'offrent ces organes avec d'autres appendices évidemment respiratoires, sur la projection du fluide sucré et sur les mouvemens de balancement que les pucerons exécutent en masse pour lancer cette matière. Après cela, Bonnet soupçonne que la respiration pourrait bien ne servir qu'à l'éjaculation de cette liqueur sucrée qu'ailleurs il prend pour de l'urine. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'anato- mie confirme entièrement les prévisions de Bonnet sur la na- ture des cornicules. Ces organes sont évidemment des appen- dices du système respiratoire. En effet, ces appendices tubulés de M. Léon Dufour, ces pe- tites cornes ou cornicules des anciens, ces siphoncles de plu- sieurs auteurs, sont des prolongemens de l'avant-dernier an- neau du corps. En dedans, on remarque un lacis considérable de trachées qui partent du point auquel vient abouti)' la côrni- cule (pi. 7, fig. 7, 8). La côrnicule n'est qu'un stigmate pro- longé, et il devient évident que c'est fair de ces trachées qui repousse le fluide dont cet appendice est souvent rempli, tan- tôt sous la forme d'un filet continu (fig. 7), tantôt sous celle de plusieurs bulles (fig. 8). A la base de ces cornicules, on voit une glande (fig. 7, a) qui sécrète la liqueur sucrée; celle-ci se répand sans doute dans le canal excréteur (la côrnicule) en même temps que l'air de l'intérieur peut passer dans sa cavité. La liqueur visqueuse est ainsi éjaculée pendant l'expiration. J'ai vu plusieurs fois de jeunes pucerons sucer le bout de ces cornicules en y plongeant leur bec. Cela est arrivé chaque fois que je faisais accoucher des femelles dans des bocaux sans au- (1) Ouvr. cité, p. 387. (a) Bonnet, Œuvres, tora. t, p. i5. 92 ch. morren. — Sur le Puceron du pêcher. cune feuille de pêcher qui pût servir de nourriture aux jeunes et à la mère. Or, une glande placée à la surface du corps, armée d'un canal excréteur et sécrétant une liqueur sucrée destinée à nourrir les jeunes, est en définitive une mamelle. Ce rapprochement entre les Mammifères et les Hémiptères est aussi inattendu que celui qui semble exister entre les Dorthe- siesy autre genre de cette classe d'insectes et les Marsupiaux , par l'existence d'un sac prolifère où les petits peuvent rentrer après leur naissance. La nature se joue tous les jours de nos spéculations. EXPLICATION DES PLANCHES. Les grossissemens sont marqués à côté de chaque figure par une fraction dont le numéra- teur exprime l'agrandissement et le dénominateur l'unité ou le diamètre naturel. Toutes les figures où le pouvoir amplifiant ne dépasse pas 4g sont faites à la loupe montée de Raspail ; les autres sont dessinées au microscope d'Amici armé de sa caméra lucida. PLANCHE 6. Fig. 1. Femelle vue en dessous. Fi g. a. Mâle vu en dessus. Fig. 3. Tête vue en dessous et canal digestif avec l'appareil mâle. Fig. 4. Appareil mâle avec une seule vésicule séminale. Fig. 5. Tête vue en dessous et canal digestif avec l'appareil femelle. Fig. 6. Appareil femelle isolé et dépouillé de ses sept grands fœtus, dont un, le huitième, est conservé. Il y avait 28 fœtus dans cet appareil. Fig. 7. Amas spermatiques isolés avec les animalcules. Chaque poche testiculaire renferme quelquefois de 7 à 9 de ces amas. Fig. 8. OEufs libres ou pourvus d'un petit appendice a. Fig. 9. Portion du derme tégumentairè. Fig 10. Aile supérieure. Fig. 11. Aile inférieure avec son crochet. "* PLANCHE 7, A. Fig. 1. Divers états de fœtus pris dans les loges de l'ovaire. Fig. 2. Petit dessiné le jour de sa naissance , 12 heures après l'accouchement. Fig. 3. Femelle remplie d'œufs. Fig. 4. Appareil femelle ovigère; a. Loges près de l'oviducte ayant chacune un œuf vert bien formé ; b. Secondes loges ordinairement vides ; c. Troisièmes loges renfermant des œufs très petits: d. Portion cœcale de l'intestin. Fig. 5. Petits œufs des troisièmes loges isolés. Fig. 6. Une gaîne de l'ovaire isolée; a. Loge terminale sphérique ayant dans son intérieur une foule de petits œufs ; b. Loge intermédiaire paraissant vide ou pourvue d'un œuf c plus grand que ceux de la dernière loge; d. Dernière loge ayant un grand œuf e± dugès. •— Nouvelle espèce d'Actinie* g3 Fig. 7. Avant-dernier anneau du corps ouvert; a. Glande du fluide mielleux; b. Son canal excréteur ou cornicule; c. Son ouverture terminale; d. Lacis de trachées tubulaires se rendant à la cornicule. Fig. 8. Appendice anal et cornicule; a. Appendice anal; b. Pièce de l'avant-dernier anneau de l'abdomen; c. Cornicule; d. Bulles d'air venues des trachées; e. Glande dans laquelle plonge la cornicule. Fig. 9. Crochet plus grossi. Note sur une nouvelle espèce d'Actinie y Par M. Dugès, de Montpellier. Une circonstance qui peut servir à prouver combien les pro- ductions marines de nos côtes sont encore peu connues, mal- gré les nombreuses visites qu'elles ont reçues des zoologistes ; combien elles auraient besoin d'être explorées encore par des observateurs habiles, c'est celle qui va nous occuper un instant. Rondelet a donné sous ce titre : -De utricce quarta specie , la figure grossière, mais reconnaissable , d'une Actinie qui enve- loppe fréquemment, dit-il, les coquilles, et surtout celle des pourpres; si je ne me trompe, cette Actinie n'a plus été recon- nue depuis cette époque, quoiqu'elle soit des plus communes, et que souvent chaque coup de filet de nos pêcheurs en ra- mène des centaines avec les fucus. Du moins , l'Actinie que je vais décrire et que j'ai ainsi recueillie et reconnue conjointe- ment avec le savant professeur Lichtenstein de Berlin, me pa- raît pouvoir être rapportée à celle de Rondelet, en raison des filamens violacés qu'elle laisse fréquemment échapper , et dont la couleur brillante excitait l'admiration de ce célèbre icthyo- logiste , et en raison aussi de ses habitudes ; il est vrai que les sujets soumis à mon observation, beaucoup plus petits, plus jeunes sans doute que celui qu'a représenté notre ancien com- patriote , n'offraient point la rigidité, l'épaisseur qu'il attribue à sa quatrième espèce d'ortie de mer; mais il est plus certain en- core que ni Tune ni Vautre, si ce n'est pas la même espèce, ne 94 dugès. — Nouvelle espèce d'actinie. saurait être rapportée à XActinia effœta comme l'a pensé Cu- vier. Celle-ci n'est point rare clans la Méditerranée; elle adhère aux pierres, aux fucus, aux huîtres; mais je ne l'ai jamais vue sur des coquilles turbinées , ni avec la forme et les couleurs de celle qui nous occupe ici, et que nous nommerons Actinie parasite. Nous ne l'avons rencontrée que sur des coquilles habitées par des pagures, autrement dits Bernard-l'Hermite. Toujours la bouche duzoophyte répondait vis-à-vis de celle du crustacé, sans doute pour profiter des débris qu'il laisse échapper du reste de ses repas. Le centre de l'Actinie parasite est donc fixé sur le dernier tour de spire de la coquille, près de son ouverture et du côté de la columelle; mais ce n'est là qu'un centre idéal, car le corps s'étend en s'amincissant sur le reste de la coquille qu'il enve- loppe souvent en totalité comme un manteau; d'autres fois, cette mince enveloppe laisse passer le sommet de la spire, sur- tout si elle est Conoïde (fuseau, vis, etc.) et non arrondie comme celle des natices. Dans tous les cas, les deux larges lobes formés par l'épanouis- sement du corps se rencontrent au moins dans la majeure par- tie de leur étendue, et non-seulement se touchent, mais en- core s'agglutinent assez solidement en formant, du côté op- posé à la bouche, une suture longitudinale sous forme d'une ligne enfoncée. Détachée de la coquille après qu'on a rompu cette suture, l'Actinie parasite présente donc une forme assez irrégulière; elle n'offre une épaisseur notable qu'au voisinage de la bouche. Celle-ci est entourée de nombreux tentacules ou barbillons, creux et peut-être perforés au bout. Quant aux filamens pour- pres que Rondelet a cru voir sortir de la bouche, c'est par des pores nombreux, disséminés à la surface du corps, qu'ils s'é- chappent. Ces pores sont eux-mêmes colorés en violet brillant durant la vie, et forment un semis de gros points pourpres qui tranchent sur le fond blanc laiteux de la peau, laquelle brunit seulement par degrés à mesure qu'on se rapproche de la péri- phérie. Cette espèce n'est certainement pas la seule qui laisse dugès. — Nouvelle espèce d'Actinie. q5 ainsi échapper ces filamens qu'on regarde comme des ovaires (Cuvier) par des ouvertures plus ou moins éloignées de la bou- che; mais rarement sont-elles ainsi disséminées : je n'en ai trouvé qite sur la moitié de la surface la plus voisine de la bou- che dans XActinia e/fœta. Si on cherche ces filamens par la dissection , 01. les trouve à l'intérieur du corps dans des loges longitudinales et étroites, où ils sont tortueusement repliés. Ces loges, séparées par des cloisons, donnent à la surface de l'Actinie un aspect cannelé qui devient surtout remarquable quand la pièce a été conservé dans l'alcool , où elle prend une teinte uniforme et brunâtre. De nombreux corpuscules hya- lins, de forme allantoïde , sont sortis de ces loges ouvertes sous le microscope. Etaient-ce des œufs? Je n'en ai point trouvé dans les filamens pourpres et vermiculés. Nous ne terminerons pas sans faire ressortir encore cette singulière association de deux animaux si différens, et qui pa- raissent avoir pris ensemble un accroissement simultané. Nous avons vu quel profit le Radiaire peut gagner de cette association ; le Crustacé n'y gagne pas moinst, En effet, ce n'est pas seulement la coquille que l'Actinie re- vêt de son manteau; elle enveloppe un espace souvent deux ou trois fois plus grand que cette coquille qui ne peut renfermer que le bout de la queue d'un hermite arrivé à l'état d'adulte. Cet agrandissement pjrmet à l'animal de conserver le même loge- ment qui le contenait tout entier dans son enfance ; mais c'est dans l'espac ecirconscrit par l'Actinie qu'est contenu le corps du Pagure et que sont enfermés ses œufs en masse considérable* On pourrait croire que le Crustacé n'est pas bien solidement garanti par un semblable vêtement, puisque son thorax même est fort mou; mais une production de couleur brune, de con- sistance cornée, garnit intérieurement toute la portion du zoo- phyte qui n'est pas en rapport avec la coquille : l'embouchure de celle-ci se trouve ainsi prolongée par une expansion un peu moins dure il est vrai, et qu'au premier abord on pourrait prendre pour un ramollissement du dernier tour de spire, car elle suit aussi la forme spirale dans son développement déter- miné sans doute en cela par l'obliquité native du pagure même: 96. dugès. — Nouvelle espèce d'Actinie. on reconnaît toutefois sans peine que c'est une addition à la. coquille, et non une détérioration partielle; il suffit pour cela de les détacher l'une de l'autre. Cette production cornée est l'ouvrage de l'Actinie ou du pagure? C'est indubitable- ment à la première qu'il faut l'attribuer; car elle y adhère fortement , et les stries transversales de cette expansion comme épidermique répondent évidemment à la forme du bord du manteau constitué par son corps ; un épiderme semblable, mais seulement moins épais et moins consistant, se retrouve d'ail- leurs le plus souvent aussi entre elle et la coquille. On peut ob- server encore, relativement à cet objet, i° que les pagures vi- vant dans une coquille nue , ne se fabriquent jamais un prolon- gement semblable; i° que dans les masses d'alcyons ou de thethyes (Aldrovande, De Lamarck, etc. ) qui encroûtent sou- vent les coquilles habitées par les Crustacés, et qui amplifient de même leur demeure en constituant au-delà de son embou- chure une caverne proportionnée à la taille de l'habitant , on ne trouve point non plus ce prolongement cornéo-membra- neux ; 3° enfin qu'on l'a rencontré au contraire autour des glands de mer (Lepas), sur lesquels notre Actinie ou quelque espèce voisine paraît s'établir aussi parfois en parasite : c'est du moins ce qui me semble ressortir du passage suivant que j'em- prunte à Jonston : « Datur et in lepade nota (Urtica) de quâ « ferrantes imperatus ita scripsit : in dorso esse sex rimas stel- « lam amulantes : in medio dorsi figuram purvam cum figura « quâdam inclusâ , conchae rhomboïdi simili , sustinerique a « lateribus lepadis mediante membranâ continua, et cavitatem « quœ est in animali non habere aliud intermedium quam mem- « branam. A parte anteriore conspici fructum lepadis, instar « penicilli pictoris in se revoluti. » EXPLICATION DE LA PLANCHE 7 C. fig. 1. L'Actînie parasite. de blainville. — Sur le genre Chionis. 97 Extrait du mémoire sur la place que doit occuper dans le sys- tème ornithologique le genre Chionis, ou Bec-en-Fourreau; Par M. de Blainville. Lu à l'Académie des Sciences le 16 août i836. Parmi les genres d'animaux dont la place dans la série zoo- logique est encore douteuse, genres dont le nombre diminue cependant tous les jours, à mesure que les collections se complè- tent ou s'enrichissent d'une manière plus convenable, l'un des plus controversé est sans aucun doute celui que constitue cet oiseau d'un blan de neige, à ailes aiguës, à jambes peu élevées, à bec solide, épais, conique, et comme revêtu d'une sorte de gaîne à sa base, ce qui lui a valu le nom français de Bec-en-four- reau. Les navigateurs lui ont donné depuis long-temps celui de Pigeon des Malouines, ou antarctique, ou même du Cap, à cause de son faciès, de sa taille, de son vol, et même de la forme ai- guë de ses ailes, que l'on peut comparer à ce qui existe dans les pigeons, et aussi des lieux où on le rencontre le plus souvent; mais les ornithologistes l'ont désigné , les uns sous la dénomi- nation de Chionis , à cause de sa couleur ; les autres sous celle de Vaginalis et de Coléoramphe , à cause delà disposition particu- lière de son bec; ou par le nom de JSécrophage , parce que l'on admet que sa nourriture consiste principalement en animaux morts qu'il rencontre sur le rivage. Le premier auteur qui ait parlé de cet oiseau d'une manière scientifique et certaine, car il est probable que les navigateurs qui ont les premiers doublé le cap Horn l'avaient aperçu avant lui, et qu'ils ont pu en dire quelque chose dans leurs relations, paraît être Forster, le compagnon de Cook, dans son second voyage; il le rencontra sur la terre des Etats (1); il en fit un genre qu'il nomma Chionis, à cause de sa blancheur de neige, (1) Deuxième voyage de Cook x tom. iv , pag. 3g. VI . Zool. —j Août. m 9$ de blàinville. — Sur le genre Chionis. et il le plaça dans l'ordre des oiseaux aquatiques qui marchent à gué, c'est-à-dire parmi les Gralles de Linné; c'est ce qu'il fit également dans son Enchiridion publié en 1788, en le caracté- risant assez convenablement, et lui assignant sa place entre les genres Tringa et Rallus. Après Forster, un grand nombre de naturalistes, Pennant, Latham, Gmelin, Bonnaterre, Illiger, Vieillot, MM. Oken,ïem- minck, Goldfuss, l'abbé Ranzarii, Quoy et Gayrnard, Lesson , Wagler, Cuvier, Isidore-Geoffroy, etc., s'occupèrent successive- ment du Chionis, et lui assignèrent presque tous une place dif- férente; d'autres n'osèrent pas nlêmë lui en donner une, ne trou- vant pas sans douté avoir pour cela les données nécessaires. En effet, pendant long-temps on ne posséda qu'un seul échantillon clé cette espèce, qui se trouvait dans une collection d'Angleterre; MM. Quoy et Gayrnard en obtinrent iin autre en 1824, dans le voyage de circumnavigation de l'Astrolabe, et en donnèrent une figure meilleure que celle cîeForster; plus tard, MM. Lésson et Garnot s'en procurèrent un troisième, dans le cours du voyage de la Coquille. » Après avoir tracé en détail l'histoire systématique du Bec-en- fourrëau, M. de Blainville la résume en ces termes : « On voit que cet oiseaui a été successivement et alternative- ment considéré comme un Echassier, comme un Palmipède et comme un Gaîlinacé, rapproché de genres très différens, ou considéré comme une famille distincte, tandis que par d'autres naturalistes, qui rië se trouvaient pas suffisamment informés, il a été passé tout-à-fait sous silence, ou laissé provisoirement dans une division incertœ sedis, ce qui est toujours , en pareil cas, le parti le parti le plus convenable. « Sans doute que, dans une aussi grande diversité d'opinions au v sujet de cet oiseau, il était presque impossible que l'une d'elles ne fût pas dans la vérité; mais elle n'était pas plus ap- puyée que les autres, en sorte que c'est un nouvel exemple qu'en ornithologie surtout, la connaissance de certaines parties de l'organisation peut seule lever tous les doutes au sujet des rapports naturels. Malheureusement, toutes nos demandes d'un Bec-en-fourreau conservé dans l'esprit-de-vin, ou des parties dB èLAWVir.Lfc. — SUr lu getirê Chionis. 99 principales de son squelette , avaient été pendant lôfig-lemps sans succès, lorsque, dans un voyage que j'ai fait l'année der nièreà Abbeville, M. Bâillon, correspondant aussi zélé qu'éclairé du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, a rempli une partie d« mes désirs, en me donnant le squelette du tronc d'un Chionis. A ces élémens les plus importais d'une évaluation un peu posu tive des rapports naturels de cet oiseau ( puisque j'ai montré, depuis long-temps, que l'appareil stcrnal, avec ses annexes, les renferme dans cette classe d'animaux), j'ai pu joindre quelques détails d'organisation intérieure, et même d'histoire naturelle, que je dois à M. P.-E. Botta, l'un de mes préparateurs au Mu* séum, qui a eu l'occasion d'observer un do ces oiseaux, dans un voyage de circumnavigation commerciale, dirigé par M. le capitaine Duhautcilly, en sorte qu'il m'est permis de remplir cette petite lacune dans le système qrnithologique. Le Bec-en-fourreau est un oiseau de la taille d'un gros pi- geon environ , c'est-à-dire de i4 à 1 5 pouces de long, sur 4 pou* ces de large, dont le corps est ovale, assez épais, le col assez gros et court, la tète également forte, un peu déprimée, termi* née en avant par des mâchoires coniques, assez courtes, robus- tes, comprimées, égales et fendues jusqu'au-delà des yeux. Les narines sont grandes, ovales, transpercées, c'est-à-dire sans cloison intermédiaire complète, largement ouvertes à l'ex- térieur, sans indice d'écaillé operculaire , et situées vers le milieu de la mâchoire supérieure. Les yeux sont assez grands, arrondis, bordés de paupières blanches, épaisses , et formant un bourrelet considérable. L'iris est d'un brun doré. r Les oreilles ont leur ouverture extérieure fort grande, et à J>eine recouverte par les plumes» Les membres antérieurs, ou ailes, sont très développés, 01 surtout augmentés qu'ils sont par les longues pennes qui bor- dent la main et lavant-bras. Les membres postérieurs sont, au contraire, assez courts, très forts et très robustes; le tarse, qui n'est pas comprimé, dé- passant à peine la longueur du doigt médian. Les doigts sont au nombre de quatre, comme dans le plus 7' ioo de blainville. — Sur le genre Chionis. grand nombre des oiseaux. Le postérieur ou pouce est petit; ou à peine médiocre, assez élevé au-dessus du plan de position , et cependant pouvant atteindre le sol. Quant aux trois antérieurs, ils sont sub-égaux, l'interne un peu plus court que l'externe, assez sensiblement réunis à leur base, surtout les deux externes, par un repli de la peau, et élargis dans toute leur longueur par un épatement de la plante épaisse et calleuse comme dans les Iluîtriers, ce qu'avait déjà fort justement noté M. Quoy. La peau est nue seulement dans l'espace qui sépare la ra- cine du bec de l'ouverture de l'oreille, et cet espace nu est comme caroncule par des boursouflures qui forment un demi- cercle au devant de l'œil, (i) Sur les pattes elle est couverte, à prendre du talon, par un épiderme réticulé, aussi bien avant qu'en arrière des tarses, si ce n'est sur les doigts , où il existe des squammes transverses , assez médiocres cependant. En dessous l'épiderme est au con- traire très épais et fortement granuleux. Sur le reste du corps, la peau est couverte de plumes larges, peu nombreuses, peu serrées, et fournies à la base d'un duvet assez considérable. Les pennes de la queue sont au nombre de douze en six paires; elles sont presque égales, de manière qu'il en résulte une queue carrée et assez courte. Celles des ailes sont beaucoup plus puissantes et robustes dans les deux parties qui les constituent. Elles sont à la main au nombre de 10 et à l'avant-bras de i5, formant ainsi deux paquets à-peu-près égaux quand l'aile. est fermée, et dont la pointe atteint presque l'extrémité de la queue. Il en résulte une aile, fort large, et en même temps aiguë. En effet, la proportion des pennes digitales et carpiennes est telle, que c'est la première qui est la plus longue et que les neuf autres vont en se dégra- (i) Il paraît qu'il y a quelques variations dans la disposition de la partie nue et verra* queuse de la face. Suivant Forster , les joues des adultes sont garnies de verrues d'un jaune pâle, et il y en a une plus large et brune au-dessus des yeux. D'après M. Quoy, les joues sont jjaunâtres, avec des caroncules de la même couleur. Suivant M. Lcsson , le corps glanduleux qui occupe les joues et la base du fourreau corné est couleur de ebair; et enfui, M. Botta se borne à dire que la peau est nue dans l'espace qui est entre le bec et l'œil. de blawville. — Sur le genre Chionis. 1 101 dant assez rapidement jusqu'à la dernière. Quant aux pennes cubitales, elles croissent de la première, un peu plus grande que la dixième de la main, jusqu'à la douzième, et décroissent ensuite. Le système corné des mâchoires constitue un bec droit, assez court, épais, très notablement comprimé, solide, à bords trancKans. L'hémiramphe supérieur, à peine légèrement ar- qué dans toute son étendue, avec le dos mousse, et les côtés subcanaliculés, se termine en pointe assez obtuse : il est garni à sa base d'une espèce de gaine ou de fourreau incomplet, corné, comme le reste, et dont le bord antérieur libre ou soulevé, est régulièrement sinueux et avance un peu sur les narines; c'est une sorte de cire cornée (i). L'hémiramphe inférieur est pres- que égal au supérieur; il est également assez obtus et sa sym- physe est fort longue, ascendante; le menton reculé et arrondi, sa moitié postérieure est membraneuse. Les phalanges terminales sont armées d'ongles assez courts, épais, robustes, légèrement arqués et assez obtus; celui du I doigt postérieur étant presque égal aux autres. Quant au système de coloration du Bec-en-fourreau, son nom de Chionis indique qu'il est uniforme , et d'un blanc de neige plus ou moins pur sur tout le corps; les pieds d'un noir orangé suivant M. Quoy , et gris d'après M. Botta. Le bec est d'un blanc sale et noirâtre suivant M. Quoy; de couleur verte assez foncée, avec une tache d'un rouge-brun sur les côtés, d'après MM. Lesson et Garnot, enfin, suivant M. Botta, l'extrémité du bec est noire, le fourreau, qui en recouvre la base, verdâtre, et sur les côtés de la mâchoire inférieure il y a deux taches orangées. La partie nue et caronculée de la face est de couleur de chair suivant M. Lesson, jaunâtre d'après M. Quoy, et enfin (i) J'avoue que je ne comprends pas trop comment cette espèce de gaine ou de cire cornée est mobile , de manière à pouvoir êtro relevée ou appliquée sur le bec , comme l'a dit Latham, lu moins à en juger par l'individu en parfait état de conservation , que j'ai observé. M. Quoy ni M. Boita ne fout mention de cette particularité ; et si M. Lesson, dans la caractéristique de ce genre, dit encore que la gaine est mobile, je ne vois pas qu'il ait parlé de cette mobilité dans ses observations directes. 10a de BtAiNviLLE. — Sur le genre Chiqnis. blanche d'après Forster. M. Botta ajoute que les paupières sont blanches et formées par un bourrelet assez considérable. Enfin, l'iris est d'un brun doré, suivant ce dernier, d'un, gris-bleu entouré d'un cercle rouge-brun pour la pupille, d'après M. Lesson, Si nous passons maintenant à l'examen de l'organisation in^ térieure, nous remarquerons dans le squelette les particularités suivantes : Jae nombre des vertèbres cervicales est de 1 5. Celui des thoraciques de 6. Des lombo-sacréesde i4, dont la première costifère. Des coccygiennes de sept ; ce que je ne puis cependant as- surer, la queue du squelette que je décris étant incomplète. Le sternum est parallélogrammique, plus long que large, un peu recourbé dans sa totalité. Son bord antérieur est presque en- tièrement occupé par l'articulation des ischions antérieurs ou praeischions; son apophyse médiane est peu saillante et com- primée. Le bord abdominal présente de chaque côté deux échanr crures séparées par trois apophyses égales, coupées carrément, l'externe plus large et plus profonde que l'interne qui tend à convertir l'écliancrure en trou. La face inférieure ou externe est assez bombée; la crête d'in-: sertion du moyen pectoral s'étend obliquement dans toute la longueur de cette face, et la fossette du muscle sterno-pracischia- tique est petite et profonde. Quant à la crête ou bréchet qui occupe toute la longueur du plastron, elle est haute; son bord inférieur est convexe ou arrondi , et l'antérieur assez profondément excavé. Les côtes sont en général grêles, c'est-à-dire étroites et fai- bles; elles sont au nombre de neuf; 2 asternales antérieures, dont la première est extrêmement petite; 6 sternales, dont 5 avec apophyses récurrentes et une asternale postérieure. Je ne connais des pièces osseuses qui forment les membres antérieurs que celles qui constituent la ceinture. L'omoplate est fort longue, puisqu'elle atteint la dernière côte et qu'elle dépasse assez l'épine antérieure de l'os des îles ; de EL.UNVILLE. — Sur le genre Chionis. io3 elle est en forme de sabre, assez peu recourbée et assez étroite. La clavicule forme avec celle du côté opposé un os furcu? laire en fer à cbeval assez profond, médiocrement ouvert, à branches étroites et plates, sans apophyse à la symphyse, qui est du reste assez éloignée de toucher au bréchet. Le procischion est assez court, assez aplati, et fortement élargi à son extrémité sternale, son angle externe se prolon- geant en une apophyse très prononcée débordant un peu l'angle correspondant du sternum. L'humérus a la tête fort large et fort aplatie. Le bassin n'offre rien de bien remarquable; seulement l'os des îles est large et assez profondément exeavé en cuillère. Le pubis est fort grêle. L'ischiou, large et aplati à son articulation vertébrale, est inégalement bifurqué en arrière. Quant au fémur, seul os que je connaisse des, membres postérieurs , il est assez long et même assez fort, sans autre par- ticularité. Je n'ai observé de la tête osseuse de cet oiseau , que la par- tie postérieure du crâne et même sans l'occiput. Le sinciput est large et bombé; les fosses temporales assez larges et profondes ; Jes orbites médiocres avec la cloison iptermédiaire en partie membraneuse; et l'on remarque à la racine des os du nez, contre les frontaux, un trou ovalaire considérable , qui commence une fosse surciliaire bien marquée , comme dans la Pie de mer. Des parties viscérales du Chionis on sait seulement, d'après M. Botta , que la langue, de la longueur du bec, est en forme de fer de flèche assez pointue; que l'estomac (sans doute le gésier) est petit ; que le foie et la vésicule du fiel sont très grands ; et que l'intestin , outre les deux cœoums de 5 pouces de long, qui sont à son point de jonction avec le rectum , en offre un troi- sième très petit de 6 lignes tout au plus de longueur vers son tiers supérieur. Voilà tout ce que j'ai pu réunir de mes propres observations à celles de MM. Botta, Quoy et Lesson, sur l'organisation du Bec-en-fourreau. Ce que l'on sait de ses mœurs et de ses habitu- des est encore moins circonstancié. ïo4 »E blainville. — Sur le genre Chionis. Sa patrie paraît s'étendre dans les latitudes australes , depuis le 5o e degré de latitude australe jusqu'au-delà du 66 e . C'est un oiseau marcheur maritime ou même pélagien , puisque l'individu observé par M. Botta avait été pris en mer, étant venu se reposer sur le bâtiment, au 55 e degré de latitude méridionale et au 64 e degré de longitude occidentale, pendant un vent de N. E. assez fort , et que celui qu'a étudié M. Garnot avait été également pris à 80 lieues de la terre des Patagons, terre la plus voisine. Suivant M. Lesson , c'est un oiseau farouche, vivant solitaire ou en petites troupes. Cependant l'individu rapporté par M. Botta s'est laissé prendre aisément sans chercher à s'échapper , mais peut-être par suite d'un grande fatigue; Anderson l'aperçut par volées dans la baie de Noël, de la terre de Kerguelen. Son vol ressemble tout-à-fait à celui du pigeon , d'après M. Botta, ce qui sans doute lui a fait donner le nom de pigeon des Malouines par les navigateurs. Cependant M. Lesson dit que le vol du Bec-en-fourreau est lourd et peu analogue à celui des oi- seaux de haute mer , ce qui nous semble peu en harmonie avec la grande étendue et la forme voilière des ailes. On dit que cet oiseau hante les rivages, où il cherche sa nourriture , consistant , suivant les observateurs, en coquillages et en animaux morts; mais ce qui est plus certain, c'est que M. Botta a trouvé dans l'estomac de celui qu'il a ouvert, un cer- tain nombre de petites pierres. Quant à la puanteur de la chair de cet oiseau, fait signalé par Forster et probablement accidentel, MM. Quoy et Lesson assurent que les individus qu'ils ont observés ne leur ont offert rien de semblable , et M. Botta , qui a lui-même enlevé la peau qu'il a rapportée, ne parle pas non plus de cette singularité; bien plus , Anderson , médecin qui a accompagné Cook dans son second voyage, dit qu'on le trouve aussi bon à manger que du canard. Voyons maintenant, à l'aide decesélémens, à déterminer la place du Chionis dans la série ornithologique, et par conséquent ses rapports naturels. La forme de son appareil sternal l'éloigné tout d'abord des de BLA.INVILLE. • — Sur le genre Chionis. io5 gallinacées et même des dernières familles des palmipèdes, tan- dis qu'elle le rapproche de la famille des coureurs parmi les échassiers, et de celle des tachydromes parmi les palmipèdes. C'est en effet, le même nombre de vertèbres cervicales, dorsales, lombo-sacrées et probablement coccygiennes, de côtes, d'échan- crures au bord postérieur du sternum, même nombre de paires de pennes à la queue; les ailes ont également la forme aiguë. Voilà ce qu'il y a de commun entre cet oiseau et les deux fa- milles citées. Par la brièveté des tarses, et surtout par le peu d'étendue de la partie nue des jambes, il se rapproche plus des Larus que des échassiers ordinaires; mais par l'absence presque complète de palmure des doigts, par la forme non comprimée des jambes, il tient davantage aux échassiers, dont quelques-uns, comme les Pies de mer, par exemple , ont également les tarses courts et la jambe à peine nue vers le talon. Le système de coloration du Chionis le rapprocherait sans doute encore plus des' Larus, qui sont presque blancs, que des échassiers, qui sont beaucoup plus souvent maculés de brun ou de noir; mais la proportion et la forme des échancrures post- sternales, qui sont inégales, la supérieure étant la plus grande, ce qui est constamment le contraire dans les Larus, décide la question en faveur des échassiers de la famille des coureurs, ce que confirme du reste la forme des pieds, celle des doigts pres- que entièrement libres ou séparés, avec un élargissement plan- taire qui les borde dans toute leur longueur, fait qui prouve que cet oiseau est essentiellement marcheur. Nous croyons donc avoir démontré d'une manière à-peu- près irréfragable, que c'est avec les gallinacées, et même en y comprenant à tort, suivant nous, les colombes ou pigeons, que ce genre a le moins de rapports, quoique le système voilier soit à-peu-près le même; car sous tous les autres points, il y a dissem- blance complète, aussi bien dans l'organisation que dans les mœurs et les habitudes. Entre les échassiers et les palmipèdes, le choix est plus difficile , parce qu'en effet ces deux ordres pas- sent de l'un à l'autre sous presque tous les rapports. Cependant c'est avec la famille des coureurs parmi les échassiers, que uous iq6 de BLA.INVILLE. — Sur le genre Chionis,' lui trouvons le plus de ressemblance, et entre autres avec îe genre Huîtrier (i), dont l'organisation, les mœurs elles habi- tudes sont fort rapprochées. Dans ces deux genres en effet ; i ° Le nombre des vertèbres 1 5 — 6 — 1 4 — 8 , est le même. 2" Le nombre et la forme des côtes sont les mêmes. 3° Le sternum, de même forme générale, a deux échancru- res sub-égales,la supérieure un peu plus grande que l'inférieure. (\° I^e canal intestinal a également trois cœcums, çlpnt deux terminaux médiocres et un médian fort petit. 5° I/estomac est également formé d'un gésier fort petit sans jabot. 6° La queue est courte et composée de six paires de pennes égales. 7 Les ailes , formées de dix pennes à la rnain , sont aiguës. 8° Les jambes sont peu élevées et nues seulement vers le talon. 9 Jl,es fars*es, non comprimés, sont également réticulés en avant comme en arrière. io° J,a plante des doigts est élargie de manière qu'ils s,çm T blerçt bprdés latéralement ii° Ce sont également des oiseaux marcheurs et coureurs; 12° Habifant les rivages cle la mer; i3° Où ils cherchent leur nourriture, consistant en coquil- lages et peut-être en animaux morts. p'es|t doric auprès de ce genre que le Chionjs doit être mis, quoique Ja forme du bec soit fort différente; mais aujourd'hui quel est le zoologiste qui ignore combien la considération a"e cette partie est peu importance pour juger les rapports natiu/els des oiseaux? » ( 1 ) Hœmatopus oslralegus. LiiimMiKïï'R. — Sternum des Oiseaux. 107 Extrait des Recherches sur la marche de V ossification dans le sternum des oiseaux, pour faire suite aux travaux de MM. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire ; présentées à l'Aca- démie des Sciences le [\ juillet 1 836 , Par M. F. Liierminier, médecin à la Guadeloupe. En s'en tenant aux seuls faits fournis directement par l'ob- servation, et écartant toute idée systématique, on ne trouvait en dernière analyse pour la généralité des oiseaux, que deux modes d'ossification du sternum , savoir : cinq pièces pour les gallinacés, et deux pour les canards et les autruches. Cependant, en considérant les formes si variées sous lesquelles cet os peut se présenter chez les oiseaux, il devenait difficile, dit M. Lliermjnier, de croire qu'il n'existât réellement que deux types pour la disposition des pièces qui concourent primi- tivement à sa solidification, et il était plus naturel de supposer que les observations avaient été jusqu'à présent trop restreintes, qu'on s'était trop oppressé d'en généraliser les résultats. On avait pu être induit en erreur par l'étude d'individus trop jeu- nes ou trop vieux, et c'est en effet ce qui m'était arrivé à moi- même dans certains cas, ainsi que j'ai pu m'en convaincre en continuant ce genre de recherches, a » Les premières recherches de M. Lherminier avaient été limi- tées aux oiseaux de basses-cours et à ceux des oiseaux sauvages qui habitent toute l'année la Guadeloupe ou qui y viennent au temps de la ponte. Depuis elles ont été étendues aux espèces que fournissent les îles voisines, à plusieurs de celles qui habi- tent le continent des deux Amériques et à diverses espèces eu- ropéennes; jusqu'à présent l'auteur n'a pu se procurer des oi- seaux propres à l'Afrique, à l'Asie, ou à l'Océanie. dans l'état peu avancé de développement qu'exige le genre d'études dont il s'occupe. D'après les] observations qu'il a faites jusqu'ici, IVf. Lhermi- io8 LHERMnvrER. *— Sternum des Oiseaux. nier croit pouvoir fixer à neuf le nombre des pièces qui entrent dans la composition du sternum considéré en général chez les oiseaux. Nous disons considéré en général , car quand on étudie séparément les différentes espèces , on n'en tfouve pas une chez laquelle il ne manque quelques-unes de ces pièces , à quelque époque de son développement qu'on l'étudié. Ces neuf pièces peuvent être considérées comme appartenant à trois rangées ou séries transversales, l'une antérieure ou pro- sternale , l'autre moyenne, ou mésosternale , et la troisième pos- térieure, ou méta-siernale. La première rangée comprend une pièce impaire ou médiane, le pro-sternum , et deux pièces paires ou latérales , les pro-sternaux ; la deuxième se compose de même d'un méso-sternum et de deux mèso-siernazix } la troisième d'un mêta-sternum et de deux mètasternaux. Il faut remarquer cependant que le nombre des pièces de cha- que série peut être quelquefois de plus de trois, et dans certains groispes d'oiseaux M. Lherminier l'a vu aller jusqu'à six. « La première série, quand elle existe, est en général resser- rée dans un espace beaucoup plus étroit que les deux autres; elle est tantôt complète , tantôt réduite aux deux pièces latérales et tantôt à la seule pièce médiane. Elle sert d'appui aux os cora- coïdiens, et fournit une insertion fixe à l'aponévrose sterno-co- raco-cla viculaire . La deuxième série peut de même être complète, ou formée seulement par la réunion des deux pièces paires, mais elle n'est jamais réduite à la seule pièce impaire. Quand les trois pièces existent, tantôt le méso-sternum fait partie du corps de l'os et s'aperçoit à la face supérieure, tantôt il appartient à la quille et en occupe la partie supérieure ou adhérente. Dans le premier cas , il peut être double ou simple; dans le second , c'est tou- jours un noyau unique. Malgré cette différence dans la position, M. Lherminier ne pense pas qu'il y ait lieu d'admettre l'exis- tence de deux méso-sternums distincts , car il ne les a jamais rencontrés î-la-fois. Quand le méso- sternum est supérieur, il s unit bientôt aux méso-sternaux et contribue à assurer la con- solidation du sternum en s'étendant à-la-fois en avant, en arrière et en bas; quand au contraire il est inférieur, ou appartenant lherminjer. — Sternum des Oiseaux. 109 à la quille, il s'étend de la crête au corps de l'os, va opérer sa jonction avec les pièces de la première série, quand il en existe, s'unit ensuite aux méso-sternaux et marche enfin conjointement avec eux jusqu'à la partie postérieure du sternum. La deuxième série a surtout pour usage de fournir un point d'appui aux côtes sternales et de concourir au développement de la crête et du corps du sternum. En cas d'absence de la pre- mière série, la deuxième la remplace vis-à-vis des os coracoï- diens qui s'appuient alors sur le méso-sternum, s'il existe, et, à son défaut, sur les méso-sternaux. La troisième série appartient tout entière au corps de l'os; elle est tantôt complète, tanlôt réduite aux deux pièces latérales ou à la seule pièce médiane, celle-ci est quelquefois assez diffi- cile à distinguer des deux autres pièces centrales. Quand ces dernières manquent , le méta-sternum supporte directement les os coracoïdiens. Les méta-sternaux partagent avec les méso- sternaux l'emploi de soutenir les côtes. Ils ont aussi d'autres usages relatifs aux membranes fibreuses du sternum dont ils maintiennent, la tension d'une manière uniforme et favorable à l'action des muscles qui s'y insèrent quoique sujets à varier dans leurs formes. Voici maintenant ce qu'on peut remarquer relativement à l'ordre dans lequel se développent les pièces appartenant aux trois séries. Pour la première, quand les trois pièces existent, elles peu- vent se développer simultanément, ou bien l'apparition des deux pro-sternaux peut précéder celle du pro-sternum, ou ce peut être l'inverse; le second cas est à beaucoup près le plus com- mun. Quand la première série n'est représentée que par deux pièces, il Jy en a presque toujours une qui surpasse l'autre en grosseur. Pour la seconde série, il peut aussi y avoir apparition simul- tanée des trois élémens, développement des pièces latérales avant celui de la pièce moyenne, ou enfin, formation du méso- sternum long-temps avant celle des méso-sternaux. Les méso-sternaux existent dans tous les groupes sans exH ception. ï î b LîJÉiiivrmiER. •— t Sternum des Oiseaux* Quant à la troisième série, lorsqu'elle est complète, le dé- veloppement des trois pièces est à très peu près simultané; quand elle est réduite à deiix ou à une seule, ce développement est toujours plus tardif que celui de la série précédente. Le méta-sternum est souvent divisé primitivement en deux pièces qui se réunissent bientôt, surtout quand les méta-sternaux man- quent. En évaluant l'importance des différentes pièces qui peuvent entrer dans la composition du sternum, d'après le plus ou moins de fréquence des cas où chacune se présente, ôh les voit se ran- ger clans l'ordre suivant : i° Méso-sternaux; i° méso-sternum; 3 a pro-sternaux; 4° mé- ta-sternum; 5° pro- sternum et méta-sternaux èoc œquu.» Dans la seconde partie de son mémoire, M. Lherminier fait connaître la marche de l'ossification dans les différentes familles naturelles de la classe des oiseaux, dans toutes celles du moins qu'il a pu étudier, et dans l'ordre où il a étuujé chacune d'elles. Pour les oiseaux domestiques, il indique toujours par le nombre de jours écoulés depuis la naissance, l'époque dé l'apparition de chaque pièce ; et de sa réunion avec les pièces voisines; poul- ies oiseaux sauvages, au lieu d'indiquer approximativement l'âge du sujet, comme quelques jours en plus ou en moins apportent souvent de grandes différences dans le nombre apparent des pièces, il donne le poids de l'individu qu'il a observé, l'état de développement des plumes, en un mot, les différens signes à l'aide desquels le naturaliste qui voudra s'assurer de l'exactitude des faits annoncés, pourra reconnaître qu'il observe dans les mêmes circonstances. Voici les principaux résultats auxquels l'auteur est arrivé, et dans l'ordre où ils se trouvent exposés dans son mémoire Famille des Pigeons.' — On peut distinguer dans la marche que suit l'ossification du sternum chez ces oiseaux quatre époques : i° Apparition des méso-sternaux et du méso-sternum — 3 piè- ces. — 2° Apparition du pro-stemum et des pro-sternaux -^-^ . pièces. — 3° Réunion de ces trois derniers osselets en un — ^4 pièces.- — 4° Réunion de toutes les pièces en une seule, marche tranversale de la transformation osseuse d'arrière en avant. LiiERtàiNJER. — Sternum des Oiseaux, i 1 1 Famille des Gallinacés.— Le sternum résulte de la réunion de cinq noyaux osseux, des deux pièces latérales de la série moyenne et dos trois de la série postérieure. Darts deux cas seulement, une fois dans un poulet , et l'autre dans un dindonneau, l'auteur a trouvé engagé entre les deux os coracoïdiens, Un petit noyau osseux qui poitVait être pris pour un pro-sternum; les trois sé- ries auraient été ainsi représentées, ce tjul du reste n'a lieu ni pour Cette famille, lii pour aucune autre dans un état normal d'organisation. Famille des Canards.— L'ossification du sternum est très tar- dive; elle ne commence que plus de quarante jours après la naissance, et ne se termine guère avant le cent trentième jour; Elle offre beaucoup d'irrégularité chez des individus d'une même couvée. Dans le plus grand nombre des cas, elle se fait uniquement aux dépens des deux méso-stèrhàtfx ; cependant quand les deux plaques osseuses, eii continuant à marcher l'une vers l'autre, ont commencé à s étendre sur la crête , on voit quel- quefois, dans l'angle rentrant qu'elles forment, apparaître vers le cëntiètne jour 1 Un noyau osseux distinct, d'abord de la crête et du bouclier sternal, puis bientôt adhérent à l'un et à l'autre. M. Lherminier croit que ce noyaii doit être considéré comme uh méso-sternum inférieur. On conçoit d'ailleurs que n'étant pas constant, et apparaissant à une époque très tardive, il aura pli aisément échapper à l'attention. Quoi qu'il en soit, on nd trouve habituellement que deux noyaux osseUx primitifs dans le sternum des canards ^ jamais plus de trois : tous appartiennent à la série moyenne. FamilJe des Passereaux.— Les observations otit été faites sur" un grand nombre d'individus appartenant aux espèces suivantes: le Troupiale à queue en toit [Çuiscalus versicolor. Vieil.), le Loxia portoricensïs , le Lariius tyrannus,\e Cérlhia flaveoia, etc. Chez le Troupiale, l'ossification du sternum ne commence que lorsque les rémiges ont commencé à sortir de leurs tuyaux. Ott voit alors apparaître sous les côtes, aux angles antérieurs exter-» nés du sternum, l\^ux points osseux triangulaires \ ce sont les méso-sternaux; bientôt le méso-sternum se montre, d'abord très petit, puis les trois os s'étendanl, se joignent par deux pe- H2 lherminier. — Sternum des Oiseaux. tites bandes transversales de points osseux; plus tard, enfin, les os confondus forment une plaque osseuse qui continue à s'éten- dre ensuite d'avant en arrière en descendant dans la crête et formant son apophyse bifurquée. La Pie et le Geai de France ont offert la même disposition, à cela près, que le méso sternum est primitivement double. Famille des Accipitres. — Espèces diurnes. — Émerillon de la Caroline, vingt-et-une observations. L'ossification du sternum commence assez tard, puis elle marche très rapidement. D'abord se montrent deux méso-sternaux triangulaires, qui s'étendent de l'angle antérieur et externe de l'os jusqu'à la dernière côte; bientôt ils se sont prolongés jusque vers la ligne médiane; alors on voit apparaître en avant deux pro-sternaux arrondis, et au- dessous d'eux, à la racine de la crête, un méso-sternum infé- rieur, qui se prolonge en un mince filet osseux vers le bord postérieur, et se confond bientôt avec les quatre osselets supé- rieurs. Plus tard , l'ossification se complète en avant et s'étend au reste de l'os. Espèces nocturnes;' — les Chouettes. Chez ces oiseaux, l'ossi- fication du sternum est à-peu-près aussi tardive que chez les Faucons; elle en diffère en ce que les méso-sternaux et le méso- sternum inférieur se développent presque en même temps. Pins tard apparaissent les deux pro-sternaux égaux et bien séparés d'abord, se confondant ensuite, puis s'unissant avec les trois pièces de la série méso-sternale , pour former une plaque qui s'étend graduellement à toute l'étendue du sternum. Famille des Grimpeurs. • — Le Pic-Lherminier, seule espèce qui habite la Guadeloupe. Toute l'ossification du sternum se fait aux dépens de la série méso-sternale. Le méso-sternum est formé d'abord de deux pièces qui se soudent bientôt entre elles et plus tard s'unissent aux méso-sternaux. La solidification de l'appareil sternal commence quand les rémiges pointent hors de leurs tuyaux; elle est à-peu-près complète quand ces plumes sont aux trois quarts exsertes. L'ossification, dans les Torcols, suit à- peu-près la même marche; seulement elle paraît commencer plus tard. Famille des Hérons. > — Bihoreau à six brins et Héron crabier LiiiiRMfNiER^ — Sternum des oiseaux. n3 vert. Ossification tardive, long-temps bornée aux méso-sternaux, qui se développent surtout vers la partie antérieure, laissant entre eux, en arrière, un large espace où apparaît un méta- sternal double, et qui conserve assez long-temps les traces de sa division ; puis toutes ces pièces croissent rapidement et ont bientôt achevé de consolider le sternum. M. Lherminier n'a pas eu l'occasion d'étudier des Cigognes; mais au grand développement de leur crête sternale, il juge que l'ossification , chez ces oiseaux , doit différer en quelque point de ce qui s'observe chez les Hérons. Famille des Colibris. — L'ossification commence peu de jours après la naissance par le développement du pro-sternum. Bientôt on voit apparaître deux méso-sternaux et un méso-sternum in- férieur; le pro-sternum s'unit ensuite aux méso-sternaux, la réunion du méso-sternum est plus tardive. Il est à remarquer que dans ces oiseaux, malgré l'élargissement considérable du corps de l'os en arrière, son ossification s'accomplit sous la seule influence des points osseux qui occupent sa partie extérieure, partie qui est, comme on le sait, très rétrécie. Famille des Mouettes. — Apparition presque simultanée des méso-sternaux et d'un méso-sternum inférieur. Plus tard se montrent deux pro-sternaux allongés transversalement, et qui ne tardent pas à se réunir sur la ligne médiane; bientôt les cinq pièces s'étendent et finissent par n'en plus former qu'une seule, qui gagnant de proche en proche, envahit le reste de l'os. Famille des Pélicans. — Dans les Phaétons, l'ossification du sternum commence d'assez bonne heure, et se fait tout entière aux dépens des trois pièces de la série méso-sternale, dont l'appa- rition paraît être simultanée. II y à lieu de croire, d'après une seule observation , que la marche de l'ossification est la même chez les Fous, et il est probable que c'est encore celle qu'on trouvera pour les autres genres de cette famille. Famille des G allinules ou Poules d'eau. — Ossification assez tardive, commençant par les deux méso-sternaux. Plus tard, apparition de deux méta-sternaux, qui ne tardent pas à se réu- nir chacun au méso-sternal du même côté et à s'avancer vers la crête. A la partie inférieure de celle-ci commence à se montrer VI. Zooi.. — Août. 8 n4 lherminier. -— Sternum des oiseaux. un rnéso-sternum inférieur qui concourt aussi, avec les quatre autres pièces, à solidifier la partie antérieure du sternum. Les Poules d'eau sont, avec les Gallinacés, les seuls oiseaux dans lesquels, jusqu'à présent, on ait observé des méta-sternaux. Famille des Perroquets. — Ossification du sternum très tardive et présentant, sous ce rapport, d'assez grandes différences d'un individu à l'autre. Les points de départ de la solidification sont au nombre de quatre ou cinq, savoir : pour le corps, deux la- téraux qui se réunissent en avant sur la ligne médiane, et un médian placé derrière et entre les deux premiers; celui-ci est un méta-sternum primitivement double, mais dont les deux moitiés se sont promptement réunies. Le cinquième point est placé au sommet de la crête dans l'apophyse qui surmonte cette lame, et il l'envahit de bas en haut. M. Lherminier y voit un méso-sternum inférieur remonté plus haut que de coutume. Famille des Pétrels. — Ossification précoce commençant par l'apparition du méso-sternum, puis par celle des méso-sternaux; ces trois pièces, surtout la première, s'étendent rapidement; en- suite se montrent deux petits pro-sternaux qui, avant de s'unir entre eux, sont rejoints par les méso-sternaux. Famille des Echassiers vrais; Echasse de Buenos-Ayres, Bé- casse de France, etc. — Ossification tardive commençant par un méso-sternum de la quille , après quoi apparaissent les pro-ster- naux, puis les méso-sternaux; les pro-sternaux se réunissent d'abord entre eux, puis au méso-sternum; la réunion des méso- sternaux a lieu un peu plus tard. Famille des Ibis. — Trois centres d'ossification; les méso-ster- naux qui apparaissent les premiers, et un méso-sternum infé- rieur qui ne se montre que plus tard. Famille des Latirostres ; Guacharo et Engoulevent. — L'ossifi- cation se fait de même par les deux méso-sternaux et un méso- sternum inférieur. Famille des Coucous. — C'est encore uniquement aux dépens de la série méso-sternale que se consolide le sternum; la marche paraît être tout-à-fait la même que dans les passereaux. Famille des Pingouins.' — L'ossification du sternum a lieu plus tard encore que chez les canards. Les pièces qui y concourent académie des Sciences. 1 1 5 apparaissent dans l'ordre suivant : les pro-sternaux qui s'unissent bientôt entre eux, un méso-sternum inférieur, les deux méso- sternaux. Famille des Grèbes. — Les méso»steroaux paraissent se déve- lopper les premiers, puis les pro-sternaux, et enfin un méso- sternum inférieur. Famille des Tina/nous. — L'auteur n'a pu faire qu'une seule observation, et sur un individu où toutes les pièces du sternum étaient déjà réunies; cependant il lui a semblé qu'il n'y avait que trois points de départ pour l'ossification du sternum , les trois pièces de la série méso-sternale; si cette conjecture se vé- rifiait, ce serait, dit-il, un nouveau motif pour tenir ces oiseaux séparés des gallinacés. Famille des Coureurs; Autruche. — Le sternum ne présente que deux points primitifs d'ossification, un de chaque côté de la ligne médiane; ce sont les méso-sternaux, nés des bords laté- raux du sternum, sous les côtes; ils marchent vers la figne mé- diane à la rencontre l'un de l'autre en décrivant une courbe, se touchent en un point qui correspond au milieu de leur hauteur, en laissant en haut et en bas un espace cartilagineux qui les sépare , et finissent plus tard par ne former qu'une seule pièce. L'ostéogénie du Nandou et duCascoar ne diffère point de celle de l'Autruche, et il est probable, dit M. Lherminier, qu'il en sera de même de l'Apterix. Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo' giques présentés à académie des Sciences pendant les mois de juillet et août j 836. Séance du 3i juillet. Lettre de M. Roulin sur l'existence du Guacharo dans la province de Bogota. M. Roulin annonce que le Guacharo se trouve dans diverses localités de cette province, et il indique un ravin profond, situé à peu de distance de la petite ville de Guadas, et l'arche du pont naturel de Pandi ou ïcononzo. M. de Humboldt, dont le nom se présente si fréquemment dans les diverses 8. ï 1 6 académie des Sciences. questions qui se lient à l'histoire de l'Amérique espagnole, est encore le premier qui ait indiqué la présence de ces oiseaux crépusculaires au pont de Pandi ; mais les circonstances défavorables dans lesquelles il les observa ne lui permirent pas de reconnaître dans les cacas qui se mouvaient sous la voûte obscure du pont de Pandi les Guacharos qu'il s'était procurés à la caverne de Caripe, et qu'il avait pu examiner de près. J'ai été plus heureux, dit M. Roulin, et au moment où j'ai visité le pont, il pénétrait sous la voûte assez de lumière pour que j'aie pu très bien distinguer non-seulement les formes des oiseaux, mais encore leur couleur et jusqu'à leurs taches. J'ai eu occasion en outre de voir un de ces animaux qui avait été cloué sur une porte, comme chez nous on cloue les chouettes. M. Justin Goudot, naturaliste, établi dans la Colombie, est parvenu à se pro- curer un des oiseaux du pont de Pandi., et il a du l'envoyer en France, mais il ne paraît pas qu'on l'ait reçu. * M. Roulin a appris des habitans de Pandi que tous les soirs les cacas sortaient en grande troupe de leur retraite et s'envolaient vers une foret voisine chercher les fruits dont ils se nourrissent. Il ne paraît pas qu'à Pandi on recherche les jeunes Câcas pour les manger et faire usage de leur graisse, comme on le fait pour les Guacharos de Caripe ; mais cela tient sans doute uniquement à ce que la si- tuation de leurs nids les protège, car dans une autre localité, distante de celle-ci d'une vingtaine de lieues, dans la paroisse de Quebrada-Honda (arrondissement de Guadas) on va chercher les jeunes Cacas et on en détruit beaucoup chaque année. Dans ce dernier lieu les {oiseaux n'habitent plus une voûte , mais seu- lement un ravin dont la profondeur est assez grande pour qu'ils y trouvent l'obs- curité qu'ils recherchent. D'après les renseignemens qui ont été fournis à l'auteur de la lettre, il paraî- trait que le Guacharo se trouve dans d'autres lieux situés plus au sud; mais il pense qu'on pourrait avoir confondu cette espèce avec une autre qui appartient à la famille des engoulevens. Ce dernier oiseau, qui se rapproche de YUruiau d'Azara par l'habitude singulière de se tenir, pendant son sommeil diurne, accro- ché par les pattes et le corps dans une direction verticale, en diffère par d'autres points de ses mœurs. L'Urutau s'accroche , comme le pic-vert, au tronc d'un arbre mort, et y reste souvent exposé tout le jour au soleil ; l'autre recherche les forêts profondes et se suspend aux tillandsias, qui pendent des rameaux comme de longues barbes grises. M. Roulin n'a pu observer de près cet engoulevent, quoiqu'il l'ait souvent vu voler à l'époque du crépuscule dans les plaines que parcourt le Meta, un des principaux aflluens de l'Orénoque. Il annonce avoir rencontré dans les mêmes cantons un engoulevent qui, comme l'Urutau, reste endormi au soleil, posé sur des arbres morts, mais non accroché verticalement, et qui se distingue d'ailleurs de l'oiseau qu'a décrit Azara, et par la taille, par la couleur, et par l'absence d'aigrette. Cet engoulevent, en effet, n'est guère plus gros qu'une hirondelle. Le fond de sa robe est d'un gris jaunâtre. Il vit en troupes, et on en voit jusqu'à trente ou Académie des Sciences» il y quarante réuuis sur un de ces arbres morts que charrie la rivière, et qui s'arrê- tent sur les bas-fonds, ou sont laissés sur les plages sablonneuses quand les eaux baissent. M. Roulin n'a trouvé ces engoulevens que dans la partie supérieure du Meta; Au contraire, il n'a trouvé le Stryx cunicularia, la chouette à clapier de Molino, que dans les parties inférieures de la même rivière. Il a vu ces oiseaux en grande abondance dans les plaines de la province de Casanare, et ils lui ont présenté les mêmes habitudes que celles que les auteurs ont décrites tant au Chili que dans le territoire des Etats-Unis. On n'avait pas encore indiqué leur présence dans la Colombie. Education des Vers à soie. M. Camille Bcauvais adresse à ce sujet, des observations faites à la ferme des btrgeries de Sénart, en i836. On pensait, il y a peu de temps encore, que Féclosion spontanée de la graine des vers à soie , à certaine époque du printemps, serait un obstacle invincible à l'acclimatation de cette industrie dans le centre de la France. A la vérité , dit M. Beauvais, depuis huit ans j'avais reconnu par expérience qu'à une tempéra- turc de six degrés on pouvait conserver plusieurs années de la graine de vers à soie ; mais cette découverte restait sans fruit entre mes mains, parce que je n'avais pas réussi à faire éclore de la graine conservée au-delà des limites ordinaires. Eu vain j'avais essayé une élévation progressive de température et les divers moyens d'incubation employés dans le midi de l'Europe ou décrits dans d'autres ouvra- ges, rien ne me réussissait jusqu'au moment où j'eus l'idée de rendre à l'embryon, l'eau qu'il avait perdu dans un long séjour dans un lieu sec, et de restituer en même temps à la coque par un excès d'humidité la souplesse nécessaire pour qu'elle pût ouvrir un passage à la larve. Vers le milieu du mois de mai dernier, on retira deux gros de graine de vers à soie d'un flacon qui avait été déposé le 520 juillet i83o dans la glacière de Neuilly. Cette graine qui était parfaitement conservée, a été mise dans nne étuve chauffée à i4 degrés et élevée graduellement jusqu'à a4° de Réaumur. On augmenta aussi graduellement l'humidité et pendant huit jours que dura réclu- sion, l'hygromètre de Saussure marqua depuis 80 jusqu'à 100 . Cela ne suffit pourtant pas, et il fallut couvrir la boîte dans laquelle la graine était renfermée d'un linge plié en quatre qu'on arrosait d'heure en heure. Par ce moyen , l'é- closion qui d'abord avait paru languir , se développa avec un ensemble et une simultanéité qu'offre rarement la graine d'une année abandonnée à elle-même. L'abbé de Sauvage, Rosier et d'autres agronomes plus modernes annoncent avoir réussi à élever des vers à soie par une tempt rature de 3o degrés. M. Beau- vais a vu qu'à cette haute température, si l'on n'avait pas soin d'augmenter par des moyens artificiels, l'humidité de l'atmosphère, la chaleur sèche non-seulement favorisait chez les vers le développement de maladies souvent mortelles, mais les faisait nécessairement souffrir de la faim si on se bornait à leur donner, suivant 1 1 S Académie des Sciences. l'usage, quatre repas par jour; car les feuilles, par cette tempe-rature, se des- sèchent si prpmptement, que les vers doivent jeûner vingt heures sur vin«t- quatre. En chargeant d'humidité l'atmosphère, M. Bcauvais a réussi à élever les vers par une température soutenue de 3o degrés ; mais il y a plus d'inconvéniens que d'avantages à pousser ainsi la chaleur, et il est préférable de se tenir à 23 ou a3 degrés. A cette température, dit l'auteur, j'ai fait, le mois dernier, une éducation en 21 jours. J'adresse à l'Académie quelques-uns des cocons qui en proviennent. Il n'en a fallu que a3o à la livre, et j'ai obtenu 180 livres de cocons pour 2,000 livres de feuilles non mondées. Ce succès est dû à un soin scrupuleux de main- tenir l'air pur, et d'en assurer la libre circulation au moyen de procédés qu'a suggérés M. Darcet, en entretenant une humidité constante de 90 à g5 degrés de l'hygromètre ; en donnant de fréquens repas aux vers , 48 le premier jour, 36 le second, 24 le troisième, et 12 pendant le reste de l'éducation , c'est-à-dire pendant 1 8 jours , ce qui fait en tout 324 repas. Par cette méthode, le ver consomme moins de feuilles que lors- qu'il est élevée dans une température de 18 à 20 degrés, et qu'il ne fait que 180 repas. M. Beauvais annonce en terminant que c'est dans les écrits du père Du Halde qu'il a puisé l'idée de multiplier les repas et d'en proportionner le nombre à l'élévation de la température. Recherches anatomiques et physiologiques sur la Muscardine, par M. Au- XÏOUIN. ( Ce mémoire paraîtra dans un de nos prochains cahiers.) Séance du 1er août i836. Observations d'Enadelphie abdominale ou monstruosités par inclusion ; par le docteur Roux, du Var. L'auteur rend compte d'un cas de Kyste abdominal contenant des cheveux, des dents et des fragmens d'os. Réflexions sur V Hétèradelphie y par M. Geoffroy-Saint-Hilaire. A l'occasion de la communication précédente, M. Geoffroy présente les re- marques suivantes : « L'observation de M. Roux me paraît d'un haut intérêt, je la conçois d'un puissant enseignement, riche de détails aussi bien circonstanciés que concluans ; elle figurera un jour dans les fastes de la science à côté des travaux analogues de Dupuytren, exposant le cas d'inclusion qui fut dans le jeune garçon de Verneuil, celui-ci nommé Bissieu. « On sait que les cas d'inclusion abdominale ont été récemment recueillis lit- térairement et bibliographiquement dans une monographie divisée en deux mé- moires, que M. le docteur Girardin a publiée dans les Archives de médecine. Ce qui ressort de cet intéressant travail, c'est la diversité des faits en chaque yicadèfnle dos Sciences. i uj exemple, diversité qui ne se rattache à rien de commun, s 'appliquant indifié- remmcnlà l'âge, au sexe, et à toute nature d'organes, différant dans la durée, l'intensité et le mode de terminaison des évènemens. Or, comme tous ces cas té- ratologiqucs formaient autant de désordres d'organisation, sans liaison comme sans réciproques relations , j'ai pensé un moment à y rapporter l'événement de Syra, quand il fut bruit dans celte île de la Grèce, d'un jeune garçon-mère qui, sous ce titre ridicule , était encore réputé avoir vomi un embryon humain. J'a- vais accepté la mission, et je m'étais effectivement occupé à démêler ce que ren- fermait de mystique, le récit d'un tel vomissement. Je n'ai trouvé au fond de ces recherches, qu'une indigne déception; mais les efforts de combinaison et d'ima- gination dans lesqncls j'ai été entraîné, m'ont amené sur un point de théorie où j'ai été aussi surpris qu'heureux de rencontrer une cause principale, et par suite une explication très simple à tous les évènemens si variés d'inclusion abdomi- nale. M. Lesauvage, de Cacn, a proposé pour cette classe de faits le mot énadel- phie, adopté et employé par M. Roux : la racine de ce mot est empruntée à ma nomenclature. nous voyons disparaître peu-à-peu les caractères distinctifs qui semblaient isoler les geckos; du moins ces caractères, que l'on considérait comme propres et exclusifs, en devenant communs au gecko et à cer- tains groupes des familles voisines, feront que ses sauriens geckoïdes ne consti- tueront plus une famille à part, mais seulement une réunion de groupes transi- toires qui lieront certains agamiens avec certains ignaniens, et que peut-être il ne restera bientôt plus dans l'ordre des sauriens d'autre famille anormale, que le seul genre des caméléons. Observations sur des ossemens fossiles découverts dans une assise nouvelle dépendante de l'argile plastique du bassin de Paris, par M. d'ÛRBiGNY jeune. Dans la première partie de ce mémoire l'auteur rend compte de la découverte d'un étage de calcaire marin particulier entre le terrain tertiaire et la craie ; dans la seconde il fait connaître l'existence de nombreux ossemens fossiles dans la par- tie inférieure de l'argile plastique ; voici comment il s'exprime à ce sujet : Une tranchée ouverte depuis peu au Bas-Meudon, au lieu dit les Montalets, et notamment une ouverture faite sur le même point, au toit de l'une des gale- ries de la crayère de M. Langlois , permettent d'observer, immédiatement au- dessus du calcaire pisolithique, plusieurs couches fort intéressantes dont personne n'a encore fait mention jusqu'ici. Le premier banc que l'on y voit, en allant toujours de bas en haut, se com- pose d'argile plastique et de marne feuilletée, enveloppant ordinairement de nombreux roguons ou fragmens de craie et de calcaire pisolithique arrachés aux terrains inférieurs et qui donnent lieu à un véritable conglomérat. A la base de cette couche sont des rognons quelquefois plus gros que la tête, composés de calcaire pisolithique endurci, avec milliolites et quelques nodules de strontiane sulfatée fibreuses. Ce banc est d'une assez grande étendue, mais l'épaisseur en est rarement de plus de cinquante centimètres. J'y ai trouvé différens corps organisés que j'ai groupés ici suivant un point de vue se rattachant à la théorie des aflluens due à M. Constant Prévost, ihéorie à l'aide de laquelle il explique l'origine d'autres dépôts du bassin parisien. i° Radiaires et coquilles marines provenant de la craie et arrachés au ter- rain crayeux préexistant , par les eaux fluviatiles qui couraient à sa surface 'Académie des Sciences. 127 ( Ananchytes ouata", Catillus Cuvieri , Ostrea vesicularis > et Belemmites mucronatus. ) 2° Coquilles d'eau douce contemporaines du conglomérat (Planorbis, Cy- clasj, Paludina lenta et Anodonta). Aucune observation écrite n'avait jusqu'à présent constaté l'existence des anedontes à l'état fossile. J'ai cru pouvoir en former deux espèces que j'ai dessinées et décrites sous les noms $ Anodonta Cordierii et de A. Antiqua. 3° Os de poissons indéterminables. 4 Reptiles ayant sans doute vécu dans les eaux douces qui ont formé le conglomérat; os de tortues d'eau douce (Trionix et Emys), plusieurs dents de crocodiles et d'un genre de grand saurien très voisin du Mososaurus ou Monitor, de la craie de Maëstricht. J'y ai aussi trouvé un coprolite renfer- mant de petits fragmens de poissons et appartenant probablement à l'un des rep- tiles cités. 5° Mammifères terrestres entraînés par le cours d'eau fluviatile. Cette dernière collection d'os, sur laquelle je me permets d'appeler plus particulièrement l'attention de l'Académie, consiste surtout en dents assez nom- breuses, dontjedoisla détermination à l'obligeance de MM. de Blainville et Laurillard. Deux de ces dents appartiennent à un mammifère carnassier (genre Loutre), les autres à des mammifères pachydermes, savoir : à une grande espèce à'Anthracotherium ; à une petite espèce du même genre et à des Lophiodons. Quelques-unes de ces dents ayant été recueillies dans le conglomérat de la crayère de M. Langlois , c'est-à-dire sous tout l'étage du calcaire grossier et à plus de 60 pieds'au dessous du sol végétal, on ne peut douter qu'elles ne soient parfaitement en place. La présence de ces nombreux os de mammifères au dessous de l'argile plas- tique, me paraît avoir un grand intérêt, car elle démontre d'une manière positive que ces animaux ont vécu à une époque beaucoup plus ancienne qu'on ne le sup- posait généralement. En effet, les seuls restes de mammifères trouvés dans les couches inférieures du terrain parisien étaient une mâchoire de Lophiodon, dé- couverte par M. Eugène Robert dans le calcaire grossier de Nanterre, et deux fragmens d'os, vraisemblablement aussi de lophiodon, que Cuvier a cités comme ayant été retirés du lignite du Lao*hnais , dont l'âge est encore in- certain. Ces derniers faits avaient déjà modifié l'opinion que Cuvier s'était formée relativement à la profondeur à laquelle les débris de mammifères pouvaient être trouvés dans le terrain des environs de Paris, et qu'il présumait ne descendre jamais en dessous du gypse. Maintenant , d'après ce que je viens d'exposer , il faudra reconnaître que ces animaux vivaient dès l'époque où ont commencé à se déposer les premières couches de l'argile plastique , qui supporte toute la série des terrains parisiens. Or ce fait relatif à l'ancienneté des mammifères une fois admis et bien con- staté, il ne paraîtra plus aussi difficile d'admettre également quelques cas excep- tionnels sur lesquels les géologues ont beaucoup discuté, et qui tendent à reeuler encore bien davantage l'existence de ces animanx. L'un est relatif aux débris de Didelphis bucklandi , signalés dans le Calcaire oolilhique de Sto- nesfield (Oxfordshirc) , et dont le gisement , en apparence si anomal, a donné lieu à de longues incertitudes qui commencent à ne plus exister. Un second fait est celui des empreintes de pas d'animaux observées récemment dans le^rès bi- garré de Hildburghausen, en Saxe, et que plusieurs naturalistes attribuent à des pas de mammifères ou de reptiles, tandis que d'autres n'y voient que des cm* preintes végétales. Enfin le troisième et le plus important a rapport aux os de ia8 académie des Sciences. Pachydermes, que M. le professeur Hugi a trouvés depuis peu dans le Calcaire portlandien de Soleurc (en Suisse). De ces différentes observations, rapprochées de celles que j'ai l'honneur de soumettre à l'Académie, ne peut-on pas conclure que non-seulement les mam- mifères existaient dans le commencement de la période* tertiaire, mais même an- térieurement, et que des recherches ultérieures en feront découvrir un bien plus grand nombre? , Avant de terminer celte note , il me reste à faire remarquer qu'entre le banc de conglomérat et le puissant dépôt d'argile plastique qui le recouvre sont placées des couches successives de marne avec gypse lenticulaire, grès ferrugi- neux, pyrite , empreintes végétales , etc. , et un lit d'environ 4o centimè- tres de lignite véritable , renfermant les Paludines et les Anodontes déjà citées. En sorte que dans une coupe ihéoriquc des terrains parisiens, l'ar- gile plastique proprement dite devra maintenant être placée entre deux assises de fausses glaises, contenant l'une et l'autre des lignites _, des sables et des corps organisés. En résumé, il faut reconnaître : i° que l'argile plastique des environs de Paris est séparée de la craie par un étage distinct, qui pourra désormais porter le nom de calcaire pisolithique, et qui , ne renfermant que des coquilles ter- tiaires , paraît se rapporter d'une manière évidente à la période paléothé- rienne (ou tertiaire), et non à la formation crayeuse; 2° qu'il existe à la partie inférieure de l'étage de l'argile plastique des caractères nouveaux , démontrant surtout que divers genres de mammifères vivaient à l'époque où cet étage s'est formé , et que ces mammifères différaient notablement de ceux qui figurent dans toutes les parties supérieures du terrain des environs de Paris. PUBLICATIONS NOUVELLES. Species général des Lépidoptères , par M. Boisduval. (i) Dans le premier volume de cet ouvrage, l'auteur décrit l'organisation exté- rieure des Lépidoptères, et traite avecdétail de leurs métamorphoses; il examine ensuite les diverses méthodes employées pour leur classification, discute la va- leur de chacune d'elles et expose celle qui lui est propre. A l'exemple de Denis et Schifferm .lier , d'Ochsenheimer et de quelques antres entomologistes alle- mands, M. Boisduval fait un grand usage des caractères fournis par les Larves et les Chrysalides, au lieu de s'en tenir exclusivement à la considération de l'in- secte parfait, comme le font la plupart des auteurs français. Il divise d'abord l'ordre des Lépidoptères en deux grandes lésions : les Rho- phalocères qui correspondent aux Diurnes de Latrcille et les Heterocères qui comprennent les Crépusculaires et les Nocturnes de ce dernier. La première de ces légions se subdivise en trois sections d'après la manière dont vit la Chrysalide et la première de ces sections se subdivise encore en six tribus, dont deux seu- lement (les Papillonides et les Piérides) sont décrites dans ce volume. On y trouve un grand nombre d'espèces et de genres nouveaux. ( i ) In«8° avec atlas ; ouvrage faisant partie des Suites à Bujfon publiées par Roret. dugès. ~ Sur les Pulex penetrans. iicy Notes sur les caractères zoologiques des Pulex penetrans ', Par M. Dugès, de Montpellier. En publiant un premier mémoire sur le genre pulex (i), je n'avais pu rien dire de positif sur l'espèce dont il va être ici question ; réduit aux connaissances que pouvaient m'en donner des figures imparfaites, trompé par un appendice caudal qui n'est très probablement que le pénis du mâle peu exactement reproduit, je pensais qu'on en devait faire un genre à part : des observations directes, que j'ai pu faire sur des chiques conser- vées dans l'alcool et que je dois à l'obligeance d'un naturaliste aussi zélé qu'habile, M. Saltzmann, m'ont permis de reconnaître que cet insecte ne diffère des autres Pulex que par quelques légères circonstances de conformation , et surtout par ses ha- bitudes, ce qui n'autoriserait pas la création d'un genre à part. Avant d'entrer dans les détails spéciaux, je reviendrai un moment sur quelques points déjà traités dans mon premier tra- vail et qui me paraissent exiger des rectifications. On trouve communément, sur la plage sablonneuse de la Mé- diterranée, du moins au voisinage de Cette et de Montpellier, des puces d'un brun presque noir et d'une énorme grosseur ; la mouche commune n'a pas le double de leur taille. D'où ve- naient ces singuliers insectes, et pourquoi cette habitation non moins singulière ? Double question qu'un examen attentif eut bientôt résolu ; ce sont des puces humaines, et leur présence à la plage n'est due qu'au grand nombre des baigneurs et bai- gneuses de toute classe qui y déposent leurs vêtemens durant les chaleurs de l'été. Ma curiosité une fois satisfaite sur ce point, je cherchai à tirer parti de la grandeur des individus que je m'étais procurés, et je pus aisément m'assurer i°: que la soie im- (i) Annales des Sciences naturelles, premiers sme, t. 7% p. *45." Vï. Zoot., — • Septembre, 1 3o bugès. — Sur les Pulex penetrans. paire du suçoir , celle qui est engaîuée par les mandibules, n'a aucun rapport avec la lèvre; que ce n'est point la languette, comme je l'avais cru d'abord; qu'elle remonte au contraire en dedans vers le haut du crâne ou plutôt du chaperon, et s'y fixe en s'élargissant ; ce serait donc plutôt une sorte de labre ren- tré, comme l'a déterminé M. Strauss ; a° que les mandibules sont armées de denticules toutes semblables à celles que nous allons voir chez le Pulex penetrans, mais seulement plus fines et plus difficiles à apercevoir au microscope ; 3° la forme comprimée , élargie, comme écailleuse de ce qui me semblait être le premier article des pattes ou la hanche me laissait des doutes sur la jus- tesse de cette détermination. En examinant mieux la chose, chez les espèces déjà connues et chez la puce américaine, je mè suis cru bien fondé à changer quelque chose aux dénominations pri- mitivement adoptées et qui présenteraient de singulières disso- nances, comparées avec les articles des pattes des autres insectes. Si l'on part, pour établir celte comparaison, de l'extrémité libre, au lieu de commencer par l'extrémité adhérente, la détermina- tion devient claire et facile. On trouve : i° cinq articles au tarse, le dernier armé de griffes ; a une jambe évidemment bien dis- tincte du tarse; 3° une cuisse longue et renflée et partant bien caractéristique ; 4° un trokanter court, comme il l'est chez tous les insectes; 5 une hanche au contraire très dégagée, longue et grosse; c'est celle que je prenais précédemment pour la cuisse; mais les exemples de hanches fortes et libres ne sont pas rares dans les insectes ; quant aux pièces les plus rapprochées du tronc c'est àl'épimère et au trokantin de M. Audouin qu'il faut les assigner ce me semble : passons maintenant à notre sujet spécial. On connaît depuis long-temps, mais assez mal et plutôt sur des relations de voyageurs et des dictons populaires que sur observations scientifiques, la chique ou puce américaine. Voici ce qu'en dit un des plus récens observateurs, notre savant ami, M. Auguste de Saint-Hilaire , dont on connaît d'ailleurs assez la scrupuleuse exactitude. « A mon arrivée à Rio de Janeiro, j'avais eu les pieds rongés par les puces pénétrantes qui, comme les au- tres insectes malfaisans, attaquent surtout les* Européens nou- ihtgîs. *— Sur les Pulex pcnetrans. |3| vellement débarqués. Elles sont principalement communes clans les bâtimens récemment construits et dans les rez-de-chaussée; et c'était précisément celui d'une maison bâtie depuis peu de temps que j'habitais alors. Souvent l'on m'enlevait quelques-uns de ces insectes, et un jour on m'en tira dix-sept d'un seul pied. Ces animaux ont la même couleur que la puce ordinaire, mais ils en diffèrent par plusieurs caractères importans , ils sont en outre plus petits, plus allongés ; ils courent peut-être plus vite et sautent avec moins de vivacité. La puce pénétrante s'enfonce dans la peau , et ne laisse apercevoir en dehors du trou qu'elle s'est formé, que les deux ou trois derniers anneaux de son ab- domen. La nourriture qu'elle prend à son gré lui dilate le tube intestinal d'une manière extraordinaire ; à peine est-elle entrée dans la chair qu'elle ne peut déjà plus sortir par l'ouverture qu'elle s'était ménagée, et elle acquiert très promptement le vo- lume d'un grain de chenevis, et même d'un petit pois. Dans cet état, l'insecte a pris une figure entièrement différente et serait incapable de changer de place, c'est alors un globule blanchâ- tre , aplati, qui présente sur chacune de ses faces, une petite proéminence brunâtre. Celle de la face supérieure est formée par les derniers anneaux de l'abdomen, et la proéminence de la face inférieure par la tête et le corselet qui n'éprouvent au- cune dilatation. et l'on aperçoit entre eux une tache obscure (fig. 4, h.) qui est l'estomac ; de là partent encore, pour se rendre à la queue, les oviductes bruns et flexueux (fig. 4» c.). Immédiatement en arrière de l'estomac, on distingue un vaisseau qui se divise un peu de droite à gauche, et qui se dirige ensuite vers le côté gauche (fig. l\, d. ), c'est l'ovaire rempli d'oeufs. Le canal intes- tinal reparaît de nouveau dans le voisinage de la queue (fig. 4, e.) Telles sont les parties que l'on aperçoit à l'extérieur du corps; nous allons passer maintenant à la description des parties in- térieures de ce ver remarquable. Pour le faire avec plus d'exac- titude, nous décrirons d'abord les organes qui s'offrent les pre- miers à la vue, lorsque l'on a enlevé la peau, tels que les organes du mouvement, puis ceux de la sensation , ensuite ceux de la digestion, et enfin ceux de la génération. 1. Organes du mouvement. L'enveloppe extérieure est lisse, très mince, transparente et élastique; elle se plisse en travers, à partir de la tète, d'une manière assez régulière. Immédiatement au-dessous de cette membrane, on trouve une couche simple, très mince et à peine visible à l'œil nu , de fibres longitudinales blanches, au-dessous desquelles on en distingue d'autres qui sont transversales. Les deux couches de fibres musculaires se laissent séparer, mais la couche de fibres longitudinales se détache très difficilement de l'enveloppe extérieure; eu effet, on ne peut les enlever que séparément et par places, en les saisissant l'une après l'autre avec des pinces. La tète offre, au-dessous de la peau, une couche i4o hiram. *— » Sur le Pentastoma tœnioides. assez épaisse de fibres irrégulières, qui sont toutes situées autour de l'œsophage et qui semblent être fixées à cet organe. Dès que l'on a détaché la peau de cette couche musculaire, on découvre des parties auxquelles je n'oserai donner un nom significatif; au premier coup-d'œil, on peut les comparer aux cellules latérales (loculi) de la sangsue. Les feuillets (fig. 7 , a.) sont situés de chaque côté de la cavité ventrale; la peau se porte entre ces feuillets et y dessine quelques plis ; elle figure en- suite, en dehors de ces lamelles, le bord dentelé du corps, en s'enfonçant dans leur intérieur. La cavité formée par chacune de ces lamelles ou feuillets communique avec l'intérieur du corps (fig, 7, b. et fig. 9, **.), et renferme une grande quantité de globules généralement gros, blancs et visibles quelquefois à l'oeil nu, qui s'étendent jusque dans la cavité ventrale où tous les feuillets se rencontrent aussi (fig. 7, c). A l'endroit où se terminent les feuillets, ainsi que dans la cavité du corps elle- même, on trouve également de ces globules, mais ils n'y pa» raissent qu'isolés. Près de cette issue et de chaque côté , il existe un cordon nerveux qui se fixe au côté des feuillets qui est tourné vers la cloison du ventre, en formant des replis sinueux pour pénétrer dans chaque cavité (fig. 7, e. et fig. 9 /.). Des lamelles d'un des côtés du corps à celles du côté opposé, et le long des parois de la cavité ventrale, s'étendent des cordons (fig. 7, d. et fig. 9, h.) qui réunissent ainsi entre eux les deux côtés du corps; Enfin je dois encore ajouter que chacun des feuillets envoie trois cordons à celui du côté opposé. Les globules, que j'ai soumis à un examen attentif, et que j'ai observés plusieurs fois au micros- cope, n'ont absolument aucun rapport avec les œufs du ver; ils sont ronds, blancs, ont un aspect gélatineux, et dépassent de beaucoup les œufs en grosseur : aussi leur usage m'est-il inconnu, bien qu'on puisse cependant les comparer à la masse irrégu- lière du Distoîna hepaticum, que l'on soupçonne être des œufs ; dans chacun de ces animaux, les deux masses ont des rapports tels, que les globules de l'un et de l'autre présentent, sous le microscope, la même forme, la même couleur et la même dis- position. Les feuillets entre lesquels se trouvent ces globules, daus le Pentastome, pourraient, dans le dernier cas, être corn- miram. •*• Sur le Pentatosma tœnioidcs. i/|i parés aux canaux latéraux du Distoma, qui ont été regardés, par Otto, comme des nerfs. Cependant, on ne peut constater aucune connexion entre cette partie et les autres organes; mais du côté droit, et sur la ligne longitudinale formée par l'issue des lamelles, s'étend l'ovaire qui y demeure fixé, en sorte que l'on pourrait regarder ces parties comme appartenant aux or- ganes sexuels de la femelle. Ce qui rend la chose plus probable encore, c'est que l'on trouve, dans les mâles, des rudimens de lamelles, quoiqu'il n'existe chez eux aucune trace de la masse granuleuse. Dans ces derniers, d'ailleurs, les parties analogues aux lamelles sont beaucoup plus molles et s'étendent en travers dans toute la largeur du corps , au lieu d'être situées seulement sur les deux côtés. 2. Organes des sensations. Il existe dans ce ver un système nerveux bien développé, ainsi que Cuvier l'avait déjà fait connaître. En effet, quand on ouvre l'animal par le dos, et que l'on écarte les cor- dons bruns qui constituent les ovaires, on met à découvert le canal intestinal; quand on a de nouveau enlevé celui-ci, on aperçoit au-dessous de l'œsophage un ganglion allongé, aplati et blanc, le ganglion cérébral (fig. 8, a.), silué au-dessus de l'ap- pareil sexuel (fig. 8, d.\ Ce ganglion envoie de tous côtés des cordons fins , parmi lesquels on remarque surtout, à cause de leur grosseur, les deux qui se rendent à l'extrémité antérieure du corps (fig. 8, £.); ils donnent plusieurs filets très déliés à l'œsophage et se rendent aux cavités latérales du suçoir, ou aux ouvertures qui renferment les crochets. Le ganglion envoie en outre, à la partie postérieure du corps, deux nerfs (fig. 8, c. et 9,/.), dont le trajet s'étend le long des ouvertures des cellules formées par les issues des feuillets que nous avons décrits plus haut; ils sont fixés contre la paroi de l'abdomen. Ces nerfs ne présentent ni renflemens ni points de réunion l'un avec l'autre; leur trajet n'a pas lieu en ligne droite, mais bien d'une manière un peu flex ueuse, en sorte que chaque cordon nerveux pénètre, i/jii MiRAM. •— Sur le Pentastoma tenioides. par une courbure, dans les ouvertures dont il vient detre question. Il résulte de ce qui précède, que le système nerveux de ce ver intestinal se distingue de celui de Y Amplùsioma subtrique- trum, en ce que ce dernier présente, au-dessous de l'œsophage, deux ganglions qui communiquent entre eux au moyen d'un cor- don nerveux, et que les deux filets qui partent de ces ganglions se réunissent de nouveau après un court trajet, pendant lequel ils émettent d'autres filets. Mais le système nerveux de chacun de ces deux vers a cependant cela de commun , que la disposition du ganglion, dans le Pentastome, correspond tout-à-fait à celle de l'Amphistome , et qu'il en part deux filets qui s'étendent de chaque côté le long de la cavité ventrale. Le système nerveux du Strongylus gigas s'éloigne tout-à-fait pour la forme de celui du Pentastome. Il n'existe en effet, chez le premier de ces vers, qu'un seul cordon nerveux qui naît d'un ganglion cérébral, semblable à celui du Pentastome, et qui, selon Otto(i), après avoir présenté de petits renflemens d'où partent d'autres nerfs, se dirige vers l'extrémité postérieure, et il s'y ter- mine par un ganglion semblable à celui de la tète. 3. Organes de la digestion. En ouvrant le corps par la partie inférieure on trouve vis- à-vis de la papille moyenne ou delà bouche, un renflement (fig. 9, a.) qui offre quelques plis; c'est le pharynx. Il se prolonge en un canal étroit, ou l'œsophage (fig. 9, £.), qui s'élargit à l'ex- trémité pour former un cardia (fig. 9, c). à la suite duquel est situé l'estomac (fig. 9, d.). Ce dernier viscère, [qui dans la femelle forme à son origine un sac assez large , diminue d'étendue dans son trajet et se rétrécit peu-à-peu pour aboutir à l'intestin (fig. 9, e.), qui se termine à l'extrémité du corps pag une ouverture bien distincte (fig. 9,/^). Le canal intestinal du mâle est analogue à celui de la femelle, 1) Magasin de la Société des amis de la nature 7 e parf.> Berlin 18 16. MiRàM. — Sur h Pentastoma iœnioides. 1 43 mais l'estomac ne forme pas une poche aussi large, et se distin- gue fort peu sous ce rapport des autres parties du canal di- gestif. A un pouce et demi environ de l'extrémité du corps , on trouve dans la femelle l'origine del'oviducte (fig. 9, g.\ qui s'en- roule plusieurs fois autour du canal intestinal et s'ouvre auprès de lui (fig. 9, lu). Le pharynx et l'œsophage se composent d'un tissu ferme , blanc, épais, tandis que celui de l'estomac et de l'intestin est mince et d'un brun clair. La face interne de l'estomac et de l'intestin est formée par une membrane plissée dans sa lon- gueur, ce qui simule autant de lignes blanches. L'usage de ces plis ne me semble pas facile à deviner, car la nourriture de ces animaux ne doit se composer que de matières qui n'ont pas be- soin d'une nouvelle élaboration. On doit aussi remarquer que le canal intestinal ne présente point de vaisseaux pour la nutri- tion, à moins que l'on ne prenne pour tels quelques cordons très fins qui s'attachent à l'œsophage et que l'on pourrait aussi regarder comme des filets nerveux. La situation de l'intestin est très profonde; il est entièrement enveloppé dans les deux tiers environ de sa longueur par les re- plis des oviductes. L'estomac est situé entre ces replis dans une position droite d'abord, mais il prend bientôt une direction la- térale et se courbe du côté gauche, tandis que l'intestin se dirige en ligne presque droite vers l'anus. Il est clair maintenant que ce canal intestinal diffère essen» tiellement de celui des autres Trématodes. Dans les AmplûstQ- mes ce canal part du suçoir antérieur sous la forme d'un sac élargi dont le milieu se prolonge en un canal étroit et simple; celui-ci se partage ensuite en deux poches qui s'étendent de chaque côté jusqu'à la partie postérieure du corps et se termi- nent en cul-de-sac. Dans le Distoma liepaticum il part également du suçoir anté- rieur un large sac auquel fait suite un œsophage étroit qui se divise aussi en deux poches ; puis chacune de ces poches se ra- mifie au milieu et sur les côtés , et la dernière branche, après un court trajet, se termine en cul-de-sac. i44 miram. *— Sur le Pentastoma tœnioides. Le canal intestinal du Monostoma tenuicolle est aussi très différent de celui de notre Pentastome. Il se compose, en effet, d'un canal unique qui s'étend alternativement d'un côté du corps à l'autre, mais il se rapproche de celui du Pentastome en ce qu'on y remarque également un renflement stomacal. Mais si nous examinons le canal intestinal de V Ascaris mega- locephala Cloq., nous lui trouverons une grande ressemblance avec celui de notre ver. On voit aussi dans X Ascaris un œso- phage distinct, séparé de l'estomac par un étranglement; un cardia réunit ces deux portions du canal et l'estomac se rétrécit peu-à-peu jusqu'à l'intestin. On remarque en outre dans l'Asca- ris comme dans le Pentastome que l'estomac est aplati de haut en bas et que l'intestin tout entier est enveloppé par les ovaires. Les autres ordres d'Entozoaires s'éloignent aussi entièrement de notre Pentastome sous le rapport du canal intestinal; chez eux la nutrition a lieu par absorption, ainsi que XEchinorynque nous en offre un exemple. 4. Organes de la reproduction. A. Parties sexuelles du mâle. Ces parties se présentent aussi à la vue quand on ouvre le ver par le ventre, et l'on remarque d'abord deux organes flexueux qui s'étendent des deux côtés du corps; je les ai pris pour les testicules (fig. 10 et 11, a.). Ces organes ne sont pas libres dans la cavité du corps ; ils se fixent à sa paroi dorsale et renferment un fluide blanchâtre et comme gélatineux. Leur extrémité antérieure est la plus épaisse; ils diminuent peu-à-peu de grosseur et communiquent en avant par deux canaux étroits ou conduits dèfêrens (fig. 10 et 11, &.), avec un vaisseau qui se dirige d'abord en arrière et revient ensuite sur lui-même pour se porter vers la partie antérieure du corps. On pourrait pren- dre ce dernier organe pour une vésicule séminale (fig. 10 et li,c). Il renferme une matière assez semblable à celle qui se trouve dans les testicules , mais qui paraît plus épaisse. Cette 3HRA1V1'. *— Sur le Penlastoma tœnioides. i45 vésicule séminale communique également par deux ' canaux courts et étroits (fig. 10 et 1 I, d.), avec deux cordons fins et un peu arqués qui représentent les verges du mâle (cirri, fig. io et il, e.) et qui , examinés au microscope , semblent ouverts à l'extrémité. Ces deux verges, qui sont un peu plus grosses à leur extrémité antérieure, sont insérées par cette extrémité sur un organe en forme de cœur, dont l'intérieur offre une structure glanduleuse et dont la pointe se fixe sur la paroi ventrale du corps, à une demi-ligne environ du bord antérieur; ce dernier organe répond peut-être à la prostate (fig. 10 et 1 1,/). Quant à la substance même de ces organes, ils sont formés d'une membrane assez égale, ferme et blanchâtre. Je dois encore faire observer que les deux ouvertures (fig. a, a.) dont j'ai parlé plus haut, et qui sont situées sur la partie dorsale du corps, dans l'intervalle qui existe entre les deux ex- trémités de la vésicule séminale, peuvent être regardées comme les ouvertures qui donnent issue aux deux verges dans l'acte de l'accouplement. Bien que je n'aie jamais trouvé les verges dans cette position , je les ai vues dans un individu, non pas comme à l'ordinaire, ayant la pointe dirigée vers la queue, mais dé- crivant une courbure en S, de sorte que leur pointe était pres- que dirigée vers ces ouvertures. On peut ajouter aux raisons présentées jusqu'ici, en faveur de l'opinion que les petits individus de Pentastomes sont des mâles, et non déjeunes vers; i° Que dans tous les organes soumis au microscope, il m'a été impossible, malgré les recherches les plus attentives, de trou- ver aucune partie qui fût analogue à des œufs ; i° Que j'ai trouvé dans les sinus frontaux d'un chien quatre mâles et quatre femelles appariés de manière que les plus gros individus étaient enroulés autour des petits; cependant je ne remarquai pas de réunion plus intime entre eux et je ne vis pas les verges faire saillie à l'extérieur du corps des mâles. Si nous comparons maintenant ces organes avec les parties analogues des autres intestinaux, nous voyons qu'ils ne sont pas conformés autrement. Si nous prenons pour exemple VI. '/ont..— Septembrr. io i46 miram. — Sur le Pentastoma tœnioides. X Amphistoma , il nous présentera un hermaphrodisme dis- tinct. Il existe dans cette espèce une verge simple, d'où partent deux branches qui forment les conduits déférens, et qui sont en communication avec les vésicules dicho- toines ou les analogues des vésicules séminales : tels sont les organes mâles de la génération, avec lesquels les organes fe- melles sont en rapport , en ce que l'oviducte s'ouvre en dehors auprès de la verge, à travers l'orifice sexuel. Une disposition presque semblable s'observe dans le Distoma hepaticum. Si nous examinons les parties sexuelles du mâle dans V Ascaris , nous y rencontrons une verge déjà partagée, mais non pas en- core double ; il n'existe encore dans ce ver qu'un seul orifice sexuel, tandis que nous en avons trouvé deux dans le Penta- stome. La vésicule séminale part, dans l'Ascaris, de la base de la verge; elle remonte, en devenant plus épaisse, sous le canal intestinal, et de son extrémité arrondie et obtuse naît le vaisseau sécréteur ou le testicule qui s'enroule plusieurs fois autour de l'intestin et se termine par un noeud mince et aussi enroulé. Si nous étudions ensuite les parties sexuelles des Echino- rynques, nous y voyons deux testicules placés, non pas l'un contre l'autre , mais bien l'un après l'autre ; ils sont en rapport, en dessous, avec les suçoirs, au moyen d'un cordon très fin, et communiquent par un canal étroit avec les quatre vésicules séminales qui se terminent dans un large conduit déférent. Il résulte clairement de cet examen, que les organes mâles de la génération dans les Pentastomes sont fort différens des mêmes organes dans les autres vers intestinaux. B. Parties sexuelles de la femelle. Les organes sexuels de la femelle se composent de parties très nombreuses, assez compliquées, et remarquables par leur développement, car elles occupent toute la cavité du corps. Elles sont situées, y compris même les oviductes, à la partie dorsale du ver, et se font remarquer par leur apparence légère, leur connexion bien distincte, et surtout parce qu'elles sont miram. — Sur le Pentastoma tœnioides. ï/17 également visibles en dehors; aussi avons-nons déjà fait con- naître quelq-es-unes de ces parties dans la description extérieure du Pentastome. Nous allons maintenant les examiner avec plus d'attention. Le principal organe de l'appareil sexuel de la femelle est sans contredit l'ovaire (fig. 12, a.). Il est placé à la paroi dor- sale du ver, et se dirige de droite à gauche pour se fixer de ce côt' aux feuillets qtie j'ai déjà décrits. On l'a représenté dans la figure sur le côté gauche , pour plus de clarté : sa situation na- turelle est celle de la figure 4 > d. Cet ovaire se compose d'une membrane très fine, qui enveloppe étroitement les petits œufs, ce qui donne à tout l'organe l'apparence d'une glande. Sa lon- gueur dépasse la moitié de celle du corps , et do son extrémité antérieure il part deux canaux ou conduits déférens (fig. 12, £.«). Ces deux conduits, dont l'un se dirige à droite et l'autre à gauche, se courbent en dessous vers la ligne médiane du corps, et se réunissent entre eux (fig. 12, c.) , en même temps qu'avec deux canaux (fig. 12, d.) formés d'une enveloppe générale- ment très mince, flexueuse, et qui sont en rapport de chaque côté du corps avec un petit vaisseau borgne (fig. 12, par M. DotàrdiN. Ce mémoire paraîtra dans un prochain cahier. Observations sur les caractères spécifiques des grands cétacés, tirés de la conformation de l'oreille osseuse _, par M. Vanbeneden. « Il est souvent très difficile, dit M. Vanbeneden j de distinguer entre ^es les différentes espèces de Baleines, si Ion n'observe pas les individus à l'état frais, dugi: s. — Sur les Aranèides. \ 5() ou si l'on ne peut du moins faire la comparaison des crânes. Cependant on trouve dans la disposition des os de l'oreille, un caractère qui est également important, quoiqu'on ne l'ait pas jusqu'ici remarqué, et dont les applications seront plus fréquentes. Un voyageur aura beaucoup moins de peine à rapporter les os de l'oreille des cétacés que des crânes entiers, et obtiendra, par ce moyeu, tout aussi .sarcment des déterminations spécifiques. « Bientôt on pourra voir dans les collections d'anatomie comparée, une série de pièces qui seront, pour cet ordre de mammifères, la représentation des gen- res et des espèces, comme le sont, pour les autres ordres, les séries de pièces qui montrent le système de la dentition. a Le genre Rorqual qui est bien caractérisé par des signes extérieurs, l'est également par ceux qne fournit la considération de l'oreille et les diverses espè- ces de ce genre le sjunt également. On en peut obtenir des données précieuses pour la distribution géographique de ces animaux. Ainsi, on ne savait pas jus- qu'où s'avançait vers le Nord, le rorqual dit de la Méditerranée ; un os de l'o- reille rapporté l'an dernier par MM. Quoy et Gaimard, de leur voyage en Is- lande , montre que cette espèce pénètre beaucoup plus loin qu'on ne le sup- posait. « Ce caractère est encore précieux pour la détermination des espèces fossiles : ainsi un os d'oreille trouvé par M. Vanbeneden dans la province d'Anvers, a été reconnu pour appartenir à un rorqual, mais à une espèce différente de celles que Ton connaît aujourd'hui. » Observations sur les aranèides, Par A. Dugès , de Montpellier, Article I er . Classification, espèces nouvelles, etc. Le genre Aranea de Linné est devenu aujourd'hui Une fa- mille, et mériterait de former un ordre dans la classe des Arachnides. C'est ce que nous avions démontré déjà dans un autre travail (Mém. sur les Acariens, Ann. des Se. nat., a e série, t. i), pu nous avions désigné l'ordre sous le nom RAranéens } et la classe sous celui d'Aranistes; mais les connexions que nous avions assignées alors aux Aranèides avec les ordres voisins ne 160 dugès. — Sur les Aranêides. sont peut-être pas les plus naturelles qu'on puisse leur recon- naître , non plus que celles des Arachnides avec les classes voi- sines. Le passage de ces animaux aux insectes , par exemple , nous semble plus naturellement formé par les Galéodes , qu'on peut rapprocher assez rationnellement peut-être des Staphy- lins. La segmentation du corselet, l'isolement de la tête, la pré- sence de deux antennes, rudimentaires il est vrai, l'évidente composition des yeux formés d'ocelles réunies en deux groupes, enfin quatre paires de palpes et six pieds ambulatoires seule- ment , voilà certes bien de quoi rapprocher les Galéodes des insectes. Je n'ose ajouter que les figures publiées dans le grand ouvrage sur l'Egypte offrent des espèces qui semblent pourvues * de quatre rudimens d'ailes (Arachnides, pi. 8, fig. 9). Des Galéodes aux Bdelles , Acariens à palpes antenniformes , à mandibules en pinces presque libres, à corselet distinct, à palpes terminées par un article supplémentaire, la distance n'est pas des plus grandes ; puis on peut , par les Oribates , le Cœcule, [le Trogule, arriver aux Phalangiens , aux Faucheurs, d'où l'on passe naturellement au premier genre des Aranêides , au genre Pholcus. Ici commence notre sujet principal , et , à l'occasion de ce premier genre, se présente à nous, tout d'a- bord, une nouvelle espèce de ces araignées à longues pattes, le Pholcus senoculatus Nob., bien remarquable par l'absence des deux yeux médians ; il n'a que les deux groupes latéraux de trois ocelles disposés en triangle. Ce caractère les distingue des Scy- thodes et des Omosites , qui sont très voisins et n'ont aussi que six yeux, mais dont font partie les deux médians. Il ressemble beaucoup, du reste, au Pholcus phalangiste, et, en raison de la petitesse de sa taille, on pourrait le prendre pour un jeune individu de cette espèce, si ceux-ci n'avaient huit yeux très dis- tincts dès leur naissance même. Aux genres Pholque, Scytode, Omosite, succède la Filistate, à laquelle Latreille accorde gra- tuitement quatre poumons (1); viennent ensuite les genres (1) Je rapporte celle de Montpellier à l'espèce bicolore, que M. Walckenaër avait reçue de Marseille ; toutefois je dois avouer que !a description ne convient pas absolument en tout à la nôtre ; mais les différences sont trop peu tranchées pour qu'on ne puisse pas aussi les croire individuelles. 1 dugès. — Sur les Aranèides. 161 Clotho, Enyo, Lachesis, Hersilie. Cet ensemble me paraît pou- voir constituer une famille sous le titre de Scythodés ou de Mi- crognathes; toutes ces Aranèides ont, en effet, les mandibules fort petites , assez souvent soudées, et armées d'une épine im- mobile en opposition avec le crochet mobile , ce qui les rap- proche encore des Faucheurs. Toutes, ou presque toutes, ont la lèvre continue ou soudée au plastron ; toutes l'ont entourée par les maxilles cintrées sur elle. Je puis ici mentionner encore deux espèces nouvelles, une du genre Clotho (Utoctée de Du- four), l'autre du genre Enyo. La Clotho de Durand n'est pas rare dans les rochers de nos bois de chêne verts; la Clotho des celliers ( C. cellariorum Nob. ) se trouve au contraire dans nos maisons même , et se bâtit dans les angles des murs de petites tentes plates , étoilées , comme celles de sa congénère , mais grisâtres, et bien plus molles, plus fragiles; elle est d'ailleurs beaucoup plus petite, ne dépassant peut-être jamais deux lignes de longueur ; sa couleur est d'un gris clair marbré de noirâtre, tandis que l'autre a , dès l'âge le plus tendre , ses cinq taches caractéristiques , soit jaunes , soit blanchâtres. Du reste , même conformation : corps déprimé, corselet lenticulaire, filières sail- lantes, tubercule anal saillant aussi, couronna de ces soies raides qui constituent les valves pectinées de M. Léon Dufour, et terminé par une aigrette des mêmes soies. Le genre Enyo , établi par Savigny, se rapproche beaucoup des Filistates et des Clotho; XEnyo nitida, que ce savant a trouvée en Egypte, n'est point celle que nous trouvons ici, et à laquelle nous don- nerons le nom d'E. occitanica. Celle d'Alexandrie, outre des différences notables dans les yeux et la bouche , a le corselet d'un brun noir; il est pâle, testacé, taché de brun dans la nôtre. L'abdomen est gris de lin dans la première, blanchâtre en dessous, noir en dessus chez la nôtre, avec des chevrons couleur de chair qui manquent quelquefois. Enfin les pattes de 1 occitanica sont entièrement fauves; elles sont presque entière- ment noires chez la nitida. Une deuxième famille, celle des Aranées , comprend les genres Aranea , Ségestrie, Dysdère, Clubione, Drasse, Eri- gone. Malgré les quatre stigmates que leur a reconnu M. Léon VI. Zoot. — . Septembre. j i 162 dugès. *** Sur les \Aranèides. Dufour, malgré les trachées que je leur ai trouvées, les Segestries et les Dysdères ressemblent trop aux Araneas et aux Clubiones, par la conformation et les mœurs, pour pouvoir en être séparées. Les Théridiês constituent une troisième famille composée des genres Théridion, Episine, Argyronète et Linyphie. Bien des espèces nouvelles pourraient sans doute trouver place dans le premier et le quatrième ; mais il m'aurait fallu une étude plus approfondie et plus de secours scientifiques pour séparer le connu de l'inconnu, et je me suis convaincu, en outre, qu'un certain nombre devrait passer d'un de ces genres à l'autre, ce qui eût encore compliqué un travail difficile en raison du grand nombre des espèces. Ce grand nombre permettrait sans doute d'établir dans le genre Théridion des groupes ou sections; mais est-il rationnel de le diviser en plusieurs genres, comme on l'a fait récemment. Nous verrons plus loin qu'on n'a guère réussi dans l'exécution de ce projet ; le genre Latrodecte même ne sau- rait s'en isoler, ni pour la longueur respective des pattes , ni pour la disposition des yeux. Sous ce dernier rapport, en effet, une espèce probablement nouvelle , qui habite chez nous les caves et les écuries, et atteint la taille de la Malmiguatte ou Thé- ridion à treize«gouttes, qui en a la forme et les proportions, et porte même treize taches tantôt rougeâtres, plus souvent blan- ches sur un fond noir ou violet, a pourtant les yeux latéraux contigus, tandis qu'ils sont bien séparés dans le T. iZ-guttatus. Les yeux de notre espèce sont d'ailleurs plus grands et brillans ; la tache antérieure est en demi-cercle couronnant la base de l'abdomen. Le corselet et les pattes sont fauves. Son cocon est environné d'une bourre floconneuse. Dans la quatrième famille (Épéirées ) rentrent toutes les Or- bitèles, Epéïres, Acrosomes (Hahn), Ulobore et Tétragnathe. Une cinquième {Thomisès) , outre le genre qui lui donne son nom, renferme les Micrommates, Philodromes, Storènes et Sélénopes. On peut faire une sixième famille, sous le nom de Ljr- cosés } des genres Oxyope, Ctène, Dolomède, Lycose, Sal- tique, Fyrmécie, Palpimane, Erèse ; et enfin une septième, celle desMfgalees? comprenant les genres Eryodons, Atype et dugès. — Sur les Aranéides. i65 Mygales , qui conduisent aux Phrinés , et de là à l'ordre des Scorpions. C'est surtout au genre Saltique que je pourrais ajouter de nouvelles espèces; j'en décrirai succinctement une seule qui se rapproche beaucoup du Salticus for micari us. Il res- semble aussi , par sa forme svelte et allongée et sa peau glabre, à une grosse fourmi ; mais il est de couleur presque noire , et le mâle n'a point les grandes mandibules qui rendent si remar- quable le Saltique fourmi. Ce qui le caractérise surtout , c'est que l'abdomen est étranglé par un rétrécissement transversal plus profondément tracé en dessus et sur les flancs qu'en des- sous , et rendu plus sensible encore par la couleur blanche du sillon : de là le nom de Salticus cinctus que je lui donne. Le ventre est un peu moins noir que le reste; les hanches sont le plus souvent blanches. Certes , cette espèce mériterait de faire genre à part avec celle dont nous l'avons rapprochée et quel- ques autres aussi allongées et peu garnies de poils. Elles rappel- lent un peu la Myrmécie fauve de Latreille ; mais le céphalodère est épais, cubique en avant et déclive, et sans étranglement en arrière (i) comme chez celle-ci. (i) Je n'ai pas compris, dans cetle revue, huit à neuf genres nouveaux que M. Walckenaër n'a fait connaître, jusqu'à présent, que par une simple liste (Sphodras, Uptiotes, Dolophenes, Delcna , Eripus, Clattes, Arlema , Zosis) Quant à ses genres Missulena , Oletera, Sparassus, Atlus , on sait que ce sont les équivalens des Eriodo/i, Atypus, Micrommata, Oxyopes, Salticus de Latreille ; ses Tegenaria , Agelena et Nyssus représentent les Arenea de ce dernier; ses Lalrodectes, admis, comme les précédens, par Savigny, ne se distinguent pas uetlemeut des Théridions : si, tout en rectifiant l'erreur commise dans la longueur relative des pieds qu'il at- tribue aux uns et aux autres (car la malmiguatte a certainement le quatrième plu» long et c'est le contraire pour T. bienfaisant), on tient néanmoins compte de ce caractère, il faudra réunir aux Latrodectes, les T. sisyphe, obscur et autres, pour lesquels il n'y aurait pas là, ce semble, une heureuse fusion. Je ne sais jusqu'à quel point on pourra conserver d'autres coupes de ce genre si nombreux en espèces ; les Meta et les Mxcryphantes que Kock vient d'en séparer, les Pqchygnathus, Dictyna, Steatoda, que Sundeval a voulu aussi eu distraire, manquant de cette précision difficile à la vérité à trouver dans les délimitations des Aranéides, mais sans laquelle on ne fait qu'augmenter la confusion en cherchant à la dissiper. De même, les Leitrixde Snn- deval paraissent trop peu différent des Aranca; les Pirates des Lycoses, les Anyphœna et Asa- gena des Clubioues et des Drasses. Quant à ses Gasteracantha et Micrathena, ce sont les Acro- soma de Hahn. E :liu je ne puis rien dire du genre Lycodia que Sun 'eval n'a fait qu'indiquer dans son conspecltis. Nous n'avons pas dû admettre non plus le genre Tessarops trop mal décrit et trop grossièrement ligure par Ralinesque; tout ce qu'on en peut dire, c'est qu'il avoisine les Erèses. Nous avons adopté, au contraire, plusieurs de ceux que Savigny a établis dans le grand 164 nuGis. *fc Sur les Aranéides* Article II. Conformation extérieure, tégumens } etc. Je ne reproduirai point ici les raisons pour lesquelles j'ai cru devoir, dans un autre travail (Conformité, organique) , changer le nom de Céphalothorax en celui de Céphàlodère pour la partie antérieure du corps des Araignées; remarquons seulement que la position des organes respiratoires à l'origine de ce qu'on nomme l'abdomen , c'est-à-dire de la portion postérieure molle et pédiculée du corps, que la présence du cœur dans la partie aussi la plus avancée de cette région semblait prouver que là est le véritable analogue du thorax chez les animaux vertébrés, con- fondu en arrière avec l'abdomen proprement dit : de là le nom de Thoraco-gastre qui nous paraissait convenir à la totalité de ce prétendu abdomen. Quant aux pattes , Latreille a parfaite- ment reconnu leur analogie avec celles des insectes ; et en les comparant avec les pieds-mâchoires des Crustacés, il a bien senti qu'il fallait y voir des appendices ou membres cervicaux. La paire antérieure de ces pattes représente les palpes labiaux, et si cela restait douteux quant aux Araignées , on n'en saurait plus douter en jetant un coup-d'ceil sur les Galéodes, les Phri- nés et les Théliphones. Quant aux palpes maxillaires ou palpes proprement dits, on y reconnaît, au premier coup-d'ceil, l'i- dentité avec ceux des insectes si différens de leurs pattes; mais, pour les Araignées, la ressemblance est au contraire si grande, que, dans certains genres (Mygales femelles), il faut * ouvrage d'Egypte ; mais il en est qui font double emploi avec ceux déjà connus, et d'autres qui peuvent rentrer dans les groupes précédemment formés ; ainsi le genre Platjscelum n'est pas autre que celui nommé Palpimaue par M. Léon Dufour ; seulement il est évident qu'il faut re- trancher des caractères donnés par ce dernier l'absence de crochets au tarse de la première patte, ce caractère n'étant plus applicable à l'espèce égyptienne non plus qu'à celle que Koch vient de publier ; le genre Nemesis équivaut à celui de Ctcnises de Latreille, ce n'est qu'un démembrement peu nécessaire des Mygales. De même, il ne paraît pas utile de séparer les Ariadnes des Dysdères, les Arachnc des Aranea, les Ocyales des Dolomèdes, les Argyopes des Epéires. dugès. — Sur les ^ranéides. :.G5 compter les articles et y regarder de bien près pour s'apercevoir que ces membres , à peine plus petits que les pattes , en diffè- rent par une pièce de moins qui paraît être l'avant-dernière, et par la présence, d'une griffe seulement au lieu de deux à leur extrémité : la mâchoire est ici figurée comme les autres hanches; vérités bien propres à confirmer nos idées sur la composition élémentaire des animaux et en particulier des animaux articulés. Pour ce qui est des mandibules, leur identité dans les Arach- nides, les Insectes, les Crustacés, est frappante; toutefois, il n'est pas déraisonnable d'y voir pour les premières , dans quel- ques cas du moins , une fusion de la mandibule avec l'antenne, puisque, chez les Galéodes, ce membre porte souvent un ap- pendice antenniforme. Mais c'est aller trop loin , ce nous sem- ble, que de vouloir, avec Latreille, remplacer leur nom ordi- naire par celui d'antenne-pince ou chelicère, qui tend à éloi- gner toute idée d'analogie avec les vraies mandibules ou mâ- choires antérieures. En ce qui concerne la division des pattes en articles, s'il est impossible également de ne pas tomber d'accord avec ce célèbre entomologiste pour la détermination de la hanche, du trokan- ter et de la cuisse (i) , il est bien évident pour nous que c'est à tort qu'il veut donner aux Aranéides et aux Crustacés une jambe composée de deux pièces et pourtant analogue à celle des insectes. Ceux-ci n'en ont jamais qu'une, et elle est repré- sentée chez les Araignées par l'article, ordinairement assez court, il est vrai, qui suit la cuisse; le reste du membre, com- posé de trois articles , appartient au tarse ; chez les Scorpions , où la jambe reprend la même longueur proportionnelle que chez les Insectes, cette vérité apparaît dans tout son jour. La longueur proportionnelle de ces membres a fourni à la classification des caractères importans , nais qui ne doivent pas nous occuper ici; remarquons seuleraei t que les plus longues (i) La hanche est toujours solidement fixée au tronc qiuique mobile dans toutes les Ara- néides; Je trokanter est toujours petit et peu solide; c'est entra cette pièce et la hanche que la patte se détache le plus souvent daus les araignées accidentel!! ment mutilées ; chez les faucheurs au contraire, c'est ordinairement entre le trokanter et la oOMte. Ce dernier article est toujours remarquable par sa grosseur et sa longueur. 166 bugès. — Sur les ^iranèides. sont, à-peu-près toujours, ou les premières ou les dernières : les unes servant à explorer le terrain en guise d'antenne , les autres servant à diriger, soutenir les fils à mesure qu'ils sont produits, et prolongeant d'ailleurs en arrière la base de susten- tation, objet important chez les Aranéides, dont le ventre vo- lumineux est tout entier plus en arrière que le point d'insertion des membres. La troisième paire de pattes est, au contraire, courte en général, parce qu'elle ne sert qu'à maintenir l'équi- libre latéral. Les quatre pattes antérieures des Thomises offrent une disproportion considérable comparée aux postérieures, mais dans une vue particulière, celle de servir à saisir la proie. Les filières articulées qui terminent l'abdomen, toujours plus en dessous pourtant qu'en dessus, sont sans doute des membres bien véritablement abdominaux, comparables aux pieds postérieurs des Scolopendres, aux fausses pattes des Che» nilles, aux stylets saltatoires des Podures et mieux des Lé- pismes, aux palpes postérieurs des Orthoptères. Toutefois, nous pouvons assurer que Lyonnet n'a refusé que faute d'un examen suffisant, aux grandes filières caudiformes de l'Araignée domestique, les ouvertures propres au passage de la soie , et que M. Walckenaer s'est également laissé entraîner par une opinion erronée quand il a cru devoir leur donner le nom de palpes de l'anus. Je n'ai pas besoin de faire ressortir l'importance de ces con- sidérations relatives à la segmentation des membres, quoiqu'elle ne semble tenir au premier abord qu'à des variations dans la consistance des tégumens ; non-seulement les habitudes , les mœurs, sont subordonnées à ces conformations extérieures, mais encore la disposition intérieure des muscles, des viscères même, est sous leur dépendance. En ce qui concerne les mus- cles du tronc même , leurs rapports avec la peau nous fourni- ront encore une remarque importante. On voit, sur différens points du céphalodère ou du thoraco-gastre , des dépressions des plaques plus consistantes que le reste, des taches plus co- lorées, et l'on a été quelquefois embarrassé pour leur détermi- nation. Tréviran: &, par exemple, admettait des stigma es dor- saux chez les Epéires , etc. M. Léon Dufour a bien reconnu dugès. — Sur les Aranèides. 167 que ces dépressions souvent colorées et dures au dos de l'abdo- men, ne servaient qu'à l'attache des muscles; ajoutons que des parties ligamenteuses ou cartilagineuses y prennent aussi leur insertion. Nous en dirons autant : i° de plaques cornées si- tuées en dehors et en dessus des vrais stigmates, et qui ont pu quelquefois, chez la Filistnte par exemple, être prises pour une seconde paire d'ouvertures respiratoires ; 2 d'une plaque ovale qui, dans la même araignée et quelques autres, se voit à la base des filières; 3° d'une plaque triangulaire qui occupe souvent la partie intérieure du pédicule de l'abdomen , et d'une autre plus considérable à la partie supérieure; 4° de taches brunes qui se font remarquer sur les plaques ou opercules pulmonaires, dans un lieu bien différent de celui qu'occupent les vrais stigmates; 5o enfin des taches foncées qui se voient au pourtour du plas» tron du corselet chez la Mygale maçonne, et qui sont mieux circonscrites encore et même déprimées chez l'Atype; ces der- nières répondent aux attaches fibro-cartilagineuses d'une pièce intérieure correspondante aux pièces vertébrales des insectes ( entothorax de M. Audouin ). Quant aux dépressions de la carapace du corselet, il est bien reconnu que leur destination est de former intérieurement des crêtes destinées à l'attache des muscles moteurs des pattes des mâchoires et des mandibules ; aussi la largeur du corselet , la profondeur des sillons radiés, sont-elles proportionnées à la vigueur , à la force des pattes. La tête est d'autant plus large, la fossette médiane et transverse d'autant plus profonde, que les mandibules sont plus robustes. Considérons maintenant la peau, non plus comme traduisant au dehors des particularités de conformation et de structure essentielle, mais comme tégument commun. Elle nous offrira , de genre à genre , d'espèce à espèce même, des singularités in- téressantes. En prenant pour type la peau du thoraco-gastre ou abdomen, on trouve d'abord, à la surface du foie, chez un bon nombre d'espèces du moins, une couche de grains ou lobules d'un blanc mat : elle se montre , dans certains endroits , à travers l'épi- derme, et forme les taches blanches de l'araignée diadème, les i68 dugès. — Sur les ^iranèldes. croissans blancs ou jaunes du ventre des Epéires ; elles forment en entier le fond du blanc satiné de l'Epéire soyeuse. Cette couche granulée ne nous a paru être autre chose qu'une couche de graisse; les espèces qui en manquent (Mygale) laissent par- fois échapper de cette région , et de l'épaisseur même de la peau proprement dite, des gouttelettes huileuses lorsqu'on les dis- sèque sous l'eau, surtout si elles ont été conservées dans l'alcool. En dehors de cet enduit, est une couche mince que le micros- cope fait reconnaître pour musculaire, et composée de fais- ceaux ou rubans entrelacés, dirigés en divers sens, et qui en- tourent l'abdomen comme une nappe contractile. Sur cette couche, on en observe une autre que le microscope démontre granuleuse dans ses élémens , molle dans sa consistance : c'est le corps de la peau , l'organe sécréteur du pigment dont elle est imprégnée, et qui se trouve , le plus souvent ainsi, déposé prin- cipalement à sa surface externe quand les couleurs sont vives et tranchantes ; aussi le pigment reste-t-il en partie collé à l'é- piderme quand on sépare celui-ci des couches adjacentes. Ce pigment est composé de granules excessivement fins, beaucoup plus fins que les globules incolores qui composent le tissu de la peau, beaucoup plus ténus que les grains ovales dont se com- pose le pigment cutané et le choroïdien chez les animaux ver- tébrés. L'épiderme fait la portion la plus résistante de la peau, la par- tie cornée , celle à laquelle adhèrent les poils et aussi les pro- longemens internes ou épaississemens qui servent aux attaches des muscles, et quelques autres sur lesquels nous reviendrons dans un instant. L'épiderme est peu coloré en lui-même; si on en sépare le pigment qui lui adhère, il n'offre plus qu'une teinte roussâtre d'autant plus foncée qu'il est plus ancien , plus sali, et plus épaissi par conséquent. De là vient que les couleurs des araignées sont d'autant plus vives que la mue est plus récente, et ceci peut être porté au point de produire des différences ca- pables de faire rapporter à deux espèces distinctes deux indivi- dus qui ne diffèrent que par la propreté et la transparence de leur vêtement extérieur. Cette différence est très saillante chez l'araignée domestique, qui est agréablement colorée, ornée de jdugès. ~~ Sur les [Aranèides. 169 dessins bruns, jaunes et noirs quand son épiderme est jaune, presque toute grise ou brune quand il est épaissi et souillé. Il y a d'ailleurs des différences qui dépendent réellement de certains changemens dans la couleur et la disposition du pigment même. La plupart des jeunes araignées sont blanches ou de nuance très pâle ; les jeunes Glothos de l'espèce dite Durand ( Uroctée à cinq taches de Léon Dufour) ont les cinq taches de l'adulte, mais elles sont blanches et non jaunes. Le Salticus ou Attus Frischii (Aud. et Sav.), espèce d'Afrique et de nos côtes méditer- ranéennes, est, dans le jeune âge, d'un gris pâle avec des traits bruns, obliques, en deux rangées parallèles sur le dos, tandis que l'adulte présente, sur un fond noir, une ligne blanche lon- gitudinale et des traits latéraux obliques et de même couleur, différence uniquement due à l'envahissement de la couleur noire qui restreint et circonscrit de plus en plus les parties blanchâtres. La Ségestrie perfide ou florentine est toute d'un brun violet avec les mandibules vertes à l'état adulte; jeune, elle offre sur le dos une série de chevrons foncés , entourés d'une teinte pâle, et les mandibules sont brunes ; aussi en a-t-on fait gratuitement une espèce à part sous le nom de Ségestrie sénoculée (Walk.). Il en a été de même pour le Théridion ou Latrodecte à treize gouttes, ou Malmignatte des Italiens, que nous avons aussi en Languedoc, et qui paraît également habiter l'Egypte: très jeune, il a treize taches blanches sur un fond brun ; plus âgé , ces taches sont d'un rouge de sang, parfois encore bordées de blanc {Latrodectus argus Sav.). Chez les individus plus avancés en âge, la plupart de ces taches se sont effacées; quelquefois il reste encore à la base de l'abdomen une ligne de couleur de sang ( L. venator Sav.); quelquefois encore, tout a disparu, l'animal est devenu entièrement noir, comme chez le plus grand nombre de femelles adultes de nos contrées : c'est alors le Thé- ridion lugubre de Léon Dufour , le Latrodectus erebus de Savi- gny. La Tarentule narbonnaise (Lycosa meridionalis Walck. ; L. tarentula Duf. ; L. tarentulina Sav.; L. prœgrandis Koch) n'a pas le ventre noir ni aurore dans le jeune âge ; il est alors d'un gris blanchâtre. Il est encore des différences de couleur 170 • dugès. — Sur les Arânéides, tout individuelles. Le Salticus ou Attus œneus (Walck.) , avec son corps vert-bouteille et ses palpes jaunes , est susceptible d'une foule de variations, soit pour la couleur des pattes, jaunes ou noirâtres, soit pour la présence de points jaunes au nombre de deux , de quatre , de six sur le dos du thoraco- gastre, quelquefois même de deux lignes longitudinales ou d'une demi-couronne transverse sur la base de cette partie. Le Tbomise écourté de Walckenaer, charmante araignée que nous trouvons dans le midi de la France, et qui est certainement le même que les Thomisus Peronii et Martynii (corps ridé) de l'ouvrage d'Egypte, que le T. diadema de Hahn se présente tan- tôt entièrement blanc, tantôt d'un beau jaune, le plus souvent avec des mélanges variés de blanc et de rouge ou de violet, de blanc et de vert : je parle de la femelle , car le mâle , qui est très petit, se montre toujours de couleur jaune sale, et serait aisé- ment cru appartenir à une autre espèce. Cette circonstance rela- tive au sexe se prononce ordinairement dans un sens opposé : le mâle a généralement des couleurs plus agréables, plus vives, plus variées ; celui de la Ségestrie conserve la livrée du jeune âge. Les Sphasus (Walck.) ou Oxyopes (Latreille), lineatus , variegatus y italicus } nous ont paru n'être que des variétés d'une seule espèce , dépendant et de l'âge et du sexe , et de la plus ou moins complète conservation des écailles colorées dont nous parlerons tout-à-1'heure. Les jeunes individus et les mâles sont d'un gris-clair presque blanc, marqué de noirâtre, à pattes verdâtres ; les femelles adultes sont nuancées de brun-marron et de jaune-isabelle, les pattes sont brunes, les taches sont plus ou moins isolées, plus ou moins confluentes. Le mâle de la Clu- Lione erratique, celui de la Clubione nourrice , sont vivement ornés de jaune, de vert et de brun, au lieu du verdâtre presque uniforme qui revêt la femelle ; mais il y a ordinairement alors aussi des différences de forme et de taille dont nous nous occu- perons ailleurs : les mues par lesquelles ils passent seront alors rappelées ; nous n'en parlons ici que d'une manière plus géné- rale. C'est une chose assez connue que ce dépouillement de toutes les parties cornées, et la plus simple inspection des dé- pouilles montre comment la carapace du Céphalodère, se sépa- dugks. — Sur les Aranéides. 171 rant du plastron , et la peau du thoraco-gastre se fendant vers le dos, le tronc peut se dégager aisément. On conçoit moins bien comment les pattes peuvent sortir de leurs fourreaux ren- flés, étranglés, articulés ; une réflexion très simple en rend Pin» telligence facile : ces pattes sont molles, flexibles, extensibles au moment de la mue, et peuvent en conséquence passer comme à la filière dans les rétrécissemens qu'elles ont à parcourir , et malgré les inflexions, les plus délicates anfractuosités des sur- faces (peignes des griffes, par exemple). Un objet moins connu, c'est l'utilité dont peut être l'étude de cette dépouille; d'abord, celle de la carapace permet de mieux apprécier la forme , la direction des yeux ; le plastron , avec les fourreaux des pattes, des mâchoires, des mandibules, offre encore, en dedans, les parties cornées répondant à la langue, au palais et même à l'œsophage avec une pièce gastrique de même- nature et consistance; on les trouve là toutes dissé- quées et encore en place. Enfin l'épidémie de l'abdomen, tout chiffonné, ratatiné quand il est sec, offre, si on le ramollit con- venablement, une particularité bien curieuse : c'est que , vers les stigmates , adhèrent encore les nombreux feuillets membra- neux qui composent le poumon. Chez les genres pourvus de trachées , comme les Ségestries , on trouve de chaque côté , at- taché à la dépouille, le gros tube trachéal du stigmate posté- rieur, et un gros faisceau de trachées filiformes dirigé vers le pédicule qui suspend le thoraco-gastre au céphalodère : sont-ce les poumons, sont-ce les trachées, ou seulement leur surface membraneuse dont l'animal s'est ainsi débarrassé? Bien que je voie le tube trachéal plus mince, plus membraneux que dans son état ordinaire, cela pourrait tenir à la dessiccation, et je trouve le dépouillement partiel trop difficile à concevoir pour ne pas croire plutôt à la caducité complète de ces parties. Je me confirme dans cette opinion en examinant les trachées qu'on trouve également adhérentes aux enveloppes abandonnées par les libellules, les cigales, etc. , en passant de l'état de nymphe à l'état parfait ; les longs faisceaux arborescens qu'elles aban- donnent ainsi, et qui sortent évidemment de leur corps, res- tant attachés aux anciens stigmates, se montrent, au micros- f]2 dugès. — Sur les Aranèides; cope , pourvus et de leur membrane interne et de leur filament cartilagineux roulé en hélice : la trachée entière semble avoir été rejetée, un autre système de vaisseaux aériens en ayant pris la place. Remarquez combien de tels faits seraient favorables à cette vue philosophique de M. de Blainville , que les cavités communiquant au dehors ne sont que des dépendances de la peau refoulée vers l'intérieur. Pour compléter ce qui appartient aux tégumens communs , il nous reste à parler des poils et de quelques autres productions analogues. On peut mettre au même rang les griffes qui terminent les pattes et qui sont généralement au nombre de deux, pectinées, c'est-à-dire garnies de dents plus ou moins profondes, plus ou moins nombreuses, ainsi qu'un ergot impair situé à leur base ; ce- lui-ci manque quelquefois, chez les grandes Mygales d'Amérique par exemple, chez les Drasses aussi, etc. Quant aux griffes, elles &e manquent point, et je ne les ai jamais trouvées impaires même chez l'Ulobore, quoi qu'en ait dit Latreille. Celles de la Mygale aviculaire sont si plates , si serrées l'une contre l'autre, qu'on croirait, au premier abord, qu'il n'y en a qu'une. D'autres pro- ductions cornées, les épines, les piquans, arment les tarses d'un assez grand nombre d'araignées, et sont tantôt irrégulièrement disposées (Drasses, Clubiones) , tantôt en forme de râteau (Aty pe, etc.). Ces épines ne sont que des exagérations des poils simples; ceux-ci varient effectivement beaucoup en volume, et ceux des pattes sont, en général, assez raides pour constituer des sortes de brosses ou d'étrillés fort convenables à l'usage auquel toute araignée les emploie d'ordinaire, celui de se brosser, de se nettoyer, comme elles le font avec un soin égal à celui dont la mouche commune nous donne, tous les jours, la démonstra- tion. La Ségestrie a des brosses bien fournies à toutes les pattes; chez d'autres les poils en sont bien moins serrés et plus rigides (Aranéides presque glabres, Epéires, Thomises). Ces brosses, même les plus touffues , ne doivent point être confondues avec les houppes (Scopulœ) qui garnissent les tarses d'une multitude d'araignées et leur permettent de grimper sur les corps les plus polis. Ces houppes, quelquefois uniquement dugès. — Sur les Aranèides. 173 terminales et divisées en deux lobes soutenu chacun par une Sp*ifFt% sont d'autres fois prolongées en une double rangée sur toute la lace inférieure des deux derniers articles du tarse aux- quels elles donnent l'aspect du velours. Le premier cas est celui du genre Saltique , Sélénope ; le se- cond celui des genres Philodrome, Micrommate , Dysdère, Cy- cose, Drasse, Clubione, Mygale; la Mygale aviculaire, est surtout remarquable sous ce rapport; la Mygale de Leblond et la Ma- çonne sont beaucoup plus faiblement partagées, et n'ont point les pattes élargies en apparence comme la première. Chez les Drasses et quelques autres, les houppes n'existent qu'aux qua- tre pattes de devant. Ce qu'il y a de plus important à remarquer dans la compo- sition de ces houppes, et ce qui ne l'avait pas été encore jus- qu'ici, c'est la nature des poils qui les composent; vus au mi- croscope, ils sont façonnés en massue ou en spatule, élargis, aplatis vers le bout, mous dans cet endroit et pouvant s'appli- quenet adhérer comme une lanière de cuir sur les corps à sur- face glissante ; leur innombrable quantité supplée au peu de force d'adhésion de chacun pris en particulier. Le rapprochement de ces soies lamelleuses emprisonne des minces lamelles d'air qui leur donnent chez les grandes Myga- les, un aspect irisé dès qu'on les plonge dans l'eau. Cette cir- constance explique comment les espèces si bien conformées pouf gravir les surfaces les plus polies, peuvent aussi se soutenir et courir à la superficie des eaux quand elles y tombent acciden- tellement ou quand elles y chassent habituellement le gibier qui leur sert de nourriture (Lycoses corsaires). Les poils ordi- naires, en retenant aussi l'air atmosphérique autour du corps, permettent à une espèce plus décidément aquatique encore (Argyronète), de vivre et de respirer au fond de l'eau. Selon certains voyageurs, il en serait de même d'une espèce encore différente, d'une énorme araignée de la Nouvelle-Hollande, sur laquelle on n'a pas jusqu'ici de notions zoologiques suffisantes. Nous avons dit un mot des poils simples, ce sont des cônes très allongés, à base renflée, subglobuleuse, logée dans un trou de 1'épiderme, quelquefois soudée, quelquefois mobile, mais rece- 4 y4 dugès. ** Sur lesldranèides. vant sa nourriture de la partie pulpeuse de la peau. Les plufc fins, les plus pointus sont quelquefois assez rigides pour entrer dans la peau des doigts et y causer des démangeaisons comme ceux de certaines chenilles; je n'ai toutefois jamais éprouvé cet effet que de la part de la Mygale aviculaire conservée dans l'al- cool. Il est d'autres formes de poils qui peuvent se trouver mé- langés avec les poils simples. Un bon nombre d'araignées, et notamment ÏAranea domestica ont des poils plumeux qui re- présentent le duvet des mammifères et des oiseaux; une tige raide sert de point d'implantation à des villosités latérales. Ces villosités se changent quelquefois en lamelles, et le poil ressem- ble à une feuille pinnée; d'autres fois le poil est entièrement lamelleux et représente une écaille toute comparable à celle des insectes lépidoptères. Ces poils écailleux sont colorés, et c'est à eux que sont dues surtout les vives nuances des Erèses, des Sal- tiques, des Oxyopes, des Philodromes; aussi leurs diverses for- mes nous ont-elles paru pouvoir servir à des déterminations de genre et d'espèce; nous les avons soigneusement exprimées dans les planches destinées à accompagner la nouvelle édition du Règne animal de Cuvier. Nous terminerons ce qui tient à ce sujet par une réflexion qui ne sera pas sans prix pour les amateurs de collections : c'est que toutes les Aranéides dont les couleurs sont dues au pigment sous-épidermique, et dont la peau est presque glabre, les per- dent tout-à-fait par la dessiccation, et la conservent en partie du moins, par l'immersion dans l'alcool ; tandis que ce liquide ternit immédiatement les couleurs dues à la présence d'un ve- louté formé de poils écailleux , la dessiccation déforme alors, il est vrai, l'abdomen, mais conserve parfaitement les teintes dont sont revêtues toutes les parties du corps. Article III. Des organes sensoriaux. Tréviranus a très bien reconnu et passablement figuré les trois ganglions principaux qui constituent le système nerveux bugès. — Sur les u4ranéides, d^5 central des araignées ; le premier ou cérébral donne les nerfs mandibulaires et les optiques, un pour chaque œil , et de plus en arrière, les nerfs récurrens , analogues du grand sympathi- que des animaux supérieurs et sur lesquels on vient de publier, dans les Annales, un mémoire fort intéressant de Brandt. Ayant pu récemment disséquer une Mygale aviculaire conservée dans l'alcool, je puis, jusqu'à un certain point, suppléer à ce qui man- que à son travail relativement aux Aranéides. De la partie pos- térieure et latérale du cerveau part, de chaque côté, un plexus ou ganglion réticulé, plat et mince, qui se divise bientôt en nombreux filets lesquels se jettent sur l'estomac. Cette dispo- sition rappelle fort bien celle des plexus solaires de l'hommei J'ai cru voir aussi un filament impair fort grêle se porter sur la ligne médiane de l'estomac; mais il paraissait partir d'une origine commune et membraniforme avec celle des deux plexus latéraux et ne faisant point système à part. L'œsophage passe entre le premier et le deuxième ganglions que réunit un épais et court collier. Le deuxième renflement, très considérable, étoile, appuyé sur le plastron du céphalodère, donne des nerfs aux palpes et aux pattes. Il se prolonge en deux cordons postérieurs qui pénètrent dans le pédicule du thoraco-gastre, et y forment un troisième renflement beaucoup moindre que les deux autres et duquel émanent tous les nerfs viscéraux et ceux des filières remarquables par leur volume, (i) Les yeux des araignées méritent assurément l'attention que leur ont accordée les zoologistes, et les rapports constans qu'ils ont, pour la disposition, la grandeur et le nombre, avec la con- formation générale et les habitudes de chaque genre et de cha- que espèce prouvent assez tout le parti qu'on pourrait tirer, en physiologie, d'une étude comparative et approfondie de cet objet. Contentons-nous de quelques remarques générales. La composition des Stemmates chez les Arachnides est bien con- nue depuis les travaux de J. Mùller ; Lyonnet connaissait déjà leur cristallin que nous avons aussi trouvé avec la plus grande facilité. On sait que les yeux, le plus souvent au nombre de (i) Voy. la nouvelle édition du Règne animal de Cuvier, Arachnides, pi. a,fig. 8. 176 dcgès. *— Sur les Aranèides* huit, jamais en moindre nombre que six, sont diversement pla- cés sur le devant de la tête. Il nous a paru que l'analogie n'é- tait pas bien difficile à établir entre eux et ceux des insectes ; car on en trouve généralement quatre plus médians que les au- tres; placés le plus souvent, pour ne pas dire toujours, en carré ou en trapèze, ne sont-ils pas analogues aux ocelles des diptères orthoptères, hémiptères et hyménoptères, avec cette seule diffé- rence que le postérieur ou supérieur est dédoublé? Quant aux deux paires d'ocelles latéraux souvent rapprochés l'un contre l'autre, leur groupe représente l'œil composé de la majorité des insec- tes. La direction la plus ordinaire de ces différens Stemmates vient à l'appui de ces analogies ; car indépendamment de leur inclinaison générale en dehors , les plus voisins de la ligne mé- diane, ceux qui rappellent le plus les yeux simples des insectes, regardent les antérieurs en avant, les postérieurs en haut. Quant aux latéraux, les antérieurs regardent en bas, les posté- rieurs en arrière. Déjà Lyonnet avait noté ces diversités de di- rection dans l'araignée domestique ; la généralisation que nous en donnons ici souffre plutôt des modifications que des excep- tions. En ce qui concerne le rapprochement des ocelles, voici ce que nous avons observé de plus positif: i° les Aranéides qui vivent dans des tubes ou des retraites obscures, soit sous terre, soit dans les trous de mur, les fentes de rocher, et n'en sortent que quand une proie passe à leur portée, ont les yeux groupés en masse plus ou moins serrée sur le milieu du front : telles sont les Mygales, l'Atype , la Filistate, les Clothos, la Ségestrie, les Dysdères; 2 celles qui habitent des tubes courts et termi- nés par une large toile exposée en plein air , ou bien des cel- lules exposées au grand jour , ont les yeux écartés , étalés sur le devant de la tête comme les Aranea, les Micrommates, les Clubiones aériennes; ils sont plus serrés chez les Drasses et même chez les Clubiones terrestres; 3° celles qui se tiennent au milieu d'une toile libre ou qui la parcourent souvent, ont les yeux portés sur des tubercules plus ou moins saillans et qui permettent dans leurs axes une plus grande divergence : tels sont les Epéires, les Théridions. Ceci est bien plus prononcé encore chez les Thomises, qui se tiennent en embuscade sur les dock». — Sur les Aranèides. 177 fleurs ; l'ocelle iatéro-postérieur du Thormse citron est telle- ment dirigé en arrière, qu'on n'aperçoit, par-devant, que son support; 4° enfin la plupart des Aranèides errantes, les Sal- tiques, Erèses, Lycoses, ont les yeux bien plus étalés encore ; les latéraux sont tout-à-fait rejetés derrière les tempes, sur les bords du corselet. Pour ce qui est de la différence de grosseur des uns et des autres, du volume des antérieurs chez les Sal- tiques et des latéraux chez les Lycoses , nul doute qu'on en trouve l'explication dans la différence de leurs habitudes; les Saltiques chassant à découvert sur les murailles et les buissons, les Lycoses chassant terre à terre et dans l'intrication des basses herbes. Du reste, nous ne doutons pas non plus qu'on ne trouvât d'autres rapports tout aussi intéressans entre la disposition des yeux et les proportions des autres parties du corps, car tout est harmonie dans les corps vivans ; mais nous laisserons à d'autres ces recherches de détail , et nous finirons par une simple men- tion de la différence des yeux décidément diurnes et décidé- ment nocturnes en ce qui concerne la coloration; les premiers ont pour type ceux des Saltiques, ornés souvent d'un iris véri-> table vert, rouge ou brun , et un fond toujours noir; les der- niers sont au contraire dépourvus de pigment ( Mygale ma- çonne, Tarentule, etc.) d'où leur aspect brillant, resplendis- sant comme ceux des chats , pourvu que la lumière y arrive de manière ou d'autre, mais non, comme on l'a prétendu, dans une complète obscurité. Article IV. Des organes digestifs. Je ne m'appesantirai pas sur la description des mandibules , dont nous aurons encore à nous occuper par la suite , ni sur celle des maxilles, ces hanches des membres destinés à la man- ducation, et dont les autres articles forment le palpe ; et, quant à la lèvre ( lèvre ou langue sternale de Savigny, languette de La- treille) , je ferai remarquer seulement qu'elle est tantôt mobile VT. Zooi, — Septembre. I a 178 dugès. *— Sur les ^ïranêides. sur le plastron comme dans la majeure partie des Aranéides, et tantôt soudée, immobile, comme dans les Mygalées et les Scy- thodées. Quant aux parties cachées de la bouche, il est, certes, bien difficile de s'en faire une idée d'après les descriptions des auteurs, qui n'en ont pas d'ailleurs connu toutes les parties. Essayons de nous faire mieux comprendre. Entre les mandi- bules et la lèvre , d'avant en arrière , entre les deux mâchoires, d'un côté à l'autre, est un enfoncement qu'on a souvent consi- déré à tort comme la cavité de la bouche. Le fond de cette ca- vité, ou plutôt de cet interstice, est garni d'une plaque cornée que je considère comme le labre, et qui n'est pour Latreilie qu'une partie de ce qu'il' nomme camérostome. Cette plaque carénée, velue, s'élargit et s'avance davantage vers l'extérieur en se rapprochant de la lèvre, contre laquelle elle appuie son bord postérieur; la saillie formée par leur ensemble a été, avec quelque raison, nommée museau par M. Strauss ; en effet, entre le labre et la lèvre est une fente transversale ou demi circulaire, véritable et seule ouverture de la cavité orale. Cette cavité , qui est la vraie bouche, est fort petite et évidemment impropre à recevoir autre chose que les sucs des insectes percés, écrasés par les mandibules et malaxés entre les mâchoires : elle est for- mée de deux parois cornéo-membraneuses assez larges, mais appliquées l'une contre l'autre et s'emboîtant l'une dans l'autre, car la postérieure est. concave et l'antérieure convexe; leur mi- lieu offre un sillon longitudinal qui peut faciliter le passage des fluides et que soutient une crête cornée plus épaisse que le reste; leur contour est parabolique. L'antérieure de ces parois, ou plutôt la pièce cornée qui la forme, peut se nommer le pa- lais, et nous paraît comparable à l'épipharynx ou voile du pa- lais des Hyménoptères ; elle se réunit à angle droit avec le labre, et Latreilie l'a considérée seulement comme une deuxième par- tie de son camérostome; la postérieure, non moins distincte de la lèvre à laquelle elle s'attache comme l'antérieure ou labre, me paraît représenter la languette des insectes, mais renversée en arrière et devenue ainsi parallèle à la lèvre qui représente le menton. Le palais et la langue, intérieurement cachés et envi- ronnés par les chairs dans l'état habituel, se retrouvent à nu dugks. — Sur les yiranùidcs. 1 79 dans la dépouille résultant de chaque mue. Appliquées l'une contre l'autre, ces deux plaques sembleraient alors n'en faire, qu'une, assez semblable à une truelle dont l'œsophage forme- rait le manche; aussi Lyonnet n'en représente-t-il qu'une seule. Tréviranus les a connues toutes deux, mais sans concevoir leurs vrais rapports et leurs usages-, le palais, c'est pour lui une lèvre intérieure, et la langue un hyoïde. L'œsophage est fort étroit, de substance cornée en dessus, où il est formé de deux pièces latérales , membraneux en des- sous. Lyonnet, qui la bien connu, a eu le tort seulement de le représenter courbé en haut et en arrière, c'est tout l'opposé. Ce célèbre investigateur a de même fort bien aperçu une pièce cornée, oblongue, carénée en dessous, que j'avais crue d'abord incorporée dans la paroi supérieure de l'estomac, mais qui ap- partient réellement à l'inférieure, comme me l'ont prouvé des dissections plus attentives. Cette pièce est attachée au bout pos- térieur de l'œsophage, comme le sont au bout antérieur les pièces orales dont il a été précédemment question, et l'on pourra observer cet assemblage en examinant avec un peu de soin la carcasse épidermique de l'araignée domestique qu'on trouve si aisément auteur de ses toiles. L'estomac, qui occupe le centre et à-peu-près toute la largeur du corselet, m'a paru remarquable surtout par les prolonge- mens cœcaux qu'il envoie dans chaque patte jusqu'à l'origine de la cuisse, et même dans les palpes, ce qui fait cinq expansions de chaque côté; de plus, il jette en haut un autre cœcum ren- flé , et en arrière un tube qui traverse le pédicule du corps et arrive dans le thoraco-gastre. Là , ce canal intestinal, diverse- ment élargi et contourné, va enfin se terminer dans une poche rectale qui se continue, en se rétrécissant, jusqu'à l'anus. Dans la première partie de son trajet, l'intestin reçoit de grosses branches qui , ramifiées à l'extrême gauche, se termi- nent par des vésicules pulpeuses : ce sont les canaux hépatiques et les granulations du foie. Le ventre volumineux des araignées est principalement rempli par ce foie granuleux qui en forme la masse, et que l'écrasement réduit si facilement en une boue roussàtre , visqueuse et dégoûtante. C'est indubitablement la 180 dïjgks, — * Sur les Aranêides. l'organe sécréteur de la bile, et pourtant certains faits porte- raient à le regarder comme pouvant aussi jouer le rôle d'esto- mac secondaire, de réservoir aux sucs alibiles, de même, au reste , que chez les poissons on trouve souvent , dans les cœ- cums pancréatiques, des matières alimentaires. Donnez à une araignée, à jeun depuis long-temps, une proie volumineuse , et bientôt son ventre se renflera considérablement, et certes, ce n'est pas la réplétion du canal intestinal seul qui peut produire de pareils effets. L'Erèse Petagna Aud. Sav. (Er. impérial, Duf.; Er. noir, Lat. ; Er. frontal, Walck.), à qui je livrai un gros Géo- trupe , y resta trois jours attaché ; son ventre avait alors plus que triplé dans toutes ses dimensions, et il fallut plusieurs se- maines de jeûne pour le réduire à son premier état. Ceci prou- verait que la digestion se fait bien lentement dans les vésicules hépatiques , et que ce sont plutôt des réservoirs que des organes d'assimilation. Au reste, il y a toujours un rapprochement cu- rieux à faire entre cette disposition et celle de l'intestin rameux de divers invertébrés, vivant d'humeurs sucées sur d'autres ani- maux, comme les Ixodes, les Sangsues, les Clepsines et Piscico- les surtout et plus encore les Planaires et les Fascioles. On sait aussi que les divisions cœcales de l'estomac pénètrent dans les pattes de certains acariens et des nymphons, que celui des fau- cheurs est divisé en poches nombreuses, etc. Il me reste à parler des canaux urinaires. Tel est du moins le nom que l'on peut donner à deux canaux assez grêles, blan- châtres, nés de la poche rectale et perdus en contours, puis en ramifications d'une excessive ténuité, entre les lobules du foie. Sans doute ce sont eux qui sécrètent, comme chez les oiseaux, la partie blanche et liquide des excrémens, dans laquelle nagent de petits grains noirs très probablement fournis par l'intestin, comme dernier résidu de la digestion. J'ai trouvé quelquefois, dans le corps de la Mygale maçonne, autour du rectum, des calculs blancs, ovoïdes, gros comme des grains de moutarde, probablement de nature urinaire, comme ceux que le profes- seur Audouin a trouvés récemment dans les vaisseaux urinaires du Lucane cerf-volant (i) , mais je n'en ai pas bien constaté le (i) Voy, Annales, t. ?, p. 129. j>ugès. — Sur les uéranèides. 181 siè^e analomique vu la facilité avec laquelle ils en sortaient, sans cloute par déchirure de quelque membranule très fine, car on ne peut guère supposer qu'ils fussent libres et pour ainsi dire flottans dans la cavité abdominale. Article V, Des organes circulatoires et respiratoires. On connaît cet organe fusiforme et contractile, dont on aperçoit et la teinte obscure en raison de sa demi-transparence, et les mouvemens, même à travers la peau du dos chez l'animal vivant; on en voit même aussi partir des prolongemens vascu- liformes qui s'enfoncent, surtout en arrière, entre les lobes du foie. Ces apparences ne sont point trompeuses : le cœur occupe effectivement la partie antérieure et supérieure du Thoraco- gastre ; recourbé comme la surface gibbeuse de cette région, il envoie, dans le céphalodère , un prolongement tubuleux à pa- rois fort minces, et qui m'a paru s'y renfler de nouveau. Les pa- rois du cœur lui-même sont, au contraire, assez épaisses, et for- mées essentiellement de fibres charnues transversales; il en a aussi de longitudinales sur le milieu de sa face supérieure. Quant aux vaisseaux qui en partent, j'en ai constaté la nature plus équi- voque, à un examen rigoureux qu'on ne le croirait à la pre- mière vue : je l'ai constatée en les coupant près de leur embou- chure sur des sujets durcis par l'alcool; ils conservent alors leur calibre, taudis qu'ils s'affaissent complètement lors delà dissec- tion sur un animal frais. J'ai essayé d'injecter ceux qui se ren- dent aux poumons et j'y ai quelquefois réussi avec une disso- lution de carmin poussée d'arrière en avant dans le cœur à l'aide d'une pipette terminée par un bec capillaire. Les pou- mons se sont colorés en rose, et à la base de leurs lamelles j'ai vu des troncs et des branches vasculaires.Bien plus souvent, je dois le dire, des épanchemens ont eu lieu colorant uniformé- ment le tout; mais je ne pouvais me méprendre à cette teinture universelle. Au reste, je pense qu'il ne part du cœur que des J S '2 dugès. — Sur les Aranèides. artères , et point de veines si ce n'est peut-être pour les pou- mons, auxquels la deuxième paire de vaisseaux m'a paru appar- tenir comme la première. Mais comment le sang revient-il au cœur des autres parties du corps? J'ai bien vu dans l'intérieur de cet organe, des replis valvulaires, mais non les fentes latérales que M. Strauss a décrites et que MM. Carus, Wagner et autres ana- tomistes, au nombre desquels je me place, ont reconnu dans di- vers insectes. L'absence des veines me paraît prouvée par la manière dont on voit, au microscope, marcher les globules san- guins dans les pattes des jeunes araignées et de quelques adul- tes à peau translucide (pholque, etc.). Ces globules, rares, arron- dis, incolores, assez égaux entre eux, et à-peu- près compara- bles à ceux du sang humain pour le volume, suivent un chemin étroit, invariable, et marchent avec une grande rapidité de l'o- rigine à l'extrémité du membre, et reviennent au contraire par un trajet moins régulier et avec assez de lenteur, se glissant, à ce qu'il semble, dans les interstices des muscles, là où ils trou- vent momentanément plus de liberté. Je n'ai rien à dire de nouveau sur la structure feuilletée des poumons ou branchies aériennes : leur opercule est formé d'une peau plus dense, souvent cornée et colorée différemment des parties voisines,, mais non percillée, comme l'a cru Lyonnel. Je ne dirai rien de plus sur le large stigmate en forme de bou- tonnière, qui sert à porter l'air dans la poche pulmonaire, et près duquel est fixée la lame de corne qui supporte les feuillets, ni sur l'excessive ténuité de ceux-ci, qui va jusqu'à iriser la lu- mière même sous le microscope. On sait toute l'importance que Latreille, s'appuyant, en grande partie, sur les remarques de M. Léon Du four, a donnée aux organes respiratoires, dans la classification des Arachnides; sans doute ils méritent l'attention du zoologiste; mais peuvent-ils servir à caractériser de grandes section ? D'abord leur situation intérieure les rend peu propres à fournir des caractères zoologiques ; et ensuite il est certain que leurs différences ne sont pas toujours proportionnelles à celles de l'ensemble des autres parties du corps. Peut-on rationnelle- ment éloigner les Cheliferes des Scorpions, parce que les pre- miers ont des trachées et les seconds des poumons branchifor- ducks. — Sur les Aranèidcs. i83. mes ? Nous ne le pensons pas, et nous applaudissons à M. Sunde- val pour s'être affranchi de cette entrave à une classification ■vraiment naturelle de arachnides. Comment conserver une di- vision basée sur la nature et le nombre des organes respiratoi- res en présence de ce fait que les Ségestries et lesDysdères, aux- quelles l'habile observateur ci-dessus nommé a reconnu quatre stigmates, n'ont pourtant que deux poumons, et que les deux stigmates postérieurs donnent naissance à des trachées? Il en part effectivement un gros cylindre de matière cornée, duquel émanent d'innombrables filamens tubuleux et remplis d'air, qui leur donnent un brillant nacré. Ce sont des trachées fines, mem- braneuses, réunies en faisceaux ou écheveaux par contiguïté et parallélisme, sous-divisées par simple dissociation et non par ramification véritable comme les trachées des insectes et des faueheurs(i). Une partie se jette dans l'abdomen, une autre va dans le corselet et se partage dans les membres jusqu'à l'extré- mité desquels la dissection permet de les reconnaître à leur blancheur argentine. Malgré cette disposition la Ségestrie n'en a pas moins une circulation visible au microscope dans les jeu- nes sujets et fait encore une infraction à cette règle posée par Cuvier, que, là où l'air se répand dans toutes les parties du corps, il ne saurait y avoir de circulation du sang par cette seule raison qu'elle devient inutile : déjà au reste cette règle avait été infirmée par les curieuses observations faites par M. Ca- rus sur divers insectes. Nous ne reviendrons pas ici sur la ca- ducité des organes respiratoires déjà traités ci-dessus, ni sur les faux stigmates servant à l'attache des muscles ou de ligamens plus ou moins étrangers à la respiration : un mot seulement sur ce dernier sujet. Dans le ventre des Aranéides on trouve , en rapport avec les faux stigmates dorsaux, des productions cylindroïdes, qui se portent vers la paroi opposée, et qui sont si dures chez les grosses Epéires qu'on pourrait les croire cor- nées et tubuleuses; mais je me suis assuré qu'elles n'ont point de cavité et sont formées défibres parallèles : les ayant trouvées fort souples chez la Mygale maçonne , j'ai pu, comme d'autres, (») Voj\ l'addition déjà citée du Rè;ne animal : Arachnide?, fpl. 4, fig. 4. ^84 jdugès. — ' Sur les Aranéides. les prendre d'abord pour de vrais muscles; mais il est bien cer- tain qu'elles ne font que leur prêter insertion par leurs deux bouts; ce sont donc ou des cartilages ou des ligamens qui sem- blent représenter des côtes intérieures , telles que celles que M. Marcel de Serres a décrites et fort judicieusement appré- ciées, ce me semble, chez les insectes orthoptères. On les re- trouve en nombre plus considérable, mais disposées de la même façon, dans le thoracogastre du Scorpion. Article VI. De la reproduction et en particulier de V accouplement et de la ponte. Des couleurs plus vives, une taille plus svelte et souvent une stature beaucoup moindre, des membres plus allongés, distin- guent, le plus ordinairement, le mâle de la femelle. Mais ces disparates sont loin de se rencontrer partout au même degré ; ainsi le mâle de l'Aranea labyrinthe ressemble beaucoup à sa femelle quand le ventre de celle-ci n'est point distendu par des œufs prêts à pondre. Les autres Araneas, les Drasses, les Clubio- nes ont aussi la même grandeur dans les deux sexes pourvu qu'ils soient du même âge, et si, dans l'accouplement de quel- ques espèces appartenant à ces genres, on a vu la femelle as- souvir successivement deux sortes d'instincts bien différens, dévorer cruellement l'époux dont elle venait de recevoir les ca- resses, ce n'est sans doute que quand un jeune téméraire s'était présomptueusement lancé près de quelque vieille et méchante coquette. Je n'ai pas vu arriver de ces évènemens tragiques chez les espèces où la différence est pourtant énorme. M. Du- four a fait connaître aux entomologistes le très petit mâle de l'Epéire fasciée; j'ai trouvé récemment celui, plus petit encore, de l'Epéire soyeuse. Le corps du mâle, dans cette dernière es- pèce, n'est pas lobé, festonné comme celui de la femelle; il ne dépasse guère le volume d'une mouche commune , mais les pattes sont proportionnellement longues et fortes. On les voit dugks. — Sur les Aranéides. 1 85 tic temps en temps venir se promener, pour ainsi dire, sur sa volumineuse compagne sans que celle-ci s'en offense, et rester ensuite accrochées sans danger pour lui ni sans crainte appa- rente, sur la même toile. A la vérité ces mâles disparaissent tous après la saison des amours, et, auparavant, on en trouve plu- sieurs de cruellement mutilés; mais leurs pattes se séparent assez facilement du tronc; et quand on pourrait attribuer à la femelle ces mauvais traitemens, tout ce qu'on pourrait en in- férer , c'est qu'ils auraient été victimes de leur pétulance qui est fort grande et de leurs importunités intempestives ; encore ai-je \u plusieurs fois ces familiarités répétées auprès d'une fe- melle dont le rut avait cessé, être punies seulement d'un coup de patte qui rejetait bien loin l'indiscret galant. Les différences de forme et de couleur, quand elles sont considérables, comme ici, ne s'observent pas à tous les âges: peu après la naissance tous les individus se ressemblent, de quelque sexe qu'ils soient; de là vient que dans une nichée de Mygales déjà même assez grandes, on croirait encore ne voir que des femelles; c'est par des métamorphoses successives que la différence s'établit: une première donne aux mâles des palpes renflés, mais dont l'olive est fermée de toutes parts ; à cela près leur forme est encore celle des femelles; mais après une dernière mue on voit les pattes s'al- longer considérablement, le corselet s'agrandir proportionnelle- ment au ventre, et quelquefois (Clubione nourrice, erratique, etc., Saltique fourmi, S. paré, Tétragnathe étendu, Linyphie montagnarde, etc.) les mandibules doubler, tripler de grandeur, telles enfin qu'elles les feraient assurément respecter des femel- les les plus féroces; en même temps les palpes offrent à nu dans un cuilleron de leur dernier article les organes de la copulation. Ces observations sont importantes, et leur omission peut en- traîner dans des erreurs de nomenclature; ainsi il ne nous paraît pas douteux que notre savant ami, M. Léon Dufour, n'ait, en rai- son de ces particularités, établi à tort une espèce de plus dans le genre Micrommate : n'ayant vu le maie du Micrommate argelas qu'à l'état de première métamorphose, ainsi que le prouve le bouton fermé qu'il indique comme caractère de ses palpes, il a cru devoir donner un autre nom, celui de M, à tarses spon- 1 86 dugès. — Sur les Aranèides. gietix, au mâle adulte qu'il a une seule fois rencontré avec tous les attributs de son sexe, avec ses longues pattes, etc. J'ai vu cet accroissement de longueur dans les membres être tel chez un mâle de l'araignée domestique, que l'individu se trouvait obligé de rester couché sur le côté et les pattes toutes repliées dans le même vase où auparavant il habitait commodément et avait sans difficulté filé le hamac où il resta plus de 1 5 jours im- mobile dans une rigoureuse abstinence : chacune des pattes de la première paire avait près de 3 pouces de longueur. Cet allon- gement est compensé par une gracilité plus grande ; il indique plus de vélocité, des habitudes moins sédentaires, non pour fuir plus aisément après le coït (car la vie est devenue alors sou- vent inutile à l'espèce, comme le prouve la disparition des mâles d'Epéires après la saison des amours), mais pour chercher au- paravant leurs femelles qui sont généralement peu vagabondes. Ceci est tellement vrai, en particulier pour la Mygale maçonne , que j'ai cru long-temps, avec de bons garans du même fait, que son mâle ne vivait que sous les pierres. Je l'ai depuis tors trouvé si souvent dans un terrier, non en compagnie comme l'a dit Dorthez, mais seul et bien chez lui, entouré seulement de plu- sieurs terriers enfermant chacun un individu de l'autre sexe, que j'ai dû modifier cette opinion. Puisqu'il vient d'être question de métamorphoses, ajoutons tout de suite que les femelles n'en sont pas toujours absolument exemptes : l'Epéire soyeuse est allongée et pointue dans le jeune âge ; son corps dentelé rappelle celui du pou commun ; il est élargi en coquille dans l'adulte. L'Epéire fascié a aussi le corps très allongé dans l'enfance; il devient ovalaire et renflé quand le développement est complet. Sans décrire longuement les parties enfermées dans le cuil- leron terminal du palpe masculin, nous ferons remarquer seu- lement que, au milieu des nombreuses variétés de forme et de nombre qu'ils présentent, il y a toujours, comme parties essen- tielles, un réservoir membraneux ou corné et un tube (pénis de Lyon net, conjoncteur de M. Savigny) tourné en spirale, tantôt libre, comme dans les Araneas, tantôt englobé dans un seul appendice conoïde, comme aux Mygales, k la Ségestrie, toujours DUGks. — Sur les Aranéides. 187 ouvert à l'exîrémité d'où l'on peut faire sortir par pression une matière liquide et visqueuse. Nous noterons encore qu'il n'y a nulle communication directe entre ces organes et ceux que l'on trouve clans l'abdomen. De quelque manière qu'on procède à la dissection, on ne voit, dans les autres articles du palpe aucun canal dirigé vers le tronc; et dans le ventre , on ue trouve que deux longs tubes très flexueux, vermicides, comme le sont en général les vaisseaux spermatiques , appliqués sur la paroi inférieure du ventre, terminés en arrière tantôt en sim- ple cul-de-sac (Mygale, etc.), tantôt en une vésicule oblongue (Pholque), et ouverts en avant par deux orifices très voisins, ou plutôt par* un orifice commun entre les stigmates pulmonai- res, et là même où, dans la femelle, se trouve la vulve (1). Ces canaux testiculaires se portent bien un peu en avant d'abord après leur naissance de ce point extérieur; ils serpentent con- tre les poumons , mais marchent ensuite en arrière sans en- voyer dans le corselet la moindre ramification. On sait cepen- dant que la copulation s'opère au moyen des palpes; comment la fécondation en lésulte-t-elle? Treviranus, qui avait fait de ces organes une exacte anatomie, supposait que cette copula- tion n'était qu'un préliminaire suivi d'un autre accouplement instantané, ventre à ventre. Nous sommes forcé de déclarer que cette supposition est toute gratuite, comme le prouvent les observations suivantes faites à Montpellier dans le mois le plus chaud de Tannée i835, celui de juillet. En expérimentant sur leTélragnathe étendu, loin d'observer cette défiance du mâle envers la femelle, qu'on a pour le moins trop généralisée, unius ob noxam, je voyais au contraire les deux individus se jeter, pour ainsi dire, dans les bras l'un de l'autre si je précipitais celui-là sur la toile de celle-ci, ou si je me contentais de les mettre en présence dans un vase quelconque. Ces Ara- néides ont de longues mandibules saillantes au-devant de leur tête ; celles du mâle ne le cèdent point en force et en grandeur à celles de l'autre sexe , quoiqu'il ait le corps bien plus petit. C'est par ces mandibules enlacées et fortement écartées que les deux (0 Vo>\ les planches déjà citées du Règne animal, pi. 4 , fig. 1 K 188 uugès. — Sur les Aranéides. individus s'embrassent front contre front et se contiennent mutuelle ; ent pendant environ un quart d'heure que dure leur transport amoureux. Durant ce rude embrassement, le ventre de la femelle se recourbe, se plie vers le mâle, et c'est vers la base de cette région, entre les deux poumons, que celui-ci porte alternativement le bout renflé de ses deux palpes et le tient long-temps appliqué. Les trépidations de la femelle et les oscil- lations convulsives du mâle prouvent assez alors la vivacité de leurs sensations. Dans l'état de liberté, c'est suspendus sous leur toile qu'ils célèbrent ces amours véhémentes, l'amant soutenant à-la-fois et lui-même et son amante, plus éperdue, plus aban- donnée à son spasme ; c'est lui aussi qui cherche le premier à se dégager de cette étreinte, après quoi il se retire au voisinage de la toile sur laquelle le désir l'avait introduit. J'ignore s'il réitère ordinairement plusieurs fois ce manège ; ceux que j'ai mis à part après cette cérémonie conjugale étaient morts le lende- main : leur rôle était terminé, leur office rempli, comme celui de beaucoup d'insectes dans les mêmes circonstances, comme celui des mâles d'Epéires dont il a été précédemment question, comme celui même de beaucoup de femelles après la ponte , comme nous le verrons par la suite. Dans ces observations assez souvent répétées, jamais nous n'avons vu aucun rapproche- ment ventre à ventre, pour si court qu'il pût être , et la sépara- tion était assez lentement effectuée pour qu'aucun mouvement ne pût échapper à mon attention. L'araignée labyrinthe prolonge davantage encore les plaisirs de son hyménée : j'ai vu durer plus d'une heure le rapproche- ment des deux sexes, et l'impatience m'a fait plus d'une fois par- tir sans attendre la fin de la cérémonie, qui pourtant, à en ju- ger par ce que j'ai vu une fois, n'en était pas la partie la moins curieuse. Le sexe masculin fait également ici les premières avances , et c'est le domicile féminin qui sert de théâtre aux ébats. Après des agaceries d'une part et quelques façons de l'autre, la femelle reste immobile à l'entrée de son entonnoir , les pattes retirées vers le corps, et comme en léthargie. Le mâle se place auprès d'elle, la tête tournée en sens inverse de la sienne; il l'embrasse avec les pattes du côté qui lui correspond, DUGF.S. — Sur les Aranéides. 189 et presse, à de nombreuses reprises, sur la région de la vulve, le renflement du palpe du même côté. Chaque fois ce renfle- ment se gonfle et s'épanouit comme une vésicule blanchâtre; chaque fois aussi que l'animal le retire, c'est pour le porter à sa bouche et le serrer entre ses mâchoires avant de recommen- cer la même opération. Après une demi-heure ou davantage , on le voit saisir entre ses mandibules les pattes pelotonnées de sa compagne toujours immobile; il la transporte ainsi de son coté droit à son côté gauche, et vice versa , l'embrasse de la même manière , et reprend les mêmes manœuvres avec son se- cond palpe. Arrivé au terme de ses amoureux exercices, il aban- donne brusquement l'épousée, qui, sortant instantanément de sa léthargie, poursuit rapidement le fugitif jusqu'aux confins de son habitation. J'ai vu celui-ci se retourner alors , opposer la menace à la menace, reconduire la dame du logis jusqu'à ses appartemens intérieurs et se poser à l'entrée, manifestant bien- tôt, par des manières plus caressantes, l'intention de ne pas lui garder plus long-temps rancune. Au reste, si l'on venait à trou- bler ces mystères , même au milieu de leur plus active célébra- tion , la femelle ne montrait pas moins de promptitude à re- prendre son agilité, et les deux époux, de bon accord , se préci- pitaient au fond du labyrinthe qui a fait donner son nom à l'es- pèce. L'accord est plus durable et plus constant encore chez les Clubiones aériennes : le mâle se file une cellule accolée à celle de la femelle, et finit par partager la sienne jusqu'au moment où la ponte est prochaine. On trouve également enfermé dans le même sachet le couple conjugal de diverses espèces de Sal- tiques, et plusieurs Théridions vivent aussi maritalement sous le même abri : tel est le T. bienfaisant , dont M. Walckenaer a depuis long-temps illustré les amours. Dans ce qu'il a observé , comme dans ce que nous avons vu et ce qu'ont vu bien d'au- tres, on ne trouve pas de quoi satisfaire complètement à la théo- rie d'une fécondation spermatique : il manque un intermédiaire entre l'organe sécréteur et le copulateur. Y aurait-il eu préalable- ment un rapprochement volontaire de ces deux parties ? le conjoncteur ferait-il alternativement l'office de siphon absorbant et d'organe éjaculateur? Cela se peut, mais je 190 DUGÈs. — Sur les jiranèide&.. n'ai rien pu observer qui justifiât directement celte conjecture. En ce qui concerne la femelle, nous serons brefs. L'anatomie de la Mygale maçonne et de quelques autres araignées nous a fait voir que la vulve est une fente transversale assez allongée, et que les deux oviductes s'ouvrent vers chacune de ses com- missures^ ). Il semblerait donc que chaque conjoncteur du mâle doive féconder seulement un des deux ovaires ; de là les al- ternances d'action que nous avons précédemment énoncées. .Quant à l'Epigyne, cette plaque quelquefois prolongée en forme de clitoris, comme on le voit, par exemple, chez l'Epéire dia- dème, nous ne connaissons rien qui en explique l'usage; pro- bablement , il sert plus à la ponte qu'à l'accouplement : sans doute il dirige et place les œufs dans le cocon préparatoire qui doit former leur enveloppe immédiate. Les cocons varient beaucoup en forme et en structure : le plus souvent arrondie et entourée d'une bourre irrégulière, jaunâtre ou rougeâtre, comme pour l'Araignée domestique, l'Epéire diadème, quelquefois même verte comme chez l'Oxyo- pe variée; ils sont parfois aplatis en forme de disque : tels sont ceux de quelques Théridions, des Thomises, de la Clotho,, des Saltiques, du Micrommale Argelas. Celui que l'Ulobore Walckenaer suspend aux filamens de la toile est allongé, qua- drangulaire, renflé au milieu, de forme comparable à celle des œufs de raie. Celui de l'Epéire soyeuse ressemble à ces courges nommées vulgairement bonnet de prêtre. Mais ceux de l'Arai- gnée labyrinthe et de l'Epéire fasciée méritent mieux encore une description particulière. L'un et l'autre se trouvent souvent suspendus au milieu des hautes herbes : le premier est composé d'une grande chambre d'un taffetas assez serré, percée de quel- ques ouvertures pour le passage de la mère qui veille ordinaire- ment sur ce trésor, mais l'abandonne au moindre danger.Dans cette chambre est suspendue par une douzaine de piliers une loge plus petite, remplie d'un duvet floconneux au centre du- quel est placée la poche papy racée qui renferme des œu£s gros comme des grains de millet, et moins nombreux que ceux de (1) Voy, les planches du Règne animal, pi. 2> ligi 8. niiGÈs. — Sur les Aranèides. igi beaucoup d'autres espèces. Cet appareil incomplet, cette garde insuffisante, ne sauraient empêcher ces œufs d'être fréquemment la proie des Ichneumons, dont le germe est sans doute inséré au milieu d'eux, à l'aide de la longue tarrière dont est pourvue la femelle de ces Hyménoptères ; aussi trouve-t-on daus ces co- cons, tantôt des vers blancs, tantôt des nymphes près d'éclore; et si ces araignées ne faisaient point plusieurs pontes par été, l'espèce, si nombreuse en individus, serait au contraire fort rare. Le cocon de l'Epéire fasciée se rencontre fréquemment dans nos campagnes méridionales, et tout le monde y remarque ce joli ballon, de la grosseur d'un œuf de perdrix, de la forme d'une petite poire tronquée, de couleur jaune-paille, coupée de bandes longitudinales noirâtres. A l'intérieur, il a presque la consistance du parchemin, et un couvercle enfoncé ferme la troncature de son extrémité supérieure. Intérieurement, on voit, au milieu de la bourre la plus délicate, une petite cuvette de soie, operculée elle-même et remplie de plusieurs centaines d'œufs ronds et d'un beau jaune-orangé. Je n'ai point assisté à l'entière construction de cet ouvrage, mais je l'ai vu terminer; il était d'un jaune pur lorsque l'araignée se mit à le badigeonner de ses bandes noirâtres, en appliquant assez régulièrement à sa surface les flocons d'une soie noire qu'elle tirait avec ses pattes postérieures de quelqu'une de ses filières (sans doute la paire médiane ou la plus petite), qui paraît n'avoir pas d'autre fonc- tion que de fournir à ce singulier embellissement. Ce cocon si industrieux et si chaud permet aux œufs de pas- ser sans danger l'hiver; mais il ne les met pas toujours à l'abri de l'atteinte des insectes voraces : plusieurs savent percer ces remparts pour arriver jusqu'au contenu. Ce n'est donc pas un soin superflu que celui de beaucoup d'Aranéides qui veillent à la sûreté de leur progéniture avec plus ou moins de dévoûment. Ce soin n'est pas fatigant pour les Atypes et la Mygale maçonne, qui pondent au fond de leur terrier , ni pour la Mygale avieu- laire, qui loge son cocon gros comme un petit œuf de poule et rempli d'œufs plus gros qu'un grain de chénevis dans le même creux d'arbre ou de roche qui sert à loger son habitacle en forme de fourreau conoïde , si j'en juge par une pièce reçue de 192 dugès. r— , Sur les Aranêides. Venezuela dans l'alcool avec plusieurs individus de très forte taille. La Ségestrie, la Filistate bicolore, n'ont de même d'autre peine que celle de rester dans leur domicile ordinaire pour gar- der leur future famille; d'autres, comme la Dysdère érythrine, les Drasses, les Saltiques, se logent avec leurs oeufs dans une même cellule cachée sous une pierre, mais qu'elles abandon- neront après l'éclosion. Il en est d'autres qui, plus dévouées en- core, s'enferment pour toujours avec leur future famille que souvent elles ne connaîtront point, devant périr avant sa nais- sance : c'est leur tombeau qu'elles préparent, tout en fabriquant un abri à leurs œufs contre le froid et les injures extérieures. Suivant M. Léon Dufour, la Clotho Durand meurt ainsi sur ses œufs; je ne crois pas qu'il en soit toujours ainsi, car j'en ai trouvé au printemps de vieilles et grandes parfaitement saines et vigoureuses. Il est vrai que j'en pourrais dire autant de quel- ques Erèses Petagna, bien que j'aie acquis la conviction que beaucoup se sacrifient à leur progéniture. Logées sous terre avec leurs œufs, elles se recouvrent d'un tapis semblable à de gros papier gris, imperméable aux pluies, et facile à con- fondre avec la surface du terrain environnant. Au-dessous de cette ouverture, j'ai trouvé, au milieu de l'hiver, le squelette de la mère desséchée, et, dans un duvet abondant, une soixan- taine de jeunes Érèses. La Glubione nourrice s'enferme égale- ment, à la fin de l'été , dans une grosse coque de soie blanche, fortifiée de feuilles d'arbre ou de graminées. Là, elle couve as- sidûment son paquet d'œufs , et le défend courageusement , op- posant ses grandes et fortes mandibules à l'ennemi qui déchire cette enveloppe coriace ; elle-même en sort quelquefois en y faisant, avec ces mêmes mandibules, une brèche qu'elle aura bientôt réparée ; mais ce n'est que quand il y a eu quelque ava- rie extérieure, c'est pour le fixer plus solidement au voisinage s'il a été détaché «lu rameau qui le portait. Rentrée dans sa re« traite, elle y passe les jours, les semaines, sans nourriture, se flétrissant, s'affaiblissant de plus en plus; souvent elle n'est pas encore morte que sa jeune famille éclôt et s'échappe en ouvrant les parois de ce séjour premier pour elle, dernier pour leur mère qui leur facilite même l'évasion sans le quitter toutefois; elle y dugès. — Sur les stranèidcs. y nion temporaire (i), et il n'est pas rare de rencontrer un gros pe- loton de ces petits animaux qui, dans un repos complet, atten- dent le moment de quitter à-la-fois et leur premier vêtement et leur berceau commun ; vient-on à leur imprimer quelque stv cousse, le groupe s'élargit, s'éclaircit, la petite famille se dis- perse, et c'est quelquefois pour se rassembler bientôt de nou- veau , d'autres fois les voilà disséminés pour toujours. Les habi- tudes des Lycoses ou Tarentules se rapprochent de celles des Dolomèdes, autant que les genres s'a voisinent en réalité. Ici, ce n'est plus à la bouche , c'est aux filières que le cocon est ,atta- ché; la Lycose le traîne ainsi partout avec elle, marchant avec célérité, malgré la gène que doit lui causer ce paquet globu- leux ou discoïde souvent plus gros qu'elle-même après la réduc- tion que la ponte a amenée dans ses dimensions. Toutefois, ici encore nous rencontrons des anomalies singulières : j'ai trouvé quelquefois la Lycose narbonnaise parvenue à peine à la moitié de son plus haut accroissement, mais pourtant prête à pondre, dans une cellule comparable à celle des Clubiones , et j'ai dé- couvert, dans une chambre telle que celle du Micrommate éme- raude, une autre Lycose bien caractérisée telle, quoique res- semblant assez aux Dolomèdes par la disposition de ses yeux; là , elle avait pondu ses œufs en un paquet collé aux parois de la loge. Au reste , ces petites irrégularités ne détruisent point les rè- gles générales; elles nous font voir seulement que dans les phé- nomènes d'instinct, tout n'est pas aveugle et machinal comme on l'imagine généralement, qu'il s'y mêle toujours des phéno- mènes de véritable intelligence, comme nous en avons déjà cité, chemin faisant, quelques preuves; que ces animaux savent s'ac- commoder aux circonstances et y ployer les impulsions inté- rieures qui les déterminent à leurs actes instinctifs. N'allons pas non plus tomber dans l'excès contraire, et croire que chez eux tout est intelligence et prévoyance raisonnée; rien de plus fa- (i) Les jeunes fcpéires faseiées subissent leur première mue dans le coton maternel, an mi- lieu de la bourre qui sépare l'enveloppe extérieure de la cuvette intérieure eu elles u« laissent que les coques de leurs œufs. 73. 196 dugès. — Sur les Aranéides. cile que de prouver le contraire. Certes, c'est une impulsion toute machinale, tout organique, qui pousse la Lycose ou le Dolomède à saisir et porter un sac dont elle ne connaît le con- tenu que par souvenir, mais dont elle ne peut connaître, lors d'un premier enfantement, la destination future. Il y a si bien là instinct aveugle, qu'on peut le tromper assez grossièrement : une boule de coton sera, le plus souvent, adoptée et protégée avec autant de soin qu'un cocon véritable par la femelle à la- quelle on aura enlevé le sien. Il est vrai que si on lui offre lé : choix, elle reconnaîtra le plus souvent son erreur, et ne s'y laissera pas toujours prendre une deuxième fois. Il n'y a donc là qu'un sentiment inné et aussi peu raisonné que celui qui , au moment de la naissance, détermine les petits, dans les es- pèces de ce même genre, à monter sur le dos de leur mère, sen- timent qui toutefois se rapproche beaucoup de celui qui pré- side aux rassemblemens temporaires dont il a été question plus haut. On sait, en effet, que les Lycoses ressemblent, sous ce rapport, aux Oppossums, aux Pipas, et, plus directement, aux Scorpions : elles savent ainsi allier leur vie errante avec le soin de leur progéniture.D'autres espèces non moins vagabondes ha- bituellement, deviennent , à cet effet, momentanément séden- taires. LeSaltique Frich (Aud.Sav.) se loge, pour pondre, dans une coquille d'Hélice à bouche rose (i);on l'y trouve parfois avec des petits parvenus à la moitié de leur taille extrême, et la mère chargée de pourvoir à leurs besoins se voit obligée de renoncer à la manière de chasser ordinaire aux Salliques; elle tend au- dessus de la coquille une grande toile verticale soutenue comme une brigantine de navire sur les chaumes environnans. Autant en fait le Philodrome rhombifère, qui place son cocon plat et étoile contre terre, au pied des touffes de gramen, et le sur- monte d'une voile toute pareille à celle dont il vient d'être parlé. C'est cependant là une araignée essentiellement errante, comme l'indique assez le nom imposé au genre dont elle fait partie. (1) Il y passe même l'hiver, et ainsi font d'autres Saltiques et diverses jeunes Clubiones néti dans l'automne. dlgès. — Sur les Aranéides. 197 Article VII. De la soie et des industries qui s'y rattachent. Nous parlerons ici plus particulièrement de la sécrétion de la soie, et de la construction des habitations ou des pièges. La dernière partie de l'article précédent nous dispense de revenir sur quelques autres usages auxquels cette matière est employée par les Aranéides. La sécrétion de la soie s'opère dans une masse glandulaire, demi transparente et glaireuse, qui occupe la partie postérieure de l'abdomen et offre généralement moins de volume qu'on ne serait tenté de le croire en raison de l'abondance de ses pro- duits. Chez l'Epéire fasciéemême, qui fait de si grandes toiles et de si volumineux cocons, l'organe sécréteur de la soie n'oc- cupe pas plus du quart du thoraco-gastre; il est réduit à bien peu de chose chez la Mygale maçonne. Les Pholques nous pré- sentent cet organe dans sa plus grande simplicité anatoraique : c'est un composé de six vésicules de dimensions différentes, quatre allongées et deux rondes, terminées chacune par un ca nal excréteur qui va s'ouvrir seul au bout de l'une des six filières. La plupart des autres Aranéides ont également six filières; mais il s'en faut beaucoup que leur glande soit aussi simple, lors même qu'il n'y a que deux filières utiles comme chez la Mygale maçonne. Puisque nous parlons de ces appendices externes , arrètons- nous-y un moment. La Mygale maçonne n'a, outre ces deux grandes filières, que deux autres mamelons rudimentaires et imperforés; la M. aviculaire utilise, au contraire , ces deux ma- melons un peu mieux développés et pourvus de l'appareil excréteur. Chez l'Atype, il y en a déjà six; il en possède deux de plus, de grandeur médiocre, outre les petites qu'on voit chez les Mygales. Des six que possèdent toutes les autres Araignées, toujours on voit les deux postérieures plus allongées, les antérieures externes plus grosses et plus courtes, les inter- médiaires plus petites et souvent cachées par les autres ; aussi i<)8 dïtcès. — Sur les Aranèides. ces appendices différons ont-ils assurément des fonctions diffé- rentes, et excrètent-ils des fils à différens degrés de ténuité (i). Lorsqu'on parle de filières égales, comme pour les Drasses, les Glubiones, ce n'est que d'après une apparence de premier coup- d'œil, ou par comparaison avec les genres voisins, les Aranéas, par. exemple. Celles-ci, comme toutes les grandes fileuses,ont les filières postérieures longues, à articulations bien distinctes , redressées en arrière et véritablement caudiformes; elles ont même valu son nom spécifique à l'Hersilie trouvée par M. Savigny * en Egypte ; elles ont une disposition analogue dans les grandes Mygales d'Amérique, l'Atype, la Clotho ; aussi ces araignées savent-elles tisser des tissus soyeux très fins, très serrés et très considérables. L'Atype, comparée à la Mygale maçonne, nous offre sous ce rapport une différence bien notable, la dernière ne garnissant d'une couche mince de soie que le couvercle et deux à trois pouces de son boyau, creusé dans un terrain ordi- nairement assez solide, tandis que le premier creuse dans un terrain meuble dont il soutient jusqu'au fond de la mine les pa- rois peu solides au moyen d'une épaisse tapisserie. C'est toujours en dessous de ces grandes filières que se trouvent , mêlés avec des poils raides et constituant une sorte de brosse, les organes excréteurs dont nous allons parler. Chez les Epéires, il en est de même; mais les quatre grandes filières, très élargies à leur base et un peu aplaties, présentent ceci de remarquable qu'elles peuvent se reployer l'une vers l'autre, formant ainsi avec la pa- pille qui recouvre l'anus une sorte de rosette à cinq divisions; quand l'animal veut s'en servir, il renverse ces quatre battans en dehors, épanouit cette singulière fleur et fait soi tir de la sur- face villeuse ainsi mise à nu une multitude de fils. Dans tous les cas, ce n'est point par des trous, comme on le répète souvent, que la matière soyeuse est poussée au dehors, c'est par une multitude de canules microscopiques, transparentes, renflées à (r) À en juger par l'araignée domestique les petites filières ou ïes médianes, sont destinées à émettre les plus gros fils, les antéiieures que Lyonnetacru simplement perforée ont réelle- ment des canules très fines et doivent servir à façonner le duvet le plus délicat ; les postérieures ont trois canules assez grosses à leurs extrémités, et d'autres de moyenne grosseur sur le reste ' uci:s. — Sur les sJranèides. ai 5 fois. C'est donc une crainte raisonnée et non une aveugle anti- pathie qui produit ce phénomène; aussi quand on empêche la Ségestrie de sortir, quand ou la forte de rester en présence de la fourmi, finit-elle par la broyer entre ses mandibules. Il faut de même qu'elles soient forcées de combattre pour s'attaquer entre elles quand elles sont de force égale , soit qu'elles appar- tiennent à la même espèce, au même genre, ou bien à des es- pèces ou des genres différens; il faut les exciter à beaucoup de reprises, les jeter l'une sur l'autre, et alors c'est ordinairement le hasard qui donne la victoire à l'individu mieux placé, qui peut saisir par le dos son adversaire et le sucer sans miséricorde, comme aussi sans résistance, sans agitation de la part de la vic- time résignée ou engourdie par le venin du vainqueur : c'est ce que j'ai vu dans un cas où la Mygale maçonne devint la proie de la Lycose narbonnaise; avant cette conclusion presque for- tuite, la lutte avait été long-temps égale; les deux individus, poussés l'un contre l'autre, se repoussaient mutuellement à l'aide de leurs quatre premières pattes, et avec plus de force qu'on ne le croirait. Cette dernière remarque est applicable surtout aux es- pèces à pattes trapues, comme la Mygale maçonne femelle; aussi relève-l-elle ses pattes de devant d'un air de menace quand elle se tient sur la défensive. Cette espèce cherche en général peu à fuir: elle reste immobile, pelotonnée, ou bien elle se soulève sur ses pattes de derrière, élevant les antérieures, redressant et déployant ses fortes mandibules. La Ségestrie, les grandes Lycoses , ouvrent de même leurs grandes pinces, mais seulement après avoir reconnu que la fuite est impossible s'il s'agit d'un ennemi supérieur, de la main d'un curieux par exemple. Les pattes antérieures servent de moyen de défense à-peu-près exclusif à plusieurs Saltiques, qui les ont longues et robustes (a). Les Saltiques, au reste, trouvent dan* l'agilité de leurs sauts un moyen de sûreté que les autres arai- gnées cherchent dans la vélocité de leur course et quelquefois (i) Elles ue servent pas au saut, comme on sérail teulé de le croire ; uous nous en sommes assuré par l'expérience; le saul ne cessail d 'être exécutable que quand on avait coupé les paltcs de la quatrième pan e. •i 1 6 nuGfes. — Sur les Aranëides. dans une chute volontaire. L'Epéire armide, la Dromadaire, la Clubione soyeuse, l'erratique, etc., se laissent tomber dans l'herbe et s'y cachent. D'autres espèces, de couleur sombre comme l'Epéire angulaire, la diadème, se collent contre les branches des arbres, et confondent, aux yeux de l'ennemi , leurs nuances avec celles des rugosités de l'écorce. Les Micrommates se cachent sous les feuilles, et la teinte verte de l'espèce la plus commune aide encore à la soustraire à la vue. Il en est de même de plusieurs Thomises qui habitent les feuilles ( T. viridis) ou les fleurs ( T. citreus). Le ïétragnathe se dissimule en allongeant contre les feuilles de Graminées son corps grêle et ses pieds dé- liés. Enfin l'Epéire fasciée, la soyeuse, échappent presque aux yeux, et doivent du moins dérouter les élans des gros lézards verts par les balancemens rapides qu'elles impriment à leur toile si large et si forte. Ces oscillations se continuent quelquefois pendant un quart d'heure, et augmentent de vivacité et d'éner- gie à mesure qu'on inquiète davantage l'animal. Bien plus ra- pides encore sont celles que font exécuter les Pholques à leur corps suspendu à ses pattes longues et filiformes : c'est sans exa- gération qu'on peut dire qu'il devient alors invisible, et tel est sans doute le but de ce balancement instinctif qu'exécutent aussi les Tipules et autres insectes à pattes fines et allongées. Toutes ces tactiques ne mettent pas les Aranéides à l'abri des atteintes des nombreux ennemis friands de cette chair molle et succulente qui plaisait si fort à la savante Anne de Schurmann et au célèbre I aiande. Les plus jeunes surtout deviennent la proie d'une foule d'animaux voraces , et si l'on y joint la quantité de celles qui périssent presque en naissant, faute de nourriture ou faute d'un abri d'une force suffisante contre les pluies, etc., on s'étonnera moins de ne pas les voir se multiplier davantage malgré leur étonnante fécondité. Indépendamment des Mammi- fères et des oiseaux insectivores , des Lacertiens , des Batraciens, il faut compter encore, parmi ces ennemis, les Scorpions, les Scutigères qui dévorent les araignées des appartemens, des ma- sures; la Scolopendre mordante, qui attaque les plus grosses au moins parmi les espèces souterraines, les enveloppe, les garrotte de vingt bras a-la-fois, les perce de ses crochets non moins ve- nucÈs. — Sur les Aranèides. 217 nimeux que les leurs, et les mange ensuite jusqu'au bout des pieds. Le Prega-Diou des Languedociens (Mantis religiosa) en filit autant des araignées campagnardes qu'il peut atteindre hors de leur toile; les plus fortes ne résistent pas à ces bras tran- chans, dentelés et crochus qu'on nomme pattes ravisseuses. C'est aussi avec ses pattes chéliformes que notre Scorpion com- mun saisit et mutile les araignées; les Ségestries , les Epéires , ne peuvent lui résister; mais il a été quelquefois victime dans des combats forcés avec la grande Lycose, quand celle-ci par- venait à le saisir par le ventre, évitant ainsi à-la-fois et l'aiguil- lon de la queue qui ne peut se recourber que vers le dos, et ces serres redoutables dont le renflement loge un muscle puissant, et qui peuvent en conséquence couper sans difficulté les pattes saisies entre leurs mors, ou écraser le corselet , mais qui ne peu- vent manœuvrer que dans un plan parallèle à la longueur du corps; aussi le scorpion d'Europe ne cherche-t-il pas ces com- bats comme on l'a cru, et ne s'adresse-t-il en aggresseur qu'aux individus les plus petits, les plus faibles et les plus mous. Parmi des ennemis moins grands encore les Araignées en comptent quelques-uns de non moins dangereux. Je ne ferai que mentionner les parasites qui les infestent quelquefois, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur ; telles sont en premier lieu les Filaires et certaines larves d'insectes, peut-être d*Ocyptères, comme celles que M. Léon Dufour a trouvées dans le Pentatome gris : ce qui me le fait croire, c'est qu'une de ces larves à bords doublement crénelés, à corps aplati, élargi en arrière, avait à l'extrémité postérieure deux plaques stigmatiques, et cette ex- trémité, placée dans l'une des poches pulmonaires de la Mygale maçonne, le parasite se servant ainsi, comme dans le penta- tome, des organes de sa victime pour respirer à son aise. En deuxième lieu, ou comme parasites extérieurs, nous signalerons les larves de ïrombidions qui, de même que celles dont les Faucheurs sont infestés, se fixent immobiles sur diverses parties du corps et quelquefois épuisent l'araignée, mais le plus souvent l'incommodent à peine; elles sont plus grosses que celles des Faucheurs, mais également rouges et hexapodes. Mais les Ara- nèides ont bien plus à craindre des Sphèges. Diverses espèces 2i8 dugès. — Sur les Aranèhles. paraissent s attacher de préférence à la poursuite de telles ou de telles araignées ; le Sphex albicinctus s'attache particulièrement à la Lycose narbonnaise et les individus qu'il attaque de préfé- rence sont ceux de moyenne taille, c'est-à-dire qu'ils le dépas- sent toujours considérablement en volume. Piquée par l'aiguil- lon vénénifère de cet insecte, l'araignée tombe dans la torpeur et se laisse entraîner, sans pouvir opposer la moindre résistance jusqu'au trou préparé d'avance où elle est ensevelie pour servir de pâture aux jeunes larves dont les œufs y sont déposés en même temps qu'elle. J'ai arraché à son vainqueur une de ces Lycoses déjà totalement immobile; j'ai voulu voir si elle était blessée à mort, et, dans le cas contraire, combien durerait l'en- gourdissement produit par le venin de l'hyménoptère. Ce n'est qu'au bout de huit à dix jours qu'elle à commencé à remuer l'extrémité de l'une ou de l'autre patte et à avaler quelques gouttelettes d'eau ou de ma salive déposée sur la bouche. Cha- que jour les mouvemens devinrent plus étendus quoique la tor- peur fût habituellement profonde encore en l'absence de tout excitant : au bout d'un mois l'aranéide put saisir une mouche que je faisais bourdonner sur ses mandibules; et enfin, après sept semaines environ , elle avait recouvré assez de vigueur et d'activité pour se soustraire à la captivité. Ceci confirme donc bien positivement l'opinion de Réaumur qui attribue au venin du Sphège la propriété de stupéfier sans tuer la victime destiné à fournir ainsi aux petits à naître, une pâture facile et toute fraîche en même temps. pàyen. — Sur un Crustacé des marais salans. '219 Note sur des animaux qui colorent en rouge les marais salans , Par M. Payen. ( Luc à l'Académie des Sciences.) Lorsque je partis dernièrement, accompagné de M. Bru- gnelli , pour un voyage dont le but principal était de visiter les beaux éta'nlissemens fondés en Toscane par M. Larderel, et d'y étudier les circonstances de la production de l'acide bo- rique dans les suffioni volcaniques des Maremmes, je priai plusieurs membres de l'Académie de me recommander quelques recherches à faire sur ma roule. M. Dumas m'indiqua l'étude du phénomène qui précède et annonce la cristallisation du sel dans les marais salans , et dont la cause était encore inconnue. Les observations des voyageurs et des habitans de nos con- trées méridionales ont appris depuis long-temps que les eaux de la mer, spontanément rapprochées sous l'influence de l'air et de la température, arrivent à un terme où bientôt toute évapo- ration ultérieure éliminera de la solution une quantité équiva- lente de chlorure de sodium; le sel ne se montre pas encore à l'état solide , mais un phénomène précurseur donne la certitude qu'il ne tardera pas à paraître : on aperçoit sur toute la super- ficie du lac artificiel, peu profond, appelé table, une légère écume rouge ; à son aspect, les ouvriers disent : la table va sauner ; et dans un temps ordinairement très court, qui dépend de l'état de l'atmosphère , la précipitation du sel commence en effet. La même substance rouge se remarque sur les tas de sel ; elle répand une odeur aromatique , fort analogue à celle qu'ex- halent les violettes, et agréable surtout lorsque la masse d'air ambiante est assez grande pour atténuer l'odeur putride qui l'accompagne. La coloration rouge et l'odeur en question étaient-elles dues à une matière organique ou organisée, à des êtres végétaux ou 'iio payen. — Sur un Crus lacé des marais sa /ans. animaux, à leurs débris, ou encore à des substances minérales? Ces hypothèses étaient toutes permises , et l'observation directe sur les lieux pouvait seule faire espérer la solution du pro- blème. Je m'empressai , à mon retour en France , de me rendre à la saline de Marignane , dont les directeurs , MM. Frémerat, m'of- frirent avec la plus grande obligeance et le zèle le plus éclairé tous les moyens d'atteindre promptement le Lut de cette ex- cursion. Voici les résultats de nos recherches : l'eau de la mer, in- troduite d'abord dans un très vaste bassin que forment des murs glaises, dépose une grande partie des matières terreuses en suspension, divers débris d'animaux et de végétaux, ainsi que plusieurs de ces êtres vivans. A l'aide de vannes ou de bondes et de canaux, on fait passer l'eau de mer successivement dans plusieurs réservoirs que sépa- rent des murs argileux. Cette eau s'épure graduellement en même temps qu'elle se concentre de plus en plus , en sorte que les corps étrangers observés dans le premier bassin , où la densité est de i degré , ne s'aperçoivent plus dans les autres réservoirs , et que, jusques à ceux où l'aréomètre Baume marque i5 degrés, la limpidité de l'eau est complète ; on n'y découvre aucun corps flottant ou suspendu, mais seulement une certaine quantité de vase qui reste ordinairement au fond. Au-delà de ce terme, et surtout près du 20 degré, la solu- tion est encore limpide , mais on peut découvrir de distance en distance, entre deux eaux, des parties nuageuses grisâtres ou d'un gris verdâtre, qui, examinés de près, laissent distincte- ment voir une nouvelle population de petits animaux nageant en troupes, ou divisés , qui , dans leurs mouvemens individuels rapides, s'approchent, restent en présence, et s'écartent si vite qu'ils semblent se repousser. Quelques-uns d'entre eux, vus au microscope sur le marais même, paraissent diaphanes et presque incolores dans toutes les parties de leur organisation , excepté: i° aux points noirs fixes et écartés où sont leurs yeux ; v*° sur le devant de leur I , AYIN< — Sur nri Crustaci* des marais salans. 22 r tète, et 5 dans retendue de leur can;d digestif, qui était gri- sâtre, opaque et complètement rempli. MM. Julien de Marseille et Frémerat de Marignane ont bien voulu vérifier ces faits avec moi. D'ailleurs, je n'insisterai ici que sur le dernier, devant obtenir plus tard une description qui par le nom de son auteur puisse- mériter toute la confiance de l'Académie. Dans les bassins suivans des salines , l'eau augmente encore de densité; un peu avant qu'elle n'ait atteint le terme de a5°, tous les petits Crustacés, devenus rougeâtres , arrivent à la su- perficie de la solution , et forment une écume rouge dans la- quelle se confondent bientôt leurs parties désagrégées. Celles-ci répandent aux alentours l'odeur caractéristique en question, et aucune autre substance ne paraît concourir à la production de ce double phénomène. Les dernières pluies ayant augmenté les eaux contenues dans les tables et les réservoirs, ramenèrent à io° les solutions, rapprochées déjà à près de 20 degrés , et formèrent une se- conde couche surnageante d'eau plus légère et moins salée ; les * diverses troupes de nos petits animaux se tinrent alors en géné- ral dans la couche inférieure. Les plus petits de ces Crustacés avaient de 3 à 5 millimètres de longueur , le plus grand nombre étaient longs de 8 à 10 mil- limètres , enfin les plus gros avaient 16 millimètres ; quelques- uns de ces derniers portaient vers l'extrémité de leur corps, à la naissance de la queue , un paquet arrondi contenant des œufs , et visible à l'œil nu. En plongeant au milieu de leur troupe un flacon de 2 déci- litres renversé , plein d'air, et le retournant alors , il fut facile d'en prendre une centaine environ. Quelques-uns de ceux qui portaient des œufs furent péchés à part , plus rapprochés de la superficie du liquide. J'eus grand soin , pendant le reste de la durée de mon voyage, c'est-à-dire du 2 S octobre au I er no- vembre, de préserver le flacon des trop fortes secousses et de la gelée; plusieurs fois, chaque jour, je le débouchai pour re- nouveler l'air, qui contractait promptement une odeur assez forte au-dessus de la solution : le froid et le défaut d'air paru- m payen. — ■ Sur un Crustaiè des marais salans. rent à plusieurs reprises engourdir les animaux, et les circon- stances contraires les ranimer. A mon arrivée, la petite colonie était bien portante, à quel- ques individus près; cependant tous étaiept moins agiles, et présentaient leur tube digestif à demi vidé et diaphane; une teinte légèrement rosâtre dominait: parmi eux, et l'on aperce- vait au microscope quelques points plus rouges. Je m'empressai de rendre compte à M. Dumas des observa- tions précédentes, de lui montrer l'échantillon que j'avais rap- porté, et de le partager avec M. Audouin , qui voulut bien me promettre une description et la détermination exacte de l'es- pèce des petits habitans de nos salines, bien qu'il ne doutât pas dès-lors que ces animaux ne fussent des Crustacés de l'ordre des Branchiopodes très voisins du genre Branchipe. De mon côté, je m'occupai d'observer sur eux l'influence des solutions à plusieurs degrés de concentration , et de quelques autres réactifs. Je répartis le reste de mon échantillon dans quatre solutions de sel marin brut, faites à l'eau de rivière, et marquant pour la température de i6° centésimaux jo°, j5°, 20° et i$° k l'aréo- mètre de Baume. Voici ce qui se passa relativement à chacune d'elles : La soiutïoiv a io° fut séparée en deux parties : dans l'une, on suspendit une parcelle de mie de pain, et dans l'autre un très petit morceau de chair musculaire ; les petits animaux s'ap- prochèrent fréquemment de ces substances ; ceux qui restèrent le plus long-temps ou constamment sur la chair devinrent moins actifs; plusieurs moururent; ces derniers furent enlevés. La solution fut renouvelée et la viande remplacée par une miette de pain. Ceux qui étaient languissans reprirent alors en partie leur vivacité. Le lendemain , on changea la solution ; elle fut remplacée par un mélange de 33 parties de solution de sesqui- carbonate de soude et 67 de chlorure de sodium ; l'une et l'autre à io° de l'aréomètre , et filtrées, contenaient toujours la par- celle de pain. Les petits animaux y reprirent graduellement des mouvemens plus rapides, et se conservèrent dans le même état paykn. — S/n- un Crustacè des marais salans. 29>3 «le santé pendant quarante-huit heures sans renouvellement du liquide, Voulant alors essayer si l'on parviendrait à remplir leur tube digestif à l'aide d'un corps solide très divisé, on mit plusieurs des petits Branchipes dans le même mélange non filtre. Le car- bonate de chaux, en se précipitant, troubla la solution, et le lendemain on le vit au microscope brun-opaque par transmis- sion et blanc par réflexion, tapissant les parois du conduit di- gestif dont il gardait la forme en quelque sorte moulée parmi les excrémens. Cette action sur les corps solides en suspen- sion explique bien le phénomène de clarification observé par les ouvriers et rapporté par Schlosser, suivant la lettre de M. Audouin ; on conçoit d'ailleurs que la substance inorga- nique, en augmentant le poids spécifique de tous les individus, devait les aider beaucoup à plonger au fond du liquide ; nous verrons plus bas que d'autres moyens d'ingestion leur permet- tent de s'emparer des substances déposées ou même faiblement agrégées au fond des réservoirs. F J autre solution à -h io° (qui contenait le pain) commença à se troubler et à devenir très légèrement acide au bout de vingt- quatre heures. Tous les individus qu'elle contenait devinrent moins vifs, et restèrent la plupart près de la superficie. On changea le liquide, et la santé parut revenir dans toute la pe- tite population. Les mêmes soins et les mêmes phénomènes se reproduisirent le jour suivant; le conduit digestif resta pour tous les individus en grande partie vide; on parvint à le faire remplir en ajoutant quelques gouttes de carbonate alcalin qui troublèrent la solution. La solution a i5° renouvelée chaque jour, soit avec le pain, soit avec la chair musculaire, employés successivement, entre- tint mieux que les précédentes l'activité de ses habitans. Cepen- dant, le quatrième jour , ceux-ci devinrent moins vifs; le plus grand nombre restaient à la superficie, leur tube digestif était en grande partie vidé : en alcalisant faiblement le liquide, on les ranima très sensiblement; au bout de vingt-quatre heures, on les sépara en deux flacons, dans l'un desquels la solution fut étendue à 5°, et une petite lamelle de gélatine fut ajoutée à a>-4 payi-:n. — Sur un Crustacé des marais salans. tous deux; on l'y laissa pendant trois jours, en renouvelant trois fois les deux solutions : les petits animaux vinrent fré- quemment se frotter sur chaque lamelle gonflée; ils se main- tinrent en bon état et fort vifs. La gélatine employée étant sensiblement insoluble à l'eau froide, dans laquelle elle se gonfle beaucoup, il fut facile d'ob- server la diminution de son volume et d'en conclure qu'elle était attaquée réellement par nos Crustacés. Cependant, afin d'obtenir une démonstration directe de son passage et de son séjour dans le conduit digestif, je remplaçai la lamelle incolore par une autre qui était colorée en un beau rouge de carmin et ne se dissolvait pas dans le liquide : quarante-huit heures après, il fut facile de voir que tous les petits nageurs avaient rempli en totalité on en grande partie leur tube digestif avec la sub- stance rouge dont ils continuaient à venir de temps à autre s'ap- provisionner au fond du vase. Dans deux autres essais, on fit varier encore la coloration du même conduit , et on le rendit opaque en délayant dans le li- quide un peu d'encre de chine ( formée de noir de fumée et de gélatine) ou de l'argile grisâtre très fine : lorsque celle-ci fut dé- posée au fond du vase, on put observer les petits Crustacés ve- nant l'y chercher, afin sans doute de continuer ainsi à se tenir lestés convenablement et de mieux vaincre la résistance que la densité du milieu environnant oppose à leur immersion. Dans la solution a 20°, presque tous les individus restèrent très agissans pendant deux jours; le troisième, quelques-uns moururent; les autres s'étaient beaucoup ralentis dans leurs mouvemens et flottaient à la superficie : on les ranima en ava- lisant, puis filtrant le liquide; on n'y ajouta d'ailleurs aucun corps solide qui pût les alimenter; le lendemain , ils retombè- rent dans le même état de prostration : vus au microscope , ils étaient complètement diaphanes; leur tube digestif, entière- ment privé de substances solides , était en grande partie rempli de gaz : on les ranima encore en changeant le liquide , mais plusieurs moururent successivement après avoir quelque temps flotté a la superficie , et tous les autres succombèrent dans les vingt-quatre heures suivantes. payf.n. — Sur im Crustacé des marais salans. o.i$ Tous ceux des petits Branchipcs qui , retirés des liquides salés furent placés dans de l'eau douce , moururent au bout de deux à quatre jours. La solution a 23° rendit très pénibles les efforts que tous les individus faisaient pour gagner le fond, où on leur avait comme aux autres ménagé un peu d'ombre qu'ils semblaient recher- cher, y voyant peut-être une apparence du dépôt ou sédiment utile à leur bon entretien. Vingt-quatre heures après , tous languissaient à la superficie, où ils moururent successivement. Leur couleur rougeâtre et leur transparence avaient augmenté. Le surlendemain, la plu- part étaient tombés au fond du vase : ils prirent peu-à-peu une teinte brune partielle. Le fait qui précède montre comment, avant le terme de l'é- vaporation où le sel se précipite, c'est-à-dire de 23 à ^5°, les eaux des marais salans doivent se recouvrir de l'écume rouge observée. On pourrait conclure des autres expériences , que l'alcali- nité des eaux est favorable aux petits animaux en question , et que ceux-ci supportent : aisément la présence de fortes proportions de chlorure de sodium et de sesquicarbonate de soude dans le milieu où ils vivent (i)j que leur aptitude à s'empa- rer des corps très fins en suspension dans les liquides , justifie et explique la dénomination deClearers donnée par les ouvriers anglais aux réservoirs où on les trouve; qu'enfin, dans les circonstances ordinaires de leur développement , la rapidité de la concentration des eaux salées ne leur laissant que quelques jours d'existence , n'aurait pas permis , plus tôt, de les bien dé- crire et de constater leur connexité avec les phénomènes de la (i) Propriété remarquable qui fera paraître possible et même probable leur identité avec les petits animaux trouvés par M. F. Darcet dans les lacs dé Natron en Egypte. (Voir ci-après.) J'ai observé que l'addition du bicarbonate de soude dans le liquide salé convient très bien aussi aux petits Brancbipes de nos marais salans. C'est même dans une solution à 10 degrés, dont la substance saline était formée de o,34 de bi-carbonate de soude et de o,6(> de chlorure de sodium, que, toutes choses égales d'ailleurs, ils ont vécu le plus long-temps; il y en existe encore deux aujourd'hui 23 novembre, tandis que dans tous les autres liquides il ne reste plus aucun individu vivant depuis six jours. VI. Zoor.. — Octobre, j5 226 audouin. — Sur un Crustacè des marais salans. coloration rouge et de l'odeur spéciale des eaux à l'instant où elles vont saliner. examen des crustacés rapportés de la saline de Marignane. (Extrait d'une lettre de M. Audouin à M. Païen.) « J'ai examiné le petit animal que vous m'avez remis , et je vous transmettrai bientôt le résultat de mes recherches. Il est évident , comme je vous l'ai dit d'abord , que c'est un crustacè de l'ordre desbranchiopodcs; quant à sa détermination spécifi- que, quoiqu'elle présente plus de difficulté, à cause du peu de soin qu'ont mis en général les naturalistes à décrire et à fi- gurer les crustacés de petite taille, je crois, dès à présent, pou- voir affirmer que c'est ou le cancer salinus de Linné ou une es- pèce très voisine. « Linné est le premier auteur systématique qui, en 1767, ait mentionné ce crustacè dans la douzième édition de son Systcma naturœ (Insecta, p. io56); il se trouve, dit-il, dans les salines de Lymington en Angleterre. Il cite le docteur Schlosser , comme l'ayant récolté dans cette localité. «Depuis la publication du Systema naturœ jusqu'en 181 5, époque sur laquelle je reviendrai plus loin , tous les auteurs systématiques reproduisent plus ou moins fidèlement la phrase de Linné , et aucun ne paraît avoir eu l'occasion d'examiner de nouveau l'animal qu'il décrit; quelques-uns citent le nom de Schlosser , mais*d'autres omettent de le rappeler, et cependant, le docteur Schlosser ne s'est pas borné à recueillir le petit crus- tacè, comme on pourrait le supposer d'après la citation de Linné, mais il l'a décrit et figuré. Le naturaliste suédois et tous les na- turalistes qui ont écrit jusqu'à nos jours, paraissent avoir ignoré ce fait; il est donc bon de le faire connaître, et j'entrerai ici dans quelques détails pour réhabiliter le premier auteur dans ses droits. « Le docteur Schlosser a consigné ses observations sur le crus- tacè des salines dans une lettre écrite de Lymington à la date du 7 octobre iy55 , et qui a paru avec figure dans le numéro de audouhv. — Sur un Crustacê des marais salans. 227 juillet iy5G, d'un recueil format in-4°, imprimé ù Paris, et ayant pour titre : Observations périodiques sur fa Physique, l'Histoire naturelle et les Beaux- Arts; par Gautier. Quelques années plus tard, en 1765, Alléon Dulac a réimprimé cette lettre par extrait dans le tome III, et à la p. il, de ses Mélanges d'histoire natu- relle (format in -8°). « Je visitais ce matin, dit le docteur Schlosser, les salines qui se trouvent ici le long du bord de la mer, et, après avoir vu tout ce qui regarde ïa manière de réduire l'eau marine en une lessive extrêmement acre et saline , je fus frappé d'y découvrir des millions d'insectes les plus agiles du monde. Leur couleur rouge teignait l'eau d'une vaste citerne d'©ù on la tire pour la mettre dans des chaudrons. Je ne manquai pas de remplir une bou- teille de cette eau et de suivre de mon mieux les opérations de mes insectes dans leur élément chéri. Leur corps n'est qu'un tube cylindrique ou vermiculaire très mince et d'environ un tiers de pouce de longueur. Au bout ^de ce tube on voit deux petites antennes très fines et assez courtes, et deux yeux noirs, ronds et relevés. Leur place esta chacun des côtés, et au milieu se trouve une autre petite tache noire qui peut-être sert de troi- sième œil. Une bouche courhe est placée sous ces yeux , et aplatie contre la poitrine; toutes ces parties composent la tête. Le corps est pourvu de 22 jambes natatoires, qui occupent toute la moitié de la longueur du tube ; il y en a 1 1 de chaque côté, elles sont fort près l'une de l'autre; la plus longue est au milieu, et c'est de là que les autres décroissent insensiblement , en approchant ou de la tête ou de la queue. Cette dernière partie est toute nue, l'anus en fait l'extrémité, et l'on y aperçoit souvent une fente. Outre ces divers organes communs à chacun des individus, il y en a qui ne se trouvent que dans quelques- uns, et ceci joint aux actions qui leur sont particulières me pa- raît constituer la différence entre les mâles et les femelles. Les premiers ont tous entre leur tête et les premières jambes nata- toires, deux espèces de bras longs et plats; leurs articulations mettent l'insecte en état de les plier et de les mouvoir presque en tous sens. Les femelles ont sous le ventre, près des dernières jambes natatoires, un sac mou et membraneux, qui par sa trans- is. 228 audouin. — Sur un Crustacé des marais salans. parence permet d'y apercevoir plusieurs œufs; ce sac est com- munément trois ou quatre fois plus gros que le diamètre du tube. Les individus qui ont cet organe, n'ont jamais les bras dont je vous ai parlé, et ceux qui ont les bras se distinguent d'ailleurs des autres par leur empressement à sauter sur leur dos , dès qu'ils les rencontrent en nageant. Les deux bras leur servent à serrer le sac dont j'ai vu sortir alors plusieurs œufs. Les insectes unis nagent quelque temps ensemble ; à peine sont-ils séparés que d'autres prennent leur place, et jamais je n'ai vu des insectes de la même espèce unis de cette manière. Je n'ose décider si cette action est un véritable accouplement et si mes insectes à bras sont les mâles ou les accoucheurs des femelles, n'ayant pu, à l'aide d'un très bon microscope, voir autre chose que ce que je viens de vous dire. J'aurais bien sou- haité pouvoir conserver une paire de ces insectes dans leur si- tuation favorite ; mais ni l'eau fraîche d'une fontaine , ni le vin de Portugal, ni l'esprit -de -vin même n'a pu les faire mourir en moins d'une demi-heure, ni les empêcher de se séparer. » « J'oubliais de vous dire que ces insectes se meuvent avec une prodigieuse vitesse : ils font mille sauts , se culbutent sou- vent et peuvent nager sur le dos. Les gens qui travaillent aux salines leurdonnentle nom de brine-worms (ver de saumure); ils m'assurèrent qu'ils y sont en hiver aussi bien qu'en été, mais que si la lessive n'est pas forte , il ne s'y en trouve que peu. Je leur ai demandé si ces vers ne se transformaient point en mouches ; mais ils m'ont tous répondu négativement, et parmi tant d'in- sectes de ce genre que j'ai examinés , je n'en ai vu aucun plus ou moins formé que les autres , ou qui montrât quelque dispo- sition à se métamorphoser. » « Les détails que je viens de transcrire, poursuitM. Audouin, étaient restés ignorés des naturalistes, qui ne connaissaient en- core le cancer salinus que par la description très succincte de Lin- né, lorsqu'en 181 5 M.Thomas Rackett publia dans le tome XI des Transactions de la Société Linnèenne de Londres (part. 2 e , p.2o5) un mémoire sur le Cancer Salinus de Linné qu'il avait observé à Lymington, c'est-à-dire dans cette même localité où 6o an* nées avant Schlosser l'avait étudié; et cependant M. Rackett audouiiv. — Sur un Crus tact- des marais salans. ^29 croyait être le premier à en donner la figure. Cette figure au trait (PI. i4, fig. 8, 9, 10), qui est moins exacte que celle de Schlosser quant au nombre des pattes, ne lui est pas supérieure pour les autres parties, et elle n'est accompagnée d'aucune autre descrip- tion que celle de Linné. L'auteur entre dans quelques détails qui confirment ceux qu'on doit à Schlosser. Ces petits Crustacés se trouvent, dit;il,par myriades dans les réservoirs où l'on dépose la saumure avant de la faire bouillir, et où elle reste une quinzaine de jours exposée au soleil. Ces réservoirs se nomment Clearers, parce que la liqueur y devient claire; et les ouvriers attribuent en partie cet effet aux mouvemens rapides et continuels du pe- tit Crustacé qu'ils nomment Brine-JVorm, c'est-à-dire Ver de la Saumure. Les ouvriers sont si convaincus de ce fait , qu'ils ont l'habitude de transporter quelques vers d'un réservoir qui en est pourvu dans un autre qui en manque , afin d'opérer l'ef- fet qu'ils désirent. Lorsque ce liquide s'augmente beaucoup par l'eau de la pluie (du mois d'octobre au mois de mai, époque du- rant laquelle les travaux cessent) , on ne voit plus qu'un petit nombre de ces Crustacés; mais, à l'approche de l'été, ils repa- raissent en grand nombre. « Si la figure de Schlosser, dit M. Audouin,eùt été connue des auteurs systématiques, ils n'auraient pas laissé l'animal dont il s'agit parmi les Cancer et ils n'auraient pas hésité à le rapprocher d'un petit Crustacé qu'on trouve dans les mares d'eau douce, et que Schaeffer a fait connaître dès l'année 1754, sous le nom ÏÏApus Pisciformis; il s'en rapproche à beaucoup d'égards et peut-être serait -il convenable de le réunir au genre Branchipe que l'on a créé pour y placer ÏJpus Pisciformis. Cependant, le docteur Leach a cru devoir fonder un nouveau genre sous le loin &Artemia{y) qui a pour typ e le Cancer Salinus de Linné, lïil doute que le Crustacé que vous m'avez remis n'appartienne à ce genre Jriemia, mais je ne saurais encore vous dire s'il dif- (i) Dictionnaire des Sciences naturelles, article Entomostracës. Lamarck avait établi de son côté, et vers la même époque , un nouveau genre sous le nom d" Artemisns , et renfermant de même le Cancer salinus L. Le D r Leach cite une seconde espèce différente de celle-ci , et dont Latreille fait un genre sous le nom KEulimcne; quoiqu'elle soit originaire de la Méditerranée , on ne saurait lui comparer l'espèce des marais salans de Marseille. a3o audouin. — Sur un Crustacê des marais salans. fère spécifiquement de XArtemia Salina Leacii {Cancer Salinus, Linné), ou, en d'autres termes, si l'espèce des marais salans de Marseille est exactement la même que celle des réservoirs de Ly- mington ; ce sera un point facile à décider, si vous ou moi pou- vons obtenir de l'obligeance de nos correspondans d'Angleterre, quelques Crustacés de cette localité. « Je ne terminerai pas cette lettre sans vous parler d'un fait curieux qui m'a été communiqué , il y a quelques années, par M. Félix D'Arcet. A son retour d'Egypte en i83o, il voulut bien me remettre deux très petits Crustacés conservés dans l'alcool, mais qui malheureusement étaient un peu détériorés. L'examen qu'il me fut possible d'en faire, ne me permit pas de douter qu'ils ne fussent voisins des Branchipes, et je supposai même, à quelques traits de leur organisation, qu'ils appartenaient au genre Artemia de Leach; mais comme je n'avais pas encore eu l'occasion d'observer moi-même des Crustacés de ce genre , j'é- tais resté dans le doute et je n'avais pas cru devoir publier mon observation incomplète. Aujourd'hui que, grâce à vous, j'ai pu les étudier en détail, je n'hésite pas à rapporter au genre Arte- mia , ces petits Crustacés, qui devront peut-être former une espèce distincte. « Or, voici le rapport curieux que les observations de M. Fé- lix D'Arcet, relativement à ces Crustacés, présentent avec les vôtres ; c'est qu'ils habitent en Egypte divers lacs de nation (les lacs de Goumphidich , Ahmaruh et Bédah). Le fond de ces lacs est couvert d'une couche de cristaux de natron et de sulfate de soude mélangés de sel marin , et quant aux eaux dans lesquelles ils nagent , elles contiennent en dissolution du carbonate de soude, du sulfate de soude et des sels magnésiens; leur densité est de i,255. Ces eaux, qui sont colorées en rouge, ne renfer- ment ni poissons, ni coquilles, ni aucun autre animal. Leur température était, pour l'un deux (le lac Goumphidich), au mois de mars i83o, de 26 degrés cent. Mais pendant l'été, elle monte jusqu'à 55 et même 60. M. D'Arcet ne croit pas que la coloration en rouge soit due à la présence de ces Crustacés, parce que, dit- il, il n'en a vu que 5 à 6 individus par litre d'eau ; mais il est très possible que la matière colorante soit formée par les débris eiirenrerg. — Sur V existence d J Infusoires fossiles. 23 1 très minces de ces animaux qui, à une autre époque, pullulent en plus grand nombre dans ces lacs, et qui succombent peut- être, comme cela a lieu dans les marais salans de Marseille et dans les réservoirs de Lymington, lorsque le liquide prend plus de densité. « Je joindrai au mémoire que je rédige sur l'Anémie des ma- rais salans de Marseille quelques détails sur l'organisation de l'Àrtémie des lacs de natron en Egypte. » Observations préliminaires sur l'existence d'infusoires fossiles et sur leur profusion dans la nature , Par M. Ehrenberg. (i) Au mois d'avril de cette année , je communiquai à l'Acadé- mie (2) le résultat surprenant que m'offrirent les sources miné- rales de Carlsbad , dont les Infusoires sont les mêmes que ceux des côtes françaises de l'Océan atlantique et des eaux de la mer Baltique. Je suis redevable de cette observation à la bonté de M. Christian Fischer, propriétaire de la fabrique de porcelaine à Pirkenhammer, près Carlsbad, qui voulut bien m'envoyer, à Berlin, sur ma prière, un échantillon de l'eau de ces sources renfermant des Infusoires vivans. Dans le but de vérifier en- core et de compléter ce résultat, je sollicitai un second envoi que j'obtins au bout de quinze jours dans un très bon état. ML Fischer me fit savoir en même temps, vers le 20 juin, qu'il avait fait lui-même une observation importante. Il a re- marqué, en effet, que les dépôts siliceux (Kieselguhr) des tour- bières deFranzbad, auprès d'Egn en Bohême, déjà indiquées par M. Badig (et non pas Stadig) dans les Annales des sources miné- rales de rAllemagne,etc. publiées par MM. de Crrcfe etleD r Ralisch (1) Extrait des Annales de Poggendorff , t. 38. (i) Voyez le Compte-Rendu des travaux de l'Académie des Sciences de Berlin pour i836, pages 3("> , 60 et 55 , et les Archives de Berlin pour l'iiisloire naturelle, i836, p. a4o. 23-2 eurenberg. — Sur l 'existence cl ' ïnfusoires fossiles. (p. 193, année i836), se composent presque exclusivement d'enveloppes de Navicules, et semblent provenir du fond d'une mer échauffée par le feu de quelque volcan. En même temps que cette annonce, M. Fischer me fit parvenir un échantillon de cette masse siliceuse fossile (que j'ai déposée dans le Cabi- net Royal de Minéralogie, et qui avait originairement un peu plus de deux pouces de longueur, onze lignes de largeur et neuf lignes de hauteur), en me priant de déterminer l'espèce de ces animaux, et de publier son observation en même temps que le résultat de mon examen. Je crois que ce résultat se borne à des considérations parti- culières, mais encore provisoires, que je vais présenter ici. D'abord, l'examen microscopique et l'observation de M. Fis- cher, d'après laquelle le Kieselguhr de Franzbad se compose presque entièrement de Navicules , ainsi que la grande transpa- rence et la pureté des petits débris minéraux , rendent tout-à- fait vraisemblable qu'une chaleur intense a pu occasioner leur combustion et leur agglomération en masses d'un grand vo- lume. Mais l'opinion d'après laquelle ils auraient appartenu à un terrain marin devient bientôt invraisemblable, lorsque l'on considère que la masse principale se rapporte exactement par les formes ainsi que par la figure, la grosseur et le nombre des stries intérieures , au JVavicula viridis , qui est encore aujour- d'hui répandu très abondamment dans toutes [les eaux douces des environs de Berlin et d'autres endroits. De plus , outre les Navicules, très faciles à reconnaître dans l'échantillon des tour- bières, ce même échantillon renfermait plusieurs espèces dif- férentes , quoique se rapportant également à celles aujourd'hui vivantes ; elles y étaient les unes à l'égard des autres dans des proportions très diverses et généralement aussi en quantité proportionnellement bien moindre que les premières. Ayant examiné au microscope les échantillons même du Ca- binet Royal de Minéralogie, tant ceux du Kieselguhr de l'Ile- de-France, analysées chimiquement par M. Klaproth , que la farine fossile (Bergmehl) de Saint Fiora en Toscane, qui por- tent des indications écrites de la main de Klaproth, j'ai trouvé que ces substances tout entières se composent presque exclu- EiiuiNBLRG. — Sur V existence d'Infusoires fossiles. a33 sivcment d'un grand nombre d'espèces différentes d'Infusoires fossiles, de sorte que toute cette niasse siliceuse, décrite par Rlaprotli, se trouve être composée d'enveloppes d'Infusoires. Déjà, en i834 , je confirmai à l'Académie , dans la courte no- tice qui est insérée en supplément à mon troisième Mémoire sur l'organisation des animauv microscopiques, la découverte de M. Kùtzing, alors pharmacien, et aujourd'hui professeur au Gymnase, qui avait pour objet de prouver que les enveloppes de Bacillaires sont formées de silice. Les expériences que je fis alors et celles de M. Henri Rose, prouvèrent qu'on trouvait cette substance, non-seulement dans les enveloppes de Bacillai- res, mais encore dans celles d'autres espèces vivantes. Ainsi cette nouvelle observation de M. Fischer et les recherches que j'ai faites sur le Kieselguhr, analysés par Klaproth , confirment en- core ce même fait. Comme l'intérêt qui s'attache à ce phénomène paraissait de- voir être très* grand, je comparai plusieurs autres substances siliceuses et terreuses du Cabinet Royal de Minéralogie, que M. Weiss mit à ma disposition avec beaucoup de bienveillance , sans obtenir cependant des résultats plus étendus sur l'objet de mes recherches. Par une heureuse inspiration , il me vint en pensée que des enveloppes de ce genre, semblables aux végétaux de nature siliceuse , tels que la Prêle , l'Equisetum , étaient peut-être employées à polir dans les arts. J'achetai donc chez les droguistes de Berlin les différentes espèces de tripoli et de terres à polir pour me livrer à mes recherches. J'examinai d'abord le tripoli ordinaire, ou le tripoli feuilleté [Blœtter. tripel), et je reconnus aussitôt qu'il se composait également et unique- ment d'enveloppes d'Infusoires. Tous les autres étaient d'une nature différente et inorganique. La comparaison de ce tripoli du commerce, qui passe pour venir duHartz et de Dresde, avec l'espèce de tripoli classée scientifiquement dans le Cabinet Royal de Minéralogie, me fit reconnaître que ce prétendu tripoli feuil- leté était visiblement une seule et même chose avec la terre à polir désignée dans la Minéralogie de Werner, comme une es- pèce distincte et envisagée depuis de la même manière. Les échantillons provenant deKritschelberg, près de Bilin, me pré- a34 ehrenberg. — Sur l'existence d'infusoires fossiles. semèrent une ressemblance si parfaite, tant dans l'aspect exté- rieur, que dans les espèces d'infusoires dont ils étaient compo- sés, que le tripoli feuilleté qui se vend à Berlin provient vi- siblement de Bilin , en Bohême, et non pas de Dresde. Il en est absolument de même de la terre à polir qui vient de Planitz, près de Zwickau , si toutefois les échantillons que j'ai examines proviennent bien de L'endroit désigné. Au contraire, cette argile schisteuse ( Klebschiefer) de Montmartre , que Klaproth a analysée , ne m'a présenté que des traces incertaines d'enve- loppes d'infusoires. Une chose surtout fort importante pour l'examen ultérieur des rapports géognostiques , c'est certaine- ment la présence des Infusoirés fossiles dans la terre à polir de Bilin. On trouve dans ce même terrain les empreintes d'un pois- son perdu, le Leuciscus papyraceus de Bronn d'après Agassiz, et plusieurs empreintes de plantes qui appartiennent évidem- ment à la formation tertiaire. Avant de m'être livré à ces recherches, j'étais déjà porté à at- tribuer une grande influence dans la formation du fer limonite tufacé des marais {Raseneiseii) , à une espèce d'Infusoire que je découvris en i834, que j'ai depuis représentée en avril i835, sur la planche x de mon Catalogue des Infusoirés, sous le nom de Gaillonella ferruginea, et qui est peut-être la même chose que YHygrococis ochracea des botanistes. Cependant la petitesse des corpuscules m'empêcha d'émettre une opinion aussi impor- tante. Mais la découverte des coques d'infusoires si nombreuses et si variées réunies en grandes masses, et surtout l'observation que j'ai faite que l'animal dont la pierre à polir de Bilin se com- pose presque exclusivement, est aussi une espèce de Gaillo- nella, ne me laissent plus aucun scrupule de faire connaître cette observation. On sait que la formation de ce fer limonite (Raseneisenstein) , ou autrement du minerai de fer des tour- bières ( Wiesenerze) , reconnue comme un fait constant, attira une grande attention, et qu'elle donna naissance à des théories très nombreuses, mais encore insuffisantes. Je remarquais alors annuellement dans les terrains marécageux et en particulier dans les tourbières des environs de Berlin, à l'époque du printemps surtout, une masse très volumineuse, d'une couleur de jaune EirREiWERG. — Sur l'existence tVInfasoires fossiles. s35 d'ocre très intense, qui se changeait quelquefois en rouge de chair; cette niasse, qui offrait une grande extension, couvrait souvent le fond des fossés d'une couche épaisse de un à plu- sieurs pieds. Elle était même très remarquable dans de petits espaces, dans les traces des animaux qui y paissaient. Cette masse est extrêmement fine et sans aucune cohésion ; elle se divise, au moindre contact, en une infinité de petites parties. Quand, par suite de l'évaporation de l'eau , elle vient à se des sécher, elle ressemble tout-à-fait à de l'oxide de fer, et on l'a prise jusqu'ici pour cette substance. Mais quand on l'examine au microscope, sans employer même un fort grossissement, on y reconnaît distinctement des filamens très fins, articulés, dont les articles ont tout au plus un millième de ligne et qui con- servent leur couleur jaune. Au commencement de l'été dernier je me suis convaincu que ces filamens articulés si fins ne per- daient pas leur forme à une température très élevée, mais qu'ils prenaient alors une couleur rouge-brune, ce qui est exacte- ment le cas de l'ocre de fer. Traités par l'acide muriatique , leur couleur disparut, mais leur aspect de filamens articulés ne changea pas; on pouvait aisément reconnaître le fer préci- pité dans la dissolution. Il existe donc un être organique très petit et très voisin du genre Gaillonella dans le groupe desBacil- lariées, qui présente une couleur jaune d'ocre et vraisemblable- ment aussi une grande partie des propriétés du fer, de la même manière que les os renferment de la chaux phosphatée. Or, la dissolution de la chaux n'empêche pas la partie gélatineuse des os de conserver sa forme primitive ; de même aussi le Gaillonella ferruginea, qui présente visiblement une enveloppe minérale, se montre avec la même forme qu'auparavant après la dissolution du fer qu'il renfermait. Maintenant que j'ai examiné sous le microscope des minerais de fer limonite des marais (Raseneisenerzè) très variés de Berlin, de l'Oural, de New-York et autres lieux, je trouve que l'oxide jaune de fer qu'ils renferment en très grande quantité et qui primitivement les constituait peut-être exclusivement, se com- pose pareillement aussi, en grande partie, d'articulations régu- lières et liées entre elles , qui ressemblent à cette espèce de a 36 ehrekberg. *r- Sur l'existence tVInjmoires fossiles. Gaillonella par leur grosseur, leur forme et leur couleur, et qui résistent à l'action de.la chaleur rouge et de l'acide muriatique ; seulementles filamens articulés n'y sont plus aussi distincts que dans l'animal vivant. Si j'examine maintenant les articulations disjointes du Gaillonella distans que renferme la terre à polir, je ne trouve aucune raison pour rapporter à une autre espèce les débris qui se trouvent dans l'ocre du minerai des marais. J'ai obtenu depuis par les bons offices de M. Karsten les pro- ductions végétales qui croissent dans les sources des salines de Colberg, et avec elles une substance terreuse et jaune qui se forme en grande quantité dans ces salines. Elles se rassemblent d'abord,, comme on me le marquait, sous la forme d'une masse solide, semblable à l'oxide fer, à la surface des salines. Evaporée et exposée à la lumière, elle conserve sa belle couleur de jaune d'ocre; mais quand je la traitai par la chaleur, elle prit une cou- leur rouge-brun, semblable à de la sanguine. Dissoute dans l'a- cide hydrochlorique, elle présente d'une manière analogue une grande quantité de fer avec un résidu siliceux. Cette substance se compose, comme l'ocre des tourbières, de filamens articulés, qui se séparent ensuite en articulations isolées et ressemblent aussi beaucoup au Gaillonella ferruginea. Peut-être emploie- 1- on à Colberg de ces Gaillonelles dans la peinture au lieu de couleurs ferrugineuses. Cette propriété de la substance qui % se trouve dans les salines de présenter d'abord uue couleur verte et de se rassembler à la surface, puis de tomber au fond en prenant une couleur jaune, indique peut-être une espèce particulière et sans doute encore inédite de ce genre, (i) Ainsi, il est très vraisemblable, d'après l'apparence terreuse du minerai de fer des marais et la structure organique et incom- bustible des petits corpuscules qui forment l'ocre dont il est en- vironné, qu'une proportion organique existe dans la formation (i) Un nouvel envoi de cette masse des salines de Diïrrenbergm'a paru donner pour expli- cation de ces faits que les animaux vivans (?) sont probablement toujours jaunes , mais qu'a- près la mort ils s'élèvent à la surface et deviennent d'un gris vert ( oxide de fer ) , pour re- prendre leur couleur jaune lorsqu'ils tombent ensuite au fond. rniiFNEERG. — Sur l'existence cV lnfusoires fossiles, i^ des Infusoires, bien qu'elle soit assez peu étendue, pour que leur nature ferrugineuse et dure donne lieu, après leur mort, à la formation d'un point central, ou d'un noyau sur lequel est atti- rée toute la matière ferrugineuse répandue aux alentours. Les animaux que j'ai observés dans les fossiles indiqués sont les espèces suivantes : I. Il y en a neuf dans la roche de Franzbad. 1 . Navicula viridis* qui en forme la masse principale, a. — gibba, 3. — fulva f 4. — librile, qui toutes sont des espèces d'eau douce que l'on trouve encore à l'état vivant et très abondamment autour de Berlin. 5. Navicula viridula, 6. — striatula, deux espèces des eaux salées et encore vivantes, dont la première ne m'est connue que des côtes de la mer Baltique, auprès de Wismar, et dont la seconde se trouve au Havre-de-Grâce et dans les eaux minérales de Carlsbad. 7. Gomphonema paradoxum. 8. — clavatum, deux espèces encore répandues aujourd'hui autour de Berlin. g. Une espèce de Gaillonella, G. varions ? dont je n'ai eu jusqu'ici que des fragmens. II. J'ai trouvé neuf espèces dans la tourbe de Franzbad qui accompagne le dépôt siliceux (Kieselguhr). 1. Navicula granulata, forme très commune, qui ne se trouve pas dans le dépôt siliceux (Kieselguhr). 2. Navicula viridisj rare, 3. Sacillaria vulgaris ? 1 , , . . „ . , , , deux espèces mannes. 4. Cocconeis unaulata , J l 5. Gomphonema paradoxum (clavatum ?) encore vivant autour de Berlin. Ainsi la tourbe ne présente que deux formes communes avec \e Kieselguhr, qui en fait partie et dont on doit par conséquent attribuer la formation à une époque différente. III. J'ai trouvé quatre ou cinq espèces dans les concrétions siliceuses (Kiesel- guhr) de l'Ile-de-France. 1. Bacillaria vulgaris, formant la masse principale. 2, — major, espèce inconnue , peut-être à réunir à la précé" dente; qui est elle-même une espèce déjà connue des eaux salées. 238 eiireneerg. — Sur l'existence deux espèces encore inconnues ou détruites. 12. — Folhsy ) F i3. Cocconeis undiilata, espèce raariue. i4. Gomphonema paradoxum. i5. — clavatum. 16- — acuminalurrij espèces d'eau douce des environs de Berlin. 17. Cocconema cymbiformej espèce d'eau douce." 18. Gaillonella italica n. sp. et 1.9. Des spicules pétrifiés d'une éponge marine, ou le Spongilla des eaux douces. V. Le tripoli schisteux de Bilin , que M. Wciss a recueillie lui-même, ren- ferme les quatre espèces suivantes : t. Podosphenia nana n. sp., formant la masse principale. 2. Gaillonellç. disions n. sp. 3. Navicula Scalprum? 'et 4. Bacillaria vulgarisl qui sont peut-être des espèces marines. VI. Le tripoli feuilleté {Blœttertripel) du commerce de Berlin , qui d'après la maison de commerce de drogues de MM. Lampe et Kaufmann, est pris au dessus de Dresde et qui provient du Hartz , suivant les ren- seignemens peu probables , d'un autre droguiste, renferme les trois espèces suivantes : r.nRENBr.RG. — Sur l 'existence cV Infusoires fossiles. 239 1. Gaillonella distans, en proportions bien supérieures aux deux autres. 2. Podosphenia nana n. sp. 3. Bacillaria vulgarisl VII. J'ai trouve deux fois, dans l'argile schisteuse [Kltbschiefer) de Ménil- inontant des fragmens du Gaillonella distans, mais je suis incertain s'ils ne seront pas tombes par hasard de la terre à polir de Biliu. Il se présente maintenant une remarque à faire ; c'est que la plus, grande partie de ces vingt-huit espèces d'Infusoires fossiles, qui toutes appartiennent à la famille des Bacillariées et se rapportent à huit genres différen s, encore aujourd'hui vivans, savoir : les genres Navicula, Cocconeis, Synedra, Gomplionema, tocconema, Podosphenia, Bacillaria, Gaillonella ; c'est que, disons-nous, sur ces 28 espèces, il y en a \l\ que Ton ne peut en aucune façon distinguer des Infusoires d'eau douce aujour- d'hui vivans, et cinq que l'on ne peut séparer des espèces ma- rines. Les neuf espèces qui restent, c'est-à-dire le tiers environ, sont ou des Infusoires pareillement vivans' et encore inconnus, ou des espèces détruites. Mais la comparaison que j'ai faite de mes observations multipliées et cette circonstance, qu'aucun des fossiles que j'ai nommés ne renferme exclusivement des espèces perdues, me font regarder comme plus probable que ces nouvelles espèces fossiles , parmi lesquelles il n'y a pas un seul genre nouveau, se rapportent à des espèces qui ne sont pas détruites, mais que l'on n'a pas encore trouvées vivantes. Le plus grand nombre des individus de ces petits animaux est encore assez bien conservé, et plusieurs d'entre eux le sont même si bien, que j'aurais pu fixer d'après eux les caractères des espèces vivantes ; la comparaison directe faite avec ces dernières m'a montré que certaines différences, probablement caractéris- tiques, se laissent voir difficilement sur les individus vivans et m'avaient échappé jusqu'ici. C'est ainsi que les ouvertures des Caillonelles ne m'ont été connues d'abord que par l'examen de la terre à polir et je les trouve à présent dans toutes les espèces de ce genre. Les six ouvertures du Navicula viridis ne s'étaient pas montrées auparavant d'une manière aussi distincte. (1) (1) Comme les botanistes ont souvent pris pour des plantes ces formes d'animaux , il est bon a4o ehrenberg. — Sur l'existence cï lnfusoir es fossiles. La forme bien arrêtée et la netteté des contours de toutes ces enveloppes fossiles semble due, sans aucun doute, à une cha- leur plus qu'ordinaire, qui aura volatilisé le charbon tant ani- mal que végétal, car les animaux se nourrissaient certainement alors comme aujourd'hui de végétaux ; plus tard les terres so- lubles auront été enlevées par dissolution , tandis que la silice seule aura résisté. Déjà Werner avait pensé que l'embrasement du sol était la cause de la formation des tripolis , ce qui est en grande partie le cas. Une chose remarquable dans la plupart des gisemens d'infu- soires fossiles dont nous avons parlé, c'est la prédominance pres- que constante de certaines espèces. Ainsi dans le dépôt siliceux de Franzbad , presque toute la masse est formée de Navicula viiidis, celle de l'Ile-de-France de Baclllaria vulgaris, celle de Santa Fiore de Synedra cdpitata, celle de Bilin de Gaillonclla distans; et cela dans une proportion tellement prédominante que toutes les autres espèces semblent y être mêlées acciden- tellement. Enfin le nombre proportionnel de ces petits animaux peut nous fournir une dernière observation que l'on peut consigner en passant. Il a déjà été souvent question de millions d'Infu- soires et leur grand nombre excitait l'incrédulité, peut-être parce que l'on avait une fausse idée de leur matérialité. On a de faire remarquer que les raisons qui doivent les faire regarder comme des animaux , et que j'ai déjà exprimées plusieurs fois, sont les suivantes : i° plusieurs Navicules et d'autres Bacil- lariées ont un mouvement de reptation très distinct et très énergique , à l'aide duquel elles écartent et repoussent çà et là des corps étrangers qui sont beaucoup plus gros qu'elles- mêmes ; a on peut reconnaître positivement dans quelques-unes le mouvement progressif d'un organe analogue au pied d'une limace , et la force de ce dernier pour la reptation ; 3° à l'aide de recherches délicates , on parvient à reconnaître dans toutes les formes accessibles à l'exa- men , des ouvertures que l'on peut considérer comme les orifices de la nutrition , de la généra- tion et de la locomotion ; 4° on peut distinguer dans leur intérieur des organes toul-àfait com- parables aux vésicules des Infusoires polygastriques et d'autres qui semblent les analogues des ovaires granuleux ; 5° outre la ponte des œufs qui est chez elles plus que vraisemblable, elles se multiplient encore , non par des bourgeons , comme les véritables plantes , mais d'une manière très distincte, en se divisant elles-mêmes, genre de reproduction qui les éloigne de tous ceux que l'on a signalés dans les végétaux, mais qui a été observé dans certains animaux; 6° cer- taines formés de ces animaux, dont les mouvemens sont très lents, et qui se fixent comme les huîtres , ne donnent pas naturellement lieu , par cela même , de penser qu'elles soient des végé- taux, Yoyea le Compte-Rendu de l' Académie des Sciences de Berlin, i836, p. 34. F.nnr.xnoG. — Sur V existence cV Infusoires fossiles. il\\ souvent déclare que telle ou telle espèce n'existait que clans l'imagination. Mais depuis qu'on a été forcé de reconnaître que la terre à polir de Bilin n'était presque autre chose qu'une pro- digieuse agglomération d'Infusoires sans aucun corps intermé- diaire, ces animaux ont commencé à prendre ouvertement place parmi les êtres matériels aux yeux de la science et des hommes. Le Kieselguhr pourrait bien , dit-on , n'être que de formation récente; il n'en est pas de même du tripoli : il forme des bancs très étendus remplis de plantes et de poissons fossiles. On en emploie à Berlin, d'après les informations que j'ai prises, dans une seul„e maison de drogueries jusqu'à 20 quintaux par an. On peut ainsi évaluer à 5o ou 60 quintaux par an l'emploi des Infusoires à l'état de tripoli, soit pour mouler, soit pour autre chose, qui se fait à Berlin et dans les environs, et prédire ainsi la durée approximative de ce qui en existe à Bilin. J'espère obtenir bientôt des détails plus étendus sur ce sujet , mais en un mot les Infusoires fournissent largement à toutes les exi- gences des arts. Si on passe ensuite à leur rôle comme minerais de fer limoneux, ne trouvons-nous pas que le soldat nettoie ses armes avec le tripoli ? que l'ouvrier en métaux, le serrurier, etc., se servent d'infusoires pour polir, et qu'on les emploie éga- lement à mouler la fonte ? Ces petits animaux , si utiles après leur mort et qui forment des couches entières de terrain, ob- tiennent aujourd'hui un intérêt tout spécial sous le rapport de leur individualité. La grosseur d'un Infusoire considéré isolément, s'élève terme moyen et dans le plus grand nombre des cas à 1/288 de ligne, ce qui est égal à 1/6 de l'épaisseur d'un cheveu humain, dont le diamètre moyen serait évalué à 1/48 de ligne. Un globule du sang de l'homme, évalué à i/3oo de ligne, n'est pas beaucoup plus petit. Les globules du sang d'une grenouille sont donc une fois plus gros qu'un de ces infusoires. La pierre à polir de Bilin est à la vérité feuilletée, mais n'offrant jamais d'intervalles, les Infusoires qui la forment sont serrés les uns contre les autres, et doivent par conséquent, dans un morceau d'une ligne cubes former une masse de 23 millions d'individus , terme moyen. Un pouce cube renfermant 1728 lignes cubes, doit ainsi con- VI. Zooi.. — Octobre, j6 2/[2 eiireivberg. — Sur l f existence d'Infusoires fossiles. tenir, terme moyen, 4i,ooo millions de ces petits animaux. Un pouce cube de cette même masse pèse 3 gros -a/5 ou 270 grains. Ainsi un grain doit renfermer 187 millions d'Infusoires; ou autrement l'enveloppe fossile d'un seul Infusoire pèse la 1/187 millionième partie d'un grain. Les Infusoires du fer limonite n'ont que 1/1000 de ligne en diamètre, ou la 21 e partie du diamètre d'un cheveu hu- main, i/3 du diamètre d'un globule du sang de l'homme, 1/8 .du diamètre d'un globule du sang d'une grenouille. Une ligne cube de ces enveloppes ferrugineuses d'animaux devrait, dans une semblable proportion , renfermer 1000 millions, un pouce cube 1 billion, et un cube de g pieds de diamètre 1 trillon de ces animaux à l'état vivant. Maintenant si l'on veut n'admettre comme existant réelle- ment que le quart de ce nombre, et négliger les trois autres quarts, ce qui restera formera encore une quantité prodigieuse et digne d'exciter au plus haut degré notre admiration. Ces observations pourraient être accompagnées de considé- rations plus étendues , dont les unes sont faciles à y ratta- cher, et les autres auraient encore besoin de recherches plus spéciales ; il en résulte qu'un examen plus approfondi ne pou- vait trouver ici sa place. EXPLICATION DES FIGURES. ( PLANCHE 8 B. ) Fig- i. Navicula , Surirella viridis, grands de 1/9 de ligne, dans le Kieselguhr de Franzbad. L'un des iudividus est vu de côté, afin de rendre visibles les orifices des trois ouver- tures , et l'autre est vu sur le dos ou sur le ventre , afin de faire voir à la-fois les six ouver- tures. Les stries que l'on aperçoit sont des lamelles internes , entre lesquelles sont placés les ovaires des individus vivans. Fig. a. Navicula , Suriretxa granulata, des tourbières de. Franzbad, vus de côté et vus sur le ventre. Fig, 3. Synedra capitata, la forme prédominante du Kieselguhr de Santa Fiore, vu de côté et sur le ventre. — L'infusoire en forme de navette placé au-dessous est un N avicula inœquaîis vu de côté. Fig. 4. Bacillaria vulgaris ? forme prédominante du Kieselguhr de l'Ile-de-France. Fig. 5. Gaii.t.onella distans ayant une épaisseur de i/384 à 1/192 ue ligne. C'est la forme prédominante de la pierre à polir de Bilin ou du tripoli feuilleté ( BlaMUTlripcl ) vu de côté et par la surface transversale. Fig. 6. GAILLONE1.1.A yêrru gïnea ayant une épaisseur de 1 millième de ligne; c'est l'enve- loppe d'ocre ferrugineux (Eisenockerthierchen). On a représenté à côté un des lilamens grossi aooo fois. Lyngbye a pris cet Infusoire pour l'enveloppe de son Oscii.i.atoria ocliracea. Les Oscillatoires, s'y montrent quelquefois en parasites , mais ils constituent plusieurs espèces diffé- rentes; aussi Agardh a-t-il eu raison de ne pas les reconnaître comme une espèce distincte. Tontes les figures sont grossies de 290 à 3oo fois. G. L. DUVERN0Y. — Sur le Foie. l[\$ do foie des animaux sans vertèbres , en général et particulière- ment sur celui de plusieurs Crustacés. Par M. G. L. Duvernoy. (Mémoire lu à l'Académie des Sciences, le 7 novembre i836. ) ' Rien de plus difficile que de déterminer dans les classes in- férieures quels sont les organes analogues à ceux des classes supérieures. Un même organe, remplissant une même fonction, peut être tellement modifié dans sa forme , dans sa couleur, dans son volume et dans son tissu, qu'on n'a le plus souvent, que ses rapports pour le reconnaître. Encore ceux-ci peuvent-ils aussi se trouver plus ou moins modifiés. Le foie qui joue un rôle si important dans la vie de nutrition des animaux vertébrés, soit pour la chylification , soit pour la dépuration du fluide nourricier, est un exemple frappant de ces variations de toute espèce qu'il éprouve dans les classes in- férieures , jusqu'à ce qu'il finisse par être entièrement mécon- naissable et qu'on n'en découvre plus aucune trace. Le foie chez les animaux vertébrés est toujours un organe distinct du canal alimentaire, dans lequel les veines provenant de ce canal, des mésentères et de la rate, après s'être réunies <3ans un ou plusieurs troncs sous le nom de veine-porte , se divisent à la manière des artères. La bile que sécrète cette glande est , le plus souvent, tenue en réserve dans une vésicule particulière où elle prend des qualités plus prononcées. Llle est toujours versée soit directement du foie, soit de son réser- voir dans la partie du canal alimentaire où se fait plus particu- lièrement la transformation des alimens en chyle, et le départ des excrémens. Le type des mollusques présente déjà à cet égard des dif- 16. 1 44 g. e. duvernoy. — Sur le Foie. férences , suivant les classes. Dans toutes , à la vérité , le foie ne reçoit plus, ainsi que l'observe M. Cuvier, le sang qui a circulé dans les intestins, et il manque très généra- lement de réservoir. Du moins n'y a-t-il que la classe des Cé- phalopodes et les Doris, parmi les Gastéropodes, où l'existence d'une vésicule du fiel pourrait être sujette à discussion ; dans tous les autres mollusques cette vésicule manque absolument. Mais les caractères différentiels qui distinguent le foie des mol- lusques , dans chaque classe , sont bien plus nombreux que les caractères communs. Il forme dans les Céphalopodes ', un organe de sécrétion bien séparé du canal alimentaire , qui verse l'hu- meur qu'il sécrète dans une portion de ce canal, qu'on peut regarder comme l'analogue du duodénum dans les vertébrés. Sa structure intime nous a paru semblable à celle que cet or- gane présente chez les poissons. Dans les Gastéropodes , le foie est plus divisé. Il s'y com- pose de grains réunis par grappes , formant des lobes bien séparés qui s'entrelacent avec l'intestin auquel ils se lient par beaucoup de lames celluleuses , et de vaisseaux. Chez eux comme chez les Céphalopodes c'est dans la partie supérieure de l'intestin que la bile se verse ; chez quelques Gastéropodes ce- pendant ( les Scutibranches et les Cyclobranches etc.), c'est dans l'estomac même qu'elle arrive; tandis que chez d'autres (les hètèrobranches nucléobranchidés de M. d'Orbigny), elle n'est versée que dans la dernière portion de l'intestin, comme hu- meur excrémentitielle. Dans les autres classes de ce type 3 le foie ne se montre plus comme un organe bien séparé ; il s'unit intimement avec l'esto- mac qu'il enveloppe, et il verse toujours immédiatement la bile par des culs-de-sac, qui communiquent entre eux en devenant de plus en plus larges. Sa structure y paraît évidemment vésicu- leuse. Ce sont des ccecums ramifiés , analogues aux cœcums pyloriques des poissons, ou des vésicules rondes ou ovales, pé- diculées, à parois très minces, transparentes, qui se remplis- sent de l'humeur que ces parois sécrètent et en prennent 1a couleur. On conçoit que cette structure peut se lier si intimement g. l. duvernoy. •— Sur le Foie. 2^5 avec les parois de l'estomac que le foie finit par se confondre avec elles et par perdre son individualité. Qu'on me permette cette expression. Voilà, sans doute pourquoi, dans quelques Ascidies compo- sées, l'existence de ce viscère n'a pu être constatée. On conçoit encore que, dans ces dernières classes, la sé- crétion du foie semble tenir lieu à-la-fois de bile , d'humeur pancréatique et de salive. Déjà dans les Céphalopodes et les Gastéropodes, elle rem- plaçait avec des glandes salivaires bien développées, l'humeur pancréatique. L'existence du foie est très problématique dans quelques vers intestinaux caçitaires et dans les Méduses. Sauf quelques cas très contestables, on peut dire qu'on n'a découvert jusqu'ici aucune trace évidente du foie dans les Zoophytes. Quant au type des Articulés, le foie, quand il existe, s'y mon- tre, comme dans les mollusques inférieurs , plutôt un appen- dice du canal alimentaire, qu'un organe distinct et indépen- dant. Il paraît même réduit dans les Lombrics et dans les Hi- rudinées, ainsi que l'ont annoncé M. Morren pour les pre- miers, et M. de Blainville pour les dernières, à une couche d'un tissu vasculaire jaunâtre dans les Lombrics, ou noirâtre dans les Hirudinées , qui fait partie des parois de ce canal , ou qui les recouvre du moins extérieurement. Mais son existence est loin d'avoir été constatée dans toutes les Annélides, dans les Arach- nides Trachéennes et dans beaucoup de petits Crustacés. Les tubes qui en tiennent lieu, dans l'immense majorité des insectes, paraissent manquer dans quelques Hémiptères. L'œil exercé de M. Léon Dufour, n'a pu en découvrir dans les Pucerons. Ram- dohr n'en avait pas vu davantage, non plus que dans les Gallin- sectes. On sait que, dans cette classe, l'organe qui tient lieu de foie se compose de tubes simples ou vésiculeux , dont le nom- bre varie suivant les familles et les genres, et même les espè- ces , et qui aboutissent le plus souvent, chacun séparément, dans le cercle pylorique à la fin de cette partie du canal ali- mentaire , que M. Léon Dufour & désignée, d'après ses fonctions, sous le nom de ventricule chylifique, et que je nomme , d'après 246 g. i" duvernoy. — Sur le Foie. les organes quelle remplace, estomac-duocîénal. Dans un seul cas, celui du genre Grillon, tous les vaisseaux biliaires se réunis- sent en un seul tronc, avant de s'unira cette même partie. Chez quelques Hémiptères Hétéroptères , ce n'est pas au pylore, mais dans le gros intestin , où s'amassent les excrémens, qu'arrive la bile, ainsi que l'a démontré M. Léon Dufour; et dans les Co- léoptères Hétéromères , Tétramères et Trimères, ces mêmes ca- naux biliaires ont l'une et l'autre insertion que je viens d'indi- quer, et la bile arrive à-la-fois dans le pylore et dans le gros in- testin. Cette revue générale du foie des animaux sans vertèbres , nous dispensera d'entrer dans beaucoup de détails sur celui des Crustacés , que nous devons faire connaître plus particu- lièrement. Après avoir indiqué la disposition que présente cet organe chez plusieurs classes d'articulés, j'arrive enfin à la considérer chez les Crustacés. «Leur organe générateur de la bile ^ dit lié Cuvier (i), est « formé simplement d'une quantité de petits tubes aveugles. « C'est apparemment comme le pancréas des poissons, que « l'on juge être remplacé par cette multitude de petits cœcums « qui s'ouvrent à l'origine de l'instestin. » On pourrait pousser plus loin la comparaison et ajouter que le nombre et l'existence des cœcums pancréatiques dans les poissons, ou des cœcums biliaires dans les Insectes , sont sujets à des variations analogues, et que les parois de l'intestin pren- nent une structure propre à les remplacer , quand ces appen- dices manquent. Ainsi sa description abrégée que nous venons de rapporter convient sans doute à la plupart des genres de Crustacés Déca- podes; mais ces paquets de cœcums ramifiés, si considérables, entre autres dans les genres Astacus ,Palinurus s Pagurus , etc., parmi les Décpodes macrogastres et dans les Décapodes brachy- gaslres, se réduisent, dans les autres ordres, à quelques tubes isolés dont l'existence même n'a pas été démontrée dans tous les (1) Licous d'analomic comjiaite, t. ïv. G. l. duvernoy. — Sur le Foie. 247 genres. Cependant la structure du foie s'écarterait beaucoup dans les Squilles, suivant M. Cuvier, dans les Palemons, les Pences et les Squilles, suivant Meckel, de celles que nous ve- nons d'indiquer. « Les Mantes de Mer (Squilles Fabr.), est-il dit dans lesle- « çons d'anatomie comparée (i re éd., t. IV) > font exception à « la règle; elles ont un foie rangé par lobes des deux côtés de « toute la longueur du canal intestinal, et qui est solide et tout- « à-fait semblable à une glande conglomérée. Dans quelques « décapodes , dit Meckel ( r ), et notamment dans les Pcnèes « et les Palemons, ainsi que dans les Squilles, le foie est plus « ferme, plus solide, ses ccecums sont plus étroits, plus courts, « et cet organe y présente bien davantage (que dans les autres « Crustacés) la structure glanduleuse de cet organe dans les « classes élevées. « Quant à la forme extérieure , ajoute Meckel, le foie est plus « court dans les Décapodes. Cependant dans les Palemons', dans et les Pènèes et dans les Squilles , il est tellement allongé, qu'il « occupe presque toute la longueur du corps.» (2) Les recberches que je viens de faire me persuadent que c'est uniquement d'après les Leçons d'anatomie comparée que Meckel et tous les auteurs qui ont parlé depuis i8o3 du foie des Squil- les, l'ont décrit. Cet organe à lobes réguliers, étendu ■ depuis l'estomac , jus- qu'à l'extrémité postérieure du corps, et immédiatement sous le vaisseau dorsal ou le cœur et sur le canal intestinal , est d'un volume variable, mais généralement très considérable, quand il existe. J'avais été très étonné de ne pas le trouver dans une belle Squille Mante , que le musée de Strasbourg a reçu d'An- cône l'an dernier. En examinant tout récemment la prétendue structure granuleuse de cet organe lobé, dans un grand exem- plaire de Squille Rubannêe, j'ai découvert, en effet, une quantité innombrable de petits grains ronds, qui m'ont paru évidemment être des œufs. Ce fut pour moi un trait de lumière. Je reconnus (1) Système der vcrglcielicnscii. Anat. t. 4. p. 160. Halle, i8ag. (2) Meckel. Ibid. t. 4, p. Ci. a48 o. l. duverwoy. — Sur le Foie, de suite que cet organe lobé, de consistance assez ferme, dont le développement proportionnel varie beaucoup suivant les in- dividus; qui manque entièrement chez quelques-uns; qui peut avoir l'aspect plus ou moins granuleux; dont la position est au-dessus du canal alimentaire et non au-dessous, ou tout au moins sur les côtés , comme cela aurait dû avoir lieu pour le foie, était l'ovaire des Squilles. Cet ovaire, farci d'oeufs assez développés dans l'individu que j'examinais, a une enveloppe propre, formant un sac divisé en autaut de cellules qu'il y a de lobes. Un oviductus considéra- ble règne dans toute l'étendue de la ligne moyenne de la face supérieure. Il commence en arrière par un canal très fin, mais qui ne tarde pas à prendre un assez grand diamètre en s'avan- çant vers la partie antérieure de l'abdomen. Dans la partie la plus large, sa cavité présente un grand nombre de plis parallè- les, et obliques. Dans trois Squilles Manies que j'ai observées ensuite, ce même ovaire avait une couleur jaune-brun , un développement proportionnel variable , et s'étendait au-dessus du canal intes- tinal, depuis son commencement jusqu'au-delà de l'anus, où sa portion la plus mince pénétrait dans une espèce de capsule que forme le dernier segment du corps. Ses divisions consistant en six ou sept lobes réguliers de chaque côté, étaient constantes; maîsl'oviductus n'avait pas le même développement que dans la Squille Rubannée. Dans celle-ci des ramifications partaient par intervalle, des différens lobes de chaque côté, et se dirigeaient vers l'axe du corps pour se joindre à l'oviductus. D'après la conviction que je venais d'acquérir que l'organe qu'on avait pris pour le foie dans ces Squilles, était leur ovaire, je devais chercher quel pouvait être leur foie, ou son remplaçant. Je ne pouvais le trouver qu'en étudiant leur canal alimentaire. L'appareil d'alimentation de ces animaux présente plusieurs singularités bien connues : « i° Dans la structure des mandi- bules; i° dans la position de l'estomac qui est plus en avant que son orifice cardiaque, et qu'il faut chercher dans une sorte de chaperon et conséquemment dans une région qui peut être g. t. puveiwoy. — ■ Sur le Foie.- 249 considérée comme faisant partie de la tête; 3° dans une lame bi-articuléequi part de ce même orifice, et se replie de bas en haut , et d'avant en arrière , à travers le pylore jusque dans l'intestin. Cette dernière organisation était nécessaire pour em- pêcher les matières alimentaires qui entrent dans l'estomac, de passer immédiatement dans le dernier canal, le pylore étant tout à côté du cardia. Outre cette valvule qui est un peu creu- sée en canal , il y a de chaque côté du pylore , deux replis den- telés , dont l'un est un peu plus en dedans que l'autre. L'intes- tin s'étend directement et sans faire de sinuosités, du pylore à l'anus. Il est d'abord large, plat et comme dentelé sur ses bords. Arrivé au niveau dès premières pattes thoraciques, il produit dans la Squille Manie , un premier cœcum de chaque côté, qui s'étend transversalement et pénètre entre les muscles qui vont à cette paire de pattes. D'autres cœcums semblables se détachent successivement et régulièrement de chaque côté du canal intes- tinal vis-à-vis les anneaux de l'abdomen; leur extrémité se divise et se sous-divise, mais en se terminant toujours par des culs-de-sac. Ces branches cœcales pénètrent entre les muscles du seg- ment précédent de l'abdomen et ceux du segment suivant. A commencer de l'antépénultième segment, l'intestin s'élargit beaucoup, et m'a paru former deux grands culs- d e-sac , qui remplissent une partie du vide du dernier segment. Mais entre ces deux grands cœcums, il y a un tronc moyen, la continuation directe de l'intestin, qui répond au rectum et se termine à l'anus. La couleur de cet intestin singulier et celle de ses appendices était la même dans les Souilles Mantes que j'ai pu observer. C'est l'apparence d'un nerf plutôt que d'un intestin. Cette cou- leur tenait aux substances alimentaires contenues dans cet in- testin , et a l'extrême minceur de ses parois qui sont transpa- rentes et présentent d'ailleurs intérieurement un réseau de mailles, formées par les plis de la membrane interne. (On dirait que ces animaux se nourrissent de laites de poissons ou de très petits œufs). Quant à la disposition si particulière de ce canal , je n'en connais aucun autre exemple dans les Crustacés ; mais dans les Scorpions , Tréviranusa décrit quelque chose d'analogue, puis- %5o g. l. duvernoy. — Sur le Foie. qu'on y voit se détacher par intervalle et successivement de l'in- testin quatre ou cinq canaux de chaque côté qui vont se diviser dans un organe que je regarde comme leur foie. Dans les Squilles, à la vérité, ces cœcums ramfiiés, qui peu- vent bien être des organes de sécrétion, tout aussi bien que des organes de digestion, ne sont que des appendices de l'intestin. Les JSymphons , suivant l'observation de M. Milne Edwards , offrent une disposition organique plus analogue encore dans des branches intestinales , qui pénètrent aussi jusque dans les membres. Enfin cette organisation rappelle les nombreux cœcums ra- mifiés des Aphrodites. Quoi qu'il en soit, je pense que cette singulière division de l'intestin sert entre autres à la sécrétion de sucs gastriques, qui tiennent lieu de bile, et qu'il n'y a pas dans ces animaux d'au- tre organe analogue au foie , ou qui ait pour fonction de le remplacer. Dans les Palemons qui sont des Décapodes , il y a encore une autre organisation. Leur foie m'a paru être une très grande capsule membraneuse, à cavité anfractueuse, ayant plus de capacité que l'estomac, placée sous ce viscère et divisée en plusieurs petites poches , dont le fond était rempli d'une matière jaune , analogue à la bile. Cette forme et cette struc- ture seraient donc encore bien différentes de celle annon- cée par Meckel. Cela tiendrait-il à ce qu'il a observé d'autres espèces que celle soumise à mes investigations? (i) Quant aux Pénéesjje n'en ai pas eu d'exemplaires assez bien conservés, pour servir à des observations exactes et positives. On peut conclure de celle que je viens de rapporter avec assez de détails : i° Que le foie des Crustacés y forme généralement des po- ches, ou des appendices cœcaux, rassemblés en un ou plusieurs paquets qui s'ouvrent dans le commencement de l'intestin ; ou qui sont séparés et communiquent dans un ou plusieurs points du canal intestinal. (f) Celle que j'ai vue était le Pakmon janiaicen%h, grande espèce de la Martinique. g. t. duvérnoy. — Sur le Foie. 25i a Que les Squilles, loin d'avoir, comme on l'avait cru, un foie dont la structure se rapproche davantage de celle des animaux supérieurs,s'en écartent plus à cet égard que la plupart des autres Crustacés. 3° Que les divisions singulières de leur canal intestinal en deux séries latérales de ccecums fourchus , ou même ramifiés à leur extrémité, outre qu'elles présentent un très rare exem- ple d'un enchevêtrement d'appendices intestinaux, avec les muscles du mouvement, tiennent lieu probablement d'organe sécréteur d'un suc gastrique , remplaçant ici la bile. 4° Que dans les Palemons , le foie paraît avoir également une organisation très simple et non compliquée , puisqu'il ne con- siste que dans une poche à cavité anfractueuse dans les cellules de laquelle s'amasse la bile. C'est en gros ce qu'on voit en dernière analyse, et très en petit , dans la structure intime des organes de sécrétion plus compliqués : une membrane interceptant des poches ou des ca- naux dont les parois ont séparé l'humeur que ces cavités tien- nent en réserve , on qui passe immédiatement dans d'autres or- ganes. EXPLICATION DE LA PLANCHE ï5. Fig. i. Une Squille mante ouverte par la face dorsale, e. estomac ouvert, v. valvule en orme de languette, qui empêche les substances alimentaires de passer directement du cardia dans le pylore, d. première portion du canal intestinal répondant au duodénum,; celte portion a été ouverte jusqu'en d 1 ; ou y aperçoit la réseau à mailles larges qui forme la membrane in- terne ; c. c. c. c. c. c. ccecums que produit le canal iutcstinal à mesure qu'il se porte d'un au- neau de l'abdomen à l'autre; ces cœcums sont plus ou moins divisés vers leur extrémité en r. >; r. r. on a mis à découvert , du côté droit, leurs différentes ramifications; du côté gauche, ces ramifications sont cachées par les muscles des segmeus de l'abdomen , entre lesquels elles se placent. Je lésai trouvées remplies de la même substance, comme lardeuse, dont tout le canal intestinal était farci. Ce sont ces ctecuras ramilles qui me paraissaient tenir lieu de foie. Il y en a deux plus grands en arrière, qui forment deux longues poches c' c' lesquelles pé- nètrent dans l'espèce d'étui que leur fournit le dernier segment du corps. C'est entre ces deux poches que se voit le dernier intestin ou le connu (i). On voit en A.... les grands muscles érecteurs de l'abdomen, qui s'étendent du corselet au dernier segment de cette partie, et présentent des intersections tendineuses comme les muscles droits de l'abJomen des vertébrés. On trouve immédiatement sous ces muscles le vaisseau dorsal qui tient lieu de cœcuni , et sous lui , l'oviducte et l'ovaire dans les femelles ; et c'est sous l'ovaire Seulement qu'est placé le canal intestinal. C'est cet ovaire (dont on voit la forme fig. 2) qui a été pris pour le foie. Fig, 3. Lu des lobes de l'ovaire rempli d'œufs. 2^2 académie des Sciences. Analyse des travaux anatomiques, physiologiques et zoolo- giques présentés à V Académie des Sciences pendant le mois d'octobre i836. Séance du 3 octobre, Notes sur quelques ossemens fossiles de l'Alsace et du Jura, par M. Du- VERNOY. Dans un premier article l'auteur décrit des vertèbres et des côtes trouvées dans unie roche de calcaire grossier appartenant aux terrains tertiaires ou aux mollasses qui reposent sur des terrains jurassiques au fond de la vallée de Rœ- dersdorf. Ces fossiles paraissent appartenir à une espèce de Lamantin et étaient mêlés avec quelques débris de Tortues, avec une quantité prodigieuse de dents de Squales et quelques coquilles des genres Modiole, Cardium, Arche et Lucine. Un second article est consacré à la description d'un crâne de Lophiodon, et d'un fragment de mâchoire renfermant les deux dernières molaires d'une très pe- tite espèce de pachyderme qui paraît appartenir au genre Sus, trouvés dans le calcaire d'eau douce de Baslberg près de Bouxwiller. On sait, dit l'auteur, que les Lophiodons ont un système dentaire très ressemblant à celui des tapirs ;mais jusqu'ici, personne que je sache n'en a fait connaître le crâne. Celui que j'an- nonce doit donc intéresser comme un fait nouveau pour la science; le crâne, à la vérité, n'a plus entièrement sa forme naturelle; il a été violemment déprimé. Par l'effet de cet écrasement, la face inférieure a été rapprochée de la supérieure, et l'os maxillaire supérieur gauche qui subsiste, touche au frontal, de manière que l'orbite a disparu. Cependant ce crâne montre une circonstance organique très remarquable , c'est retendue des fosses temporales , qui paraissent avoir été très grandes , puisqu'elles se rencontrent en arrière sur le sommet de la tête, où elles ne sont séparées que par une forte crête. Cette grande dimension des fosses temporales constitue un nouveau caractère différenciel entre ces animaux et le tapirs de l'Inde, chez lequel elles ne se rapprochent pas à ce point vers le som- met de la tête; mais elle établit un rapport entre ce lophiodon et les tapirs d'Amérique, qui les ont ainsi .conformées. Les vieux babiroussa montrent bien encore ce rapprochement des fosses temporales tout-à-fait à l'arrière du crâne , mais ces fosses ne s'étendent pas chez ces animaux, aussi loin en avant. La partie frontale de ce crâne paraît assez large ; les restes de mâchoire infé- rieure, du moins ceux des deux espèces de Bouxwiller que nous possédons, et qui sont tous d'une grande proportion , font d'ailleurs cqmprendre que les fosses tem- porales de ces animaux devaient être assez étendues pour fournir une attache suffisante à des muscles puissans, destinés à mouvoir ces lourdes mâchoires. Le troisième article de ce mémoire fait connaître un fragment de bassin pré- sumé d'Hippotherium, trouvé dans une brèche du Jura. ce L'histoire des brèches osseuses de la Méditerranée, dit l'auteur, a été traitée avec tout l'intérêt qu'elle mérite, par M. Cuvier dans le t. iv de ses Recherches sur les ossemens fossiles. Il termine ce chapitre remarquable par le catalogue des restes d'animaux que ces brèches renferment ; parmi lesquels les uns pourraient être considérés, à la rigueur, comme ayant appartenu à des animaux académie des Sciences. 263 qui habitent encore le pays, et dont les autres sont tout-à-fait étrangers à la po- pulation actuelle. « Il en conclut que tous ces restes doivent être considérés comme les débris de la population contemporaine des éléphans et des rhinocéros fossiles. Il se de- mande d'ailleurs pourquoi ces ossemens ne se retrouvent pas dans d'autres brè- ches, dans les fissures du Jura, entre autres, remplies, suivant l'observation de M. Brongniart, par une terre rougeâtre qui est souvent durcie par des infiltrations spathiques, et enveloppe des fragraens du corps de la montagne et des grains d'hé- matite , dont il se forme une brèche fort semblable à celles qui contiennent des os. « J'eus, peu de temps après la publication de ce volume, l'occasion de prou- ver à M. Cuvicr que ces brèches du Jura renferment aussi des reste de mam- mifères fossiles. C'était un premier fait remarquable de la note que je lui adressai à ce sujet, note qui a été insérée par extrait dans le supplément du tome v du même ouvrage, page 5i5. Un autre fait également nouveau pour la science, à cette époque, était que les os trouvés dans cette brèche formaient les premiers débris d 'ossemens d'ours découverts en France. L'existence de ceux que renferme en si grand nombre la vaste grotte d'Osselle, dans le département du Doubs, n'avait point encore été indiquée par le célèbre Buckland, et confirmée par l'intéressante description que M. Fargeaud, mon collègue à la Faculté des scien- ces de Strasbourg, a donnée de cette grotte. MM. Tériac et L. Fallot n'avaient pas encore trouvé, dans plusieurs grottes de la Haute-Saône, les beaux fragmens dont on leur doit la découverte, et que ce dernier a déposés dans le Musée de Strasbourg. Ces nombreux débris d'ossemens d'ours fossiles des grottes de Fran- che-Comté (1) et de la brèche de Châtillon, semblent indiquer que les animaux des unes et de l'autre étaient contemporains. La brèche en question est extrê- mement dure ; les os qu'elle renferme ne peuvent en être détachés sans se briser., et ils se distinguent de ceux des brèches de la Méditerranée en ce qu'ils sont un peu pétrifies; ce qui n'a pas lieu, comme l'on sait, pour les ossemens de ces dernières brèches. D'ailleurs, la plupart des os que la brèche de Châtillon ren- ferme ne sont que des fragmens brisés et méconnaissables. « Malgré plusieurs voyages et des recherches opiniâtres pour y découvrir . d'autres ossemens, je n'avais pu en trouver de bien caractérisés que des molaires et des canines d'ours ; mais j'avais recommandé à M. Binet, qui habite le haut du rocher où se trouve cette brèche, et sur laquelle on avait construit, dans le moyen âge, un des murs du château de Châtillon , de suivre mes recherches et de recueillir tous les fragmens qu'il verrait contenir d'autres os que ces mêmes dents. Au mois d'avril i835, j'ai reçu de M. Binet, par les soins de M. le doc- teur Marcou, qui habite le Pont-de-Roide, à deux lieues de Châtillon, arrondis- sement de Montbéliard, où se voit cette brèche, non loin de la vallée du Doubs, un fragment d'os assez caractéristique ; c'est une portion de bassin qu'il est facile de reconnaître pour un iléon. Il a même un caractère remarquable qui le rap- proche de celui des ruminans et encore mieux de celui du cheval. Il présente un angle spinal ou interne et un angle externe, entre lesquels se trouve un espace considérable, à bord arrondi, à surface lisse et non rugueuse. Le bassin des ru- minans ordinaires, dit M. Cuvier (1), a l'angle spinal de l'os des iles plus large (i) Sans parler de ceux découverts dans le midi de la France, et sur lesquels M. Flourens a lu récemment un rapport à l'Académie, dans lequel il a bieu voulu rappeler la découverte des ossemens de Châtillon que j'avais annoncée à M, Cuvier, (i) Ossemens fossiles , tome iv, page ao. 2 54 Académie des Sciences. et plus en arrière que l'angle externe , et la troncature de celui-ci est oblique et presque continue au bord antérieur de l'os. « Tandis que le bassin du cheval a son angle spinal pointu aussi avancé que l'externe, lequel est de plus tronqué presque carrément, le fragment fossile de Châtillon a bien l'angle spinal plus étroit que l'angle externe ; il se rapproche , sous ce rapport, de celui du cheval; mais cet angle spinal était moins avancé que dans ce dernier animal. Le bord antérieur lombaire , ou l'intervalle entre ces deux angles, présente une ligne concave au milieu dans le cheval. Dans ce bassin de Châtillon, cette ligne est un peu convexe; le bord inférieur externe, entre l'angle externe et la cavité cotyloïde, dessine une portion d'ellipse dans le cheval. Il forme deux courbures, et conséquemment le trait d'un S dans le fossile de Châtillon. Il est évident, d'après cela , que ce bassin diffère à plusieurs égards des bassins de cheval, dont cependant il se rapproche le plus. Je crois pouvoir conjecturer qu'il pourrait bien avoir appartenu au genre Hippotherium. ce Quoi qu'il en soit, ce bassin de mammifère fossile, découvert dans les brè- ches de Châtillon , qui n'a certainement pas appartenu à un ours, ou à tout autre carnassier, mais bien à un ruminant ou a un pachyderme, enrichit d'une nou- velle espèce la population de ces brèches. » Expériences sur l'électricité de la Torpille , par M. Matteucci , extraites d'une lettre adressée à M. Donné. a 1° On obtient la décharge de la Torpille, quoique la peau de l'organe ait été enlevée et même des tranches de la substance de l'appareil électrique aient été coupées. ce 2° Quand la Torpille r.e se décharge pas, il est impossible d'obtenir dans l'intérieur de l'organe, en quelque point que ce soit, la moindre trace d'électri- cité, soit au galvanomètre, soit au condensateur. ce 3° L'intensité de la décharge diminue en réduisant le nombre des filets ner- veux qui vont à l'organe. ce 4° Dans l'acte de la décharge, on trouve le courant électrique dirigé du dos au bas-ventre constamment, et cela soit extérieurement, soit dans l'intérieur même de l'organe, soit en parcourant les nerfs et le cerveau, en allant toujours par les nerfs au bas-ventre. ce 5° Trois grains d'hydrochlorate de morphine introduits dans l'estomac d'une torpille, la tuent en dix minutes ; mais la mort est accompagnée de décharges plus fortes qu'à l'ordinaire et de convulsions. ce 6° Lorsque la torpille a cessé de donner , quoique irritée, la décharge élec- trique, si l'on met son cerveau à découvert, et si l'on touche d'abord légèrement le dernier lobe du cerveau , celui qui donne les nerfs à l'organe , on a des dé- charges (trois ou quatre) plus fortes qu'à l'ordinaire, et qui ont la direction con- stante du dos au bas-ventre. Si au lieu de toucher simplement la surface du cer- veau, on le blesse sans discrétion , alors des décharges très fortes se renouvel- lent, mais sans avoir la même constance dans la direction du courant; j'en ai observé trois dirigées l'une à la suite de l'autre du bas-ventre au dos, et tout cela sans aucune loi apparente. ce Ces faits, et surtout le dernier, poursuit M. Matteucci, suffisent pour dé- montrer que l'électricité de la torpille ne se produit pas dans les organes qu'elle présente de chaque côté du cerveau ; que ce courant reçoit du cerveau la direc- tion, et que l'électricité n'est dans l'appareil que condensée, comme dans unebou- teille de Leyde ou une pile secondaire. ee Je suis loin de regarder l'étude de la torpille comme épuisée; il y a encore Académie des Sciences. a55 trop à faite : mais il me semble digne d'intérêt d'avoir démontré que dans la torpille l'électricité n'est que condensée par les organes. Si nous n'avons pas de traces d'électricité chez les autres animaux, c'est que les organes condensateurs manquent et que l'électricité disparaît continuellement par le plus grand nom- bre des fonctions. » Cette série d'expériences a été faite sur trente-six Torpilles. Séance du 10 octobre. M. de Blainvillc met sous les yeux de l'Académie des lithographies représen- tant le ci âne du Dhwtherium giganleum découvert à Eppelshcin. Séance du il\ octobre. Expériences sur la Torpille, par M. Colladon , de Genève. « Les expériences qui forment le sujet de cette note ont été faites a la Ro- chelle, au mois d'août i83i, eu présence de M. Lebrun, professeur de physique au collège de cette ville ; l'auteur a opéré sur plus de 4o torpilles. a Les premières expériences ont eu pour but de reconnaître la nature de l'électricité fournie par les différons points du corps de l'animal. La manière dont l'électricité se distribue à la surface se trouve, dit l'auteur, exprimée dans les trois propositions suivantes : (C i° Tous les points du dos sont positifs lorsqu'on les met en commu- nication avec un point quelconque du ventre , et que la torpille donne une com- motion. ce 2° Deux points dissymétriques du dos, ou deux points également dissymé- triques du ventre sont presque toujours electrisés différemment et donnent un courant au galvanomètre. La déviation est quelquefois de 3o ou 4o degrés. Le point le plus voisin des organes donne au fil l'électricité positive ou négative selon que l'on opère sur le dos ou sous le ventre. ce 3^ Eu touchant deux poiuts symétriques de la région du dos ou de celle du ventre, on n'a point de déviation au galvanomètre. ce Ces deux derniers résultats , dit M. Colladon , me paraissent avoir échappé jnsqu'ici aux recherches des physiciens. » D'autres expériences sont relatives à la rapidité avec laquelle peuveut se suc- céder les commotions. Le minimum du temps compris entre deux secousses a paru à M. Colladon à- peu -près d'un tiers de seconde. L'expérience suivante est donnée par lui comme exemple de la série de com- motions qu'on peut obtenir d'une torpille lorsqu'elle est légèrement excitée, et qu'elle est tenue dans une position qui ne la gène pas trop. ce Je plaçai, dit-il, sur ma main une petite torpille de onze centimètres de diamètre et avec l'extrémité du pouce je touchai légèrement son dos près du centre d'un des organes ; dans l'espace de deux minutes je reçus 78 commo- tions à-peu -près de même force et à des intervalles régulièrement croissans ; voici en effet comment ces 78 ooups furent répartis : première demi-minute 24, deuxième 23, troisième iy, quatrième i3. ce Dans les 20 secondes suivantes je ne reçus plus que trois faibles secousses, puis il y eut un iutcrvallc de quinze secondes. Je pressai alors plus fortement la torpille avec mon pouce pour l'irriter; elle fit un effort violent, plia son dos >C 1 56 yicadèmie des Sciences. et me lança un cboc si violent que je ne pus la retenir suffisamment, de sorte qu'elle m'échappa de la main et retomba dans le baquet. Reprise presque aussitôt et fortement excitée, elle ne me donna plus de secousses : ce ne fut qu'après plusieurs minutes de repos dans de l'eau tiédie qu'elle recouvra un peu de pou- voir électrique. Je me suis souvent servi ainsi d'eau chaude pour ranimer des torpilles qui étaient tout-à-fait épuisées , et ce moyen m'a toujours paru bien réussir. « J'ai fait plusieurs fois passer le courant d'une torpille fortement excitée à travers le corps d'autres torpilles très fraîches et légèrement essuyées; celles-ci n'en ont point paru affectées. M. J. Davy a constaté de son côté que le courant d'une pile ne paraît pas faire souffrir ceux de ces poissons qui sont interposés dans le courant. L'effet d'une bouteille de Leyde n'a pas encore, je pense, été essayé; le temps m'a manqué pour cette expérience. J'ai répété avec un électromètre à double feuille que j'avais préparé avec beaucoup de soin, l'expérience faite par MM. Gay-Lussac et de Humboldt. J'ai essayé plusieurs torpilles, et je les ai mises séparément, et à diverses fois, en con- tact avec le condensateur de l'électromètre ; pour cela, je les plaçais sur un corps isolant, et je réunissais par un fil de platine la surface supérieure ou inférieure de l'organe 3vcc l'électromètre: je n'ai jamais aperçu, même à la loupe j aucune déviation dans les petites lames de l'appareil. Ce résultat paraît d'abord suffisant pour en conclure que l'électricité accumulée sur la surface intérieure des orga- nes, n'y est qu'à un état de tension trop faible pour que cette tension puisse faire diverger l'électromètre. « Cependant cette conclusion n'est point évidente , parce que l'écartement des feuilles ne dépend pas uniquement du degré de tension, mais aussi du temps pendant lequel la force agit. Les observations de Walsh et d'autres expérimen- tateurs, sur le passage de l'électricité animale à travers une petite couche d'air, semblent indiquer en effet, que le fluide lancé par la torpille possède une ten- sion capable d'agir sur les corps légers, si le temps de l'action était plus pro- longé. « Dans une de mes dernières expériences je voulus voir si une torpille épuisée par plusieurs excitations, donnerait encore des secousses lorsqu'elle serait pro- fondément blessée. Je fis d'abord de fortes incisions dans les parties charnues , sans obtenir de déviations bien sensibles ; mais ayant enfoncé la pointe d'un canif dans le cervelet d'une torpille > ainsi mutilée en tous sens, je vis l'aiguille du galvanomètre pirouetter complètement par l'action d'une violente secousse. Cette expérience , répétée avec une pointe d'ivoire sur une autre torpille, la dernière que j'avais à ma disposition m'a donné des résultats semblables. Cette ex- périence , que j'avais communiquée à quelques personnes, et que j'espérais alors reprendre plus tard, vient d'être faite par M. Matteucci, auquel l'honneur de la publication en appartient ; elle conduira, sans doute, à d'autres résultats aussi intéressans que ceux que M. Matteucci a déjà publiés ; le renversement du courant, qu'il a le premier observé, est surtout un fait d'une haute impor- tance pour les idées théoriques que l'on peut essayer de faire coïncider avec les faits connus. » milne udwards. — Sur les Pagures, i^ Observations zoologiques sur les Pagures et description d'un nouveau genre de la tribu des Paguriens. Par M. H. Milne Edwards. Les Crustacés singuliers qui , pour protéger leur abdomen mou et traînant se logent dans l'intérieur de diverses coquilles turbinées et les transportent partout avec eux, ont depuis long- temps excité la curiosité des naturalistes; ils n'avaient pas échap- pé à l'attention des anciens, et un des premiers anatomistes qui se soit occupé de la structure interne des animaux inférieurs, Swammerdam en a étudié l'organisation. Pendant long-temps cependant les auteurs paraissent avoir confondu les divers ani- maux qui présentent ces caractères généraux ; mais depuis la fin du siècle dernier on les a examinés avec plus de soin, et on a vu qu'il en existait un grand nombre appartenant à des espèces distinctes. Fabricius; qui les sépara des Crabes pour en former sous le nom de Pagures un genre particulier, en mentionne quinze, et depuis lors il n'est presque aucun naturaliste-voya- geur qni n'en ait augmenté le nombre. Aussi ce groupe est-il aujourd'hui un des plus nombreux de la classe des Crustacés, et faute d'avoir été étudié d'une manière assez comparative, il est devenu en même temps un de ceux où la détermination des espèces est la plus difficile. Cette circonstance nous a porté à en entreprendre la révision et nous avons trouvé dans les riches collections du Muséum d'abondans matériaux pour ce travail. Le genre Pagurus de Fabricius, de même que la plupart des autres divisions génériques de ce grand entomologiste, a été sub- divisé par les auteurs récens ; mais il était si naturel que les chan- gemens n'ont porté que sur la distribution en quelque sorte in- térieure des espèces dont il se compose, et que le groupe est resté avec, ses anciennes limites : seulement, au lieu d'être conservé comme genre il a été élevé au rang de tribu. VL Zoot,, — Novembre. *7 258 milne EDWAitDS. — Sur les Pagures. L'auteur du bel ouvrage sur les Crustacés de la Grande-Bre- tagne, Leach, qui vient de mourir en Italie, mais qui depuis long-temps était perdu pour la science, a, le premier, séparé des Pagures proprement dits le Cancer latro dont Rumph avait donné une bonne figure ; il en forma le genre Birgus. A une époque plus récente, Latreille, qui pendant sa longue carrière s'est occupé avec tant de persévérance et de succès du perfec- tionnement des méthodes entomologiques, a signalé dans l'or- ganisation extérieure des autres Pagures des modifications inaperçues jusqu'alors et en a fait la base de nouvelles divisions. Dans l'édition du Règne animal, publiée peu d'années avant sa mort, il sépara des Pagures proprement dits les Cénobites, qui se reconnaissent à leurs longues antennes médianes , et à un ensemble de caractères d'où résulte un faciès particulier ; enfin il établit sous le nom de Prophjlace un autre groupe générique qu'il considéra comme devant également appartenir à la tribu des Paguriens, mais sur la nature duquel il reste encore beau- coup de doute. L'on s'accorde généralement à penser que chez les Pagures proprement dits, aussi bien que chez les Cénobites, l'abdomen ne porte des appendices ovifères ou des fausses pattes que d'un seul côté et que cette partie du corps est tout-à-fait mem- braneuse endessus; M. Desmarest , au contraire, dit que chez la femelle il existe sur l'abdomen des fausses pattes destinées à porter les œufs, et que ces organes sont plus grands d'un côté que de l'autre ; enfin, suivant Latreille, le Birgus aurait deux rangées d'appendices lamelleux sous cette partie du corps. Toutes ces opinions sont plus ou moins inexactes. Chez un grand nombre de Pagures proprement dits, l'abdomen est garni en dessus de lames cornées transversales très développées et d'une consistance assez grande ; et lors même que ces plaques sont réduites à un état rudimentaire, elles sont presque toujours assez distinctes pour marquer les sept anneaux dont cette partie du corps se compose. Les deux derniers anneaux sont toujours très solides , et ce sont les membres du pénultième segment qui servent à l'animal pour se fixer dans sa demeure et la traîner après lui; l'espèce de queue ainsi formée est toujours séparée MILNF. EDWARDS. — Sllï les Pagures. ity de l'antépénultième anneau par un espace membraneux très considérable^ et chez, les Birgus, aussi bien que chez les Pagines proprement dits et les Cénobites, elle existe et manque tout-à- fait de symétrie (i). Le genre nouveau que j'ai établi sous le nom de Cancelle est la seule division de cette tribu où cette portion terminale de l'abdomen soit symétrique (2). Chez les femelles on trouve fixés aux quatre lames cornées qui représentent les quatre anneaux abdominaux compris entre le premier segment et le sixième, quatre membres qui occupent le côté gauche de l'animal et qui servent à porter les œufs; ces fausses pattes sont souvent assez grandes , et quelquefois il en existe une semblable du côté droit , mais on n'en trouve jamais deux ran- gées , même chez les Birgus. Chez le mâle ces organes man- quent quelquefois complètement (chez les Cancelles et les Bir- gus); en général on en trouve trois du côté gauche de l'abdomen et chez certains Pagures proprement dits il en existe à droite aussi bien qu'à gauche. Chez ces derniers, on trouve immédiatement en arrière des pattes thoraciques postérieures une paire de pe* tits appendices insérés près de la ligne médiane sur une pièce cor- née qui représente le premier anneau de l'abdomen (3) ; ils sont formés chacun d'un article basilaire et d'une lame terminale con- tournée eu gouttière d'une manière qui rappelle ce qui existe chez les Décapodes brachyures et chez plusieurs Anomoures cancériformes dont nous avons formé la famille des Aptéru- res (4). La plaque cornée qui représente le second anneau de l'abdomen porte aussi une paire d'appendices symétriques qui sont beaucoup plus allongés et s'insèrent beaucoup plus en de- hors, mais qui, dans la position ordinaire, sontreployés en avant et en dedans, de manière à se loger entre ceux de la première paire. Les trois segmens suivans portent chacun un seul appen- dice semblable à ceux de la seconde paire, et il est à noter que chez les Pagures où le nombre total de ces appendices n'est que (t) Voyez la nouvelle édition du Règne animal ; Crustacés , pi. 43 ©t 44- (a) PI. i«,fig. i3. (3) PI. i4,ûg. !<•. (4) tfist. nat, des Crustacés , t, a , p. 168. aGo milne edwards. -— Sur les Pagures. de trois , ce sont ces derniers qui existent tandis que ceux du second anneau ne sont représentés que par un faisceau de poils et que ceux du premier anneau ont complètement disparu. Chez les Pagures proprement dits et les Cénobites l'abdomen, comme on le sait, est contourné sur lui-même, tandis que chez les Birgus il ne présente rien de semblable et ne cesse d'être symétrique qu'à son extrémité postérieure, qui est d'ordinaire cachée sous les grandes plaques des anneaux précédens ; dans notre genre Cancelle au contraire, l'abdomen quoique mou, est parfaitement symétrique dans toute sa longueur, (i) La structure de la Carapace est très remarquable chez tous ces Crustacés. Ce bouclier est divisé en plusieurs portions par des lignes plus ou moins membraneuses et un de ces sillons di- rigé transversalement le sépare en deux moitiés dont l'antérieure constitue la région stomacale et se confond sur les côtés avec les régions hépatiques qui sont très petites, et en occupent les angles postérieurs; la moitié postérieure est divisée longitudina- lement en trois portions, dont la médiane constitue les régions cordiale et intestinale, et les deux latérales les régions bran- chiales; enfin celles-ci sont à leur tour séparées par une ligne semblable des portions latérales de la carapace qui descendent vers la base des pattes. Au milieu de toutes ces divisions il est bien difficile de retrouver les analogues des pièces élémentaires de la carapace des Décapodes ordinaires; mais il nous semble cependant que la pièce stomacale et îa pièce médio-postérieure, dont la consistance est toujours beaucoup plus grande que celle des parties latérales, représentent la portion tergale de ce bou- clier et que les pièces de la région branchiale en représentent la portion épimérienne. L'anneau ophthalmique est quelquefois caché en dessus par un petit prolongement rostriforme de la carapace, mais il est tou- jours libre et porte en dessus de chaque côté, un petit prolon- gementsquamiforme ; les pédoncules oculaires, dirigés en avant, ne sont pas rétractiles, et s'insèrent directement au dessus des (i) PI, 14, C5. 3". ïULNE EDWARDS. — ' Sur les Pagures. 26 1 antennes internes. Ces derniers organes présentent des dimen- sions très variables, mais toujours leur article basilaire est petit ou allongé, et ils se terminent par deux filets multi-articulés, courts ou de longueur médiocre. Les antennes externes s'insè- rent en dehors des internes, sur les côtés des pédoncules ocu- laires; leur deuxième article porte en dessus une pièce spini- forme qui est ordinairement mobile (i); elle est l'analogue de la grande lame qui recouvre la base de cesorganes chez les Salicoques et nous paraît être représentée par la portion mitoyenne du mem- bre qui aux appendices buccaux et aux pattes porte le nom de palpe. Les pattes-mâchoires externes sont pédiformes et les au- tres parties de l'appareil buccal ne présentent aucun caractère important. Le sternum est presque linéaire en avant, et ne s'élargit qu'un peu postérieurement ; en général, les deux derniers anneaux du thorax sont tout-à-fait libres et mobiles; le dernier dépasse même la carapace , et est complété en dessus par une pièce cornée tergale. Les pattes antérieures, comme on le sait, sont grandes et presque toujours de dimensions inégales ; elles se terminent par une grosse main dont les pinces sont courtes et très fortes. Les pattes des deux paires suivantes sont très gran- des ; celles de la quatrième paire sont au contraire courtes, re- levées au dessus des autres, et terminées par une main presque toujours didactyle ; celles de la cinquième paire sont également courtes , relevées sur les côtés du corps et terminées par une pince plus ou moins bien formée. Dans l'état actuel de la science, la tribu des Paguriens ne nous paraît devoir se composer que des genres Pagure proprement dit, Cancelle et Birgus. Le genre Prophylace de Latreille, que l'on ne connaît encore que très imparfaitement, paraît ne dif- férer que fort peu de notre genre Glaucothoé ou même ne pas devoir en être séparé (a), et dès-lors il nous paraîtrait plus na- (0 Pl.l4,fi g . a. (a) M. Latreille ne connaissait lui-même que très imparfaitement le petit Crustacé d'après le- quel il a établi son genre Prophylace, et parait l'avoir perdu avant la publication de sou travail ; car , ,i vaut été chargé par l'Académie des Science» de faire à cette Société savante un rapport T.6'2 , MILNE EDWARDS. St(T les PclglirCS. turel de le ranger dans la section des Macroures, à côté des Cal- lianasses et des Gébies. En adoptant ces limites pour la tribu des Paguriens on peut caractériser de la manière suivante ce groupe et les quatre genres dont il se compose. Tribu des Paguriens. Crustacés Décapodes anomoures, de la famille des Ptérygures, ayant les appendices terminaux de l'abdomen épais et non la- melleux ; le plastron sternal presque linéaire ; les pattes anté- rieures didactyles et celles des deux dernières paires très courtes et terminées par une petite pince plus ou moins parfaite. Genre Pagure proprement dit (Pagurus). — Abdomen pres- que entièrement membraneux, contourné sur lui-même, et portant à son extrémité (sur le pénultième segment) une paire d'appendices non symétriques. Antennes in- ternes courtes , ne dépassant que de peu le pédoncule des antennes externes et terminées par deux tigelles très courtes. Genre Cancelle (Cancellus). — Abdomen mou, peu contourné sur lui-même et portant à son extrémité une paire d'ap- pendices symétriques. Antennes internes comme dans le genre précédent. Genre" Cénobite {Cénobites). — Abdomen mou, contourné sur lui-même et terminé par des appendices non symé- triques. Antennes internes très longues; leur deuxième »ur le mémoire dans lequel j'ai établi le genre Glaucolhoé,il a examiné ce dernier , el, bien que ses caractères ne fussent pas en accord avec ceux assignés aux Propîvyllaces , il a pensé qu'on ne devait pas les séparer ( voy. Ann. des Se. nat. , t. 19 p. 33}). Cependant il n'a pu vé- rifier l'exactitude de cette opinion dans son dernier ouvrage publié en i83i, il ne décide pas la question ( voyez son Cours d'Entomologie , p 373 ). En attendant qu'on ait observé de nou- veau un Crustacé ayant une grande ressemblance avec nos Glaucothoés et appartenant néan- moins à la tribu des Paguriens, je crois par conséquent qn'il est inutile de s'en occuper, et de charger la classification de divisions dont les caractères ne peuvent être que fort douteux ; jusqu'à ce que le contraire ait été démontré , je regarderai donc les Prophylaces comme iden- tiques avec les Glaucothoés. milne kdwards. f — Sur les Pagures. a63 article dépassant de beaucoup le pédoncule des antennes internes et terminé par deux tigelles dont l'une est assez longue. Genre Birgus {Birgus). — Abdomen non contourné sur lui- même et presque entièrement solide en dessus. Antennes internes comme chez les Cénobites. DES PAGURES. Les Pagures proprement dits se ressemblent beaucoup entre eux, tant par le port que par les détails de leur organisation, et par leurs mœurs. La portion céphalothoracique de leur corps est moins longue que la portion abdominale d); leur carapace est presque aussi large en avant qu'en arrière, et ne se pro- longe latéralement que peu ou point au dessus de la base des pattes, comme cela a lieu chez les Birgus et les Cénobites(a); en arrière elle est fortement échancrée; au milieu, et en avant elle est tronquée ou armée seulement d'un petit rostre rudimen- taire. La portion basilaire des pédoncules oculaires est à décou- vert; la longueur de ces tiges varie beaucoup suivant les espè- ces, mais elles sont toujours plus ou moins cylindriques, et ne sont jamais comprimées comme chez les Cénobites. L'anneau qui porte ces organes est quelquefois armé au-dessus d'une petite lame^ médiane qui simule un rostre , mais qui n'est pas uni à la carapace (3). Les antennes internes sont placées direc- tement au dessous de ces pédoncules ; leur premier article est renflé et presque globulaire ; les deux suivans sont minces et cylindriques , et ne dépassent que de peu soit la partie pédon- culaire des antennes externes, soit les yeux; enfin les tigelles terminales de ces organes sont très courtes , et ont la même forme que chez les Brachyures , tandis que chez les Birgus et (i) PI. i3, Gg. r,et pi. i4. (a) Règne animal; Crustacés, pi. 43,fig. i et 44,Jfig. I. (3) PI. i4,fig. a. 264 aiiLJNE EDWAiiDS. — . Sur les Pagures. les Cénobites leur forme est différente. Les antennes externes sont insérées sur la même ligne que les pédoncules oculaires; l'épine mobile qui représente le palpe est très grosse et souvent fort longue ; le dernier article de leur pédoncule est grêle et cylindrique; enfin, elles se terminent par un filet multi-articulé en général très long. Les pattes-mâchoires externes sont de grandeur médiocre ; leur tige est pédiforme , et leur palpe très développé. Les pattes antérieures sont en général très inégales, et l'une des mains est très renflée. Les pattes de la quatrième paire sont très courtes, et leur pénultième article , garni en dessus d'une plaque ovalaire verruqueuse, est en général très large, et prolongé en dessus de l'article suivant 9 de manière à constituer avec celui-ci une petite pince didactyle. Les pattes de la cinquième paire sont plus longues , plus grêles et plus recourbées en haut ; elles présentent aussi vers le bout une plaque granuleuse, et se terminent par une pince didactyle plus ou moins bien formée. L'abdomen est grand, membraneux et contourné sur lui-même du côté droit ; les plaques qui en garnissent la face dorsale sont en général à-peu-près symé- triques , mais très minces et très éloignées entre elles. Quel- quefois il existe à la base de l'abdomen une paire de fausses pattes rudimentaires chez la femelle, et deux paires d'appendices plus développés chez le mâle (i) ; mais en général le premier segment n'en porte pas, et le second, de même que les trois seg- mens suivans, n'en portent qu'un seul placé du côté gauche, et fixé au bord de la plaque dorsale (2) ; du reste, ces appendices sont toujours petits, et terminés par une, deux ou même trois lamel- les ciliées sur les bords, qui, chez la femelle , acquièrent des dimensions assez considérables, et servent à l'insertion des œufs. Les appendices du pénultième anneau de l'abdomen se compo- sent chacun d'un article basilaire, court et gros, portant deux autres pièces , courtes et crochues, insérées l'une à son bord inférieur, l'autre à son extrémité, et garnies chacune en dessus (1) PI. 14, fig.x«. (2) Pi. i3, fig. 3, etc. milne edwards. — Sur les Pagures. a65 d'une plaque verruqueuse , semblable à celle que nous avons déjà vue sur les pattes postérieures ; ces deux fausses pattes cau- dales n'ont pas exactement la même forme, et sont de grandeur très inégale, celle du côté droit étaut beaucoup plus petite que l'autre. Enfin la plaque médiane qui représente le dernier an- neau de l'abdomen est presque toujours beaucoup plus grande d'un côté que de l'autre, et semble composée de plusieurs pièces. Ce genre peut être divisé en trois groupes ou sous-genres naturels , savoir : i° Les Pagures ordinaires qui n'ont sur les cinq premiers anneaux de l'abdomen qu'une seule rangée d'appendices tou- jours placée à gauche et qui n'ont pas d'épine rostriforme sur l'anneau ophtlalmique. 2° Les Pagures appendiculés qui ressemblent aux précédens par l'absence d'une épine rostriforme sur l'anneau ophthalmi- que, mais qui ont à la base de l'abdomen, chez le mâle, deux paires de fausses pattes. 3° Les Pagures armés qui se distinguent par l'épine rostri- forme qui naît du milieu de l'anneau ophthalmique et s'avance entre les pédoncules oculaires. Pour faciliter la distinction des espèces, nous en avons disposé les principaux caractères sous la forme d'une table synoptique; mais en présentant ce tableau, nous croyons devoir rappeler ce que nous avons déjà dit ailleurs de l'emploi de ces moyens analy- tiques ; ils sont d'un usage très commode pour écarter de la com- paraison avec l'animal à déterminer un grand nombre d'espèces, mais pour constater son identité spécifique avec celle à laquelle elle paraît se rapporter d'après les caractères indiqués dans ces tableaux, il ne suffit pas d'avoir reconnu l'existence de ces mê- mes caractères, il faut nécessairement comparer l'ensemble de l'organisation extérieure. Si l'on se servait uniquement de ta- bleaux semblables et qu'on vînt à rencontrer une espèce qui ne s'y trouve pas mentionnée, il serait impossible d'acquérir sur les affinités naturelles des idées exactes : car les caractères sur les- n6G milne edwards. >— Sur les Pagures. quels reposent les diverses coupes successiyes n'étant pas dans des rapports de subordination naturelle, n'entraînent pas dans toutes les espèces qui les présentent un mode de conformation analogue. Cette méthode est par conséquent tout-à-fait artifi- cielle ; mais en l'employant dans de justes limites, elle est sans inconvéniens et facilite considérablement l'étude. Il est aussi à noter que dans ce tableau nous n'avons fait mention que des espèces assez bien connues pour être déterminées avec quelque certitude, et que nous avons évité de faire usage des caractères fournis par la disposition des appendices de la base de l'abdo- men à cause de la difficulté que présente en général l'examen de cette partie du corps chez les Pagures , tels qu'on les voit d'ordinaire dans les collections zoologiques , où ces animaux sont presque toujours déformés par la dessiccation. I. Sous-genre. PAGURES ORDINAIRES. Cette division comprend, comme nous l'avons déjà dit, les espèces dont l'anneau ophthalmique n'est pas garni en dessus d'un appendice rostriforme , et dont l'abdomen ne présente pas à sa base des appendices pairs. A. Espèces dont les pédoncules oculaires sont gros et plus courts que la portion basilaire des antennes externesm a. Palpé spiniforme des antennes externes dépassant l'extrémité des pédoncules oculaires. i. Pagure Bernard. Pagurus Bernardus. (i) Bord antérieur de la carapace assez profondément échancré au-dessus de la base de? pédoncules oculaires , et présentant sur la ligne médiane un angle sail- (i) Cancellus, Swammerdam, Biblia nat. tab. xr. Bemhard Thermie ? Rcaumur, AcadJmie des Sciences,! 710, p. 4^4, pi. io, fig; 19 et 20. milne Edwards. — Sur les Pagures. 2G7 lant qui simule un petit rostre obtus. Pédoncules oculaires gros, conrts, de même longueur nue la portion du front que recouvre leur base, et renfles au bout; an espace vide entre les deux articles basilaires de ces pédoncules, qui sont armés d'une dent large, aplatie et presque ovalairc, ou plutôt lancéolée. Troisième article des antennes internes dépassant à peine la portion basilairc des antennes externes; celles-ci ayant leur second article aimé a son angle ex- terne d'une dent très aiguë, et portant sur le milieu de son bord supérieur le palpe spinjforrac qui est très long (au moins aussi long quô l'article terminal des pédoncules oculaires), grêle des sa base, et recourbé en dessous, puis en avant, un peu en forme de S (1 ). Pattes antérieures grosses et hérissées de tubercules isolés, inégaux et plus ou moins spiniformes , celle de droite beaucoup plus grosse que celle de gauche; le carpe presque aussi long que la portion palmaire de la main, qui est renflée en dessus; grosses pinces très obtuses et sans ongle ter- minal distinct. Les pattes des deuxième et troisième paires épineuses et tuber- culeuses en dessus ; leur dernier article très gros , comprimé , tordu sur lui- même , et s' élargissant un peu vers l'extrémité, qui ensuite se rétrécit brus- quement en pointe. Les pattes de la troisième paire séparées à leur base par un petit plastron sternal presque carré. Mains des pattes postérieures très courtes, et terminées par une pince très aplatie et excessivement courte. Abdomen ne présentant dans sa partie membraneuse que des plaques latérales. Chez la fe- melle, quatre fausses pattes ovirercs, formées par un article basilaire cylindrique et allonge, et deux branches terminales ïamclleuses. La quatrième fausse patte est beaucoup plus petite que les autres, et sa branche externe est rudimen- tairc. Chez le mâle , trois fausses pattes composées également d'un article cylin- drique et de deux pinces terminales , dont une lamelleuse ctassez grande ; l'autre rudimentaire ; point -d'appendices semblables à droite; une cchancrure semi-lu- naire au bord postérieur de la lame terminale de l'abdomen. Taille ordinaire, environ 5 pouces ( depuis le front jusqu'à l'extrémité de l'abdomen), mais peut devenir plus grande. Habite nos côtés de l'ouest, la Manche , et plus au nord jusqu'en Islande. (Collection du Muséum.) Cancer Bernhardtts, Lin. Syst. nat. et Mus. Lud. Ulr., p. 4^4., etc. — Herbst. t. 11. p. 14. pi. aa. fig. 6. Bernhard l'Herniite , Degéer, Mém. sur les Insectes, t. vu. p. 4o5.pl. a3. fig. 5. Pagurus Bernhardus, Fabricius , Supplém. Entoin. System, p. 411. — Olivier, Encyclop. méthod. , Insectes , t. vnr, p. 641. — Latreille, Gênera crustaceorum et insectorum , t. i, p. 46. Hist. des Crust. t. \i } p. 160. — Laœarck, Hist. des anim. sans vertèbr. t. v, p. aao. Pagurus streblonyx, Leacb, Malac. Bnl. pi. a6. fig. 1-4. — Latreille, Encyclop. pi. 309, fig. 3-6 (d'après Leach.) Pagurus Bernhardus, Desmarets, Consid. sur les Crust. 1 73. pi. 3o. fig, a. (1) Voyez les planches déjà citées du Règne animal, pi. 44, fig. a et a a . a68 milne EDWARDS. — • Sur les Pagures. 2. Pagure dePrideaux. — Pagurus Pridauxii. (1) Cette espèce ne diffère que fort peu de la précédente , dont elle lie se distin- gue guère que parce que la main est plus allongée et moins épineuse : les tarses des pâlies de la troisième et de la quatrième paires sont plus grêles ; canne- lés latéralement j pas sensiblement tordus ., et s' amincissant très graduelle- ment vers le bout, et le pénultième article de ces membres est à peine dentelé sur son bord supérieur. L'abdomen (du mâle, sinon des deux sexes) est garni en dessus de cinq grandes bandes cornées transversales. Longueur , environ 3 pouces. Habite les côtes de la Manche et de la Méditerranée. (Col. du Mus.) S. Pagube anguleux. — Pagurus angulatus. (2) Celte espèce se distingue du Pagure Bernhard, auquel elle ressemble du reste extrêmement par la forme des mains, dont la face externe présente trois grosses crêtes longitudinales (une médiane et deux marginales) , hérissées de tubercules et séparées par des gouttières profondes et presque lisses. Les larses des pattes de la deuxième et troisième paires s'amincissent graduellement et ne sont pas tordus sur eux-mêmes et le pénultième est fortement dentelé sur le bord. Enfin l'abdomen du mâle est pourvu de quatre fausses pattes sem- blables à celles du P. Bernhard. Longueur, environ 3 pouces. — Habite la Méditerra née. (C. M.) Le Pagure CRArNTiF (3) de Roux ne paraît être qu'une variété de l'espèce précédente ; on le trouve dans les mêmes mers. (1) Leach, Malac. Brit. pi. 26. fig. S, 6. — L Mireille, Encyclop. pi. 3og. fig. i (d'après Leach.) P. solitarius, Risso, Hist. nat. de l'Eur. mérid. t. v. p. 40. P. Pràfaimï, Desmarets, Consid. sur les Crustacés, p. 173. P. solitarius, Roux, Crustacés de la Méditerranée , pi. 36. (a) Risso, Crustacés de Nice, pi. 1. fig. S. Desmarets, Consid. sur les Crustacés, p. 173. . Roux, Crust. de la Médit, pi. 41. (3) Pagurus meticulosus, Roux, Crust. de la Méditerranée, pi. 42. milnè f.dwards. — Sur les Pagures. 269 4. Pagure de Gaudichaud. — Pagurus Gaudichaudii. Conformation des yeux et des antennes à-peu-près la même que chez le P. fiernhard. Pattes antérieures très grosses, poilues et hérissées en dessus d'une multitude de grosses épines acérées , noires à la pointe et isolées; carpe, main et doigts longs. Pattes des deux paires suivantes épineuses sur le bord supérieur, un peu comprimées et terminées par un tarse gros et cylindrique. Main des pattes postérieures très courtes; abdomen du mâle garni de plaques cornées, dis- posées par paires éloignées de la ligue médiane, et ne portant qu'une seule fausse patte filiforme , fixée à la dernière de ces plaques du côté gauche. Par son aspect cettee spèce ressemble beaucoup au Pagure rusé. Longueur, 5 pouces. Habite la côte de Valparaiso. (C. M.) 5. Pagure a crête. — Pagurus cristatus. Dent médiane du bord antérieur de la carapace un peu plus saillante que chez le P. Bernhard, et pédoncules oculaires moins gros. Pattes antérieures granu- leuses ou légèrement épineuses; bords supérieur et inférieur du carpe minces et en forme de crête dentelée. Mains un peu comprimées et garnies d'une ou deux crêtes longitudinales, minces , saillantes , plus ou moins dentelées, et dis- posées d'une manière un peu différente des deux côtés du corps et dans les deux sexes. Pattes suivantes minces, comprimées et dentelées finement sur leur bord su- périeur ; tarse long, courbe et comprimé , mais pas tordu. Trois fausses pattes pe- tites et à deux lamelles terminales, fixées à l'abdomen; à peine quelques poils sur les pattes. Longueur, 18 lignes. Trouvée à la Nouvelle-Zélande, par MM. Quoy et Gaymard. (G. M.) Le Pagurus pollicaris de Say (1) paraît appartenir à cette subdivision. Mais nous n'osons l'affirmer car ce naturaliste ne dit rien de la disposition des fausses pattes de l'abdomen; parmi les caractères qu'il indique les suivans nous semblent les plus importans. Appendice des antennes extrêmes aussi long que les yeux; mais inégales, la grosse situé à droite, couverte de granulations assez fortes, garnies en dessous d'une crête denti- culée et ayant le pouce élevé au point d'être anguleux. Habite les côtes des Etats-Unis d'Amérique. (1) Account of the Crustacea of ihc Uniled-Slates; Jour; of the acad. of science of Philadel- plùa, vol. 1, p. iC3. 270 milne epwards. — Sur les Pagures. a a. Palpe spiniforme des antennes externes dépassé par les pédoncules oculaires. 6. Pagure strié. — Pagurus striatus (3). Angle médian du bord antérieur de la carapace à peine marqué. Pédoncules oculaires gros, sans renflement notable au milieu, et beaucoup plus longs que la portion échancrce du front qui recouvre leur base ; leur pièce basilaire termi- née en dedans par un bord droit assez éloigné de celui du côté opposé > et se prolongeant sous la forme d'une dent courte, large, plate, et épineux sur le bord externe qui est courbe. Troisième article des antennes internes dé- passant de beaucoup la portion basilaire des antennes externes. Palpe spi- niforme de celles-ci gros à sa base, presque de la longueur de l'article terminal du pédoncule oculaire , et très épineux en dessus. Pattes antérieures très'grosses , surtout du côté gauche, et couvertes presque partout de lignes transversales j courbes, tuberculeuses , et garnies de petits poils assez serrés ; sur la partie supérieure du membre, plusieurs des tubercules de ces lignes squammiformes acquièrent des dimensions assez grandes pour devenir de grosses épines poin- tues; le carpe est court; la portion palmaire de la main longue et les pinces très courtes., très obtuses , et terminées par un ongle noirâtre bien distinct; les pattes de la deuxième et de la troisième paires sont presque cylindriques, et garnies de petites crêtes squammiformes comme les antérieures. La portion du sternum qui les sépare à leur base est presque linéaire. La main des pattes postérieures est très longue, et les doigts sont presque cylindriques et assez longs. Enfin l'abdo- men du mâle présente dans sa portion membraneuse cinq plaques cornées, transversales, dont la première est fort petite, et dont les quatre dernières por- tent chacune à gauche une fausse patte terminée par une seule lame ovalaire. Les trois premières fausses pattes ovifères de la femelle sont terminées par trois grandes lamelles ciliées. Pince terminale de l'abdomen divisée postérieurement (1) Cancer arrosor, Herbst, t. ir, p. 170. pi. 43, fig. x. P. strigosus, Bosc, Hist. des Crust. 1. 11, p. 77. Pagurus striatus, Latr. Hist. nat. des Crust. t. vi. p. i63. — Olivier, Encyc. t. vm. p. G 4 3. P. incisus, Lamarck, Hist. nat. des aniui. sans vertèbres, t. v. p. 220. — Latreille, Encyclop. pi. 3 10. P. striatus, Risse-, Crust. de Nice , p. 54. — Desmarest,' Consid. sur les Crust. p. 178. jj — Roux, Crust. de la Méditerranée, pi. 10. Le Pagure figuré par M. Savigny dans le grand ouvrage sur l'Egypte (Ciust. pi. 9> fig* me paraît cire un jeune individu de cet!e_espèce, milni: edwards. — Sur les Pagures. 271 en deux lobes inégaux et arrondis, Couleur, rouge raclé de jaune. Longueur du corps, 7 h. 8 pouces. Habite la Méditerranée. 7. Pagure rusé, — P'agurus callicius. (1) Espèce très voisine du P. strié, donv elle se distingue par les nombreuses dents spiniformes , dont toute la face supérieure des mains est hérissée. Lcj pattes suivantes présentent aussi , au lieu de crêtes tuberculeuses squammi- formes, de petites rangées d'épines pourvues chacune d'une tourte de poils. Les fausses pattes abdominales du mâle presentent'une seconde lamelle terminale ru- dimentairc, et sont portées sur quatre grandes plaques transversales. Un peu moins grande que l'espèce précédente. Habite la Méditerranée. (C. M.) 8. Pagure peint. -- Pagurus pictus. Angle médian du bord antérieur de la carapace arrondi, mais assez saillant. Pédoncules oculaires presque aussi longs que le pédoncule des antennes exter- nes , dépassant à peiuc le palpe spiniforme de ces appendices, et à-peu-pres de la longueur du bord antérieur du test. Cornée des yeux, à peine échaucrée au bord supérieur. Pattes antérieures longues, mimes j d'inégale grandeur _, et un peu poilues ; une rangée de dents aiguës sur le bord supérieur du carpe, mains un peu courbées en dedans. Pattes suivantes grêles , peu poilues , et armées sur le bord inférieur du tarse d'une rangée de grosses épines. Abdomen de la femelle présentant sur sa face inférieure , près de la base , deux renflemens py- ramidaux, mous, et garni sur le côté gauche de quatre appendices ovifères,dont les trois premiers grands et terminés par deux lames ; appendices abdominaux du mâie petits et simples. Longueur 1 pouce ; couleur jaune-rougcàtre , avec des taches rouges linéaires et longitudinales. Habite les côtes de la Provence. (C. M.) 9. Pagure timide. — Pdgurus tiniidus. (2) Cette petite espèce paraît être très voisine de la précédente, mais s'en distin- gue par la forme des pattes antérieures; la main est très courte , et le carpe pré- sente au-dessous un prolongement eu forme de grande deut j les pattes suivautes (1) Roux, Oust, delà Méditerranée, pi. i5. "' (a) Roux, Crust, de la Méditerranée, pi, a4 f û$, 6-9. 272 milne edwards. — Sur les Pagures. sont grêles, et leur dernier article est moins long que le précédent. Longueur, environ un pouce. Habite la Méditerranée. 10. Pagure tbnaiixïj — Pagurus forceps. Dent rostriforme, large et avancée; pédoncules oculaires presque aussi longs que la portion basilaire des antennes externes. Pattes antérieures très inégales et finement granulées; celle du côlé droit très grande, ayant le carpe beaucoup plus grand que la main , et armée de deux fortes crêtes , l'une supérieure , l'autre inférieure; enfin ayant la main comprimée et les pinces pointues; celle du côté. gauche terminée par une main dont la portion palmaire est extrême- ment courte, et dont les doigts sont grêles j longs et pointus ; le doigt mobile presque filiforme et droit, ou même recourbé en S. Pattes suivantes compri- mées, grêles et non poilues. Fausses pattes abdominales du mâle petites et sim- ples. Longueur, 10 lignes. Couleur rougeâtre violacée avec les pattes annelées. Habite les côtes du Chili. (C. M.) B. Pédoncules oculaires dépassant la portion basilaire des antennes ex~ ternes. b. Point de prolongement rostriforme sur le bord antérieur de la ca- rapace. 1 1 . Pagure difforme. — P. deformis. (PI. 14, fig.a.) Pédoncules oculaires très gros et courts , quoiqu'un peu plus longs que la por- tion basilaire des antennes externes ; beaucoup moins longs que le bord anté- rieur de la carapace ; cornée grande et occupant la moitié de la longueur de l'article terminal des pédoncules oculaires. Pattes antérieures courtes et gros- ses, surtout du côté gauche, lisses en dehors et épineuses en dessus ; une crête den- telée sur le bord supérieur du doigt mobile de celle du côté gauche. Pattes suivantes lisses et peu poilues ; celles du côlé gauche garnies en dehors d'une crête saillante qui s'étend sur les deux derniers articles, et qui sur la troisième pâte esttrès forte et finement dentelée; rien de semblable du côté opposé. Abdomen garni de qua- tre grandes plaques transversales , portant chacune une fausse patte ovifère,dont les trois premières [ sont grandes, et terminées par trois lames allongées et ciliées chez la femelle. Chez le mâle tous ces appendices sent petits , et terminés par une seule lame. Longueur, 5 pouces. Habite les côtes de l'Ile-de-France et des îles Séchelles, (C. M.) milwe edwards. — Sur les Pagures. 27 3 îa. Pagure pointillé. — P. punctulatus. (1) Pédoncules oculaires gros, cylindriques et assez longs, mais ne dépassant que de fort peu le pédoncule des antennes externes, moins longs que le pédoncule des antennes internes, et beaucoup moins longs que le bord antérieur de la ca- rapace ; cornée petite j n'occupant pas le quart de la longueur du pédoncule et échanerce comme d'ordinaire pour recevoir un prolongement de la portion opaque du pédoncule. Palpes spiniformes des antennes externes petits. Pattes antérieures renflées , très inégales ( la gauche fort grosse) , et couvertes de grosses épines acérées, garnies à leur base de faisceaux de poils longs et raides Pattes des deux paires suivantes presque cylindriques, et garnies d'une multi- tude de faisceaux de poils raides, à la base de chacun desquels on voit deux épi- nes acérées plus ou moins longues. Abdomen garni de quatre larges plaques trans- versales et de quatre fausses pattes qui , chez le mâle , sont simples et très pe- tites, et qui, chez la femelle, sont, à l'exception de la dernière, grosses et pourvues de trois lames très développées. Couleur générale, rouge-orangée, avec des taches ocellées, blanches , bordées de brun ou de noir, qui sur les mains sont, pour la plupart, situées sur les épines; poils roux et très raides ; chez la femelle les plaques abdominales sont colorées comme le reste du corps. Quelquefois ces taches disparaissent presque entièrement. Longueur, 4 ou 5 pouces. Habite l'Océan Indien. (C. M.) i3. Pacube MoucnETÉ. — ■ Pagurus guttatus. (2) Pédoncules oculaires médiocres , beaucoup moins longs que le bord antérieur de la carapace , mais dépassant le pédoncule des antennes internes ; cornée pe- tite , et n'occupant qu'environ le cinquième de la longueur du pédoncule. Palpe spiniforme des antennes externes très petit. Portion antérieure de la ca- rapace très déprimée , polie et marquée de plusieurs sillons linéaires , dont les médians circonscrivent une espèce d'écusson , mieux marqué que dans le P. poin- tillé, mais de même forme. Pattes antérieures petites (la gauche un peu plus grosse que la droite), poilues, et un peu épineuses sur le bord supérieur. Celles des deux paires suivantes courtes , grosses, cylindriques , peu poilues (1) Olivier, Encyclop. Méth. t. vin, p. 64t. Desmarest, op. cit. p. 178. Quoy et Gayraard. Voy. de VUrante, p. 5ao. pî. 78. fig. «; (a) Pagurus guttatus, Olivier, Encyclop. t. vin, p. 640. — Quoy et Gaymard. Voy. de YUranie, pi. 79. iig. 3. — Dict. classique d'iiist. nal. pi. 64, fig. 2. VI. ZoOfc. — Xovcmbrt. 13 274 milne edwards. — Sur les Pagures, et à peine épineuses, si ce n'est au bord externe de leur troisième article. Ster- num chez la femelle très large , surtout entre les pattes de la troisième et qua- trième paires , où sa largeur égale la longueur du bord antérieur de la carapace. Abdomen garni de grandes plaques transversales, qui, en avant., se touchent pres- que. Fausses pattes ovifèresde la femelle grandes et à trois lames terminales ; enfin un appendice mou, en forme de corne, et de grandeur très variable à la partie latérale et inférieure de l'abdomen de la femelle , un peu en arrière de la troi- sième fausse patte. Couleur du corps blanc-jaunalre ; pattes rouges avec des points jaunes , et sur la face supérieure du quatrième article de celle des trois pre- mières paires, une grande tache circulaire qui paraît être bleuâtre dans le vivant, mais devient blanchâtre après la mort. Longueur, environ 3 pouces. Habite l'Océan indien ( C. M. ) Le Pagure sanguinolent (i) de MM. Quoy et Gaymard, déposé par ces na- turalistes dans la collection du Muséum, ne me paraît cire qu'une simple va- riété de l'espèce précédente. II est cependant à noter que la forme des lobes de la région génitale , qui embrassent l'extrémité postérieure de l'espèce d'écusson représenté par la région stomacale, est un peu différente. Ici ils sont beaucoup moins larges, et leur bord extérieur, au lieu d'être échancré vers le milieu , est régulièrement courbe. Du reste il ne paraît différer aussi en rien du Pagurus Hungaruk, figuré par Hcrbst, PI. 23 , fig, 6. (2) i4. Pagure voisin. — Pagurus affinis. Espècejtrès voisine du P. pointillé, mais ayant les pédoncules oculaires ex-* trêmement longs (environ une fois et demie aussi longs que le bord antérieui de la carapace) ; le palpe spiniforme des antennes externes rudimentaire (ne dé « passant pas le pénultième article pédoncuîaire ) ; les pattes de la deuxième et troisième paires à peine poilues, si ce n'est sur le dernier article, et l'abdomen du mâle armé d'un prolongement mou, en forme de corne, un peu en arrière et au-dessous de la troisième fausse patte. Longueur, 3 pouces environ. Habile les côtes de Ceylan. (C. M.) i5. Pagure setifère. — Pagurus setifer. Cette espèce ne diffère que fort peu du Pagure moucheté , mais s'en distin- gue, ainsi que* des espèces précédentes, par la forme de la patte gauche de la troisième paire, qui présente trois crêtes longitudinales, séparées par des sillons (1) "Voyage de VUranie, pi. 70. fig. 2 , et Dict. class. d'Hist. nat. , pi» 6a , fig. 1. (2) Dans le texte de Herbst, cette figure est citée a tort sous le D. 7. fvy** t, u t p, 36, MILICE EDWARDS. — Sur lûS PagUtûS. M| profonds, et dont les deux externes sont marginales et sétifères. Les pattes sont couvertes d'une grande quantité de longs poils fauves. L'abdomen de la femelle est conformé de la même manière que chez le P. déprimé. Longueur, 3 pouces. Couleur, rouge mêlé de jaune. Habite la Nouvelle-Hollande. (C. M.) 16. Pagubb granuleux. — Pagàru8 grajiulaius. (1) Pédoncules oculaires longs et grêles, plus longs que le bord antérieur de la ca- rapace, et dépassant do beaucoup le pédoncule des antennes externes, mais dépassés par le troisième article des antennes externes; cornée transparente très petite et n'occupant qu'environ un sixième de la longueur de l'article terminal du pédoncule. Carapace garnie de petites touffes de poils. Pattes antérieures très grosses, celle de droite un peu plus grande que l'autre, et toutes deux armées en dessus d'une rangée de fortes épines, et couvertes dans tout le reste de leur étendue de tubercules , dont la base est entourée en avant d'une rangée de poils très courts et très serrés qui décrivent des demi- cercle s j et par leur réunion simulent la disposition d'écaillés ; sur la main ces tubercules sont formés d'un groupe de granulations plus ou moins grosses et nombreuses, les patt-s des deux paires suivantes sont grosses, presque cylindriques, et couver- tes de crêtes poilues , squammiformes, disposées à-peu-près de même qu'aux pattes antérieures. La pince des pattes des deux dernières paires est bien formée. Sternum assez large entre les pattes de la troisième paire. Abdomen garni de quatre plaques transversales, portant chacune une fausse patte, qui, chez le mâle, se termine par une longue lame ciliée, et qui, chez la femelle, se ter- mine (à l'exception de la dernière) par trois lames ayant à-peu-près la même lar- geur. Longuenr 7 à 8 pouces. Habite les Antilles. (C. M.) hb. Bord antérieur de la carapace armé sur la ligne médiane d' une dent ros- trale, plus ou moins saillante. (1) Canetllus maxlmus Bahamensis. Catesby, Hist. of Carolina, roi. 1. toi». 34. Macao Parra Descripcion de diferentes piezas de Historia natuial, pi. 61. Pagurus granulatus. Olivier. Encyclop. t. vnr. p. fi 40. Lamarck. ilist. des anim. sans vert. t. rï p. aao. 18. 276 milne égards. — Sur les Pagures'. 17. Pagure oCulé. — Pâgurus oculatus. (1) Dent rostriforme à peine marquée. Pédoncules oculaires moins longs que la portion pédonculaire des antennes internes , mais plus longs que le bord anté- rieur de la carapace ; leurs écailles basilaires, petites, courbées, presque ova- laires et rapprochées. Pattes antérieures presque symétriques et médiocres ; la main épineuse et garnie de quelques poils ; les doigts gros, presque cylin- driques, et terminés par un ongle noir ; pattes de la deuxième et de la troisième paires presque cylindriques , garnies de quelques faisceaux de poils courts et rares, et terminées par un tarse styliforme beaucoup plus court que le pénul- tième article. Abdomen du mâle garni de quatre fausses pattes petites et à une seule lamelle terminale. Lame terminale de l'abdomen arrondie au bout. Lon- gueur , 2 pouces. Couleur, rougeâtre ; des lignes longitudinales jaunes et rouges sur les tarses. Trouvée à Noirmoutiers (C. M.) 18. Pagure cuirassier. — Pagurm clibanarius. (2) Dent rostriforme triangulaire, extrêmement petite, et séparée du front par un sillon. Pédoncules oculaires très grêles, plus longs que le bord anté- rieur de la carapace, mais en général dépassés par le troisième article des an- tennes internes; la dent squammiforme de leur base petite, pointue, en con" tact avec son congénère , et tronquée en dehors ; cornée très petite, et sans échancrurc notable à son bord supérieur. Palpes squammiformes des antennes externes médiocres ; l'article basilaire de ces organes dépassant bien notablement l'angle externe de la carapace. Pattes antérieures médiocres , renflées, très épineuses, et légèrement poilues en dessus ; les suivantes garnies de faisceaux de poils de poils raides et brunes. Tarse court. Fausses pattes abdominales du mâle assez grandes, et portant deux lames terminales ciliées. Longueur, 4 pou- ces. Couleur, rouge brun , avec des lignes longitudinales pâles sur les pattes , qui dans le jeune âge sont bordées de lignes d'un rouge foncé. Cette espèce, qui habite les mers d'Asie , est très voisine de la précédente, (C. M.) (1) Cancer. oculatus , Fabricius. Ent. Syst. 2. pi 471. Pagurus oculatus, Fabr. Suppl. p. 4.1 3. — Latreille. Hist. des Crust. t. vt. p. 162. (2) Cancer clibanarius , Herbst. t. u. p. 20. pi. a3. fig. 1. — Latreille. Hist. des Crust. et des Ins. t. vi. p. 167. — Olivier. Encyclop. f. vnr. p. G/{6. — Qupy el Gajmnrd. Voy. de VUrame. pi. 78. %; t. MILNE £Û\VA.KDS. — Sur les Pagures. 27^ 19. Pagure mains Baisses. — Pagurus crassimanus. Petite espèce très voisine de la précédente, dont elle ne se distingue guère que par les pattes pluf grosses et couvertes de longs poils ; les mains sont ex- trêmement courtes , presque globuleuses et tuberculeuses en dessus aussi bien qu'en dessous; les pédoncules oculaires sont un peu plus gros et légèrement courbés en dehors. Couleur, rouge lie-dc-vin ; longueur, environ a pouces. Habite la mer du Sud. (G. M.) 20. Pagube misanthrope.— Pagurus misanthropus. (1) Espèce très voisine des précédentes ; les pédoncules oculaires sont très grêles, allongés., et terminés par une petite cornée sans échancrure notable ; il paraît y avoir une dent rostriforme rudimentaire,les pattes antérieures sont médiocres et poilues, et ne paraissent offrir ni épines, ni tubercules. Les caractères assignés à cette espèce par Roux sont tirés de la disposition des couleurs : un grand sombre de taches bleu-ciel sur un fond verdâtre. Longueur, environ 18 lignes. Habile la Méditerranée. ai. Pagube décoré. — Pagurus ornatus. (2) Espèce très voisine de la précédente dont elle ne paraît différer que par ses pédoncules oculaires plus gros, par ses pattes antérieures plus grosses et à peine poilues ; les pattes des deux paires suivantes plus longues et par ses couleurs ; les mains sont marquées de points rouges sur un fond vert et blanc, et les pattes suivantes présentent des lignes rouges sur un fond vert. Longueur , environ 1 pouce. Habite la Méditerranée. (1) Pagurus tubularisy Kisso. Crust. de Nice p. 56. P. misantropus, Risso. Hist. nat. de l'Eur. mérid. t. v. p. 41 . — Roux. Crust. de la Méditerranée, pi. 14. fig. r. MM. Risso et Roux rapportent à celte espèce le Pagurus tubularis de Fabricius ( Supp. p. 4i3 ). — Le Pagure figuré par M. Savigny dans le grand ouvrage sur l'Egypte (Crust. pi. 9, fig. 2 ) parait aussi se rapporter à cette espèce : il est cependant à noter que la disposition de l'abdomen semble anomale. (a) Roux. Crust. de la Méditerranée, pi. 43. 278 milwe edwards. — Sur les Pagures. 22. Pagure tuberculeux. — Pagurus tuberculosus (PI. i3,ttg.i.) Espèce extrêmement voisine de la précédente, mais qui s'en distingue par sespaties antérieures j granuleuses seulement; les pattes suivantes sont à ueinc poilues. Longueur, environ 3 pouces. Couleur, rotigeâtre rayé de jaune. Habite le* Antilles. (C. M.) Je suis porté à croire que le Pagurus scopetarius figuré par Herbst, pi. i3, fig. 3, est un jeune de cette espèce. 23. Pagure fluteur. — Pagurus tibicen. (1) Dejit rostriforme à peine- saillante, rudimentaire. Pédoncules oculaires de la longueur du bord antérieur de la carapace, et dépassant le troisième article des antennes internes ; leurs écailles basilaires petites, triangulaires et rappro- chées. Palpe spiniforme des antennes externes extrêmement petit. Pattes entiè- rement lisses ; celles de la première paire extrêmement inégales ; la main gauche très grosse et renflée ; pinces obtuses et sans ongle terminal; tarse des pattes de la deuxième et de la troisième paires court. Abdomen du mâle garni de quatre fausses pattes à deux lamelles terminales. Fausses pattes ovifères de la femelle grandes et à deux lames étroites. Dernier article de l'abdoEieu presque symétri- que. Longueur, 18 lignes. Couleur, jaune-rougeâtre , avec de grandes taches klanches à l'extrémité des pattes. Habite la mer du Sud. (C. M.) 24. Pagure élégant. — Pagurus elegans. (PI. i3 , %. 2 .) Petite espèce extrêmement voisine de la précédente, mais qui s'en distingue par l'existence de petits tubercules arrondis sur les pinces et la partie voisine delà main. Longueur, 10 lignes; pinces jaunes; pattes des deux paires sui- vantes annelées d*î rougé et de blanc 5 corps et pédoncules oculaires blan- châtres. Trouvée par MM. Quoy et Gaymard, à làNoirvcllc-ïiiande. (C. M.) (1) Herbst, t. 1. pi. a3. Cg. 6. Bosc, op. cit. p. 78. Latreille. Hist. nat. des Crust. t. vi. p. x6g. Wliviiy. limydop. t. vui. p. 646. milne edwards. — Sur les Pagures. 279 25. Pagure chilien. — Pagurus chilensis. (1) Espèce très voisine de la précédente, mais ayant les pédoncules oculaires beaucoup plus longs que le bord antérieur de la carapace. Habite la côte du Chili. (C. M.) 26. Pagure sillonné. — Pagurus sulcatus. (2) Petite espèce, qui ne diffère guère du P. Auteur que par la forme de ïa trot» sième patte droite , dont le pénultième article, au lieu d'être arrondi, est com- primé , et présente en dehors, au dessous de son bord supérieur, un large sillon longitudinal. Longueur, 10 lignes. Couleur, blanchâtre. Ha bite les Antilles. C. M.) 29. Pagure vieillard.— Pagurus aniculus, (3) Dent rostrifornie , grande et triangulaire* mais peu avancée. Pédoncules oculaires très rétrécis vers le milieu, et de même longueur que le bord antérieur de la carapace et la portion basilaire des antennes internes ; leurs écailles basi- laires très larges, triangulaires, et rapprochées entre elles. Palpe spiniforme des antennes externes très petit. Pattes antérieures courtes, grosses, presque de même grosseur, et marquées de saies transversales qui en occupent toute la largeur , sont très éloignées entre elles, et garnies vers le haut de petites épines noires et de poils; doigts très courts, et terminés par un ongle noir très gros. Pattes des deux paires suivantes courtes, grosses, arrondies, un peu comprimées, et garnies de lignes transversales comme les précédentes ; tarses extrêmement courts. Abdomen de la femelle garni en dessus de grandes plaques cornées, transver- sales, lobées sur leur bord postérieur ; treis premières fausses pattes ovifères grandes, terminées par deux articles ciliés, et portant près de leur base une énorme lame foliacée, qui, en se réunissant avec un grand repli tégumentaire et lamclleux placé obliquement sur la face inférieure du ventre, forment une po- che ovifère très vaste ; la quatrième fausse patte presque rudhncn taire. (1) Edwards. Hist. nat. des Crustacés, pi. 24 , fig. 9: (a) Quoy et Gaymard. Collect. du Muséum; (3) Fabricius. Suppl. p. 41 z. Olivier. Encycl. t. vin. p. 640; Latreille. Hist. nat. des Crust. t. vi. pi i63. — Encycl. pi. 3ia. fig. a. Quoy et Gaymard. Voy. de YUranit, p. 53t. pi. 7g, fig. 1. 280 MILNE EDWARDS. r~ Sur Us PagUÏBS. 1 Taille., environ 2 pouces. Couleur, jaunâtre lavé de rouge ; poils jaunes. Habite l'Ile-de-France. (C. M.) C'est la même espèce qui a été décrite une seconde fois par Olivier, sous le nom de Pagurus ursus. {1) he Pagurus longicarpus de Say (2) , appartient probablement à l'un des deux sous-genres dont nous venons de nous occu- per, mais est trop imparfaitement connu pour que nous puis- sions lui assigner une place naturelle. Son front est armé d'une petite pointe rostriforne ; ses pattes enfoncées allongées, le carpe est aussi long que la main et offre en dessous un léger sillon formé par deux rangées de granules ; les mains sont linéaires granulées , garnies d'un bord moniliforme en dessous et pré- sentent au dehors une crête. Il est très commun sur les côtes des Etats-Unis d'Amérique. 2° SOUS-GENRE. PAGURES APPENDICULÉS. Nous avons réuni dans cette division les divers Pagures dont l'anneau ophthalmique ne porte point d'appendice médian ros- triforme et dont l'abdomen est garni chez le mâle de deux paires d'appendices suivies de trois fausses pattes impaires (3) t et chez la femelle d'une paire d'appendices fixés sous la base audevant des appendices ovifères ordinaires. Il est aussi à re- marquer que chez tous ces Pagures il existe sur le bord anté- rieur de la carapace une petite dent médiane. (1) Encycl. t. vin. p. 640. Desmaret, op. cit. p. 179. (2) Journ. of science of l'uilad. \ol. 1. p. i63. (3) Voy.pl. 14, Ûg.°. Mina edwards. — * Sur les Pagures. 281 28. Paoure tacheté. — Pagurus maculatus. (1) lient roslriforme, mince et allongée. Pédoncules oculaires un peu rétrécis vers le milieu, plus longs que le bord antérieur de la carapace, et dépassant un peu la portion basilairc des antennes internes. Antennes externes de longueur médiocre. Pattes antérieures courtes, épaisses et fine ment granulées ,* main renflée à sa base, mais devenant presque triangulaire vers le bout, garnie en dessus d'une petite crête épineuse, et portant une seconde crête à son bord in- férieur; doigts gros, triangulaires, pointus, et se touchant par un bord droit. Pattes des deux paires suivantes très comprimées et dentelées sur leur bord su- périeur; leur dernier article presque lametlcux, falci forme, et de longueur mé- diocre. Pénultième article des pattes de la quatrième paire ne se prolongeant pas notablement au-dessus du tarse, qui est conique et peu mobile. Abdomen du mâle portant à sa partie antérieure et inférieure une paire d'appendices courts, gros et lamelleux , qui sont appliqués contre les orifices génitaux , et qui sont suivis d'une seconde paire d'appendices également symétriques , mais grêles et filiformes ; trois fausses pattes, terminées par une lamelle simple , fixées sur le côté gauche de l'abdomen comme d'ordinaire. Ab- domen de la femelle portant à sa base une paire de fausses pattes rudimentaires, appliquées contre la base des pattes thoraciques de la première paire, et suivies de quatre appendices ovifères, dont les trois premiers, fixés à des lames longitu- dinales, étroites, se terminent par deux lamelles, et sont recouvertes par un grand repli latéro-inférieur de la peau de l'abdomen, qui constitue une lame concave, ciliée sur le bord, et dirigée en avant pour loger les œufs ; le quatrième filet ne paraît pas donner attache à des œufs, et est simple. Habite la Méditerranée. (C. M.) 29. Pagurb conagre. — Pagurus gonagrus. Dent roslriforme ., mince, pointue et assez avancée. Pédoncules oculaires grêles, et plus long que le pédoncule des antennes internes et le bord antérieur (1) Pagurus oculatus , Herbstl t. u. p. a*, pi. i3. fig. 4. Pagurus oculatus, Risso. Crust. de Nice, p. 5g. Desmares t. Consid. sur les Crust, p. 17g. J». maculatus, Risso. Hist. de l'Eur. mérid. t, y. p. 3g. Roux. Crust. de la Méditerranée, pi. 24 , fig. 1-4. Nous sommes portés à croire que le Pagurus ertnita de Fabricius (Suppl. pi 4i3 ) pourrait bien appartenir à cette espèce. Le Pagure ligure par BasUr (Opus. subses. pi. jo. fig. 3) semble aussi s'en rapproeber plus que de tout autre. 28a MILITE edwaiids. — Sur les Pagures. de la carapace ; leurs écailles basilaires aiguës, et écartées entre elles. Pattes antérieures médiocres, un -peu épineuses sur le bord supérieur j et couvertes en dessus de poils longs,, serrés et flexibles ; mains courtes et renflées; pinces fortes, et se touchant par une surface presque plane et très large. Pattes de la deuxième et de la troisième paires médiocres, comprimées, et poilues sur les bords. Celles de la quatrième paire terminées par un article court, styliforme, et nullement subchéliforme. Abdomen du mâle portant à sa base deux paires d'ap- pendices disposés comme chez le Pagure tacheté, et suivi de trois appendices impairs très petits ; dernière pièce de l'abdomen profondément échancréc au bout. Abdomen de la femelle garni en dessous d'un grand prolongement cutané, falciforme, oblique, de trois fausses pattes ovifères, dont les deux premières por- tent trois lamelles étroites, et d'une paire de fausses pattes rudimentaires et symétriques, accolées contre la base des pattes thoraciqnes de la cinquième paire. Longueur, 2 pouces. Habite les mers de la Chine. (C. M.) 3o. PiGr/HE poilu. — Pagurus pilosus. (PI. i4,fig. 1.) Dent rostriforme, large, et à peine saillante. Pédoncules oculaires cylin- driques, moins saillans que la portion basilaire des antennes internes, beaucoup moins longue que le bord antérieur de la carapace, et armée en dessus d'une rangée longitudinale de petits points; leurs écailles basilaires petites, pointues, et écartées l'une de l'autre. Filet terminal des antennes externes gros et court. Pattes antérieures très inégales , et armées de granulations spiniformes et d'é- pines, et couvertes en dehors de longs poils flexibles et serrés, qui cachent tout- à -fait la surface de la main; patte gauche la plus forte ; sa main ren- flée, et ses pinces très comprimées. Les pattes suivantes garnies également du poils longs et très serrés. Plaques abdominales du mâle très petites, et divisées sur la ligne médiane par un espace membraneux ; deux paires d'appendices ab- dominaux disposés comme chez le Pagure tacheté et le Pagure frontal, suivies de trois fausses pattes , terminées par une seule lame très grande et très allongée. Chez la femelle, ces appendices ont deux grandes lamelles terminales. Longueur, 3 pouces. Habite la Nouvelle-Zélande. {C. M.) AiiLtfE edwabds. — Sur les Pagures. a83 3i. Pacure frontal. — Pagurus frontaîis. (PL t3, fig. 3.) Dent rostriforme grande j triangulaire, et assez saillante. Front profonde" ment échancré de choqua côté de cette dent, et fortement sillonné près de son bord. Pédoncules oculaires cylindriques, de la longueur du bord antérieur de la carapace, et dépassant de beaucoup le troisième article des antennes internes ; les dents squararaiforraes de leur base petites, bombées, pointues et très rappro- chées. Pattes antérieures inégales, renflées, très finement granulées et un peu épineuses supérieurement. Pattes de la deuxième et de la troisième paires lisses, et portant sur leur bord supérieur et sur le tarse quelques pointes spiniformes noires. Pattes de la quatrième paire à peine subebéliformes ; la paire de pattes postérieures extrêmement courte. Abdomen de la femelle garni d'un grand repli cutané subconiforme, faisant office de poche ovifère et de filets oviformes à deux lames terminales. Le mâle pourvu de deux paires d'appendices abdominaux sy- métriques, suivis ,du côté gauche, de trois fausset pattes très petites, et à une seule lame terminale. Longueur , environ 4 pouces. Couleur rougeâtre , livide ; quelques poils jaunâtres sur la main et les côtés de la carapace. Rapporté de la Nouvelle-Hollande par MM. Quoy et Gaymard. (C. M.) 32. Pagure db Gama. — Pagurus Gamianus. Dent rostriforme large, triangulaire* mais peu saillante j front profondé- ment échancré de chaque côté de sa base. Pédoncules oculaires très grêles, à- peu-près de même longueur que le pédoncule des antennes, mais beaucoup moins lougs que le bord antérieur do la carapace; filet terminal des antennes externes très court. Pattes antérieures presque égales, épaisses, médiocrement poilues et épineuses. Pattes suivantes lissés en dehors, poilues sur les bords, et un peu épineuses sur leur face interne ; tarse gros et de longueur médiocre. Appendices abdominaux du mâle comme dans les espèces précédentes. Abdomen de la fe- melle garni de deux plaques longitudinales , étroites et très poilues, qui portent les deux premiers appendices oviières , du reste disposés comme chez le Pagure gonagre. Longueur, 2 pouces. Trouvé au cap de Bonue-Espérance par M. Reynaud. (C. M.) 2#4 MÎLNE EDWARDS. — Suî' Us PagUTCS. 3 e SOUS-GEJNRE. PAGURES ARMÉS. Anneau ophthalmique armé en dessus d'un appendice rostri- forme à bords dentés qui est tout-à-fait séparé du front et s'avance entre les pédoncules oculaires, (i) 33. Pagure soldat. — Pagurus miles. (2) Pédoncules oculaires médiocres, ne dépassant pas notablement le pénultième article pédonculaire des antennes internes et externes ; leurs écailles basilaires larges, plates et appliquées contre le prolongement rostriforme. Pattes antérieures très inégales ; celle du côté gauche très forte , et toute couverte en dessus oVé- pines plus ou moins acérées. Les pattes suivantes granuleuses et épineu v ses en des- sus ; leur tarse très long, à bord tranchant, sillonné en dehors, et armé en dessus d'épines. Abdomen du mâle portant quatre fausses pattes assez grandes, termi- nées par une longue lamelle simple. Longueur, environ 3 pouces . Couleur, jaunâtre. Habite les côtes de l'Inde. (C. M.) 3o. Pagure sentinelle. — Pagurus custos. (3) Espèce très voisine de la précédente , dont elle . ne diffère que parce que la grosse main est finement granulée en dessus , et n'est armée d'épines que sur le bord supérieur. Le tarse des deux paires de pattes suivantes est également dé- pourvu d'épines (Dans les individus que j'ai eu l'occasion d'examiner, l'abdomen était tellement déformé parla dessiccation, qu'il était impossible d'en reconnaître le mode de conformation.) Longueur, a pouces. Habite les côtes de l'Inde. (C. M.) (r) Voy. pi. 14, fig. 2. (2) Cancer miles, Fab. Ent. Syst. ». p. 470. Cancer Diogencs, Herbst. t. il. p. 17. pi. «a. fig. $,' Pagurus miles i Fabricius. Suppl. p. 41a. Latreille. llist. nat. des Crust. t. vi. p. iû5. (3) Pagurus custos, Fabricius. Suppl. p. 41a. Latreille. Hist. nat. des Crust. t. vi. p. i65. Olivier. Encycl. t. via. p. 644- milste Edwards. — Sur les Pagures. a85 3o. Pagure diaphane. — Pagurus diaphanus. (1) Espèce très voisine du Pagure soldat, mais dont la grosse main est lisse en dessus, comprimée et articulée obliquement, de manière à formel avec le carpe un angle dont le sommet est dirigé en dessus ; le carpe fortement dilaté en de- dans. Le tarse des pattes des deux paires suivantes est lisse en dessus. Enfin il existe chez le mâle deux fausses pattes abdominales filiformes à droite, et quatre à gauche. Habite l'Océan. (C. M.) . . On trouve dans divers ouvrages la description de plusieurs espèces de Pagures qne nous n'avons pas eu l'occasion d'observer et qui nous paraissent même ne pas être assez bien connues pour être déterminables, telles sont : Le Pagurus hungarus de Fabricius, Suppl. p. 4ia) figuré par Herbst ( op. cit. t. ir, p. 526, pi. 23, fig. 3); espèce qui, suivant Fabricius, habite la mer des Indes, et suivant Herbst se trouve sur la côte de Naples. (Voy. ci-dessus, p. 274.) Le Cancer dubius de Herbst (t. 111, p. 22, pi. 60, fig. 5.) Le Cancer tympanista du même auteur (t. 11, p. 25, pi. 23, fig. 5.) Le Pagurus pedunculatus (Herbst, t. in, p. a5, pi. 61, fig. 2), qui est re- marquable par la grosseur des pédoncules oculaires, et dont les mains paraissent être surmontées d'une crête dentelée. Le Pagurus araneiformis de Fabricius (Suppl. p. 4i4); espèce qui habite les côtes d'Ecosse. Le Pagurus alatus de Fabricius (Suppl. p. 4i3), qui habite les côtes de l'Islande, et qui a les mains lisses et garnies de trois crêtes ; peut-être devra-t- ellc être rapprochée du P. anguleux décrit ci-dessus. Le Pagurus vittatus de Bosc (Hist. des Crust. 1. 11, p. 8, pi. 12); espèce dont les mains sont tuberculeuses , et qui se trouve en abondance sur les côtes de la Caroline. Le Cancer megistus de Herbst (t. m, p. 23, pi. 6), fig. 1, Pagurus megis- lus, Oliv. Encyclop.), paraît être une espèce imaginaire dont la portion inté- rieure du corps appartiendrait à un Pagure voisin du P. pointillé, et dont la nageoire caudale, disposée en éventail, serait prise à quelque Macroure (une Langouste, par exemple.) (1) Pagurus diaphanus, Fabricius. Suppl. p. 4i» Cancer miles, Herbst. t. h. p. 19. pi. aa. lig, 7. P. diaphanus, Latr. Hist. nat. des Crust. t. vr. p. i65. 286 MILNE KDWAIIDS. »— Sur lûS Pagures. Le Crustacé fossile décrit par Faujas de Saint-Fond (i) sous le nom de Bernard-l'Hermite, et par M. Desmarest, sous le nom de Pagurus Faujasii (2), n'appartient pas à ce genre. Mais se rapporte évidemment au genre Callianasse. Genre Cancelle. Cancelîus. (Nobis). Nous avons cru devoir établir cette nouvelle division généri- que pour recevoir unPagurien dont nous ne connaissons pas la fe- *melle, mais dont l'organisation s'éloigne assez de celle des autres animaux de la même tribu pour qu'il ne puisse prendre place dans aucun des genres déjà établis. Il ressemble aux Pagures proprement dits beaucoup plus qu'aux Cénobites ou aux Birgus, mais s en distingue esseniiellement par la conformation de son abdomen qui est symétrique, et ne présente point d'appendice si ce n'est ceux fixés au pénultième segment. La carapace (3) ne présente rien de remarquable ; sa forme est la même que chez les Pagures , sa portion antérieure est bombée et sans sillon notable, enfin le front est armé d'une dent médiane triangulaire peu saillante et profondément échan- crée de chaque côté de cette espèce de rostre rudimentaire. Les pédoncules oculaires sont grêles et dépassent le pédoncule des antennes externes dans près de la moitié de leur longueur, mais ils sont cependant plus courts que le bord antérieur de la ca- parace ; la cornée transparente qui les termine est très petite et sans échancrure à son bord supérieur. Les antennes internes sont conformées comme chez les Pagures ; il en est de même des antennes externes, seulement, elles sont extrêmement courtes, leur filet terminal n'a guère plus de deux fois la longueur des pédoncules oculaires. Les pattes antérieures ne sont pas inégales comme chez les Pagures ; elles ont toutes les deux la même (1) Histoire de la montagne Saint-Piei re de Maestricht, pi. 3a , i 9 5 et 6. (2) Hist. des Crustacés fossiles, p. 127, pi. xi, fig. a. (3) PI, x 4, fig. 3. milhe edwards. — Sur les Pagures, afrj forme et sont déprimées supérieurement; on remarque sur le bord supérieur de la main une créle dentelée qui se réunit à une élévation longitudinale et arrondie de sa face externe, de façon à former sur le carpe une pyramide à trois faces; il est aussi à noter que la face externe de la main est un peu verru- queuse et que les pinces sont très courtes. Les pattes de la deuxième paire sont très grosses et recourbées un peu en de- dans ; leur face supérieure est garnie d'une crête qui s'étend du milieu du troisième article jusqu'à leur extrémité, en décrivant une courbure régulière dont la convexité est en dehors ; l'ex- trémité supérieure de cette crête s'élève en pyramide Gomme celle des pattes antérieures, et correspond exactement à l'extré- mité des pédoncules oculaires lorsque les pattes sont dirigées en avant ; le tarse est gros et très court. Les pattes de la troi- sième paire sont beaucoup moins grosses et très comprimées. Les pattes des deux dernières paires ne présentent rieri de par- ticulier si ce n'est que l'article basilaire de celles de la dernière paire est très grand et squammiforme(i). L'abdomen est mem- braneux comme chez les Pagures , mais n'est pas contourné sur lui-même en spire ainsi que cela se voit chez ces animaux ; il est large, court, recourbé en dessous vers le bout, parfaitement symétrique et terminé par une lame médiane symétrique de chaque côté de laquelle se trouve une paire d'appendices con- formés de la même manière que chez les Pagures, mais qui ne diffèrent pas entre eux. D'après la mollesse de l'abdomen de ce Pagurien, il est évi- dent qu'il doit se loger dans quelque coquille; mais d'après les formes symétriques de cette partie du corps, il est probable qu'il ne choisit pas une coquille enroulée en spire. Nous ne connaissons pas la patrie de ce crustacé auquel nous donnerons le nom de Cancelle Type (Cancellus Typus). Le Pagurus Canaliculatus (1) figuré par Herbst, nous paraît être voisin de cette espèce. (1) Krabben. PI. 60, fig; 6. 5*88 milice Edwards. — Sur les Pagures. EXPLICATION DES PLANCHES, PLANCHE XIII. Fig. i. Pagure TCBER.ctri.Ktix , grossi de moitié. Fig. r„. Seconde fausse patte abdominale. Fig- 2. Pagure élégant de grandeur naturelle. Fig. a". Face externe de la grosse main. Fig. 33 Pagure frontal de grandeur naturelle. Fig. 4- Pagure difforme de grandeur naturelle, Fig. 4 a - Face externe de la troisième patte de droite. Fig. 5. Pagure forceps de grandeur naturelle, sortant de sa coquille. PLANCHE XIV. Fig7 1. Pagure poilu de grandeur naturelle; Fig. ia. Portion antérieure de l'abdomen du mâle, vue en dessous. — a. base des pattes de la quatrième paire; b. pattes de la cinquième paire, à la base de chacune desquelles se voit l'ouverture de la génération ; c. appendices abdominaux de la première paire ; d. appendices abdominaux de la seconde paire ; e. troisième appendice du côté gauche ; f. abdomen. Fig. i 6 . L'un des appendices abdominaux de la première paire , grossi. Fig. i c . L'un des appendices abdominaux de la seconde paire, également grossi. Fig. i d . Extrémité de la patte postérieure. Fig. i«. Extrémité de l'une des pattes de la quatrième paire. Fig. 2. Région frontale du Pagure soldat. — a. carapace; /;. appendice rostriforme de l'anneau ophthalmique ; e. écailles qui recouvrent la base des pédoncules oculaires; d. jeux; c. antennes internes;/, appendice spiriforme du pédoncule des antennes externes. Fig. 3. Cancelt, e type vu en dessus et grossi du double. Fig. 3. Le même vu en dessous. ch. leblond. — Helm'mthologie. 280, Quelques observations d'helminthologie. Mémoire lu à h Société Philoraatique , le 10 décembre i836, Par Charles Leblond. Malgré les travaux systématiques des auteurs les plus célèbres, malgré les recherches patientes des anatomistes les plus distin- gués, l'helminthologie est peut-être, de tous les cadres spéciaux que l'histoire naturelle ait reconnus, celui qui renferme le plus de vides à combler, le plus d'erreurs à détruire, le plus d'incer- titudes à dissiper. Quelles lumières en effet la science possède-t-elle sur l'orga- nisation des espèces helminthologiques rares et même sur celle de plusieurs espèces communes ? Quelles fables n'ont pas été reçues avec nonchalance, et transmises, comme elles avaient été accueillies, sans critique et sans examen ? Combien de discus- sions vaines n'ont pas été engagées sur la valeur systématique dune circonstance, d'un accident remarquable à la vérité, mais d'ailleurs accessoire et tout-à-fait impropre à servir de caractère, je veux dire l'existence parasite des véritables helminthes? Les entozoaires doivent-ils former dans la série zoologique une classe (1), une famille (2) distinctes, ou bien être répartis, sans égard à leur qualité de parasites intérieurs et d'après la seule considération de leur structure, entre les groupes divers à l'éta- blissement desquels tous les naturalistes s'efforcent de donner pour base l'organisation même des animaux ? (3) Voilà quel est encore aujourd'hui l'état de l'helminthologie, (1) Le Règne animal distribué diaprés son organisation, etc., par le baron Cuvier. t. m. Paris, i83o. Page a/,5. (2) Zoologie analytique, etc. , par A. M. Constant Uuméril. Paris, m. necc. m. Page 3oa. (3) De l'organisation des animaux, ou Principes d'anatomie comparée, par M. H. M. Du- crotay de Blainville. Tom. i. Paris. 182a. VI. /ooi.. — Novembre, \ o âne CH. riEr.oivr». — Helininthologie. et néanmoins, j'en ai 1 intime conviction telle n'est pas sa des- tinée probable. Ici comme ailleurs en effet la synthèse a pré- cédé l'analyse : mais l'analyse d'abord effacée revient nécessai- rement tôt ou tard contrôler la synthèse et l'établir sur d'iné- branlables fondemens ; la marche ordinaire de l'esprit humain l'exige. Les taches qui obscurcissent l'histoire des Entozoaires et qui semblent remonter à l'enfance même de la zoologie n'étonne- raient pas les esprits sérieux, si elles apparaissaient dans les vieilles pages de la science, ou si du moins elles se montraient à l'occa- sion de formes insolites et paradoxales : mais de quelle manière doivent-elles être jugées quand elles persistent malgré les dé- couvertes récentes de l'anatomie comparative, et lorsque, effacées de temps en temps, elles renaissent à de courts intervalles bril- lantes de toutes les prétentions de la nouveauté? Ainsi, tantôt bornée à la description zoologique des espèces, tantôt soumise à des règles impuissantes de classification géné- rale, tour-à-tour chancelante, incomplète ou mensongère, une seule fois rationnelle et philosophique, l'helminthologie réclame plus instamment que toutes les autres branches de l'histoire naturelle et de nouveaux efforts et de nouvelles lumières. Or, il est certain que l'anatomie seule est capable de l'éclairer. L'observation, pour servir efficacement aux progrès de l'hel- minthologie, a donc besoin d'être plus que zoologique, il faut qu'elle soit anatomique : elle ne doit plus se contenter d'aper- cevoir les formes extérieures, son but est de connaître la structure intime des organes et les rapports variés qui les en- chaînent. Le travail que j'ai l'honneur de soumettre au jugement de la Société philomatique servira peut-être, malgré des limites res- treintes, à prouver la vérité de ces assertions. Vers le milieu de septembre i835, je trouvai entre les feuillets péritonéaux d'un congre [Murœna conger. Linn.) un tubercule blanchâtre de deux à trois millimètres de diamètre. Je dégageai avec précaution ce tubercule des brides celluleuses principales qui l'embarrassaient et je ne tardai pas à reconnaître un kyste nettement circonscrit et renfermant un Entozoaire. Ses dimen- ch. leblond. — ■ H elmi lithologie. 291 sions étaient petites; car il avait à peine deux millimètres de longueur, et sa largeur était difficilement appréciable, (pi. 16. fig. 1 légèrement grossie). Ses parois d'un brun-fauve très clair et d'une consistance élastique marquée avait peut-être subi une déchirure (fig. 1 a, considérablement augmentée) quand je les avais séparés des prolongemens cellulaires voisins. Us m'ont paru formés d'une substance muqueuse, épaissie, qui ressem- blait à l'écaillé blonde fondue et dont la transparence égale per- mettait d'entrevoir aisément un helminthe de forme nouvelle. (fig. a b.) 1 /Eu tozoaire observé dans son enveloppe accessoire présen- tait une extrémité volumineuse (c.) arrondie vers l'une de ses faces (c), et creusée à l'opposite d'une ventouse large et profonde (cl.); non loin de la ventouse latérale et suivant la di- rection de l'axe du corps se montrait un léger renflement (e.) auquel succédait le reste du corps sous la forme d'un ruban long, très étroit, marqué de quelques plis superficiels et irré- guliers (/). L'extrémité libre de cette partie rubanée offrait une dépression beaucoup moins étendue que la ventouse si- gnalée précédemment et plutôt semblable à l'orifice d'une ca- vité profonde qu'à une simple excavation de la surface (g.) La forme générale de l'enveloppe accessoire (h.) était en rap- port avec la forme générale de l'helminthe, mais elle n'était pas exactement moulée sur lui, elle n'en suivait pas tous les contours. J'eus beaucoup de peine à déchirer le kyste protecteur: la consistance, l'élasticité de la matière qui le formait, l'épaisseur même de ses parois s'opposaient à ce que je le déchirasse aisé- ment avec des aiguilles montées, d'autant plus qu'il me fallait user en cette occasion d'une extrême prudence, afin de ne pas intéresser l'animal contenu : je parvins toutefois à obtenir !e résultat que je demandais et l'Entozoaire fut libre. La vie ne l'avait pas encore abandonné complètement j il se développa, il s'étendit un peu dans la goulte d'eau qui le tenait en suspension et sa forme éprouva quelque léger changement. Un autre renflement ( fig. 3 a.) apparut entre l'extrémité du corps sur une des faces de laquelle existait la grande ven- 19. -><);* clf - I'Ebiond. — Helmint/iologie. tonse (b.) et le renflement voisin (c.) que d'abord j'avais seul constaté. Restait à déterminer les noms générique et spécifique de cet Entozoaire. An moment où je venais de l'extraire, je le considérai comme une espèce nouvelle du genre douve : mais bientôt je changeai d'opinion, et. continuant à tort de le rapporter au genre Dis- toma,\e crus devoir reconnaître (i) en lui une espèce de douve que déjà Creplin avait décrite sous le nom de distoma longi- colle (a) et qu'avant Creplin, Jurine avait lui-même étudiée. (3) Cette détermination était erronée, il est facile de le voir; je m'empresse donc aujourd'hui, que je l'estime à sa juste valeur, de la changer entièrement. Les helminthologistes attachent, suivant moi, une trop grande importance à l'intervalle plus ou moins considérable qui sé- pare les ventouses des distomes. Cette opinion émise par Brem- ser et Bojanus, est du reste aussi partagée par M. de Blain- ville (4). Mais quelques auteurs ont pensé différemment : le genre Fasciola de Linnœus est donc partagé en deux groupes génériques distincts, le genre Dislome et le genre Amphistome. Or, il est évident qu*; l'Entozoaire trouvé parasite du congre appartient au genre Amphistoma de Rudolphi, puisque les deux ventouses occupent, les deux bouts opposés du corps. Cette première rectification ne suffisait pas. Je devais cher- cher encore à savoir si, parmi les espèces connues des natura- listes, il n'en existait pas une à laquelle je pusse rapporter l'in- dividu que j'avais observé. Aucune espèce décrite ne m'a sem- blé pouvoir lui être comparée : je suis donc autorisé à le regar- der comme le type d'une espèce nouvelle, et je propose en con- séquence de lui imposer le nom spécifique iVAmphistome ro- paloide {Amphistoma ropaloides, mihi), voulant indiquer par . (i) Bulletin de la Société des Sciences naturelles de France, année :835, dernier trimestre. Page io3. (a) Observationes deentozois, auctore Fr. Cr. Hcnr. Creplin. pars i. Gryphiswaldi». m. dccc. xxv. Pag. 5-j. n. a. (3) Annales des Sciences naturelles. Paris 1824. Tom. 11 , pag. 493 et sniv. (4) Dictionnaire des Sciences naturelles, tom. r.vn. Paris, 1838, article Vers, pag. 583. CH. LKBLONI"). liclmintlioloftic 'Mj'5 cette épithete la forme générale du corps, étroit dans la plus grande partie de son étendue et renflé subitement à l'une de ses extrémités, comme le serait une massue. J'avais recueilli les caractères zoologiques de l'Amphistome ropaloïde; je n'avais plus qu'à étudier les détails de son orga- nisation. Armé de deux aiguilles rendues tranchantes sur la pierre, je lacerai doucement le parenchyme de sa grande ventouse , et quelle ne fut pas ma surprise quand, par celte manœu- vre, j'eus donné la liberté à un Entozoaire véritable (fig. 4) qu'entourait de toutes parts le tissu même du trématode. J'avoue sincèrement que je n'osai d'abord en croire mes propres yeux, et bien que depuis long-temps j'eusse préparé dans mes notes une feuillespécialement destinée au relevé des entozoaires que j'admettais a priori devoir rencontrer parasites des Entozoaires, cette observation me sembla tellement neuve, tellement insolite que j'eus peine à l'accepter. Je ne pouvais toutefois échapper à l'évidence; j'avais sous les yeux un Tétrarhynque d'une peti- tesse extrême à la vérité, mais facilement reconnaissable. M. de Blainville et M. le professeur Laurent ont bien voulu constater eux-mêmes la réalité de l'observation que j'avais faite. Les trompes de l'Entozoaire étaient saillantes (fig. 5 a.) l'ex- trémité postérieure de son corps offrait un appendice con- fusément ridé, infundibuliforme (fig. 5 b.). C'est même avec l'intention d'exprimer l'usage étourdiment supposé à cet ap- pendice d'agir comme une ventouse que je nommai Tétrarhyn- que opistocotyle {r) le Tétrarhynque parasite de l'amphistome ropaloïde. Mais je ne crains pas de le dire, je m'étais encore trompé dans cette circonstance; la forme de l'appendice ter- minal m'avait induit en erreur, et je n'avais trouvé réellement que le Tetrarhynchus appendiculatus de Rudolpbi. Je regarde comme sans exemple en helminthologie l'exis- tence bien constatée d'un Entozoaire parasite d'un autre Ento- (i) Bulletin de la Société des Sciences naturelles de France, année i835, dernier triuic&ive,. page 104. 294 crI - LEBi.OND. — Helminthologie. zoaire : les recherches bibliographiques nombreuses auxquelles je me suis livré m'autorisent à cette affirmation. Je sais toutefois que M. LéonDufour a consigné dans les An- nales des Sciences naturelles ( 1 ) une observation analogue. Mais quand on réfléchit mûrement à l'incertitude des termes em- ployés par l'illustre entomologiste, on reconnaît bientôt que son Filaria tricuspidata n'est réellement que la femelle d'une espèce de gordius, et que le F ilaria filariœ, ainsi que l'a démontré M. Charvet (2), professeur à la Faculté des Sciences de Gre- noble^ est toute autre chose qu'un filaire parasite d'un autre filaire. Le seuls faits qui puissent avoir une sorte d'analogie avec le fait que j'ai rapporté se rencontrent dans les ouvrages deBrern- /ser et de M. de Blain ville; mais ils ne lui sont pas rigoureuse- ment comparables : quelques mots suffiront pour établir ce que j'avance. Bremser a donné la figure d'une agrégation de Tétrarhyn- ques parasites les uns des autres en ce sens qu'ils s'étaient réci- proquement déchirés et pénétrés à l'aide de leurs trompes ré- tractiles armées de crochets aigus (3). M. de Blainville a trouvé dans le canal digestif d'un Lépidoptère de Gouan péché sur les côtes de Bretagne, quelques entozoairesdont il a formé un genre nouveau sous le nom de Dibothriorhynque adhérens par les crochets de leurs trompes à des faisceaux d ! 'Ascarides para- sites du même animal. (4) Il est facile de reconnaître de prime abord à ce simple exposé qu'il n'y a pas de similitude réelle entre l'observation qui m'est propre et les observations empruntées que j'ai cru devoir rap- peler en même temps. Le Tétrarhynque vivait encore, ainsi que l'Àmphistome, au moment où je le retirai de son habitation accidentelle. Je le (1) lum. xiv. pag. aaa à iî'î, année 18a 8. (a) Nouvelles Annales du Muséum d'histoire naturelle , tom. m, p. 37 etsuiv. (3) Icône* helminthum systema rudolphia entozoologicum illustrantes. Curante J. G. Urern- ser. Viennœ m. dccc. xxiv. lab. xi. fig. 19. c. a. b. (4) Dictionnaire d«s Sciences naturelles, tom. lym. Paris, 1828, art. Vers, pag. 58y ** 5yo. tu. iiMLowD. — HelmiiiLkolvgie. 390 plaçai dans une goutte il eau sur le porte-objet d'un micros- cope simple, et je l'examinai avec une loupe de force moyenne. Je le vis très distinctement se mouvoir. D'abord replié sur lui- même, il s'allongea presque immédiatement, et je pus dès-lors aisément l'observer. Il se contractait et s'épanouissait lentement, et les modifications de forme qu'éprouvait la totalité de son corps étaient surtout remarquables vers les extrémités antérieu- res; ses trompes armées d'aiguillons crochus et mobiles ren- traient et sortaient d'une manière iuégale , sans accord et pour ainsi dire étrangères les unes aux autres par l'indépendance absolue de leurs mouvemens. Il était aisé, grâce à l'enveloppe générale, mince et translucide qui les renfermait et dont le parenchyme entier de l'helminthe était constitué, d'apercevoir les spirales irrégulières de ces trompes vers leur partie moyenne et les renflemens allongés que présentait leur base. L'extrémité du corps opposée à l'extrémité céphalique supportait un ap- pendice dont la forme est généralement assez variable dans les Tétrarhynques, et qui, dans le cas présent, rappelait celle d'un entonnoir renversé. Je n'ai pu reconnaître ni la structure, ni l'usage de cet appendice. Après quelques minutes d'immersion, leTétrarhynque cessa tonte espèce de mouvemens : il était mort. Je ne discontinuai pas de l'examiner et je constatai d'une manière positive un fait qui semble au premier abord indifférent; mais qui peut néan- moins avoir quelque importance systématique; je vais m'expli- quer. Les fossettes (Bothria) latérales conservèrent, après la mort de l'helminthe, dans l'eau comme dans l'alkool affaibli, la forme qu'elles avaient à l'instant même où la vie s'était dissipée, et les mêmes contours se maintinrent aussi long-temps que la consistance du parenchyme organique resta la même. Cette observation, que je pourrais étayer de plusieurs autres obser- vations analogues, démontre que les zoologistes prudens ne doivent pas attacher une trop grande valeur à la disposition des fossettes céphaliques des Tétrarhynques; elle prouve que les caractères empruntés à la forme générale de ces parties, sont très variables, très fugaces, et répètent, si je puis m'exprimer ainsi , les accid«ns innombrables de leurs contractions et de 296 en. leblond. — Helmintholcgie. leurs épanouissemens successifs. Il est donc nécessaire de les interroger systématiquement avec beaucoup de réserve. En exposant les particularités d'organisation que la transpa- rence du parenchyme de cet entozoaire m'a permises d'entre- voir, j'ai à peine indiqué la conformation des trompes, si cu- rieuse cependant et si remarquable. Un lecteur inattentif con- clurait peut-être d'un abandon pareil que les détails sont inuti- les à ce propos, et que les annales helminthologiques ont de- puis long-temps enregistré les faits sur lesquels j'ai si rapide- ment glissé; mais avoir une semblable pensée serait commettre une erreur grave : la structure des trompes chez lesTétrarhyn- ques n'est pas en effet bien connue. Voici , eu peu de mots , le résultat de plusieurs recherches anatomiques faites et sur une espèce de Tétrarhynque (Tetra- rhyncus macro bothrius Rud,), trouvée entre les tuniques intes- tinales d'un maquereau (Scomber Scomber. Linn.) et sur un grand nombre de Bothriocéphales (Bothriocephalus Corollatus , Rud.) recueillis dans les intestins de la raie commune (Raja bâtis , Linn.) J'ai toutefois étudié de préférence la structure des trompes dans le Bothriocephalus corollatus (fig. 6), à cause de la plus grande taille de cet entozoaire et de la facilité avec laquelle on le rencontre toujours. La seule préparation nécessaire pour isoler complètement les trompes rétractiles du parenchyme qui les revêt, consiste à retrancher le tissu [qui les cache en même temps qu'on le dé- chire avec précaution. Chaque trompe peut alors être aisément distinguée. Libres de toute adhérence intime, les trompes ne sont pas réu- nies entre elles ; elles ne tiennent à l'enveloppe générale qu'au moyen de brides minces et fragiles que j'appellerai celluleuses, n'ayant pas d'autre terme pour exprimer leur texture élémen- taire, et l'adjectif du mot sarcode n'étant pas encore inventé. Ces trompes (fig. 6,a,b, c,d) renflées en arrière sous forme de cylin- dres arrondis à chaque bout (fig. 6 e,f,g,h), sont plus solide- ment fixées vers leur extrémité postérieure que dans le reste de cor étendue : c'est en effet là qu'est le point d'appui ordinaire en. leblond. — Helminthologie. -nj'j de leurs contractions. Les parties renflées de ces organes con- stituent ensemble un faisceau quadrangulaire et se terminent d'une manière brusque pour se continuer chacune avec un fila- ment ( fig. G. B, C, D, E) de même nature , beaucoup moins gros qu'elles et très vaguement contourné en spirales. Ce filament augmente un peu de volume à la hauteur de l'extrémité cépha- lique du corps, et commence dès-lors à se couvrir de crochets (fig. 6, H) recourbés et mobiles, disposés en quinconces aussi réguliers peut-être qu'on les observe sur les trompes des échi- norhynques, et cependant impropres, selon nous^ comme les crochets de ces helminthes, à servir de caractères spécifiques, tant ils sont variables dans leur nombre. Le tissu des trompes n'est pas également dur, également con- tractile dans toute la longueur de ces organes, bien qu'il soit réellement homogène. Les trompes sont en général d'autant moins contractiles, d'autant plus fermes qu'on les examine plus près de leur extrémité libre et plus loin de leur origine. Cette consistance plus ou moins considérable , suivant qu'on l'étudié à différentes hauteurs, est, pour ainsi dire, nuancée entre le point où elle est très molle et le point où elle est le plus ferme par exemple , dans la portion armée de crochets aigus. Vers ce lieu , en effet, la consistance des trompes augmente tout-à-coup no- tablement, et voilà même pourquoi, lorsque les trompes se con- tractent aux dépens de leur longueur, il se forme, au point où les premiers crochets existent , une sorte de prépuce momen- tané, qui se prolonge sur les aiguillons les plus rapprochés des spirales (fig. 7, A). Leur substance élémentaire est cependant identique partout; la densité seule en varie. Les mouvemens des trompes peuvent être simultanés et de même étendue, ou bien indépendans et de force inégale. Il n'y a rien en cela qui doive étonner : leur indépendance anatomi- que entraîne , il est facile de le concevoir, leur indépendance physiologique. Mais , chose remarquable ! la même indépendance existe dans les mouvemens qu'exercent les crochets, en sorte que ceux-ci peuvent ensemble ou isolément se relever ou s'a- baisser aux ordres de l'entozoaire. Les trompes demeurent cachées au fond de révasemcnt ce- 298 en. LKBLuivn. — Helminthologie. phaliqwe antérieur (fig. 8. A), ou font hors de la tète une saillie plus ou moins considérable (fig. 6). Dans le premier cas, leur portion étroite est contournée en spirales nombreu- ses et rapprochées; dans le second cas, le nombre et le rap- prochement des spirales diminuent sensiblement. Mais comment s'exécutent la rétraction et l'allongement al- ternatifs des trompes? le phénomène est complexe; il a besoin conséquent ment d'être analysé. Si l'on suppose les trompes hors de l'enveloppe qui les ren- ferme, le mécanisme suivant se chargera de leur rétraction. La portion du corps à laquelle l'extrémité postérieure des cylin- dres basilaires correspond, se contracte et devient alors un vé- ritable point d'appui; l'infundibulum s'élargit en même temps. Aussitôt les cylindres commencent eux-mêmes à se contracter «l'arrière en avant, et entraînent les filamens étroits avec les- quels se continuent les trompes proprement dites. Au contraire, si l'on suppose les trompes retirées dans t'en- veloppe qui les protège , voici comme elles en pourront sortir. Toutes les parties du corps situées au-devant de l'extrémité pos- térieure des cylindres basilaires se contracteront successivement de l'extrémité postérieure à l'extrémité antérieure; les spirales des trompes seront déroulées alors dans le même sens, d'au- tant plus que par des contractions particulières et concordan- tes, elles contribueront elles-mêmes à se pousser au dehors. Il est facile de suivre et d'étudier ces divers mouvemens sur un Tétrarhynque plein de vie : la transparence du parenchyme organique laisse, en effet, apercevoir tous les mouvemens in- térieurs, et permet conséquemment de les analyser avec pré- cision. Les détails qui précèdent me semblent confirmer d'une ma- nière irréfragable l'opinion d'abord émise par le docte Leuc- kart (i), et consécutivement adoptée par M. de Blainville (a). Celte opinion consiste en effet à penser que les Floriceps sont (x) Zoologische Bruchslucke von F. S. Leuckarf. Helmstadt 1819. T. t. fig. 2. el T. 11 «g. 33. (a) Dictionnaire des Sciences naturelles, t. lvii. Paris, 1828, art. Vers, pag. 5ç)5. ch. leblond. — . Helminthologie. 299 des Tétrarhynques dont le corps allongé se terminerait par un renflement vésiculaire , et que les Botriocéphales à quatre trompes retractiles sont aussi des Tétrarhynques, à l'extrémité postérieure desquels seraient ajoutés un nombre plus ou moins considérable d'anneaux ovariques. Ainsi des considérations anatomiques nouvelles seront ve- nues confirmer le rapprochement de certains genres d'helmin- thes que le tact éminemment systématique des auteurs célèbres que j'ai nommés plus haut avait provisoirement établi. Je passe maintenant à l'exposé d'une autre série d'observa- tions. M. le docteur Botirjot, professeur d'histoire naturelle au col- lège royal de Bourbon, eut l'obligeance, il y a quelques mois t de me faire remettre des Entozoaires trouvés par lui dans le canal digestif d'une espèce de Boa qu'il m'a dit être XAnacondo (Boa scjtale , Linn.) J'examinai ces helminthes avec le plus grand soin, et j'acquis bientôt la certitude entière d'avoir rencontré le type d'un nou- veau genre. Les détails qui suivent ont été recueillis sur les individus les mieux conservés et les plus frais. Le corps de ces animaux formé d'articulations nombreuses emboîtées les unes dans les autres indique au premier abord qu'ils doivent être rapportées à l'ordre des Cestoïdes limité sui- vant la méthode de Rudolphi. Mais si l'on cherche à quel genre, à quelle espèce ils appartiennent, on se trouve alors dans un véritable embarras. L'extrémité céphalique de ces Entozoaires est en effet très élargie comparativement aux segmens articulés qui lui succè- dent. Elle offre vers chacun des quatre angles principaux qui la terminent une ouverture distincte, plus ou moins béante, plus ou moins profonde (fig. 9. B. C. D. E. ) Elle est aplatie dans le sens même de l'aplatissement des articulations, et les deux grands côtés de sa surface présentent un sillon (F.) médian , longitudinal qui la divise en deux moitiés semblables , l'une droite et l'autre gauche. La ligne médiane du corps n'est donc pas imaginaire, elle est facile à reconnaître. Les deux orifi- 3oo ch. lkblond. — Helmintkologie. ces antérieurs (B, C.) sont des fentes étendues transversalement à bords gonflés et pour ainsi dire labriformes. Les deux orifices postérieurs (D, E) sont plus étroitement circonscrits et dirigés latéralement : leur contour inégal ressemble à l'entrée d'une bourse qu'un lien circidaire aurait mal fermée. De ces premières données, il était facile d'induire la structure de l'extrémité céphalique; il était naturel de penser que cet or- gane avait pour élémens deux canaux aplatis ouverts à chaque bout et séparés l'un de l'autre par une cloison intermédiaire : or, un examen ultérieur a justifié mes prévisions. Une soie fine de sanglier introduite avec précaution dans l'un ou l'autre des orifices antérieurs. ( B, C. ) traverse aisé- ment toute l'étendue longitudinale de la tète, et ressort bien- tôt par les orifices postérieurs droit ou gauche (D,E), quand toutefois elle ne vient pas s'arrêter contre les parois du canal. Cette expérience exige pour réussir, d'être faite sur la tête d'un helminthe qui n'a pas été froissé, et qui par conséquent à pu conserver sa forme naturelle intacte. Si au lieu d'introduire la soie exploratrice dans l'une des ou- vertures antérieures (B, C), on la pousse dans l'une des ouvertu- res postérieures (D, E), elle pénètre d'abord facilement, elle glisse même assez vite jusque près de l'ouverture opposée qu'on désirerait lui voir franchir, mais presque toujours alors elle rencontre d'invincibles obstacles, et de nombreux, tâtonnemens peuvent seuls la conduire au but qu'on se proposait de lui faire atteindre. La difficulté plus grande qu'on éprouve à franchir de de- dans en dehors les orifices antérieurs, sera plus tard expli- quée. Pour connaître la disposition interne de ces deux canaux céphaliques, il suffit de les ouvrir suivant leur longueur, en ayant soin de ménager, si cela se peut, la paroi opposée. Voici en peu de mots les particularités que l'on distingue alors. On remarque vers chacun des orifices antérieurs deux saillies (fig. 10, a , b /) très prononcées, correspondantes à la dépression de la tète et suspendues à la face interne des parois. Ces deux saillies à bords libres, mousses, arrondis, sont aisément opposât ce. lfbloni). — Helminthologie. 3or Mes lune à l'autre et circonscrivent de chaque côte de la tète , lorsqu'elles se rapprochent ou lorsqu'elles se touchent, une fente linéaire, transversale, plus ou moins profonde (fig. i 1, À,B). Elles sont d'autant moins adhérentes aux parois qu'on les exa- mine plus loin de leur insertion au contour des orifices anté- rieurs et plus près de leur bord interne; on peut donc les con- sidérer comme des espèces de lèvres allongées et renversées en dedans au lieu de l'être en dehors. Il est facile de voira cette conformation pour quel motif une soie introduite par les orifices postérieurs de la tête, éprouve plus de difficulté à sortir des canaux que si elle eût pénétré par les orifices antérieurs. La difficulté que la soie éprouve à se faire jour dans le premier cas , tient à ce qu'elle rencontre sur son passage, l'obstacle que lui oppose le contour libre des sail- lies buccales. L'intérieur des canaux ne présente rien qui doive être signalé. Leur forme est tout-à-fait la même au dedans qu'au dehors ; mais la cloison , en d'autres termes la partie commune qui les sépare est beaucoup plus épaisse que les parois spéciales qui constituent chacun d'eux. Les orifices postérieurs (fig, 9, D, E) sont limités par des fron- cemens inégaux qui se prolongent plus ou moins dans l'inté- rieur sous forme de plis irréguliers (fig. 10, c. ). Quant à la structure même des parois elle est partout sem- blable. On n'y découvre en effet qu'un parenchyme homogène, également contractile, qu'il faudrait appeler musculaire si on était forcé de lui donner un nom purement anatomique , et dans lequel il est impossible d'apercevoir aucun nerf, aucun vaisseau, aucun élément, distinct et spécial. Nouvelle confirma- tion de la nécessité , à laquelle sont réduits les naturalistes qui étudient sans idées préconçues et définitives , l'organisation des animaux inférieurs, d'oublier, momentanément du moins, les types organiques dont la structure complexe leur est connue et de divorcer pour ainsi dire avec le résultat de leurs travaux ha- bituels les plus longs et les plus difficiles. L'examen des articulations considérées dans leur ensemble, n'offre rien qui mériie d'être signalé. En effet, comme dans 3oa ch. leblojvo. — Helminthologie . toutes les espèces de vers taenioïdes, les segmens les plus rappro- chés de la tète ne peuvent être aisément distingués les uns des autres et sont beaucoup plus étroits que ceux qui leur succè- dent; aussi pourrait-on dire qu'un véritable col vient après l'extrémité céphalique de ces entozoaires , si , à l'exemple de plusieurs helminthologistes et pour se conformer à l'usage reçu, on ne craignait pas d'employer un mot dont la valeur est depuis long-temps fixée, et qui ne peut être sans inconvénient appli- qué à des animaux vermiformes. Plus ou moins loin de la tête , je veux dire à une distance variable suivant les individus , les articulations commencent à se prononcer et leur distinction ne tarde pas à devenir tellement nette, qu'on ne saurait plus mettre en doute leur existence. Leur diamètre transversal augmente visiblement à mesure qu'on les observe plus en arrière. Leur dia- mètre longitudinal augmente aussi dans les mêmes proportions; et si quelquefois on trouve des articulations plus étroites, moins longues que celles qui les précèdent et qui les suivent, il faut les regarder comme flétries ou peut-être comme arrêtées dans leur développement. Il est presque inutile de dire que plus les segmens ont d'étendue, plus les saillies que font leurs angles postérieurs sont considérables : le corps de ces ani- maux est donc moins profondément incisé en avant qu'en arrière. L'œil armé d'une loupe de moyenne force, et souvent même l'œil nu distingue , sur l'une des faces de chaque articulation , deux orifices assez rapprochés (fig. 12, A, B, C, D, E), qui con- duisent évidemment à l'ovaire dont chaque segment est le siège. Ces orifices réunis deux à deux suivant la direction de l'axe du corps , occupent la ligne médiane , n'existent que d'un seul côté et forment , avec les ouvertures analogues que présentent les articulations voisines , une chaîne de points enfoncés ou plu- tôt une série linéaire de véritables pertuis dont l'ensemble rap- pelle assez bien la disposition générale des ovaires dans le ligula uniserialis de Rudolphi. De ces deux orifices correspondant au milieu de chaque articulation, l'antérieur plus distinct que le postérieur , est quelquefois caché sous le bord voisin de l'articulation précédente^ de telle sorte qu'il faut soulever en. lkbloiyd. — Helmintliologie. 3o5 on déchirer celui-ci pour apercevoir les deux ouvertures gé- nitales (fig. i3, 5 à 67. n. 1. (4) Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'homme , par Bremser ; traduit de l'allemand par Grundler; revu et augmenté de notes par M. de Blainville. Paris , m. dccc. xxiv, appendice page 5ao, note 5 ; atlas, pi. 11, fig: i5 de l'appendice. — Diction- naire dos Sciences naturelles, tom. 57. Paris, 1828, pag. <5og. 3o4 ch. leblond. — Helminthologie. du Bothridium Pithonis et des animaux que j'avais observés, l'identité presque entière des ophidiens qui avaient nourri les deux parasites, nie rappelaient invinciblement à l'idée que le Bothridium Pithonis était le même animal que l'entozoaire trouvé dans le Boa scytale de Linnaeus;et ces motifs, auxquels je m'accusais d'attacher trop de valeur et d'importance, étaient maîtres de mon esprit. Cependant, que devais-je faire? quelle résolution devais-je prendre ? Je savais avec quelle indulgence M. de Blainville, plus d'une fois, m'avait accueilli; je savais queM. de Blainville aime rencon- trer, chez les jeunes gens surtout, la franchise des opinions scientifiques et l'amour des recherches consciencieuses : je n'hé- sitai donc pas un seul moment à livrer mes doutes aux lumières de l'illustre professeur d'anatomie comparée. Ce que j'avais prévu se réalisa : mes soupçons ne m'avaient pas trompé; le Botridium Pithonis observé par M. de Blainville était évidemment la même espèce d'entozoaire queM. Bourjot avait trouvé dans les intestins d'un Boa Scytale, et que, grâce à lui, j'avais pu soumettre aux investigations du scalpel. Voici, au reste, comment, à cet égard, mes doutes se sont transformés en certitude. M. de Blainville, après avoir scrupuleusement examiné les dessins que je lui présentais, conçut l'opinion que j'avais moi- même conçue d'abord, et me dit sans hésiter qu'il était porté à croire identiques le Botridium Pithonis et l'entozoaire parasite du Boa scytale. Puis il ajouta que l'identité de ces animaux lui semblait à priori d'autant plus probable, d'autant plus réelle, que la seule réflexion devait conduire à la supposer, car l'étude comparée des Botriocéphales proprement dits, montre que les espèces à fossettes superficielles et peu étendues sont réunies par des nuances intermédiaires et presque insensibles aux espè- ces à fossettes profondes. Or il est aisé de comprendre que, si les bords latéraux de ces fossettes venaient à se prolonger l'un vers l'autre jusqu'à se confondre dans leur partie moyenne, il résul- terait île leur soudure partielle l'assemblage de deux canaux céphaliques terminés chacun par deux ouvertures opposées. en. LLBi.ONi). — Hetminthologie. 3o5 Mais la bienveillance de M. de Blainville ne devait pas se borner à ces premiers conseils. Afin que je pusse m'assurer d'une manière définitive si le Bo- ihridium Pithonis était réellement le même animal que l'ento- zoaire parasite de l'Anacondo, le savant professeur ne me con- fia pas seulement toutes ses notes manuscrites et l'original de ses dessins déjà publiés, il autorisa encore M. Florent Prévost à me laisser examiner le Botridium Pithonis conservé dans le ca- binet d'histoire naturelle de la Faculté des sciences de Paris. J'avais donc à ma disposition tous les élémens propres à ré* soudre les difficultés relatives au sujet que j'ai précédemment exposé : je devais toutefois respecter l'échantillon et me cir- conscrire dans un examen purement zoologique. Il suffira de jeter les yeux sur les figures i3, i4et i5 de la planche pour se convaincre de l'identité irréfragable du Botri- dium Pithonis et de l'enthelminthe de Yanacondo. Les deux ou- vertures antérieures (fig. i4« A. B.) ont la même position, la même forme générale. Les deux ouvertures postérieures (fig. i4, G. D.) sont seules un peu différentes : ce n'est pas qu'elles soient placées dans un autre point de l'extrémité céphalique, mais elles sont moins béantes , moins larges, et les bords qui leur servent de limites sont plus réguliers et plus mousses (fig. i4- C. D, fig. i5. A.). Or, comme ces particularités ne sont pas nettement définissables , et comme tous les individus provenant de Yanacondo étaient plus grêles, plus flasques, et, si je puis m'exprimer de la sorte, plus maigres que l'individu provenant du Pithon , je ne crois pas devoir tenir compte de nuances dis- tinctives aussi peu tranchées, et j'admets, sans restriction aucune la similitude entière de ces helminthes. Les segmens articulés présentent en effet deux orifices générateurs aussi aisés à reconnaître que dans les parasites de XAnacondo 3 si toutefois on a soin , pour les trouver et les bien voir sur une articulation quelconque, de soulever le bord saillant de l'arti- culation qui précède et sous lequel l'orifice antérieur est sou- vent caché (fig. i3, a, b). Avant que j'eusse vérifié sur l'individu même décrit par M. de Blainville les caractères que j'avais reconnus aux para- VI Zoor.. — TCovemt ' re. ' »o 3o6 en. leblond. — Helminthologie. sites de l'Anacondo, lorsque j'avais seulement en main mes pro- pres observations, j'avais cru devoir fonder sur elles un genre nouveau de Cestoïde. Je leur avais donc imposé le nom généri- que de Prodicœlie (Prodicœlia), voulant indiquer ainsi la pré- sence des deux canaux élémentaires de la tête, et le nom spé- cifique de Ditrème (Ditrema), pour exprimer la duplicité re- marquable des orifices générateurs sur chacune des articula- tions. Mais je ne me dissimulais pas qu'un jour peut-être la Prodicœlie ditrème [Prodicœlia ditremd) perdrait son épithète spécifique; car il est impossible d'établir avec sûreté le nom d'une espèce nouvelle quand on n'a pas d'autres espèces voisi- nes qu'on puisse mettre avec elle en comparaison. Que serait devenu, par exemple, le nom spécifique du premier Bothrioce- phale connu, s'il eût été donné d'après la position médiane des pertuis ovariques. Or, maintenant que l'identité complète du Prodicœlia ditrema et du Botridium Pithonis est démontrée par la confrontation des types eux-mêmes, est-il opportun, est- il même convenable de changer une appellation reçue? Je laisse au lecteur le soin de décider la question. M. Duvernoy, professeur à la Faculté des Sciences de Stras- bourg, m'a montré, aux vacances dernières, le dessin original d'une espèce nouvelle de Bothridium désignée par lui sous le nom de Bothridium laticeps (i), et sur l'histoire de laquelle il est revenu plus tard en émettant, le doute qu'elle pouvait être une simple variété du Bothridium Pithonis. (2) Je n'avais pas, à cette époque , les données anatomiques suffi- santes pour éclairer la question; je ne me suis donc pas cru en droit de rien affirmer, et je n'ai dès-lors élevéaucun doute: mais ayant eu plus tard l'occasion d'étudier le sujet sous toutes ses faces, je dois à la vérité de dire que je partage entièrement la seconde opinion émise par le savant anatomiste , et que,sui- (1) Fragmens d'anatomie sur l'orgaiiisatiou de» serpens; lus à l'Académie des Sciences dans les séances du 18 juin et suiv. i832. — Anuales des Sciences naturelles, tom. xxx, pag. 77. (Je l'exemplaire tiré à part que M . Duvernoy a bien voulu me donner. (2) L'Institut, 7 septembre i836, n. 174, p. 298; extrait des procès-verbaux delà Société des Sciences naturelles de Strasbourg , séauce du 4 mai i836. eu. lfblond. — Helminthulogie. 307 vant moi, le Bot/iridium laticeps n'est qu'une variété du Bo- thridium Pithonis. Je ne ferai plus maintenant qu'une seule remarque. La formation des papilles saillantes et réunies par paires (r, r, r) (i), que M. Duvernoy dit correspondre aux capsules ce' phaliques (o, o, d), s'explique avec la plus grande facilité par les détails anatomiques exposés naguère. Il suffit d'admettre, en effet, que la partie moyenne des canaux céphaliques se con- tracte et se ferme quand la tète préalablement appliquée sur la membrane muqueuse intestinale s'est vidée , au moyen de ses orifices postérieurs, de tout l'air qu'elle contenait et qui empê- chait son adhérence. Les saillies internes et opposables l'une à l'autre des ouvertures antérieures doivent agir concurremment pour déterminer l'ascension de la membrane muqueuse et pro- duire les doubles papilles qui se développent à sa surface. EXPLICATION DE LA PLANCHH l6. Fig. I. Amphistome ropaloïde encore renfermé dans son kyste; grandeur naturelle. Fig. ». Le même très grossi. — a. déchirure du kyste; b. Amphistome ropal. eu place; c. face convexe de la grande ventouse; d. grande ventouse; e. renflement qui succède à la grande ventouse ;/. portion rétrécie de l'entoioaiie; g. orifice de l'extrémité rétrécie; h. kyste. Fig. 3. Amph. ropal. sorli du kyste. — a. renflement particulier devenu viable après l'ex- tension de l'aniiual; b. grande ventouse; c. renflement indiqué en e. fig. a. Fig. 4. Tétrarhynque appendiculc , grandeur naturelle. Fig. 5. Le même très grossi. — a. a. trompes ; b. appendices. Fig. 6. Bothriocephalus corollatus. — a. b. c. d. portion des trompes, armée de crochets ; B. C. D. E. portion étroite des trompes ; e. /. g. h. renflement basilaire et cylindroïde des trompes. Fig. 7. Trompe séparée du Bothr. corol. — — a. repli préputial de la trompe. Fig. 8. Extrémité céphalique du Bothr. coroll. — A. infundibulum. Fig. 9. Prodiceelie. ditrème recueilli dans les intestins du Boa Scytaîe ; B. C. o-ifiees (inté- rieurs; D. E. orifices postérieurs de la tête; F. sillon intermédiaire aux deux canaux cé- phaliques. Fig. 10. a. b. saillies opposables de l'orifice antérieur (voyez fig. 9 , B. C.);c. orifice pos- térieur ouvert pour montrer les plis interres. Fig. 11. Articulations du même auimal , laissant voir la série des deux orifices ovariqu es A. B. C. D. E. Fig. i3. Autre série d'articulations. — a. b. orifices ovariques. Fig. 14. Bothridium Pythonis d'après l'individu conservé à la l'acuité des Sciences de Paris, tl décrit par M. de Blainville. — A. B. orifices antérieurs; C. D. orifices postérieurs. Fig. i5. Même animal vu de côté. — a. l'un des orifices postérieurs. .'1) Mcraoirecitc, pi. 11, fig. I. $o8 p. gfrva:s. — Reptiles de Barbarie. Émimération de quelques espèces de Reptiles provenant de Barbarie , / ■ . . Par M. P. Gervais. Les Reptiles que nous avons étudiés proviennent du Maroc , et de la province d'Alger. Nous devons les uns à M. Fortuné Eydoux, qui a visité Tanger, lorsqu'il était chirurgien-major de la frégate La Victoire; les autres ont été pris aux environs d'Al- ger , par M. le docteur Marloy, qui a bien voulu nous les com- muniquer; nous en avons également vu plusieurs qui viennent aussi de Bone et d'Oran; ces derniers ont été envoyés au Mu- séum de Paris, par MM. Bravais, Gérard, Guyon et Stenheil. Les espèces que nous ont fourni les recherches des diverses per- sonnes que nous venons de citer, ne s'élèvent qu'à vingt-sept, mais quoique leur nombre soit peu considérable, elles suffisent pour donner, de l'erpétologie de la Barbarie une. idée assez complète. Comme il était facile de s'y attendre, les Reptiles de cette contrée sont peu différens de ceux des autres parties du littoral méditerranéen; mais toutefois un fait mérite l'attention, c'est que le nombre d'espèces communes à l'Espagne et à la Mo rée, qui se retrouvent en Barbarie, est plus grand sans con- tredit que celui des espèces égyptiennes. Nous n'insisterons pas sur cette remarque qui se lie à des recherches géographiques d'un autre genre; les connaissances des naturalistes sur les pro- ductions de ces pays intéressans sont d'ailleurs si peu avancées, que toute généralisation qu'on chercherait à établir dès à présent, serait sans contredit prématurée. On n'a encore sur l'erpétologie du nord de l'Afrique, que les renseignemens recueillis par MM. Geoffroy <, Savigny, Ruppel, etc., pour l'Egypte; et par Shaw et Poiret, pour la Barbarie. Vandelli a étudié les Reptiles d'une partie de l'Espagne; Wagler en a aussi décrit quelques- uns, mais par une erreur assez bizarre, il les a donnés comme du Brésil; feu Michaè'llis les a plus récemment observés. M. Du- p. gfrvais. — Reptiles de Barbarie. Soi.) gès a fourni d'excellcns renseignemens sur plusieurs espèces de la France méridionale; M. Ch. Bonaparte étudie celles d'Italie, sur lesquelles s'est déjà exercé Metaxa; et tout dernièrement MM. Bi- l)ron et Bory ont publié l'es noms de trente-et-une espèces, dont quelques-unes nouvelles, rapportées de Morée. D'autres rensei- gnemens existent aussi sur les Reptiles des mêmes contrées , mais ils sont pour la plupart dispersés dans différens ouvrages , et n'ont pas pour but spécial la géographie erpétologique. Les Reptiles Ché Ioniens commenceront la liste des espèces de Barbarie que nous avons à signaler. i . Testudo marginata Scbaeff. (d'Alger.) a. Testubo ibf.ra Pall. 7\ pusLUa Shaw., T. mauritanica Dum. et Bibr. n. p. 44. (d'Alger où elle est commune et d'où on l'apporte fréquem- ment à Paris.) 3 Emys lepkosa Schweig. Clemmj's sigris Michacllis. Isis i83o; E.sigris Dum. et Bibr. p. a4o. Alger.) Dans l'ordre des Saurophidiens, nous avons reconnu : 4. Gecko {plalydaclylus) fascicuxaris Daud. (Alger. Tanger.) 5. Gecko {hemidactylus) verruculatus Cuv- 6. Gymnodactylus mauritanicus Dum. et Bibr. t. 3. f. 4i4. (Alger.) 7. Chameeeo -vulgaris Linn. (Tanger, Alger, etc.) 8. Uromastyx (acantkinurus). Bell., Zool. journ. 1. pi. 17 (Alger). 9. Lacerta viridis L. (Alger.) 10. Lacerta agilis L. (Alger.) 1 1. Aloira rabarica, Lacerta algira Linn. (Alger.) \'j. Lerista Dumerilii Cocteau , tab. scincoideorum \ Alger). i3. Scincus oceleatus (Tanger, Alger). Plusieurs individus sont ocellés, mais un de ceux de Tanger ne l'est pas et se distingue au contraire par une bande latérale d'un brun roussâtre ; il sera question de cette variété dans les Etudes sur les Scinco'ides que publie le docteur Th. Cocteau. i4. Scincus cyprius Cuv. Rcgu. anim. 2. p. t'a Anolïs gigantesque Geolï. Egypte p. 3 f. 3. Voyez le Scinque de Geoffroy. Th. Cocteau toc. ci'. (Alger, par M. le D r Guyon.) 3io v. gerva-is. — Reptiles de Barbarie. i5. Sei'3 tridactyixs Daud. Nous en avons deux variétés; l'une d'elles paraît n'avoir point encore été décrite: elle est fauve avec six lignes d'un brun- chocolat. Les variétés de cette espèce peuvent être distinguées ainsi qu'il suit : o. 8-lineatus (Alger, Espagne, France méridionale, Italie.) C'est l» Zygnis striatua Fitziuger. p. 6-lineatus (Alger.) -j. k-lineatus. Cette troisième variété, le Lacerta chalcides de Linné ne nous est connue que d'Italie. 16. Anguis fragilis Linn. (Alger.) 17. Anotjis punctatissimus Bibr. et Bory, Expéd. Morée, Reptiles sp. 18. pi. xi. f. 5. (Alger.) Cet orvet, tout nouvellement caractérisé , n'a encore été indi- qué qu'en Morée. Il peut être distingué de VA. fragilis par les apparences que voici : plaque rostrale plus grande que chez VA. fragilis, contiguë avec les nasales, ce qui n'a pas lieu chez ce dernier, celles-ci se touchant elles-mêmes sur la ligne médiane par leur bord interne; chaque nasale envoyant en arrière tin petit sillon qui fend dans toute cette portion de son étendue la plaque dans laquelle elle est percée. Les plaques rostrale et nasales un peu élevées au-dessus des autres céphaliques et formant une sorte de petit masque; les deux rangées de squames médio- dorsales, moins différentes par leurs formes des rangées voisi- nes que dans V A . fragilis ; taille moindre que chez celui-ci, et corps marqué de petits points bruns disposés en lignes, assez peu régulières sur un fond de couleur claire. La langue est d'ailleurs légèrement bifurquée comme chez le fragilis et les autres Scincoïdes; on distingue bien les yeux, et il n'y a point d'opercule anal, ce qui rapproche X orvet pointillé de cette dernière espèce pour l'éloigner des A. MeleagrisetA. Cœcus qui sont des Acontias pour Cuvier. p. gervais. — Reptiles de Barbarie. 5ii 18. Pseudopus serpentinus Mcir. Lacerta apoda Pall. Fitzitig. P. Pullasii et DurvUlu G. Cuv. Règn. anim. 11. p. 69, etc. Nous avons reçu d'Alger par les soins de M. Marloy , un indi- vidu de cette espèce qui se rapporterait au P. Duruilii de Cuvier; mais il nous paraît évident, ainsi que nous l'avons fait remar- quer ailleurs, que ce Pseudopus n'est autre que le P. Serpentinus dans son jeune âge. Les plaques de la tête sont les mêmes chez l'un et chez l'autre et les squames, non plus que les carènes, n'offrent aucune variation soit dans leur nombre, soit dans leurs formes. Toutefois nous devons faire remarquer que M. Ménétries , dans son Catalogue raisonné d'objets recueillis au Caucase , assure que les jeunes P. Serpentinus se distinguent seulement par leurs couleurs plus foncées et par les carènes de leurs écail- les, qui sont plus prononcées, tandis que la coloration du P. Duivillii est assez différente. De plus, ce naturaliste décrit comme formant une autre espèce, qu'il appelle P. Fischeri % un Sheltopusik, qui nous paraît être le jf*. Durifillii lui-même. Celui-ci, s'il constitue réellement une espèce différente, ce qui ne nous est pas démontré, et ce que n'admet pas non plus M. Ch. Bonaparte, existerait donc en Géorgie, en Morée , en Italie, etc., toutes localités qui possèdent le P. Serpentinus. Nous connaissons trop peu les espèces de Barbarie, pour dire qu'il s'y rencontre seul dans cette contrée, ce que notre opinion ne per- met pas de supposer. 19. Amphisb-ena cinerea Vamlelli. A. oxyura Wagl. apud spix, sérp. Brésil pi. a5. f. 1. (Tanger). Nous avons donné dans le Magasin de Zoologie, Cl. m, 1*1. x, des détails sur cette espèce dont Wagler (Systema P. 197) fait son genre Blanus. 20. Amphisb.ena elegans Gcrv. Magas. xool. cl. m. |>1. 9. (Alger , par M. Guyon ; Tanger, îles Zaffarincs, M. Bravais, M. Eydonx.) A. vapite Orunneo, corpore cinerco, quadrails maculis eleganler or- nato ; oculis sculisque Amphibtenœ albec ; poris prœ-analibns nul- Us ; caudâ brevissimâ, aculiusculâ ; in non nul lis, long. 9. poil. 3)2 î>. gervais. — Reptiles de Barbarie. 21. Coluber Agassizii, Rlùnechis dgassizii Michaëll. in Wagler Icônes Ampbib. pi. 18. 22. Coluber hippocrepis Linn. (Tanger, Alger.) aZ. Coluber austriacus Linn. (Alger, Tanger.) 24. Coluber viperinus Linn. f^arietas : G. V. ^furo-lineatus , ou Vipérine à deux raies (d'Alger, de Bone, de Tanger). Elle se trouve aussi dans le midi de la France, où M. Dugès l'a indiquée (Ann. Se. nat. 2 e série. Zool. m, p. 1 38). 25. Coluber ^sculapii, Lacép. non Linn. — Savigny, Egypte, Rept. suppl. pi. 5. fol. 3. r Cttttrtsrtttù t*+*\J**>-Lm 26. Bufo arabtcus Crestz. apud. Rupp. Zool. atl. Araph. p. 20. pi. 5. f. 2. (de Bone.) 27. Triton Poireti Gerv. Bull. Soc. Se. nat i835. p. n3; Lacerta Palus- tris ? Poiret. Voy. en Barbarie part. 1. p. 290. (Alger, etc.) Wagler, dans son Systema Amphibiorum, p. 208, donne les Tritons comme ne vivant qu'en Asie, en Europe et en Améri- que; il pense donc que ces amphibiens n'existent point en Afri- que. L'assertion de Poiret eût pu néanmoins permettre au sa- vant erpétologiste de Munich de rectifier cette légère erreur, car il indique (Loc. cit.) le Lacerta Palustris , c'est-à-dire une espèce de Triton, parmi les animaux qu'il a recueillis en Bar- barie. Nous avons aussi des Tritons qui proviennent de la même localité; M. de Blainville en a reçu qui viennent de la Syrie , pays si analogue à l'Afrique Septentrionale par toutes ses pro- ductions zoologiques et botaniques ; enfin M. Al. Lefèvre a rap- porté de l'Oasis de Barieh, dans la Haute-Egypte, une autre sorte de Triton. 11 nous semble que c'est à tort que Poiret rapporte au Lacerta Palustris , les Tritons qui vivent en Barbarie; ceux que nous avons reçus de Bone, d'Alger, etc., diffèrent certainement des Salamandres aquatiques qu'il avait confondues sous la dénomi- nation de Palustris; nous donnerons à l'espèce à laquelle ils ap- partiennent , le nom du voyageur auquel on en doit la pre- mière indication. Le Tr. Poireti peut être caractérisé delà ma- nière suivante : élie de bkaumont. — Température du globe. 3i3 T. capite depresso , lato, corpore undique verrucoso, caudœ longitudinem œquante; pedibus anterioribus tetradactylis , pos- terioribus pentadactylis ; colore supra brunneo saturatiore macu- lato y infra exalbido vel sœpius/errugineofuscoque variegato. Synon. Lacerta Palustris , Poiret, voyage en Barbarie, pre- mière partie, p. 290, non Linn. nec auct. Cette Salamandre nous paraît intermédiaire aux vrais Tritons et à l'espèce dont Michaëllis a fait le genre Pleurodeles (PI. Faltl, Mich. lsis xxiu , pi. 2) ; ses côtes sont moins longues que chez celle-ci , mais elles le sont plus que chez les Tritons ordi- naires. Nous avons compté dans le squelette déposé au Mu- séum du T. Poireti seize vertèbres dorso-lombaires et trente- trois caudales ; les dernières caudales sont entièrement carti- lagineuses. Remarques sur l'évaluation de la température de la surface du globe pendant la période tertiaire, d'après la nature des dé- bris organiques qui s'y rapportent, Par M. Elie de Beaumont. Présentées à la Société philomatique le 28 mai i83o. A. la suite d'une communication de M. Deshayes relative à la détermination des températures qui existaient à la surface de la terre pendant la formation des terrains tertiares (voir les Ann. des Se. nat.t. 5),M.EliedeBeaumontannonceà la Société que ses leçons au collège de France l'ayant mis depuis long-temps dans le cas de s'occuper de la température dont nos latitudes ont dû jouir pendant les différentes périodes géologiques, il est ar- rivé relativement à la période de l'argile plastique et du calcaire grossier à un résultat un peu moins élevé que celui qui a été trouvé par M. Deshayes. 3i4 JÉlie de beaumojxt. — Température du globe. D'après M. Deshayes le bassin de Paris aurait joui, à l'épo- que du calcaire grossier d'une température au moins équato- riale, c'est-à-dire d'au moins 27 i/a c. ]V. Elie de Beaumout pense, conformément aux résultats déjà obtenus depuis plu- sieurs années par M. Ad. Brongniart, que le climat de nos con- trées, pendant la plus ancienne période tertiaire, doit avoir ressemblé beaucoup, quant aux conditions générales de tem- pératures, à celui de la Basse-Egypte dont la température moyenne est au Caire de 'i'i°. Il fonde son évaluation sur les considérations suivantes. A l'époque de l'argile plastique et du calcaire grossier, les fougères arborescentes et les cycadées, qui précédemment avaient peu- plé nos continens, et dont les formes se retrouvent encore de nos jours entre les tropiques, avaient sans doute cessé d'exister sous nos latitudes, puisque, d'après les recherches de M. Ad. Brongniart, on n'en trouve pas de restes dans les terrains tertiaires. A cette même époque, les récifs madréporiques qui, durant l'époque silurienne, ou peut-être même durant l'époque carbo- nifère avaient peuplé les mers, jusqu'à Inglowlick au nord de l'Amérique, par 69 1/2 de latitude, qui, durant l'époque juras- sique, s'étaient étendus jusqu'à Kirkdale en Yorkshire par 54° 1/2 de latitude, avaient également cessé de figurer dans nos parages, et depuis lors, ils ne s'y sont pas remontrés. Un abaissement dans la température des hivers paraît à M. Elie de Beaumont la seule cause qu'on puisse assigner à cette triple disparition. La température des hivers de nos lati- tudes devait déjà être assez basse, à l'époque dont il s'agit, pour que les fougères en arbres et les cycadées ne pussent conti- nuer à exister sur nos continens et pour que les espèces de po- lypiers qui ont la faculté de se grouper en récifs ne pussent continuer à vivre dans nos mers. D'un autre côté, l'argile plastique et le calcaire grossier de nos environs, et même des couches formées plus récemment en- core sur le sol de la France ou des contrées voisines, présentent de nombreux débris de palmiers, de crocodiles et de grands quadrupèdes pachydermes. La température dés hivers à l'épo- eue de beaumont. — Température du globe. 3i5 que du calcaire grossier était donc assez élevée pour permettre à ces formes organiques d'y prospérer, et même elle a pu s'abais- ser encore un peu sans les faire disparaître. En joignant cette considération à la précédente, on obtient deux limites entre lesquelles dut être comprise la température des bivers de nos contrées, à l'époque où le calcaire grossier s'y déposa. Ces deux limites sont assez rapprochées l'une de l'autre et les hivers du Caire tombent précisément entre elles. En effet, les palmiers et les crocodiles prospèrent en Egypte ; des hippo- potames et d'autres grands quadrupèdes y vivent. D'un autre côté, les fougères en arbre et les cycadées ne s'y montrent pas, et les récifs de polypiers qui bordent les rivages d'une grande partie de la Mer-Rouge, s'arrêtent au port de Tor, en Arabie, à près de a» de latitude au midi du Caire. Quant à la température des momens les plus chauds de l'an- née, elle est aujourd'hui presque la même dans toutes les con- trées qui ne sont pas très rapprochées des pôles, et M. Elie de . Beaumont pense que ce maximum normal Jes températures terrestres ne peut avoir varié considérablement depuis que la terre est couverte de végétaux. Or si les températures des hivers et celle des momens les plu» chauds de l'année étaient dans le bassin de Paris à l'époque du dépôt calcaire grossier, ce qu'elles sont aujourd'hui au Caire, la température moyenne devait être la même aussi, c'est-à-dire de 2 a . M. Deshayes base une évaluation plus élevée sur le grand nom- re des coquilles fossiles recueillies dans le bassin de Paris. Ce ombre est de 1200, tandis que dans les mers du Sénégal et de a Guinée on ne connaît encore que goo espèces de coquilles ; mais il est à remarquer, dit M. Elie de Beaumont, que les 1200 espèces de coquilles fossiles trouvées dans le bassin de Paris n'y ont pas vécu simultanément, elles proviennent de plusieurs as- sises formées successivement , et dont la plus riche serait bien loin de pouvoir en fournir un aussi grand nombre ; peut-être aussi , ajoute-t-il , connaît-on mieux les coquilles fossiles de*> 3i6 elie de beaumônt. — Température du globe. environs de Paris que les coquilles vivantes des mers équato- riales. M. Elie de Beaumônt entre ensuite dans quelques détails sur la manière dont il conçoit que les climats décroissans des pé- riodes géologiques successives ont pu résulter du refroidisse- ment graduel de la masse interne de la terre. On sait qu'il existe un rapport constant, entre l'excès de tem- pérature que la terre présente à sa surface, au-dessus de celle que le soleil et l'atmosphère tendent à lui communiquer , et l'augmentation graduelle de la température des lieux profonds. Aujourd'hui lorsqu'on s'enfonce dans la terre, la température augmente d'environ ^ de degré cent, par mètre , et l'excès de température de la surface est d'environ 3 -^ de degré. A l'épo- que du terrain houiller l'augmentation de la température par mètre de profondeur pouvait sans doute s'élever à 7; mais d'importantes considérations géologiques s'opposeraient à ce qu'on le supposât plus considérable. L'excès de la température de la surface ne pouvait donc dépasser lui-même ;, de degré cent., quantité trop petite pour pouvoir rendre compte di- rectement de la différence des climats actuels. L'explication de cette différence, si bien constatée par les géologues, ne peut donc se trouver que dans les effets acces- soires que pouvait entraîner une augmentation plus rapide qu'aujourd'hui dans la température des lieux profonds. Ces effets accessoires, selon M. Elie de Beaumônt, pourraient être réduits à trois, qui tous auraient concouru à rendre les cli- mats polaires beaucoup moins différens du climat équatorial qu'ils ne le sont aujourd'hui. Premièrement dans les plus anciennes périodes géologiques les glaces polaires ne devaient pas exister, et leur suppression suffirait probablement à elle seule pour relever jusqu'à o° la température moyenne du pôle qui est peut être aujourd'hui de 25° au dessous de zéro. Secondement ,* lorsque les glaces polaires n'existaient pas, la mer devait présenter, depuis la surface jusqu'au fond, une tem- pérature beaucoup moins inégale qu'aujourd'hui. Cette tempé- rature devait être partout d'un certain nombre de degrés au académie des Sciences. 3 1 7 dessus du maximum de densité de l'eau de mer. Dans une pa- reille mer, l;i température delà surface ne pouvait jamais s'abais- ser que d'une très petite quantité au dessous delà température de la masse ; cette mer devait se couvrir de brouillards dans les parties voisines des pôles aussitôt que le soleil s'éloignait de l'horizon. Troisièmement : lorsque la température des lieux profonds croissait dix fois plus vite qu'aujourd'hui, les sources thermales et les jets de vapeur chaude étaient beaucoup plus fréquens qu'aujourd'hui , presque toutes les sources étaient nécessaire- ment thermales, et chaque fois que le soleil s'éloignait de l'ho- rizon des pôles, le sol devait se couvrir de brouillards qui dé- truisaient le rayonnement nocturne et le rayonnement hiver- nal. Ces brouillards qui n'existaient que pendant l'absence du soleil, tempéraient le froid des nuits et des hivers, sans rien changer à la chaleur des étés. Ils élevaient donc la température moyenne et rendaient le climat plus doux, plus uniforme, plus équatorial. Ils se joignaient à l'action d'une mer plus chaude et plus difficile à refroidir à sa surface, pour produire dans la température du pôle une anomalie positive y diamétralement contraire à X anomalie négative que les glaces permanentes y produisent aujourd'hui. Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à l'académie des Sciences pendant le mois de novembre 1 836. Séance du 7 novembre. Philosophie de la nature. — M. Geoffroy Saint-Hilaire donne lecture d'une dissertation intitulée : de V histoire naturelle générale considérée comme appelée à donner un jour les révélations de la première philosophie. Note sur une le te de chameau fossile trouvée dans le grès des Sous-Hyma- laïa ; par M. de Blaikville. « Jusqu'ici, les personnes qui se sont le plus occupées de recueillir tout ce 3i8 Académie des Sciences. qui a été fait et publié sur les ossemcns fossiles de mammifères, n'eu ont en- core indiqué aucun qui aurait appartenu d'une manière certaine à l'ordre des quadrumanes (singes et makis), ni à la famille des chameaux dans l'ordre des ruminans , animaux qui semblent en effet être confinés dans des limites bieu déterminées. Il est bien vrai que Bof anus, ayant acheté d'un marchand trois dents molaires d'un animal ruminant qu'on lui assura avoir été trouvées dans la Sibérie, avec des dents de mastodonte, crut qu'elles avaient appartenu à un ani- mal de la famille des chameaux, et en fit cependant, à cause de quelques légères différences, un genre sous le nom de Merycotherium ; on sait aussi que M. Mar- cel de Serres envoya, il y a quelques années, à M. Cuvier, le dessin d'une por- tion de fémur qu'il attribuait à un chameau; mais, comme le fait justement ob- server celui-ci, en supposant que ces restes aient réellement appartenu au cha- meau, il n'est pas certain qu'ils soient réellement fossiles. En sorte que jusqu'à présent, on pouvait regarder au moins comme fort douteux, qu'il y eût des os- semens fossiles de chameau ; il n'en est plus de même aujourd'hui que l'on vient de découvrir' un crâne presque entier, qu'il est impossible de ne pas rap- porter au dromadaire ou chameau à une seule bosse, comme le prouve le dessin que je mets sous les yeux de l'Académie, et l'extrait, que je demande la permis- sion de lui lire, d'une lettre de M. Henry Durand, officier attaché au service de la Compagnie des Indes à Dadoopor, adressée, le i4 avril dernier, à son frère et que celui-ci a bien voulu me remettre. Ce crâne a été trouvé dans un grès ou sandstone fort dur, exploité sans doute comme pierre de construction de l'Inde, le long du versant méridional des Sous-Hymalaïa. « L'Académie verra encore par la lecture que je vais avoir l'honneur de lui faire, que dans les mêmes lieux a été découverte la partie antérieure de la tête d'un mammifère intermédiaire aux genres AnoplotJierium et Palœotherium des environs de Paris, mais dont M. Henry Durand ne nous a malheureusement pas envoyé de dessin, et enfin une dent d'une espèce de mastodonte qui res- semble beaucoup à celle de l'espèce que M. Cuvier nomme Mastodonte à dents étroites (Mastodon angustidens), et qui, si ce rapprochement était exact, se trouverait fossile dans trois parties du monde : en Europe , en Amérique et en Asie. » Extrait de la lettre de M. Durand. Dadoopor, 14 avril i836. «r 2 c vous envoie l'esquisse d'un crâne fossile d'une espèce de chameau qui existe dans notre collection ; il a été trouvé sur les bords du versant méridional des Sous-Hymalaïa, à environ deux milles de Ramghur et six de Pinjor. Com- paré avec les espèces existantes dans ce pays, il offre quelques légères différences dans la forme et plus encore dans la disposition sériale du petit nombre de mo- laires qui restent dans l'échantillon : vous pourrez peut-être m'apprendre si cette tête offre une ressemblance un peu marquée a\?ec quelque espèce de chameau académie des Sciences. 319 du Muséum d'histoire naturelle. Nous avons plusieurs fragmens de la mâchoire inférieure et de quelques autres os, que je n'aj pas dessinés, parce qu'Us ne sont pas dans un état assez parfait de conservation pour qu'on puisse tirer aucune déduction de leur étude. Le dessin qui accompagne ma lettre, est réduit à moi- tié de grandeur naturelle. — Eschares fossiles. mites respectives, et leur surface externe est criblée d'un nombre assez considérable de petits trous; enfin leur ouverture, quoi- qu'à-peu-près perpendiculaire à leur grand axe, est presque terminale; son bord antérieur est semi -circulaire; mais son bord postérieur est droit et divisé sur la ligne médiane par une fis- sure large et profonde qui semble remplacer le trou accessoire que nous avons vu chez l'Eschare foliacé. C'est surtout cette dernière différence qui rend facile la distinction des deux es- pèces. Dans les parties du Polypier que l'on reconnaît à raison de leur position, pour avoir été formées avant celles dont nous venons de parler, et que l'on doit par conséquent considérer comme étant parvenues à un âge plus avancé, on voit que les pa- rois des cellules sont devenues plus épaisses et plus compactes; les pores de leur surface ont presque entièrement disparu, et on ne distingue plus de dépressions correspondantes à leurs pour- tours respectifs (3). Leur ouverture est considérablement rétrécie et se trouve enfoncée au-dessous du niveau de la surface géné- rale du Polypier; la fissure de son bord inférieur disparaît aussi peu-à-peu , et dans beaucoup de vieilles cellules , sa forme gé- nérale est complètement changée; car, au lieu de représenter la moitié d'un ovale comme dans le jeune âge, elle est devenue tout-à-fait circulaire. Enfin, dans ce Polypier fossile on voit aussi des exemples fréquens de l'occlusion complète des cellules , et lorsqu'il est parvenu à cet état de vieillesse extrême, on pourrait bien fa- cilement se méprendre sur sa nature^ à moins d'avoir étudié avec attention sa structure intérieure ; car dans l'épaisseur des cloi- sons on retrouve encore les cavités intérieures de ces loges. L'Eschare incisé se trouve dans le Crag du comté de Suffolk, eu Angleterre. Les échantillons que je possède ont été pris à Sudbourne, et proviennent de la couche inférieure de cette for- mation , désignée sous le nom de Crag a Corallines, par M. Char- lesworth à qui on doit d'intéressantes observations sur l'histoire géologique de ce terrain. (0 fil. 9 fi g% , \ milnf. edwards. — Eschares fossiles. 3»7 i. De l'eschare monilifere, Eschara monilifera. ( Planche 9 , fig. 1. ) Une autre espèce d'Eschare qui paraît être beaucoup plus abondante dans la localité si riche en Polypiers dont nous ve- nons de parler, est celle que nous avons désignée sous le nom d'Eschare monilifere, à cause de l'aspect produit parles séries de petits trous dont sa surface est ornée. Ce Polypier forme aussi de grandes expansions dont la réunion constitue une masse ca- verneuse; mais ces lames, au lieu de s'élever d'une base très large, naissent d'une portion étroite qui représente une sorte de tige.(i) Les cellules tégumentaires de cet Eschare sont allongées etpy- riformes (a). Dans le jeune âge leur ouverture est ovalaire et se prolonge inférieurement sous la forme d'une échancrure ; elle est peu saillante, parallèle à la surface du Polypier et située près de l'extrémité antérieure des cellules. La surface extérieure de ces loges est légèrement bombée et présente de chaque côté un sillon longitudinal, dont le fond est percé par une série de petits trous; l'espace médian compris entre ces deux rangées de trous est très étroit, et celui situé entre les deux rangées correspondantes des cellules voisines est renflé et constitue une sorte de bordure onduleuse qui se continue entre les séries pa- rallèles de cellules et donne ainsi naissance à une multitude de lignes saillantes qu'on remarque à la surface du Polypier. Dans beaucoup de cellules on distingue de chaque côté de l'ouverture un renflement ou un tubercule dont le sommet est occupé par un trou pyriforme beaucoup plus grand que les pores dont il a déjà été question (3). Ces protubérances ont beaucoup d'analo- gie avec celles dont nous avons décrit le développement chez divers Eschares vivans et pourraient bien être aussi des capsules («) PL 9, "g-!. (*) Pi. 9, fig. i°. (3) t, fig. i- , pi. 9 . 3a 8 milne edwards. — Eschares fossiles. gemmifères. Dans les cellules plus avancées en âge ces protubé- rances ont, en général, disparu, et l'ouverture, sans avoir changé de forme , paraît s'être enfoncée dans la substance du Polypier par suite du renflement des parties voisines. Dans des parties encore plus anciennes du Polypier on voit qu'il est sur- venu par les progrès de l 'âge des changemens plus grands. Les ouvertures des cellules , après s'être rétrécies et enfoncées de plus en plus, s'oblitèrent complètement (i); les doubles rangées de pores qui ornaient les cellules disparaissent aussi et les pa- rois de ces loges acquièrent une texture plus caverneuse ; les bourrelets qu'on remarquaità la jonction des séries longitudinales de cellules se distinguent encore, et l'espace compris entre eux et correspondant à la portion médiane des cellules montre une tendance à se sillonner de manière à former d'autres bourrelets longitudinaux semblables aux premiers. Enfin, dans les parties les plus inférieures du Polypier, dans celle qui en constitue la tige, par exemple , toute trace de l'exis- tence des ouvertures cellulaires s'est effaeée et la surface de cette agrégation de loges oblitérées est entièrement couverte de stries longitudinales saillantes et légèrement onduleuses qui se continuent dans une longueur considérable et qui sont serrées les unes contre les autres (a). Dans cet état ce Polypier fossile ressemble beaucoup plus à un morceau de corail qu'àunEschare ordinaire; une pareille disposition est même si éloignée de tout ce qu'on pouvait s'attendre à trouver dans un Polypier de ce genre que, l'ayant d abord observée sur un fragment dont au- cune partie ne laissait apercevoir de cellules, je me suis trompé sur la détermination de mon fossile et que peut-être serais-je resté dans l'erreur si d'autres échantillons ne m'avaient offert dans le même Polypier toute la série de changemens par lesquels les cellules avaient passé pour se confondre de la sorte en une masse d'apparence homogène. L'Eschare monilifère est très commun dans le Grag à Polypiers de Sudbourne et se rencontre aussi dans les Faluns de la Tou- (r) ri. 9. fis- i" (a) PI 9, fig. u. milnk edwa-hds. — E nharesjossiles. 3ao, rainequi, d'après les observations de M. Desnoyers, doivent être considérés comme appartenant à une même époque géologique. 3. De l'eschare criblé. Eschara pertusa. ( Planche io, fig. 3.) Si l'on se contentait d'un examen superficiel, on pourrait fa- cilement confondre avec l'espèce précédente un autre Polypier qui habitait les mêmes mers et qui existe également à l'état fos- sile dans le Crag de Sudbourne. En effet, ce qui frappe le plus dans ce dernier Polypier, auquel je donnerai le nom d'Eschare criblé, ce sont deux rangées longitudinales de trous assez grands sur la surface de chaque cellule à-peu-près comme chez l'Eschare monilifère; mais, du reste, ces deux espèces ne se ressemblent que peu. Ici les cellules (1) sont très renflées en-dessus , obtuses aux deux bouts et à bords latéraux presque parallèles; elles res- tent bien distinctes entre elles, même dans la vieillesse , et au fond du sillon résultant de leur jonction on distingue une série de pores. L'ouverture de ces loges représente la moitié d'un ovale dont la troncature serait postérieure et légèrement con- cave; elle est située à une petite distance du bord antérieur de la cellule et toute la portion voisine de celle-ci est bombée. En- fin , vers la moitié de leur longueur, les cellules sont un peu ré- trécies et déprimées _, mais en arrière elles se renflent de nouveau. Dans un certain nombre de cellules on remarque sur la ligne médiane immédiatement en arrière de l'ouverture un petit ren- flement dont le sommet est occupé par un pore (2), et sur d'autres cellules on voit que cette protubérance est devenue une grosse capsule sphérique qui recouvre une partie de l'ouverture située au-devant (3). A sa partie supérieure on aperçoit une dépression pyriforme perforée vers sa base et analogue à ce que nous avons déjà signalé sur plusieurs Eschares vivans, tandis que par sa »... .'J (1) pi. 10, îig. 5. (2) PI. 10 , Gg 3». (î) ri. .0, Gg. 3. 33o MiLNE edwards. — Eschares fossiles. forme générale cette capsule ressemble tout-à-fait aux vésicules gemmifères des Flustres et des Escharines. Dans des points du Polypier où lage des cellules doit avoir été plus avancé (i) j'ai trouvé plusieurs de ces loges dont l'ouver- ture n'était plus qu'une fente semi-lunaire, et un grand nombre d'autres dont toute la partie antérieure était complètement bouchée bien que les pores de la partie postérieure fussent res- tés béans et que la forme générale de ces loges n'eût pas changé. L'Eschare criblé forme de grandes lames foliacées qui parais- sent se réunir de manière à constituer des masses caverneuses; mais jusqu'ici je n'ai vu aucun échantillon assez complet pour être bien certain de la forme générale du Polypier. 4. De l'eschare de sedgwick. Eschara Sedgwickii. (Planche 10, fig, 6. ) L'espèce d'Eschare que je dédie au savant professeur de géo- logie de l'université de Cambridge se trouve à l'état fossile dans la même localité que les précédentes , dont elle est du reste fa- cile à distinguer. Les cellules qui la forment sont très larges et renflées à leur partie antérieure; leur ouverture est très grande et tout-à-fait circulaire et près de leur pourtour se trouve une série de petits trous (2). On voit aussi plusieurs de ces pores sur la partie moyenne et inférieure de la surface de chaque cel- lule, et, en général, ils y forment par leur réunion quatre ran- gées longitudinales bien distinctes. Ici, de même que dans les espèces précédentes, on voit qu'au moment de leur mort plusieurs de ces polypes étaient dans l'acte de produire ces protubérances, que l'analogie nous a fait appe- ler des capsules gemmifères (3) ; elles se développent sur la ligne médiane vers le milieu de la portion postérieure ou verticale de la cellule et ressemblent beaucoup à celles que nous avons dé- crites chez l'Eschare lobule. '|) PI. 10, fig. 3 a . (1) pi. 10, fig. 5. (3) PI. tO.fig. Sa. M i ln e i d vv a rds . — Eschares fossiles. 3 3 1 5. De l'eschare large. — Eschara lata. ( Planche n, Gg. il.) On trouve dans le terrain tertiaire de Doué , connu sous le nom de Grison , une autre espèce d'Eschare fossile également remarquable par la grandeur de l'ouverture des cellules, mais qui diffère de toutes les espèces précédentes par les dimensions et la forme générale de ces loges (i) Elles sont hexagonales, presque aussi larges que longues, renflées et percées de quelques pores placées irrégulièrement; on remarque aussi une rangée de petits trous au fond des sillons qui séparent les cellules entre elles. L'ouverture de ces loges est ovalaire plutôt que circulaire et retrécie vers sa partie postérieure ; enfin, au lieu d'être située près du bord antérieur de la loge, elle en est très éloignée et se ouve vers leur tiers antérieur. 6. De l'eschare de deshayes. Eschara Desliaysii. ( Planche 10, fig. 4.) Je dédierai à l'habile naturaliste qui a si bien fait connaître les coquilles fossiles des environs de Paris une espèce d'Eschare provenant de la même localité que la précédente. Ce fossile con- stitue de grandes lames foliacées diversement anastomosées entre elles (2). Les cellules (3) se rapprochent assez, par leur forme générale, de celles de l'Eschare lobule des mers d'Austra- lasie(4), mais sont beaucoup plus grandes. Dans le jeune âge (5), elles sont bien distinctes entre elles et sont séparées par une rangée de petits trous; leur portion antérieure a la forme d'une moitié d'ellipsoïde , mais dans leur portiou postérieure elles se (1) PI. 5, fig. 3„ et 3». (a) PI. 11, fig. 11. (3) PI. 10, fig. 4. (4) Pi. IO, fig. 4 a, 4 b , 4' (5) PI. 10, fig. 4. 33a milne Edwards. — Eschares fossiles. rétrécissent beaucoup et leurs bords latéraux deviennent conca- ves. Leur surface est assez bombés et ne présente pas de pores notables, enfin leur ouverture plus longue que large, se termine postérieurement par un bord droit ou légèrement convexe, et dans ce dernier cas, on remarque aussi un faible rétrécissement au devant des angles latéro-postérieurs(i), de façon que la dispo- sition de cette partie rappelle un peu ce que nous avons vu chez l'Eschare denté (a) et l'Eschare cervicorne. (3) Par les progrès de l'âge, les petites lacunes qui existaient d'a- bord entre les cellules disparaissent et les parties latérales de ces loges se renflent de manière que la surface générale du po- lypier s'applanit(/ t ). Mais plus tard cette surface devient de nou- veau inégale par suite du développement de deux renflemens qui occupent, l'une la portion postérieure de la cellule, l'autre compris entre celui-ci et l'ouverture, et qui paraissent être les premiers vestiges d'autant de capsules gemmifères. (5) 7. De l'eschare voisin. Eschara affinis. ( Plauche i o , fig. 6. ) Le Grison de Doué nous a fonrni une troisième espèce d'Es- chare qui ressemble beaucoup à X Eschara cancellata de la craie de Maestricht figurée par M. Goldfuss (6), mais qui s'en distingue par plusieurs caractères. Dans l'un et l'autre de ces fossiles, on voit au devant de chaque cellule deux crêtes obtuses et di- vergentes qui se dirigent vers le bord antérieur des deux cellules voisines, mais qui s'effacent presque entièrement avant que d'y parvenir; dans X Eschara cancellata, ces lignes partent d'un même point et leur réunion forme une multitude de petits car- rés dont toute la surface du polypier est. couverte, tandis qu'ici elles sont éloignées à leur base et séparées par le bord antérieur (0 pi. io,fig. 4*. (2) PI. 3 , fig. a". (3) PI. i, fig. tj. (4) PI. 10, fig. 4 e - (5) PI. 10, fig. 4 ri - («) Pelrciacla, pi. 8 , fig. i3. MILiNK FDWARDS. — EsckctrCS fossiles. 333 de la cellule qui est saillant et assez long, de façon que l'espèce de cadre, résultant de leur réunion est hexagonal (1). La sur- face de la cellule, comprise entre ces lignes marginales, est bombée, mais moins élevée qu'elles, et on n'y voit pas de pores ; l'ouverture qui en occupe la partie antérieure est médiocre et à-peu- près pyriforme. Les lames fournies par le double plan de ces cellules sont assez épaisses et onduleuses (a) ; elles se réunissent de façon à constituer une masse caverneuse à-peu-près comme chez l'Es- chare foliacé. 8. De l'eschare poreux. Eschara porosa. (Planche n, fig. 7. ) Cette espèce est remarquable par la multitude de petits porcs dont toute la surface du Polypier est couverte. Dans l'échantil- lon que j'ai examiné je n'ai pas trouvé de jeunes cellules; toutes étaient peu distinctes entre elles , mais par les dépressions qui correspondaient à leur point de jonction on pouvait reconnaître qu'elles devaient avoireu une forme ovalaire(3). Leur ouverture est circulaire et se dirige d'abord très obliquement en avant , comme nous l'avons déjà vu chez l'Eschare épais ,4)î niais par les progrès de l'âge toutes les parties voisines s'élèvent à-peu- près au même niveau, et alors elle ressemble à un trou percé directement au fond d'une petite excavation dont la profondeur parait augmenter peu-à-peu (5). Sur un assez grand nombre de ces cellules j'ai trouvé aussi un renflement qui en occupe la moi- tié inférieure et qui paraît dû à un premier degré du dévelop- pement des capsules gemmifères. (6) Les cellules ainsi réunies entre elles constituent, comme d'or- tO PI. 10, fig. 6. (a) PI. u, fig. 7. (3) PI. ii, fig. : ». (4) PI. 5, fig. r. (5) PI. ir, fig.;'. (6) PI. ,i,fig. : \ 334 milne edwahds. • — Escharesfossiles. dinaire, de grandes lames adossées deux à deux; mais l'union de celles-ci est. moins intime que chez la plupart des Eschares et souvent elles se séparent sans que les cellules se déchirent. Du reste les expansions qu'elles constituent sont très larges et se réunissent entre elles à-peu-près comme dans les espèces pré- cédentes (i). L'Eschare poreux provient des terrains sub-apen- nins du Plaisantin. 9. De l'eschare bifurqué. Eschara bifurcata. (Planche 11, fig. 8.) J'ai cru devoir rapporter à l'espèce décrite par M. Desmarest sous le nom de Flustre bifnrquée (i) un Eschare fossile des ter- rains tertiaires des environs de Paris que j'ai trouvé à Grignon et qui diffère de toutes les espèces précédentes par la petitesse extrême des cellules. Dans le jeune âge ces loges sont de forme à-peu-près ovalaire , rétrécies postérieurement , un peu renflées en avant et à parois très épaisses; leur ouverture est pyriforme plutôt qu'ovalaire et leur surface ne paraît pas sensiblement po- reuse (2). A une époque plus avancée de la vie, la plupart des cellules présentent vers leur partie inférieure un renflement oblique dont la surface ne tarde pas à offrir une dépression ou même une ouverture pyriforme (3). A peu de distance au-dessous des cellules ainsi conformées on en voit d'autres dont l'ouver- ture est devenue très petite et circulaire ou bien s'est bouchée complètement (4], et il est à remarquer que le tissu des parois de ces loges paraît devenir alors beaucoup plus poreux que dans le jeune âge. Dans toute la partie inférieure du Polypier on ne voit pas une seule cellule poreuse de son ouverture, mais on distingue encore dans la masse commune formée par leur réu- nion un léger renflement qui correspond à chacune d'elles. (5) (i) Flustra bifwcata Desmarest , Bull, de la Soc. Philom. 1814, t. 4 , p. 53, pi. a, fig. 6. (a) PI. ir, fig. 8a; a. (3) PI. 11, fig. 8". (4) c fig. 8». (5) Fig. S h. milne edwards. — Eschares fossiles. 335 Cet Eschare, qu'on ne trouve ordinairement qu'en fragmens très petits, forme des expansions foliacées et rameuses qui se dé- doublent assez facilement, (i) Il se pourrait bien que le fossile mentionné par M. Defrance sous le nom iï Eschara grignonensis (2) , mais dont il n'a été pu- blié encore ni description ni figure, se rapportât à cette espèce. 10. De l'eschare de brongniart. Eschara Bron^niartii. ( Planche n, fig. 9). Parmi les fossiles des terrains tertiaires des environs de Paris que possède M. Brougniart se trouve un petit Eschare lamelleux dont les cellules sont à-peu-près de même grandeur et de même forme que dans l'espèce précédente; mais l'ouverture de ses loges est beaucoup pins grande et de forme circulaire, et de cha- que côté de leur ligne de jonction on voit une rangée de pores dont deux, situés un peu en arrière du bord postérieur de l'ou- verture, sont plus grands que les autres. Du reste ce petit Poly- pier ne m'a paru présenter rien de remarquable. 11. De l'eschare milléporacé. Eschara milleporacea. ( Planche 12, fig. ta). On trouve aux environs de Chaumont , dans le département de l'Oise, un Eschare fossile remarquable par l'épaisseur qu'il acquiert avec l'âge et par le grand nombre de petits trous épars qu'on aperçoit sur sa surface lorsque toute trace extérieure de la distinction des cellules s'est effacée. Dans les parties du Polypier peu avancées en âge les cellules sont assez distinctes (3) ; leur surface est presque plane et leurs parois sont très épaisses; leur ouverture,* un peu plus longue que («) Fig. 8. (a) Art. Eschare fossile du Dicl. des Se. nal., t. xv, p. 298. (3) PI. a, fig. a et a". 336 milne edwards. — Eschares fossiles. large et assez grande , est terminée postérieurement par un bord droit; enfin la surface de leur portion inférieure est légèrement poreuse et présente, en général, trois trous accessoires bien distincts, dont deux sont antérieurs et latéraux ; quelquefois on en voit un plus grand nombre. Les cellules ne paraissent rester que peu de temps dans cet état, car dans la majeure partie du Polypier on n'en trouve pas de semblables à celles que nous venons de décrire, et on voit que l'ouverture de ces loges s'est rétrécie de plus en plus (i) et a fini par disparaître ou se changer en un pore semblable aux trous accessoires dont il a déjà été question (2). L'épaisseur de la paroi antérieure des cellules augmente en même temps beaucoup et son tissu devient plus poreux. Parvenu à cet état, ce Polypier ne ressemble en aucune façon à un Eschare ordinaire et il se- rait facile d'en méconnaître la nature si, par suite de quelque dé- chirure, on ne trouvait pas, comme cela arrive presque toujours, un certain nombre de cellules ouvertes. En effet , les deux lames constituantes du Polypier sont unies très intimement et ne se séparent pas , comme nous l'avons vu dans quelques autres es- pèces ; mais les parois externes des cellules étant très massives comparativement à leurs cloisons latérales , celles-ci se déchi- rent souvent de manière à fendre le tout en deux feuillets et à mettre à nu l'intérieur des cellules (3); c'est même dans cet état qu'on le trouve le plus fréquemment. Ce fossile m'a été communiqué par M. Michelin, et se voit aussi dans la collection de M. Brongniart. 1 1. De l'kschare mamillaire. Eschara mamillaris. ( Planche 1 1, fig. 10. ) Le petit Polypier que je désigne sous ce nom se rapproche beaucoup de l'Eschare grêle dont j'ai donné des figures dans mon Mémoire sur les espèces récentes de ce genre (4). A en ju- (l) «,fig; 12°. (a) a, fig. 12 *. (3) b, fig. ra*. (4) b, fig- »»•• MILNE EDWARDS. EscIlCirCS fossiles. Z^ ge par le fragment que j'ai vu , il devait être rameux plutôt que foliacé; ses cellules sont étroites, allongées et peu distinctes en- tre elles (i); enfin leur ouverture est circulaire et se trouve au sommet d'un mamellon saillant, comme dans lEschare grêle, seulement ses bords ne sont pas festonnés , comme chez ce der- nier. Par les progrès de l'âge l'ouverture paraît s'oblitérer et alors on ne voit à sa place qu'un petit mamelon. Ce fossile, dont je dois la communication à M. Brongniart, paraît provenir des terrains tertiaires des environs de Paris;- mais je n'ai pas de données précises sur son gisement. i 3. De l'eschare élégant. Esckara elesrans. (Planche ia, ûg. i3.) Cette espèce d'Eschare, qui se trouve dans les terrains ter- tiaires de Bordeaux, est une des plus remarquables que je con- naisse. Les cellules sont beaucoup plus grandes que dans tou- tes les espèces précédentes et ont à-peu-près la forme d'un quadrilatère allongé (2); leur bord antérieur est, il est vrai, arqué et leur bord postérieur concave, mais leurs bords lajtéraux sont presque droits et parallèles. Tous ces bords sont beaucoup plus saillans que le reste de la surface de la cellule et forment autour d'elle une sorte de cadre dont les côtes sont striés en travers et accolées aux parties correspondantes de la bordure des cellules voisines ; au-devant de l'ouverture, qui est très grande et semi- circulaire, on remarque une espèce de cintre ou de voûte et près de son bord postérieur on voit de chaque côté un trou ac- cessoire. Quant à la portion de la surface des cellules située en arrière de ces trous, elle est légèrement bombée et perforée par un grand nombre de pores. N'ayant observé qu'un fragment très petit de ce Polypier, je ne puis rien dire de son port ni des changemens qu'il subit par les progrès de 1 âge. (1) Pi. I 1, fig. to'«. (*) Pl. ia, fig. i3. VI. Zooi.. — Décembre. 338 m i ln e ed w ar us. — Eschares fossiles. j4« De l'eschare a côtes. Eschara costata. (Planche 12, fig. 14.) Cette espèce affecte la forme d'expansions foliacées plus ou moins contournées sur la surface desquelles on remarque de distance en distance des lignes longitudinales légèrement sail- lantes et pleines, tandis que partout ailleurs cette surface est criblée par les ouvertures des cellules ou par les fossettes que ces ouvertures laissent après leur occlusion. Les cellules (i) sont ovalaires et souvent avancent un peu les unes au dessus des au- tres; dans 1 âge adulte leur patrie antérieure est bombée et pré- sente une ouverture semi-circulaire; mais, par les progrès de l'âge , les parties latérales et déprimées de leur surface extérieure s'élèvent de manière à arriver partout à- peu-près au même ni- veau et à dépasser celui de l'ouverture qui, en même temps, s'o- blitère et ne constitue plus qu'une fossette terminée antérieu- rement par un bord semi-circulaire bien net. Ce Polypier se trouve dans la craie des environs de Saintes et m'a été communiqué par M. Michelin. i5. De l'eschare bouffi. Eschara inflata. (Planche 1a, fig. i5.) Ce petit polypier, qui se trouve dans la craie d'Angers , est remarquable par l'extrême convexité de ses cellules ; par la forme générale de ses loges il se rapproche de l'Eschare folia- cé (2) et de l'Eschare à bandelettes (3), mais leur ouverture est grande, ovalaire et très profonde, et leur surface est tellement bombée que, vue à rceil nu, elles ressemblent à des tubercules perloïdes dont toute la surface du polypier serait couverte; des sillons évasés et très profonds séparent ces renflemens entre (i) Fig. i4«- (a) PI. ia, fig. i5«. (3) Pi. i a , fig. i fr. milne edwards. — Esvhar es fossiles. :J3o, <«ux et se portent obliquement dune ouverture à une autre; enfin, on aperçoit quelques pores sur les parois des cellules , mais le 1 issu de celles-ci est en général très compacte (1). Cet Es- chai e a la forme d'une petite expansion foliacée assez épaisse dont la portion inférieure est étroite, presque cylindrique et s'élargit peu-à-peu. (1) 16. De l'eschare hexagonal. Eschara sexangularis (Planche 12, fig. 16.) Parmi les fragmens de Polypiers que M* Lonsdeal s'est pro curés en désagrégeant sous l'eau des morceaux de la craie infé- rieure de Patsdoun, près Portsmouth, se trouve un Eschare dont les cellules, hexagonales, déprimées et lisses, ont une ouverture semi-circulaire et sont séparées entre elles par un rebord saillant commun qui forme sur toute la surface du polypier une sorte de réseau à mailles hexagonales. Ce mode de conformation est exac- tement celui que l'on voit dans la figure que M. Goldfuss a donné pour montrer la forme des cellules daus le jeune âge ; t. tubercules perforés qui se trouvent de chaque côté de l'ouverture. Fig. i*. Cellules plus anciennes du même polypier, montrant comment les bords de l'ou- verture se dépriment. Fig. i c . Portion du même polypier composée de cellules encore plus vieilles, dont les unes MJiil presque formées, et d'autres complètement closes. Fig. i*. Portion inférieure du même polypier, daus laquelle tes cellules constituantes ces- seul d'être reconnaissantes extérieurement. Fig. i«. Cellules ouvertes pour montrer la face interne de leurs parois latéraux. Depuis la lecture de ce mémoire et sa publication par extrait dans les comptes-rendus de l'Académie, M. Dujardin a communiqué à cette Société savante les résultats de ses observation» sur le même sujet et appelé l'attention sur les pores qui existent en général dans les parois latérales des cellules aussi bien qu'à leur paroi antérieure. Dans la plupart des E«cbares, ces pores ne sont pas, à beaucoup près, aussi distincts ni aussi régulières que dans l'espèce figurée ici, et je ne vois aucune raison suffisante pour admettre qu'ils sont destinés à livrer passage aux gemmes reproducteurs, comme le pense M. Dujardin. (Voyez les Annales, t. vi, p. 3ao ) Fig. a. KscHARt incisk, Eschara incita. Croqtus de l'ensemble du Polypier. Fig. a". Cellules encore jeunes grossies a4 fois. 344 milne edwards. ■ — Eschares fossiles. Fig. a 4 . Cellules plus âgées. Fig. 2<\ Portion du Polypier montrant des cellules complètement fermées et la cavité inté- rieure de quelques-unes de ces loges. Fig. a d . Intérieur des cellules, montrant les pores de leurs parois latéraux. Fig. 3. (pi. ro.) Eschare criblé, Esc/tara pertusa. Cellules de moyen âge grossie 24 fois. Fig. 3 a . Cellules plus âgées dont plusieurs ont leur ouverture oblitérée. Fig. 3i>. Cellule sur laquelle une capsule gemmifère commence à se développer. Fig. 3 e . Cellule sur laquelle on voit une de ces capsules dout le volume est très considérable. Fig. 4. Eschare de Deshayes, Eschara Deshajesii. Fragment de Polypier de grandeur na- turelle. Fig. 4 a . Cellules toujours grossies 24 fois. Fig. 4*. Cellules d'un âge un peu plus avancé. Fig. 4 e . Cellules dont les fossettes marginales ont disparu. Fig. 4 rf - Cellules plus âgées dont les limites ne sont plus distinctes extérieurement, et dont la surface est bosselée. Fig. 5. Eschare de Sedgwick, Eschara Sedgwickii. Quelques eellules grossies 24 fois. Fig. 5". Cellules du même offrant des renflemens gemmifères. Fig. 6. Eschare voisin, Eschara affinis. Croquis du Polypier de grandeur naturelle. Fig. 6„. Cellules grossies 24 fois. Fig. 7 (pi. 11) Eschare poreux, Eschara porosa de grandeur naturelle. Fig. 7°. Cellules dans le jeune âge, grossies 24 fois. Fig. 7*. Cellules plus âgées. Fig. 7 e . Cellules dont la surface s'est élevée beaucoup au dessus du niveau de l'ouverture et dont les limites ne sont plus reconnaissables à l'extérieur. Fié. 7 rf . Cellules dont la surface présente un renflement qui serait probablement devenu une capsule gemmifère. Fig. 8. Eschare bifurqué, Eschara bifurcata. Esquisse du Polypier de grandeur na- turelle. Fig. 8". Portion du Polypier grossie 24 fois, montrant : en a. des cellules, en b. des cellules portant des tubercules pyriformes, en c. des cellules oblitères, et en a", la face postérieure des cellules de la rangée opposée. Fig. 8*. Portion du Polypier dont les cellules sont fermées et confondues. Fig. 9. Eschare de Broiïgniart, Eschara Brongniartu de grandeur naturelle. Fig. 9". Le même grossi. Fig. 9 6 . Cellules grossies 24 fois. Fig. 10. Eschare mamillairr , Eschara mamillaris. Fragment du Polypier représenté de grandeur naturelle sur un fond noir. Fig. 1 o". Cellules grossies r 8 fois. Fig. 1 1. Eschake large, Eschara lata. Cellules grossies 24 fois. Fig. 12. pi. 12.) Eschare milléporacé, Eschara milleporacea. Fragment du Polypier de grandeur naturelle. milnk f.dwarus. — Eschariens fossiles. 345 Fig. I»«. Portion d*i Polypier grossie 24 fois, montrant en a. la face extérieure des cellules dans l'âge est peu avancé, et en b la cavité de quelques cellules de la rangée opposée. Fig. ia*. Portion dn même; a. cellules plus avancées en âge que celles de la figure précé- dente; b. cellule dont l'ouverture est oblitérée. Fig. i3. Eschare élégant, Eschara elegans. Cellules grossies 24 fois. Fig. 14. Eschare a côtes, Eschara costata de grandeur naturelle. Fig. 1 -'4 '. Cellules grossies a 4 fois; a. cellules externes ; b. cellules ouvertes et usées. J Fig. i5. Eschare bouff t, Eschara inflata de graudeur naturelle. Fig. i5 a . Cellules grossies 24 lois. Fig. 16. Eschare hexagonal, Eschara sexangutaris. Cellules grossies a 4 fois. Fig. 17. Eschare douteux, Eschara dubia de grandeur naturelle. Fig. 170. Cellules du même grossies 24 fois. Fig. 18. Eschare de Lonsdale, Eschara Lonsdalei. Cellules grossies 24 fois. - Note sur un nouveau genre de Polypiers fossiles , de la famille des Eschariens , nommé Mélicérjte , Par M. Milne Edwards. Parmi les Eschariens fossiles de Cray de Sudbourne , il s'en trouve une espèce qui, au premier abord, semble devoir être rapportée au genre Eschare proprement dit, mais qui, exami- née de plus près, offre des différences dont l'importance nous paraît suffisante pour motiver une distinction générique, car ces particularités semblent devoir être liées d'une manière in- time au mode de reproduction de ces animaux. Dans ce polypier nouveau (i), de même que dans les Es- chares, les cellules tégumentaires des polypes sont complète- ment ossifiées et réunies entre elles sur deux plans adossés de manière à former des expansions -lamelleuses ; chaque cellule présente aussi une ouverture bien circonscrite, dont la forme est semi- circulaire, et dont le plan est parallèle à celle de la (1) Voy. pi. 12 , fi S . 19. 3^6 milne edwards. — Eschariens fossiles. surface externe de la loge. Au-devant de cette ouverture, on distingue en général un petit trou accessoire situé sur la ligue médiane, et dans là ligne de jonction des cellules entre elles se trouve un bourrelet élevé qui constitue autour >de chacune d'elles une sorte de cadre, et forme sur la surface du polypitr un réseau régulier à mailles hexagonales. Jusqu'ici nous n'avons vu aucun caractère qui ne se retrouve chez les Eschares; mais le rapport des cellules entre elles est ici essentiellement différent de ce qui existe chez ces derniers. En effet, chez les Eschares, chaque polype produit, par son extré- mité antérieure, un autre polype, de manière que dans les agré- gats fournis par l'enchaînement d'une longue suite de généra- tions, les Cellules tégumentaires de ces petits animaux constituent des séries longitudinales parallèles'et alternes bien régulières, dans lesquelles le grand axe de chaque cellule se confond avec l'axe général de la série , et dans lesquelles aussi les membres de la même lignée sont toujours en contact. Enfin, ces séries alternent entre elles de façon que dans l'ensemble du polypier les cellules sont disposées en quinconce, et celles qui se tou- chent latéralement ne se trouvent pas sur le même niveau. Dans le polypier dont nous nous occupons ici , il n'en est pas de même. Les cellules sont disposées par rangées transversales, et le sommet de chacune de ces loges correspond au point de jonction de deux cellules de la rangée suivante; il en résulte que les cellules dont le grand axe occupe la même ligne lon- gitudinale, au lieu d'être réunies entre elles, sont séparées par les loges de cette ligne. Or , on ne peut se rendre compte de cette disposition qu'en admettant que chaque polype produit son bourgeon reproducteur, non pas à son extrémité antérieure, comme chez les Eschares , mais sur l'un des deux pans par les- quels la loge tégumentaire se termine en avant, ce qui suppose une organisation intérieure moins symétrique, et produit des séries d'individus dirigées obliquement et composées de loges , dont les grands axes sont parallèles entre eux et chevauchent eu quelque sorte les uns sur les autres. Cette disposition est assez analogue à celle qui caractérise le genre Electra de Lamouroux f. cuvier. — Genre Plagiodonte. 347 Nous donnerons le nom de Mélicérite à la nouvelle division générique que nous proposons d'établir , pour recevoir ce fos- sile, et nous y assignerons les caractères suivans : Genre Mélicérite, Melicerita. Polypes de l'ordre des Bryozoaires, de la famille des Escha- riens, dont les cellules tégumentaires , disposées sur deux plans adossés, forment des rangées transversales alternes, et non des rangées longitudinales continues. Nous ne connaissons encore qu'une seule espèce de ce genre. Nous la nommerons Mélicérite de Charlesworth , en l'hon- neur du jeune géologue à qui l'on doit les connaissances les plus précises sur le crag à polypiers deSudbourne, terrain dans le- quel ce fossile se trouve. PLANCHE 12. Fig. 19. Mélicérite de Charlesworth. Cellules grossies 24 fois. Caractères du genre Plagiodonte et description du Plagiodonte des habitations. Plagiouowtia ^Edium. Par M. F. Cuvier, de l'Institut (Académie des Sciences). On a déjà tenté bien des conjectures, et soulevé bien des discussions, dans la vue de reconnaître les grands rongeurs propres aux Antilles, dont les voyageurs ont parlé sous les noms d'Hutiaj de Quemi, de Mohuy{\ ), de Pilori (2). de Grands- (1) Histoire naturelle et générale des Iodes (espagnoles) , par Gouzalet-Hernandez-Ovicdo. (a) Histoire naturelle des Antilles, etc. , par Rochelbrl. — Histoire naturelle de* Antilles françaises, etc. , par Dutertr*. 3/|8 f. cuvier. — Genre Plagiodonte. Rais , de Castor à queue linéaire et cylindrique (i), de Lapin de Bahama (2) etc. A l'exception des Piloris que l'on a claire- rement reconnus, à la description que Rochefort etDutertre en donnent, dans une grande espèce du genre Rat, noire en des- sus, blanche en dessous, tous ces autres rongeurs de Saint- Domingue, de la Jamaïque, de Cuba, etc., remarquables par leur grande taille, sont jusqu'à ce jour restés cachés sous les traits obscurs , qu'Oviedo, Browne et Gatesby en ont tracés. M. Desmarest, il est vrai, a pensé retrouver l'Hutia (3) ou le Quemi d'Oviedo, dans l'espèce qui a fait le type de son genre Capromys; mais la description que l'auteur espagnol donne de ces animaux, pourrait comme'nous le verrons , tout aussi bien s'appliquer à l'espèce nouvelle de Saint-Domingue dont nous avons à parler , qu'à celle que M. Desmarest a décrite. Ce qui est vrai, c'est que ces anciennes descriptions sont si vagues, si incom- plètes, contiennent si peu de choses, des choses si hasardées sur le naturel des animaux qu'elles ont pour objet défaire connaître, qu'il n'y a guère d'avantage à les soumettre à une critique scien- tifique, et que dans le cas même , ou par hasard on les rappor- terait aux espèces qu'elles devaient caractériser, l'histoire de ces espèces n'aurait que bien peu à y gagner. Si cependant nous ne pouvons pas dire avec laquelle de ces anciennes espèces la nôtre se confond, nous pouvons du moins affirmer qu'elle n'est ni le Mus subfuscus maximus , cauda... pilosa ultra trîetem albida de Browne , ni son Mus maximus pullus cauda... pilosa, ni son Mus major... cauda truncata, car sa queue est nue, lon- gue et d'une seule couleur. Elle n'est pas non plus le Castor cauda lineari tereti du même auteur , qui est aquatique. Mais est-elle l'Hutia ou le Quemi d'Oviedo , ou bien le Cuniculus Ba- hamensis de Catesby? C'est ce que je ne déciderai pas. Ce qui est certain, c'est que plusieurs traits de ces animaux lui con- viennent , sans qu'aucun autre la repousse absolument ; d'où résulte que c'est aussi à elle jusqu'à présent, que se rapportent (1) Histoire naturelle et civile de la Jamaïque , par P. Browne. (2) Histoire naturelle de la Caroline, etc. , par M. Catesby. (3) Mémoires delà Société d'histoire naturelle, tome r, page 43. i\ cuvi pu. — Genre Plagiodonte. 349 les caractères sous lesquels ces grands rongeurs nous ont été présentés. En effet tout ce que dit Oviedo de propre à caractéri- ser l'Hutia, c'est qu'il ressemble au Lapin; mais avec une taille moindre , que sa queue et ses oreilles sont semblables à celles des Rats et que sa couleur est d'un gris-brun; or il n'y a rien là qui ne soit propre à l'animal qui fait l'objet de ce mémoire. Son (Juemi avait la couleur, la forme et les proportions de l'Hutia, seulement il aurait été plus grand ; car Oviedo ne parle de cet animal que sur ce qui lui en avait été rapporté. Son Mohuj, dont il ne parle aussi que sur la foi des autres, ne différerait de l'Hutia que par une couleur plus claire et un poil plus rude. Il est évident qu'il y a trop de vague dans l'expression des ca- ractères distinctifs de ces animaux pour qu'on puisse fonder sur eux des distinctions d'espèces. (1) Le Lapin de Bahama, plus petit que le Lapin de garenne, mais en ayant la physionomie, et ressemblant aux Rats par les pieds , la queue et les oreilles , avec un pelage brun sans mé- lange de gris, ne différerait de l'Hutia, du Quemi et du Mohuy, et conséquemment du Capromys, et de l'espèce que je vais dé- crire, que par une teinte plus brune du pelage; caractère peu propre, il faut en convenir, à être considéré comme spéci- fique, chez des animaux aussi peu connus. Tout nous porte donc à éloigner de nous la pensée de cher- cher à déterminer à laquelle de ces espèces, se rapporte celle qui doit particulièrement nous occuper ici. Ce rapprochement pourra avoir lieu si le temps répand sur ce sujet des lumières nouvelles; ce qui nous paraît le plus convenable aujourd'hui, c'est de faire connaître notre nouveau rongeur comme s'il n'a- vait pas encore été décrit. Nous n'avons malheureusement point possédé cet animal en vie; nous n'avons eu que les notes que M. Ricordqui l'a décou- vert, nous a remises, avec les caractères et la physionomie qu'il en avait tracés, et dont nous avons pu vérifier l'exactitude sur les dépouilles qui en sont conservées dans les collections du (1) M.Mac-Lca a établi la synonymie de ces espèces avec les Capromys. Journal zoological , tome îv, page 269. 35o f. cuvif.r. — Genre Plagiodonte. Muséum: mais ces restes quelque incomplets qu'ils soient, pour faire entièrement connaître cette espèce, suffisent pour établir la nature de ses rapports avec les espèces de l'ordre auquel elle appartient, pour montrer les différences et les ressemblances par lesquelles elle se sépare des unes et se rapproche des autres. Ce grand rongeur est un peu plus petit que le Lapin : sa lon- gueur du bout du museau à l'origine de la queue, est d'un pied, mais sa queue a cinq pouces , et il est très bas sur les pieds de derrière, comme sur ceux de devant. Sa physionomie générale est celle des rats, avec une tète moins lourde; ses oreilles, pro- portionnellement à sa taille, sont fort petites; ses yeux, situés entre l'extrémité du museau et les oreilles, sont un peu plus rap- prochés de celles-ci; ses narines sont étroites et environnées - d'un petit mufle, et sa bouche est de médiocre étendue. Tous les pieds ont cinq doigts ; mais le poilce de ceux de de- vant n'est, comme celui de la plupart des autres Rongeurs, que rudimentaire; il ne se montre guère au-dehors que par le très petit ongle plat qui le termine; les quatre autres doigts sont armés d'ongles minces crochus et assez forts; les deux moyens sont d'égale longueur et plus grands que les deux externes, aussi de longueur égale. Les cinq doigts des pieds de derrière , plus grands que ceux de devant , sont tous armés de forts ongles crochus et comprimés; le pouce est le plus court; vient ensuite le doigt externe ; les trois moyens sont à-peu-près d'é- gale longueur. La queue cylindrique est entièrement nue , et rien ne permet de supposer qu'elle soit prenante. Le pelage est généralement d'un brun clair qui devient d'un blond jaunâtre aux parties inférieures. Sur le dos, la croupe, les épaules, les flancs et la tète , sur toutes les parties supérieures du corps en un mot, le pelage, qui est épais, se compose de poils soyeux, fins, gris dans les trois quarts de leur longueur et fauve à leur extrémité. D'autres poils en assez grand nombre, plus raides et entièrement noirs, dépassent les autres, et c'est de leur mélange avec les premiers que résulte la teinte générale de l'animal. Les poils les plus nombreux des parties inférieures sont blonds dans toute leur longueur, et les longs poils , plus F. cuvikr. — Genre Plagia chute. 35 1 rares, y sont devenus blanchâtres. Des moustaches bien fournies se montrent de chaque coté du museau, au-dessus des yeux et au-dessous. La queue, entièrement nue, est revêtue d'écaillés pentagones très petites, serrées l'une contre l'autre, et répan- dues uniformément sur toute la surface de la peau. On sait que celles de la queue des rats forment des verticilles d'entre les- quels naissent des poils courts et en petit nombre. Ces animaux portent à Saint-Domingue le nom de Rat-Cayes, c'est-à-dire Rat des habitations, d'où nous avons tiré le nom spécifique que nous leur donnons; ils se rapprochent en effet des lieux habités, mais pendant la nuit seulement, car ils fuient la clarté du jour. Le mâle et la femelle se quittent peu. Leur nourriture principale consiste en racines et en fruits, et, comme tous les rongeurs frugivores, ils sont fort bons .à manger, et les Haïtiens, qui en sont très friands, les recherchent si soigneu- sement, qu'ils ont fini par rendre ces animaux très rares. Aux caractères tout-à-fait extérieurs que nous venons de dé- crire, on serait conduit à faire de notre animal une espèce de Capromys. L'étude de son système dentaire et de sa tête osseuse, sans conduire à l'éloigner absolument de ce genre, montre ce- pendant assez de différences entre l'un et l'autre pour qu'on doive les séparer génériquement , et c'est par cette considération que j'ai fait de l'espèce nouvelle qui m'occupe le type d'une di- vision générique que je nomme Plagiodontj: à cause de l'obli- quité des festons d'émail qui caractérisent la forme de ses dents molaires, et qui n'a encore été observée sur les dents d'aucun Rongeur. Ces dents sont au nombre de seize : huit à chaque mâ- choire, quatre de chaque côté, et toutes sont privées de racines proprement dites. A la mâchoire supérieure, elles diminuent de grandeur, par degré de l'antérieure à la postérieure, et toutes présentent à la surface de leur couronne deux plis ou festons d'émail qui se dirigent obliquement , l'un de la partie antérieure à la postérieure, l'autre de la postérieure à l'antérieure. lie pre- mier nait du coté externe, le second du côté interne de chaque dent, et tous deux s'avancent jusqu'au côté opposé parallèle- ment l'un à l'autre. Les molaires de la mâchoire inférieure ne diffèrent pas autant , pour la grandeur , que celles de la ma- 352 f. cuvier. — Genre Plagiodonte. choire supérieure; les trois premières sont de grandeur égale; la dernière seule est plus petite que les autres ; l'obliquité des plis n'est pas non plus aussi marquée , et il y en a deux qui nais- sent du côté interne, et un seul du côté externe, lequel est beaucoup moins profond que les deux premiers. Les incisives supérieures ne prennent racine qu'à la base de la première mo- laire, et les inférieures s étendent jusqu'à la base de la dernière; du reste , elles ne présentent rien de notable, et elles sont lisses et jaunes. Comparées aux molaires du Capromys, également privées de racines, on voit que celles de notre animal n'ont rien de l'obliquité des plis qui sont un des caractères des mo- laires du Plagiodonte , et que les supérieures ont deux plis à leur côté interne , tandis que le Plagiodonte n'en a qu'un. La structure de la tête osseuse se fait d'abord remarquer par son allongement, résultant surtout de celui des frontaux et des pariétaux, et par la grandeur des trous sous-orbitaires. Les fron- taux, à-peu-près de même largeur dans toute leur étendue, sont déprimés .dans leur partie moyenne, au contraire de leur partie postérieure et des pariétaux qui se relèvent, comme pour offrir une plus grande capacité au cerveau. Toutes les parties de l'ar- cade zygomatique, mais principalement celles qui se constituent du jugal et de la partie du maxillaire qui circonscrit postérieu- rement le trou sous-orbitaire, sont fort étendues, et les inter- maxillaires se prolongent peu. La mâchoire inférieure se carac- térise aussi par les longues surfaces qu'elle offre à l'attache des muscles et par le prolongement de l'apophyse coronoïde. Ces caractères de la tête osseuse sont, à quelques modifica- tions près, ceux que présentent la tête des Capromys, et comme tout ce qui nous est connu d'essentiel dans l'organisation de notre Rongeur, le rapproche aussi fort intimement de ces ani- maux, nous les considérerons l'un et l'autre comme appartenant à une même famille et en constituant les premiers types. En effet, il est contre toute analogie de laisser, comme on l'a fait jusqu'à présent, les Capromys dans la famille des Rats : tout les en éloigne; et si des Rongeurs herbivores pouvaient entrer dans la même famille que des omnivores, ce serait des Equimys, représentés par l'Equimys dactylin , qu'il faudrait les rappro- sur ira. y. — Parasites du lombric terrestre. 353 cher. Et quand nous parlons des Capromys, nous n'entendons indiquer que le Fournerii et le P ilo rides ; car il est permis de douter que les espèces désignées par les noms de Prehensilis par M. Pœppig (i), et de Pocyi par M. Guérin (2) soient des Capromys ; nous regrettons fort que ces naturalistes n'aient pas fait connaître d'une manière complète les caractères des cu- rieuses espèces dont ils ont enrichi la science , et qu'ils n'aient pas prévu les doutes qui naîtraient inévitablement de leurs des- criptions , bornées aux caractères spécifiques , sur les vrais rap- ports génériques de ces animaux. EXPLICATION DE LA. PLANCHE 17. 1. Plagiodonte mâle, moins de moitié de sa grandeur. a. Tète de grandeur naturelle, tue en dessus. 3. La même vue de profil. 4. Dents molaires de la mâchoire supérieure. 5. Dents molaires de la mâchoire inférieure. Notice sur quelques Parasites et produits organiques du Lombric terrestre pour servir à sa Physiologie, Par M. Sdrirat. Ayant pris connaissance dans les Annales des Sciences natu- relles, décembre i835, du beau travail de M. Dujardin sur un entozoaire du lombric terrestre, que l'on nomme Proteus tenax y j'ai bientôt reconnu que c'était le même ver que j'avais rencontré quelquefois parmi les parasites nombreux de ce (1) Journ. of ihe acad. of nat. scienc. of Philadelphie. Juillet , 1 824. tom. iv. n. 1 . (•»} Icon du Règne anim. Mammif. , pi. a5 , fig. a. Magaz. de zr.ol. , i 1 - - année. i83/» , pi. i5, classe première. VI. Zoot.. — Décembre. a 3 354 suuirat. — Parasites du lombric terrestre. lombric et sur lesquels j'avais communiqué un mémoire il y a plus de trois ans, à la société Linnéenne de Normandie. J'ai cru , en attendant une meilleure dénomination , devoir le nommer Sablier protéiforme * à cause de ses contractions plus fréquentes et surtout par le refoulement assez régulier des granules d'une des extrémités gonflées à l'autre. On dirait d'un courant de sable , comme je tâcherai de l'expliquer plus bas. Malgré les formes bizarres et promptes que cet animalcule prend d'une manière si visible à un grossissement médiocre, ce n'est pas un vrai protëe , comme ceux figurés par M. Dujardin dans le tome 4 des Annales, pi. 10; ce ne peut être le Proteus tenax de Muller, qui n'est point parasite. Pour découvrir les vrais Protées, il faut souvent beaucoup de temps et des grossis- semens très forts, et celui qui nous occupe maintenant peut être vu même à la triloupe. J'ai toujours observé que les véritables Protées se meuvent lentement , au lieu que celui de M. Dujar- din peut avoir la vivacité d'une anguille. Je prends la liberté de soumettre à la Société des sciences naturelles quelques notices sur des parasites et produits organi- ques encore inconnus, du lombric habitant les terres saumâtres aux environs du Havre. Depuis le célèbre Willis(i) qui a donné d'assez beaux dessinsde l'anatomie du Lombricus terrestris jusqu'à nos jours , plusieurs autres observateurshabilessesont occupés du mêmeobjet, et ont présenté de nouveaux faits dans diverses publications scientifi- ques que je n'ai pu me procurer (2) : ainsi parmi les observations que j'ai l'honneur de soumettreà la Société,, celles qui ne paraî- traient pas nouvelles serviront à constater les anciennes et l'on peut dire quand il s'agit d'objet aussi délicats , qui ne peuvent ptre bien étudiés qu'avec des instrumens parfaits, quod abun- dat non vitiat. Quoique le lombric terrestre soit à-peu-près le même par- tout , cependant il diffère par la grandeur , la couleur et la (1) Willis opéra f. 1 1. p. a8, :8. Collections académiques f. 7. p, 597. (2) M. Morren de G and a publié en latin l'anatomie du Lombric Terrestre; parmi ses pa- rasites je n'ai v\\ défiguré que le Vibrion des intestins. surir at. — Parasites du lombric terrestre. 355 variété des êtres vivans qu'il renferme dans ses viscères et ses fluides. L'influence de la terre végétale noirâtre et un peu imprégnée d'eau saumâtre dans les environs l'embouchure de la Seine , change la couleur de cet annélidequi devient d'un vert glauque et parvient quelquefois à un volume beaucoup plus considé- rable que la même espèce vivant dans les terres argileuses plus élevées et conséquemment moins imbibées d'eau. C'est sur plusieurs individus de telles localités humides que j'ai rencontré les corps organiques microscopiques et les ani- maux parasites qui suivent En faisant une incision longitudinale vers les trois quarts supérieurs du corps, une liqueur incolore s'écouleet contient beaucoup de corpuscules ardoisés, que des observateurs ont nommé rosaces; ce sont des petits globules serrés les uns con- tre les autres, renfermés dans une pellicule difficile à recon- naître. Il y a des variétés de ces rosaces d'un assez bel effet au microscope (i), et on voit qui ressemblent à des Trichodes so- leil ffifif- 4)« La plus légère crevasse des intestins laisse échapper bon nom- bre de vibrions ondoyans, Vibiio undula, ayant quelque ressem- blance à l'anguille du vinaigre, mais beaucoup moins d'acti- vité. D'autres espèces de cette famille se rencontrent quelquefois parmi les précédens; elles ont presque la forme d'une larve bata- vique et sont remplies decorpuscules opaques et réguliers (2). Ayant soumis à un grossissement de 11$ fois le liquide dans le quel semblaient flotter les instestins, j'ai remarqué qu'il était rempli de myriades de Monades {peut-être molécules organiques) (tig. 5) qui se balançaientmollement les unes vers les autres sans s'écarter beaucoup, et étaient de temps en temps traversées rapi- dement par une nouvelle espèce de Leucophre avec un crois- sant vers les trois quarts antérieurs (fig. 6 et 7). Les plus petits individus étaient oviformes, en nageant ils tour- / \ -r- 1 o r ■> . (1) V. pi. 18, Gg. 1, a, 3, /,. (2) PI. 18, fig. 8 et 9. *3. 356 suriray. -— Parasitrs du lombric terrestre. naient rapidement sur leur axe longitudinal etfaisaient voir clai- rement que des cils vibrans recouvraient toute leur surface. Aux environs du bourrelet des lombrics, renflement très sen- sible au temps des amours, se trouvent agglomérés des petites vésicules blanches sphériques, de divers diamètres, et en nom- bre variable, pour la plupart remplies d'un liquide plus ou moins laiteux et fourmillant d'animalcules spermatiques ; nul doute que ces petits organes ne soient destinés aux fonctions de la reproduction. Mais quel peut être l'usage de ces autres parasites qui remplissent une ou deux des vésicules ci- dessus ? ils sont voisins du cyclidium nucleus, cyclide pépin, mais pointus aux deux bouts (fig. 10), leur corps très simple, d'une grande luci- dité, ne contient rien qui ressemble à des organes reproduc- teurs, point de mouvement. Mais le plus intéressant, selon moi, des parasites du ver qui nous occupe et que l'on ne rencontre que quelquefois, est le suivant: Je le nomme Sablier protéiforme ; on peut l'apercevoir avec la triloupe sous la forme d'un point blanc, même à travers les membranes transparentes des vésicules ci-dessus mentionnées. Un grossissement de cent fois environ est suffisant pour le faire bien voir; alors on reconnaît toutes les formes bizarres et changeantes qui constituent les caractères apparents d'un protée. (i) Les granules sphériques et mouvans dont il est rempli se distinguent aisément à travers des membranes pellucides. La figure 1.4 le représente en repos, les figures 11, 12 et i3 dans un changement successif de formes : plusieurs approchent de celle d'un sablier dont le contenu s'écoulerait irrégulièrement (fig. 1 2 et ï3.) Souvent le même individu bien observé offre la plupart des contractions bizarres ci-contre en moins d'une minute.Quelque- fois par l'effet d'un resserrement simultané des deux extrémités de cet animalcule, deux courans opposés se rencontrent vers (1) La mobilité des granules internes que l'on rencontre aussi dans les autres protées con- nus, mais beaucoup plus petits, confirme eette opinion. (V. Protée Dîct. des Se. nat) SUKIRA.Y. — Parasites du lombric terrestre. $5 7 le milieu du tube, alors le plus fort fait rétrograder l'autre (fig. i3). Quelquefois la même disposition se présente sans qu'il y ait encore de courant établi entre les deux extrémités renflés parla présence des granules. Les fig. 1 1 et 12, montrent les plus forts étrangle- mens qui constituent deux à trois ventres. La fig. i3 n'a pas encore commencé à se contracter, et je soupçonne un suçoir à une de ses extrémités, ce qui la rapprocherait des monostomes. En novembre et décembre, lorsque le temps est doux et pluvieux , j'ai surpris pendant le jour des lombrics collés par leurs bourrelets réciproques: au moindre bruit ces vers se sépa- rent avec promptitude. Il n'est pas toujours aisé de les sur- prendre dans leur état d'accouplement : lorsqu'on y parvient, il suffit d'ouvrir le renflement si prononcé de l'un des deux individus, pour faire suinter une liqueur laiteuse dont une très petite portion sur le verre porte-objet et à un fort grossisse- ment, présente le phémonène d'un liquide animé (1). On voit çà et là des masses en forme de tourbillons se portant en divers endroits, ressemblant à des pincées de cheveux mêlés, tournoyant dans de l'eau (fig. i5, 16, 17). Après un quart-d'heure environ, le mouvement cesse : alors ayant recours à une combinaison de lentilles grossissant quatre à cinq cents fois en diamètre,, on ne découvre plus que des mouvemens partiels , ce sont ceux des myriades de zoospermes du lombric. Leurs corps ressemblent à une ligne droite, un quart ou à- peu-près de la longueur totale , la queue présente un mouve- ment vif d'ondulation , tandis que le reste du corps paraît en repos (fig. 8.) J'avais pensé que les vers à longues queues, se rencontrant et se mêlant, pouvaient former ces espèces de touffes animales qui nagent en masse avec assez de lenteur et d'irrégularité; mais cette opinion paraît devoir être infirmée parla présence de ces niasses inconnues dans le liquide des mêmes vésicules d'un lom- (1) Spallanzani, (opusculis de ph. vegetanius.) Bouillonnement confus de la semence du chien, du bélier. Gleichen avait déjà remarqué une forie motrice inhérente au sperme, une substance spiritueuse qui produisait le mouvement, etc. p. i53, 166, 160, 167. 358 dugès. — ^dtdditioa au mémoire sur les Aranèides. bric très jeune et chez lequel je n'ai pu rencontrer d'animal- cule de la semence. Nuldoute que l'on ne rencontre plusieurs autres êtres animés et même de nouveaux organes dans ce ver de terre, lorsqu'il aura été plus étudié et avec de meilleurs instrumens. Il faut qu'il soit observé en différentes saisons, âges et terrains. ^nimalculum hoc licet vile et contemptibile habeatur, organa vitalia necnon et alia viscera et membra divino artificio admirabiliter fabrefacta sortitur. (Willis) EXPLICATION DE LA PLANCHE l8. Parasytes et produits organiques du Lombric terrestre. Additions au Mémoire de M. Dugès sur les Aranèides. (i) § I. A propos de la circulation du sang (page 182) , ajoutez: « Depuis l'épGque où a été composé le Mémoire sur les Ara- nèides j'ai fait quelques observations propres à éclaircir ce qui concerne leur circulation. J'ai bien constaté, sur la Mygale aviculaire, que de la partie antérieure du cœur partaient deux gros vaisseaux ou du moins un certainement pour chaque pou- mon (2). Ce vaisseau semble s'élargir vers le viscère plutôt que s'y ramifier, de là la coloration uniforme qu'il a pris quand mes injections ont réussi. De plus, j'ai remarqué que ces vaisseaux s'ouvrent dans le cœur entre deux lèvres transversales consti- tuées par des plis ou étranglemens dont je n'avais pas encore (1) Nous regrettons que ces additions nous soient parvenues trop tard pour être intercallées dans le Mémoire de M. Dugès , inséré daus notre avant-dernier cahier (voyez pare 189 ). (2) Celui des deux qui occupait le fond de la scissure du foie traversée par eux était plus petit, brillant et opaque comme un muscle ; le plus superficiel et le plus gros était évidem- meut creux et membraneux , aplati seulement en raison de sa vacuité. dugès. — Addition au mémoire sur les Aranèides. 35ç> bien apprécié la nature ni la disposition; il en est de même des vaisseaux qui s'enfoncent plus en arrière dans la masse viscérale de l'abdomen. Il résulte de là que ce sont évidemment des vais- seaux afférens amenant d'une part le sang oxigéné par les pou- mons, de l'autre, le sari£ chargé des principes nutritifs fournis par le canal digestif. En effet les deux lèvres musculaires qui bordent et masquent leurs orifices doivent permettre l'arrivée des fluides pendant la diastole et empêcher leur rétrogression pendant la systole. De là la difficulté que j'ai si souvent éprou- vée à faire réussir une injection. C'est le même mécanisme qui, selon MM. Audouin et Milne Edwards, permet au sang bran- chial d'affluer dans le cœur des Crustacés; er. c'est le contraire de ce qui avait été énoncé conjecturalement par notre hono- rable compatriote M. Marcel de Serres. Mais comment le sang est-il porté aux poumons? L'Epéire cornue de Walkhenaer me l'a appris ou du moins m'a fourni matière à une théorie fort vraisemblable. Chez cette grosse araignée, la peau de l'abdomen est fort transparente, peu colorée après une mue récente, et alors on voit tout l'abdomen transversalement et obliquement vergeté de ramifications vasculaires très superficielles, partant de toute la longueur des bords latéraux et supérieurs du cœur et de son extrémité postérieure. On les voit moins distinctement sur l'Epéire diadème. Ses innombrables vaisseaux trop minces, trop pellucides pour être disséqués , se recourbent en dessous et en avant vers les poumons; ils s'élargissent et semblent se confondre à mesure qu'ils s'en rapprochent comme pour con- stituer une lacune parallèle aux grands muscles longitudinaux qui occupent la région inférieure du ventre; cet espace est transparent et rempli de fluide chez le Pholcus. Je crois donc que ces vaisseaux sont des artères fournissant du sang aux vis- cères et dont les rameaux superficiels viennent inonder le pou- mon d'une masse de fluide qui a besoin de s'oxigéner de nou- veau , qui se mêle avec celui que le corselet renvoie par son pédicule, et finit par rentrer dans le cœur à travers les veines pulmonaires et mésentériques : le sang veineux proprement dit reviendrait aux poumons par courans comme chez les insectes Nous sommes entré dans ces longs détails à cause de l'obscu- 36o académie des Sciences. rite qui régnait dans la science sur ce point d'anatomie et de physiologie comparées. » § II. Au sujet de l'émission des fils de soie que les araignées laissent flotter dans l'espoir qu'ils se fixeront au loin ( page 2o5)j, ajoutez : « Déjà J. Mûller avait, il y a quelques années, énoncé la même théorie (Revue bibliographique des Annales des Se. nat. cahier vu, 1828.) » § III. Au sujet des effets venimeux de la Tarentule (page 2i3), ajoutez : « Je viens d'en recevoir une d'Alger qui offre tous les ca- ractères de la Lycose narbonnaise, elle est énorme et a au moins 17 lignes des filières aux mandibules; elle m'a été envoyée par M. Guyon, chirurgien en chef. On conçoit que la piqûre d'une pareille araignée pourvue de grandes vésicules à venin produi- rait des accidens assez graves et beaucoup plus que ceux dont on accuse à tort sans doute les grandes mygales d'Amérique. Analyse des travaux anatomiques , physiologiques et zoolo- giques présentés à l'Académie des Sciences pendant le mois de décembre 1 836. Séance du 5 décembre. Rapport de M. Duméhil sur plusieurs mémoires ou notices concernant diverses espèces d'insectes , par M. le docteur Robineau Desvoidy, médecin à Saint-Sauveur ( Yonne ). L'Académie a chargé M. de Blainville et moi de lui rendre compte de sept mémoires relatifs à l'histoire de quelques insectes sur lesquels M. Robineau Des- voidy a eu occasion de faire des observations fort intéressantes. Chacun de ces mémoires est assez détaillé pour éclairer vivement la science entomologiquc ; mais il nous est impossible de les faire connaître autrement que par un abrège sommaire. Le premier concerne deux espèces d'abeilles (du genre osmie), qui con- académie des Sciences. 36 1 struisent leur nid dans des coquilles vides de colimaçons [hélix) : l'uue de ces abeilles maçotiucs était connue des naturalistes, quant à son industrie ; mais ses mœurs et surtout les soins qu'elle prend pour assurer le développement ultérieur de sa progéniture , et pour la préserver des attaques extérieures , n'avaient point été complètement observés. Il y a deux sortes de coquilles choisies par les osmies pour devenir le ré- ceptacle de leur travail; ce sont celles du colimaçon des jardins ( hélix haspersa), et de la livrée ou rubanée [hélix nemoralis). Le nid construit par la première espèce d'osmie, que l'auteur nomme Heli- cicola, se reconnaît de prime abord, parce que l'entrée que l'on nomme la bou- che de ta coquille, se trouve fermée à son orifice par une sorte d'opercule con- stitué par une lame d'un carton composé de débris de végétaux réunis par un suc gommeux provenant de la salive de l'insecte. Ce couvercle ferme une cavité remplie d'un miel jaunâtre au milieu duquel on trouve une larve sans pattes , qui est celle de l'abeille. Suivant la largeur de l'entrée de la coquille , il y a, soit sur les côtés de cette première loge, soit immédiatement au-dessous, d'autres cloisons papyracées et quelquefois successivement jusqu'au fond de la spire, dix ou douze autres loges ou cellules bien circonscrites , semblables et sans aucun vide. Cependant cette espèce adopte quelquefois une coquille de l'hélice ruban- uée : alors il n'y a que quatre ou cinq cellules construites un peu différemment. La seconde espèce d'Osmie, que l'auteur désigne avec La treille sous le nom de bicolor, construit spécialement son travail de gésine dans la coquille de Yhe- lix nemoralia ; mais elle y emploie d'autres matériaux : on y trouve constam- ment de petits graviers ou des fragmens, soit calcaires, soit siliceux, disposés par couches successives au nombre de quatre ou de cinq, couches séparées en- tre elles par autant de cloisons ou de lames de carton; et c'est au fond seulement qu'on découvre une ou deux cellules au plus contenaut chacune également du miel jaunâtre et une larve. L'auteur donne la description détaillée du mâle et de la femelle de ces deux espèces d'Osmie , et il indique le manège dont elles font usage , soit pour boucher les trous des coquilles altérées, soit pour y transporter les matériaux qu'elles empruntent ou extraient des végétaux. Eu étudiant les mœurs de ces abeilles, dont M. Robineau Desvoidy avait réuni plus de cent nids divers pour suivre les métamorphoses des insectes qu'ils contenaient, il a reconnu d'abord que les larves subissaient leur métamorphose en nymphes en se filant un cocon d'une soie plus ou moins blanche ou jaunâtre. Plusieurs de ces nymphes n'étant pas écloses , il eut aussi occasion de reconnaî- tre que leur coque était occupée par plus de deux cents petites larves d'insectes hyménoptères\le la famille des Chalcides, qui se sont changées eu nymphes sans filer de cocons. Elles ont produit des Eulophes , ainsi nommés par Geoffroy. Il a donné une description très complète du mâle et de la femelle , et il a désigné l'espèce sous le nom à'Eulophus osmiarum. 362 académie des Sciences. Le second mémoire est destiné, suivant l'auteur, à faire connaître quelques faits relatifs à l'histoire des Sapyges, genre d'hyménoptères, que Latreille et M. Lepelletier Saint-Fargeau soupçonnaient être des insectes parasites, ou En- tomotilles j comme l'un de nous les appelle. C'est ce que vient confirmer M. Des- voidy. Non-seulement il a trouvé les coques de l'espèce nommée Sapyga punc- tata par les auteurs, dans les nids des Osmies dont nous venons de parler; mais il en a observé les métamorphoses sans pouvoir découvrir les manœuvres que les femelles mettent en pratique pour pénétrer dans la coquille de Y Hélix, afin d'y pondre ses œufs; cependant il a observé le fait sur une autre espèce. Celle-ci est celle que l'auteur nomme Sapyga chelostomœ. On sait que La- treille appelle Chelostoma un genre d'abeilles à corps arrondi, dont le ventre est garni en-dessous d'une brosse soyeuse, et dont les mandibules sont allongées, étroites, arquées ou fourchues. C'est dans le nid préparé par un de ces insectes, dans le tronc d'un vieux arbre et au moment où il venait de le quitter, qu'il a observé l'insecte parasite s'introduisant avec promptitude et en sortant avec un certain air de triomphe. Il a vu cette manœuvre répétée un grand nombre de fois. L'insecte parasite est une espèce qae l'auteur a dû décrire avec soin , parce qu'il croit qu'elle n'a pas encore été désignée par les entomologistes. De ces deux faits observés sur la Sapyga punctata, qu'il a' trouvée dans le nid des Osmies et de celle qu'il a surprise dans celui des Chélostomes _, M. Robineau conclut que le genre Sapyge doit être retiré de la famille des fouis- seurs. Le troisième mémoire a pour titre : Sur plusieurs insectes parasites du blaireau. Ayant eu occasion d'assister à une chasse au blaireau , l'auteur fait connaître quelques particularités sur les habitations souterraines et les mœurs de ces ani- maux , ainsi que sur la diversité de leurs alimens ; mais ses observations ont sur- tout été dirigées sur plusieurs insectes dont l'existence semble être attachée à celle de ces mammifères. Il a reconnu dans leur estomac et leurs intestin» grêles, un grand nombre de larves d'œstres, qu'il présume être celles d'une espèce particulière. Il a ob- servé sur leur corps divers insectes parasites , une sorte de puce dont il donne la description, ainsi que celle de deux Ixodes ou Tiques, qu'il indique sous les noms spécifiques de mellinus et d'auricularis. Comme l'auteur n'a adressé à l'Académie que de simples descriptions, il nous a été impossible de reconnaître si ce sont véritablement des espèces non décrites jusqu'ici. Il en est de même d'une sorte de Staphylin que l'auteur appelle Subterraneus. Le quatrième mémoire concerne un insecte à deux ailes dont la larve vit en parante dans le corps d'une abeille-bourdon , et que M. Robineau-Desvoidy indiqua comme appartenant à une espèce nouvelle connue sous le nom de Co- nops auripes. Déjà MM. Audouin et Lâchât avaient reconnu l'existence d'une larve et d'une nymphe d'un diptère analogue , dans le corps du même hymé- académie des Sciences. 363 noptère ; et un jeune naturaliste l'avait vu naître ou apparaître sous l'état parfait dans une boîte , d'ailleurs Lien close , qui renfermait plusieurs bourdons vivans. M. Robincau-Desvoidy raconte dans ce mémoire les manœuvres dont il a été témoin au moment où une de ces abeilles-bourdons était poursuivie par l'es- pèce de Conops qui cherchait à déposer ses œufs dans son corps. Il suppose que le diptère exerce une sorte de fascination, et voici comme il décrit cette ma- nœuvre. a Le bourdon entrait en colère, frémissait des ailes, augmentait son bruisse- a ment, comme s'il eut voulu inspirer delà terreur; mais certains insectes seraient doués de même que quelques oiseaux de proie et plusieurs reptiles, de la faculté de fasciner leurs victimes, ou de leur inspirer une sorte àe terreur panique. Un cinquième mémoire est une j* T otice sur un nouvel ennemi de l'abeille domestique ; c'est une espèce d'Asile que F abricius nomme Diadema. L'auteur raconte qu'il prit d'abord au vol un individu femelle de ce diptère, qui emportait, comme un épervier, une abeille ouvrifc.T e ' ^' ette victime, sans être entièrement privée delà vie, était frappée d'une torpeur ufl ^ UQe i0rte de paralysie qui l'empêchait de se mouvoir. L'Asile, au moment où il av'J" ~ aisi la "" beille, lui avait enfoncé dans la tête son suçoir garni de lames tranchantes et\ or0 ~ bablement couvertes d'une salive empoisonnée. L'un de ces Asiles ainsi chargé de sa proie, après s'être précipité sur une partie du terrain où se voyait un trou, s'y enfonça rapidement et disparut aux yeux de l'observateur, dont la curiosité se trouva stimulée par l'idée qu'il veuait de reucontrer un diptère fouisseur. Il prit les précautions convenables pour arriver au fond de la tanière , où il trouva l'Asile qui venait y déposers a victime. Il devint donc pour lui évident que l'Asile diadème enfouit l'abeille domestique dans des galeries souterraines , où son corps devra servir d'aliment à la larve qui y est déposée. Il renouvela son observation sur trois individus ; mais il n'a pu s'assurer si cet Asile dépose une ou plusieurs abeilles et plusieurs œufs dans le même domicile. ^ A cette occasiou, l'auteur raconte encore qu'à une époque où il s'occupait d'un travail particulier sur les Asiles, il observa, dans la collection de M. le comte Dcjean, un individu de cette même espèce, de VAsilu* diadema, portant pour 364 Académie des Sciences. indication : Apud Masilias in gallo provinçiâ. Fœmina cum ape mellificâ inter pedes. An prœda et lairo ? Mais ce document n'offrait qu'une pure et sté- rile conjecture , qui se trouve maintenant vérifiée. Une notice sur une mouche nouvelle qui vit dans les liliacées , et que l'au- teur nomme Herbina Narcissi, fait le sujet du sixième mémoire. A cette occasion , l'auteur discute les classifications des diptères proposées dans ces derniers temps par les entomologistes allemands, et par l'auteur de l'ou- vrage .sur les Diptères du nord de la France- Nous n'entrerons pas dans les dé- tails de cette discussion , ni dans la description de l'insecte, dont il est impossi- ble de suivre les détails quand on n'a pas un individu sous les yeux. Ce diptère a été constamment rencontré sur les feuilles des lys, des jacinthes , des fritillai- res, des tulipes, et sur celles du Narcissus pseudo-narcissus. Enfin, dans un septième mémoire , M. Robineau décrit plusieurs espèces de diptères ou de mouches qui vivent dans les excrémens du blaireau , delà chauve- souris et de la belette, insectes que l'auteur désigne comme n'étant pas encore connus des naturalistes. Les détails dans lesquels M. Robineau a dû entrer, ne peuvent intéresser que les personnes qui s'occupent spécialement de cette sorte d'étude. Ces descriptions et ces mémoires sur les mœurs de plusieurs insectes, sont généralement importans pour l'entomologie. Nous pensons que l'Académie doit engager l'auteur à les publier ; mais il serait à désirer qu'il y joignît dès figures qui donneraient plus de prix et d'intérêt à ses recherches et à ses décou- vertes. Rapport sur un mémoire de M. Deshaies, intitulé : Observations générales sur le genre Bélemnite ; par M. de Blainville. Les Bélemuites ont, depuis un très longtemps, attiré l'attention des natu- ralistes sous les différens rapports de leur structure, de leur analogie plus ou moins éloignée avec les êtres actuellement existans à l'état vivant , de la distinc- tion et de la distribution des espèces, et enfin de leur position dans les couches de la terre, où elles ont été trouvées jusqu'ici, de manière à en tirer une sorte de mesure géologique. On a senti d'assez bonne heure les uombreux rapports que ces corps ont avec les coquilles des nautiles et des spirules parmi les êtres vivans, et avec les orthocères véritables que l'on ne connaît encore aujonrd'hui qu'à l'état fossile. Mais quand on a voulu aller plus loin , et chercher quels pouvaient avoir été les animaux de ces coquilles si différentes de toutes les autres par les cloisons per- forées ou siphonées dont une partie de leur cavité est remplie , ou a été tout naturellement porté à établir la comparaison avec les seiches et les calmars , 1 a~ nimal des nautiles et des spirules ayant été long-temps inconnu, ou toutauplu3 fort mal connu ; et comme on a rencontré, dans des couches plus récentes que celles où se trouvent les bélcmnites, des corps organisés fossiles dont les rap- Académie des Sciences. 365 ports avec l'os des seiches est évident, en même temps qu'ils ont quelque chose des bélemnites, l'os de la seiche a été analysé d'une manière plus complète, et par conséquent plus comparable. On y a en effet reconnu trois parties principa- les: la pointe ou le cône, plus ou moins excavé à sa hase, qui la commence en arrière; les ailes qui l'accompagnent de chaque côté, en s'étendant plus ou moins en avant et s'irradiant sur les bords , et eufin le disque antérieur com- posé d'une partie solide et calcaire, dure et granulense en dessus, tendre et poreuse en dessous , et d'une partie membraneuse , plus ou moins recouvrant et dépassant les bords. On a pu dès-lors établir ou proposer d'admettre qu'une bélemnite n'est qu'un os de seiche, intérieur comme lui, s'accroissant par cou- ches enveloppantes, dont la paitie conique aurait un très grand développement par suite de dépôts successifs, mais sans partie alaire et sms partie avancée cly- péiforme autre que la portion membraneuse de la dernière couche débordant plus ou moins l'ouverture ; avec cette grande différence cependant , ou avec cette particularité, que la cavité enveloppée par la portion conique est remplie, en plus ou moins grande partie, par une suite de cloisons convexes-concaves, échancrées ou percées à la marge inférieure , et dont l'ensemble , considéré comme un tout , a reçu le nom d'alvéole de la bélemnite. D'après cette manière de voir, les bélemnites se trouvent commencer' la série des nombreuses coquilles cloisonnées siphonées , que l'on a désignées sous le nom de spirales, de nautiles et A'ammomites, et par conséquent devoir suivre immédiatement les seiches, qui terminent la première division des animaux mollusques. Tel était l'état de nos connaissances sur ce point de^ l'histoire des bélemni- tes, par suite des travaux de l'un de nous ( M. de Blainville), et de ceux de MM. Miller , Woltz , etc., dont le premier a même figuré un calmar ayant dans le dos une bélemnite , et malgré quelques objections qui ne paraissent pas avoir été admises, lorsque M. de Zieten décrivit et figura des empreintes de corps orgauisés trouvés dans le calcaire de]Solenhaufcn , qu'il attribua à la lame car- tilagineuse d'une espèce de calmar, mais que l'on a regardées comme des em- preintes d'os de seiche, ce qui est évidemment bien plus probable, et ce qu'en effet M. Ruppell semble avoir mis hors de doute. Quoi qu'il en soit , M. Agassiz, qui paraît avoir émis cette opinion l'un des premiers, découvrit en i834, pen- dant ses investigations sur les poissons fossiles, dans la collection de Mistriss Phlippots , à Lyme-Regis, des échantillons de roches calcaires, dans lesquelles des bélemnites, telles qu'on les connaissait alors, se trouvaient jointes sans dis- continuité avec des empreintes semblables à celles que M. de Zictcn considérait comme provenant de la lame cartilagineuse du calmar. Cette découverte fut bientôt répaudue par M. Agassiz lui-même dans le se- cond cahier de Y Annuaire de Minéralogie et de Géologie , de MM. Leonhard, pour i835, et ensuite par M. de Férussac, dans une note qu'il crut devoir adresser à l'Académie des Sciences , dans sa séance du 1 6 novembre de la même année, et où il se borne à ajouter ce qui était dès-lors généralement admis et 366 académie des Sciences. connu , que le genre bélemnite était intermédiaire aux seiches et aux spirilles , que la bélemnite était intérieure. La note de]M. Deshayes, sur laquelle l'Académie nous a chargés, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et moi , de lui faire un rapport, et qui lui a été envoyée à-peu-près à la même époque que la lettre de M. de Férussac , ne contient au- cun élément nouveau. Pas plus que celui-ci , M. Deshayes n'a vu les pièces sur lesquelles repose l'assertion da M. Agassiz; seulement, il paraît avoir eu en sa possession un dessin fait par celui-ci ou sous ses yeux , et il l'a copié dans une planche jointe à sa note, à côté de la figure d'un os de seiche et de celle d'un béloptère, pour montrer les grands rapports de ces corps entre eux, comme l'avait fait l'un de nous dans la première planche de ses observations sur les bé- lemnites. M. Deshayes a joint à sa note une nouvelle analyse comparative de ces coquilles, dans laquelle, plus heureux que ses prédécesseurs, il pense avoir mis hors de doute l'existence des cloisons dans la cavité des béloptères. A ce sujet , et pour, expliquer au contraire leur absence présumée dans les jeunes bé- lemnites, et dans la bélemnite pleine, type du genre Actinocamax , il suppose que les cloisons constituant l'alvéole étaient entièrement membraneuses ou car- tilagineuses , et attachées aux rides plus ou moins régulières qu'on remarque à la base de cette bélemnite; rides que M. Sowerby et depuis lui M. le comte de Munster, ont regardées comme des indices d'altérations, peut-être à tort, suivant nous. Passant ensuite à la comparaison de ces béloptères avec les orthocères , et de celles-ci avec la bélemnite telle qu'il la conçoit d'après le dessin joint à son mémoire j et qui représente réellement une bélemnite dilatée, dans sa partie terminale, en une sorte d'expansion semblable à un os de seiche ou à une lame de calmar, M. Deshayes admettant que les bélemnites , sinon toutes les espèces , du moins le plus grand nombre , se continuaient par une expansion dorsale très mince et très fragile , ayant à-peu-près la forme de l'os delà seiche , et pouvant différer en étendue et en forme suivant les espèces, arrive aux conclusions sui- vantes : 10 L'animal de la bélemnite avait sans doute le dos élargi, le corps, terminé en pointe et garni de nageoires dans toute sa circonférence, comme dans les seiches ; 2° Il est probable que sa coquille offrant à-la-fois la combinaison de celles des seiches appartenant aux céphalopodes décacères et de celles des nautiles, c'est-â-dire de céphalopodes sans ventouses , il est bien à présumer que l'ani- mal devait également offrir dans les appendices de locomotion et de préhension la combinaison des caractères propres aux deux genres d'animaux dont il vient d'être parlé ; 3° On pourrait encore , ajoute M. Deshayes ,| au moyen de l'animal de la spi- rule, supposer que celui des bélemnites, malgré qu'il soit cloisonné, a appar- tenu à un céphalopode décacère tout-à-fait analogue à ceux déjà connus, et cette opinion peut être soutenue comme celle déjà avancée; académie des Sciences. 36^ Conclurions qui renferment des opinions dont la dernière a déjà été pro- posée par M. Miller, mais qui ne sont l'une et l'autre que de simples hypothè- ses, sans considérations bien nouvelles pour les appuyer, et sur lesquelles il ne nous semble guère possible de porter un jugement sans risquer de compromettre l'Académie. En conséquence , nous avons l'honneur de lui proposer de déclarer que le sujet de la note envoyée par M. Deshayes ne lui paraît pas susceptible d'un jugement motivé jusqu'à ce que les pièces observées par M. Agassis puis- sent être soumises à l'examen de ses commissaires, ou aient au moins été exami- nées par M. Deshaics lui-même. Tel. était notre rapport au mois d'août dernier, et que, à défaut d'un ren- seignement que nous croyons nécessaire pour rendre j ustice à l'auteur d'un mé- moire envoyé il y a quelques années à l'Académie, à-peu-près sur le même su- jet, nous avions retardé de lire à l'Académie. Aujourd'hui nos conclusions nous semblent complètement corroborées par la lecture de l'ouvrage remarquable que M. le professeur Buckland vient de publier sous le titre de Géologie et Miné- ralogie considérées dans leurs rapports avec la Théologie naturelle. En effet, nous trouvons dans la pi. 44, fig. 7 et 9, représentés avec soin les échantillons de bélemnites observées par M. Agassiz à Lyme-Regis , et nous n'y voyons , comme M. Buckland lui-même, qu'une bélemnite assez complète pour que la partie membraneuse qui formait la véritable loge de l'animal avant la dernière cloison de l'alvéole, ait laissé des traces évidentes, et même, à ce qu'il paraît, avec la poche à encre propre à toutes les espèces du grand genre sepia de Linné ; mais sans qu'on puisse y trouver rien qui soit réellement analogue à une lame cartilagineuse ou calcaire de calmar ou de seiche , telle que la repré- sente la figure donnée par M. Deshayes.j Au reste , cette découverte de bélem- nites complètes, c'est-à-dire formées du corps, de l'alvéole et de la cavité mem- braneuse, ou loge de l'animal, était, dès i83o, mentionnée et figurée d'une manière complète dans le mémoire extrêmement intéressant que M. le comte de Munster a publié à Baireuth, sous le titre de Nouvelles observations sur les bélemnites , et dont M. Boue a donné la traduction dans le premier volume de ses Mémoires géologiques et palèontologiques. Quant au mémoire auquel nous avons fait allusion plus haut, et dans lequel on prétendait aussi prouver que la bélemnite , telle que nous la connaissons, est incomplète et qu'elle se terminerait en avant par une large expansion, voici ce que nous pouvons dire à son sujet. Son auteur, M. Henry , bibliothécaire à Per- pignan, ayant rencontré dans un terrain de blue lias J si je ne me trompe, des bélemnites qui lui paraissaient se prolonger à leur base et sans discontinuité de substance, avec une dilatation clypéiforme assez considérable, envoya à l'Aca- démie un mémoire accompagné de figures , à l'appui de son opinion énoncée ci- dessus. Nommé commissaire pour examiner ce travail , je crus m apercevoir que les expansions regardées par M. Henry comme appartenant aux bélemnites, n'étaient autre chose que des morceaux d'une espèce de pinne, commune dans ces mêmes terrains, et qui, par hasard, s'étaient trouvées placées à la base et '5(îS académie des Sciences. dans la même direction que la bélemnite. Je fis part de cette manière de voir à l'auteur, qui, sur mes observations, crut devoir retirer son mémoire; depuis lors, M. Henry ayant continué ses observations, est revenu à sa première opi- nion , eî j'ai appris de M. Puzos, dont la riche collection de fossiles des ter- rains anciens est si habilement disposée et si généreusement employée pour l'étude, ■qu'il se proposait d'envoyer, à ce sujet, un nouveau mémoire à l'Académie; nous attendrons cet envoi pour examiner de nouveau la question : mais ce que nous pouvons affirmer ,' c'est que l'échantillon adressé par M. Henry à M. Puzos , et que celui-ci a eu la complaisance de me montrer, est indubitablement un mor- ceau d'une espèce de pinne voisine de la pinna subquadrivalvis. Séance du la décembre. Recherches anatomiques sur le corps muqueux ou appareil muqiieux ou ap- pareil pigmentai de la peau dans l'Indien charrua, le nègre et le mulâtre, par M. Flourens. Ce Mémoire paraîtra dans notre prochain cahier. Des rapports de la tèratogie avec les sciences anatomiques et zoologiques j par M. Isidore Geoffuoi St-Hilaire. Dans ce mémoire, l'auteur considère successivement les rapports de la térato- logie avec l'anatomie comparée, avec la physiologie générale, avec l'embryologie, et avec la philosophie zoologique ; nous indiquerons succinctement les prin- cipaux résultats auxquels il est arrivé. Anatomie comparée et physiologie générale. « La tératologie nous offre , dit l'auteur dans chacun de ses innombrables faits un exemple de différences seulement partielles entre des êtres qui, issus delà même espèce, offrent d'ailleurs hors de la région anomale , une ressemblance qui va le plus souvent jusqu'à l'identité parfaite. Il suit de là que l'appréciation des différences , con- sidérées soit dans leur essence , soit dans leur valeur , se trouve dégagée , dans les comparaisons entre l'état normal et l'anomalie , de tous les élémens d'incertitude qu'introduit dans les comparaisons entre deux êtres d'espèces diffé- rentes , la nature seulement analogique de leurs rapports. . . On pourrait dire de l'étude des organes et des fonctions des êtres anomaux qu'elle offre à l'ana- tomiste une série de dissections toutes faites ; au physiologiste , une série d'expériences toutes préparées par la nature , et où les causes d'erreur qui viennent si souvent modifier les résultats de nos recherches zootomiques, se trouvent presque toutes annulées. » Les faits généraux et les lois de l'organisation que M.Isidore Geoffroy présente comme confirmés par le résultat de se$ recherches tératologiques , sont les suivantes : Académie des Sciences. 36o, i' L'unité de composition organique , on , suivant les expressions moins abstraites qu'emploie M. Isidore Geoffroy , la tendance de l'analogie qui se manifeste au milieu des innombrables variétés de l'organisation. L'auteur après avoir rappelé ici que son père a, le premier, appliqué l'étude des faits anomaux à la démonstration de l'unité de composition , cherche à apprécier dans quelles limites peuvent être invoquées les considérations de ce genre. Il les regarde comme pouvant , à l'égard de cette grande question , conduire à des résultats très importans, mais non à des preuves rigoureuses et applicables à l'ensemble du règne animal. «Mes recherches, dit l'auteur, fournissent d'ailleurs la con- firmation la plus satisfaisante , en même temps que le complément des résultats depuis long-temps énoncés par mon père. Obligé , par le plan même de mon travail d'élendre mes recherches, non pas seulement à un plus ou moins grand nombre de groupes arbitrairement choisis , mais bien à la totalité de la série , j'ai trouvé dans l'examen de chacun des genres non encore étudiés sous ce rapport , une preuve de plus à l'appui des idées de mon père. Tous les faits de la tératologie concordent entre eux , et peuvent se résumer dans cette formule générale : variété presque infinie dans les formes et l'organisation des êtres anomaux , mais unité essentielle , aualogie constante dans les organes ou au moins dans leurs élémens constituans. » 2° La loi du balancement des organes , également établie par M. Geoffroy Saint-Hilaire pçre. 3° Cette règle, la plus simple (1) et la plus évidente de toutes, et cependant partout omise, que la variabilité des organes en série croît avec le nombre df s homologues ; cette règle n'est pas seulement confirmée par la tératologie : c'est d'après l'examen de divers faits tératologiques que M. Isidore Geoffroy l'a indiquée d'abord dans le premier volume de son Histoire des anomalies, et ne l'a étendue que secondairement aux êtres normaux. 4° Le principe de la rénovation des organismes, ou cette loi, également énoncée par M. Isidore Geoffroy dans le même ouvrage, que presque toutes les (1) Si simple même que l'on peut, dit M. Isidore Geoffroy, s'en rendre compte par des considérations purement numériques, et même généraliser celles-ci; circonstance bien rare dans les sciences anatomiques , et assez remarquable par cette extrême rareté , pour qu'il ne soit pas inutile d'insister sur elle. En désignant par l'unité une série normale d'organes, et par nie nombre des organes qui entrent ordinairement dans sa composition, chacun de ce; organes sera représenté par — . Si maintenant un nombre a d'organes semblables à ceux de la n série normale viennent à lui être ajoutés, ou si un nombre a d'organes normaux en sont re- tranchés par exception, sa série ne sera plus i , mais elle deviendra dans le premier cas a a a 1 -f- — , et dans le second, i — .La fraction — exprime donc dans les deux cas la dif- n n n a ference de l'état exceptionnel à l'état ordinaire. Or — a évidemment une valeur d'autant plus n faible que le nombre a (nombre des organes ajoutés ou soustraits à la série) est plus petit, et qu'au contraire n (nombre total des organes de la série normale) est plus grand. "VI. Zool. — Décembre. a 4. 370 académie des Sciences. fonctions sonl successivement exécutées par deux appareils , l'un primitif et transitoire, l'autre défintf , antagonistes l'un de l'autre dans les diverses phases de leur existence , et dont le premier, après avoir coexisté quelque temps avec le second, disparaît ou du moins tombe dans les conditions rudimentaires. 5° La tendance à l'union qui se manifeste si souvent et si manifestement entre les appareils on les organes similaires ; principe déduit par M. Geoffroy père de ses recherches sur les monstres doubles , et que M. Isidore Geoffrov confirme présentement par une étude attentive des conditions de la réunion simple des orgaues chez les individus unitaires. 6° La théorie des arrêts de développement , dont l'application à la tératologie est due surtout à MM. Meckel , Geoffroy Saint-Hilaire père et Serres. Embryogénie. — M. Isidore Geoffroy résume lui-même cette partie de son mémoire dans les termes suivans : a La vérification de la loi du déve- loppement centripète par la tératologie , se posait d'elle-même comme l'un des buts principaux de mes recherches. Le plan de mon travail embrassant la série tout entière des anomalies, je ne pouvais éviter, lors même que je l'eusse voulu , de mettre la nouvelle théorie embryogénique à l'épreuve, non-seulement des faits déjà étudiés par M. Serres , mais aussi de tous ceux qu'il n'avait pu embrasser dans ses recherches partielles. Ainsi m'était ouverte une voie certaine vers la confirmation éclatante ou l'infirmation d'un principe qui ne pOuvait être que vrai'j s'il était d'accord avec tous lès faits, faux s'il les contredisait. Tel devait être l'un des résultats principaux de mes études tératologiques , et tel il a été. Il m'est présentement permis d'affirmer que la tératologie n'est dans son ensemble, qu'un immense corollaire de la loi du développement centripète ; qu'elle ne la confirme pas seulement, mais qu'elle en offre dans son ensemble une démonstra- tion presque aussi complète et plus facile peut-être que l'observation directe- Il peut sembler exagéré , et cependant il est rigoureusement vrai de dire , que dans cette série innombrable des faits tératologiques , je n'en ai pas trouvé un seul contraire à la nouvelle loi embryogénique , pas plus que je n'ai déduit de celle-ci une prévision contraire aux faits. C'est un accord complet , constant entre la théorie et l'observation, et tel, que la physiologie pourra le citer comme un de ces cas encore si rares où la précision et la rigueur de ses méthodes le cèdent à peine à celles de la physique elle-même. » Zoologie. — « La zoologie et la tératologie, dit l'auteur, sont présentement assez avancées pour que l'utilité réciproque de leur association ne sort pas seule- ment une vérité théoriqne. Par la transmission mutuelle déjà réalisée de leurs principes les plus généraux , ces deux sciences reposent solidement établies sui- des bases identiques , et le nom de zoologie anomale , que les auteurs ont quel- quefois donné à la tératologie, n'exprime plus une simple tendance, mais un progrès accompli. Ainsi , pour la classification , mêmes principes , la subordi- nation des caracîères , et la prééminence de ceux que fournit la forme générale ; académie des Sciences. 3 7 [ mêmes résultats, l'existence des groupes vraiment naturels, et la possibilité d'une classification parallcliquc. » La subordination des caractères, l'existence de groupes vraiment naturels aussi bien parmi les êtres anomaux , que parmi les êtres normaux, et la pos- sibilité déclasser les uns et les autres par séries parallèles, sont des questions que M. Isidore Geoffroy a traitées avec soin dans le premier volume de son Histoire des anomalies , et dans divers travaux déjà publiés ; et il se borne à les indiquer ici ; mais il insiste sur le principe de la prééminence de forme générale, récem- ment introduit dans la zoologie par M. de Blainvillc , et encore contesté ou du moins négligé p2r presque tous les zoologistes. Il pouvait me sembler utile , dit M. Isidore Geoffroy , il m'était même commandé par le plan de mon travail > de chercher aussi à importer dans la tératologie le principe zoologique de M. de Blainville, et d'établir ainsi entre les deux sciences un lien de plus. J'avoue n'a- voir point eu cette pensée , mais telle est la puissance de la méthode naturelle , que ce que je n'avais point cherché , elle m'a conduit d'elle-même à le réaliser complètement. Il se trouve en effet finalement que toutes les divisions primaires que j'ai déduites de l'observation et de l'analyse des faits , à l'égard des monstres unitaires, et par suite, des monstres composés, sont parfaitement identiques avec celles que j'aurais pu déduire immédiatement, et avant tonte étude approfondie, du principe de la prééminence des caractères de la forme générale ; et tellement, que ma classification générale des monstres unitaires , faite indépendamment de toute considération étrangère à la tératologie , semble avoir été calquée fidè- lement sur la classification zoologique de M. de Blainville. » Philosophie zoologique. — Cette partie du mémoire de M. Isidore Geoffroy résumé succinct d'idées très générales, est peu susceptible d'analyse: Nous en citerons textuellement plusieurs fragmens. « Dans un autre ordre de considéra- tions , dans l'examen philosophique de ces hautes mais problématiques questions qui forment comme le couronnementdc la science, la zoologie et la tératologie s'unissent de même encore dans une alliance in lime , dans une fraternité tour-à- tour profitable à toutes deux. Ainsi la tératologie n'éclaire pas seulement l'origine des variétés de localité et des races domestiques.. . L'explicatiou elle-même des différences spécifiques ne reste pas entièrement en dehors des enseignemens féconds de l'élude des anomalies. Deux systèmes sont présentement en lutte sur ce sujet, l'un des plus grands qui aient jamais divisé les opinion? scientifiques des hommes :1a fixité des espèces, leur variabilité sous l'influence des circonstances extérieures qui réagissent sur elles. Le système de la fixité des espèces en d'autres termes, cette hypothèse toute gratuite que les espèces aujourd'hui exis- tantes ont été créées initialement , et se sont transmises immuables depuis leur origine , est encore la base presque universellement admise de la zoologie. La définition de l'espèce , telle qu'elle est presque partout reproduite, est fondée sur cette pure abstraction , et c'est sur la définition de l'espèce que s'élèvent à leur tour successivement les définitions du genre , de la famille et de tous les groupes supérieurs. Il est donc vrai de dire que l'échafaudage tout entier de la a4. '5^i académie des Sciences. classification zoologiquc repose sur une base bien peu solide ; et presque qu'il est suspendu sur le vide. . . De même qu'une vérité une fois découverte ouvre la voie à d'autres vérités , de même aussi une erreur une fois accréditée dans la science, enfante rapidement d'autres eireurs. Née, à l'insu peut-être de ceux qui l'ont créée , de l'idée de la préexistence des germes , l'hypothèse de la fixité des espèces est à son tour devenue l'origine de tous ces abus de la doctrine des causes finales qui , pour la plupart des zoologistes , ont si long-temps tenu lieu de toute philosophie. Les livres sont pleins de raisonnemens où la puissance providentielle de Dieu est représentée comme intervenant dans la conservation des espèces, non par ces lois générales d'harmonie qu'elle a posées à l'origine des choses , mais par des soins apportés minutieusement et spécialement à la créa- tion de chaque être. Raisonnemens absurdes dont Jetaient de plusieurs écrivains et peut-être aussi ce besoin d'explications qui est une des règles de notre nature, ont pu seuls proléger si Ion g- temps la fragilité! Que dirait-on d'un astronome qui voudrait substituer à la théorie newtonienne, dans la mécanique céleste, l'hypothèse d'autant de causes et de principes particuliers de mouvemens que les espaces renferment d'astres errans! . . . Les faits de la tératologie tendent avec évidence an renversement de toutes ces doctrines et des conséquences secondaires qui s'en déduisent. Non-seulement ils sont inconciliables avec le principe de la préexistence des germes qui est la prémisse commune de toutes; mais ils frappent directement chacune d'elles en particulier. » .(!.) I I o,o34o 0,0408 o,o4oo 0,0437 0,0492 0,0164 0,0» 10 0,0a 1 3 0,0204 0,0176 0,019a 0,0227 0,0190 Équiraleos théonqnes. 60 208 75 347 74 5ao 611 547 5ao 281 248 3 7 i 347 400 612 ao 3i 25 26 a4 ai 63 5o 4 Rapport de M. Geoffroy sur un cas d'hermaphrodisme observé par M. Berthonneau. M. Geoffroy pense que des faits analogues, se trouvent déjà fréquemment repro- duits dans les Annales de lasience,etque toutes les questions qu'ils soulèvent ont été abondamment traitées dans les écrits sur l'hermaphrodisme publiés récemment parJM. Isidore Geoffroy dans son traité de tératologie; il juge par conséquent inutile d'en entretenir davantage l'Académie. Note sur un cas de monstruosité présenté par un enfant âgé de deux ans ; par M. Haxo , membre de la Société d'émulation du départe- ment des Vosges. Chez cet enfant les os des membres thoraciquesse réduisent de chaque côté à un humérus très court , et qui l'est cependant un peu moins à gauche qu'à droite. Quant à ceux des membres abdominaux , ils paraissent manquer com- plètement à droite, tandis qu'à gauche, on distingue, à travers les tégumens , un fémur long d'environ 5 pouces , dont l'extrémité inférieure porte le gros or- teil réduit à deux osselets ; ces osselets sont mobiles l'un sur l'autre mais non sur le fémur. Les deux articulations scapulo-humérales et l'articulation coxo-fémorale droite sont, très mobiles; et l'enfant les fait mouvoir très rapidement , paraissant s'a- muser du craquement que font alors les os en sortant de la cavité articulaire qui est très peu prononcée. La santé de l'enfant est très bonne, et son développement a été sensiblement le même que celui d'un enfant organisé normalement. La Note de M. Haxo est renvoyée à l'examen de M. Geoffroy Saint-Hi- îaire. Séance du 26 décembre. Recherches expèrimentales,physico-physiologiques sur la température dev tissus et des liquides animaux, par MM . Becquerel et Breschct. (Ce Mémoire paraîtra dans le prochain cahier. ) TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME. MAMMIFERES. Caractères du genre Plagiodonte et description du Plagiodonte des habi- tations. Plagiodontia jîEdium, par M. F. Cuvier 347 Observations sur les genres Gerboise et Gerbille, par M. F. Cuvier. (Extrait.) i5a Études sur l'Orang-Outang , par M. Geoffroy -Saint- Uilaire. (Ex- trait.) 54-59 Lettre de M. Bodichon sur une espèce de Canis. . 1 56 Observations sur les caractères spécifiques des grands Cétacées, tirés de la conformation de l'oreille osseuse, par M. Vanbeneden. (Extrait. . i58 Lettre sur la structure des dents , par M. Retzius i55 oiseaux. Mémoire sur la place que doit occuper dans le système ornithologique le genre Chionis ou Bec-en-fourreau, par M. de Blainville. (Extrait.) g3 Recherches sur la marche de l'ossification dans le sternum des oiseaux, pour faire suite aux travaux de MM. Cuvier et Geoffroy Saint-Hilaire ; par M. F. Lherminier. (Extrait.) 107 Note sur le Guacharo de la caverne de Caripe (Stealcrnis caripensis Humb.), par M. L'Herminier. (Extrait.) 60 Lettre sur le même sujet, par M. RouiiiN n5 < reptiles. Révision de la famille des Anolis, à l'occasion d'un nouveau genre de ce groupe de reptiles sauricus (acanthiols), par M. Cocteau. (Extrait.) • ia5 Lettre de M. Pontus relative à une pluie de Crapauds 5j Enumération de quelques espèces de reptiles de la Barbarie, par M. Ger- vais 3o8 Table des matières. 3&i POISSONS. Expériences sur la Torpille, par MM. Becquerel et Breschet. (Extrait.) 1 a3 Lettre sur le même sujet, par M. Matteucci a54 Lettre sur le même sujet, par M. Colladon V . 255 MOLLUSQUES. Rapport sur uu mémoire de M. Dcshayes intitulé : Observations géné- rales sur le genre Bélemnite, par M. de Blainville 354 ANIMAUX ARTICULES. Mémoire sur l'émigration du Puceron du Pêcher et sur les caractères et l'anatomie de cette espèce, par M. Ch. Morren *. 65 Notes sur les caractères zoologiques du Pulex pénétrons, par M. Dugès. 129 Bapport de M. Duméril sur plusieurs mémoires ou notices concernant diverses espèces d'insectes, par M*. Rorineau Desvoidy 36o Lettre sur l'éducation des vers à soie, par M. Beauvais 117 Observations snr les Aranéides, par A. Dugbs » - . . i5g Observations relatives àl' Acarm scabiei, par M. Gras. (Extrait.) ... 122 Du foie des animanx sans vertèbres en général et particulièrement sur celui de plusieurs Crustacés, par M. Duvernoy a43 Note sur des animaux qui colorent en rouge les marais salans , par M. Payen 21g Examen des Crustacés rapportés de la saline de Marignane, par M. Au- IX U IV 226 Observations zoologiques sur les Pagures et description d'un nouveau genre de la tribu des Paguriens, par M. Milne Edwards 257 animaux rayonnes. Recherches anatomiques, physiologiques et zoologiques sur les Eschares, par M. Milne Edwards. 5 Observations sur les Polypiers fossiles du genre Eschare par le même. . 3a 1 Note sur un nouveau genre de Polypiers fossiles nommé Mélicérite, par le même 345 Recherches sur l'anatomie du Pentastoma tœnioides, par M. Miram. . . 1 35 Observations sur les animalcules contenus dans le pus, par M. Donne. Extiait.) 157 Observations d'helminthologie, par M. Leblond 289 Notice sur quelque parasites et produits organiques du Lombric terrestre, par M. Surriray 353 Lettre de M. Dpjardin sur les Polypiers fossiles de la craie 5i 9 38a Table des matières. PALEONTOLOGIE. Lettre de M. Alex. Brongniart sur l'existence de fossiles microscopi- ques dans des x'oches en apparence homogènes. . % . . 56 Observations sur des ossemens fossiles découverts dans une assise nou- velle de l'argile plastique du bassin de Paris, par M. Charles d'Or- bigny. (Extrait.) 126 Observations préliminaires sur l'existence d'Iufusoircs fossiles et sur leur profusion dans la nature, par M. Ehremberg 23 1 Lettre de M. Kaup sur le Dinotheriura. . . 124 Note sur quelques fossiles de l'Alsace et du Jura, par M. Duvernoy. (Extrait.) 252 Note sur une tête de Chameau fossile trouvé dans le grès du Sous-Hyma- laïa, par M. de Blain ville , . . 317 1 MELANGES. De l'actipn du pus sur le sang, par M. Donné. (Extrait.) . ...... 5j Recherches sur la structure de l'encéphale, par M. Gerdy. (Extrait.) . 125 Observations de monstruosités par inclusion, par M. Roux. (Extrait.) . 178 Réflexions sur l'Héîéradelphie, par M. Geoffroy Saint-Hilaire. ... 118 Des rapports de la tératologie avec les sciences anatomique et zoologi- que, par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. (Extrait.) 368 De l'influence de la pression atmosphérique , par M. Dombes Firmas. (Extrait.) . , . . . . 1 5 Remarques sur l'élévation de la température de la surface du globe pen- dant la période tertiaire , d'après la nature des débris organiques qui s'y rapportent, par M. Elie de Beadmont 3i3 Recherches sur les rapports qui existent entre les proprités nutritives de diverses substances végétales et la proportion d'azote qui entre dans leur composition, par M. Boussingault. (Extrait.) 372 Note sur un cas de monstruosité, par M. Haxo. (Extrait. ) 379 Histoire physiologique, etc. de la salive, par M. Donné. (Annonce.) . . 64 Spécics général des Lépidoptères, par M. Boisduval- (Annonce.) ... 128 TABLE DES MATIÈRES PAR NOMS D'AUTEURS. Audouik. — sur un Crustacé des ma- rais salans, aa6 Iïk.a r vais. — Sur l'éducation des vers à soie 117 Becquerel et breschet. — Sur la Torpille ia3 Blainville. — Sur le genre Chionis ou Bec-en-fourreau g3 — Sur un chameau fossile 3i7 — Rapport sur les Bélemniles 354 Bodichow. — Sur une nouvelle espèce du genre Canis 1 56 Boussingault. — Sur le rapport qui existe entre la proportion d'azote contenu dans diverses substances ali- iin'ii t. m es et leurs propriétés nutri- tives ' 37a Cocteau. — Sur les Anolis et le genre Acantholis.. ..,...., , . ia5 C.111.1.A110N. — Sur la Torpille a55 Cuviir (Fréd.) — Sur les Gerboises et les Gerbilles i5a — Sur le Plagiodonte 347 Desuayes. — Mémoires sur les Bé- lemnites 364 Donné. — Action du pus sur le sang. 5 ; — Sur la salive 64 Dombes Firmas. — Sur la pression at- mosphérique 1 57 Dorbigny (Ch.) — Ossemens fossiles des environs de Paris 128 Donné. — Sur les animalcules conte- nus dans le pus, etc 157 Dujardin. — Sur les Polypiers de la craie 319 Dugès. — Sur une nouvelle espèce d'ae- tinie 97 — Sur le Pulex pénétrons x a 9 — Sur les Aranèides 1 5g et 358 Dufour (Léon ) — Sur certains En- tozoaires 55 Durand. — Sur un chameau fossile. . 3i8 Duvbrnoy. — Sur le foie des animaux invertébrés *. 243 — Sur les ossemens fossiles de l'Al- sace et du Jura a5a Duméril. — Rapport sur plusieurs mémoires de M. Desvoidy concer- nant divers insectes 35 Edwards (Milue). — Sur l'anatomic et la zoologie des Polypes du genre Eschare 5 — Sur les Eschares fossiles 3a 1 — Sur un nouveau genre de Polypier fossile nommé Mélicérite 345 — 1 Sur les Pagures et le genre Can- celle a:>7 Ehrenberg. — Sur des Iniusoires fos- siles 56, a 3 1 Elie de Beaumont. — Sur la tem- pérature du globe pendant la pé- riode tertiaire 3i3, 379 Geoffroy Saint-Hilaire. — Sur l'O- rang-Outang 54, 59 — Sur des monstruosités 118,379 Geoffroy Saint-Hilaire (Isidore). Des rapports de la tératologie avec les autres sciences. 368 Gerdy. — Sur l'anatomie du cerveau. ia5 Gervais. — Reptiles de la Barbarie.. 3o8 Gras. — Sur le Sarcopte de l'homme. . 1 12 Kaup. — Sur le Dinothérium 1 .'. , Haxo. — Sur un cas de monstruosité. 379 L'Herminier. — Sur le sternum des oiseaux 55, 1 07 — Sur le Guacharo 60 Leblond. —1- Observations d'helmin- tologie 2 89 Maiteucci. — Sur la Torpille a 54 Miram. — Sur l'unatomie du Pentas- toma tœnioides i35 Morren. — $ur le Puceron du Pêcher. 65 Payen. — Sur des animaux qui colo- rent en rouge les marais salans.. . . a 19 Pontus. — Sur une pluie de Cra- pauds 57 Retzics. — Sur la structure des dents. i55 Robineau Desvoidy. — Sur divers in- sectes 36o Roulin. — Sur le Guacharo 1 1 5* luicx. — Obseivation d'enadelphie. . 118 Suriray. — Sur des parasites du Lom- bric terrestre 353 Thompson. — Sur le système dartoïde. 167 Vanbeneden. — Sur les caractères des Cétacés 1 58 TABLE DES PLANCHES. Planches i, 2, 3, 3 } 5. Eschares. 6. Génération des Pucerons. 7. A. génération des Pucerons ; B. Puce pénétran'e ; C. Actinée parasite. Fig. 1, a, ouverture qui était remplie par la tête et les pattes du Pagure ; on y voit la trace des stries transverses d'accroissement de la doublure cornée et la marque de la suture lon- gitudinale réunissant les deux grands lobes du corps de l'Actinie. — &, la bouche de celle-ci contractée. — e, partie qui recouvre la coquille. Fig. 2. Cette coquille dépouillée et dans la position correspon- dante à celle que suppose la saillie e; c'est une pe- tite Natice. S. A. Pentastoma tœnioides ; B. Infusoires fossiles. g, 10, 11, 12. Eschares fossiles. i3, i4. Pagures. 1 5. Foie de la Squille. 16. Infusoires. 17. Plagiodonte des Habitations. FIN DU SIXIÈME VOLUME. Zool. Tom 6 l'I /^lV'^//v',l■ , go hi/i ■ ./•:<■ ■ '< /<■'!<■. //,!/■ 'J'.' t l,-//,- /.,.„/. Ton, . /;. l'iu. E^fcharej .tint. ,/.:•■ .>'.■!. :■!.. n.l/ 2* '.*',■'/■/!■ Z00L Tenu S. PI. 3 o Êâk ../• • • /;.'■/ •// n /v.i' /////. i/f.r Seiene* //•'/ Tf'SJtit /.<<«!. Tom. fi . J'I. .» , 2 fi n c^-> Ed'cAarej'. .Illti . ,/,:■ .1, /,■//.■ . II. il. IT, lerif . /•>i>/. 7't'rn. />'. /'/■ (! . Génération des Pucerons //,». ./.:,■ .>;■„;„■. /•„!. 2? Série X,','/. IKni. (! ■ PI. -, EL Génération des Piwerorur . B. Puce pénétrant*". C . . /<•/////•' parasite . /„/, ,(,■„■ Sàtnc.nai. L'r.l ^ \\\\\\\lWWl\nn\\\\4ffîWH\W^'(lll'»l»ll"'»'»'''"»''»»'' l "'i% X.Aïuitomte duBenlasloma Tœwoidej . H. Infùsoires fofjilej. ■ , ./,•.. Scienc nal 2' *\wm : .t;::Vt'l \ ■•«j:/*!l ; 'fe;:t) '-t- m t /.,>,>! /!'/n . 6 ■ l'I i) ■ • * ;H . . f 9 ♦ ♦ 9 Escluircs .I;i/i. èee Scùne. tuu. i" Stn 3* ' ' • ■'■'. m f I '.'. /<><>/. Tiun i> ■ PI. 10 . . •:•••••::■ : • . - . . . •• 4 ' A I .'... * r - • ' t I : • • i Escl ixares ■ ,/<'.' oCUne iidl '2'' Série • ii '/.ool . Toin 6 PL 11 7" I w. • A ' ''■'.''' 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